Plusieurs penseurs de gauche ont depuis quelques temps, Pierre Rosanvallon (« La contre-démocratie ») et Marcel Gauchet («L’avènement de la démocratie ») notamment, fait état d’une crise de la
démocratie : « anémie galopante », « perte d’effectivité », « démocratie éléctive érodée ». Il ne s’agissait cependant pas pour ces auteurs, plus ou moins proches de ce qu’on a appelé sous
Mitterrand la « 2è gauche », de remettre en cause ce système qui reste pour eux, si ce n’est « l’horizon indépassable de l’humanité », au moins, pour reprendre les termes de Marcel Gauchet «
l’horizon indépassable de la séquence historique à laquelle nous appartenons ».
On assiste depuis peu à l’émergence d’une pensée bien plus radicale, à laquelle Libération vient de consacrer un dossier, dont témoigne le livre à succès du philosophe Alain Badiou « De quoi
Sarkozy est il le nom » ou encore celui du slovène Slavoj Zizek « Robespierre : entre vertu et terreur ». Pour ces auteurs la démocratie élective ne marque pas « La fin de l’histoire », et ils en
appellent à sa remise en cause : « Tout le monde voit que la démocratie électorale n’est pas un espace de choix réel ». Face à la « corruption » par l’argent l’heure serait venue de définir « une
nouvelle pratique de ce qui fut nommé dictature (du prolétariat). Ou encore, c’est la même chose : un nouvel usage du mot « vertu ».». Il s’agit bien du retour à un marxisme radical, stalinien,
nourri par toutes les actions qui visent actuellement à saper les fondements de la démocratie et à remettre en cause en permanence le verdict des électeurs ( on pourrait donner en exemple les
fameux « tribunaux citoyens » de Ségolène Royal ou l' incroyable appel à la « vigilance républicaine »). On assiste ainsi à une réhabilitation de Robespierre et St Just, à un éloge de
Chavez. La cible, bien sûr, derrière tout cela, c’est le Capitalisme. Tout cela reste marginal, mais ne manque pas d’inquiéter.
Marcel Gauchet souligne l’irréalisme de ces positions « Elles témoignent de la décomposition politique de la gauche extrême…Je suppose que psychologiquement elles font du bien à ceux qui s’y
rallient, mais, politiquement, elles ne pèsent rien, ne dérangent personne et surtout pas le pouvoir.. ». Selon Gauchet, elles arrangeraient même ce dernier qui les favoriserait par la politique
d’ouverture et la promotion de l’extrême gauche, « avec Besancenot tous les soirs à la télévision », «Brandir le mot de communisme comme une espèce de surmoi sans base, c’est faire du bruit avec
la bouche pour impressionner les gogos ». Gauchet a montré dans d’autres livres comment la démocratie était « la forme de sortie de la religion » ( et en ce sens on peut bien parler de racines
chrétiennes du monde occidental), mais qu’elle souffrait d’une crise de croissance qui s’expliquerait en partie par l’hypertrophie de ses fondements post-chrétiens « les droits de l’homme ». «
C’est la poussée ininterrompue et généralisé des droits individuels qui déstabilisent l’édifice. Si la démocratie peut être définie comme le pouvoir d’une collectivité de se gouverner elle-même,
la sacralisation des libertés de la dite collectivité a pour effet de vider ce pouvoir de sa substance ».
Cette action de sape, souvent inconsciente des bases la démocratie par montée d’un hyper individualisme, parfois « à plusieurs » (communautarisme, corporatisme, et) se voit partout, y compris
dans de nombreux blogs, ce que j’appelle, peut être improprement, le « Nouveau Poujadisme », celui de Marianne.
http://www.syti.net/Topics2.html
« Ce que serait « ma gauche » » est le titre d’un article
qu’Edgar Morin a publié dans le Monde ce week-end. Il y a bien des années de cela il fût un de ceux qui ont puissamment contribué à ma façon de voir et de comprendre le monde. Je l’ai suivi pas à
pas dans l’élaboration de sa gigantesque méthode, 6 volumes qui constituent un véritable encyclopédie du paradigme de « complexité » dont il a cherché à établir les fondements. Pourtant c’est
avec perplexité que j’ai découvert cet article où il appelle « les » gauches à suivre un nouvelle voie : « La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l'humanité : l'accession à une
société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d'associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution »… « Préparons un nouveau commencement en reliant les trois
souches (libertaire, socialiste, communiste), en y ajoutant la souche écologique en une tétralogie. Cela implique évidemment la décomposition des structures partidaires existantes, une grande
recomposition selon une formule ample et ouverte, l'apport d'une pensée politique régénérée». Comment un tel penseur peut il être si naïf et faire l’économie de la problématique du « Mal » ?
Irrité aussi par certains dérapages « voir Israël traiter le Palestinien comme le chrétien traitait le juif » : on aimerait savoir, comme un lecteur du Monde l’a souligné en commentaire, en quoi
les juifs ont jamais menacé la chrétienté d’anéantissement ?
Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas ici du compte rendu
d’un thriller qui aurait pour théâtre cette remarquable institution, les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres mais de réflexions suscitées par un rapport dont rend compte le journal
« Le Monde », rapport dans lequel la Cour des comptes estime que l'éducation nationale « ne tient pas compte des besoins de l'élève et génère de l'échec » et relève que
« l'affectation des enseignants n'est pas faite en fonction de leurs compétences et des élèves qu'ils auront en face d'eux ». Cela m’a remis en mémoire un article du même quotidien qui
rendait compte du dernier livre de Jean Claude Milner, « l’Arrogance du présent » dans lequel il se livrait à une analyse du gauchisme post 68. Ce lacanien, ancien de la « gauche prolétarienne »,
a déjà écrit un pamphlet sur l’école (« De l’école », 1984) : « Sait-on qu'il y a deux querelles scolaires et que la plus célèbre - séparant l'école publique de l'école privée - n'est ni la plus
vraie ni la plus acharnée ? Sait-on qu'une autre querelle, traversant l'école publique elle-même, y oppose les amis des savoirs à ceux qui, sous couvert de gestion, de pédagogie ou de dévouement,
en réalité les haïssent ? Sait-on qu'il n'y a, depuis 1945, qu'une seule et même Réforme et que les gouvernements, qu'ils se réclament de la droite ou de la gauche, ont tous la même politique :
mettre en place cette Réforme unique et tentaculaire ? Sait-on que cette dernière est radicalement hostile à toute école et à tout savoir ? Sait-on enfin que l'école en France - et nulle part
ailleurs - assure une fonction décisive ? Par elle et par quelques savoirs dont elle se fait l'agent, la démocratie formelle a pu s'établir dans ce pays où, pourtant, le protestantisme n'avait
pas triomphé. Cet exemple longtemps unique et paradoxe historique dont, encore aujourd'hui, on n'a pas épuisé les effets. Affaiblir l'école, calomnier des savoirs, c'est déséquilibrer une machine
délicate, aussi délicate à vrai dire que peut l'être toute liberté individuelle. Voilà pourtant à quoi se dévoue, avec un acharnement inlassable et un aveuglement opiniâtre, une alliance secrète
et imbécile. En démonter le mécanisme, énumérer les forces, décomposer la doctrine, retirer à cette dernière la fausse évidence dont elle se flatte, tel a été notre propos. »
L'Europe affronte en ce moment une double menace, à
sa périphérie et en son centre. En périphérie avec la crise grecque et peut être bientôt la contagion au Portugal et à l'Espagne. Même si on peut comprendre que les bons élèves de la classe, les
Allemands, en aient assez de payer pour les cancres (une attitude pourtant bien banalisé dans notre système éducatif!), on est tout de même stupéfait que leur chancelière ait retenu les
"pompiers" et laissé s'étendre l'incendie tant que les élections allemandes n'ont pas eu lieu. Chaque jour qui passe accroît le gouffre à combler et on en est arrivé à un point où l'on ne voit
pas comment les grecs pourraient supporter ce qui leur est demandé sans se révolter...

