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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 15:07

L’intitulé de ce blog, « regard d’un gay », ne suggérait-il pas une façon « d’être au monde » spécifique de l’homosexualité, marquée par l’emprise de l’orientation de son désir ? Au royaume du désir gay, contrairement à l’affirmation sartrienne, « l’essence précède l’existence » (http://limbo.over-blog.org/article-l-homosexualite-essence-ou-construction-45613197.html), au point même de la  pourrir chez ceux qui n’arrivent pas ou ne peuvent pas l’assumer. Il n’est donc pas étonnant que je me sois engagé avec empressement dans la lecture de cet essai de William Marx, « Un savoir gai » qui affirme que « Le sexe est chose mentale…(qui) colore notre vision du monde) ».

 

Les pages qui décrivent le chemin qui mène à la prise de conscience de sa « nature » dans un monde longtemps, et bien souvent encore, façonné selon une identité sexuelle qui n’est pas la sienne, m’ont ramené à celui qui fut le mien.  Jalonné de nombreuses stations, sans aller jusqu’à s’apparenter à un chemin de croix – tel celui narré par Dominique Fernandez dans « l’Etoile Rose » - il n’en fût pas moins fort long jusqu’à ce que je puisse poser un nom sur ce que j’étais : « homosexuel ». Le souvenir de certaines étapes en est encore fort présent : enfant je limitais, dans la mesure où je le pouvais, les invitations féminines lors des « gouters » qu’organisaient mes parents ; élève à peine pubère d’une institution catholique, les vestiaires constituaient pour moi le seul attrait des activités sportives et lors des « retraites » organisées par le collège j’attendais avec impatience le moment du si troublant du déshabillage de mes camarades au dortoir ( dois-je regretter qu’aucun prêtre, frère ou éducateur n’ai jamais eu pour moi le moindre comportement initiateur ?); adolescent, mes amitiés trop envahissantes pour certains de mes camarades de classe les ont parfois irrités ; adolescent encore  ma pratique éphémère du football fut bien plus dictée par l’attrait des douches collectives que par le plaisir de ce sport ; jeune adulte enfin, me précipitant dans les salles qui projetaient du « porno » au moment de la libération de la censure par Michel Guy, ministre de Giscard, mes battements cardiaques redoublaient à la vision des sexes masculins tandis que les scènes de lesbiennes m’exaspéraient…Sans oublier les lectures comme celles de « la ville dont le prince est un enfant », ou les films comme « les désarrois de l'élève Törless »…

 

Il s’en est fallu de peu que cette prise de conscience fut moins longue, lorsqu’à 17 ans, proposant à Michel, un de mes camarades de classe, à faire une partie de strip-poker, pris de tremblements incoercibles quand sa main se posa sur mon sexe, au bord de la jouissance, je mis fin au divertissement. Bouleversé par ce que j’avais ressenti, paniqué à l’idée que cela se reproduise, je refusais à plusieurs reprises ses propositions. Il se lassa et je ne le revis plus. Est-ce à lui que je pensais lorsque des années plus tard, à l’écoute de la chanson de Gerard Lenorman, « Michèle », qui me toucha tant, j’entendais « Michel »?  Etrangement, je ne saurais dire précisément quand, entre cette occasion gâchée et mon premier rapport sexuel, quelques années plus tard (http://limbo.over-blog.org/article-ma-premiere-fois-pour-son-malheur-44231829.html), je fis mon coming-out « intérieur », probablement parce que ce fut un lent processus.

 

Ce coming-out « intérieur » en précéda bien d’autres, le « sexuel », puis le « familial » moins d’un an après, avant de s’étendre assez rapidement à mon entourage privé ou professionnel, dans la foulée du vent de liberté qui a soufflé au début des années Mitterrand, allant même jusqu’à participer à la création d’un mouvement associatif homosexuel sur Bordeaux et à une émission de radio. Ma participation à ma première Gaypride à la fin des années 80 en fut l’accomplissement, en accord avec ce qu’en dit William Marx, l’affirmation de notre différence et de notre appartenance à une communauté dans toutes ses composantes, y compris celles qui « donnent une mauvaise image de l’homosexualité » aux yeux de ceux d’entre nous inconsciemment homophobes.

 

Ce livre dit tant d’autres choses sur notre condition, recoupant bien des billets de ce blog, sur la pédophilie, sur nos pratiques sexuelles, sur notre rapport au couple, le mariage, en fait sur tout ce qui met mal à l’aise les hétérosexuels, aussi tolérants soient il, parce que leur est ainsi révélé, mis sous les yeux, tout ce à quoi leur sexualité n’a pas accès, « bridée par la tradition ».

 

Un désaccord toute fois avec l'auteur quant à son interprétation du désir mimétique qu'il semble décrire comme non applicable au désir homosexuel puisque le jeune gay "n'imite pas le désir de ses parents". Cette interprétation de  René Girard est erronée. Ce dernier a bien montré dans "Des choses cachées depuis la fondation du monde" que le désir homosexuel fonctionnait exactement de la même façon que celui hétérosexuel,sur le mode mimétique, mais bien entendu dans son champ "biologique", celui de l'attirance pour le même sexe.

 

On pourrait aussi regretter une vision un peu trop personnelle de l’auteur, négligeant quelque peu les différences de sensibilité quant à la question gay telles qu’elles se sont exprimées dans « Correspondance indiscrète », le livre de Dominique Fernandez et Arthur Dreyfus ou un chapitre inutile et peu convaincant sur l’homosexualité putative du Christ.

 

PS : à signaler le court roman de Arthur Cahn, « Les vacances du petit Renard », qui narre les élans amoureux d’un adolescent de 14 ans pour un quadragénaire et qui pourrait s’intituler : « comment utiliser (mal) Grindr ».

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 11:01

Lorsque j’ai rédigé mon dernier billet, je n’avais pas encore lu l’excellent roman de Patrice Jean, « l’homme surnuméraire », passé pratiquement inaperçu dans la rentrée littéraire, sans doute trop politiquement incorrect pour intéresser les jurys des prix, découvert un peu par hasard à l’écoute d’une chronique littéraire sur Europe n°1. Cette histoire, presque Houlbecquienne, de deux hommes, l’un subissant la domination féminine, l’autre le pédantisme de milieux universitaires que fréquente sa femme, pousse jusqu’au bout la logique de cette société du contrôle dont je parlais précédemment, décrivant uns société où l’on irait même jusqu’à republier les classiques de la littérature en les expurgeant de tous les « interdits de dire » de la bien-pensance. Science-fiction ? Surement pas, ne vient-on pas de voir « Carmen » récrite pour complaire au féminisme, ou Gallimard mis au pilori pour son projet de publication des pamphlets antisémites de Celine et ceux qui tentent de dire « ça suffit » comme Catherine Deneuve se font lyncher….

 

Quittant ce monde où l’homme est « de trop », j’ai récemment vu deux films montrant l’éveil à l’homosexualité, celui d’un jeune prolétaire dans « Marvin ou la belle éducation » et celui d’un campagnard dans « Seule la terre ». Anne Fontaine a entrepris une très libre adaptation du livre d’Edouard Louis (http://limbo.over-blog.org/2014/02/histoires-de-nos-sexualit%C3%A9s.html), au point que ce dernier demande de retirer son nom du générique. Elle en donne une version façon « Billy Elliot », ne gardant en fait du roman que l’enfance prolétarienne, partie qui souffre d’un traitement quelque peu caricatural du milieu familial, avant de donner une vision à la limite du cliché des milieux gays parisiens, notamment la rencontre de Marvin avec le pygmalion quinquagénaire friqué incarné par Charles Berling qui sonne faux, avec un abord de l’homophobie un peu trop didactique (qu’elle soit un racisme qui se prolonge au sein même de la famille a été exposé avec plus de talent dans « ses chroniques achriennes » par Renaud Camus, en un temps où l’homosexualité l’occupait bien plus que sa paranoïa du « grand remplacement ». Les deux interprètes de Marvin, Jules Porier et Finnegan Oldfield n’en sont pas moins remarquables.

 

Le film de Francis Lee, « Seule la terre », m’a bien plus ému. Cette chronique paysanne, filmée dans des paysages magnifiques, conte l’histoire de Johny, jeune agriculteur portant sur ses épaules la responsabilité du fonctionnement de l’exploitation de son père, âgé et infirme, et qui noie sa solitude dans des virées nocturnes fortement alcoolisés où il satisfait ses pulsions homosexuelles non assumées en sodomisant des jeunes gens, à la va vite et sans la moindre tendresse, dans les toilettes des bars. Le recrutement par son père d’un travail saisonnier roumain, lui faisant découvrir l’amour, va transformer le regard que cet être sauvage et replié sur lui-même portait sur son entourage jusqu’à en adoucir ses traits et admettre sa sexualité. Ce film est remarquable par sa capacité à éviter tous les clichés sur l’homosexualité notamment dans la magnifique et surprenante réaction des parents. L’occasion de signaler une autre histoire d’amitié, hétérosexuelle celle-ci, entre deux jeunes montagnards, avec l’excellent prix Medicis étranger, « Les huit montagnes ».

 

 

Je ne résiste pas, en conclusion de ce billet, à faire part du petit pincement de cœur que j’ai eu en retrouvant, certes bien vieilli, le personnage de Luke Skywalker. Il y a plus de 40 ans je revoyais 11 fois en quelques semaines le premier opus de la série (devenu le n°4 de la saga), en partie parce que le jeune homme que j’étais alors, encore puceau, était tombé sous le charme de Mark Hamill, l’acteur qui tenait le rôle.

 

Mes meilleurs vœux aux lecteurs de ce blog.

 

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 15:29
Une mémoire "gay"

Il y a 5 ans, dans un billet intitulé «Une mélancolie gay» (http://limbo.over-blog.org/article-une-melancolie-gay-47494201.html), j’avais tracé l’évolution de la géolocalisation de la visibilité gay à Paris, autrement dit de nos « territoires », non sans m’interroger sur ce que l’avenir nous réservait : «La flèche du temps, celle du droit à l’indifférence, nous amènera-t-elle, comme pour notre univers selon certaines hypothèses, du big bang au big crunch, de la visibilité à l’invisibilité, retour à l’isolement initial?». Lorsque j’ai écrit ce billet, si j’avais eu connaissance des études sociologiques de plusieurs intellectuels espagnols dont j’ai rendu compte (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html), j’aurais sûrement relié cette évolution territoriale aux étapes qu’ils ont identifiées de la constitution de l'identité gay à la fin du 20è siècle.

La rue Saint Anne symboliserait ainsi la période pré-gay qui se clôt avec l’élection de François Mitterrand et la rue des Archives la période gay, dont le déclin date de l’adoption du Pacs et qui s’est éteinte avec l’élection de François Hollande et le « mariage pour tous ». La période post gay s’annonçant comme celle de la déterritorialisation et des réseaux sociaux, elle n’aura donc probablement pas sa rue. Libération, il y a quelques semaines, titrait « le gay passé », à propos de transformation accélérée du Marais, qui voit peu à peu se fermer ses commerces gay ou gayfriendly, au profit de boutiques « prêt à porter » haut de gamme, sous l’impulsion du BHV? On en connait les raisons : les gays ont accéléré la rénovation de ce quartier favorisant l’explosion des prix de l’immobilier et des loyers au-delà de leurs moyens et les nouvelles générations, de mieux en mieux « intégrées », ne ressentent plus la nécessité de se regrouper dans des lieux communautaires. Le Cox, dont la fermeture marquerait sans doute le signal de la fin d’un des derniers « villages gays» en terre chrétienne – y en a-t-il jamais eu ailleurs ?- a célébré son anniversaire par un décor provocateur où un panneau « vendu » s’accompagnait d’un relookage du bar sous un décor, « Charnel », parodie d’une marque de haute couture. Paris n’est pas un cas isolé, Soho à Londres subit la même évolution et Castro à San Francisco ou Greenwich à New York se sont éteints il y a déjà des années. Les auteurs de ces messages récurrents- «cherche mec hors milieu»- qui fleurissent sur les profils internet, ne semblent pas s’être rendu compte de leur anachronisme….

Le billet « une mélancolie gay » témoignait d’une certaine nostalgie de ces folles années 80, bientôt les années Sida, de leur vent de libération sexuelle, de leur musique, de ma jeunesse peut-être…Le racisme antivieux - «j’ai déjà un père»- qui caractérise nombre de lieux gays aurait pu me laisser indifférent à leur extinction progressive, mais si j’ai moi-même participé de ce mouvement de désertification, ne fréquentant plus les saunas, les lieux de drague en plein air et de moins en moins souvent les bars « sexe », c’est au profit d’une addiction croissante à internet amplifiée par l’apparition de Grindr et de ses clones, la multiplication des possibilités compensant ainsi largement le déficit de séduction lié à l’âge, sans parler des économies de temps et d’argent.

La déterritorialisation a ses limites. La fréquentation assidue des réseaux sociaux ne pouvant satisfaire ce manque créé par l’absence du regard de l’autre, nombre d’entre nous ont retrouvé -je fréquente à nouveau les saunas- ou retrouveront le chemin des lieux de rencontres. Il arrive même qu’il s’en crée de nouveaux, fort inattendus et insalubres, au Front National, qui est le siège d’une arrivée massive de gays au point que certains se plaignent de harcèlement sexuel...

Heureusement certains livres constitueront la mémoire de ces temps révolus, notamment le premier roman d’Alan Hollinghurst, La piscine-bibliothèque, qui vient de reparaître dans une nouvelle traduction. Ce classique de la littérature gay nous conte, au début des années 80, la mise en relation de deux générations, celle d’un un vieil homme ayant vécu à une époque où il était illégal d’être gay – le film « Imitation Game », sur la vie d’Alan Turing, vient d’en donner une illustration bouleversante- et d’un jeune dandy fortuné.

« Cela vous ennuie qu’on parle de vous comme d’un «écrivain gay» ?

Je ne prétends pas ne pas l’être. Mais le but de n’importe quel mouvement de libération est, in fine, de ne plus avoir besoin d’exister. En fait, l’Enfant de l’étranger est mon premier roman à ne pas avoir été décrit comme un livre «gay».»

(Interview d’Alan Hollighurst à libération en septembre 2013 à propos de la sortie de son dernier roman)

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 21:45
L'âge, le sexe, le sida

J’avais découvert avec stupéfaction, lorsque je me suis inscrit au marathon de Paris, il y a 12 ou 13 ans, que la catégorisation en fonction de l’âge des fédérations sportives était aussi sévère que celle du milieu gay : j’étais donc, déjà, un senior, aujourd‘hui un …vétéran…

Pourtant ces seniors seraient de plus en plus performants au marathon (j’avais réalisé 3h37…), alors que les temps des plus jeunes ne progressent pas, selon une étude de chercheurs de l’Inserm sur celui de New York. Si l’on en croit les résultats d’une autre étude que vient de publier le Lancet, les seniors auraient également plus souvent eu une expérience homosexuelle que les jeunes, du moins si l’on compare les 55-64 ans au 16-24 ans…Ces expériences sexuelles pourraient même être plus nombreuses que ne le croient ces jeunes gays qui chassent sur les réseaux sociaux en affichant des profils particulièrement « bienveillants » pour leurs ainés – «merci j’ai déjà un père, voire j’ai déjà un grand-père…»- si l’on se réfère aux statistiques de dépistage du sida qui montrent un pourcentage sans cesse croissant d'hommes fort "matures", notamment à partenaires multiples. Non seulement ils multiplient les rencontres, mais en plus, comme les plus jeunes, ils ont tendance à se passer de préservatifs…Il est vrai que certains d’entre eux ont connu la glorieuse période de « l’avant » et la nostalgie est la plus forte…

On peut avancer sans crainte de se tromper que les progrès thérapeutiques vont accentuer cette tendance au "bareback". Le conseil national du sida avait déjà évoqué la possibilité de ne pas utiliser de préservatifs pour les couples sérodivergents si le partenaire séropositif traité avait une charge virale indétectable (http://limbo.over-blog.org/article-sida-une-education-de-l-incertitude-49758130.html), caractéristique que l’on voit apparaitre ici ou là dans les profils sur les réseaux gay de rencontres ( je trouve d'ailleurs très discutable cette incitation appuyée et sans cesse renouvelée de certains sites de rencontre, tel Hornet, à afficher son statut HIV "daté"...). On vient de franchir un pas avec la démonstration de l’efficacité préventive très élevée d'une prise « à la demande » de l'antirétroviral Truvada quelques heures avant et après le rapport, attitude recommandée par l’OMS pour les individus à risque…

A ma connaissance la molécule n’est pas encore disponible en France, mais quand elle le sera, on peut douter que l’assurance maladie admette cette pratique « de confort » (c’est vrai sans capote c’est plus confortable…) au remboursement. D’autant plus que tant qu’on y est, pourquoi ne pas mettre aussi en place un traitement « curatif », sans dépistage, d’une potentielle infection syphilitique ou à chlamydia, passée inaperçue, par une prise annuelle (très efficace aussi) de 15 jours d’un traitement par tétracyclines !

Ce billet sur les seniors me donnent l'occasion de signaler un film particulièrement touchant, « Love is strange »,sorti presque confidentiellement, mais heureusement salué par la critique. Il nous conte les conséquences désastreuses du mariage d’un vieux couple gay dont l’un des partenaires va perdre son emploi de professeur de musique dans une institution catholique, son homosexualité, parfaitement connu et tolérée jusque-là ne l’étant plus une fois officialisée (Florian Philippot saura bientôt si le Front National se conduit moins hypocritement que l'Eglise!). Mais il ne s'agit beaucoup moins d'un film militant -les gays y sont montrés plutôt bien insérés dans la société newyorkaise - que d'une histoire d'amour qui porte un regard tendre sur la place des seniors dans la société et sur les rapports entre générations. Autre film émouvant et troublant, "Something must break", du Suédois Ester Martin Bergsmark. Une histoire d'amour encore, celle d'un personnage complexe, Sebastian, adolescent androgyne qui voudrait être Ellie, la fille qu'il sent en lui, et donc la rencontre avec Andreas va illuminer, un temps, sa vie. Mais Andreas n'est pas "gay" et Sébastian, s'il s'habille en fille, ne veut pas en devenir une "physiquement"....Les scènes de sexe sont d'une beauté troublante, inhabituelle. Film bien plus convaincant sur le genre que celui d'Ozon ("une nouvelle amie") qui m'a laissé relativement indifférent, en dépit de l'interprétation de Romain Duris.

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 09:10
A propos de Xavier Dolan

Difficile de ne pas rester sonné quelques instants sur son fauteuil après la projection du dernier film de Xavier Dolan. J’ai déjà dit sur ce blog mon enthousiasme pour ses précédentes réalisations, depuis « J’ai tué ma mère », réalisé alors qu’il avait 18 ans (http://limbo.over-blog.org/article-un-cineaste-gay-xavier-dolan-50894311.html).

Génie de la mise en scène, interprétation ahurissante des trois principaux personnages, bande originale surprenante, font de "Mommy", chronique des relations impossibles entre une mère en rupture sociale et son fils psychopathe, un inoubliable moment d’émotion. Son passage à Paris, à l’occasion de la sortie de son film, aura donné l’occasion à Xavier Dolan de s’expliquer sur ses propos (mal reçus par les milieux LGBT) concernant la Queer Palm qui lui a été attribuée pour «Laurence Anyways» (les qualifiant de "mal choisis" : «que de tels prix existent me dégoute») , regrettant le caractère ghettoïsant de telles récompenses qui font d’un film tourné par un homosexuel, et traitant de ce sujet, un film « gay». Il est vrai que Mommy est son premier film sans aucune référence à ce thème. Occasion aussi pour lui de croiser, sans qu’il n’y ait malheureusement eu de confrontation directe, Eric Zemmour sur le plateau de « On est pas couché » («"J’aimerais ne plus accorder une seule seconde de mon existence à... cet être"), ou de réagir sur Europe n°1 à la «manif pour tous» (http://www.europe1.fr/cinema/manif-pour-tous-la-colere-de-xavier-dolan-2251999Xavier Dolan).

Si l’on peut comprendre que les propos anti communautaristes de Zemmour soient taxés d’homophobie, on se demande quelle mouche a bien pu piquer Edouard Louis (« Eddy Bellegeule ») et son mentor Didier Eribon pour intenter un procès stalinien au philosophe et historien de gauche Marcel Gauchet, appelant à boycotter les rencontres de Blois où il devait tenir la conférence inaugurale : « Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le PaCS, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la ‘pensée 68’, contre les revendications démocratiques? ». Caricature de ses propos jusqu’au mensonge (Gauchet a réaffirmé son accord avec le mariage pour tous…) qui dissimule en fait la vrai raison de cette haine : Gauchet est un « hérétique », il a osé contester les analyses de Bourdieu et Foucault, Bourdieu surtout dont il a déploré « l’effet désastreux de sa pensée dans le champ éducatif », moins Foucault si ce n'est pour son « Histoire de la folie à l’âge classique qui aurait contribué au désastre du champ psychiatrique en amenant certains à nier le concept même de folie ( reproche à mon sens excessif, car s’il est vrai que Foucault a pu inspirer le mouvement antipsychiatrique, l’effet négatif de sa pensée sur la clinique psychiatrique me semble secondaire à côté de celle du mouvement lacanien).

Si la « rébellion » n’a pas d’autres « penseurs » à opposer à ceux de la « réaction » il ne faut pas s’étonner que le dernier livre d’Éric Zemmour soit en tête des ventes, que son simple passage à une émission suffise à faire exploser l’audimat et que son courant de pensée soit sur une pente ascensionnelle. J’aurais eu presque pitié, l’autre soir, d’Aymeric Caron (presque seulement parce que pour un « végétarien » la pitié est au-dessus de mes forces), tant il n’ était pas au «niveau» face à l’auteur du «Suicide français». Laurent Ruquier aurait dû s’en douter (il sait bien que du temps de Naulleau et Zemmour justement, les procureurs étaient bien plus brillants….) et faire appel, comme il le fit une fois me semble-t-il, le temps d’une émission, au double de Zemmour, à l’autre extrême de l’échiquier politique, Edwy Plennel : le pire des deux côtés, mais pas des imbéciles (pour plagier Jacques Attali à propos du premier).

Nos penseurs de la rébellion, disciples de Foucault, sont-ils aussi à l’aise avec la partie de son œuvre qui traite de l’invention de la sexualité et qui met à mal la «fameuse et fictive tradition judéo-chrétienne» sur laquelle est bâti le cliché d’un christianisme répressif (http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140625.OBS1587/michel-foucault-l-invention-de-la-sexualite.html)? A l’opposé, les meneurs de la « Manif pour tous » sont-ils à l’aise avec l’improbable « révolution sur la famille » qu’un jésuite, devenu Pape, est en train d’insuffler à l’Eglise lors du synode en cours ( a-t-on remarqué l’absence de la hiérarchie catholique l’autre dimanche, notamment celle de l’archevêque de Lyon…) ? La deuxième saison de l’excellente série « Ainsi soient ils » sur Arte ne pouvait mieux tomber…

Je viens d’entamer la lecture du « Royaume » d’Emmanuel Carrère.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 20:23
Sitges ou mykonos?

Le désir de Bertrand, moins casanier que moi, de changer un peu d’air, et les incitations d’un couple d’amis habitué du lieu - dont l’un allait être mon témoin de mariage à notre retour- m’avaient convaincu de renoncer à notre destination estivale quasi-immuable depuis des années, Sitges, pour aller enfin découvrir un autre lieu gay mythique, Mykonos…

Le plus simple aurait sans doute été, comme nos amis, de prendre un vol Easyjet, seule compagnie à desservir directement Mykonos depuis Paris, mais j’évite ce transporteur depuis que j’ai eu à acquitter -un retour de Barcelone il y a 10 ans - pour un excédent de bagages de moins d’un kilo, un prix supérieur à celui du billet. Le tarif pratiqué par Air France sur Athènes étant plus que compétitif, c’était l’occasion d’y faire un bref séjour à l’aller comme au retour et de permettre à Bertrand d’en visiter l’essentiel. Nous n’eûmes guère le temps, en dehors de la visite de l’Acropole, de faire autre chose que de flâner dans le quartier de Plaka, si animé le soir, de traverser la place Syntagma ( dont la transformation ne m’a pas paru très heureuse) et de contempler la ville depuis le mont Lycabette. Faire l’ascension de l’Acropole par près de 40 degrés ne fut pas particulièrement réjouissant mais j’ai découvert un Parthénon en bien meilleur état que celui du souvenir que j’en avais - il y a plus de 20 ans - témoignage d’une ambitieuse restauration toujours en cours - et de parcourir son superbe musée.

La vie gay est réputée se concentrer dans la quartier de Gazi que nous avons trouvé assez peu animé – sans doute y sommes-nous allé trop tôt dans la soirée, qui plus est en plein mois d’Aout – mais un «dieu grec», rencontré sur Grindr, nous fit découvrir une rue gay friendly et un de ses bars le «Rooster» à deux pas de Plaka et de notre hôtel.

Il s’en est fallu de peu, quelques minutes tout au plus, que le Ferry qui devait nous amener d’Athènes à Mykonos ne partit sans nous, le réceptionniste de l’hôtel nous ayant donné une information erronée sur le temps de transport, le Port du Pirée se révélant fort encombré, même à l’aube. Plan galère évité de justesse, avant une longue traversée qui me permit de terminer un premier roman de Pierre Vens, « Nuit Grecque », récit bien peu crédible du « coup de foudre », dans un bar d’Athènes, d’un chef d’entreprise quadragénaire et père de famille, pour un jeune homme frivole, à la beauté diabolique qui semblerait bien avoir tous les attributs du gigolo, si par un basculement inattendu la fin du roman, atténuant la déception, n’amenait à porter un autre regard sur le personnage.

Nous atteignîmes enfin notre hôtel, exclusivement gay, perché sur une petit colline surplombant la ville - ce qui nous promettait déjà un exercice physique pluriquotidien - et dont les prestations, notamment les sanitaires exigus, allaient se révéler assez éloignées de ce qu’on aurait pu attendre d’un hôtel de même catégorie que ceux dont j’avais l’habitude à Sitges (nous étions cependant prévenu : Mykonos est fort cher). Le personnel, presque exclusivement jeune et masculin, était serviable et chaleureux, si chaleureux même le matin au petit-déjeuner avec certains clients que l’on se demandait jusqu’où avait bien pu aller leurs « services »…

Il me fallut un peu de temps pour trouver mes marques sur cette île où nous ne connaissions personne ( nos amis n’arrivant que quelques jours plus tard) tant tout est moins simple qu’à Sitges. Les plages gay sont fort éloignés de la ville - si vous n’êtes pas motorisé il faut se résoudre à prendre des bus publics pour Elia (avec une fréquentation comparable à celle du métro aux heures de pointe) ou privés pour Super Paradise (mais cela se paie…) - et les bars souvent perdus dans la profusion des ruelles quasi labyrinthiques envahies par la foule des touristes. Puis au fur et à mesure qu’on se familiarise avec les lieux, on tombe sous le charme de Mykonos et de ses quartiers, kastro, la petite Venise, le port, baignés par une chaleur rendue presque agréable par une brise quasi continue.

Mykonos est plus romantique que Sitges, car moins « communautariste » et donc, d’une certaine façon, moins sexe. Il n’y a pas à proprement parler de quartier « gay », les établissements se trouvant espacés dans le village, non concentrés dans certaines rues rapprochées et aucun, à ma connaissance, n’est destiné à une consommation sexuelle immédiate comme dans la rivale espagnole. Vous n’y croisez que rarement des visages familiers de piliers du Marais, la population gay est nettement plus internationale et les seniors » y sont sans aucun doute plus nombreux et à l’aise, les seuls d’ailleurs à pratiquer le naturisme, pourtant autorisé, sur les plages gays. Le sexe « à l’air libre » est certes possible, sur les rochers de la plage d’Elia, ou fort tard au cœur de la nuit sur les rochers du quartier de kastro, mais au prix d’un goût prononcé pour l’exhibitionnisme…. Comme Sitges (mais Barcelone n'est pas loin), Mykonos n'est pas le paradis des clubbers, on n'y trouve pas de véritables discothèques gays. A part le Sunset bar de l’hôtel Elysium avec sa vue splendide sur la baie et son spectacle de travestis - point de départ le plus branché de la soirée - et le JackieO avec sa terrasse sur le port, la plupart des bars - Lola, Sophia, ou Porta, mon préféré – sont plutôt « intimistes » et peu ouverts sur l’extérieur pour permettre de s’y rassembler. On y trouve même un charmant piano bar, le Montparnasse, où les gays s'entassent pour écouter de la musique américaine. Peut-être faut-il attribuer à cette organisation différente de la vie gay, le rendement nettement plus efficace qu'à Sitges, selon mon expérience, de l’utilisation des « applications » de rencontre, surtout Grindr.

Ibiza pour les clubbers, Sitges pour le sexe facile et Mykonos pour le flirt romantique? L'occasion vous est parfois donnée de ne pas avoir à choisir, ayant pu profiter des quelques jours de congé marital pour rejoindre Sitges début septembre. Lors du premier séjour que j’y fis en 1981, à la même période de l’année, ce village m’était apparu comme une enclave homosexuelle en terre catalane, alors que ces dernières années il m’avait semblé que notre « territoire » n’avait cessé de se rétrécir au fur et à mesure que la station balnéaire devenait le lieu à la mode des familles barcelonaises.

Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver cette atmosphère de village gay, réalisant que cette sensation que j’avais eu de colonisation hétérosexuelle était en partie la conséquence de notre choix systématique de la première quinzaine d’ août depuis des années. Certes, il y avait sans aucun doute moins de gays qu’à l’acmé de la période estivale, notamment beaucoup moins d’habitués du « Marais», mais les familles ayant repris le chemin de l’école, nous donnions l’impression d’occuper la rue, sentiment renforcé par la coïncidence d’une partie de notre court séjour avec la début de la semaine de « l’internationale Bears ». Je ne me souviens pas avoir eu l’occasion de croiser tant d’obèses hirsutes !

A notre retour sur Paris nous avons pu voir un petit film tendre, touchant, drôle et parfois amer, «Boys like us» - histoire d’un trentenaire qui, largué par son mec, va se ressourcer dans sa profonde Autriche natale, accompagné de ses deux meilleurs amis, dont l’un est une folle déjantée accroc à son psychanalyste et l’autre un drogué de la drague - et surtout le jubilatoire et oh combien touchant « Pride », qui narre la rencontre incroyable et pourtant authentique de militants gays avec les habitants d’un village de mineurs en grève contre Margaret Thatcher pour lesquels ils ont décidé de lever une collecte de solidarité lors de la gay pride à Londres en 1984. Courez-y si ce n’est déjà fait….

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 20:33
Requiem pour une gauche révée

François Hollande, sans l'élection duquel je n'aurais pu me marier le week-end dernier, m'a sans le savoir fait un beau cadeau avec la nomination de son nouveau gouvernement. J'avais assisté atterré, le week-end précédent, à la bouffonnerie théâtrale de Montebourg dans laquelle s'était fait piéger ce pauvre Benoit Hamon, qui lui au moins a l'excuse de la sincérité, sans imaginer un instant que cela allait enfin provoquer la clarification radicale dont je rêvais depuis des lustres, depuis sans doute que le concept de deuxième gauche avait émergé dans les années 80 autour de Michel Rocard et de la CFDT.

Une gauche enfin prête a affronter le réel , débarrassée de son idéologie dix-neuvièmiste...mais trop tard, beaucoup trop tard, car non seulement ce gouvernement n'a plus vraiment de majorité - ah si Hollande avait accepté la main tendue du béarnais il y a deux ans - mais le niveau de popularité de notre président est incompatible avec la mise en œuvre d'une politique qui va heurter de pleins fouets tant de corporatismes.

Ma discrète jouissance de découvrir un gouvernement débarrassé des écologistes, des fidèles d'Aubry, des "Robespierristes" et de leur bouffon (dont d'ailleurs les frondeurs ne veulent pas...), de voir arriver à l'économie un disciple de Michel Rocard, protégé de Jacques Attali, d'assister au remplacement d'Aurélie Filippetti par celle qu'elle avait fait écarter de la montée des marchés au dernier festival de Cannes de peur qu'elle ne lui fasse de "l'ombre", de savourer la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l'éducation et même le maintien de la ministre de la justice (on lui doit tant...), risque d'être bien éphémère, de quelques semaines a quelques mois avant que le sol ne se dérobe définitivement sous les pieds de François Hollande, le tout mis en musique par l'infâme miss Tweet que "Closer" devrait s'empresser d'engager. Serais-je le dernier des Hollandais?

Dans l'avion qui nous amenait à Sitges pour quelques jours, "voyage de noces" décidé du jour au lendemain, une façon de tester le devoir de fidélité que nous a rappelé le maire samedi dernier, j'ai découvert un article récent du Monde selon lequel la plupart des mariages gay célébrés depuis un an se sont moulés dans le conformisme bourgeois des mariages hétérosexuels -rares seraient les provocations - et les seules ombres au tableau viendraient parfois de l'hostilité familiale persistante ou des réticences de certains gays qui se refusent d'oublier les luttes des années 70. Le notre, seize ans presque jour pour jour après notre rencontre dans un endroit que la morale hétérosexuelle réprouve, n'a pas dérogé a cette tendance, avec un discours sobre du jeune adjoint à la maire socialiste du 12e arrondissement - il a juste mentionné le récent vote de la loi - qui s'est contenté de nous lire les articles essentiels de nos droits et devoirs en nous épargnant, heureusement, tout ce qui pouvait avoir trait aux enfants... Aucun problème du côté de la "famille", qu'il s'agisse de celle de Bertrand, notamment sa mère qui ne pût contenir son émotion lors d'une brève intervention, ou de la mienne (je n'ai plus que mes neveux) dont l'absence ne traduisait aucunement une désapprobation mais la réponse naturelle à un oncle qu'ils avaient si peu vu.

Nos amis étaient presque tous là - même celui qui, quoique gay, restait opposé à cette loi- parfois venus de loin, dont Jean, 85 ans, affaibli, se déplaçant difficilement, mais qui voulait à tous prix assister à un événement dont il n'avait jamais imaginé qu'il puisse se produire de son vivant. Il serait malhonnête de ma part de cacher que, moi qui affirmait ne voir dans cet évènement qu'une formalité administrative, je fus aussi gagné par l'émotion. Plus étonnant peut-être, l'accueil plutôt chaleureux teinté de curiosité, qu'a provoqué l'annonce de mon mariage (justifiant ainsi mon absence pour congé marital) dans le cadre de mon travail, jusqu'au point qu'on me propose de fêter l'événement dans mon département - comme c'est la coutume pour tout mariage hétéro-, proposition que j'ai cependant décliner...

Alors que nous faisions notre "running" sur la jetée qui borde la baie de Sitgès, nous avons eu la surprise de découvrir la célébration d'un mariage lesbien sur la plage, nous rappelant ainsi qu'au delà des déclarations électorales, la loi sur le mariage gay devrait résister à une arrivée, plus ou moins proche, de la droite au pouvoir...Enfin devrait, car on ne peut plus tout à fat exclure une descente aux enfers..

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 21:19
Déculturation gay

Les plus de cinq heures de la traversée en Ferry d'Athènes à Mykonos m'ont laissé le loisir de parcourir quelques articles des revues mises a disposition dans l'avion que nous avions pris deux jours plus tôt et qui concernaient des sujets maintes fois abordés dans ce blog.

Une étude universitaire, parue dans une revue sociologique américaine, confirme le lent déclin, quoique d'ampleur inégale selon les villes, des quartiers "gays". Ce phénomène, paradoxalement, semble la conséquence du rôle clé qu'ont joué ces "villages" dans la conquête de nos libertés. La diminution de la population gay, d'environ 10% sur ces dix dernières années, serait du a la conjonction de deux facteurs :

* l'augmentation du prix de l'immobilier -favorisée par la rénovation des immeubles et l'implantation de commerces suscitée par les gays - obligerait les moins favorisés d'entre nous et nombre d'établissements commerciaux a s'installer ailleurs. J'avais consacré un billet nostalgique à cette évolution dans le "marais" (http://limbo.over-blog.org/article-une-melancolie-gay-47494201.html).

* l'acceptation sociale croissante par la population hétérosexuelle, dans les grandes métropoles, de celle homosexuelle, entraînerait une augmentation de l'installation des familles dans ces zones et parallèlement une propension croissante des gays a investir des quartiers "familiaux".

L'auteur de cette étude souligne avec raison le risque que fait courir ce déclin à la culture gay : "Les quartiers gay ont été fondamentaux dans la lutte pour la liberté, et ils ont produit des contributions qui ont eu des répercussions mondiales, dans les domaines de la politique, aussi bien que dans ceux de la musique, de la poésie ou de la mode....L’acceptation croissante des couples de même sexe est extrêmement positive, mais il est important que nous continuions à trouver des moyens de préserver ces espaces culturellement importants".

Les stakhanovistes du droit a l'indifférence ne doivent cependant pas se réjouir trop vite, Il serait prématuré de conclure a la disparition, dans un avenir plus ou moins lointain, de ces enclaves communautaires, d'autant plus qu'elles sont loin d'être la seule façon dont s'organise la communauté gay dans les grandes villes (voir le billet consacré au récent livre de Frédéric martel, "global gay" (http://limbo.over-blog.org/article-global-gay-115565360.html) et que la où elles perdurent, elles se montrent encore fort vivantes. Il serait intéressant, l'étude en question ne semble pas avoir abordé ce point, de vérifier si cette évolution vers le déclin concerne aussi les paradis gays que sont Sitges, Ibiza, Mykonos, Provincetown, etc...? L'hôtel dans lequel nous sommes descendus à Mykonos a trouvé un moyen efficace de limiter la tendance des hétérosexuels a venir coloniser nos lieux mythiques en instaurant un processus de réservation dont les enfants sont exclus! Mais cette ligne Maginot pourrait bien elle aussi finir par céder si la normalisation "hétérosexuelle" de notre culture, après nous avoir imposer le mariage, incitait de plus en plus de gays à adopter des enfants ou de lesbiennes à en mettre au monde. ..

Si l'obligation qui nous a été faite de nous marier pour que nous puissions jouir pleinement des droits légitimes du couple participe de ce mouvement de "petite" déculturation ( pour la distinguer de la "grande" que Renaud Camus applique à un tout autre domaine...), cela n'est pas sans effet boomerang sur les "hinarces" (je traduis pour les béotiens de la culture gay :hétérosexuels), ce que mon prochain mariage vient de me donner l'occasion de le constater. Mon "ex", récemment marié, m'avait prévenu : "tu verras, ça change le regard des autres". Je dirais plutôt que ça l'attise. En effet, si les parents de Bertrand ont compris que nous voulions donner à cette cérémonie - que personnellement je n'envisage que comme une formalité administrative - un caractère strictement intime, ils ont tenu à ce que nous marquions tout de même l'événement par une petite réunion festive avec la très proche famille et les amis intimes. Bertrand se résolut donc à prévenir sa tante à laquelle il n'avait jamais parlé de son homosexualité. Si elle n'a pas paru surprise de cette dernière ("on s'en doutait un peu"), elle s'est étonnée de n'avoir pas été informée , au moins par sa sœur, d'une vie de couple durant depuis 16 ans. Après s'être enquise de ma profession ("il s'est bien débrouillé ton fils" a-t-elle dit à la mère de Bertrand....), elle a précisé qu'elle tenait à être présente. Pure curiosité selon Bertrand, "elle veut voir à quoi tu ressembles et où nous vivons (la réunion festive se déroulant dans notre appartement)". Quelques semaines plus tard, son fils, qui n'a pourtant pas reçu de "faire-part", a envoyé un SMS à mon futur "mari" pour le féliciter et s'inquiéter du moment où fêterions cela! "Entrée gratuite au zoo" ai je dit cyniquement à Bertrand ( nous sommes très proches de celui de Vincennes). Ma seule famille se limitant à mes neveux, je n'ai pas eu de problème de ce côté là.

Le maire du 12e, ou un de ses adjoints, va donc très prochainement nous lire le texte officiel qui fait de la fidélité une des exigences du mariage. Une universitaire, Claude Habib, selon un article que j'ai pu lire dans libération, vient de publier un livre (Le goût de la vie commune) qui ferait l'éloge du couple et de la fidélité, en faisant de l'ennui et du renoncement à la sexualité "la condition sine qua non de la vie à deux..." : "l'attraction initiale est érotique et sentimentale, mais cet attrait initial ne dure pas. Il faut renoncer à la sexualité dans sa véhémence première.....il faut savoir aménager une entente qui vaille qu'on y renonce....". Parlant de l'instabilité des relations homosexuelles, elle répond au journaliste qui lui oppose l'aspiration de certains d'entre eux au couple : " oui, mais ce sont eux qui ont inventé les backrooms. L'attachement est une capacité féminine ...".Sidérant. Inutile de préciser que je ne me résigne pas à l'ennui et à la chasteté. Je ne crois pas non plus que ce qui est central dans le couple "c'est la jouissance des différences" mais plutôt celle des "ressemblances" et l'acceptation des différences.

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:38
Triste Gay Pride

Xenia, film grec de Panos Koutras, road movie de deux jeunes immigrés albanais dans la Grèce d’aujourd’hui à la recherche de leur père biologique, aurait pu trouver sa place dans mon dernier billet, si j’avais eu le loisir de le voir à temps, à côté de Cupcakes puisqu’il y est aussi question d’ un concours de chansons. Le rapprochement de ces deux films s’arrête là, car si Ody, 16 ans, gay sur le mode extraverti et notablement efféminé, s’est mis dans la tête de faire participer son frère ainé à un télé-crochet grec façon « Nouvelle Star », leur odyssée va se révéler autrement périlleuse dans un Grèce traversée par la crise économique et soumise à la montée des extrêmes, devant affronter menaces d’expulsion, hostilité de la police et homophobie de groupuscules néo-nazis. Prenant parfois des aspects de conte enfantin à travers l’imaginaire du personnage d’Ody, remarquablement interprété par un comédien non professionnel, ce film émouvant, en dépit de quelques longueurs, nous montre, dans la lignée de Tony Duvert, la «folle» non comme une caricature de la femme mais comme une « re-création d'enfance dans l'habitus adulte » (http://limbo.over-blog.org/article-la-folle-et-l-enfance-41994706.html).

Cette succession de films traitant de l’homosexualité aurait dû renforcer ma motivation quant à la participation à ma nième Gay Pride. C’est pourtant sans enthousiasme que je m’y suis rendu, me sentant bien peu concerné, comme la plupart d’entre nous sans doute, par son thème dominant, la PMA, et constatant chaque année un peu plus sa dénaturation depuis qu’elle a été confisquée, du moins à Paris, par l’Inter-LGBT en 2001, qui a fait de ce « carnaval gay », à l’origine plaidoyer contre l’homophobie proclamant notre liberté et notre identité sexuelle, un défilé syndical et politique à dérive sectaire. Quelle tristesse d’apprendre qu’Anne Hidalgo a été conspuée au son de «PS dégage» : injuste, inepte, irresponsable même si le « timing » - je ne me prononcerai pas sur le fond- du retrait de l’ACBD de l’égalité la veille, par Benoît Hamon, l’aile gauche du PS pourtant, était stupéfiant de bêtise. Pour la première fois je ne l’ai pas faite dans sa totalité, seulement entre Bastille et République, sous une pluie battante – je ne me souviens pas avoir connue une gay pride aussi arrosée – avant de la quitter prématurément pour aller voir un thriller bien noir, « Black Coal ». L’assistance m’a semblé beaucoup plus majoritairement très jeune que d’habitude, mais le temps, si ce n’est les slogans, a peut-être découragé les plus âgés…Le «marais», lui, était en fête le soir…

Le nouveau fringuant, jeune et « beau » président , très gayfriendly ( pour ne pas dire plus) de Radio France, Mathieu Gallet, a semble- t-il décidé de rajeunir également l’audience..

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 22:00
Cupcakes pour transhumansexuels

Dans un billet récent ("Une homosexualité irréductible à la norme") j'avais souligné combien des films comme "L'inconnu du lac" ou "Tom à la ferme" constituaient une façon nouvelle de filmer l'homosexualité, loin de celle de la période "gay", celle de la lutte pour notre visibilité. Ceux que j'ai pu voir ces dernières semaines nous ramènent plus loin en arrière, à la période pré-gay, celle où n'était pas porté sur notre condition un regard optimiste et plein d’espoir.

Celui qui m’a le plus marqué, vu un peu par hasard sur la chaine d’orange OCS city le lendemain de sa diffusion aux US, est un très beau téléfilm sur le sida et ses ravages dans les années 80 à New York, « The normal Heart », semble-t-il inspiré de l’histoire de l’écrivain américain Larry Kramer qui fonda Act-up. Bouleversant et combien édifiant sur les divergences idéologiques qui secouèrent les milieux militants homosexuels au moment de l’émergence de l’épidémie. A ne pas manquer lorsqu’il passera sur des chaines moins confidentielles.

Deux autres films ont fait une sortie plus que discrète dans des salles d’art et essai. « Ligne d’eau » raconte la découverte de son homosexualité par un jeune champion de natation qui, vivant chez une mère ultra-possessive et prisonnier de sa relation avec sa petite amie dans une Pologne oppressive, va vivre une passion tragique à la suite de sa rencontre avec un garçon à la beauté fascinante. Un beau film sur le plan esthétique, mais la noirceur et la tristesse de cette histoire, peu originale tellement le sujet a déjà été traité, accentuées par la sobriété et le parti-pris excessif de lenteur de la mise en scène et la froideur de la photographie, finissent par distiller un certain ennui.

J’ai été plus intéressé par celui, autobiographique, tiré du roman éponyme de l’écrivain marocain Abdellah Taïa, «L’armée du salut», car il a le mérite de nous éclairer sur la place de la sexualité dans le milieu familial populaire marocain - ce dont il ne faut surtout pas parler - et de celle de l' homosexualité qui ne peut être vécue ouvertement dans un pays où l’organisation sociale et religieuse est un frein supplémentaire à l’expression de sa sensualité. Le point de départ est semblable - mère omnipotente et découverte de son homosexualité – mais le héros saura échapper à la « négociation » de son désir en l’utilisant, grâce à la rencontre avec un riche homme « mûr », amant éphémère manipulé, comme moyen d’atteindre son objectif : rejoindre l'Europe et obtenir sa bourse d’étude. Mais la terre promise n'étant pas le paradis espéré, seul et sans argent il trouvera à "L'armée du salut" un toit protecteur et un peu de chaleur humaine.

Après ces films quelque peu déprimants, le dernier chef d'œuvre de David Cronenberg, "Maps of the stars", pourtant d'un pessimisme absolu, m'a procuré un plaisir jubilatoire. Cette satire Hollywoodienne qui est en fait une métaphore de notre monde et de la nature humaine, nous décrit un l'univers peuplé de fous ou de personnages monstrueux, où personne n'est innocent et le mal radical.

Vous pourrez comprendre qu'après cette série noire, le besoin de se détendre a commencé à se faire sentir. Ne pouvant tout de même pas me résoudre à aller voir "Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu", bien que les sujets de ces derniers films pourraient amener à se poser la question, je me suis précipité sur le dernier Eytan Fox, ce réalisateur israélien qui m'avait particulièrement séduit et touché avec ces précédents films, dans un registre dramatique, comme "Tu marcheras sur l'eau" ou the "Bubble" et qui s'essaie à la comédie avec "Cupcakes". Imaginez un ancien mannequin; une attachée de presse d'une ministre de la culture tyrannique; une bloggeuse timide; une chanteuse lesbienne qui ne remplit pas les salles et un animateur d'école maternelle, volontiers travesti, dont le petit ami se refuse à vivre leur liaison ouvertement, réunis autour d' Anat, boulangère spécialiste de cupcakes, en proie à une déception affective. L'un deux va envoyer, comme une plaisanterie, l'enregistrement de la chanson, une mélodie douce et ringarde, qu'ils lui improvisent pour lui remonter le moral, au comité de sélection du candidat israélien pour une sorte "d'Eurovison de la chanson". Leur chanson se trouvant retenue, ils vont se lancer dans l'aventure en essayant d'oublier et de surmonter ce qui leur gâche la vie de tous les jours. Manifestement Eytan Fox a éprouvé lui aussi le besoin de "souffler", avec un film certes mineur, injustement éreinté (et incompris) par la critique, plein de paillettes, mais combien réjouissant et sans rien oublier de ses thèmes favoris: culpabilité, religion, homosexualité.

Le sujet de ce billet me donne l'occasion de dire un mot de la saison 2 de la série suédoise de science-fiction « Real Humans » qui vient de se terminer sur Arte. Elle décrit un monde proche de la suède d’aujourd’hui, où l’usage des robots est devenue routinière pour les tâches domestiques et industrielles, mais qui ont des caractéristiques si humaines (ne les nomme-t-on pas « hubots ») qu’ils peuvent déclencher des manifestations affectives, voire une désir sexuel, chez leur «maitres». La science-fiction n’est en fait ici qu’un artifice de scénario – on est loin de l’œuvre mythique d’Isaac Asimov, i Robot, et de ses célèbres lois de la robotique – pour traiter de façon métaphorique les problèmes sociétaux les plus actuels et notamment celui de l’homophobie. Comment ne pas faire le rapprochement avec la question gay quand sont abordés les problèmes de leur droit au mariage, de l’adoption, quand on les voit décimer par un « virus » et que la réaction de rejet qu’ils suscitent dans une partie de la population va donner naissance à une mouvement hostile et violent, les «Real Humans», que l’on pourrait croire directement issu des éléments les plus radicaux de la « manif pour tous » (un des arguments avancés contre l’adoption est la crainte que cela ne fasse des enfants qui en bénéficieraient des « transhumains sexuels »…).

La saison 3 nous dira peut être s'ils ont eux aussi bénéficiés de la nomination au poste de "Défenseur des droits" d'un représentant des "hubophobes". Mais après tout, comme vient de le suggérer la porte parole de l'association homosexuelle "L'autre cercle", Jacques Toubon est peut être sur le chemin de Damas (ce qui n'est pas sans risque actuellement...) :

«Je pars du principe que quand on devient Défenseur des droits, on ne vient pas avec ses convictions personnelles. Et il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Jacques Toubon a le sens du devoir et le respect des institutions. Il ne peut déroger à ce qu’avaient établi ses prédécesseurs, qu’il s’agisse de la Halde ou de Dominique Baudis. En acceptant cette mission, il est parfaitement conscient qu’il devra lutter contre toutes les discriminations, même celles avec lesquelles il n’est pas familier ou à l’aise. C’est une marque de confiance du président de la République à un homme de droite.» (Catherine Tripon, porte parole de l'Autre Cercle)

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