Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:46


250px-Jean-Louis_Bory.jpgGuy-Hocquenghem.jpg

De précédents billets, notamment celui consacré à l’influence de mai 68 sur le mouvement homosexuel militant , méritent que j’apporte quelques précisions afin de lever toute ambiguïté quant à ma position personnelle. Si je suis pessimiste, au sens philosophique de cet terme, je ne suis pas subversif (ou en tous cas je ne le suis plus si je l’ai jamais été). Si dans le débat «imaginaire» Hocquenghem/Bory certains ont cru comprendre que je soutenais le premier contre le second, il y a maldonne. Je refuse de choisir car je crois que les deux discours étaient nécessaires pour faire avancer les choses ( c’est pas Hégélien ça !). Je n’ai jamais adhéré, ni même ne me suis senti proche du FHAR! Ni bien sûr d’Arcadie. J’ai certes traversé, lors de mon « coming out » de 78 qui fût brutal, une période de « libération » quelque peu débridée et provocatrice (mais le cynisme et la provocation sont un peu génétiques chez moi), ayant fait sauté les verrous du carcan familial et éducatif, mais je m’étais débarrassé à ce moment là depuis longtemps de mes oripeaux gauchistes du début des années 70 (Henri Laborit, cité dans un précédent billet en avait été en partie le tailleur) et l’association homosexuelle que j’avais alors contribuée à fonder sur Bordeaux n’avait rien de révolutionnaire.

Je ne crois pas qu’il faille que « nous cultivions notre différence » (ainsi par exemple je n’approuve pas qu’on appelle « homophobie » les demandes répétées du commissariat du 4è au bar le COX, rue des Archives, afin qu’il respecte tout simplement la législation qui s’applique aux bars hétérosexuels) et je suis, cela devrait aller sans le dire, pour la revendication de l’égalité des droits! Mais je ne peux accepter que cette égalité passe par l’effacement des différences, ou du moins de ce qui la rend visible, et encore moins que cette demande émane de certains d’entre nous. Je l’ai déjà dit, mais je crois que les luttes de la période post 68, y compris celles du FHAR, ont contribué à faire avancer les choses (comme sur un autre plan Act-Up en son temps pour le Sida, même si je n’ai jamais approuvé les actions de cette organisation extrémiste) et je crois qu’il est salutaire que ceux qui l’ont oublié se rappellent que si on en est là aujourd’hui, ceux qui n’en avaient rien à foutre « de donner une bonne image de nous », quelques aient été leur objectifs, y sont pour quelque chose. Ce moment historique est aujourd’hui dépassé et heureusement remplacé par le mouvement revendicatif. Mais s’en prendre aux « folles », « aux efféminés », « au ghetto » , à la Gay Pride (qui est un peu notre 14 juillet), et à tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, irrite, choque, dérange ou fait rire l’hétérosexuel moyen, reproduire ainsi contre les nôtres les mêmes mécanismes archaïques d’exclusion, l’éternel « bouc émissaire », de la société envers nous, me révolte. « Nous sommes tous des folles », titre d’un précédent billet, comme les étudiants de 68 criaient « nous sommes tous des juifs allemands » quand Cohn Bendit a été expulsé de France.
Je le répète je soutiens la lutte pour l’égalité des droits, en dépit des réserves que j’ai pues avoir, en son temps, sur le Pacs, mais j’ai évolué sur ce point (je suis toujours très réservé sur le « mariage » mais c’est le mot qui me gêne, avec tout ce qu’il connote, pas l’égalité des droits). Ces réserves sur le Pacs, et encore plus sur le mariage (sur l’adoption je n’en ressens pas le besoin, mais je n’ai pas d’objection de principe), sont un peu la conséquence de ma préférence du droit « à la différence » (les membres du FHAR ne réclamaient d’ailleurs pas le droit à la différence, ils voulaient dynamiter le système capitaliste) sur le droit à « l’indifférence ». Ce que je crains, c’est qu’il y ait chez certains défenseurs du droit « à l’indifférence » (mais pas chez tous et s’il s’agit du droit « à l’indifférence pour la différence », il n’y a pas de problème), une « intériorisation des interdits », quasi biologique, c'est-à-dire derrière le désir de voir l’homosexualité reconnue comme dans la « la norme », celui inconscient de s’accepter soi même enfin comme « normal ». C’est en ce sens que j’ai pu dire que le rejet de la « folle » et de ce qu’elle représente pouvait n’être que la manifestation de « la haine de soi ». C’est pour cela que je suis pessimiste (au-delà de mon pessimisme plus fondamental sur la nature humaine), je crois que le droit « à l’indifférence » est « utopique », que l’homosexualité ne pourra pas entrer «dans la norme», tant que sexe et reproduction auront partie liée (et c’est pourquoi d’ailleurs le mouvement de libération de la femme a joué un tel rôle favorisant dans l’évolution des mentalités sur l’homosexualité), et que la cellule familiale restera un facteur clé de la structure de nos sociétés. Comment ne pas comprendre que des parents souffrent de ne pas avoir de petits enfants, telle est forte la pression biologico-culturelle (à l’œuvre également dans le besoin d’adoption), le besoin d’immortalité. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que c’est « un lieu commun » d’évoquer le malaise provoqué par la différence, quelle que soit la différence. Non, car non seulement ce malaise prend naissance dans la famille, mais bien pire, il est tapis jusqu’au fond de soi. Le racisme au sens classique est un rejet de l’autre par peur, ou pire au nom de la croyance en une race supérieure, mais il n’engendre habituellement pas « dégoût » ou « culpabilité » (« tu me dégoûtes », « tu ne peux pas être mon fils », etc, etc, jusqu’au « je me dégoûte »). Cette pression est telle que je ne suis pas certain que l’évolution favorable actuelle ne soit pas terriblement fragile, un hoquet de l’Histoire.
Loin d’être subversif donc ( et d’ailleurs cela rendrait difficilement compréhensif ma sympathie persistante pour l’Eglise Catholique…), n’imaginant pas une seconde que « l’on puisse faire entrer l’homosexualité dans la « norme » », mais se battant pour qu’elle soit reconnue comme « une » norme. Et la conviction aussi que la pleine acceptation de son homosexualité par soi même est la condition de sa reconnaissance par les autres. C’est pourquoi je suis convaincu que le coming out (je conviens qu’il ne soit pas toujours possible et qu’il ne doit pas être fait n’importe comment) est une étape indispensable. 
 

Partager cet article
Repost0

commentaires