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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 21:51

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D’amis, au sens fort du terme, celui que donnent à ce mot les hétérosexuels, je n’en ai jamais eu depuis que j'ai une vie sexuelle. Auparavant ce que j’ai cru être de l'amitié n'était que le fait d’un désir amoureux qui ne se reconnaissait pas comme tel. Ceux que j’appelle aujourd’hui mes « amis » sont le plus souventd' anciens amants avec qui j'ai gardé des relations suivies, mais cette qualification est abusive car il s’agit de quelque chose d'indéfinissable, sorte de complicité affective qui a connu l'intimité de la chair, et qui n'a pas de "nom". Il m’est également arrivé de tisser des relations amicales avec les "nouveaux amants" de mes ex, ou leur propres « ex », tous nettement plus jeunes que moi, mais ces relations ne se sont pas nouées indépendamment de ma sexualité. J’ai bien un ami d’enfance, qui ne fût certes jamais mon amant, mais nous avons joué à touche-pipi à l’âge de 8 ans….Ce n’est sans doute pas le fait du hasard si n’ai jamais noué de relations affectives avec un hétérosexuel. Mon mode de vie, en dehors du milieu professionnel, est si imprégné de la "culture", au sens moderne de ce mot, homosexuelle, qu'une amitié qui ne le serait pas est difficilement envisageable, notre regard sur le monde serait trop différent, nous ne pourrions pas « sentir » ensemble.
Mais je n’ai jamais eu non plus d’amitiés féminines. Ceci a sans doute été favorisé par une certaine misogynie dans mon adolescence qui se traduisait par un profond ennui en présence d’une ambiance féminine, mais plus probablement ne suis-je pas capable d’aller vers l’autre sans la médiation des doigts…

A moins que l’amitié ne soit qu’ un concept « écran », masque ou révélateur d’une homosexualité? Les références cinématographiques ne manquent pas, notamment le remarquable premier film de Jacques Audiard, « Regarde les hommes tomber », ou sur un mode qui se veut humoristique dans le poussif « Asterix au service de sa majesté » (seul Depardieu nous sauve de l’ennui). Une occasion aussi de dire tout le bien que je pense du dernier film de François Ozon (« Dans ma maison ») dans lequel l’amitié de Rapha pour Claude révèle son homosexualité.

Michel Foucault, dans un texte dont je n’ai pas retrouvé duquel de ses ouvrages ou conférences il est extrait, ne disait il pas :
« Une de mes hypothèses est que l’homosexualité, le sexe entre hommes, est devenue un problème au xviiie siècle. Nous la voyons entrer en conflit avec la police, le système judiciaire, etc. Et la raison pour laquelle elle fait socialement problème, c’est que l’amitié a disparu. Tant que l’amitié était une chose importante et socialement acceptée, personne ne se rendait compte que les hommes faisaient l’amour ensemble. »

On pourra également lire sur le sujet :
http://culture-et-debats.over-blog.com/article-13477433.html

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 22:12

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Vendredi dernier, accoudé à un bar gay bordelais, le « Go-West », l’écoute et la vison du clip video de la chanson "Cherchez le garçon» (http://www.youtube.com/watch?v=FfOOlppnZG4&feature=player_detailpage),   m’a brusquement ramené au début des années 80, dans cette même ville, à une époque où deux ou trois années à peine après mes premiers pas d’homosexuel « pratiquant », j’entrais en «militance» par, presque simultanément, l’adhésion à l’association des médecins gays, la participation régulière en tant qu’animateur à l’émission de radio «Framboise et citron », et surtout la fondation, avec quelques autres, de la première association gay bordelaise «les nouveaux Achriens».

Cette démarche militante répondait plus à un désir d’augmenter la visibilité gay et de permettre au plus grand nombre d’y accéder, qu’à une action revendicative quant à nos droits si ce n’est celui de nous laisser baiser en paix. Notre objectif était de lutter contre l’homophobie, ou plutôt d’aider à l’affronter, en traquant celle qui était tapis au plus profond de nous même et qui conduisait tant d’entre nous à rester dans l’ombre. J’ai été dès le début persuadé de notre différence absolue, irréductible à la seule dimension sexuelle- l’homosexualité et l’hétérosexualité, deux façons d’être au monde – rendant primordiale l’extirpation de l’homophobie « intérieure », puisque celle de l’homophobie de "l’autre" était illusoire et qu’on ne pouvait espérer, au mieux, qu’elle prenne le masque de la tolérance.

On comprendra peut être ainsi pourquoi je me suis trouvé en phase avec certains textes des auteurs «d’Homographies » dont j’ai reproduit quelques extraits dans un billet précédent et pourquoi j’ai pratiquement abandonné toute action militante depuis des années (je continue à participer à l’AMG mais plus comme « un service rendu » que comme militant). Celle-ci, après s’être laissée envahir par l’obsession « épidémique » - la période Act-Up- s’est focalisée sur la revendication du mariage et de l’adoption - la période LGBT- marginalisant la lutte contre l’homophobie en tendant à nous faire croire que celle-ci se dissoudrait dans l’égalité des droits. On s’apercevra vite que relativement peu de gays vont se marier, non parce qu’ils ne le souhaitent pas, comme on l’entend dire ici où là, notamment par les homophobes déguisés en tolérants, mais parce qu’ils ne l’oseront pas !
En quelque sorte, en référence à l’attribution du prix Nobel de Physique, analogie quelque peu contestable je l'avoue, je dirai que l’action militante a « décohérée ». Des deux réalités superposées que sont la lutte contre l’homophobie et la revendication de nos droits, l’interaction avec  notre environnement hétérosexuel ne nous permet plus d’observer que la seconde.

Serge Haroche élève de  Claude Cohen-Tannoudji, lui même pris Nobel il y a une quinzaine d'année et dont le livre, "la Matière- Espace-Temps" m'avait passionné, a en effet obtenu hier la consécration suprême pour ses travaux qui ont permis une confirmation expérimentale de la théorie de la décohérence, théorie qui donne une solution à l'interprétation, dans le cadre de la mécanique quantique, du paradoxe du chat de Schrödinger, paradoxe qui avait été le sujet du premier billet de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-41792587.html)!  Selon la théorie quantique, la réalité est "enchevêtrée", tous les possibles existant simultanément comme superposés, or nous n'en percevons qu'un seul, notre réalité.  La décohérence permet d’expliquer comment l’interaction avec l’environnement nous empêche d’observer que le chat de Schrödinger est « à la fois dans un état mort et vivant ». "Nous ne pouvons pas observer d’objets macroscopiques dans un état superposé car nous sommes condamnés à ne pouvoir effectuer que des observations locales, c’est-à-dire portant sur une portion de l’espace seulement". L'interprétation n'est cependant pas totalement satisfaisante car elle n’explique pas pourquoi les superpositions du chat mort et vivant disparaissent mais seulement pourquoi elles ne peuvent pas être observées.

Alain Resnais a illustré, à sa manière, la théorie des mondes multiples dans "Smoking, no smoking". Son dernier film, "Vous n'avez encore rien vu", déclaration d'amour aux auteurs, au théâtre, au cinéma et au texte d'Anouilh, mise en abyme d'une réalité démultipliée, est un immense plaisir intellectuel.

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 15:40

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Dans le dernier numéro du Nouvel Observateur, un article intitulé « La galaxie du refus », fait le point sur les différents « lobbies » qui tentent de s’opposer à la future loi sur le mariage gay et l’adoption. Il y a bien sûr, il ne pouvait en être autrement, les différentes religions monothéistes, avec à leur tête l’Eglise catholique. La seule surprise de ce côté-là viendrait plutôt de la relative modération de ses instances dirigeantes, du moins à ce jour, bien loin du déchainement auquel on a assisté il y a quelques années en Espagne, si l’on excepte quelques dérapages individuels comme ceux de Mgr Barbarin (dont les arguments ont presque été repris mots pour mots par l’Imam de Bordeaux!) dont on pourrait se consoler en se disant qu’il n’est pas allé aussi loin dans l’infamie que certains politiques puisqu’il n’a pas évoqué le risque pédophile ou la zoophilie…Politiques de tous bords puisque certains élus de gauche, souvent communistes, ont fait savoir qu’ils n’appliqueraient pas la loi si elle était voté. Le troisième pilier du refus est constitué par les psychanalystes, je me suis suffisamment attardé sur leur néfaste influence dans de précédents billets pour que je n’y revienne pas. Enfin il y a les intellectuels, souvent de droite (on connait les positions machistes d’Eric Zemmour), quelques fois de gauche avec la philosophe Sylvie Agacinski, femme de Lionel Jospin, au nom de la différence des sexes et parfois homosexuels comme Benoit Duteurtre (qui vient de publier « A nous deux Paris » , l’histoire d’une sorte de Rastignac gay dans le Paris des années 80) dont je reproduis les propos en fin de billet. A les lire - si on ne savait qu’il avait publié en 1996 « Gaieté Parisienne», une satire du milieu gay- on comprend (un peu) mieux, car on pourrait y déceler certains similitudes, le contre sens qui a été fait dans certains commentaires sur un autre blog à propos de la position d’intellectuels espagnols que je rapportais dans un précédent billet, position dont il était affirmé qu’elle rejoignait celle de l’Eglise ! Duteurtre raille la revendication du mariage gay comme une régression « petite-bougeoise» (au sens qu’avait ce mot dans les contrats de location où il était précisé que les lieux devaient être occupés de façon bourgeoise), alors que les auteurs d’ «homographies» s’insurgent contre la manière « petite-bourgeoise», trop « sage », dont cette revendication est menée, la nuance est de taille! 

Dans le même numéro du Nouvel Observateur, un autre article est consacré à un autre front du refus, celui de «L’islamisation» de l’Europe et particulièrement de la France, dans lequel sont mis dans le même sac des écrivains (qualifiés de « seconde zone » !) comme Renaud Camus, Richard Milllet, Denis Tillinac, Edourd Nabe, Jean Raspail ; des politiques comme Gilbert Collard ou Gérard Longuet ; des journalistes comme Patrick Buisson, Robert Menard ou Eric Zemmour, et des philosophes comme Alain de Benoist, Elisabeth Levy ou Alain Finkielkraut…L’amalgame est parfois surprenant, voire sidérant, quand on voit associer les noms d’Alain de Benoist, philosophe qui a défendu une conception fondée sur l'« ethno-différencialisme » et une critique du judéo-christianisme et d’Alain Finkielkraut. Plutôt qu’amalgamer, tourner en dérision, s’indigner, et stigmatiser (la nébuleuse est qualifiée de « néofasciste» alors que seule une minorité de ces auteurs s’est laissée aller à une dérive identitaire sur le mode obsessionnel ou paranoïaque), on aurait préféré une réflexion sur les racines du « mal », sur la façon dont est ressentie une certaine immigration vécue comme non contrôlée, comme si l’on faisait tout pour justifier l’affirmation d’un racisme « anti blanc », expression que Jean-François Coppé vient d’emprunter à Marine Le Pen. Certaines des réactions aux caricatures publiées par Charlie Hebdo (plutôt drôles contrairement à l’affligeant film américain qui a tout déclenché) sont symptomatiques de ce voile idéologique que l’on veut poser sur le réel. Si elles avaient concerné le Christ à la suite de manifestations violentes d’intégristes chrétiens qui ont pu se produire, personne n’y aurait trouvé à redire, bien au contraire. Il en est de même des critiques dont est l’objet l’action remarquable de Manuel Walls, ou du surprenant manifeste de députés PS en faveur du vote des étrangers (mesure à laquelle je suis favorable) dont on peut s’interroger sur l’opportunité.

On pourrait aussi évoquer la horde hostile au traité européen, qui ne cesse de croitre, les écologistes ayant décidé de rejoindre, certes pour des raisons opposées, les populistes dans leur refus du traité. Tout est fait pour amener la famille Le Pen aux portes du pouvoir. Comment voulez vous que les gens n’y perdent pas leur repères ? Le père de mon ami, sympathisant jusqu’ici du front de gauche, vient de décider de soutenir Marine…..

« L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle…(il est) amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Eglise, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque…La modernité, c’est évidemment le Pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Ils ne représentent qu’une minorité. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang. »
(Propos de Benoit Duteurtre/Le Nouvel Observateur)

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 09:45

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On se plait à rêver d'une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, Christine Angot,  Florian Zeller et quelques autres, dont les livres vont aller détrôner, pour un temps, les romans de Guillaume Muso ou de Marc Levy en tête des ventes. De nos jours, Stéphane Hessel a montré la voie, pour s'assurer de "gros tirages", il faut faire court (de la dimension de la "nouvelle"), facile à lire, dans le métro ou sur la plage,  et surtout avoir la faveur des médias qui vont s'empresser de faire la promotion inlassable des mêmes. Tant pis pour les quelques textes qui en vaudraient la peine, il faudra s'efforcer de les découvrir seul, par le bouche à oreille, ou si l'on a de la chance  grâce à un critique à l'abri du "système".

Je ne prenais pas beaucoup de risque en choisissant comme premier livre de la rentrée "Rien ne se passe comme prévu", de Laurent Binet, journal de bord de la campagne de François Hollande, mais qui peut se également se lire comme un roman, celui de l'histoire d'un écrivain de 40 ans  (Goncourt du premier roman pour Hhh) qui s'apprêtait  à voter Mélenchon et qui - comme Yasmina Reza en son temps le fût pour Sarkozy - chargé de suivre et de raconter, plus ou moins à l'initiative de Valérie "Twitter", la campagne du futur président, finira par voter pour lui. Ce récit subjectif, souvent drôle, qui fourmille d'anecdotes, se lit avec plaisir, même s'il ne transcende pas le genre.

Tout se passe comme prévu au contraire en cette rentrée politique,  si l'on en croit ces quelques mots de François Hollande au soir du 6 mai, tirés du livre : "Est-ce que ça va durer ? Est-ce qu'ils seront toujours là dans trois mois ? Et qu'est-ce qu'ils penseront de moi, alors ?". "On sait que c'est très fragile." En effet comme prévu il a commencé par tenir la plupart de ses promesses, parfois imprudentes il est vrai mais c'est la règle du jeu; comme prévu dès la fin des vacances  il a confirmé le tour de vis fiscal et budgétaire annoncé, trop à bas bruit peut être; comme prévu tout le monde lui est "tombé dessus", y compris dans la presse de son propre camp, parce qu'il n'a pas réussi en quatre mois à nous sortir d'un trou que l'on creuse depuis 30 ans; comme prévu les écologistes et l'aile gauche de son parti se sentent si mal au pouvoir qu'ils rêvent presque à voix haute d'un retour dans l'opposition. Je ne partage pas tout à fait l'opinion du philosophe de gauche Marcel Gauchet qui expliquait ainsi le retournement médiatique contre Hollande :  "Sarkozy avait la direction mais pas la méthode, Hollande sait faire mais n'a pas de cap". Je crois qu'il a bien un cap, une social-démocratie moderne, mais qu'il lui est interdit de le dire par la doxa écolo-gauchiste, un cap en forme de handicap...Le film « Superstar », de Xavier Giannoli, est une fort pertinente fable philosophique sur ces retournements médiatiques.

La rentrée c'est aussi pour moi la participation à un  séminaire organisé chaque année en septembre par mon entreprise pour certains de ses collaborateurs. Près d'Ajaccio cette année. J'ai constaté avec étonnement, lors de la fréquentation des réseaux sociaux décrits dans les précédents billets, le nombre de "contacts" qui se disaient à la recherche d'un plan "discret". J'ai fini par m'enquérir auprès d'un d'entre eux, auquel je confiais que je n'avais pas l'habitude de convoquer la presse lors de mes rencontres, ce qu'il entendait par là. "Tu sais la Corse est un petit pays, tout se sait, je ne souhaite pas que tu dises que tu m'as rencontré..". Ne connaissant personne dans cette île, Je ne voyais pas très bien à qui j'aurais pu faire de telles confidences, mais je n'ai pas insisté...Il semble que la Corse en soit encore à la période "pré-gay" (voir le billet précédent).

C'est manifestement aussi à cette période pré-gay qu'en est resté le personnage interprété par Claude Rich dans "Cherchez Hortense". Au cours d'un dialogue savoureux dans un restaurant japonais  son fils, interprété par Bacri, découvrant l'attention que porte son père, conseiller d'état,  à un jeune serveur l'interpelle (je transcris de mémoire)  : " Serais tu gay?"; puis  devant la négation effarée de ce dernier : "Je vais reformuler ma question de façon plus précise, as tu couché avec  des hommes?" - "Oui" réponds le père - "donc tu es homosexuel?"- "parce que le fait de coucher avec des hommes ferait de moi un homosexuel?" S'ensuit une diatribe contre le communautarisme  : "je couche avec qui j'ai envie""...Père que pourtant, une scène nous le révèlera plus tard, un autre haut fonctionnaire ("Hortense" justement) a l'habitude d'appeler "vieille cocotte"...Ce film qui traite, entre autres, du problème de la régularisation des sans-papiers hors des chemins habituels du politiquement correct, est jubilatoire . Bacri est irrésistible et touchant,  mais l'ensemble de la distribution est au sommet.

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 08:51

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Mickael Pollak ("L'homosexualité masculine, ou : le bonheur dans le ghetto") et Didier Eribon ("Réflexions sur la question gay"), deux élèves ou disciples de Bourdieu, faisaient jusqu'ici référence pour leurs travaux sur la question homosexuelle et son développement historique. Le premier, sociologue, a notamment étudié les effets "sociologiques" du mouvement de libération des années de "sortie de l'ombre" (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1982_num_35_1_1521), tandis que le second, philosophe, s'attachait à restituer les étapes de la constitution de l'identité gay à la fin du 20è siècle.

Un nouvel éclairage, particulièrement convaincant, sur le développement, tant sur le plan politique que social, de l'homosexualité ces cinquante dernières années, nous vient de plusieurs publications récentes d'intellectuels espagnols.

Oscar Guasch, professeur de sociologie à l'université de Barcelone , dans un article paru dans une revue quebecquoise ("Histoire politique de l'hétérosexualisation des homosexuels en Espagne" : http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-18-numero-2/histoire-politique-de-l%E2%80%99heterosexualisation-des-homosexuels-en-espagne/) distingue trois périodes :
* la période "pré-gay", celle de l'ombre et de la répression, où la "socialisation " des homosexuels s'effectuait dans les espaces publics, pissotières, parcs, plages ou dans des bars "fermés". On peut considérer qu'elle se termine en France au début des années 80 avec l'élection de François Mitterrand;
* la période gay, celle du "coming-out", de la libération sexuelle et aussi du Sida dont la caractéristique principale, selon l'auteur, résiderait dans l’importation du modèle anglo-saxon d’organisation sociale de l’homosexualité. La socialisation des homosexuels s'effectue alors dans les bars ouverts, les discothèques, les saunas, ils s'approprient des quartiers pour en faire des "villages gays" (Castro, le Marais, etc) et masculinisent leur image. On peut considérer que cette période se termine en France avec l'adoption du PACS.
* le période post-gay, celle du "mariage" : 'La période post-gaie présente les caractéristiques suivantes: une grande visibilité des gais et des lesbiennes dans les médias (surtout à la télévision), une progressive hétéro sexualisation de l’homosexualité et une invisibilité sociale presque absolue du sexe gay.... On peut donc qualifier cette étape de post-gaie, car elle repose sur une renonciation à construire l’identité gaie sur les fondements de la libération sexuelle." La socialisation de l'homosexualité se fait maintenant principalement sur internet et pour gagner le "droit à l'indifférence" les gays, devenus respectables, adoptent les comportements du modèle social hégémonique.

Deux autres intellectuels espagnols, Ricardo Llamas et Francisco J.Vidarte, se sont livrés dans un livre provocateur et décapant, "Homographies", à des réflexions sur cette période "post gay". Il ne m'est pas possible de rendre compte ici de façon exhaustive de cet ouvrage (j'en donne quelques extraits en fin de billet) constitué de plusieurs articles qui peuvent se lire de façon indépendante et qui traitent des pissotières, du placard, du coming-out, des salles de sport (vues comme des substituts modernes aux pissotières et aux discothèques), les théories sur l'homosexualité (notamment les débats entre "essentialistes" et constructivistes", que les auteurs, qui ne cachent pas leur "essentialisme", considèrent comme inutiles quant à l'avancée de nos droits), les apports de John Boswell, les territoires gays, etc...Cette vision "radicale" pose la question de "l'identité" homosexuelle aujourd'hui et s'alarme que la revendication de nos droits, que les auteurs jugent timorée, se fasse au prix de concessions sur notre visibilité et notre identité, au prix de notre "hétérosexualisation". Le "droit à l'indifférence" au prix de notre "camouflage".
Inutile de dire que je partage bien des points de vue des auteurs...

Je n'ai pas la place ici de parler des "sissy boys" ou des périodes "Kit Kat" comme la nôtre (celles de l'insouciance, où nous baissons notre "garde") je vous renvoie au livre.

Ne pas terminer ce billet sans vous signaler le très touchant film gay "Keep the lights on" qui ne passe que dans une salle à Paris. Toujours l'impossibilité du couple...



"Bien sur, nous avons tous des amis hétérosexuels formidables. Seulement, la portée libératrice d'une discussion amicale sur un coin de table avec n'importe lequel d'entre eux frôle à mon avis le degré zéro. L'hétérosexualité indique en premier lieu un régime de pouvoir. Il y a beau temps qu'elle a cessé d'avoir le moindre lien avec la sexualité. Le fait d'être hétérosexuel ne traduit rien, n'apporte aucune information sur personne.....les hétérosexuels constituent l'espèce dominante. Elle gouverne, toujours, y compris en démocratie. La démocratie est hétérosexuelle...Et il y a plus bizarre: les sentiments éprouvés par les hétéros à notre égard ressemblent fort à ceux qu'ils éprouvent pour leurs animaux de compagnie....Ils ne me comprennent pas à cent pour cent, sont intrigués, déconcertés par ma façon de les regarder et par ce qui me pousse à faire ce que je fais...Peu importe le combat que je mène pour ma dignité, dans la mesure où je soupçonne ( mais peut-être suis je dans l'erreur ), que le discours idéologique par lequel ils expriment leurs sentiments et leur lois concernant les pédés et les lesbiennes, procède, s'apparente fortement ou est tenu parallèlement au discours idéologique destiné à réguler les affects et la légalité du comportement de l'espèce hétérosexuelle envers les animaux..Il existerait donc, au sein de l'élite progressiste de chaque société technocapitaliste avancée et civilisée pariant sur la biodiversité , un comportement écologico-ethologico-conservateur sui generis, motivé par la compassion et la sensibilité ...Vous me jugeriez excessif si j'avançais l'hypothèse que le respect plus ou moins témoigné aux homos par l'espèce gouvernante (en tout cas dans son discours idéologique), s'enracine, émane, ou trouve sa source principale dans l'écologie, le respect, la compassion et la tornade de sentiments charitables qu'elle ressent depuis un petit moment pour l'espèce animale et qu'elle étend à toutes les espèces différentes de la sienne."

"Sauvez Willy"
"Pour la communauté gay et lesbienne, on a élaboré des stratégies publicitaires semblables...y compris quand on est homosexuel blanc, riche, habitant un pays développé...Première conséquence : la tendance, généralisée dans les médias et chez une grande partie des responsables des collectifs homosexuels, plus largement dans la communauté gay et lesbienne, à vouloir absolument présenter au public ce que notre faune offre de plus digne. Ce qui représente l'inconvénient que les animaux et les fleurs désignés comme représentatifs des homosexuels ne sont pas précisément les individus aux coloris les plus vifs, au plumage le plus brillant et le plus chamarré...Mêmes les gens les plus favorables à l'égalité de nos droits avec ceux du commun des mortels ne manquent pas d'observer, inspirés par la meilleure des intentions, que certaines choses nous desservent : nous travestir nous dessert, notre comportement sexuel nous dessert, les Prides/Marches des fiertés nous desservent...En fait, à part notre homosexualité, l'intégralité de notre activité quotidienne nous dessert...Curieux paradoxe. Allez savoir si l'intention n'est pas l'épuration de notre espèce, une sélection de nos caractères acquis destinée à ne retenir que ceux jouant en notre faveur auprès du public dont on sollicite la bienveillance. Le prix à payer serait le renoncement à nos caractères les moins adaptés, les plus rebelles à l'environnement, les moins compatibles avec notre survie, parce qu'ils font tâche....Adapte-toi a notre homophobie, oublie ces caractères acquis et/ou hérités si dérangeants et on t accordera les droits qui sont les tiens. Et pourtant , ces idées la reçoivent un certain écho dans nos esprits....Des homosexuels se disent horrifiés à la seule pensée d'avoir à supporter les homosexuels maniérés, voyants, tapageurs, obsédés, qui s'embrassent en public et, de leur point de vue, sont un boulet dont le comportement fait beaucoup de mal à leur intégration, à leur adaptation dans une société tolérante ...Au passage nous serons nombreux et nombreuses à rester sur le carreau."

Et leur conclusion :
"Et peut être le plus grave de ce positionnement tient-il dans la séduction de sa promesse d'un monde parfait et heureux. Nous sommes tous d'accord dans un monde parfait, personne n'aurait besoin de s'unir contre ceux qui veulent le piétiner. Le problème est que ce temps n'est pas venu, il ne viendra jamais, et seul un esprit criminel peut promouvoir la croyance que ce monde paefait est celui où nous vivons aujourd'hui, sans catégories, sans agressions, sans discriminations, sans homosexuels, sans hétérosexuels, sans blancs ni noirs, dressées les uns contre les autres. Derrière cette position se dissimule une belle supercherie : les choses ne devraient pas être ainsi, alors elles ne le sont pas. L'ennui, c'est que si, elles le sont bel et bien, et que notre temps serait sûrement mieux employé qu'à jouer les apôtres du monde bien heureux à venir. Comme disait la citation qui ouvre cet article : "je me demande comment il peut y avoir des homosexuels, la vie est tellement belle quand on est hétérosexuel"; je me demande pourquoi il existe une identité homosexuelle, la vie serait tellement belle sans identité du tout."
(HOMOGRAPHIES, éditions "dans l'engrenage", 2012)

 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 22:03

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Nous avons finalement renoncé à aller visiter l’abbaye de Montmajour, notre temps ayant été largement occupé par la découverte de la très agréable ville d’Uzès et la recherche, le long des gorges du Gardon et sous un soleil de plomb, de la « plage » naturiste gay qui s’est révélée fort peu fréquentée mais idéale pour actualiser les photos destinées aux sites de rencontres.

A mon retour sur Paris, un échange épistolaire avec mon ex à propos du dernier film de Xavier Dolan (« Laurence Anyways »), que j’avais vu quelques jours avant mon départ, me donne l’occasion de dire tout le bien que je pense de cette fresque de 2h40 que nous n’avons pas interprétée de la même façon. A sa relative déception, pointant la longueur excessive du film et l’interprétation insatisfaisante du héros transsexuel par Melvin PouPaud éclipsée, selon lui, par celle de sa partenaire Suzanne Clément, j’opposais mon enthousiasme - admettant certes quelques imperfections, comment s’en étonner de la part d’un 'auteur de 23ans (dont les deux premiers films, "J’ai tué ma mère" et "les amours imaginaires", m'avaient déjà touché)- pour une œuvre bouleversante et brillantissime qui me semblait être plus un film sur le couple, ou plutôt sur son impossibilité, que sur le "genre". Il me répondit : « En fait je crois savoir ce qui me gêne dans le film de XD, il entrecroise deux modalités de récit cinématographique, l'un réaliste (sur le genre et la transsexualité), l'autre allégorique (sur le couple et l'altérité). Le fait qu'il ne veuille pas choisir l'un ou l'autre modèle crée un effet de distorsion gênant selon moi. C'est ce que tu m'as écrit qui m'a permis de le comprendre». Je pense au contraire qu’il n'y a en fait qu'une modalité de récit, celle réaliste sur le couple et son échec inéluctable dans la durée ( ce qui justifie la longueur du film qui couvre la fin des années 80 et la décennie 90), inéluctable du fait de "l'altérité" (dont la transsexualité n’est que la transposition "allégorique"), de la « marginalité » de tout couple né dans la passion . D'où un autre point de désaccord quant à l'interprétation "décalée", toute en retenue, très loin des clichés de Melvil Poupaud que j’ai trouvée excellente (sa partenaire est, il est vrai, stupéfiante), l'imaginaire "queer" étant campé par les 4 extraordinaires personnages felliniens. Ceci semble confirmé par l’auteur lui-même : « Je ne traite pas le thème de la transsexualité, mais celui de l’amour mis à l’épreuve des décisions plus importantes, existentielles. D’où les questions du film : vivre ou aimer ? Vivre sans aimer ou aimer sans vivre ? ».

Ce film est moins un plaidoyer pour la différence que la démonstration de « l’irréductibilité » de cette dernière qui s’exprime aussi dans l’écriture du film par un réalisateur (« je ne me sens ni de mon temps, ni de mon corps, ni de mon âge), qu’on ne peut imaginer autre « qu’homosexuel», qui a tout conçu, musiques, décors, habits…


Cette citation de Michel Montaigne trouvée dans un essai récemment paru, dont j’espère avoir le temps de rendre compte dans un prochain billet, « Homographies », me parait une conclusion idéale :

« Passant à Vitry le Françoys, je pus voir un homme que l’Evêque de Soissons avait nommé Germain, en confirmation, lequel tous les habitants de là ont connu, et vu fille, jusques à l’âge de vingt-deux ans, nommé Marie. Il était à cette heure-là fort barbu, et vieil, et point marié. Faisant, dit-il, quelque effort en sautant, ses membres virils se produisirent : et est encore en usage entre les filles de là, une chanson, par laquelle elles s’entravertissent de ne point faire de grandes enjambées, de peur de devenir garçons, comme Marie Germain. Ce n’est pas tant de merveille que cette sorte d’accidents se rencontre fréquemment : Car si l’imagination peut en telles choses, elle est si continuellement et si vigoureusement attachée à ce sujet, que pour n’avoir si souvent à réchoir en même pensée et âpreté de désir, elle a meilleur compte d’incorporer, une fois pour toutes, cette virile partie aux filles. »
(Essais, I, XXI)

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 10:19

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Nous avons quitté Saint Cirq Lapopie sous l’orage pour nous diriger vers l’hostellerie des 7 Molles situé dans un hameau perdu en moyenne montagne, à la limite de la Haute Garonne et des Hautes Pyrénées, à quelques kilomètres de Saint Bertrand de Comminges. Nous découvrîmes, accompagnés par la maitresse de ces lieux qui avait quelque chose d’ Alice Sapritch, un hôtel totalement kitch, mais un kitch manifestement voulu au point que nous ne pouvions douter qu’une « tante » - le fils, le frère, le mari? ( nous repartirons sans le savoir) - avait sûrement pensé tout cela. Une fois installés nous partîmes visiter Saint Bertrand de Comminges, dont je vous épargnerai la description, ce blog n’ayant pas pour vocation de devenir un guide touristique, tout au plus mentionner mon émerveillement devant le buffet d’orgue de la cathédrale Sainte Marie et ma surprise de constater à nouveau la faible fréquentation du lieu.  L’isolement de l’hôtel (les réseaux de téléphonie mobile n’étaient même pas accessibles) ne nous laissa guère d’autres solutions que d’y diner, bien nous en a pris car nous y fîmes le meilleur repas depuis notre départ. Inutile de dire que la lecture constitue le principal loisir nocturne dans ces lieux (à Saint Cirq nous n’avions même pas la télévision…), ce qui me permit de terminer le meilleur « polar » que j’ai lu depuis plusieurs mois, un thriller très noir dans un contexte historique, « La tristesse du Samouraï », histoire d’un drame familial sur trois générations, de la fin de la guerre d’Espagne au putsch manqué de février 81.

Une très belle route passant par Foix dont nous pûmes au loin apercevoir le château, nous conduisit le lendemain à notre étape suivante , Villefranche - de -Conflent, dans les Pyrénées-Orientales. Nous avions choisi cette destination à la suite d’un numéro de l’émission « Des racines et des ailes » consacré à cette ancienne forteresse. Une relative déception, un petit peu plus de monde cependant, vite éclipsée par la visite de la splendide abbaye romane de Saint-Michel-de-Cuxa où nous eûmes la chance d’assister à une répétition d’une transposition pour orchestre de chambre d’une symphonie de Mahler, et par le cadre de notre hôtel à la décoration surprenante, quasi baroque dans sa partie principale, un château du 19è , et évoquant des maison troglodytes dans les bâtiments annexes où nous logions.

Nous n’étions plus qu’à 250 kilomètres de Sitges que nous atteignîmes le mercredi 8 en début d’après midi sous un chaud soleil pour un séjour d’une semaine. Si la culture religieuse n’intéresse plus grand monde, il n’en est pas de même pour le « culte des corps » : nous y avons retrouvé la grande affluence. Peu de changements par rapport à l’année dernière, tout au plus la poursuite de l’extension du domaine de Jabba le Hut (voir le billet du mois d’août de l’année dernière), le propriétaire du bar gay le Parrott, au point que le déclin des lieux « historiques » que sont le « Candil » et le « Mediterraneo » semble maintenant définitif. Si un changement notable tout de même : la folie « Grindr » qui commence à produire des effets pervers..A la terrasse des cafés, dans les restaurants, à la salle de sport, même dans les bars, dans les backrooms (!) ou dans les boîtes, on ne compte plus ceux qui consultent leur smartphone au point de ne même plus se parler ou se regarder! A se demander si cette quête frénétique sur l’écran de son téléphone d’un visage ou d’un regard qu’il aurait suffi de lever les yeux pour découvrir à quelques pas de soi, ne conduit pas à tant de frustration qu’elle entraine et explique ce retour, bien sympathique, d’une ruée massive la nuit vers la drague et le sexe sur la plage du centre ville….

Nous avons quitté Sitgès le 16 pour remonter sur Paris après une nouvelle étape à Uzès.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:50

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Si l’on fait abstraction de ce temps automnal que nous subissons depuis près de 4 mois, et de la gigantesque panne d’Orange dont je ne peut encore évaluer (en vue d’une indemnisation!) de combien de contacts « Grindr » elle m’a privé, les nouvelles sont plutôt stimulantes ces derniers jours et auraient pu faire l’objet de plusieurs billets : la France emprunte à taux négatif, comme l’Allemagne (alors qu’on nous prédisait une attaque des marchés financiers contre la France dès l’élection de François II) ; les islamistes n’auraient pas remporté les élections en Libye (BHL serait-il un sorcier ?) ; contrairement aux idées reçues l’intégration progresse dans notre pays ( Mohamed Merah a un joli accent toulousain) ; Dieu (on se sait encore lequel…) a laissé sa trace dans un accélérateur de particules (le fameux boson de Higgs -j’en ai souvent parlé, celui par qui le monde que nous percevons fût- aurait enfin été découvert - http://limbo.over-blog.org/article-traces-de-dieu-pres-de-geneve-80277349.html) ; le nouveau Pape vient d’autoriser le mariage des prêtres homosexuels (du moins dans le monde postislamique du roman de science-fiction que je suis en train de lire, « La forteresse »)…

Ce dernier roman, ainsi que le dernier billet de Tho sur un autre blog, m’ont évoqué un autre sujet possible : maintenant que le mariage homosexuel et l’adoption sont acquis, ou presque (lors de la dernière gaypride, lorsqu’elle est passée sous les « fenêtres » de Saint Nicolas de Chardonnay, quelques dizaines d’intégristes hurlaient, protégés par les grilles de l’église et un cordon de CRS, des slogans hostiles) , on compatit d’avance à l’angoisse de la LGBT, organisatrice de la marche, devant la nécessité de trouver de nouvelles revendications. On n’ose espérer que l’on en revienne aux fondamentaux, la dénonciation de l’homophobie, la lutte contre le Sida, les difficultés psychologiques des jeunes gays victimes de l’exclusion familiale, etc, et que l’on redonne aussi à la marche, et son nom et son caractère festif. Il est cependant plus probable qu’elle maintienne son côté syndical et dans ce cas on peut suggérer quelques revendications indispensables pour s’approcher un peu plus du droit à « l’indifférence » : la parité homo/hétéro en politique (soyons conciliant en comptant les « bi » parmi les homos) et le mariage à l’Eglise (restons politiquement correct en différant cette revendication pour les mosquées…).

Plus sérieusement, ce qui a avant tout marqué ma semaine (le boson de Higgs, tout de même…), c’est d’avoir assisté à la projection d’un film dont ne comprend pas comment il a pu être ignoré du palmarès du festival de Cannes, le dernier Léo Carax, « Holy motors ». Il est difficile de rendre compte de ce film tant il est déroutant, tant il nécessiterait pour être pleinement apprécié une culture cinématographique que je n’ai pas. Ceux des précédents films du réalisateur que j’avais vus, « Boys meet girl », « les amants du Pont-Neuf » et surtout « Mauvais sang », m’avaient enthousiasmé, celui-ci va au-delà. Formidable hymne d’amour au cinéma et à son histoire, ses propres films et ceux des grand du cinéma, critique de son évolution actuelle qui lui fait perdre sa magie (le virtuel, la disparition des caméras : « les hommes n’aiment plus les machines matérielles »)). Comme dans le film de Cronenberg (« Cosmopolis » qu’avec le temps, le recul, je jugerais plus favorablement que dans un billet précédent), une limousine blanche sillonne la ville. A chacune de ses étapes, onze je crois, le passager va se métamorphoser en un autre personnage pour jouer une histoire différente, une palette du génie de l’auteur. Deux grands moments d’émotion : l’hallucinante séquence en forme de comédie musicale dans les locaux abandonnés de la Samaritaine, hommage à Jean Seberg; les dernières scènes sur la très belle chanson « Revivre » de Gérard Manset.

 

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 22:12

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En conclusion d’un ancien billet, datant de début 2010 (http://limbo.over-blog.org/article-des-pissotieres-a-internet-un-itineraire-gay-43107661.html), j’écrivais ceci :
« L’irruption d’Internet et des sites de rencontres comme Citegay, Gayromeo, Gayrrier, Keumdial, Xtremboy ou d’autres, est entrain de modifier la topographie des rencontres d'une manière qu'il est encore difficile de cerner car l’intrication du virtuel et du réel, l’interférence éventuelle de la Webcam (un sujet à développer!), en font pour moi un instrument de drague plus complexe, qui n’a pas « l’immédiateté » et la transparence du lieu "physique". Cette évolution n’est pas terminée, de la même façon que l'informatique n’a pas tué l’écrit, Internet ne fera pas disparaître les lieux de drague. »

Je ne réalisais pas encore à quel point l’utilisation croissante des réseaux sociaux sur internet allait non seulement modifier la « topographie », mais aussi la « sociologie » des rencontres gays. Certes j’avais très vite constaté le désir soudain et massif de nombre de jeunes « béninois » et autres natifs d’Afrique noire pour les amours masculins en terre prospère, au seul prix, l’on suppose, de l’envoi d’un billet d’avion sans retour (lorsque le mariage gay aura été voté on pourra même les régulariser!), ou la métamorphose subite des « tapins », autrefois territorialement localisés à certains rues ou parcs de grandes villes, en « escorts » qui viennent spontanément vous proposer leur service sur la base aléatoire d’un moteur de recherche filtrant sur l’âge (et dont certains ont si peu l’âge et le physique du « job » qu’on serait presque tenté de leur proposer d’inverser les rôles…).

Ces deux catégories, qui auront au moins eu le mérite de m’apprendre à me servir de la fonction « bloquer » sur les sites de rencontre, s’inscrivent dans le cadre d’une logique de « marché », de « profit », indépendante de toute interrogation quant à la nature, quelle qu’elle soit, de l’orientation sexuelle de leurs acteurs. Il n’en est pas de même en ce qui concerne l’apparition, surprenante, de nouveaux protagonistes que je n’avais pas jusque là eu l’occasion de rencontrer.

En effet, jusqu’à ces dernières années je n’avais connu que des garçons qui se définissaient, du moins si on le leur demandait, comme homosexuels (qu'ils aient eu des relations féminines ou non, , voire fussent ils mariés) ou bisexuels. Dans cette deuxième catégorie, on discernait assez facilement ceux, assez rares, qui l’étaient vraiment, c'est-à-dire dont on ne pouvait affirmer une orientation sexuelle préférentielle, de ceux qui masquaient sous ce vocable une homosexualité non pleinement assumée. Les sites de rencontre gay sur internet, notamment ceux cités dans le billet précédent, n’avaient modifié en rien cette perception. Mais ont fait maintenant leur apparition ce que l'on appelle les « réseaux sociaux » qui ont proliféré d’abord sur l’iphone et maintenant sur l’ensemble des Smartphones. Ces sites (Grindr le plus célèbre, Bender, Manhunt, Aka-aki, nopic-nodial, blender, gayvox, etc…) offrent de nouvelles possibilités, la localisation GPS (idéale pour « outer » vos collègues de bureau !), mais aussi, du moins pour certains, une inscription non limitée à la population gay et lesbienne (avec le choix gay, bi ou hétéro, voire trans), et parfois (c’est le cas de « Grindr»), pour ceux qui n’existent qu’en version « mobile », une inscription liée à « l’ID » du smartphone et non à un pseudo (ce qui renforce les possibilités d’anonymat, tel ce jeune homme qui créait son profil Grindr à chacun de ses passages à Paris et l’effaçait de son Smartphone à son retour en province chez sa petite amie). Sur ces nouveaux sites, en dehors d’une augmentation notable de la proportion de « bisexuels » qui s’affirment tels, on a la surprise de voir apparaître des…hétérosexuels. Ils ne font pas qu’apparaître, ils vous proposent même des rencontres (je connaissais chez certains de mes amis le fantasme de se faire un « hétéro », mais pas celui inverse !). On pourrait bien sûr penser qu’il ne s’agit que d’une version aggravée des dits « bisexuels » mais ceux-ci ne m’avaient pas habitué à des « dialogues» du style de ceux dont vous trouverez ci-dessous un florilège : « J’aimerais te mater en train de te branler », « une photo, tu n’y penses pas, je suis marié ! », « très envie d’un plan "cho", mais te préviens je n’embrasse que ma meuf » ou, variante, « je peux passer depuis mon boulot à l’heure du repas mais je te préviens, je ne jouis pas, je réserve mon sperme à ma meuf ce soir », « ça te dit si je te suce, j’aimerais essayer, mais je fais que ça , pour l’instant.. ». Ces drôles de drilles, très souvent jeunes, généralement passifs, se montrent le plus souvent plutôt expérimentés.. .

Ce dimanche j'ai participé à ce qui a du être ma 20ème gaypride, un certain ennui, trop d'hinarces peut-être....



"Je ne tiens pas absolument à provoquer une deuxième "affaire Camus", ou troisième, je ne sais plus, mais les collaborateurs homosexuels de...., sur France Musique (à midi) exagèrent un peu, tout de même : non seulement ils mais en plus ils. L'un d'entre eux est allé jusqu'à dire, hier, à propos d'un danseur et d'une danseuse du Bolchoï qui ont quitté Moscou pour Saint-Pétersbourg et le mariage :
"voilà ce qui arrive quand on engage des danseurs hétérosexuels- quelle idée, aussi!"
Mais ce sont en permanence des gloussements de volière exotique et autres adjectifs à petit doigt levé. Le subliiime est la monnaie d'échange, qui sert à troquer de l 'Ambroise Thomas contre du postillon de Longjumeau ("Qu'il était beau, qu'il était beau, le postillon de Longjumeau!"). Homosexuel n'est d'ailleurs pas le mot qui convient, mais je suis bien décidé à rester dans le politiquement correct et à ne pas franchir la ligne jaune, comme aimait dire feu le commissaire Plenel."
(Renaud Camus- Septembre absolu, journal 2012- Fayard 2012)

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 20:59

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Dix heures de vol , une escale de 3 heures à Houston , puis à nouveau une heure avant d’atteindre la Nouvelle Orleans. Il faut avoir voyagé sur une compagnie américaine, United Airlines en l’occurrence, pour réaliser combien ceux qui se plaignent d’Air France sont des éternels insatisfaits.

Une certaine insouciance règne sur cette ville, à population majoritairement noire et pauvre, mais où sous l’influence du soleil,  de la musique omniprésente dans les rues du quartier « français »,  sorte de Pigalle subtropical, et du Mississipi, tout semble permis. Dès que le coucher du soleil approche tout s’anime, une faune des plus colorée envahit les rues et les bars, s’enivre et dance. On a peine à croire que l’on se trouve aux Etats-Unis. Il n’est pas conseillé de s’aventurer hors des zones touristiques, l’insécurité y est grande, une des plus élevées du pays, notamment dans les quartiers dévastés par Katrina où les maisons détruites sont squattées. Deux ou trois bars gays le long de Bourbon Street, la rue la plus animée, dont la clientèle contraste avec celle de la rue, car majoritairement blanche, souvent  des touristes américains. Dans le plus fréquenté, « OZ », on découvre une scène pour les spectacles qui y sont régulièrement donnés - le soir où j’y étais un concours de « go-go boys » volontaires choisis parmi les jeunes spectateurs - stigmate d’une homosexualité pas encore vraiment libérée. Sur internet, les sites les plus fréquentés, parmi ceux que je connais bien sûr, étaient Grindr (qui est devenu universel), Jack’d ou Manhunt alors que « Gayromeo » si populaire en Europe était désert. J’ai découvert un « Grindr » bien différent : une  proportion notable de connectés avec des caractéristiques pondérales que l’on attendrait plutôt sur des sites « bears » (mais l’obésité est omniprésente dans cette ville); refus fréquent de montrer des  « pics » de visage,  motivé par des exigences de « discrétion » d’hommes mariés; des touristes plus nombreux que les locaux qui, lorsqu’ils sont noirs, ont tendance à refuser à se déplacer dans les hôtels (crainte d’être refoulés?) mais vivant dans des quartiers excentrés où l’on ne risquerait pas de se rendre….J’ai pourtant presque quitté cette ville avec regret.

Nous étions en réunion quand, dimanche, 12h heure locale mais 19h à Paris, j’ai pu découvrir sur le site de la Tribune de Genève les premières estimations qui ne pouvaient que me réjouir. Hollande en tête certes, le plus important, mais aussi Bullenchon dans un trou d’air, et un score de Marine le Pen invalidant la stratégie aventureuse de Patrick Buisson que notre président, porté par "l‘énergie du désespoir" , a décidé de mener jusqu‘à son extrême limite. Une seule déception le score du Béarnais. Non une autre, celle de lire dans les colonnes du Monde les justifications que donnait Renaud Camus à son appel en faveur de Marine Le Pen, un désaccord sur presque tout, mais non sur l’essentiel pour lui «"La  résistance au multiculturalisme sans frontière et à la contre-colonisation" , vote qu‘il fonde sur un «pari» , celui d‘une rupture idéologique avec son père. Je peux comprendre qu’un vote soit fondé sur un pari, le mien en faveur de François Hollande est de en partie cette nature, plus « socioculturel » qu’une adhésion à un programme, mais il est des paris que l’on n’ a pas le droit de faire car s’ils étaient perdus ils nous renverraient aux heures les plus noires de notre histoire. La décision des éditions Fayard de mette fin à son contrat, l’empêchant ainsi probablement d’être publié, n’en reste pas moins inacceptable, scandaleuse.

Je pars demain pour Berlin, je ne verrai pas le « débat du siècle », mais je serai de retour pour le second tour et je l’espère un petit tour à la Bastille pour voir le peuple en « joie »… 

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