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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 11:06

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Il n’est pas douteux que pour nombre d’entre vous ne doute pas une seconde que leur décision de voter pour tel ou tel candidat lors de la prochaine élection présidentielle ne soit la résultante d’un choix personnel lié à leur « libre arbitre ». Ce n’est pourtant pas dans ce sens que vont les avancées récentes dans le domaine des neurosciences. Les progrès de l’imagerie cérébrale par résonnance magnétique nucléaire, dite « IRM fonctionnelle », nous permettent de visualiser l’activité des régions du cerveau impliquées dans les processus de décision. Nous savions depuis longtemps que lorsque, par exemple, nous décidons de faire un mouvement avec le bras, les neurones qui commandent ce mouvement « s’allument » dans le cerveau une fraction de seconde avant que le bras ne bouge, ce qui traduirait notre « volonté» de faire ce mouvement, mais ce qu’on vient de mettre en évidence c’est qu’une partie du cerveau s’active 7 à 8 secondes, selon le compte-rendu qu’en fait Jean-Didier Vincent dans un récent numéro de l’express, avant que le sujet ait conscience de la décision qu’il va prendre ! Bien plus si l’on met en place un dispositif à choix multiples, plusieurs boutons sur lesquels le sujet doit appuyer en fonction de son choix, l’activité préalable du cerveau permet même « prévoir» quel bouton va être actionné…. »Si une activité cérébrale peut prédire une décision volontaire, l’existence d’une relation de causalité met à mal celle de libre arbitre » souligne le Pr Vincent. Ceci va dans le sens d’autres recherches selon lesquelles plus est complexe le processus de choix, moins il est conscient : « nous croyons que c’est en raisonnant que nous prenons des décisions, mais il se pourrait que nous nous contentions de répondre à des indices issus de notre environnement de façon automatique…la majeure partie de nos pensées personnelles serait effectivement causée par le réseau social auquel nous appartenons, déclenchée par des signaux automatiques et l’imitation». « Nous sommes les autres » écrivait déjà Henri Laborit, neurochiurgien et biologiste, auteur de « L’éloge de la fuite ».

Il semble bien, qu’inconsciemment, nos hommes politiques appliquent cette théorie selon laquelle nos actes ou nos pensées ne sont ni rationnels, ni conscients, en mettant en branle ces signaux automatiques, taxation des riches ici, stigmatisation des immigrés et de leurs rituels religieux là (on peut certes considérer que les deux branches de l’alternative ne peuvent être renvoyées dos à dos sur la plan de l’éthique, mais ce n’est pas là l’objet de mon propos) qui nous feront prendre tel ou tel bulletin de vote.

Le processus de décision serait également dépendant de la probabilité que nous attribuons à la survenue d’évènements. Des expériences ont montré que notre machinerie cérébrale avait systématiquement tendance à surestimer (sauf chez les dépressifs) la probabilité de la survenue d’évènements favorables, ce qu’on appelle le « biais optimiste». « Ce biais aurait une fonction adaptative et contribuerait à la santé mentale". Il semble bien que la machinerie cérébrale « hyperactive» de notre président encore en exercice soit victime d’une exagération de ce « biais » si l’on en juge par ce qu’il laissait entendre il y a encore quelques semaines, il allait « exploser » Hollande …

Le déterminisme inconscient de nos pensées et actes ne saurait avoir pour origine le seul réseau social, il faut aussi considérer les facteurs génétiques qui ont été identifiés comme favorisant des comportements du type addictions, à l’alcool, au jeu, à la drogue et au sexe (l’ADN de DSK porterait t’ il la trace de ce facteur, s’interrogeait on récemment dans un article du Monde….). Bien plus, notre niveau même de « sociabilité», d’empathie, serait déterminé par un fragment génétique du récepteur de l’hormone ocytocine.

On voit bien les conséquences philosophiques de ces travaux. La raison une illusion ? La conscience une apparence ? La responsabilité et le libre arbitre un leurre ? On peut se demander si la pénalisation des délits commis par les malades mentaux voulue par la majorité politique actuelle n’est pas inconsciemment la première étape d’une réaction à ces possibles conséquences : si nous ne sommes pas responsables de nos actes, la « justice » ne doit plus avoir pour avoir pour objectif premier en rendant son jugement de «dissuader», de préserver l’ordre social, mais de « satisfaire» les victimes…

Non seulement nous ne pensons pas par nous-mêmes, nous savons depuis René Girard que nos désirs sont eux aussi ceux des autres, mais notre monde lui aussi, selon la version la plus élaborée de la théorie des cordes, ne serait qu’une illusion, projection holographique d’un monde imaginaire en deux dimensions.

Qu’en est-il alors de l’âme? Selon Jean-Didier Vincent : « L’âme devient l’expression dans le cerveau de la jouissance et de la souffrance du corps, et de tous les affects qui servent de fondement à nos actes conscients ou inconscients en nous ouvrant les portes de l’art, de la beauté et de la poésie, pour l’instant inaccessibles aux neurobiologistes.»

Oublions donc Descartes, « Je ressens donc je suis » plutôt que « Je pense donc je suis ».

La connaissance des mécanismes du désir ne vous met pas à l’abri de son emprise, mais elle peut vous permettre d’en desserrer quelque peu les liens ou d’atténuer le jugement que l’on porte sur le comportement des autres. On pourrait espérer que de la même façon être conscient du caractère « programmé » de nos pensées et actes nous amène à rendre un certain recul par rapport à eux et nous éviter de nous comporter en « diseuses de vérité » comme savent si bien le faire certains blogueurs de ce site.....

 

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