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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 15:25

 

Mon séjour à Bordeaux, le week-end dernier, a coïncidé avec la date de la Gay Pride bordelaise, 20 ans après celle à laquelle j’avais participé avec un ami parisien, le temps d’une très éphémère romance. Nettement plus de monde cette fois-ci, même si on restait loin des foules parisiennes, avec une bouffée d’air rétro d’avant la « normalisation » gay, avec son ambiance festive et colorée, comme souvent en province, vitrine de nos différences. Une bouffée seulement, car les discours et les slogans de la tête de la manifestation montrait le triste noyautage gauchiste de la LGBT locale mettant plus l’accent sur la haine du capitalisme et de Macron que sur nos préoccupations.

 

La « normalisation » gay, il en a maintes fois était question dans ce blog, non pour la regretter, mais pour en souligner les effets pervers collatéraux qui tendent vers notre « déculturation » et la perte de notre identité, ou plutôt de « nos » identités ( http://limbo.over-blog.org/article-l-homosexualite-est-elle-soluble-dans-le-conformisme-53487533.html ) dans la substitution du droit à « l’indifférence » au droit à la « différence ». C’est donc avec intérêt que j’ai entrepris la lecture du petit opuscule d’Alain Naze, « Manifeste contre la normalisation gay », que je pensais être dans la lignée de l’ouvrage sus cité. Loin de là…Certes l’auteur cite marginalement les conséquences négatives de la « normalisation gay », avec la disparition progressive des lieux de drague que favorisait la clandestinité et des quartiers gays et l’exclusion de ceux qui donnent une « mauvaise image » de nous (les folles), en d’autres termes la marche vers notre « invisibilité », mais ce n’est pas là le cœur de son propos.

Notre auteur se présente en fait comme un militant nostalgique du FHAR des années 70 (voir billet précédent), quand ce mouvement voyait l’homosexualité comme fer de lance de la révolution, mais contaminé de surcroit par l’islamo gauchisme… Les organisations LGBT, peu suspectes pourtant de dérive droitière, sont ainsi accusées de favoriser l’homophobie en exportant la notion d’identité homosexuelle dans des régions où elle n’existe pas, en un mot de colonialisme! Rejetant « l’essentialisme », dans la lignée de ceux qui considèrent que l’homosexualité n’existait pas en Grèce, il suppose que celle des pays émergents serait « d’une autre forme » que celle du modèle occidental.  Dans le même esprit il s’insurge contre la pression de l’homosexualité blanche (pas si loin en fait du « male blanc » de Macron !) en faveur du « outing », combat qui ne recoupe pas celui de la plèbe, qui aurait peu de raison de se reconnaitre dans les manifestations favorables au mariage pour tous. La référence à Guy Hocquenghem (dont Edouard Louis serait l’héritier spirituel ?) est omniprésente. Alain Naze n’est pas isolé : un récent colloque à l’université de Nanterre, en plein blocage, avait pour contenu "l'homoracialisme", "l'impérialisme gay" ou encore "l'extrême gauche blanche"...

 

Ce pamphlet sectaire n’interroge jamais la notion même de normalisation, qui n’était pour les auteurs d’ « Homographies » (l’absence de la référence à cet ouvrage est stupéfiante : http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) qu’un leurre, un épisode peut être éphémère de notre histoire, réversible, tant l’homophobie est profondément enracinée chez l’hétérosexuel, masquée par un comportement compassionnel un peu similaire à celui plus récemment développé pour l’espèce animale…Dans une optique inverse, celle de William Marx dans son « Savoir Gai » dont j’ai rendu compte dans un billet récent, beaucoup plus optimiste, notre normalisation est impossible tant le « regard gay » diffère de celui de l’hétérosexuel et loin de nous faire rentrer dans le rang « hétérosexuel » quant à nos pratiques sexuelles (que le très beau film de Christophe Honoré, « Plaire, aimer et courir vite » illustre à merveille) la loi sur le mariage homosexuel pourrait au contraire influencer celle des hétérosexuels….

 

Lundi dernier, assistant au repas de la section parisienne de l’amicale des anciens élèves de Sainte Marie Grand Lebrun, où je fis toutes mes études, en présence d’un prêtre, le provincial de l’ordre des Marianistes, au moment des présentations, où pour la première fois (la dernière réunion remontant à 5 ans), je déclinais un « marié sans enfants », dont mon alliance témoignait,  à la place de mon habituel « célibataire », je me demandais ce que je répondrais si on me posait une question « indiscrète » sur ce mariage récent….Normalisation, tu n’es pas au bout du chemin…..

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 15:13

Avril 1978, ma deuxième naissance ce jour où j’allais rencontrer Philippe, dans un cinéma « porno » de la rue Vivienne à Paris, dont je venais d’apprendre l’existence dans un article du journal « le Point ». Lorsque je retournais dans ma province bordelaise, quelques jours plus tard, transfiguré par cette première expérience sexuelle (http://limbo.over-blog.org/article-ma-premiere-fois-pour-son-malheur-44231829.html), je n’aurais pas imaginé que rencontrer des garçons aller maintenant rythmer ma vie de façon quasi ininterrompue, parfois frénétiquement comme s’il était possible de rattraper le temps perdu, et encore moins que 40 ans plus tard de telles rencontres soient encore si fréquentes sans que  j’ai jamais eu besoin de recourir au sexe tarifé…Le jeune homosexuel que j’étais jetait en effet un regard presque réprobateur, toutefois sans agressivité comme on peut le constater sur le net aujourd’hui,  sur ces plus de « 50 ans » qui osaient encore fréquenter les lieux de drague…Quant à l’idée même d’un mariage « gay », elle aurait déclencher chez moi un immense éclat de rire.

En effet, en ces temps-là, à la fin des années 70, le militant gay était plutôt « révolutionnaire », moins sur le plan « politique » comme le FHAR (front d’action révolutionnaire) dans les années post 68, que sur le plan sociétal contre l’oppression hétérosexuelle et ses normes « familiales » qu’on voulait exploser, avec la création du GLH (Groupe de libération homosexuelle), puis du CUARH (Comité d’urgence anti répression homosexuelle). Je m’insérais, sur un mode moins politique, dans ce mouvement en participant activement, à la création sur Bordeaux d’une association homosexuelle, « Les Nouveaux Achriens » (terme proposé par Renaud Camus, auteur pas encore maudit et surtout connu pour la publication de « Tricks », journal de ses rencontres sexuelles, qui le préférait à celui de « gay » qui commençait à s’imposer).

Mon coming-out « sexuel » survenait au meilleur moment, celui où on allait basculer de la période « pré-gay », à celle de la « libération des corps » au rythme de la musique Disco. Quelques mois plus tard paraissait le premier numéro du journal Gai Pied suivi de peu par la publication d’une revue trimestrielle, à ambition culturelle, « Masques, revue des homosexualités », dont la sortie donna lieu à une grande fête au Bataclan.

J’aurais presque oublié cette revue, dont la lecture m’a pourtant accompagnée les quelques années de sa parution, si je ne venais de lire, avec intérêt, la biographie de Jacques d’Adelsward-Fersen par Viveka Adelsward et Jacques Perrot, livre qui m’a été envoyée gracieusement par son éditeur, espérant que je puisse en faire état dans ce blog. J’avoue, bien que Roger Peyrefitte lui ait consacré un roman, « L’exilé de Capri », que je n’avais jamais entendu parlé de ce poète et romancier français, de lointaine ascendance suédoise, dandy aristocrate qui fréquentait les cercles proustiens, et dont l’homosexualité fût révélée au grand jour au début du siècle dernier, il avait 23 ans, à l’occasion d’un scandale de mœurs impliquant des mineurs qui étaient amenés à participer plus ou moins dénudés à des « tableaux vivants ». Condamné pour « excitation de mineurs à la débauche », après plusieurs mois de prison, il choisit de s’exiler à Capri avec Nino, qui va partager sa vie, jusqu’à son suicide à l’âge de 42 ans. Durant cet exil, outre la poursuite de son œuvre littéraire, il va lancer en 1909 une revue mensuelle, Akademos, traitant de l’homosexualité sous l’angle artistique et littéraire, mais aussi progressivement sous celui du militantisme. Sa parution fut éphémère, à peine un an, en partie pour des raisons financières mais aussi en vue d’un projet plus ambitieux et plus ouvertement militant. Akademos, première revue homosexuelle, me semble préfigurer, 70 ans avant, ce que sera Masques. Un pionnier de la libération gay qui mérite de sortir de l’oubli.  

L’actualité cinématographique nous rappelle combien ce parcours vers notre « visibilité » fut long et douloureux. La remarquable saison 2 de la série American crime, "The assassination of Gianni Versace", centrée autour du parcours 4 fois meurtrier de son assassin, nous montre que Versace, dont la sœur lui lance quand il décide de faire son coming-out, « "Tu as oublié que le monde est horrible" », a été aussi la victime de l’apathie homophobe de la police. Le très émouvant film de Luca Guadagnino, « Call me by your name », avec un époustouflant Timothée Chalamet, nous livre un dialogue d’anthologie entre un père et son fils sur le caractère unique, irremplaçable, fondateur du sentiment amoureux, aussi douloureux soit-il.

Un coup de cœur pour clore ce billet : les deux premiers opus du « quatuor bordelais » de l’auteur anglais Allan Massie, « Printemps noir », puis « Sombre été à Bordeaux », enquêtes policières durant l’occupation, où l’intrigue s’efface devant l’étude des caractères en ces temps troublés, atmosphère assez semblable à celle de la série « Un village français », une sorte d’alchimie entre Simenon et Philippe Kerr, avec notamment des personnages homosexuels attachants (le plaisir de lecture de ces deux romans rendent très indulgents vis-à-vis de petites imperfections quant à la connaissance de Bordeaux ( Le café des arts n’est pas cours de la Marne mais cours Victor Hugo…)).
 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 15:56

Big sister”

 

 

 

« Il n’y a que des parisiens pour pouvoir se payer ça », réflexion d’un contact sur Scruff, un site de rencontres gay, lors d’un récent séjour à Bordeaux, m’avait fait sourire. Mon logement dans un appartement d’un petit immeuble, totalement rénové, du centre-ville et dont les travaux venaient de se terminer en était à l’origine. Ce n’est que quelques jours plus tard, une fois rentré à Paris, en découvrant dans la presse la campagne d’affiches dans les rues de Bordeaux, « Parisien rentre chez toi », que j’ai réalisé que cette réflexion révélait un état d’esprit. Bien que bordelais de naissance et de cœur, ayant vécu 37 ans dans cette ville, je me suis tout de même senti un peu visé puisque j’y ai acheté, il y a plus de 2 ans, un pied à terre qui vient de m’être livré. Il est vrai que depuis l’embellissement de la ville sous l’action d’Alain Juppé, son classement au patrimoine de l’Unesco, l’arrivée du TGV en deux heures depuis Paris, l’afflux des touristes qui a stimulé le développement d’Airbnb, ont entrainé une explosion des prix de l’immobilier et des difficultés réelles de logement pour certains. On pourrait cependant entrevoir le ferment d’un repli identitaire dans une telle agressivité.

 

L’installation dans cet appartement allait donner lieu à une autre manifestation d’agressivité, que je qualifierai, sobrement, de « culturelle ». Le mobilier a été livré par deux employés d’une société de transports, qui devant l’impossibilité d’utiliser l’ascenseur pour certaines pièces trop volumineuses, ont accepté mon aide et celle de mon mari pour les acheminer par les escaliers. La montée du canapé fut la plus problématique, entrainant dans un endroit plus délicat un mouvement de recul inattendu d’un des deux livreurs, un jeune maghrébin, dont la partie basse du dos et haute du fessier, vinrent rencontrer mes mains avancées pour le retenir. Il se retourna brusquement pour me lancer un brutal : « ça veut dire quoi ça ! ». J’en suis resté sans voix, même s’il ne pas fallu longtemps pour réaliser, qu’étant avec mon ami, il avait tout de suite imaginé, qu’homosexuel, je ne pouvais qu’être intéressé par ses fesses...Ma stupéfaction devait être suffisamment évidente pour qu’il se calme et ne m’accuse pas d’agression sexuelle…

 

D’autant plus qu’il n’en faut pas beaucoup en ce moment pour qu’un comportement soit qualifié d’agression sexuelle. En témoigne ce qui vient d’arriver à Kevin Spacey, dont le simple fait d’avoir proposé à un adolescent, il y a 30 ans, alors qu’il était bourré, de l’accompagner chez lui, mais sans avoir commis le moindre acte sexuel suffit à déclencher un orage médiatique, mettre à mal sa carrière et, pire, être voué aux gémonies par les associations LGBT qui l’accusent d’associer l’image de l’homosexualité à la pédophilie, de quoi faire se retourner dans leur tombe les militants gays qui ont forgé notre « libération ». Ne doutons pas que d'ici peu, d'autres viendront soudainement  "témoigner" de l'appétit de l'acteur pour les beaux garçons...

 

Mais après tout ne nous plaignons pas, nos compères hétérosexuels mènent une vie bien plus risquée que la nôtre…Je ne méconnais pas l’importance qu’on eut les combats féministes pour notre propre cause, ils sont en partie indissociables, mais le déferlement médiatique, occultant tout ou presque, qui a suivi la révélation du comportement, certes ignoble, de ce producteur américain, suivi de cette écœurante campagne « balance ton porc », fortement connotée, outre l’incitation à la délation , d’un racisme anti « sale gueule », montre l’influence sur les médias des organisations féministes les plus radicales, pour lesquelles toute pulsion sexuelle masculine n’est que la manifestation intolérable du pouvoir masculin et de sa volonté de domination. « Big sister», version féministe de « Big brother » pour imposer ce nouveau puritanisme. Bientôt un simple regard sera suspect, comme l’est pour la gauche radicale la moindre critique de l’islam, qualifiée d’islamophobie, sous prétexte que les musulmans ont été opprimés par l’occident….

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 15:15

Générique de fin, un silence de plomb dans une salle qui commence à s’éclairer, quelques spectateurs qui essaient d’essuyer discrètement leur larmes, ou qui n’y arrivent même pas, tel ce jeune homme dont on pouvait supposer qu’il avait connu un drame similaire et que sa mère tentait de consoler. Film dont c’est peu dire qu’il est bouleversant dans sa deuxième partie, récit d’un dramatique amour entre deux militants d’Act-up, l’un séronégatif et l’autre s’acheminant vers le stade terminal de la maladie, servi par une interprétation exceptionnelle.

 

Comment ne pas être renvoyé à ses propres souvenirs, à cette seconde moitié des années 80 et début des années 90, que jeune homosexuel j’ai traversée, en dépit d’une vie sexuelle active,  en étant épargné par ce fléau qui a emporté des amis si proches, comme toi Claude, qui sur ton lit de mourant m’a lancé, je ne t’en ai pas voulu, j’ai compris ton désespoir : « toi aussi tu vas y passer », ou toi Christian, son ami disparu quelques mois plus tard, en même temps que Jacques son précédent «mari» qui l’a accompagné jusqu'au bout, et combien d’autres un peu moins proches. Je n’ai pas eu à souffrir, comme ce fut le cas de mon compagnon actuel,  de la disparition de ceux qui ont partagé ma vie, à ce moment là ou par la suite. Du moins de ceux que je n’ai pas perdus de vue, car c’est sur internet - un billet nécrologique de Didier Lestrade, un des fondateurs d’Act-up - que j’ai appris le décès d’Hervé, mon premier amour fou (http://limbo.over-blog.org/2016/04/en-souvenir-d-herve-robin-un-gay-de-nos-annees-de-braise.html) et je suis toujours sans nouvelle de « Ginette », personnage à haut risque (http://limbo.over-blog.org/article-ginette-46573957.html).

 

Mais ce film n’est pas seulement une dramatique épopée amoureuse qui a ému la croisette et maintenant, semble-t-il, le public, c’est aussi, surtout dans sa première partie, un témoignage sur ce que fut l’action d’Act-up pendant ces années tragiques. Le regard moins embué par l’émotion, pas totalement absente cependant car la maladie reste très présente, on peut émettre quelques petites réserves, sur la forme, un peu didactique, quasi documentaire, et le fond, manichéen du style le bon (Act-up), la brute (l’industrie pharmaceutique) et les méchants (les socialistes au pouvoir). Ceci n’est certes pas étonnant, le film ayant été très fortement influencé par les leaders historiques d’Act-up et ce point de vue, par l’indignation qu’il ne manque pas de faire naitre chez le spectateur, ne pouvait que décupler l’émotion finale. J’ai aussi vécu cette période en militant, dans une autre association, celle des «Médecins Gays» (AMG), moins focalisée sur le Sida (l’association avait pris conscience du problème avec un train de retard) et bien moins « politisée ». Je désapprouvais les méthodes d’Act-up et sa radicalité, tout en reconnaissant, par la suite, qu’elles avaient sans doute fortement contribué à faire bouger les choses et je me souviens encore de cette gay-pride (le film y fait référence), au milieu des années 90, la première où il y eut foule  (nous sommes 50.000, nous sommes 80.000, entendait-on dans les hauts parleurs), entrainée par le «char» de l’association, un énorme camion noir d’où s’échappait une musique addictive.

Le film n’y fait que très brièvement allusion, mais une autre radicalité me séparait d’Act-up, d’ordre médicale celle-là, d’ailleurs partagée par l’AMG (mais non par Aides) dont j’ai essayé en vain de faire modifier la position, radicalité quant au refus de hiérarchiser le risque de contamination, en contradiction avec l’épidémiologie de la maladie, c’est-à-dire en refusant de considérer la fellation comme une pratique à risque très faible. Cette attitude me paraissait devoir conduire tôt ou tard un certain nombre d’entre nous à abandonner la capote même pour la sodomie.

 

Par un paradoxe étonnant,  Act-up a fini par «mourir» de ce pourquoi il s’était tant battu : l’arrivée de thérapeutiques très efficaces faisant du Sida une maladie chronique a rendu caduque sa radicalité.

 

 

Quoiqu’il en soit, même si «120 battements par minutes» n’est sans doute pas un chef d’œuvre sur le plan cinématographique (une palme d’or «volée» a-t-on pu lire, non tout de même pas), c’est un témoignage bouleversant sur une terrible période de notre histoire qu’il faut courir voir et c’est avec tristesse que j’ai lu la chronique haineuse de Thibaud Croisy dans le Monde.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 15:59

Il n’y a pas si longtemps, dans ce blog, je disais ma déception à la lecture du roman de Philippe Besson, « les passants de Lisbonne», auteur qui m’avait pourtant enthousiasmé avec ses premières œuvres, « En l’absence des hommes» et «L’arrière-saison». Je n’aurai sans doute pas lu son dernier roman, « Arrête tes mensonges », si je n’avais entendu une critique dithyrambique de Yan Moix dans l’émission de Ruquier. C’eut été une grave erreur, tant cette histoire autobiographique d’un premier amour impossible et fou, celui d’un jeune fils de paysan, Thomas, pour l’auteur, alors fils du directeur de l’école où ils sont tous deux scolarisés, est bouleversante. Impossible d’en raconter la trame sans dévoiler les ressorts dramatiques de la destinée de Thomas, 25 ans plus tard.

La langue est belle, faite de phrases courtes, d’une facture classique, contrastant avec celle, plus dans l’air du temps de Tanguy Viel, « Article 353 du code pénal», autre livre remarquable lu quelques jours avant, où l’œil court après les mots de phrases qui semblent ne jamais finir.

Un roman vous touche d’autant plus qu’il fait écho à votre histoire personnelle, car même si les trajectoires sont loin d’être superposables, je n’ai pu m’empêcher d’évoquer le souvenir d’Hervé (http://limbo.over-blog.org/2016/04/en-souvenir-d-herve-robin-un-gay-de-nos-annees-de-braise.html). Sans oublier les lieux où se déroulent cette tragédie, Barbezieux, petite ville des Charentes dont le nom me reste si familier, non seulement parce qu’elle était sur la route de Paris, la nationale 10 que mon père empruntait avant la construction de l’autoroute, mais aussi parce que Josiane, «bonne à tout faire » de mes parents qui me fut chère - beaucoup ont sans doute oubliée que c’est ainsi qu’on appelait les employées de maison que l’on logeait, il y bien longtemps – en était originaire, et Bordeaux dont l’auteur s’émerveille, dans de très belles pages, de la transformation spectaculaire.

Ce souvenir obsessionnel d’un amour de jeunesse qui se fracasse sur ce qu’en a fait le temps, c’était aussi le sujet du livre de Daniel Cordier, « Les feux de Saint Elme» dont j’avais dit quelques mots dans ce blog.

Le hasard a voulu que je commence le court roman de Philippe Besson quelques jours après avoir vu le très beau film de Barry Jenkins «Moonlight», histoire de jeune noir, issu du ghetto de Miami, faisant la douloureuse découverte de son homosexualité, que l’on suit à travers trois épisodes de sa vie, son enfance, son adolescence et l’âge adulte où il va enfin pouvoir assumer son désir dans un scène finale déchirante.

Ces deux œuvres sont pour l’occasion d’évoquer la mémoire d’un de ceux qui se sont battus pour que l’homosexualité ne puisse plus être douloureuse, Guy Hocquenghem qui faisait ainsi son coming-out dans le Nouvel Observateur en 1972 : « Je m’appelle Guy Hocquenghem. J’ai 25 ans ». Une biographie vient de lui être consacrée (Les Vies de Guy Hocquenghem. Politique, sexualité, culture, d’Antoine Idier, Fayard).

Je n’ai aucun doute qu’Emmanuel Macron soit un défenseur de la communauté homosexuelle, mais il doit bien comprendre que si humiliation il y a eu des « anti-mariages gays », elle est bien dérisoire comparée à celle que des générations de gays ont subi et continuent à subir.

 

« En chacun de nous, il y a un regret qui veille ». « Le mien s’appelle David. Pour d’autres, il n’a que le nom d’une fuite sans retour. C’est là que nous nous rejoignons tous, dans ce qu’on appelle la nostalgie. » (Daniel Cordier, Les Feux de Saint-Elme)

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 16:53

Aussi éloigné puis-je être des positions idéologiques de Patrick Buisson, il serait malhonnête de ne pas avouer que la lecture de son livre, «La cause du peuple», m’a procuré un immense plaisir intellectuel, basé autant sur la qualité de l’écriture, que sur la réflexion que suscite ce traité historico-politico-philosophique, sous-tendu par une immense culture.

Au moment où l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis peut nous faire craindre que le célèbre film de Stanley Kubrick, «Docteur Folamour», ne soit prémonitoire et quelques mois après le Brexit, on peut se demander si l’analyse que fait l’auteur des causes des fractures de la société française n’est pas pertinente pour comprendre cette révolte contre les «élites» qui tend à se mondialiser et qui n’épargne pas notre pays.

L’idéologie dominante «droit de l’hommiste» aurait conduit à ignorer la jeunesse rurale et prolétarienne qu’on a jeté dans les bars du Front national, au profit de celle des quartiers «sensibles», au nom de la préférence immigrée, imposant de se soumettre au camp de la «repentance» (quant à notre passé colonial) et à l’idéologie multiculturaliste. Buisson rejoint étonnamment Emmanuel Todd dans la cartographie qu’il fait des manifestants du 11 janvier avec son clivage entre une France des classes moyennes supérieures diplômées qui ont défilé et la France populaire, restée indifférente à la «manipulation» des médias. Quant à la séparation de l’islam de la société française et sa radicalisation, il pointe la responsabilité du progressisme de gauche post 68, du fait de son individualisme hédoniste et de l’idéologie émancipatrice, avec, en parallèle, le surgissement d’un islamo-gauchisme - pour reprendre un terme de Gilles Kepel («La fracture») -  systématiquement indulgent avec l’islam et «hypermnésique» quant aux «crimes» prêtés à l’Eglise catholique. Autre conséquence de cet individualisme hédoniste, la renaissance d’une droite spiritualiste qui s’est retrouvée dans la «manif pour tous».

On peut constater que le Front national, dans sa version « Marine », a su fédérer, espérons-le temporairement, deux des «morceaux» de cette fracture, jeunesse rurale et prolétarienne et droite spiritualiste grâce à ses 2 pôles, «catholique conservateur» incarné par Marion Marechal le Pen et « national-socialiste» de Florian Philippot….La France n’est pas à l’abri de ce qui vient d’advenir aux USA….

Au-delà de ses analyses politiques, c’est le rapport de Patrick Buisson à la «question gay» qui m’a particulièrement frappé, tant il renvoie aux nombreux billets que j’ai consacrés à cette problématique. Que l’auteur s’intéressa à l’homosexualité ne fut pas une surprise pour moi, car c’est un sujet qu’il avait largement abordé dans son précédent ouvrage «1940-1945, les années érotiques» ce qui pourrait amener à s’interroger sur son orientation sexuelle, d’autant plus que Nathalie Kosciusko-Morizet l’a surnommé "la gestapette", sobriquet inventé par un chroniqueur des années 30, pour qualifier Abel Bonnard, un essayiste maurassien et homosexuel….

Dans « la cause du peuple », il ne cache pas sa sympathie pour deux célèbres figures homosexuelles, Frederic Mitterrand et Pier Paolo Pasolini. Il revient ainsi sur la polémique quant à la pédophilie supposée du premier - lancée par Marine Le Pen à propos de son livre «la mauvaise vie». Frederic Mitterrand aurait été voué à la géhenne, sans soutien de la part du «militantisme gay», car il renvoyait l’image d’une homosexualité à l’ancienne (clandestinité, marginalité, vagabondage sexuel), celle des pissotières et de la malédiction, loin de l’idéal de «reconnaissance sociale» des militants du mariage pour tous. Avec pertinence, il rappelle que le statut de la pédophilie a évolué depuis les années 70 où on en faisait l’apologie dans les milieux littéraires (Matzneff, Duvert, etc…) : « la normalisation des sexualités périphériques avait exigé le confinement de la part maudite susceptible de cristalliser la vindicte sociale »… Quant à Pasolini, il en fait un disciple de sa dénonciation de l’idéologie hédoniste néolaïque , du néocapitalisme et de sa financiarisation comme synonyme de décivilisation, un opposant à toute normalisation de la foi et de l’homosexualité (presque un militant de la manif pour tous….).

Inutile de préciser que Patrick Buisson est fortement hostile au mariage gay, sans doute moins sur le fond -  moins paranoïaque qu' Eric Zemmour, il n’attribue pas cette revendication à une volonté de détruire l’institution, mais à un besoin de reconnaissance sociale et de réparation morale – que sur son vécu par le «peuple» comme déstabilisation du socle anthropologique des valeurs traditionnelles amenant à la mobilisation massive de la « manif pour tous ». Son analyse des racines de cette mobilisation m’a paru peu convaincante, car sans nier la part du «retour du religieux», il me semble méconnaître le fort mouvement «anti Hollande» d’une partie de la droite qui s’est saisie de cette occasion (si cette réforme avait été proposée immédiatement après son élection elle serait passée sans ce déferlement de haine), et le retour brutal du «refoulé» homophobe.

Passons sur le mal qu’il dit de la théorie du genre, qu’il surestime, mais l’image qu’il en donne à travers Mickael Jackson est plutôt amusante : "homme sans race, sans sexe, sans âge".

Je ne sais si Patrick Buisson est gay, mais s’il l’est, il appartient à n’en pas douter aux nostalgiques de la période « pré gay » ( http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html ) ...

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 10:35
"Juste la fin du monde"

Après un séminaire à Juan les Pins fin aout , comme un petit air de vacances qui se poursuivent, pendant lequel j’ai eu la surprise d’être reconnu sur un réseau par un charmant garçon qui m’a rappelé notre rencontre, dont je n’ai aucun souvenir sinon la trace dans le « mémo» de mes tricks (« Jonathan, 20 ans, Univers Gym, février 1996 »), il y a 20 ans dans un regretté sauna gay parisien, j’ai retrouvé, prêt à affronter une année qui s’annonce angoissante, quoique passionnante, sur le plan politique et géopolitique, mes habitudes parisiennes grevées d’un temps de transport augmenté de 15 à 20 mn par les caprices pseudo-écologiques de l’Ayatollah Hidalgo ( et dire que j’ai voté pour elle…).

Depuis que ce n’est plus le plaisir de découvrir les livres scolaires qui me fait quitter la période de vacances presque sans regret, la rentrée cinématographique tend à jouer ce rôle, notamment cette année avec la sortie de plusieurs films en compétition à Cannes. Je ne pouvais manquer « Tony Erdmann », de l’allemande Maren Ade, qui a fait l’unanimité de la critique mais est reparti bredouille, conte parfois burlesque en forme de charge virulente contre la mondialisation néolibérale. Fable touchante, remarquablement interprétée, qui aurait gagné à s’étirer sur moins de 3 heures, mais dont l’absence au palmarès ne me semble pas forcément une injustice…

Mais ce sont les films de deux réalisateurs homosexuels que j’attendais avec impatience. Le dernier film d’Alain Giraudie, plutôt fraichement accueilli à Cannes, dont son précédent, «L’inconnu du lac», m’avait enthousiasmé, s’inscrit dans une dimension politique fort similaire à celle du film de Maren Ade . « Rester vertical » ne manque pas de surprendre, tant on met du temps à découvrir où le réalisateur veut nous mener, quand tout s’éclaire dans une belle scène finale, métaphorique, où le héros affronte les loups. Rester vertical c’est résister, à la nature, à l’homme, à toute contrainte, mais aussi peut-être rester en érection, ne pas renoncer à son désir - quel qu’il soit- sans aller se coucher chez le psychanalyste, symbolisé ici par une guérisseuse, tel ce vieillard qui se fait sodomiser jusqu’à l’orgasme mortel… Un film très politique, un parfum de «Nuit debout», tout à fait «Queer», auquel je n’adhère pas idéologiquement, mais d’une grande beauté formelle, et qui vous marque longtemps après l’avoir vu.

« Juste la fin du monde », Grand prix du festival, réalisé par le surdoué Xavier Dolan, m’a bouleversé. Adaptation d’une pièce de Julien Lagarce, le film raconte le retour dans sa famille – sa mère (Nathalie baye), sa sœur (Léa Seydoux), son frère (Vincent Cassel) et sa femme Catherine (Marion Cotillard) qui lui est inconnue - d’un jeune écrivain, homosexuel, Louis (Gaspard Ulliel), parti sans presque donner de nouvelles depuis des années, pour leur annoncer qu’il va mourir, secret dont l’aveu est sans cesse repoussé par l’expression parfois violente des rancœurs accumulées et l’impossibilité de communiquer. Véritable choc visuel et intellectuel, tel cet immense moment d’émotion, comme seul les grands cinéastes savent en produire, future scène d’anthologie, devant ce regard prolongé, insistant de Catherine, vers Louis, véritable transmission de pensée, la seule à avoir compris…Louis restera un mystère pour sa famille, mystère dont on peut se demander s’il ne prend pas racine dans la différence absolue de l’homosexualité ?

Il ne faisait pas partie de la sélection du festival mais « Frantz », de François Ozon, mérite le détour. Ce film sur la mémoire et le mensonge, un mensonge « protecteur » qui falsifie la réalité pour apaiser la douleur, conte l’histoire d’une jeune allemande (Anna), qui surprend un soldat français (Adrien), démobilisé après l’armistice de 1918, venant mystérieusement fleurir la tombe de son fiancé (Frantz) mort sur le front. La première partie du film s’appuie sur l’ambiguïté sexuelle (amitié, amour ?) qui liait Adrien et Frantz, renforcée par la filmographie d’Ozon tournant souvent autour de l’homosexualité. Si «secret» du héros de film de Dolan était connu dès le départ sans jamais pouvoir être dit, celui d’Adrien, dévoilé dès la moitié du film, ne sera pas celui qu’on attendait. Est-ce pour cela que j’ai peiné à ressentir la moindre émotion dans la seconde partie, si ce n’est dans une belle scène finale devant un tableau de Manet ?

A part le roman de Laurent Mauvignier, que je n’ai pas encore lu, la rentrée littéraire, qui ne nous épargne pas l’habituelle « nouvelle » d’Amélie Nothomb, n’ayant pas suscité en moi d’envie irrésistible d’achat, j‘ai entrepris la lecture d’un roman singulier de Tristan Garcia, auteur dont j’avais rendu compte dans ce blog de son premier roman, «La meilleure part des hommes», sur le milieu gay. Sa dernière œuvre, «7», paru il y a quelques mois déjà, est un véritable conte philosophique composé de 7 histoires apparemment indépendantes, mais dont on va progressivement saisir l’unité, empruntant au fantastique et à la science-fiction (l’auteur en a une culture certaine) autour du thème des univers parallèles. Tour de force littéraire prodigieux, roman « quantique » s’interrogeant sur la nature de la « réalité », tout en étant un pamphlet anti communautariste salutaire dans l’univers parallèle que nous habitons…Le prix du livre inter a réparé l’injustice de son éviction des prix littéraires ( mais les jurés étaient-ils doué de l’appareil mental nécessaire pour être sensible à cette œuvre ?).

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 16:09
Sitgès, une fois encore

Le début de l’été s’était avéré plutôt déprimant : Brexit, carnage niçois, coup d’état manqué en Turquie (suis-je encore démocrate?), égorgement d’un prêtre. Par ce dernier acte ces individus se sont révélés certes monstrueux, mais en plus stupides et incultes. Martyriser un prêtre cacochyme, en une église vide et dans le pays de Robespierre, pas de quoi troubler la bien-pensance de gauche toujours prête à débusquer l’islamophobie, tout en démontrant, par l’émotion suscitée, que la France a bien des racines chrétiennes…

Les vacances furent plus que jamais les bienvenues pour se distraire un peu de ce quotidien. Avant de quitter Paris, j’ai pu combler quelques retards de lecture. «Tout ce qu’on ne s’est jamais dit», n’est pas vraiment un roman policier, en dépit de sa parution dans une collection qui s’en réclame, mais un étonnant thriller psychologique, où à l’occasion de la mort tragique de la fille ainée - suicide, accident, meurtre ? - tous les non-dits d’une famille en décomposition vont s’exprimer, de même que la révélation, douce, simple, magnifique, de l’homosexualité d’un personnage externe au cercle familial. Lu aussi « les Feux de Saint-Elme » de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, journal de sa jeunesse au collège et de ses douloureuses « amitiés» homosexuelles bridées par son endoctrinement religieux. La fin du journal, quand il retrouve enfin, des dizaines d’années plus tard, David – marié, vieilli, laid - la passion inassouvie de son adolescence, m’a beaucoup plus touché, que la narration de son éveil à l’homosexualité qui renvoie à d’autres lectures, dont les Garçons de Montherlant. Un peu tard sans doute pour parler de deux films qui ne sont sans doute plus à l’affiche car sorti dans des circuits restreints : «Viva» du réalisateur irlandais Paddy Breathnach, l’histoire touchante, d’un jeune cubain homosexuel, coiffeur des perruques de travestis, rêvant de chanter dans leur cabaret, rêve brisé par le retour inopiné de son père dont il était sans nouvelles. Ce film, magnifié par l’interprétation exceptionnelle du jeune Héctor Medina Valdés, sélectionné pour l’oscar du meilleur film étranger, m’a ému jusqu’aux larmes ; le nouveau film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, «Théo et Hugo dans le même bateau», les auteurs de «Jeanne et le garçon formidable», m’a plutôt déçu. Certes la longue (un peu trop longue, presque vingt minutes?) scène de sexe initiale se déroulant à l’Impact (bar sexe parisien) est très belle, une des plus érotiques que j’ai vues au cinéma entre deux hommes, mais la déambulation dans le Paris nocturne des deux protagonistes de l’histoire, dont l’un, séropositif, prend conscience qu’il a été pénétré sans capote par son partenaire sain, se révèle d’un pédagogie un peu lourde et ennuyeuse et pas forcément pertinente sur la prophylaxie anti sida (la pénétration active d’un séropositif indétectable ne me paraissant nécessiter un traitement d’urgence post coït, tellement le risque est faible).

Prendre la direction de la Bretagne, fin juillet, pour rejoindre Sitges n’était certainement pas le chemin le plus court, mais cela faisait des années que nous renoncions à ce détour en raison de prévisions météorologiques peu encourageantes. Mais merveilleuse région, il y pleut même quand la météo est favorable, nous permettant cependant de découvrir ou redécouvrir une des régions de France que j'ai le moins parcourue jusqu'ici, de Saint Malo à Vannes, en passant par Dinard, Dinan, le cap Fréhel, Fort la Latte, Perros-Guirec, le sentier des douaniers, Auray, Carnac, la côte sauvage, Quiberon. La visite de la basilique de Sainte Anne d’Auray au moment de la célébration d’un mariage catholique en grand pompe ou la découverte de ce bar homosexuel à Vannes, qui aurait été plus justement nommé «l’ancien monde» que «l’autre monde » tant il semblait tout droit sorti des années 70, nous donnèrent l’impression d’un voyage dans le temps… De brèves étapes à Bordeaux, le temps devoir sa nouvelle et surprenante Cité du vin, puis à Albi, l'occasion de découvrir enfin sa spectaculaire cathédrale nous amenèrent à notre destination finale pour neuf jours qui s’annonçaient très «chaud» comme de coutume….

Soleil et chaleur quasi continues (les mauvaises surprises sont rares à Sitges sur ce plan), une affluence gay en nette augmentation par rapport à l’année précédente (pour conforter le « ca va mieux de Francois Hollande?) et une relative stabilisation de la scène gay avec une poursuite de l’extension de l’empire du propriétaire du Parrot seront les marques de cette année, sans oublier une invasion de méduses pendant 48 heures rendant la baignade quasi impossible….

J’écris de billet de retour à Paris après une étape bien trop brève en Ardèche, près des villages de «caractère» que sont Balazuc et Largentière.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 15:54
Gays d'hier et d'aujourd'hui

La Grèce antique a nourri l’imaginaire de biens des homosexuels, du moins ceux de la période pré-gay (voir mon récent billet « les gays contre les gays » pour trouver les liens de mon blog renvoyant à cette terminologie). Mes récentes vacances dans la partie continentale de ce pays, principalement en Péloponnèse, constituaient donc le cadre idéal pour entreprendre la lecture de « Correspondance indiscrète », publication chez Grasset d’un échange épistolaire de quelques mois entre deux écrivains, Dominique Fernandez, et Arthur Dreyfus, faisant suite à leur rencontre dans un colloque sur le thème « Art, sexe et littérature », où ils se lièrent d’amitié.

Deux générations séparent ces écrivains, le plus jeune, la quarantaine, s’étant fait remarquer avec la parution en 2014 de son « Histoire de ma sexualité » (), l’autre, académicien octogénaire, par celle en 1978 (il avait l’âge d’Arthur), de l’histoire de la sienne (« L’étoile rose ») et dont la lecture au moment de mon «coming-out» sexuel m’avait enchanté et bouleversé (). Un écrivain peut-il tout dire de sa vie intime ou de la sexualité de ses personnages? Tel était le point de départ de cette correspondance, notamment illustrée par leur opinion diamétralement opposée sur le film «L’inconnu du lac» qui a laissé Dominique Fernandez insensible.

Les deux écrivains vont rapidement s’écarter de leur sujet initial pour nous livrer deux « regards » croisés sur la question gay, l’un acteur- témoin de la période pré-gay qui fût longtemps un homosexuel « honteux », l’autre de la période post-gay, épanoui et fier de son orientation sexuelle.

A une génération d’écart de chacun d’eux, au fil de la quasi-totalité des sujets sur la question gay qu’ils abordent et qui ont fait l’objet de billets dans ce blog, homophobie, milieu, fidélité, découverte de son homosexualité, fonctionnement du désir, couple, c’est sans grand surprise que j’ai constaté que mon propre «regard» se superposait à celui d’Arthur Dreyfus.

Ce qui sous-tend leur opposition sur nombre de ces sujets c’est l’influence respective de la pression sociale et familiale d’une part, de notre structuration psychobiologique d’autre part, sur notre façon de vivre l’homosexualité. C’est aux contraintes familiales et environnementales que Dominique Fernandez fait porter la responsabilité de s’être longtemps senti seul, comme « un monstre » ou de son idéal du couple fidèle. A ce « c’est la faute à l’Autre », Arthur Dreyfus répond, en quelque sorte, par un « C’est aussi Ta faute », convaincu que notre nature profonde régit au moins autant, sans doute plus, nos comportements, que les contraintes extérieures. La « Manif pour tous » ou la violence meurtrière d’Orlando ne sont que la partie visible d’un immense iceberg homophobe toujours présent et ceux qui vivent leur homosexualité dans la haine de soi ne sont sans doute pas beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Et même ceux qui comme Dominique Fernandez ont vaincu cette haine, ne semblent pas voir qu’ils en portent encore nombre de stigmates : rejet du «milieu», de l’infidélité sexuelle, voire adoption d’une stratégie de l’échec dans leur désir de séduire des hétéros.

C’est notre nature profonde - il y a toujours eu des « trompeurs » et des « cocus » - qui régit aussi notre rapport à l’infidélité et au désir sexuel. Dominique Fernandez ne conçoit pas le sexe sans lien affectif préalable, stigmatisant le caractère impersonnel d’internet et la démultiplication des possibilités de rencontre. Arthur Dreyfus lui répond que les iphones n’ont fait que remplacer les pissotières et qu’internet ne reste impersonnel que jusqu’au moment où la rencontre se concrétise, ce qui «détermine tout», comme «avant». Ce qui motive le «trompeur», ce n’est pas le désir de tromper ou la recherche de l’éphémère, mais l’attrait du hasard et de la nouveauté, ce qui n’est pas incompatible avec l’attachement au couple. Ce qui le motive peut-être aussi c’est moins le désir de renouveler l’acte sexuel lui-même que de ressentir à nouveau un de ces deux meilleurs moments de l’amour, les préparatifs (Barthes), ou quand l’amant «s’éloigne dans les escaliers (ou prend l’ascenseur)» (Foucault).

Christian Giudicelli, pourtant de la même génération que Dominique Fernandez, dans ce très beau livre qu’est «La planète Nemausa», où le souvenir de Claude, qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort, est omniprésent, a magnifiquement exprimé cette compatibilité entre le butinage des corps et la possibilité du couple. Ce livre constitue en outre un témoignage convaincant sur la pérennité d’être désirable jusqu’ à un âge avancé (« je ruminais ce constat, alors que, malgré une quarantaine remontant déjà à des lustres, je n’avais pas envisagé d’appartenir à la foule de ceux auxquels on ne prête plus attention. Depuis je me suis consolé : on m’a prouvé ici et là que tout n’était pas fichu… », à l’opposé d’un Didier Lestrade, un des fondateurs d’Act-Up, dont les écrits font soupçonner quelques traits paranoïaques, et qui dans son blog se déclare à 58 ans « officiellement vieux : « Dans mon cas, je suis parvenu à traverser la dernière décennie en me retranchant à la campagne parce que c'est beaucoup plus facile d'y vivre sans être confronté tous les jours à la compétition amoureuse et sociétale de la ville ».

« Elle me parlait de Claude comme d’un miracle surgi dans ma vie…. «Je souhaite que rien ne vous sépare jamais».

Son vœu fut réalisé, jusqu’à la mort de Claude en1977. A vrai dire, nul obstacle ne nous a déviés de notre parcours. Cette lassitude des rapports sexuels qui finit souvent par détruire les couples, nous n’avons pas eu à la subir. Sur ce plan nos échanges, au début agréables, sans excès, ne nous créèrent pas d’angoisse lorsqu’ils s’éteignirent peu à peu : notre communion n’en fût pas affectée. Le miracle de l’amour –j’y reviens- réside dans cette permanence. S’il ne surmonte pas la grève programmée des épidermes, je doute qu’il ait existé. Quand je vois la haine s’installer là où régnait l’euphorie, j’en suis sûr.

Les corps, eux, ont une indépendance qu’il ne faut pas contrarier : les priver de jouir d’autres corps serait comme les priver de boire….Claude, lui, ne m’accablait d’aucun reproche, sachant que personne ne m’obligerait à le quitter : il avait confiance »

(Christian Giudicelli, La planète Nemausa, Gallimard, 2016)

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 15:54
Orlando ou l'irréductible homophobie

« Quel bonheur de vivre aujourd’hui », c’est ainsi que Dominique Fernandez initie sa correspondance avec Arthur Dreyfus dans leur dernier livre « Correspondance indiscrète », sujet du billet que j’étais en train d’écrire- je reviendrais ultérieurement sur cette passionnante parution - quand j’ai appris la tuerie d’Orlando. Par ces quelques mots l’académicien voulait signifier, si ce n’est une régression, du moins un changement de visage de l’homophobie : « L’homophobie était partout, mais sans nom, bien plus terrible qu’aujourd’hui, parce que impossible à combattre... L’homophobie sous forme de « Manif pour tous » t’inquiète, mais c’est un recul fabuleux de l’homophobie. Elle a eu besoin de se montrer, ce qui du coup l’a affaiblie... Ces hordes qui défilaient avec des slogans abjects ont été du pain bénit ».

Les lecteurs habituels de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) savent qu’à l’instar d’Arthur Dreyfus, je ne partage pas cet optimisme. Les réactions aux évènements d’Orlando en sont la triste illustration. Je ne fais pas ici allusion à l‘implication, plus ou moins directe, de la secte islamique qui arme des psychopathes ou des pauvres d’esprits pour terroriser le monde judéo-chrétien - sa haine de l’homosexualité avance encore moins voilée (le terme n’est peut-être pas approprié ici…) que celle de la manif pour tous – mais de l’homophobie « latente » qui suintait derrière les réactions indignées de la sphère médiatico-politique. Je fais référence aux contorsions verbales de la presse et de certains politiques, au moins dans un premier temps, pour passer sous silence que le «Purple» était une boite gay. France info l’a souligné : « la presse française serait-elle devenue amnésique? ….effectivement, sur les 35 unes de journaux régionaux ou nationaux que nous avons consultées lundi, une seul fait mention de cette information dans son grand titre. Il s’agit de Sud-Ouest qui écrit “Massacre homophobe lié à Daech”. Il parait que cette pratique porte un nom : le Straight Washing. C’est le fait de “d’effacer la sexualité d’individus pour la rendre conforme à un monde hétérocentré". C’est en effet plus politiquement correct qu’homophobie.

Et que dire du tweet de la Manif pour tous : « Peine immense pour les victimes et les familles endeuillées. Nausée face à la haine et la violence. ». Ou comment lorsque deux haines entrent en conflit, en occulter une transitoirement….

Même François Hollande qui a tu la dimension homophobe de la tuerie dans un premier temps (ce qui ne fut pas le cas de manuel Valls), s’est fendu d’un communiqué inconsciemment homophobe en qualifiant l’homosexualité de « choix sexuel » (ceci fut promptement corrigé, devant les réactions suscitées, en « vivre son orientation sexuelle »….).

S’il se confirmait, les manipulations ne sont pas impossibles, que le «terroriste» fréquentait régulièrement le «Purple» et les applications de rencontres gays, témoignant d’une homosexualité qu’il n’arrivait plus à refouler, on serait même en présence de la plus terrible des homophobies, intégration de toutes les autres, celle qui mène à la haine de soi.

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