Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 19:37
Le beurre et l'argent du beurre, variation sur le principe d'incertitude

Dans un billet récent ( "Stratégies du désir"), j'avais fait part du mail d'un lecteur de ce blog et des questions qu'il me posait. Voici ma réponse : « Une phrase de ton mail me semble être la question centrale: "peut-on avoir le beurre et l'argent du beurre"? Avant d'essayer d'y répondre, quelques commentaires.

Ton ami dit s'être arrêté de compter ses rencontres à 512. Pour ma part je n'ai jamais cessé...Je n'ai toutefois pas commencé immédiatement, car rapidement après avoir fait la première dans ce cinéma de la rue Vivienne à Paris, quand j'ai commencé à explorer les lieux de drague bordelais, ma mémoire "affectivo-sexuelle", très développée, suffisait amplement à faire la liste de ces rencontres qui m'étonnaient presque à chaque fois, le béotien en matière de drague que j'étais alors étant convaincu d'être déjà trop vieux pour avoir du succès... J'avais encore sur l'homosexualité une conception très "classique", celle de la littérature de la période « prégay », celle de la "Ville dont le prince est un enfant". Je n'aurais jamais imaginé avoir, trente ans plus tard, une sexualité bien plus "active" qu'elle ne le fût à ce moment-là...Le regard que je portais sur les plus de 50 ans (et même un peu moins...) qui fréquentaient les lieux de chasse n'était pas loin d'être désapprobateur.

La fréquence de mes « tricks » restait en effet raisonnable, freinée par ma timidité (je ne faisais jamais le premier pas et il m'arrivait de détourner les yeux devant un regard qui me séduisait), et par le fait qu'il n'était pas rare que je "tombe amoureux", état de conscience qui vous occupe trop et éteint tout autre désir que celui de l'être convoité ( j'ai beaucoup « trompé » les garçons que j'ai aimés, pas ceux dont j'ai été amoureux...). Ainsi, pendant mes 10 ans de vie sexuelle bordelaise avant mon départ pour Paris, je n’ai rencontré que 139 garçons… Une comptabilité bien plus proche de la tienne donc, que de celle de ton ami.

Avec le temps - une timidité moins paralysante, des états amoureux de plus en plus rares ( le dernier remonte à juillet 92…les «coup de foudre » laissent des traces indélébiles même si on continue à se demander comment on a pu se mettre dans un état pareil), un désir dont le champ s’élargissait avec l’âge (la monomanie du minet de moins de 25 ans m’a quitté) et surtout une arrivée sur Paris qui multipliait le champ des possibles – ma mémoire ne pouvant plus résister à l'augmentation vertigineuse de la fréquence des « contacts », j’ai commencé, rétrospectivement puis prospectivement, à faire la liste de tous mes « tricks », selon une classification mensuelle très élémentaire (lieu de la rencontre ou application internet l’ayant permise, âge et prénom chaque fois qu'il était possible de l'obtenir).

Le pourquoi d’une telle comptabilité est plus difficile à cerner. Sans doute faut-il en voir l’origine dans cette angoisse initiale d’être déjà trop vieux, un moyen de s’assurer de et de se rassurer sur la pérennité de sa capacité de séduction…A moins d’être une des futures victimes de la maladie qui est au centre de mes préoccupations professionnelles actuelles, il est probable que j’y mettrai fin lorsque ma mémoire sera à nouveau suffisante pour faire le compte de rencontres qui auront fini par devenir rares, voire exceptionnelles, à moins que je ne me résolve à la pratique du sexe tarifé…Peut-être cela a-t-il contribué à la disparition progressive de mon angoisse de vieillir ? J'y ai trouvé après coup bien d’autres avantages : album souvenir, photographie de l’évolution de son désir (moyenne d’âge, lieux privilégiés), influence des « crises» traversées sur la fréquence (pic à 226 l’année où mon précédent ami m’a quitté…), etc..

Venons-en aux questions que tu poses : "Comment peut-on fonctionner ainsi ?" écris-tu. Je ne crois pas qu’on puisse décrire un fonctionnement univoque en fonction des individus. Laissons de côté les comportements addictifs qui n’ont plus rien à voir avec la séduction mais avec un besoin irrépressible, tels ces garçons que l’on croise systématiquement au sauna quel que soit le jour où l’on y va (ils y sont donc tous les jours….) ou ceux qui invités à votre table passent la plus grande partie de leur soirée à consulter « Grindr ». Pour ma part il s’est agi d’un plaisir sans cesse renouvelé de la « chasse » (« attraper un regard »), de l’aptitude à séduire, joliment décrit par la métaphore de la « pêche à la ligne » dans le dernier film de Lars Von Trier. Séduction narcissique beaucoup plus que prédation. Je ne perçois absolument pas l'autre comme un défi, comme une proie...Plutôt que "je te veux" , je dirais "j'aimerais bien que tu veuilles de moi"....Ce désir de "plaire" se situait à deux niveaux : "physiquement" - être objet de désir pour l'autre- mais aussi, à un degré supérieur, "affectivo-intellectuellement" - je ne résistais pas toujours à la tentation gratifiante mais inconséquente (faire souffrir) de voir l'autre tomber amoureux...Aujourd’hui seul le premier degré, "physique", de la séduction me motive.

Notre puissance « attractive » n’étant pas indépendante de l’âge, du moins dans notre culture occidentale, il est certain que le temps perdu ne se rattrape jamais…Le premier jeune homme qui m’a fait connaître l’état amoureux (j’ai narré cet épisode dans deux billets « Hervé, l’ascension et la chute »), m’avait fasciné en m'avouant « baiser » 500 mecs par an. Effet secondaire particulièrement exaltant de cette stratégie, la possibilité de rencontres de personnalités attachantes très diverses, dans des milieux forts différents de celui dans lequel on a l’habitude d’évoluer et qui peuvent vous enrichir dans les domaines les plus variés (http://limbo.over-blog.org/article-la-culture-en-butinant-45991450.html). Si ce plaisir de séduction m’a longtemps semblé prendre le pas sur celui du « sexe » lui-même en tant qu’acte - savoir qu’on avait envie de moi pouvant «à la limite» me suffire - il n’en reste pas moins que la répétition vite monotone, voire ennuyeuse (en tous cas pour moi) d’un acte sexuel avec la même personne fut et reste une vive incitation à la multiplicité des partenaires…Après la métaphore de la pêche à la ligne, celle de la table : on a beau avoir ses plats préférés, en faire notre quotidien finirait pas émousser l’appétit et il serait dommage de se priver d’expériences culinaires (certes parfois désastreuses) et des cuisines du monde…de la présentation de l’assiette ( le plaisir des yeux) à sa dégustation.

Ta seconde interrogation - ta « rancune fascinée » du passé de ton ami - qui s’inscrit dans la problématique du désir mimétique girardien, elle m’est plus étrangère car je n’ai jamais ressenti cela. Elle m’est pourtant familière puisque mon ami actuel est lui aussi quelque peu agacé des petits saluts ou sourires que j’adresse lors de «rencontres fortuites » dans les rues du marais, qu’il exprime clairement comme une jalousie d’un plaisir pris sans lui…Etrange pour moi cependant car il me semble que si jalousie il devrait y avoir, c’est non celle d'un passé révolu et donc sans danger, mais au contraire d’un probable …futur ! (Ségolène Royal, je cite de mémoire, n’avait-elle pas dit ou écrit à propos du tweet de celle qui avait « pris sa place» dans le cœur de François Hollande : « plutôt que de s’intéresser à mois elle ferait mieux de s’inquiéter de qui sera la suivante… »). J’ai certes connu des garçons fort frivoles lorsqu’ils étaient célibataires et qui devenaient des amants d'une fidélité sans faille une fois en couple, mais ils ne sont pas légions et leur relation de couple était rarement très prolongée…On oublie en effet rarement la musique…Si la fréquence de mes rencontres, pour des raisons « logistiques» (la gestion du temps disponible..), a pu être plus marquée pendant les rares et relativement courtes périodes de célibat, elle n’en est pas moins restée soutenue (une centaine par an) tout au long de mes années de couple, soit 90% de ces trente dernières années.

Ce qui constitue un début de réponse à ta question principale : oui on peut envisager d’avoir "le beurre et l’argent du beurre", mais ceci n’est pas sans un double risque, se perdre soi-même dans une passion passagère et surtout perdre l’essentiel, celui que l’on aime…J’ai connu deux très longues expériences de couple, dont l’une se poursuit. La première, qui a duré 15 ans, se serait sans aucun doute interrompu brutalement si mon ami avait soupçonné l’intense vie parallèle que je menais alors, d’autant plus que mon désir de séduire et d’être séduit l’emportait alors largement sur celui de la satisfaction sexuelle, et que certains de mes « tricks » étaient devenus des amants éphémères (sans que l’idée de le quitter ne m’ait effleuré un seul instant). Il n’a appris mes frasques (par des amis bien intentionnés qui ne les avaient apparemment pas supportées …) qu’une fois qu’il m’eut quitté pour un autre garçon (les fidèles finissent souvent par s’en aller quand l’amour physique s’émousse…), mais je sais qu’il en est encore mortifié. Je vis, maintenant depuis plus de 15 ans, avec mon ami actuel une situation quelque peu différente car nous ne considérons ni l’un ni l’autre que sexe et amour soient totalement indissociables. Nous ne sommes toutefois pas en couple "libre", ou alors cette définition ne s'applique que dans des lieux géographiquement et temporellement circonscrits : quand nous allons ensemble à l'IDM, au bunker ou autres lieux sexe...Il ne saurait être question que nous ayons des "rencontres ponctuelles", en dehors de ces lieux, autorisées par l'autre (avec son accord tacite) et nous avons, comme toi et ton ami, des expériences à 3 (voire plus…), en quelque sorte une façon sécurisée d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Nous ne sommes pas dupes de l’existence possible, en l’absence de l’autre, de rencontres occasionnelles, mais nous n’en parlons jamais. Si par inadvertance, imprudence informatique, hasard malheureux nous l’apprenons, l’atmosphère se tend quelque peu pendant quelques jours sans en faire un drame, mais nous savons tous deux que l’existence d’une « liaison » parallèle en serait un. Et ayant 18 ans de plus que lui je jouerai « plus gros ». Le couple «libre» n’est pas fait pour nous. Je ne le crois pas viable "dans le temps" (à moins de ne concevoir que le couple que comme simple une association de deux personnes qui ont envie de vivre ensemble du fait de leurs affinités...). Je l'ai tenté une fois avec mon premier partenaire de couple, il y a fort longtemps, et cela n'a duré que quelques mois. Si on s'autorise le couple libre, où tracer la limite? Il est à craindre qu’elle ne soit sans cesse "repoussée", au moins par l’un des deux...jusqu'à la rupture...Je ne crois pas qu’il soit possible d’aimer sans être capable de jalousie, aussi maitrisée soit elle.

En d'autres termes, je ne crois pas qu'on puisse à 100% avoir le beurre et l'argent du beurre. Après les métaphores de la « pêche à la ligne » et de la gastronomie, celle du principe d’incertitude de la mécanique quantique : selon ce dernier on ne peut connaitre exactement à la fois la position et la vitesse d’une particule élémentaire, plus on connait l’une avec précision, plus l’autre nous échappe ; il en est de même du couple « libre », plus le versant « libre » prend de l’ampleur, moins il y a de couple et vice versa. Entre la privation d’une vie sexuelle plus libre que la mienne (un certain manque effectivement) et la perte de mon partenaire actuel, je sais que c'est cette dernière que je supporterais le moins. Quoiqu'il en soit toute expérience est individuelle et n'est pas transposable, surtout en matière de désir....

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 21:51

De retour de ce Disneyland pour milliardaire, sans vie gay détectable en dehors des réseaux sociaux, qu'est Monaco, où je viens d’assister à un séminaire de rentrée, le hasard a voulu que les deux très beaux films qui ont occupé une partie de mon week-end aient un rapport avec la question gay sans qu'elle en soit le sujet.

Si je suis allé voir "Yves Saint Laurent", ce n'est pas du fait d'un intérêt particulier pour le personnage, la mode féminine est un univers qui m'est étranger, ou pour son réalisateur dont je n'avais jamais entendu parler, mais parce que j'étais impatient d’y voir Pierre Niney – je l’avais trouvé remarquable (et séduisant) dans deux de ses précédents films (http://limbo.over-blog.org/article-de-quoi-la-taille-du-penis-est-elle-le-nom-80706257.html) - dans son premier grand rôle au cinéma. Il y est époustouflant, mais j'ai surtout découvert une incomparable tragédie amoureuse, qui m’était presque totalement inconnue, et dont l'épisode de la liaison adultérine du grand couturier avec le dandy Jacques de Bascher, amant (escort ?) de Karl Lagerfeld, m'a semblé une illustration exemplaire de ce à quoi faisait référence l'expression "être amoureux n'est pas aimer" dont il était question dans le précédent billet. Guillaume Gallienne est également excellent dans le rôle de Pierre Bergé, même si on soupçonne que le personnage n'est peut-être pas aussi sympathique que le portrait quelque peu hagiographique qui nous est livré.

Le seul nom de Stephen Frears était une motivation suffisante pour aller voir « Philomena ». Les succès planétaires des « Liaisons dangereuses », de « l’arnaqueur » ou de « The Queen » avaient fini par me faire quelque peu oublier qu’il était aussi le réalisateur de films gays culte comme « My beautiful laundrette » ou « Prick up your ears ». A la lecture du synopsis de son dernier film – une adolescente se voit arrachée son enfant, fruit d’une aventure amoureuse d’un soir, par les religieuses du couvent irlandais où elle a accouché, enfant qu’elles feront adopter, moyennant finance, par de riches américains – je m’attendais à une violente diatribe contre la religion et l’institution catholique, dans la lignée des "Magdalene Sisters". J’ai au contraire découvert un film bouleversant qui nous conte l’histoire vraie de cette irlandaise à la recherche, 50 ans plus tard, de son fils qui se révèlera être gay. Steve Coogan, scénariste et producteur du film, surtout connu comme acteur comique, a injecté une bonne dose d’humour très « britannique » dans cette tragédie, notamment dans les dialogues ciselés sur la religion entre le journaliste investigateur, intellectuel athée, qu’il interprète et la mère (Judi Dench) , à la foi inébranlable, profondément humaine et amateur de romans à « l’eau de rose » qui prendra finalement le dessus de ces joutes oratoires laissant le journaliste « désarmé». Par la force du pardon dont elle fait part à la religieuse responsable du drame qu’elle a vécu, ce qui aurait pu être un procès de l’institution prend soudain le visage d’une leçon de morale chrétienne.

La vision de ce film a levé mon hésitation à publier sur ce blog, un autre message d’un de ses lecteurs, reçu quelques semaines avant celui dont je vous ai fait part dans le précédent billet et qui me semble en constituer la figure inversée. Autant dans ce dernier il était question d’un monde rêvé où le désir ne serait pas contraint, autant la lettre ci-dessous fait état d’un désir contraint au point que son auteur peut écrire : « c'est entendu, dans le concret, je n'existe pas ».

Mon hésitation venait de son acceptation sans enthousiasme de la publication de son texte : « si tu as besoin de meubler, pourquoi pas »…Il me semble cependant un témoignage poignant de la façon dont peut-être vécue une homosexualité que les interdits religieux n’arrivent plus à refouler sans que l’on ne perçoive la moindre haine contre l’institution. J’ai l'amputé des quelques précisions qui auraient pu faire prendre le risque d’une authentification de l’auteur par son entourage :

« Merci pour cette réponse par laquelle tu me communiques une adresse. Je continue sur le ton du tutoiement familier, plus simple. Je ne suis pas un familier de GA. Pas inscrit. Pas ce qu'on appelle un gay au sens culturel. Mais il m'arrive occasionnellement de passer voir quels peuvent être les gugus "actuellement connectés" histoire de faire diversion quand pèse une espèce de solitude. Avec sans doute en arrière plan l'espoir naïf de tomber fortuitement sur un profil sympathique... Souvent sous le coup d'une appétence ponctuelle inquiète sur fond de passion de la similarité. Et puis comme la rue est plutôt déserte quand j'y passe, rien de plus. Il y a quelque temps, ligne tgv direction Paris : ennui. Un bon bouquin dans le sac à dos, mais comme tout crétin moyen, la préférence va au téléphone portatif. Je cherche à devancer mon furtif passage rue Ste Croix de la Bretonnerie en y flânant sur l'étal virtuel du libraire. Et puis... Va pour GA. Et je suis tombé sur toi. J'avais déjà vu une photo de toi signalant un individu "actuellement connecté "mais elle me rappelait assez... mon père et je m'étais abstenu de consulter ton profil. De fait, les images que tu laisses voir de toi quand on passe le seuil sont plutôt aimables. Et pour te dire les choses à la vérité, puisque nous sommes entre hommes sensibles : - "Respect, Monsieur !" ; je ne soutiens absolument pas la comparaison avec ce torse sculptural. Mais ce n'est pas d'abord ce qui m'amène vers toi en réalité. C'est ce que tu dis de toi : - ton intérêt marqué pour les choses de la culture (la philosophie même), l'amateur de T. Mallick qui a aimé The tree of life... On n'est pas nombreux (à moins que ce ne soit pour Brad Pitt, mais il est disgracieux dans les plans de profil et la flanelle fifties, pas très... suitable); - le lecteur de Bernanos : c'est plutôt singulier. C'est du Bernanos que, du reste, j'avais dans mon sac ce jour là. C'est le type d'auteurs que je lis de temps en temps parce qu'ils me replongent dans un monde aboli où j'avais mes amarres naguère. Avant... - Le fait que peut-être tu aies été marié dans une vie antérieure. - Des antécédents d'éducation plutôt catholique, m'a-t-il semblé, mais ma lecture a été rapide. Puis j'ai parcouru ton blog. Ai lu seulement quelques trucs. D'accord pour le style nullache de Matthieu Lindon... Ok pour ce que tu dis du freudisme, etc. Certes, peu de choses signalent une possible parenté entre ce que tu vis et ce que je vis, mais j'apprécie le ton, la liberté, le souffle qui anime une vie vécue pour de vrai, openly... Et me suis dit que peut-être ?.. Alors donc, deux ou trois choses sur moi puisque je n'ai pas d'affiche dans la boutique GA, histoire que tu me voies venir. Je vais me faire jeter, Aïe ! Tant pis... Né en ..., éducation étroitement surveillée mais assez inconsistante à a campagne. Pension religieuse de garçons en ville. Catholique forcément. Et fervent, ce qui est assez exceptionnel dans les années 80... Marié à (jeune).. ans, pour le meilleur et pour le pire sous le régime ..... et sacramentellement selon le rite ancien. Ma femme est mon unique expérience féminine. Elle est belle. Dramatiquement sanglée par la doctrine traditionnelle authentique en matière de mariage, ce qui règle les modalités de nos ébats. Pas de contraception et donc beaucoup d'enfants.......... En aval de mon admirable réussite conjugale et familiale, j'aurai eu adolescent une furtive "amitié particulière", puis une relation sans lendemain avec un mec sympa, petite quarantaine, avant mariage. Pas de quoi casser quatre pattes à un canard mais suffisamment pour donner lieu à une expérience fiéleuse de culpabilté après coup et pouvoir expliquer probablement par un mouvement de fuite, de déni de soi, l'effort douloureux qui a suivi, pour mener une vie conjugale irréprochable. Depuis quelques trois ans, Dépression... Enfin, "état dépressif" : une lumière crue est tombée dru sur moi brutalement. Crise de la quarantaine, peut-être... D'un coup c'est clair, je suis pédé, homo... plutôt, homo-sensible, ou homo-phile... Enfin bref, homosexuel. - " Bi-sexuel" ? - Mouais... Par la force des choses (mais plus sexuel que bi, probablement) , en réalité, ontologiquement homosexuel (j'aime pas ce mot, peu importe). S'ensuit une crise existentielle. L'équilibre psychologique de ma femme étant relatif, cela n'a pas aidé. Enfin, on ne refait pas sa vie : je décide de m'accrocher à ce que j'ai fait de mieux : ma couvée de pingouins grands-petits-moyens qui attendent la becquée. Donc je continuerai ce qui s'est commencé plus ou moins sans moi. Maintenant, au point où j'en suis, il faut faire avec les manifestations récurrentes d'une appétence affective et sexuelle qui ne se laisse plus tromper par les mirages de l'interdit... Avant, du temps de mon "innocence" (?), l'idéalisation de la vie chrétienne, de la droiture, de la vertu, doublée d'une crainte (bien servile) de perdre et la grâce et le cortège des biens de la fortune jouaient à plein pour réfréner tout cela... Quelques exutoires furtifs donc, désormais mais peu fréquents. Avec l'espoir, non pas de "sublimer" quoi que ce soit, mais de pouvoir donner un jour un peu de profondeur ou d'épaisseur humaine, relationnelle à ce mouvement obscur du désir. Tout ça, c'est pour les présentations, cher ami... Comparution à poil devant le médecin. Bon... Avec tout ça je me pose pas mal de questions plutôt abstraites, parce que , c'est entendu, dans le concret, je n'existe pas. Mais avant d'en faire un joli bouquet : -"Tiens, Monsieur, c'est pour toi", j'aimerais autant avoir ta réaction par rapport à ce que je te dis. Réaction ou pas, du reste, c'est comme tu l'entends. Cordial. »

Je n’ai pas très bien su quoi lui répondre, ce fut probablement insatisfaisant. « A ma question sur « la manif pour tous », il précisa : « Donc, oui, ce que je vis est complètement décalé, mais c'est bien ma vie, mon histoire. Tu termines ton mail en me demandant si j'ai eu à souffrir un de mes enfants à la manif pour tous. La réponse est oui. Les gens avec qui je vis sont dans la "mouvance", dans cet esprit. »

Une leçon de morale
Partager cet article
Repost0
3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 17:52

characters-shia-nymphomaniac_large.jpg

Une année qui commence plutôt bien avec la vision de la première partie de l'étonnant film de Lars Von Trier, Nymphomaniac. Un homme âgé vient de recueillir une jeune femme trouvée inanimée sur un trottoir. Il va "rationaliser" les confidences de cette dernière qui lui déroule l' histoire de sa vie de "nymphomane" , tentant de la débarrasser de son sentiment de culpabilité, qu'il qualifie de haine de soi, en métamorphosant ce qu'elle prend pour une capacité de séduction autodestructrice basée sur la politique du chiffre, en une stratégie du désir et sa confrontation à cet obstacle qu'est "l amour". Difficile de porter un jugement définitif sur un film et sur les interrogations qu'il suscite avant de l'avoir vu dans son intégralité, mais il s'agit à n'en pas douter d'un œuvre d'envergure,angoissante et noire, comme le fut Melancholia. Il est remarquable de noter, à l'instar de Polanski dans "La Venus et la fourrure" en la personne du personnage interprété par Mathieu Amalric, que le réalisateur s'invite également dans son film, Stellan Skarsgård, l'auditeur âgé, étant à n'en pas douter son "porte parole"...

Par un hasard étrange, j' ai reçu ce même premier jour de l' année , un mail d' un lecteur de çe blog qui entre étonnamment en résonance avec ce film. Je la reproduis ici avec son autorisation :

"Cher hypérion,


Je ne te connais pas, mais je t'écris. Après moult tentatives et ratures, j'opte finalement pour le tutoiement. On ne se connait pas et voilà qui déroge à toutes les règles de bienséance, mais qu'importe! Avec ce "tu", je me sens bien plus libre d'écrire que d'habitude.

Je me présente, L.", jeune lecteur ponctuel de ton blog. Que ce soit après avoir effectué une recherche Google dont on taira le contenu, ou après avoir voulu en savoir plus sur la vie gay parisienne, j'ai pu à plusieurs reprises au cours de ces dernières années, lire avec plaisir tes billets sur Limbo. Cette semaine, amené par une autre recherche Google qui donnerait à croire que mes principaux centres d'intérêt se trouvent au dessous de la ceinture, j'ai pu avec plaisir consulter l'ensemble de tes posts, tantôt personnels, politiques ou culturels.

C'est la lecture des billets " perso" qui m'a le plus plu et surtout interpellé. Le récit qui se détache en filigrane de ces billets, celui de ton parcours sexuel et de la découverte de ton désir, a fait comme écho en moi.
C'est ainsi à ce sujet que je me permets de t'écrire. Pourquoi? Peut-être parce qu'on parle plus facilement de choses intimes à un inconnu, peut-être parce que l'âge offre une expérience permettant d'éclairer certains questionnements, et surtout peut-être parce que j'ai l'impression d'avoir vu dans ton expérience un parcours au carrefour du mien et de celui de mon partenaire.

Si tu as le temps, permets-moi donc de t'embêter avec ma petite histoire.

J'ai 27 ans. Je suis maintenant depuis bientôt 3 ans engagé dans une relation que je construis avec envie ,avec mon partenaire, de 10 ans mon aîné. "Aimer ce n'est pas tomber amoureux" dis-tu souvent dans tes billets, et Dieu qu'il m'en a fallu des efforts pour comprendre cela! Comment, je ne me réveille pas ce matin en me perdant dans ses yeux et en admirant l'homme qui est a mes côtés? Comment, nous n'avons pas toujours quelques choses à nous dire? Comment, je ne bondis pas de joie en le voyant chaque soir? Les ravages de la littérature romantique et du cinéma hollywoodien étaient passés par là et j'ai du, dans ce qui est ma première relation, redéfinir le paradigme amoureux tout entier. Reconstruction toujours en cours d'ailleurs... Aimer c'est construire et en avoir envie, en effet, non sans heurts, non sans aléas, certes, mais construire malgré tout,justement.

Mon partenaire a bientôt 37 ans et un parcours sexuel similaire au votre, au tiens, pardon! Au cours d'une soirée, j'ai en effet eu le malheur de lui demander combien de partenaires il avait eu au cours de ces dix dernières années ( soit à l'époque, entre son arrivée à Paris et le début de son "activité" sexuelle, et le moment où je lui posais la question). Sa réponse claqua en moi comme une gifle : "j'ai arrêté de compter à 512, aux environs de mes 25 ans". 512 partenaires en un peu plus de deux ans!!! Écrire simplement noir sur blanc cette information me donne le tournis et une boule au ventre. Mon partenaire a été ainsi, comme toi, un actif sexuellement très actif, et le nombre de ses partenaires dépasse le millier, très certainement, en 10 ans. Je ne compte plus le nombre de profils qu'il "connait" sur Gayromeo, Adam etc. sur lesquels nous avons déjà pu tomber lors de nos recherches de 3ème partenaire,ou de rencontres fortuites dans les rues du marais menant à des saluts ô combien significatifs.

Ces chiffres me donnent le tournis, le vertige et parfois la nausée. J'ai énormément de mal à comprendre comment on peut fonctionner ainsi, quel monstre d'énergie sexuelle on peut être pour accumuler autant les partenaires.
Tout cela est du passé, certes, mais j'éprouve une réelle douleur à chaque fois que cette réalité refait surface en moi, aggravée par l'émergence d'images en toutes sortes.

Là pourrait être mon seul problème, cette sorte de jalousie rétractive malsaine, dont je me suis déjà entretenu avec lui. Mais non, il y a un "mais". Certes, je suis dépassé par ces chiffres, certes, ils me donnent le tournis, mais à bien y regarder, plus que cela, je les envie. Oui, je les envie!

"j'ai l'impression de ne pas avoir eu 20 ans" cette phrase m'a plusieurs fois frappé en lisant ton blog. Car cette phrase là, ce parcours là, celui d'avant tes 27 ans, c'est aussi le mien! Cette boule au ventre que j'ai en pensant à ces "tricks" passés de mon partenaire, c'est aussi de la jalousie!
Ce n'est que vers 25 ans que j'ai découvert le plaisir du sex , le plaisir intense de se faire prendre, de se lâcher, alors même que tout comme toi, j'ai toujours eu, même sans rapport ,une sexualité exacerbée. Or, c'est au moment même où je m'apprêtais à me jeter dans le bain de cette sexualité libérée, que j'ai rencontré mn partenaire, vis-a-vis duquel j'ai d'abord été réticent ( "j'ai 25 ans, je veux m'éclater, pas être en couple!") avant d'avoir envie d'être avec lui.

Il est d'une certaine façon ce que j'ai l'impression de ne pas avoir été et de ne pas être : un jeune qui profite de sa jeunesse et de son pouvoir de séduction. Les plans en pleine nuit, les rencontres d'un soir, les lieux de drague... je souhaite connaitre, vivre tout cela! Cette sexualité là me semble devoir participer à une forme de mon épanouissement personnel...


Encore une fois pourquoi t'écrire tout cela à TOI? Parce que, de nouveau, j'ai l'impression d'être au carrefour de ce qui me semble avoir été ton parcours, ces fameux 27 ans où tout a changé rue Vivienne. Tu sembles, par ton expérience, pouvoir me parler tant du point de vue de mon partenaire, avec qui tu partages un répertoire bien fourni de plans d'un soir; que du mien, tant tu sembles savoir ce que c'est que d'avoir envie d'explorer une sexualité longtemps tenue en bride.

Je ne cherche pas à savoir si je dois arrêter mon histoire afin d'aller vivre pleinement ma sexualité, soyons clair. Oui, je veux peut-être le beurre et l'argent du beurre, mais ne peut-on pas vouloir tout avoir?

Ce que j'aimerais, c'est simplement savoir ce que t'inspirent ces sentiments. Peux-tu comprendre cette jalousie mêlée d'envie, cette rancune fascinée, vis-à-vis du passé de mon compagnon? Cette idée de "score", le mien étant tellement faible par rapport au sien ( une 30aine de partenaires seulement), m'obsède et je trouve cette différence injuste. Suis-je en train de manquer quelque chose en n'allant pas purger une fois pour toute cette ardeur? Comment se construire à la fois au sein du couple tout en ne renonçant pas à une exploration sexuelle personnelle?

Ciel! J'ai l'impression d'avoir écrit à un psy, ce que tu n'es pas et que je ne te demande pas d'être. J'aimerais simplement avoir, si tu le veux bien, l'avis d'un homme d'expérience sur ces questions que tu me sembles bien connaitre.


Je te remercie de m'avoir lu et serais ravi d'avoir une réponse de ta part.


Amicalement."

La réponse que je manquerai pas de lui envoyer mérite réflexion....


Partager cet article
Repost0
18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 20:09

20640702.jpg

Prendre un TGV pour la Bretagne un vendredi de décembre, lendemain de grèves ? Un retard assuré et une promesse de pluie… Point de déception donc d’une arrivée à Saint Malo, différée d’une trentaine de minutes, sous une pluie battante. Un scénario assez semblable à celui de l’année dernière pour une réunion identique, mais à Rennes cette fois-là, où des trombes d’eau étaient tombées toute la nuit. Les conditions météorologiques ne permettaient pas d’envisager une exploration de la vie nocturne de ce charmant village, mais de toute façon que peut il y avoir à faire à Saint-Malo une nuit de décembre ? Même les logiciels de drague « de proximité », Grindr and co, ne signalaient pas une forte densité « gay » dans un rayon de quelques kilomètres au point que certains autochtones, las sans doute d’une telle désertification, seraient presque prêts à se « farcir » plusieurs dizaines de kilomètres pour satisfaire leurs besoins physiologiques. J'ai été touché par leur attachement à leur terroir, tel cet internaute qui m’a demandé « tu es là en vacances? »…. Je n’y ai pas aperçu non plus de représentants - « les bonnets rouges » ici, « tondus », « pigeons » ailleurs- de cette France « mal pensante », « girondine », celle des « actifs », petits entrepreneurs et commerçants, celle de la révolte fiscale qui se transforme en révolte sociale ( jusqu’à s’étendre aux professeurs des grandes écoles ?), révolte bien différente de celle qu’espérait ce pauvre Mélenchon qui rêvait d’une nouvelle prise de la Bastille…

De retour sur Paris juste à temps pour participer dimanche en fin d’après-midi, invité par un ami, sans doute le futur témoin de mon mariage, au tout nouveau « gay tea dance » (« Just Dance »), rue Saint Fiacre, dans un local de l’entreprise dans laquelle il travaille. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, mon précédent « gay tea dance » doit remonter à plus de 20 ans, du temps des dernières années du « Palace » à quelques mètres de là ….L’occasion de croiser quelques « figures « du milieu gay parisien, celui des « clubbers » (figures perdues de vue depuis longtemps, pour la plupart), voire quelques « tricks », du moins ceux que j’ai réussi à reconnaitre en dépit des inexorables altérations du temps.

Le week-end précédent nous avions assisté, Bertrand et moi, à notre premier mariage gay, celui de deux de ses plus vieux amis, cadres supérieurs d’une grande firme, qui s’unissaient après 33 ans de vie commune en la mairie très « gay friendly » du 16è arrondissement. Le maire bien sûr n’était pas là, mais un de ses adjoints, familier du couple, fit une très beau discours et ne cacha pas son émotion devant le nombre de participants, parfois venus de fort loin, la salle pourtant vaste de la mairie ne pouvant suffire à les contenir…Difficile cependant de ne pas ressentir comme "anachronique", involontairement comique, le contenu du texte officiel qui n'arrête pas de faire référence à l'éducation des enfants...Cet acte civil fut prolongée par une cérémonie de mariage selon le rite « maçonnique »,assez grandiose, au siège d’une des grandes obédiences maçonniques, ce qui m’a donné l’occasion de pénétrer avec une curiosité distante un univers qui m’était totalement inconnu. Les conversations que nous avons pu nouées, notamment avec plusieurs de leurs amies, lors de la réception qui s’en suivait, m’ont confirmé le caractère volontairement « militant » de l’ampleur qui avait été donnée à cette belle cérémonie. L’occasion une fois encore d’apercevoir d’anciennes connaissances, pas toujours reconnues du premier coup d’œil, comme ce jeune homme - en fait non, plus vraiment un jeune homme maintenant ! - qui m’aborda, sous les yeux intrigués et méfiants de Bertrand, en me disant « on se connait, tu es bien de Bordeaux ? ». Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai sans hésitation identifié le jeune homme qui avait adhéré à l’association homosexuelle « Les nouveaux Achriens » (dont je fus l' un des fondateurs sur bordeaux), en 1982, précisant qu’il était également membre de « David et Jonathan », association gay catholique….

Nous avons terminé l’après-midi en allant voir « Hunger Games », film durant lequel je me suis endormi…le champagne sans doute….Difficile de donner une opinion sur un film que je n'ai vue que par "bribes" entre deux soulèvements de paupière. L'occasion peut-être de dire combien j'ai apprécié, quelques jours auparavant, le brillantissime film de Roman Polanski, "La Venus à la fourrure", huit clos théâtral tout en restant du grand cinéma, entre deux acteurs magistraux, Mathieu Amalric réussissant l'exploit de finir par ressembler au réalisateur, dont la vie privée sous la domination de la femme -Adam vaincue par Eve- est ici fantasmée.

La fin du week-end fut quelque peu assombrie par l'annonce de la mort de Peter O'Toole, acteur qu'adolescent j'adulais, pas seulement pour son interprétation inoubliable de Laurence d'Arabie, mais aussi pour celle de Lord Jim et quelques années plus tard pour sa prestation hallucinée dans "la Nuit des généraux".

 

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:14

FILM_PRESS_PLUS_KEEP_THE_LIGHTS_ON.jpg   



Dans un article consacré à la mort de Patrice Chéreau - j’ai eu le privilège d’assister à une représentation de son mémorable Hamlet, au théâtre des Amandiers à
Nanterre, avec Gérard Desarthe – je suis tombé sur un de ses propos concernant son homosexualité, en phase avec la problématique de l’aveu soulevée dans mon dernier billet : «J’ai longtemps fait
partie des gens qui n’avaient pas envie d’en parler». Position motivée à la fois par son refus de se faire «cataloguer» comme auteur/réalisateur homosexuel, sujet qu’il n’a cependant jamais
craint d’aborder depuis «L’homme blessé», mais aussi par une certaine défiance vis-à-vis des revendications de nos droits. Initialement peu favorable au pacs («une imitation du couple
hétérosexuel»), il a progressivement infléchi sa position jusqu’à cosigner une tribune sur le mariage gay, « non à la collusion de la haine » : «Une fois que le mariage gay sera acquis,
l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser. S’il y a quelque chose de dangereux dans une société, c’est le lobby de la bêtise et de la haine».

Tourner l’homophobie en dérision, c’était sans doute l’ambition de la pièce de boulevard de Didier Bénureau, « Mon beau père est une princesse », actuellement à
l’affiche du théâtre du Palais Royal. Une critique favorable sur LCI, une tarification avantageuse des meilleures places sur Ticketac, et la présence de Michel Aumont, avaient suffi à me
convaincre. L’argument de la pièce –un gendre plus très jeune, mariée à une « bobo » écolo et gauchisante, déclare soudain sa flamme à son beau-père, macho, homophobe et de droite – avait tout
pour donner lieu à une loufoque comédie sociale. La lourdeur des situations et des retournements absurdes (il aura suffi d’une valse pour que Michel, le beau-père passe de l’homophobie à l’amour
des hommes et que son gendre revienne à la « norme »…) et la pauvreté des dialogues, font que cette pièce, qui se voulait, surfant sur les débats du mariage et de la manif pour tous, une
dénonciation de l’homophobie, sombre dans la caricature de l’homosexualité et réussit même parfois à vous rendre mal à l’aise. Il arrive bien sûr que l’on sourit, mais on s’imagine aisément le
naufrage s’il n’y avait des acteurs talentueux, Michel Aumont, Claire Nadeau et l’auteur, dont on se demande pour les deux premiers ce qu’ils sont venus faire dans cette galère.

Deux amis de Bertrand, en couple depuis 30 ans, vont nous donner l’occasion, début décembre, d’assister à notre premier mariage gay en la marie du XVIè. J’ai cru
déceler chez ces amis une certaine jubilation à organiser cette célébration dans une mairie très « manif pour tous ». La réception de l’invitation a incité Bertrand à s’enquérir de la date du
notre. Si, un peu comme Patrice Chéreau, la « pression » des événements m’a conduit à mettre « de l’eau dans mon vin » et à défendre cette revendication, je ne conçois pas mon futur mariage,
contrairement à nos amis sus-cités, comme un « événement », mais comme une simple régularisation administrative nécessaire à l’obtention future, pour Bertrand, d’une pension de réversion. Je n’en
voyais donc pas l’urgence mais l’évolution de la situation politique en France m’amène à penser qu’il serait peut-être prudent d’accélérer le pas, la pérennité du mariage gay ne me semblant pas
être gravée dans les tables de la loi. On ne peut en effet exclure un retour plus rapide que prévu de la droite au pouvoir et, dans le climat actuel de plus en plus populiste, voire raciste, Dieu
sait quelle droite…. François Hollande pourra-t-il tenir jusqu’aux municipales, dans le climat d’impopularité et de bashing permanent et indécent dont il est victime (il lui arrive d’y
contribuer, certes…), en faisant le dos rond ? Mais que peut-il faire d’autre ? Se séparer de son seul ministre populaire au risque de voir sa popularité atteindre les profondeurs du gaz de
schiste, ou de son aile suicidaire écolo-gauchiste au risque de perdre sa majorité parlementaire et d’être conduit à une dissolution cauchemardesque ? Il n’a aucune marge de manœuvre et à moins
d’un retournement aussi spectaculaire qu’imprévu de la situation économique……….

Tout est manipulation, y compris la révolution, telle pourrait être la morale du film de science-fiction, une contre-utopie du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho,
«Snowpiercer», où un train lancé à grande vitesse sur une terre revenu à l’âge glaciaire nous offre un spectacle allégorique de l’humanité. Ce pessimisme radical, le réalisateur, virtuose de ma
mise en scène, n’ose pas l’assumer jusqu’au bout, un rebondissement final du scénario laissant la « jeunesse » ouvrir une ultime porte sur une terre où un flocon de neige symbolise la sortie de
la glaciation. Ne pas assombrir l’humeur du spectateur, surtout hollywoodien, semble également avoir été l’objectif d’Alfonso Cuaron dans « Gravity ». Cet autre virtuose de la mise en scène,
auteur d’un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années (Les fils de l’homme), par une pirouette scénaristique qui prend ici une dimension onirique peu vraisemblable, offre à
une héroïne que le souvenir insupportable de la perte de son enfant aurait dû conduire à accepter avec soulagement que l’espace soit son tombeau, l’énergie vitale nécessaire pour fouler à nouveau
le sol de notre belle planète. « Gravity », contrairement à ce qui a parfois été dit en le rapprochant de façon tout à fait inappropriée de ce chef d’œuvre qu’est « 2001, une odyssée de
l’espace», n’est pas un film de science-fiction. Il n’en offre cependant pas moins une spectacle d’une beauté visuelle inouïe. Je ne suis pas sûr que ce film marque l’histoire du cinéma, mais on
ne pourra cependant sans doute plus maintenant filmer l’espace de la même façon.
Ces deux films n'ont guère besoin de publicité pour assurer leur succès, il n'en est pas de même du joli film de Sylvain Chaumet, "Attila Marcel", tendre, poétique
et touchant où Mme Proust,une marginale fantasque, et ses madeleines, vont faire renaître à la vie un jeune homme, friand de chouquettes, rendu muet par un traumatisme psychologique. Sylvain
Gouix (particulièrement bien "foutu") et Anne Le Ny sont épatants.


 
Partager cet article
Repost0
19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 09:00

20131019-14563732225262398fef243-copie-2.jpg




Le récit de Dominique Noguez, dont j’ai brièvement rendu compte dans mon dernier billet, n’est pas seulement la chronique autobiographique d’une passion
amoureuse,
mais aussi un témoignage révélateur sur la façon, en fait fort répandue chez nombre d’entre nous, dont peut être ressentie la « visibilité homosexuelle
».

La passion amoureuse, la littérature ne la conçoit que tragique, qu’elle soit partagée, mais  contrariée par un destin funeste, ou qu’elle ne le soit pas
et
qu’elle plonge alors la victime d’un amour non réciproque dans un état qui a la dimension d’un délire. Si les classiques, de Tristan et Iseult à la Princesse de
Clèves nous ont surtout peint
celle-là, les auteurs modernes lui ont préféré celle-ci, Proust en étant la figure de proue. C’est dans cette lignée que se situe l’histoire d’amour fou que nous
conte « une année qui commence
bien ».


Le parallèle qui a été fait par certains critiques, du Figaro à Médiapart, avec « Un amour de Swann » - «La découverte progressive par Swann qu'Odette finalement
ne
valait pas l'amour qu'il lui a voué rencontre, ici, le jugement que Houellebecq porte sur l'être aimé par le narrateur, 'il ne te mérite pas' - ne me semble
cependant pas pertinente. En effet le
jugement que porte Swann, à la fin du premier tome de la Recherche, « Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand
amour, pour une femme qui ne me
plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! », ne pourrait être celui de Dominique Noguez: Cyril était son genre et il lui plaisait éperdument. Il y a une dimension
quelque peu mythologique, « à la
Grecque », du désir chez l’auteur, la beauté étant son carburant indispensable, d’autant plus que s’y associe un supplément « d’âme» (Cyril est cultivé). Si l’on
retrouve dans ce livre toutes les
figures de la passion que Roland Barthes a décryptées dans son « Fragments d’un discours amoureux » - l’angoisse, l’absence, la jalousie, l’attente, la solitude…,
les instants de bonheur fou
aussi -, l’auteur s'y  dévoile totalement jusque dans les situations les plus humiliantes.Il apparait bien souvent si pitoyable que le lecteur qui reste
extérieur à ce délire amoureux
déclenché par un être mythomane, manipulateur, d’un narcissisme sans limite, caractériel et souvent abject, finit par ne plus le plaindre…

Cette vaine recherche de l’amour mythique, celui « d’Achille et Patrocle », n’est sans doute pas sans lien avec le regard que porte l’auteur sur la « visibilité
»
homosexuelle, problématique qu'il aborde à propos de sa décision de publier cette histoire : "Quelle raison ai-je, en effet de divulguer ici le plus intime de ma
vie, alors que mes tendances
profondes s'y opposent et que c'est même en m'y refusant que j'ai jusqu'ici réussi tant bien que mal à me fabriquer une existence supportable? ....vivons caché pour
vivre tout simplement, ou
plutôt pour survivre". Il a la sensation de s'être trouvé entre deux moments "qui furent aussi deux extrêmes, le tapinois puis la revendication, la discrétion ,
puis la fanfare", entre le temps
de ceux qui firent pour la plupart (à l'exception de quelques uns comme Gide) profil bas (Montherlant, Mauriac, Martin du Gard, etc) et ceux, "ces étonnants
contemporains" pour lesquels l'aveu ne
coute rien (Renaud camus, Hervé Guibert, Guillaume Dustan...).

Son "plaidoyer" pour l'invisibilité va s'appuyer sur un tryptique, l'impudeur, la catégorisation, la peur :

* L'aveu comme impudeur : "Renaud Camus m'avait répondu que la question du secret n'avait pas grand sens pour lui et que ni lui ni ses amis n'avaient plus rien
à
cacher. Heureux homme. Peu s'en faut que pour ma part je ne vois dans l'aveu le comble de l'impudeur - en tout cas une tentation funeste et
répréhensible".
* L'aveu comme catégorisation ensuite : "Tandis que si, "tolérance" pincée, "largeur d'esprit" ou même vraie sympathie (ce que les anglophones appellent
être
gayfriendly), on vous assigne à une minorité très circonscrite, c'est comme de vous faire entrer dans une camisole trop étroite....cela vous bride aussitôt, vous
étouffe; vous ne pouvez plus
faire un geste libre sans vous faire remarquer ni paraitre trahir votre vraie nature et vos vrais congénères". L'auteur voit dans l'aveu une dépossession de sa
liberté d'être autre chose de ce à
quoi on vous assigne, peur de n'être plus reconnu partout que dans cette dimension là au détriment des autres, peur de heurter autrui jusque dans la famille : "
C'est cette paix des fantômes -
paix armée, souvent, mais paix - que la proclamation publique d'une préférence sexuelle (le coming-out, comme ils disent) risque fort de fiche en l'air. Les vôtres
risquent de ne plus souvent
vous percevoir comme l'un des leurs". Comme on pouvait s'y attendre, c'est le communautarisme qui est finalement mis en cause : "Mais enfin, admettons ...qu'au
risque de perdre une partie de ma
liberté je clarifie et claironne mes préférences. Ne sera-ce pas pour m'exposer à un dernier désagrément : l'enfermement dans un ghetto douteux? Ne sera-ce pas pour
succomber à cette tendance
contemporaine...à l'exaltation des différences, des mémoires, des origines.....Avec - sous prétexte de ne rien laisser passer - une propension à trouver
paranoiäquement de l'homophobie
partout."
* L'aveu enfin comme prise inconsidérée de risque : se ménager le havre d'une vie privée serait " prudence dans les sociétés fortement coercitives et sagesse
dans
toutes les autres notamment dans celles qui, comme la nôtre, se donnent de grands airs de liberté et fonctionnent en réalité à l'émotion collective, c'est à dire,
le cas échéant, pour peu que
l'air du temps change brusquement, au lynchage - ne serait-ce que médiatique."

La problématique de la visibilité gay et de revendication de nos droits faisait jusqu'ici surtout débat, parmi nous, entre les partisans du droit à
l'indifférence
et ceux du droit à la différence. Si, schématiquement, les premiers peuvent être définis comme des utopistes qui se battent pour un monde où le fait d'être
homosexuel serait une caractéristique
aussi banale que la couleur des yeux, alors que les seconds, tels les auteurs d' "homographies" dont j'ai parlé dans un billet antérieur et dont je me sens proche,
sont convaincus de
l'inéluctabilité de la persistance d'une homophobie résiduelle et que le combat pour notre reconnaissance ne pourra jamais cesser, tous se retrouvent dans la
revendication active de nos droits. On a
fait semblant d'oublier qu'il existe, probablement en bien plus grand nombre qu'on ne le croit, des homosexuels qui voient dans le "coming-out" une violation du
principe de précaution et qui ne
conçoivent la lutte pour nos droits (quand ils ne s'en désintéressent pas...) que dans l'ombre : "Pourquoi ne pas se battre activement mais anonymement pour les
droits des homosexuels et attendre
la mort pour mettre éventuellement les points sur les "i"?".

Derrière ce refus de "l'étiquette d'homosexuel", cette volonté de se dérober au regard classificateur de "l'autre" perçu comme ayant, au moins, un
inconscient
homophobe (un point que ces homosexuels de l'ombre partagent avec ceux du droit à la différence), il faut s'en doute moins voir la marque de la lâcheté que celle de
la honte : "j'ai du tout
trouver tout seul, vaincre une honte constante de n'être pas dans le moule, et le faire oublier". L'homosexualité perçue comme un désordre par ceux là même qui la
vivent....
Inutile de préciser que Dominique Noguez, au nom de "l'assimilation républicaine" , est resté étranger aux luttes du mouvement gay, vues comme une
conception
américaine du monde, de la Gay Pride au mariage pour tous. Peut-être faut-il aussi y voir une influence du milieu "élitiste" et fortuné, cercles littéraires et
autres, dans lequel baigne
l'auteur, le microcosme qu'il fréquente pouvant, là le parallèle avec Proust peut se justifier, évoquer celui des Guermantes. Comment s'étonner alors que le
critique du Figaro ait tant aimé ce
livre qu'il considère comme le plus important qui ait été écrit sur l'homosexualité depuis 20 ans...

Un grand livre en effet, superbement écrit, mais dont est en droit d'espérer qu'il nous décrit un monde qui n'est plus, celui de la période "pré-gay" dans le
repli
duquel l'auteur est resté prisonnier.

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 21:16

 

images-copie-9.jpg

Lors de mon premier séjour à Venise, un quart de siècle déjà, la traversée nocturne de la ville, en compagnie du garçon qui partageait alors ma vie, sur le bateau-taxi qui nous amenait de l’aéroport au Lido, l’île immortalisée par Visconti sur laquelle nous avions notre hôtel, me laissa pantois. Je viens d’y retourner pour la quatrième fois, court séjour à l’occasion d’un congrès de gériatrie, et si la stupéfaction s’en est allée, le charme fou de ce lieu magique et intemporel est immuable. Je n’y avais, jusqu’ici, jamais exploré les « amours illicites », impensables bien sûr les deux fois où j’y suis venu dans l’état affectif qui lui sied le mieux, en « amoureux », mais même pas lors d’un précèdent congrès, de psychiatrie celui-là, au début des années 90, car le seul endroit gay que le guide Spartacus indiquait alors s’était révélé être le local d’une association de musique classique….Des rencontres devaient certes être possibles au très « à la mode » Harrys’ bar, voire à la terrasse du mythique café Florian sur la place Saint Marc, mais je n’ai jamais été un garçon assez entreprenant pour les tenter dans des lieux non « spécialisés ». Si Venise est immuable, il n’en est pas de même des moyens que le génie humain a découverts pour nous faire mieux connaitre nos semblables, notamment en ces régions dépourvues de tout endroit « communautariste », je veux parler de « Grindr » (que sa récente mise à jour a rendu encore plus performant) et de ses copies. Je ne vous dirai pas si « j’ai niqué » à Venise, comme me l’a si élégamment demandé une de mes connaissances, mais le « réseau social » gay s’étend de votre « porte» - le personnel de mon hôtel n’hésitant pas à « chasser » le client – jusqu’aux villes des alentours comme Trevise ou Padoue. Si vous recherchez des vénitiens (et non des touristes qui de toute façon sont le plus souvent en couple…), vous aurez moins de chance de les trouver à Venise même, assez peu habitée, qu’à Mestre, son prolongement urbain en terre ferme - à une certaine distance donc – où vous trouverez aussi, on me l’a appris, un sauna…
J'ai consacré le peu de temps dont je disposais pour visiter à nouveau la ville, et plutôt que de m'attarder sur la place Saint Marc où la moindre bière vous est facturé une quinzaine d'euros, ou autres endroits fréquentés par les hordes de touristes que déversent quotidiennement des paquebots géants, j'ai préféré flâner avec quelques collègues dans les quartiers les plus éloignés du centre et déjeuner tranquillement dans un des petits bistros peu fréquentés et fort abordables qui longent les canaux qui bordent le quartier du ghetto.

Que lire à Venise, si l'on ne se sent pas d'humeur d'entamer une nouvelle enquête du commissaire Brunetti, le héros de Donna Léon, sinon une histoire d’amour. La littérature « homosexuelle » étant plutôt riche en cette rentrée littéraire, je n’avais que l’embarras du choix. Plutôt que « Pornographia » de Jean baptiste Del Amo dont j’avais beaucoup aimé « Une éducation libertine », son récent prix de Sade me paraissant le destiner plus à un voyage dans une ville où l’on « nique » que dans celle où l’on « aime », que “L’Enfant de l’étranger”, roman de l’icône gay anglais Alan Hollinghurst car il me semblait un peu long pour ce court déplacement, que « Jack Holmes et son ami », le dernier Edmond White qui est plus une histoire d’amitié, j’ai choisi « Une année qui commence bien » de Dominique Nogues, ancien prix Femina pour « Amour noir » ( le héros se dénommait Tadzio...), dont je ne connaissais pas l’homosexualité, un récit autobiographique magnifique, l’histoire de l’amour fou, non partagé, d’un homme de plus de 50 ans, pour un jeune homme à la beauté angélique, aujourd’hui marié avec une « ribambelle » d’enfants, qui, lui dira Houellebecq, « « ne te mérite pas ». Le récit de cette passion tragique qui va bouleverser sa vie et le « guérir de l’amour », superbement écrit, est aussi un voyage passionnant dans le Paris littéraire et homosexuel (tous ces lieux que j’ai pu fréquenter, le BH ma première backroom parisienne, le Scorpion, le Privilège …que de nostalgie) des années 90.

Peu avant mon départ j’avais pu, au cinéma cette fois, voir le récit d’une autre histoire d’amour tragique, celle de Scott pour Liberace. Soderberg délivre un portrait fascinant de ce tyran, sorte d’hybride gay de Richard Clayderman et de Rudi Hirigoyen, et de son milieu social..

Partager cet article
Repost0
22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 10:26

images-copie-5.jpg

En quittant Sitgès, avant de remonter sur Paris, nous avons passé quelques jours en Provence, près d’Arles, puis à Aix. Depuis Arles nous avons enfin vu visiter l’abbaye de Montmajour, signalée à mon attention par la lecture du journal de l’année 2011 de Renaud Camus, qui nous a bien plus fascinée que l’exposition d’œuvres contemporaines qu’elle abritait, choisies par Christian Lacroix, enfant du pays et amoureux du lieu, et qui racontait son histoire à l'exception peut-être du grand escalier flottant de Lang & Baumann qui occupe la nef de l'abbaye romane Notre Dame. La chapelle-reliquaire de Sainte Croix, chef d’œuvre de l’art roman situé à l’extérieur du bâtiment principal, était une visite qui s’imposait après la vie de débauche menée à Sitgès, puisque c’est là qu’au Moyen Age était accordé l’absolution de leurs péchés aux fidèles qui venaient en pèlerinage, « le pardon de Montmajour ». Non loin, près de Beaucaire, nous découvrîmes l’abbaye de Saint Roman, ancien monastère troglodytique que des ermites puis des moines creusèrent dans le calcaire pour l’occuper pendant des centaines d’années et dont il persiste de remarquables vestiges.

La chaleur qui régnait sur Arles nous a incité à ne la visiter qu’en fin d’après-midi, après avoir trouvé la plage naturiste gay la plus proche. Elle s’est avérée être située sur celle, très célèbre, de Piemanson, une fois passées les centaines de caravanes qui la squattent sur quelques kilomètres, spectacle fascinant. L’endroit s’est révélé fort peu fréquenté, notamment par quelques individus parfois cacochymes, à la queue branlante sous le poids de leur cock-ring en métal et aux yeux avides de chair fraiche.

Nous avons quitté Arles et ses moustiques dont nous portions encore les traces, pour Aix, ne faisant qu’une brève étape aux Baux, découragés par l’affluence et l’ambiance mercantile très « Mont Saint Michel » qui y régnait, et de toute façon nous connaissions tous les deux déjà le lieu.

A Aix, par un probable effet collatéral de la « crise », j’avais pu bénéficier d’une promotion « internet » à prix cassés dans une des institutions de la ville, « l’hôtel du Roi René ». J’avais déjà séjourné dans cet hôtel, il y a près de 30 ans, quand il était encore un palace chargé d’histoire (son orthographe était légèrement différente : Grand Hôtel du Roy René), jeune médecin hospitalier invité pour un séminaire de travail par un laboratoire, en ces temps éloignés où aucune réglementation ne régissait ce type d’invitations. J’ai d’autant plus facilement succombé à cette offre que le souvenir de la nuit de rêve que j’y avais passée avec ce garçon rencontré au parc Jourdan qui le côtoie, est resté très présent. Depuis, l’hôtel, racheté par une chaîne internationale, a été totalement rénové sur le mode contemporain, non sans encourir les protestations des défenseurs du patrimoine, le parc Jourdan ferme ses portes à la nuit tombée et n’est plus depuis longtemps un des hauts lieux de rencontres homosexuelles, et le café « Des Deux Garçons» sur le cours Mirabeau qui a été, à Aix, ce que le Flore fût à Saint Germain des Près, n’est plus que l’ombre de lui-même. Le caractère "déjanté" de certains de ses serveurs n'en reste pas moins une attraction.

La ville n’en garde pas moins son charme et ses joyaux architecturaux, notamment la cathédrale Saint Sauveur dont nous avons eu la chance de pouvoir visiter le cloître du 12è siècle, un guide nous ayant invité à se joindre à son groupe. Chance si l’on veut car cette visite s’est vite révélée être un piège, le responsable de ce groupe de vieilles dames, d’une culture religieuse aussi impressionnante que son tour de taille, ne pouvant s’empêcher de nous en faire profiter et de rivaliser d’érudition avec le guide, sans même s’apercevoir qu’il avait « largué » son audience depuis longtemps. Au bout de 30 minutes (nous n’avions atteint que le tiers des piliers), constatant que la porte du cloître avait été refermée à clés, Bertrand s’est introduit dans une salle adjacente où travaillaient des techniciennes administratives qui, compatissantes, nous ont indiqué une sortie dérobée….Quelques heures plus tard, après une heure de route jusqu’au parking de l’université marseillaise de Luminy, puis une heure de marche en terrain montagneux, nous atteignîmes le coin «gay» de la calanque de Sugiton. Difficile d’imaginer que des paysages d’une telle beauté puissent exister aux portes de Marseille.

De retour dans un Paris déserté un 15 août, il ne nous restait plus, en dehors d’une halte à « Tata beach », cette partie du bois de Vincennes fréquenté par le Marais afin de maintenir son bronzage et accessoirement satisfaire à quelques besoins physiologiques, il ne nous restait plus qu’à reprendre le chemin des salles obscures. Nous nous sommes précipités pour voir « Elysium» de Neill Blomkamp , tant j’avais été séduit par l’originalité et l’inventivité de son précédent film de science-fiction , « District 9 », mais ce fût une déception tant le scénario est manichéen - il pourrait avoir été co-écrit par Jean-Luc Mélanchon et Arlette – même si la beauté et l’inventivité visuelle permettent de le voir sans ennui. On se demande ce que Matt Damon et Jodie Foster sont allés faire dans cette galère. Un coup de cœur par contre pour « Je ne suis pas mort », petit film subtil et intelligent sur l’identité, à la limite du fantastique, contant les rapports étranges entre un brillant étudiant beur et son professeur à l’école Normale, et dont certaines répliques, notamment sur la perte de la langue, auraient pu être inspirées par Renaud Camus si un des thèmes du film ne concernait pas la difficulté d’être arabe en France. Medhi Dehbi, excellent dans le rôle principal, avait déjà été remarqué pour son interprétation d’un transsexuel dans La Folle Histoire d'amour de Simon Eskenazy.

Partager cet article
Repost0
9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 20:42

ete-2011-156.jpg



J’écris ce billet de Sitgès qui s’est imposé, pour moi depuis bientôt 20 ans, comme une destination incontournable de nos vacances d’été. Nous l’avons atteint après une étape bordelaise de mise en condition qui nous a permis de passer quelques heures à la plage gay du Porge, un plaisir qui se mérite car il a fallu pour cela franchir les dunes, 20 minutes de marche, sous un soleil de plomb..

J’ai décrit dans de précédents billets l’évolution de la « territorialisation » gay de cette ville, autrefois organisée autour de la rue de la Bonne Aventure, et qui depuis quelques années se concentre sur trois rues adjacentes à la terrasse gay la plus courue de la ville, « Le Parrots », point de départ de l’empire commercial qu’a peu à peu bâti « Jabba le Hut » ( http://limbo.over-blog.org/article-jaba-the-hut-a-sitges-81498001.html ). L’autre soir, le voyant discuter vivement à une table voisine de « L’angle d’Adriana », un des restaurants de son empire, avec deux individus dont l’anglais m’a semblé empreint d’un fort accent russe, le mot « mafia » m’ a traversé l’esprit. Il semble avoir parachevé son œuvre, probablement aidé par la crise, en terrassant la concurrence, avec la disparition des « monuments historiques» de la scène gay locale, en déclin progressif depuis 3 ans : l’immense bar/boite, le « Mediterraneo » a fermé et est à vendre; le bar le « Candil », où j’ai tant de souvenirs, est devenu un « bordel »; la longtemps unique discothèque de la ville, dont je fus il y a une quinzaine d’années l’amant éphémère du DJ, Juan José, a changé de nom et n’est plus gay que pour les « foam party »…

On a bien l’impression que c’est une page de l’histoire du Sitgès gay qui s’est tournée. Alors que la vie nocturne, dès la sortie des restaurants, s’organisait en un « circuit » très rythmé, aux couleurs arc en ciel, à travers la ville, du Candil vers minuit pour finir, parfois, sur la plage à l‘aube pour ceux qui n‘avaient toujours pas trouvé le garçon de leur rêve, en passant par le Mediterraneo vers 2 heures et le Trailer vers 4, chaque établissement phare ayant son heure d’affluence, on constate depuis 2 ou 3 ans ec une tendance paradoxale, en ces temps de mariage où un Pape laisse échapper un « Qui suis-je pour juger », à une certaine « re-ghetoisation » : regroupement des lieux, multiplication des bars à consommation sexuelle immédiate, shows de travestis et de hot (très hot…) strippers quasi inévitables…

Si l’on ajoute à tous ces changements spectaculaires, le rétrécissement marqué de la plage gay du centre ville, la mer gagnant de plus en plus de terrain sur le sable (la municipalité aurait elle renoncé à amener les tonnes de sable nécessaires à sa sauvegarde? Ou tout simplement, conséquence de la crise qui frappe le pays, n’en a-t-elle plus les moyens?) ; l’affluence semble t’il un peu moindre - mais il est vrai que nous sommes venu quelques jours plus tôt que d’habitude cette année pour éviter pour éviter la semaine du 15 août et l’arrivée massive du « milieu » parisien ; les restaurants qui peinent à se remplir, enfin et surtout la nouvelle du décès de Pépé, vieux vendeur ambulant de rafraichissements sur la plage (ses « aqua, cervesa, coca-cola » vous résonnaient encore dans l’oreille longtemps après avoir quitté Sitgès), le sentiment fugace et nostalgique de fin d’une époque pourrait vous effleurer. Vous effleurer seulement car, même si nous envisageons , pour l’année prochaine, de faire un « break » et de découvrir enfin Mykonos, nous venons de passer une semaine fort agréable, d’autant plus que ce message d’un jeune homme de Dubaï reçu sur l’application « Growl » , « Wish I could be free as you are, openly gay », ne vous incite pas à faire la fine bouche!


 

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 21:21

1149701041_3139.jpg

J’avais déjà eu l’occasion de découvrir cette ville, berceau de la démocratie américaine, lors d’un précédent congrès qui se déroulait dans l’entre-deux tours de la campagne présidentielle de 2007. Il y a 6 ans, ma pratique des réseaux sociaux de rencontre étant encore embryonnaire, j’avais envisagé d’aller explorer les bars et clubs de la ville, mais constatant qu’il n’y avait pas de « village » à Boston - les lieux gays y sont éclatés, sur le mode de "l'étalement" (voir le billet intitulé "Global Gay") - j’y avais finalement renoncé car ils étaient trop éloignés de mon hôtel et le poids des années commençant à se faire sentir je n’avais déjà plus le courage de ces escapades nocturnes, plus aléatoires qu’autrefois, qui ne se terminent souvent qu’au petit matin et qui vous font croiser, pas rasé et les cheveux en friche (enfin non, pas vraiment, il y a longtemps que je n’en avais plus), dans le hall de l’hôtel, vos collègues qui se dirigent vers la salle du petit déjeuner, et qui, pour ceux d’entre eux qui vous connaissent bien, vous gratifient d’un sourire entendu. Maintenant que les réseaux sociaux sont devenus mon quotidien, la seule question qui se posait était de découvrir lesquels étaient les plus fréquentés dans le Massachussetts, le découvrir par soi-même car si les « guides gays » sont très exhaustifs sur les lieux « physiques » de rencontre, ils ne vous disent rien de ce qui se passe sur le web. Les plus fréquentés se sont révélés être « Manhunt » et « Jack’d», suivis de « Hornett», « Scruff» et « Growl», alors que, comment souvent aux Etats Unis, gayromeo était déserté. Quant au mythique « Grindr», la fréquence d’intrusions intempestives provenant d’individus, probablement virtuels, localisés selon le GPS de l’application à des milliers de kms et qui envoyaient des liens vers des sites pornographiques, m’a obligé à ne plus l’utiliser ; cet étrange phénomène a cessé dès que j’ai eu quitté Boston. Ce qui frappe tout de suite lorsqu’on parcourt les profils sur ces applications, c’est la présence massive des jeunes, voire des très jeunes, et une obésité beaucoup moins répandue que dans d’autres villes américaines que j’ai eu l’occasion de visiter, ce qui témoigne probablement du dynamisme de cette ville - qui compte en moyenne plus d’actifs que le reste du pays, à l’économie orientée vers la haute technologie, sorte de seconde Silicon Valley -, d’une forte présence étudiante et d’une vie culturelle intense.

Le climat qui y régnait en cette mi-juillet n’incitait pas à quitter les lieux climatisés. La chaleur était si étouffante, l’air si chargé d’humidité, que je n’ai même pas été capable de terminer mon « running», le long de Seaport et de la « Charles River », que j’ai dû interrompre au bout d’une demi-heure par crainte d’un malaise. Il n’était malheureusement pas possible, du fait de mes obligations professionnelles, de dégager suffisamment de temps pour aller visiter Cap Cod, son littoral sauvage et surtout le petit village de Provincetown, devenu une des destinations gays les plus courues.

Le dernier roman de Dennis Lehane, « Ils vivent la nuit », dont l’action, comme celle de la plupart de ces romans, se déroule à Boston, m’a accompagné tout au long de ce voyage. Dennis Lehane est connu pour la série de thrillers dont Patrick Kenzie et Angela Gennaro, ses deux « privés», sont les héros et dont le dernier opus m’avait déçu, mais surtout pour deux chef d’œuvre du roman noir, « Mystic River », une autre des rivières qui traverse la région de Boston, et « Shutter Island », tous deux portés à l’écran. « Ils vivent la nuit » est souvent présenté comme la suite du monumental « Un pays à l’aube», centré sur la révolte policière et les luttes syndicales qui ensanglantèrent Boston en 1919, au moment où les soldats américains, au retour de la grande guerre allaient trouvés leurs emplois occupés par des noirs dans un contexte de crise économique majeure. C’est en partie vrai puisque le roman narre le destin, une dizaine d’années plus tard, en pleine prohibition, de Joe Coughlin, frère cadet de Danny, l’agent de la police de Boston qui est le héros de «Un pays à l’aube». Mais si ce dernier était avant tout une magistrale fresque familiale, historique, sociale et politique (http://limbo.over-blog.org/article-un-pays-a-l-aube-67136499.html), « ils vivent la nuit » est un grand et vrai roman « noir » qui conte l’ascension et la chute d’un jeune caïd au moment de la naissance de la pègre et de la constitution des réseaux maffieux., sans oublier cependant que le contexte historique et politique reste très présent, comme en témoigne ce passage où Joe va voir passer, lors de son séjour en prison, Sacco et Vanzetti qu’on amène à la chaise électrique. Ben Affleck, qui a déjà porté à l’écran, de façon très efficace, « Gone baby gone », un des épisodes de la série « Patrick Kenzie », devrait réaliser une adaptation de cet excellent thriller.

Partager cet article
Repost0