Comme ils étaient pathétiques, cheminant côte à côte vers la tombe de celui dont ils se réclament seulement
l'espace d'une élection. Qu'ils se réjouissent, pour les 20 ans de sa mort il y aura encore une élection, ils pourront franchir un nouveau cran sur l'échelle du ridicule. Ils n'étaient certes pas
tous là, ni Fabius qui une autre fois avait poussé l'indécence jusqu'à s'habiller comme lui, ni Jospin qui a depuis longtemps pris ses distances, ni Walls victime d'une sortie de route dans la
course aux primaires sur la question des 35 heures, ni Hollande surtout, le plus digne. Est ce là, sur sa tombe, qu'ils ont scellé leur accord, appelé à tort coup de Jarnac par la presse, car le
dit coup contrairement à son acception populaire n'était pas un coup bas, pour concocter un calendrier électoral des primaires défavorable à deux des absents, DSK (qui ne pouvait de toute façon
être là) et Hollande?
Chevènement n'était pas là lui non plus mais il n'est plus socialiste, même s'il garde un profond
attachement affectif pour Mitterrand. Hier soir, sur la plateau de l'émission de Ruquier, il est revenu sur l'une des divergences majeures qui l'en ont éloigné : l'Europe. Selon lui Mitterrand a
fait la pari de l'Europe, un pari qu'il assimile au pari de Pascal. En quelque sorte "si l'Europe n'est pas possible, elle est perdue et pourrait retomber dans ses déchirements de la première
partie du 20è siècle, alors faisons le pari qu'elle est possible". J'ai rarement été d'accord avec Chevènement mais j'ai toujours gardé une certaine sympathie pour celui qui permit à François
Mitterrand de s'emparer du parti socialiste à Epinay. Son courageux soutien à Eric Zemour n'a fait que renforcer cette sympathie. Cette judiciarisation de tout propos qui décrirait une réalité
qui ne rentre pas dans le schéma idéologique droit-de-l'hommiste conduit à une "big-brotherisation" de notre société. Ne vient on pas de dénoncer les propos, qualifiés d'homophobe", de Robert
Menard, ancien secrétaire de Médecins sans Frontières, qui a simplement dit "qu'il avait envie que ses enfants aient une sexualité hétérosexuelle". Il me semble que c'est son droit le plus absolu
de se souhaiter cela sans être pour autant homophobe...
La joie des tunisiens de Paris faisait plaisir à voir samedi après midi alors qu'ils défilaient rue de
Rivoli. On ne sait jamais de quel côté penchera une révolution, eut elle un nom de fleur. Souhaitons que la révolution de Jasmin ait un destin aussi heureux que celle des œillets qui m'enflamma
en 1974. L'issue de cette dernière, après une première phase où, comme en Tunisie, le pouvoir fût d'abord confié à une personnalité compromise avec l'ancien régime, le général Spinola, fût
longtemps incertaine, sa composante "social-démocrate", menée par le major Melo Antunes, ne l'emporta contre la faction communiste menée par le général Gonçalvès que grâce au brusque revirement
du fougueux major gauchiste, Othello de Carvalho. En Tunisie, l'absence de menace islamiste, qui rend difficilement compréhensible le soutien de la France à l'ancien régime, est un facteur
d'optimisme. Peut être est ce cette menace dans les autres pays du Maghreb, en cas d'effet domino, qui est une source d'inquiétude pour la France à un moment où cette dernière est la cible
privilégiée d'Al-Qaïda dans le Maghreb islamique. A ce propos c'est avec une certaine tristesse que j'ai lu et entendu les positions de certains hommes politiques qui se sont élevés contre la
décision de Sarkozy d'intervenir lors de la dernière prise d'otages. Comment peuvent ils se permettre d'affirmer de façon si péremptoire qu'il ne fallait pas intervenir, sinon pour de sinistres
motivations de nature électorale, ou comme j'ai pu le constater sur un autre blog par une haine antisarkoziste qui finit par tout obscurcir? François Hollande, là encore , a été digne.
Cette révolution tunisienne vient comme en écho au très beau film, "Même la pluie", que j'ai vu le week-end
dernier. Ce film, d'une grande virtuosité scénaristique et de mise en scène, réussit le tour de force d'être à la fois le récit du tournage d'un épisode effroyable de la conquête de l' Amérique
par Christophe Colomb au moment où des prêtres s'élèvent contre le massacre et l'asservissement des peuplades autochtones , le récit de cette épisode même et enfin celui d'une révolte populaire
dans le pays du tournage, révolte contre la privatisation de la distribution de l'eau (d'où le titre du film) qui va entraver sa réalisation. Ces évènements vont bouleverser l'existence du
producteur et du réalisateur, magnifiquement interprétés, dont l'évolution psychologique va se faire dans des directions opposées et inattendues.
J'allais oublier, ce soir sur Arte, un magnifique film sur ceux qui se retrouvent "seuls de leur condition"
parmi les autres, "Loin du paradis".

Vendredi dernier, j’aurais du me rendre à Bordeaux mais j’en ai été dissuadé par le mouvement de grève larvée de certains personnels des aéroports parisiens, le départ de mon avion
ayant été finalement annulé après avoir été repoussé de demi-heure en demi-heure. J’ai constaté avec surprise que ces retards qui touchaient la plupart des vols étaient pris avec une relative
bonne humeur par une clientèle dont j’ai pu constater par le passé, dans des circonstances similaires, qu’elle pouvait manifester son mécontentement plus que bruyamment. Compréhension implicite
des motivations des grévistes ? Ces perturbations aériennes, dont j’ai appris qu’elles duraient en fait depuis mardi, sont étrangement passées sous silence par les médias. On peut s’interroger
sur cette minimisation de l’étendue du mouvement de grève actuel, alors que ces mêmes médias ont plutôt eu tendance à suivre les syndicats dans leur surestimation du nombre de
manifestants.
Pour avoir oublié ce
principe élémentaire, que le bon sens commun traduit par « on ne prête qu’aux riches », les banques se sont tirées une balle dans la nuque et ont mis le monde dans une situation dont on ne sait
toujours pas quand, ni surtout dans quel état, il en sortira. L’idée de base était cynique mais réaliste : il y a beaucoup plus de pauvres que de riches, donc prenons leur le peu d’argent qu’ils
ont en leur faisant miroiter de devenir propriétaire…D’autant plus facile que les taux d’intérêt aux USA étaient tombés proche de zéro, ce qui en accordant des emprunts à très long terme (plus de
20 ans) permettait de leur faire miroiter des mensualités supportables. Mais ce que ces cyniques n’ont pas dit, c’est que les prêts accordés étaient à taux variable, pratique commune dans les
pays anglo-saxons. Quiconque est tant soit peu informé des mécanismes financiers sait qu’il ne faut emprunter à taux variable que lorsque la probabilité de baisse des taux est importante,
c'est-à-dire quand les taux sont hauts (ce que je fis en 91, lors de l’achat de mon appartement alors que les taux étaient à 10%, ils sont tombés rapidement à 4% et j’ai gagné 7 ans de
remboursements), mais jamais quand les taux sont bas et qu’ils ne peuvent qu’augmenter ce qui risque de se traduire par une augmentation drastique des mensualités (n’empruntez surtout pas à taux
variable en ce moment !)….Mais les pauvres ne savent pas ça, et on ne leur a pas dit. L’on sait ce qui arriva, les taux sont remontés, les mensualités avec, les pauvres n’ont pu continuer à
payer…Et l’on n’a pas pu compenser ce défaut de paiement en saisissant leurs maisons car la valeur de celles-ci avait notablement baissée du fait de l’éclatement de la bulle immobilière….Tout
cela est déjà immoral, mais s’il ne s’était jamais agi que de cela, les banques auraient évité de côtoyer el pire et seuls les pauvres auraient été plus pauvres. Mais nos banquiers US, jamais
rassasiés, ont eu la géniale et fatale idée de « titrariser » les crédits consentis, autrement dit les mettre en bourse, et en plus, cerise sur le gâteau, de faire assurer le risque par ce qu’on
appelle les « rehausseurs de crédit » (je ne maîtrise pas encore tout cela, aussi ai-je placé en fin de billet une petit résumé du mécanisme en cause). D’où la catastrophe en cours qui s’est
propagée selon le mécanisme de la théorie du chaos.