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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:02

 

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Dans le dernier numéro du Nouvel Observateur (je me réfère souvent à cet hebdomadaire mais il est le seul auquel je sois abonné...), Jacques Julliard discourt sur la haine en politique et notamment sur celle, la plus féroce sans doute depuis longtemps, entre Nicolaparte et Villepin. Il semble découvrir, lui qui pourtant a lu René Girard, que les grands écrivains (il cite Shakespeare et Descartes) nous en disent plus sur la "nature" humaine que Ricardo ou Marx. Saisissant passage où il met au défi de rendre compte de cet affrontement sans recourir à " l'hypothèse de l'âme, de ses noirceurs, de ses lumières" (pour les lecteurs de mon précédent billet, et surtout de son 13è commentaire, je souligne qu'il est écrit "recourir à l'hypothèse" et non pas "preuve"...). Il fût un temps où ce duel fratricide m'aurait réjoui (comme ceux, sans commune mesure toutefois, entre Giscard et Chaban, Chirac et Barre, Chirac et Balladur) car il pourrait conduire à une victoire du parti socialiste en 2012. Mais malheureusement je me sens (presque) aussi éloigné de ceux qui représentent actuellement ce parti que de ceux qui se réclament du parti majoritaire. L'épisode "Georges Frèche", pitoyable règlement de compte ( il sait lui le français et n'a fait qu'employer l'expression « pas catholique » dans le sens qu'elle a depuis des siècles, mais il est vrai qu'on veut tellement nous convaincre que la France n'a pas de racines chrétiennes qu'il est normal qu'on en oublie les dérives proverbiales de ce mot à partir du 16è siècle) interne à ce parti m'a attristé.

Jeudi je prendrai l'avion avec Bertrand, ainsi que mon ex et son ami, pour 10 jours de vacances en Israël (étonnante la question récurrente sur les "chats" de sites de rencontre gay lorsque j'annonçais ce départ : "tu es juif"?...).

Avant de partir une petite devinette : qui a dit dans une interview au Journal du Dimanche" du 7 février? :

"Benoit XVI je tente de le lire avec attention. Et, sur les relations judéo-chrétiennes, les procès d'intention systématiques qui lui sont faits sont juste incompréhensibles : outre qu'il met le débat à un niveau intellectuel élevé, il se situe dans la continuité totale de son prédécesseur, Jean Paul II. Quant à Pie XII, je demande simplement qu'on s'en tienne aux faits. Le fait que contrairement à ce que répètent en boucles les crétins, la plupart des archives sont ouvertes et consultables. Le fait est que, dans le silence assourdissant du monde entier sur la Shoah, il a été plutôt le moins silencieux de tous. Le fait est qu'il a, sans avions ni canons, plus dit et plus fait que Churchill, Roosevelt et de Gaulle réunis. Bien sûr qu'il aurait pu dire et faire davantage. Tout le monde peut toujours dire et faire davantage. Mais le présenter comme le "pape d'Hitler", brocarder inlassablement sur ce fameux "silence de Pie XII" est absurde et assez déguelasse."

Il s'agit de Bernard Henri Levy.

 

 

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 22:33

IPerrette-et-son-pot-au-lait.jpgl y a quelques semaines, à l’occasion d’un déplacement en avion je suis tombé, dans le journal économique « Les échos », sur une interview de Michel Serres, philosophe et historien des sciences. Il se trouve qu’il fût un de mes « maître à penser » à l’époque où je découvrais son livre « Rome, le livre des fondations ». Sa culture phénoménale, son intérêt pour la littérature, les sciences et les techniques, en font un de ces rares intellectuels capables de mettre en relation des « savoirs » et d’avoir une vision holistique. Il était interrogé, à la suite de nombreux autres intellectuels, sur la récente crise financière. Pour lui elle n’est qu’un épiphénomène d’une crise bien plus globale, celle de l’éducation notamment.

« Ce que nous avons subi dans l’enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n’a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l’évènement. Elle préfère son argent à ses enfants…..Mais avez-vous conscience de l’effondrement des savoirs ? Il n’y a plus de latin, il n’y a plus de grec, il n’y a plus de poésie, il n’y a plus d’enseignement littéraire. L’enseignement des sciences est en train de s’effondrer partout »

Ce diagnostic bien d’autres l’ont fait, mais Michel Serres ne réagit pas de façon obsessionnelle comme Renaud Camus, il ne se retire pas dans son château et dans un passé qui ne reviendra pas, ce changement d’épistémé il faut en prendre acte :

« On est pourtant dans une des périodes les plus passionnantes qu’on ait vécues. Je vois toutes les institutions comme vraiment des dinosaures….la guerre que nous faisons aujourd’hui n’est pas une guerre entre les hommes mais la guerre que les hommes font au monde …Nous sommes en train de gagner cette guerre contre le monde, c'est-à-dire de la perdre…Je crois que cette guerre là est vraiment nouvelle et que c’est elle qui va changer le monde »

Certes cette « déculturation » il en désigne les responsables, pas la bourgeoisie qui aurait démissionné pour laisser la place à la « dictature de la petite bourgeoisie », mais les philosophes :

« C’est la faute des philosophes. Les philosophes n’ont pas vu l’ampleur des changements du monde. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient engagés depuis Sartre dans la politique ».

(Sartre est le seul cité mais on peut se demander si ce n’est pas Michel Foucault et son « journalisme transcendantal » qui est visé.)

Pour terminer l’article, Michel Serres, illustre le phénomène des bulles financières par la fable de La Fontaine, La Laitière et le pot au lait, « c'est un raisonnement financier parfait. Elle raisonne exactement comme un golden boy »

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 20:43

18751i.jpgLes récentes mésaventures vaccinales de notre chère ministre de la santé ont été attribués aux effets pervers du principe de précaution (je laisse de côté les accusations portées contre l’industrie pharmaceutique, m’en tenant à ma position de ne point aborder ici ces questions, usant d’autant plus de mon droit de réserve que je travaille pour une des firmes qui produisent le vaccin de la grippe porcine, même si l’envie me brûle de voler dans les pattes de ceux qui répandent tant de contre vérités dans les médias ou sur internet). On comprend pourtant Roselyne, que n’aurait on pas entendu dire si la grippe s’était révélée aussi virulente qu’on le redoutait et que le pays soit venu à manquer de vaccin…Les précédents du sang contaminé et de la canicule expliquent bien des décisions.
Jean Pierre Dupuy a mis en évidence les insuffisances et les dangers du principe de précaution qui se fonde sur la notion « d’incertitude » scientifique qui peut amener à paralyser toute action ou à entreprendre des actions contreproductives à partir d’un « non savoir » à partir du moment où l’on imagine un risque « possible ». On peut craindre, et on en voit déjà les prémisses, que lorsque le pire deviendra certain, le principe de précaution ne mène à l’écofascisme. Selon Jean Pierre Dupuy, le « principe de précaution » prôné par tous n’est pas de mise, car ce principe entend se limiter aux risques (potentiellement graves ou non), mais non apocalyptiques. Partant du constat que l’humanité est devenue capable de s’anéantir elle-même, soit directement (arme nucléaire), soit indirectement par l’altération des conditions nécessaires à sa survie ( réchauffement climatique, intervention sur le vivant), il
insiste sur le fait que cette constatation que nous refusons de croire est devenue certaine. L’idée de Jean Pierre Dupuy est de « se fixer sur un avenir catastrophique pour qu’il ne se produise pas ». Il faut considérer la catastrophe comme « ayant déjà eu lieu », « à se projeter dans l’après catastrophe, et à voir rétrospectivement en celle-ci un évènement tout à la fois nécessaire et improbable ». Il va sans dire qu’il s’agit d’une vision éthique, métaphysique, prophétique, apocalyptique (Jean Pierre Dupuy est un disciple de René Girard). La notion de catastrophisme éclairé est bien entendu conceptuelle, « ce n’est pas la réponse à nos problèmes qui ne peut être que politique ». Le politique doit mettre « la catastrophe » au cœur de son action, « faire voir que ce mode de vie est absurde, « contre-productif » (disciple aussi de Illich, Dupuy a montré que si l’on calculait le temps passé pour l’automobile, soit en déplacement, soit en travaillant pour se la payer, cela équivalait à un temps de déplacement moyen de 7 km/h, bien moins qu’à vélo….). L’exemple de la dissuasion nucléaire, dans l’après guerre, montre que penser la catastrophe peut permettre de l’éviter…


   
« Ce que j’appelle le « catastrophisme éclairé » s’inspire de cette démarche. Il
nous faut vivre désormais les yeux fixés sur cet événement impensable –
l’autodestruction de l’humanité –, avec l’objectif, non pas de le rendre
impossible, ce qui serait contradictoire, mais d’en retarder l’échéance le plus
possible. Nous sommes entrés dans l’ère du sursis. Le catastrophisme éclairé est
une ruse qui consiste à faire comme si nous étions victimes d’un destin tout en
gardant à l’esprit que nous sommes la cause unique de notre malheur.
Jean-Pierre DUPUY, « Fin du monde, il est moins cinq »,
entretien avec B. Poulet, l’Expansion, 1er juin 2007.
(http://lexpansion.com) »

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