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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:14

FILM_PRESS_PLUS_KEEP_THE_LIGHTS_ON.jpg   



Dans un article consacré à la mort de Patrice Chéreau - j’ai eu le privilège d’assister à une représentation de son mémorable Hamlet, au théâtre des Amandiers à
Nanterre, avec Gérard Desarthe – je suis tombé sur un de ses propos concernant son homosexualité, en phase avec la problématique de l’aveu soulevée dans mon dernier billet : «J’ai longtemps fait
partie des gens qui n’avaient pas envie d’en parler». Position motivée à la fois par son refus de se faire «cataloguer» comme auteur/réalisateur homosexuel, sujet qu’il n’a cependant jamais
craint d’aborder depuis «L’homme blessé», mais aussi par une certaine défiance vis-à-vis des revendications de nos droits. Initialement peu favorable au pacs («une imitation du couple
hétérosexuel»), il a progressivement infléchi sa position jusqu’à cosigner une tribune sur le mariage gay, « non à la collusion de la haine » : «Une fois que le mariage gay sera acquis,
l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser. S’il y a quelque chose de dangereux dans une société, c’est le lobby de la bêtise et de la haine».

Tourner l’homophobie en dérision, c’était sans doute l’ambition de la pièce de boulevard de Didier Bénureau, « Mon beau père est une princesse », actuellement à
l’affiche du théâtre du Palais Royal. Une critique favorable sur LCI, une tarification avantageuse des meilleures places sur Ticketac, et la présence de Michel Aumont, avaient suffi à me
convaincre. L’argument de la pièce –un gendre plus très jeune, mariée à une « bobo » écolo et gauchisante, déclare soudain sa flamme à son beau-père, macho, homophobe et de droite – avait tout
pour donner lieu à une loufoque comédie sociale. La lourdeur des situations et des retournements absurdes (il aura suffi d’une valse pour que Michel, le beau-père passe de l’homophobie à l’amour
des hommes et que son gendre revienne à la « norme »…) et la pauvreté des dialogues, font que cette pièce, qui se voulait, surfant sur les débats du mariage et de la manif pour tous, une
dénonciation de l’homophobie, sombre dans la caricature de l’homosexualité et réussit même parfois à vous rendre mal à l’aise. Il arrive bien sûr que l’on sourit, mais on s’imagine aisément le
naufrage s’il n’y avait des acteurs talentueux, Michel Aumont, Claire Nadeau et l’auteur, dont on se demande pour les deux premiers ce qu’ils sont venus faire dans cette galère.

Deux amis de Bertrand, en couple depuis 30 ans, vont nous donner l’occasion, début décembre, d’assister à notre premier mariage gay en la marie du XVIè. J’ai cru
déceler chez ces amis une certaine jubilation à organiser cette célébration dans une mairie très « manif pour tous ». La réception de l’invitation a incité Bertrand à s’enquérir de la date du
notre. Si, un peu comme Patrice Chéreau, la « pression » des événements m’a conduit à mettre « de l’eau dans mon vin » et à défendre cette revendication, je ne conçois pas mon futur mariage,
contrairement à nos amis sus-cités, comme un « événement », mais comme une simple régularisation administrative nécessaire à l’obtention future, pour Bertrand, d’une pension de réversion. Je n’en
voyais donc pas l’urgence mais l’évolution de la situation politique en France m’amène à penser qu’il serait peut-être prudent d’accélérer le pas, la pérennité du mariage gay ne me semblant pas
être gravée dans les tables de la loi. On ne peut en effet exclure un retour plus rapide que prévu de la droite au pouvoir et, dans le climat actuel de plus en plus populiste, voire raciste, Dieu
sait quelle droite…. François Hollande pourra-t-il tenir jusqu’aux municipales, dans le climat d’impopularité et de bashing permanent et indécent dont il est victime (il lui arrive d’y
contribuer, certes…), en faisant le dos rond ? Mais que peut-il faire d’autre ? Se séparer de son seul ministre populaire au risque de voir sa popularité atteindre les profondeurs du gaz de
schiste, ou de son aile suicidaire écolo-gauchiste au risque de perdre sa majorité parlementaire et d’être conduit à une dissolution cauchemardesque ? Il n’a aucune marge de manœuvre et à moins
d’un retournement aussi spectaculaire qu’imprévu de la situation économique……….

Tout est manipulation, y compris la révolution, telle pourrait être la morale du film de science-fiction, une contre-utopie du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho,
«Snowpiercer», où un train lancé à grande vitesse sur une terre revenu à l’âge glaciaire nous offre un spectacle allégorique de l’humanité. Ce pessimisme radical, le réalisateur, virtuose de ma
mise en scène, n’ose pas l’assumer jusqu’au bout, un rebondissement final du scénario laissant la « jeunesse » ouvrir une ultime porte sur une terre où un flocon de neige symbolise la sortie de
la glaciation. Ne pas assombrir l’humeur du spectateur, surtout hollywoodien, semble également avoir été l’objectif d’Alfonso Cuaron dans « Gravity ». Cet autre virtuose de la mise en scène,
auteur d’un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années (Les fils de l’homme), par une pirouette scénaristique qui prend ici une dimension onirique peu vraisemblable, offre à
une héroïne que le souvenir insupportable de la perte de son enfant aurait dû conduire à accepter avec soulagement que l’espace soit son tombeau, l’énergie vitale nécessaire pour fouler à nouveau
le sol de notre belle planète. « Gravity », contrairement à ce qui a parfois été dit en le rapprochant de façon tout à fait inappropriée de ce chef d’œuvre qu’est « 2001, une odyssée de
l’espace», n’est pas un film de science-fiction. Il n’en offre cependant pas moins une spectacle d’une beauté visuelle inouïe. Je ne suis pas sûr que ce film marque l’histoire du cinéma, mais on
ne pourra cependant sans doute plus maintenant filmer l’espace de la même façon.
Ces deux films n'ont guère besoin de publicité pour assurer leur succès, il n'en est pas de même du joli film de Sylvain Chaumet, "Attila Marcel", tendre, poétique
et touchant où Mme Proust,une marginale fantasque, et ses madeleines, vont faire renaître à la vie un jeune homme, friand de chouquettes, rendu muet par un traumatisme psychologique. Sylvain
Gouix (particulièrement bien "foutu") et Anne Le Ny sont épatants.


 
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