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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 10:19

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Nous avons quitté Saint Cirq Lapopie sous l’orage pour nous diriger vers l’hostellerie des 7 Molles situé dans un hameau perdu en moyenne montagne, à la limite de la Haute Garonne et des Hautes Pyrénées, à quelques kilomètres de Saint Bertrand de Comminges. Nous découvrîmes, accompagnés par la maitresse de ces lieux qui avait quelque chose d’ Alice Sapritch, un hôtel totalement kitch, mais un kitch manifestement voulu au point que nous ne pouvions douter qu’une « tante » - le fils, le frère, le mari? ( nous repartirons sans le savoir) - avait sûrement pensé tout cela. Une fois installés nous partîmes visiter Saint Bertrand de Comminges, dont je vous épargnerai la description, ce blog n’ayant pas pour vocation de devenir un guide touristique, tout au plus mentionner mon émerveillement devant le buffet d’orgue de la cathédrale Sainte Marie et ma surprise de constater à nouveau la faible fréquentation du lieu.  L’isolement de l’hôtel (les réseaux de téléphonie mobile n’étaient même pas accessibles) ne nous laissa guère d’autres solutions que d’y diner, bien nous en a pris car nous y fîmes le meilleur repas depuis notre départ. Inutile de dire que la lecture constitue le principal loisir nocturne dans ces lieux (à Saint Cirq nous n’avions même pas la télévision…), ce qui me permit de terminer le meilleur « polar » que j’ai lu depuis plusieurs mois, un thriller très noir dans un contexte historique, « La tristesse du Samouraï », histoire d’un drame familial sur trois générations, de la fin de la guerre d’Espagne au putsch manqué de février 81.

Une très belle route passant par Foix dont nous pûmes au loin apercevoir le château, nous conduisit le lendemain à notre étape suivante , Villefranche - de -Conflent, dans les Pyrénées-Orientales. Nous avions choisi cette destination à la suite d’un numéro de l’émission « Des racines et des ailes » consacré à cette ancienne forteresse. Une relative déception, un petit peu plus de monde cependant, vite éclipsée par la visite de la splendide abbaye romane de Saint-Michel-de-Cuxa où nous eûmes la chance d’assister à une répétition d’une transposition pour orchestre de chambre d’une symphonie de Mahler, et par le cadre de notre hôtel à la décoration surprenante, quasi baroque dans sa partie principale, un château du 19è , et évoquant des maison troglodytes dans les bâtiments annexes où nous logions.

Nous n’étions plus qu’à 250 kilomètres de Sitges que nous atteignîmes le mercredi 8 en début d’après midi sous un chaud soleil pour un séjour d’une semaine. Si la culture religieuse n’intéresse plus grand monde, il n’en est pas de même pour le « culte des corps » : nous y avons retrouvé la grande affluence. Peu de changements par rapport à l’année dernière, tout au plus la poursuite de l’extension du domaine de Jabba le Hut (voir le billet du mois d’août de l’année dernière), le propriétaire du bar gay le Parrott, au point que le déclin des lieux « historiques » que sont le « Candil » et le « Mediterraneo » semble maintenant définitif. Si un changement notable tout de même : la folie « Grindr » qui commence à produire des effets pervers..A la terrasse des cafés, dans les restaurants, à la salle de sport, même dans les bars, dans les backrooms (!) ou dans les boîtes, on ne compte plus ceux qui consultent leur smartphone au point de ne même plus se parler ou se regarder! A se demander si cette quête frénétique sur l’écran de son téléphone d’un visage ou d’un regard qu’il aurait suffi de lever les yeux pour découvrir à quelques pas de soi, ne conduit pas à tant de frustration qu’elle entraine et explique ce retour, bien sympathique, d’une ruée massive la nuit vers la drague et le sexe sur la plage du centre ville….

Nous avons quitté Sitgès le 16 pour remonter sur Paris après une nouvelle étape à Uzès.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:50

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Si l’on fait abstraction de ce temps automnal que nous subissons depuis près de 4 mois, et de la gigantesque panne d’Orange dont je ne peut encore évaluer (en vue d’une indemnisation!) de combien de contacts « Grindr » elle m’a privé, les nouvelles sont plutôt stimulantes ces derniers jours et auraient pu faire l’objet de plusieurs billets : la France emprunte à taux négatif, comme l’Allemagne (alors qu’on nous prédisait une attaque des marchés financiers contre la France dès l’élection de François II) ; les islamistes n’auraient pas remporté les élections en Libye (BHL serait-il un sorcier ?) ; contrairement aux idées reçues l’intégration progresse dans notre pays ( Mohamed Merah a un joli accent toulousain) ; Dieu (on se sait encore lequel…) a laissé sa trace dans un accélérateur de particules (le fameux boson de Higgs -j’en ai souvent parlé, celui par qui le monde que nous percevons fût- aurait enfin été découvert - http://limbo.over-blog.org/article-traces-de-dieu-pres-de-geneve-80277349.html) ; le nouveau Pape vient d’autoriser le mariage des prêtres homosexuels (du moins dans le monde postislamique du roman de science-fiction que je suis en train de lire, « La forteresse »)…

Ce dernier roman, ainsi que le dernier billet de Tho sur un autre blog, m’ont évoqué un autre sujet possible : maintenant que le mariage homosexuel et l’adoption sont acquis, ou presque (lors de la dernière gaypride, lorsqu’elle est passée sous les « fenêtres » de Saint Nicolas de Chardonnay, quelques dizaines d’intégristes hurlaient, protégés par les grilles de l’église et un cordon de CRS, des slogans hostiles) , on compatit d’avance à l’angoisse de la LGBT, organisatrice de la marche, devant la nécessité de trouver de nouvelles revendications. On n’ose espérer que l’on en revienne aux fondamentaux, la dénonciation de l’homophobie, la lutte contre le Sida, les difficultés psychologiques des jeunes gays victimes de l’exclusion familiale, etc, et que l’on redonne aussi à la marche, et son nom et son caractère festif. Il est cependant plus probable qu’elle maintienne son côté syndical et dans ce cas on peut suggérer quelques revendications indispensables pour s’approcher un peu plus du droit à « l’indifférence » : la parité homo/hétéro en politique (soyons conciliant en comptant les « bi » parmi les homos) et le mariage à l’Eglise (restons politiquement correct en différant cette revendication pour les mosquées…).

Plus sérieusement, ce qui a avant tout marqué ma semaine (le boson de Higgs, tout de même…), c’est d’avoir assisté à la projection d’un film dont ne comprend pas comment il a pu être ignoré du palmarès du festival de Cannes, le dernier Léo Carax, « Holy motors ». Il est difficile de rendre compte de ce film tant il est déroutant, tant il nécessiterait pour être pleinement apprécié une culture cinématographique que je n’ai pas. Ceux des précédents films du réalisateur que j’avais vus, « Boys meet girl », « les amants du Pont-Neuf » et surtout « Mauvais sang », m’avaient enthousiasmé, celui-ci va au-delà. Formidable hymne d’amour au cinéma et à son histoire, ses propres films et ceux des grand du cinéma, critique de son évolution actuelle qui lui fait perdre sa magie (le virtuel, la disparition des caméras : « les hommes n’aiment plus les machines matérielles »)). Comme dans le film de Cronenberg (« Cosmopolis » qu’avec le temps, le recul, je jugerais plus favorablement que dans un billet précédent), une limousine blanche sillonne la ville. A chacune de ses étapes, onze je crois, le passager va se métamorphoser en un autre personnage pour jouer une histoire différente, une palette du génie de l’auteur. Deux grands moments d’émotion : l’hallucinante séquence en forme de comédie musicale dans les locaux abandonnés de la Samaritaine, hommage à Jean Seberg; les dernières scènes sur la très belle chanson « Revivre » de Gérard Manset.

 

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 22:12

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En conclusion d’un ancien billet, datant de début 2010 (http://limbo.over-blog.org/article-des-pissotieres-a-internet-un-itineraire-gay-43107661.html), j’écrivais ceci :
« L’irruption d’Internet et des sites de rencontres comme Citegay, Gayromeo, Gayrrier, Keumdial, Xtremboy ou d’autres, est entrain de modifier la topographie des rencontres d'une manière qu'il est encore difficile de cerner car l’intrication du virtuel et du réel, l’interférence éventuelle de la Webcam (un sujet à développer!), en font pour moi un instrument de drague plus complexe, qui n’a pas « l’immédiateté » et la transparence du lieu "physique". Cette évolution n’est pas terminée, de la même façon que l'informatique n’a pas tué l’écrit, Internet ne fera pas disparaître les lieux de drague. »

Je ne réalisais pas encore à quel point l’utilisation croissante des réseaux sociaux sur internet allait non seulement modifier la « topographie », mais aussi la « sociologie » des rencontres gays. Certes j’avais très vite constaté le désir soudain et massif de nombre de jeunes « béninois » et autres natifs d’Afrique noire pour les amours masculins en terre prospère, au seul prix, l’on suppose, de l’envoi d’un billet d’avion sans retour (lorsque le mariage gay aura été voté on pourra même les régulariser!), ou la métamorphose subite des « tapins », autrefois territorialement localisés à certains rues ou parcs de grandes villes, en « escorts » qui viennent spontanément vous proposer leur service sur la base aléatoire d’un moteur de recherche filtrant sur l’âge (et dont certains ont si peu l’âge et le physique du « job » qu’on serait presque tenté de leur proposer d’inverser les rôles…).

Ces deux catégories, qui auront au moins eu le mérite de m’apprendre à me servir de la fonction « bloquer » sur les sites de rencontre, s’inscrivent dans le cadre d’une logique de « marché », de « profit », indépendante de toute interrogation quant à la nature, quelle qu’elle soit, de l’orientation sexuelle de leurs acteurs. Il n’en est pas de même en ce qui concerne l’apparition, surprenante, de nouveaux protagonistes que je n’avais pas jusque là eu l’occasion de rencontrer.

En effet, jusqu’à ces dernières années je n’avais connu que des garçons qui se définissaient, du moins si on le leur demandait, comme homosexuels (qu'ils aient eu des relations féminines ou non, , voire fussent ils mariés) ou bisexuels. Dans cette deuxième catégorie, on discernait assez facilement ceux, assez rares, qui l’étaient vraiment, c'est-à-dire dont on ne pouvait affirmer une orientation sexuelle préférentielle, de ceux qui masquaient sous ce vocable une homosexualité non pleinement assumée. Les sites de rencontre gay sur internet, notamment ceux cités dans le billet précédent, n’avaient modifié en rien cette perception. Mais ont fait maintenant leur apparition ce que l'on appelle les « réseaux sociaux » qui ont proliféré d’abord sur l’iphone et maintenant sur l’ensemble des Smartphones. Ces sites (Grindr le plus célèbre, Bender, Manhunt, Aka-aki, nopic-nodial, blender, gayvox, etc…) offrent de nouvelles possibilités, la localisation GPS (idéale pour « outer » vos collègues de bureau !), mais aussi, du moins pour certains, une inscription non limitée à la population gay et lesbienne (avec le choix gay, bi ou hétéro, voire trans), et parfois (c’est le cas de « Grindr»), pour ceux qui n’existent qu’en version « mobile », une inscription liée à « l’ID » du smartphone et non à un pseudo (ce qui renforce les possibilités d’anonymat, tel ce jeune homme qui créait son profil Grindr à chacun de ses passages à Paris et l’effaçait de son Smartphone à son retour en province chez sa petite amie). Sur ces nouveaux sites, en dehors d’une augmentation notable de la proportion de « bisexuels » qui s’affirment tels, on a la surprise de voir apparaître des…hétérosexuels. Ils ne font pas qu’apparaître, ils vous proposent même des rencontres (je connaissais chez certains de mes amis le fantasme de se faire un « hétéro », mais pas celui inverse !). On pourrait bien sûr penser qu’il ne s’agit que d’une version aggravée des dits « bisexuels » mais ceux-ci ne m’avaient pas habitué à des « dialogues» du style de ceux dont vous trouverez ci-dessous un florilège : « J’aimerais te mater en train de te branler », « une photo, tu n’y penses pas, je suis marié ! », « très envie d’un plan "cho", mais te préviens je n’embrasse que ma meuf » ou, variante, « je peux passer depuis mon boulot à l’heure du repas mais je te préviens, je ne jouis pas, je réserve mon sperme à ma meuf ce soir », « ça te dit si je te suce, j’aimerais essayer, mais je fais que ça , pour l’instant.. ». Ces drôles de drilles, très souvent jeunes, généralement passifs, se montrent le plus souvent plutôt expérimentés.. .

Ce dimanche j'ai participé à ce qui a du être ma 20ème gaypride, un certain ennui, trop d'hinarces peut-être....



"Je ne tiens pas absolument à provoquer une deuxième "affaire Camus", ou troisième, je ne sais plus, mais les collaborateurs homosexuels de...., sur France Musique (à midi) exagèrent un peu, tout de même : non seulement ils mais en plus ils. L'un d'entre eux est allé jusqu'à dire, hier, à propos d'un danseur et d'une danseuse du Bolchoï qui ont quitté Moscou pour Saint-Pétersbourg et le mariage :
"voilà ce qui arrive quand on engage des danseurs hétérosexuels- quelle idée, aussi!"
Mais ce sont en permanence des gloussements de volière exotique et autres adjectifs à petit doigt levé. Le subliiime est la monnaie d'échange, qui sert à troquer de l 'Ambroise Thomas contre du postillon de Longjumeau ("Qu'il était beau, qu'il était beau, le postillon de Longjumeau!"). Homosexuel n'est d'ailleurs pas le mot qui convient, mais je suis bien décidé à rester dans le politiquement correct et à ne pas franchir la ligne jaune, comme aimait dire feu le commissaire Plenel."
(Renaud Camus- Septembre absolu, journal 2012- Fayard 2012)

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 20:59

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Dix heures de vol , une escale de 3 heures à Houston , puis à nouveau une heure avant d’atteindre la Nouvelle Orleans. Il faut avoir voyagé sur une compagnie américaine, United Airlines en l’occurrence, pour réaliser combien ceux qui se plaignent d’Air France sont des éternels insatisfaits.

Une certaine insouciance règne sur cette ville, à population majoritairement noire et pauvre, mais où sous l’influence du soleil,  de la musique omniprésente dans les rues du quartier « français »,  sorte de Pigalle subtropical, et du Mississipi, tout semble permis. Dès que le coucher du soleil approche tout s’anime, une faune des plus colorée envahit les rues et les bars, s’enivre et dance. On a peine à croire que l’on se trouve aux Etats-Unis. Il n’est pas conseillé de s’aventurer hors des zones touristiques, l’insécurité y est grande, une des plus élevées du pays, notamment dans les quartiers dévastés par Katrina où les maisons détruites sont squattées. Deux ou trois bars gays le long de Bourbon Street, la rue la plus animée, dont la clientèle contraste avec celle de la rue, car majoritairement blanche, souvent  des touristes américains. Dans le plus fréquenté, « OZ », on découvre une scène pour les spectacles qui y sont régulièrement donnés - le soir où j’y étais un concours de « go-go boys » volontaires choisis parmi les jeunes spectateurs - stigmate d’une homosexualité pas encore vraiment libérée. Sur internet, les sites les plus fréquentés, parmi ceux que je connais bien sûr, étaient Grindr (qui est devenu universel), Jack’d ou Manhunt alors que « Gayromeo » si populaire en Europe était désert. J’ai découvert un « Grindr » bien différent : une  proportion notable de connectés avec des caractéristiques pondérales que l’on attendrait plutôt sur des sites « bears » (mais l’obésité est omniprésente dans cette ville); refus fréquent de montrer des  « pics » de visage,  motivé par des exigences de « discrétion » d’hommes mariés; des touristes plus nombreux que les locaux qui, lorsqu’ils sont noirs, ont tendance à refuser à se déplacer dans les hôtels (crainte d’être refoulés?) mais vivant dans des quartiers excentrés où l’on ne risquerait pas de se rendre….J’ai pourtant presque quitté cette ville avec regret.

Nous étions en réunion quand, dimanche, 12h heure locale mais 19h à Paris, j’ai pu découvrir sur le site de la Tribune de Genève les premières estimations qui ne pouvaient que me réjouir. Hollande en tête certes, le plus important, mais aussi Bullenchon dans un trou d’air, et un score de Marine le Pen invalidant la stratégie aventureuse de Patrick Buisson que notre président, porté par "l‘énergie du désespoir" , a décidé de mener jusqu‘à son extrême limite. Une seule déception le score du Béarnais. Non une autre, celle de lire dans les colonnes du Monde les justifications que donnait Renaud Camus à son appel en faveur de Marine Le Pen, un désaccord sur presque tout, mais non sur l’essentiel pour lui «"La  résistance au multiculturalisme sans frontière et à la contre-colonisation" , vote qu‘il fonde sur un «pari» , celui d‘une rupture idéologique avec son père. Je peux comprendre qu’un vote soit fondé sur un pari, le mien en faveur de François Hollande est de en partie cette nature, plus « socioculturel » qu’une adhésion à un programme, mais il est des paris que l’on n’ a pas le droit de faire car s’ils étaient perdus ils nous renverraient aux heures les plus noires de notre histoire. La décision des éditions Fayard de mette fin à son contrat, l’empêchant ainsi probablement d’être publié, n’en reste pas moins inacceptable, scandaleuse.

Je pars demain pour Berlin, je ne verrai pas le « débat du siècle », mais je serai de retour pour le second tour et je l’espère un petit tour à la Bastille pour voir le peuple en « joie »… 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:08

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Presque une semaine à Nice, pour le plus grand congrès annuel de la neurologie de langue française, après plus de six heures d’attente à Orly, lundi dernier, en raison de la grève des aiguilleurs du ciel. Il sera dit que je ne verrai jamais, ou presque, cette ville sous le soleil, mais j’y aurais au moins fait un excellent déjeuner au « Flaveur », à l’initiative d’un neurologue de la ville avec lequel je devais discuter de son intervention sur le traitement de la maladie d’Alzheimer lors d’une future manifestation.

Avant de partir j’avais eu le grand plaisir de voir un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir sur l’amour homosexuel, « Week-end ». Ce film marque une rupture avec les conventions habituelles du film gay, où à connotation gay, qui a du mal à s’arracher, quelque soit le talent du réalisateur, aux catégories obligées de la mort, du mal être, de la solitude, de la transgression ou de la caricature. On pourrait en effet assez facilement, certes schématiquement, établir une typologie du film gay : ceux qui, dans la lignée de Genet, lient homosexualité et la mort (« l’homme blessé » de Chéreau, « Querelle » de Fassbinder), ceux qui, variante de la précédente catégorie, abordent la thématique du Sida (« Les nuits fauves », Philadelphia », « Jeanne et le garçon formidable »), ceux qui se placent sous l’angle du militantisme (« Harvey Milk » ), ceux qui renvoient, d’une façon ou d’une autre, à une interprétation freudienne ( Les films de Xavier Dolan dont le remarquable « J’ai tué ma mère », « Crazy » , « American beauty »), ceux d’inspiration Queer (« Prescillia», « I love Philippe Morris », certains films d’Almodovar), ceux qui se cantonnent aux paillettes et à la caricature (« Pédale douce »), et enfin ceux qui ne voient la passion homosexuelle que sous l’angle de la souffrance, du mal être, et de la solitude (« Maurice », « A single man », « Brokeback Mountain», etc.)

« Week-end » rompt avec tout cela en nous montrant la naissance d’une passion amoureuse à la suite d’une rencontre, un soir de week-end dans un bar gay, entre deux êtres que tout oppose, l’un, qui s’il assume intérieurement son homosexualité, a du mal avec le regard de l’autre, à la recherche du droit à « l’indifférence », l’autre faisant fi de toutes les conventions, vivant sans limite sa différence, à la limite de la provocation (il a choisi le jour de la fête des mères pour avouer son homosexualité à sa mère) mais dont le cynisme apparent avec lequel il aborde les relations amoureuses ne fait que dissimuler sa conviction qu’elles ne peuvent être qu’éphémères. Ce film qui décrit la relation amoureuse dans ce qu’elle a d’universel, mais aussi de singulier entre deux hommes, est si ancré dans la réalité que nous vivons que l’on peut s’identifier tour à tour à l’un ou l’autre des personnages ( bien des situations du film m’ont rappelé telle ou telle rencontre, comme celle avec ce jeune homme, rencontré aussi dans un bar, et qui à la fin d’un week-end, alors que nous étions allongés au soleil dans le bois de verrière, m’a dit « tu prends le risque d’aimer, moi pas »). La fin du film est magnifique, une des plus belles scènes d’amour que l’on puisse imaginer. Les deux acteurs (dont un seul est gay, on ne se pose pas longtemps la question de savoir lequel…) sont épatants. Courrez voir ce film si vous en avez la possibilité car il n’est programmé que dans deux salles à Paris, mais son succès relatif devrait le maintenir à l’affiche un certain temps (il semble même que sa sortie en province ait été décidée)

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 22:34

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Cette campagne devenait d un ennui mortel tournant à une sorte de concours de la mesure fiscale la plus inapplicable ou inefficace, les protagonistes allaient se trouver bientôt à cours d idées saugrenues. Le sort, ce malin génie, a choisi le cerveau malade d un jeune franço-algérien dont le délire avait pris pour support le discours de l' islam radical pour interrompre cette séquence qui n' avait d autre effet que de nourrir le populisme de gauche qui a trouvé son champion, un tribun d’exception, en la personne de Jean-Luc Mélenchon.

Le sort sans doute, mais presque une loi des séries, puisqu’à chaque élection présidentielle ou presque, des événements dramatiques hautement médiatisés sont instrumentalisés pour faire bouger des sondages défavorables au candidat de droite le mieux placé. Rappelez vous, l’assaut contre la grotte d Ouvéa en 88 (joint au rapatriement spectaculaire des épouse Turenge, cette fois ci c’est raté puisque Florence Cassez est restée au Mexique), la tuerie de Nanterre en 2002 et aujourd’hui des actes, qualifiés de terroristes, qui ont donné lieu pendant plusieurs jours, pour reprendre l’expression tout à fait pertinente d Olivier Besancenot, à une " théâtralisation morbide". Quelle aubaine en effet pour le pouvoir en place que ce malade mental se prénomme Mohamed (qu’il ait ou non, ce qui reste à établir été téléguidé par des islamistes radicaux), mettant la gauche en porte à faux (notamment certains écologistes qui, selon un article du Monde, du fait de leur soutien inconditionnel à la cause palestinienne, auraient émis des réserves quant à la déclaration d Éva Joly), alors que s’il s était réclamé d’un délire d extrême droite, les trompettes du politiquement correct nous auraient assourdis.

Théâtralisation certes, mais toute cette campagne n’est que cela. Qu’il s’agisse des affrontements télévisés, celui, indigne, qui a vu Mélenchon se comporter en gougat avec Marine Le Pen, celui où un pitoyable Fabius s’est fait ridiculisé par Nicolas Sarkozy, ou celui presque comique où Jean François Copé s’est mis à aboyer, face à François Hollande, comme le pinscher nain de ma voisine, ou de la bulle mélanchonienne qu’on s’évertue à gonfler pour compromettre les chances de Hollande au deuxième tour en faisant fuir les centristes. Il semble que chaque campagne connaisse cette percée médiatique d’un candidat - jamais le même, il s’agit d’un jeu à un coup- alliant souvent aisance du «verbe» et impertinence vis-à-vis des journalistes. Cette année c’est Mélenchon, sorte d’hybride de Coluche et de Besancenot, qui enflamme, en les caressant dans le sens du poil, les nostalgiques du « Grand Soir » et les souverainistes de gauche (qui ont oublié qu’il avait voté le traité de Maastricht…).Tous les intellectuels d’extrême gauche ne sont pas dupes, derrière le «verbe», ils entendent les mots : Michel Onfray , lassé de son double langage en fonction des religions notamment (haro sur le christianisme mais pas touche à l’islam) votera blanc et Emmanuel Todd a donné son soutien à François Hollande.

Ennui, mais tristesse aussi. Un lecteur de mon autre blog m’avait, perfidement, suggéré de m’intéresser à ce que Renaud Camus pensait de Christian Vanneste. J’ai ainsi pris connaissance d’un communiqué du « Parti de l’innocence» s’élevant contre le « tapage » qui avait accompagné les propos du député quant à la réalité de la déportation homosexuelle en France. Certes tous les communiqués de ce parti n’émanent pas de son fondateur, il lui est arrivé d’émettre des réserves sur tel ou tel, certes il aurait été préférable que cette condamnation unanime ou presque concernent d’autres propos de Vanneste (l’homosexualité comme « aberration anthropologique » par exemple) que ceux en cause qui effectivement pourraient être objets de débat, certes Renaud Camus va au bout de la logique de ses convictions, le droit de s’exprimer en dehors du politiquement correct. Il aurait pourtant du, me semble t’il, lui qui a souffert lors de « l’affaire Camus » de l’utilisation de phrases tirées de leur contexte, savoir que les propos de Vanneste s’inscrivaient justement dans un « contexte », un lourd contexte et que sa « sortie » sur la déportation homosexuelle s’inscrivait, quelle que soit la réalité du fait lui-même, dans une lignée de propos violemment homophobes. S’il ne voulait pas condamner de tels propos au nom de ses principes, il aurait pu au moins se taire.
Je ne me doutais pas que le coup de grâce allait venir quelques jours plus tard avec le soutien officiel de son parti à …Marine Le Pen. L’écrivain avait pourtant appelé en 2002 à voter contre son père. Son obsession du « Grand remplacement » l’amène à considérer aujourd’hui que Marine Le Pen est « présentable» et apte à lever ses réticences. Le contexte une fois encore est occulté. Comment peut il faire semblant d’ignorer que le Front National n’a pas changé, quelle que soit les adaptations de langage de sa candidate et que les courants les plus extrémistes et les plus haineux « gravitent » autour d’elle.
Comment est il possible qu’en soit arrivé là celui qui a écrit : « L’homosexualité est loin d’occuper tout son territoire et d’avoir rassemblé tout son peuple. Il est des villes, des campagnes, des provinces, des pays entiers où elle perce à peine sous la chappe de terreur, de mépris, de silence et d’ignorance.
Je ne puis présager l’avenir. Mais je pense qu’à mesure qu’elle s’élargira, elle perdra de sa consistance…..plus commune elle sera moins remarquable…..C’est ce que prétend souhaiter aujourd’hui une forme moderne de la répression hétérocrate : arrêtez, dit-elle, de nous embêter avec ça, ça n’intéresse plus personne.
Nous voulons bien nous taire ; mais quand personne ne nous empêchera plus de parler : à Cahors ni à Bar-sur-Aude, à Téhéran ni à Casalpusterlengo. Nous voulons bien ne plus nous exhiber, comme ils disent, mais quand personne ne nous forcera plus à nous cacher : dans les familles ni dans les bureaux, dans les usines, ni dans les rues » (Notes Acrhiennes, P.O.L., 1982).

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 22:36

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Séville était déjà à l’heure du printemps, 18 degrés sous le soleil. Une semaine de séminaire, peu de temps pour visiter la ville, d’autant plus que notre hôtel était plutôt excentré, mais j' ai déjà eu maintes occasions d’en découvrir les merveilles architecturales. Grindr et gayromeo, logiciel et site manifestement très populaires ici, les andalous se révèlent fort "chauds", ne m’ont pas incité à tenter de vérifier si la vie nocturne de cette ville était toujours aussi morne, l’Andalousie n est pas la Catalogne. Il m’a un instant effleuré l’esprit que je n’en reviendrai peut être pas. Une demi-heure après notre décollage, après m’être assoupi, j’ai découvert avec un étonnement inquiet, à travers le hublot, que nous volions anormalement bas. Les signaux de bouclage des ceintures étaient toujours allumés alors qu’il n’y avait aucune turbulence et aucun Stewart ou hôtesse (on dit PNC maintenant…) n’était présent dans les couloirs. Il ne faisait aucun doute pour moi que nous avions un problème. Après quelques longues minutes pendant lesquelles j’ai préféré ne pas transmettre mon inquiétude à mes collègues, l’avion a recommencé à prendre de la hauteur, au moment où le commandant de bord nous annonçait que nous retournions sur Séville en raison d’un problème technique maintenant contrôlé, la non rétractation du train d’atterrissage, mais dont la résolution avait entrainé une consommation trop importante de carburant pour que nous puissions atteindre Orly…Après quatre heures d’attente à l’aéroport nous avons finalement pu repartir, sur le même avion…

Du temps donc pour parcourir la presse, nous étions au lendemain de la prestation, que je n’ai pas vue, de François II face à Juppé, et découvrir la panique qui semblait parcourir le Sarkoland, que l'interview de son champion dimanche soir n’a pas du rassuré. Plusieurs articles étaient consacrés au vote gay. Didier Lestrade, fondateur d’Act-up et Ayatollah de la capote, va publier un essai intitulé « Pourquoi les gays sont passés à droite ? », alors qu’un sondage fait selon les règles vient au contraire de révéler que la communauté homosexuelle était plutôt ancrée à gauche même si le Front National obtiendrait des scores comparables à ceux de la population générale. Didier Lestrade y voit une conséquence de la mondialisation et du virage « anti communautariste » : « les gays et lesbiens farouchement anticléricaux et libertaires font front commun avec les laïcs les plus durs et se mettent à défendre sans complexe l’Occident libéral et ses valeurs face à l’intégrisme musulman ». Une nouvelle génération de gay se désintéresserait ainsi du combat politique et communautaire (dont la lutte contre le sida) et ne serait plus obsédée « par ses privilèges, son prestige, son argent…individualisme et consumérisme forcenés gagnent peu à peu la communauté ». Pour lui « la réapparition d’une homosexualité de droite est très clairement associée à ce refus catégorique du coming-out ». Il faut être conscient que dans l’esprit de Didier Lestrade, « coming-out » doit être entendu dans son sens large de revendication du droit à la différence : « on a cessé de penser que le fait de s’affirmer gay en tant qu’homosexuel était le moteur du changement et de la pensée gay ». On pourrait trouver là une certaine parenté de pensée avec ce qui a parfois été exprimé dans certains billets de ce blog mais je ne suis pas sûr que l’analyse soit pertinente.

D’une part cela semble démenti par le sondage en question si l’on en croit les réponses données par les 6.5% qui s’avouent homo ou bi-sexuels. On pourrait certes objecter que l’échantillon est biaisé, par « l’aveu » de l' orientation sexuelle, en faveur des adeptes du « coming-out », sensés être majoritairement de gauche (de quel côté penchent ceux qui n’on t pas reconnu leur sexualité?). N’est-il pas par ailleurs quelque peu abusif d’assimiler l’évolution d’une revendication du droit à la différence à celle du droit à l’indifférence à une dérive droitière? J’ai une inclinaison naturelle à partager cette opinion mais je dois reconnaitre que bien que restant un partisan pur et dur du « droit à la différence » je me situe, si j’en crois certains commentaires des billets de ce blog, bien moins à gauche que la « nouvelle génération gay », bien moins en tous cas que je ne l’étais dans la période qui a précédé mon «coming-out».
D’autre part peut-on vraiment parler de la « réapparition » d’une homosexualité de droite? Sans doute est il fait allusion à la période qui a précédé la « révolution gay » et au mouvement Arcadie, plutôt marqué à droite, qui revendiquait le droit à « l’indifférence». Pourtant j’ai toujours rencontré chez les homosexuels la même diversité politique qu’ailleurs. Mon premier ami, petit commerçant, raciste, xénophobe et franchement poujadiste a sans doute fini par voter Front National (en ce temps la ce parti n existait qu’ à l état embryonnaire), le second, employé de mairie, était militant RPR, le troisième , patronier-modeliste, bien trop occupé par le choix de ses tenues pour ses soirées , ne se souciait pas de ces choses là, le suivant, khâgneux au moment de notre rencontre était sympathisant socialiste, quant à Bertrand, si je l ai connu chiraquien, il vient de voter Hollande à la primaire. N’ai-je pas été le spectateur effaré d’un « ça pue le juif ici» lancé lors d’un diner quelques jours après notre rencontre en 1989, par un amant brillant ingénieur en informatique qui fit par la suite une carrière fulgurante (je suis toujours en contact avec lui mais il n’est heureusement plus depuis longtemps dans cet état d’esprit, il s’est retiré en province avec son ami pour acheter un bureau de tabac…). Il n’y a pas plus de gays de droite qu’hier, mais ils s’avouent plus souvent homosexuels….
La logique voudrait que les homosexuels s’interdisent d être racistes alors que tant d’entre eux ont été (et sont souvent encore) victimes du pire des racismes, celui qui s’exerce au sein même du milieu familial, et se détournent de formations politiques qui se sont systématiquement opposées à leur reconnaitre d’autres droits que celui de rester dans l’ombre, mais c’est bien plus origine et niveau social (la bonne vieille lutte des classes) ainsi que le milieu culturel dans lequel on baigne qui influencent l’orientation politique que l’orientation sexuelle. « Mon argent plutôt que mes droits ».

Le dernier film de Clint Eastwood, qui semble avoir retrouvé la main, nous donne un édifiant portrait d’un homosexuel de droite, Edgar J. Hoover. J’ai été fasciné par ce personnage aussi peu sympathique que complexe (une caricature pour psychanalyste!) et quelque peu touché par cette histoire d’amour. J’ai été beaucoup moins enthousiasmé par « The descendants », autre film après « Shame » infesté de moralisme anglo-saxon, ici c’est l’adultère qui est visée, heureusement sauvé par une galerie de seconds rôles hauts en couleur qui font de ce qui se voulait une tragédie un film comique.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 22:53

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L’année qui s’annonce ne sera certes pas celle de la fin du monde, ni sans doute aussi dramatique que le tableau que nous en a dressé Nicolaparte en nous dévoilant sa stratégie de la dernière chance pour les élections présidentielles, mais certainement celle de tous les dangers, politique avec des élections clés dans plusieurs grands pays, géopolitique avec les révolutions arabes en cours et à venir et l’isolement grandissant d’Israël, économique avec les crises de la dette et la menace d’éclatement de la zone euro, voire climatique…Notre avenir est marqué par l’incertitude et le monde de demain sera à n’en pas douter fort différent de celui que nous avons connu.

Le dernier film, passionnant, de David Cronenberg, « A dangerous method », nous montre lui aussi les prémices de la fin d’un monde, celui qui vit naître la révolution psychanalytique à l’ombre de la montée du nazisme. Le film va bien au-delà de la relation amicale puis conflictuelle qui allait se jouer entre Freud et son disciple Carl Jung à propos d’une patiente hystérique. Le regard que pose le réalisateur sur Freud est certes moins violent et de mauvaise foi que celui de Michel Onfray, mais il montre bien comment il a enfermé sa doctrine dans un dogme qui allait contraindre les corps en s’opposant systématiquement à toute autre interprétation des névroses que la sienne. La psychanalyse aurait pu avoir un autre développement, non normatif, si Freud n’avait tout fait pour disqualifier toute tentative de remise en question de ses interprétations, notamment celle d’un des autres grands noms de la psychanalyse, le Dr Otto Gross, théoricien de la « libération sexuelle » et du « jouir sans entraves ». Remarquablement interprété par Vincent Cassel dans la savoureuse mais trop rapide conversation qu’il a avec Jung , l’éclairant sur les problèmes de Freud avec la sexualité ( « il ne baise pas »), Otto Gross, comme Jung qu’il a influencé, ne reconnaissait pas le rôle central que donnait Freud à la sexualité dans la genèse des névroses et ne méconnaissait pas leur dimension somatique, c’est-à-dire organique. Jung est devenu doublement insupportable à Freud, il était riche, par sa femme, et il avait une vie sexuelle bien plus active que la sienne, illustration parfaite de la conclusion de mon avant dernier billet (« addictions sexuelles?»). Une bien dangereuse méthode, en effet, tant pour ceux qui l’exercent, c’est sans doute la signification première du titre du film, Jung tombant amoureux de sa patiente, mais encore plus pour ceux qui la subissent….

Un autre film, une comédie burlesque, dont la mention aurait pu trouver sa place dans mon précédent billet, a enchanté ma semaine de vacances. « Let my people go », dont le personnage principal, cumulant toutes les « tares » - juif, homo et folle -, interprété de façon irrésistible par Nicolas Maury, fait voler en éclats tous les codes de la famille et de la religion.

Bonne année à tous les lecteurs de ce blog.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 22:48

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La revue « Friendly » avait souhaité un nouveau billet pour son troisième numéro qui vient de sortir. J’avais suggéré un sujet autour de la théorie du genre et il m‘avait été demandé si cela pourrait s’intégrer dans la rubrique « scandale » avec si possible des références à des hommes publics.
J’avais répondu : « Non cela ne collerait pas avec une telle rubrique ... Un article qui aborderait la question sous l angle du scandale et mettrait en cause des personnes n est pas dans me cordes. Ci dessous le billet de mon blog que je proposais d actualiser à la lumière de la polémique sur la théorie du genre. Pas de matière à scandale!
http://limbo.over-blog.org/article-gay-de-naissance-ou-la-faute-a-maman-44364997.html ».

Ma proposition a semblé leur convenir et je leur ai donc envoyé le texte modifié. N’ayant pas eu de nouvelles, je pensais, qu’à la réflexion, ce billet ne leur convenait pas. C’est avec surprise que j’ai découvert en feuilletant le numéro 3 aux « Mots à la bouche », que mon article était bien paru, mais dans sa version initiale, étonnamment dans la rubrique « coup de gueule », et non dans sa théorie révisée que vous trouverez ci-dessous » :

"Un certain nombre de députés UMP, des passionnés de la question gay, n’ont eu d’autres urgences que celle de demander le retrait des manuels scolaires qui rendent compte de la « théorie du genre », théorie selon laquelle l’orientation et même l’identité sexuelle doivent autant au contexte socioculturel qu’à la biologie. L’un d’entre eux, Hervé Mariton, a souhaité être assuré par le ministre qu'il n'y ait pas de question aux examens sur cette théorie, voulant priver nos jeunes têtes d’un passionnant sujet de réflexion : « l’orientation sexuelle est-elle acquise ou innée » ? En d’autres termes, doit-on considérer, avec Louis-Georges Tin, l'hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d'analyser les conditions d'émergence et d'acculturation, ou au contraire, comme les chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité, que l’orientation sexuelle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique, qu’on ne devient pas homosexuel mais qu’on l’est de naissance ?

Avant de tenter de répondre à cette question, on devrait d’abord se demander pourquoi le sujet soulève tant de passions, y compris chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse semblant le plus souvent relever plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix, à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! On connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (c’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait faire craindre un futur sinistre (comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.

On peut aborder la question de façon plus rationnelle, ce qui nécessite définir de quoi l’on parle. Si l’on définit l’homosexualité comme une orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène, le mouvement d’émancipation de la femme ayant pu favoriser l’émergence, notamment sous l’influence du MLF, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, d’une homosexualité « sociale »), il faut distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part.
C'est au niveau de l'orientation du désir vers le même sexe que se pose la question de son origine innée ou acquise. Il n’existe à ce jour aucune « vérité » scientifique, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, on ne peut constater qu’en dehors de « pures » théories spéculatives, il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc.

Mais affirmer que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… Il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", trop réductioniste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demandent la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent (on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportements dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend- on par-là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel (l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes (y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…).

Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, statistiquement minoritaires, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de prénatale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu. Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général (encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au-delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.

Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer (ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle… En d’autres termes, « t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"

Ceci ne me semble pas incompatible avec la théorie « Queer », certes fort contestable dans sa version « militante» qui relève du combat politique d’une certaine extrême gauche, si l’on considère la façon dont l’aborde Florence Rochefort du CNRs, en ne parlant plus «d’identité » mais de représentation : "Toutes les représentations assimilées au féminin et au masculin sont le produit d'une construction sociale".

On pourrait conseiller à nos chers députés UMP d’aller voir, comme « leçon de choses », le passionnant thriller d’Almo Dovar, « La piel que habito », d’une grande beauté formelle même s’il n’atteint pas, le film est quelque peu glacial, à l’émotion de « Tout sur ma mère ». A la fin de ce dernier film, le héros, transsexuel, affirmait que son identité sexuelle était un choix. Dans « La piel que habito » Almo Dovar va plus loin, l’identité de «Vera » sera forgée par un démiurge, le genre au-delà du gêne et du socioculturel... »

La représentation de l’homosexualité au théâtre et au cinéma est souvent au-delà de la caricature comme le dit si bien la chanson d’Aznavour « On rencontre des attardés, Qui pour épater leur tablée, Marchent et ondulent, Singeant ce qu'ils croient être nous, Et se couvrent, les pauvres fous, De ridicule ». Ce n’est pas le cas de celle de l’acteur Romain Canard, dans la pièce « Dernier coup de ciseaux », qui se déroule dans un salon de coiffure, sorte de Cluedo interactif avec le public qui doit choisir entre les trois suspects, pour trois fins différentes. Dommage que ce ne fût pas lui l’élu dans la représentation à laquelle j’ai assisté, pour le seul plaisir de le voir en scène plus longtemps, car il est irrésistible et domine la distribution. La caricature ici ne force qu’à peine le trait, au point de sembler « naturelle » et nous fait immanquablement penser à tel ou tel d’entre nous.

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:36

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Quand j’ai ouvert mon premier blog sur un site de rencontre aujourd’hui disparu, je le concevais comme le journal électronique de ma vie dans sa dimension homo-« sexuelle ». Concevant de tout dire ou presque, l’influence peut être de la lecture assidue du journal de Renaud Camus en un temps où il collectionnait les « tricks », je l’avais situé sur un site dont mes proches et notamment celui qui l’est le plus, Bertrand, ne soupçonnaient point l’adresse. Un journal qui tairait une composante essentielle de celui qui le tient, le fonctionnement de son désir, me semblait perdre une grande partie de son intérêt. Tout dire certes, mais à condition de préserver ceux qui vous sont chers. Des recherches « Google » sur les sujets les plus divers m’ayant montré qu’il était possible de "tomber" par hasard sur un de mes billets, je ne pouvais continuer à prendre le risque que ce hasard ait les yeux de Bertrand. Nous avons toujours su et accepté, tacitement, comme un non-dit, quelque fois dit lorsque nous nous sommes fait « piéger » par imprudence (... ces sites internet qui conservent l’historique de conversations qu’on a oublié d’effacer!), les infidélités occasionnelles de la chair, mais il ne pouvait être acceptable de les rendre publiques.

La "narration" des errances de mon désir a ainsi disparu du contenu de mes blogs successifs. Il est probable que cette quasi disparition de mes "aventures" n'ait nullement manqué aux lecteurs de mon précédent blog, certains sans doute trouvaient même cela indécent, notamment ceux qui ont un rapport à la fidélité qui n'est pas le mien, mais c'est oublier qu’on écrit d’abord pour soi.

Ce blog ne s’est cependant pas trouver amputé de toute dimension sexuelle puisque Bertrand et moi continuons à visiter régulièrement ensemble les haut lieux de la turpitude gay pour des tricks généralement individuels ou à rechercher sur internet des plans à plusieurs. En ce qui concerne les lieux gays nous nous limitions depuis longtemps aux bars « naturistes», « l’impact », « le bunker » ou le « Full metal », des valeurs sûres. Depuis peu nous avons tenté un retour vers les saunas, un sauna en fait, « l’IDM », qui organise maintenant également des journées « nature » (c’est à dire avec une serviette trop petite pour vous entourer la taille....). Au temps de mes heures de gloire, celles où je collectionnais une ou plusieurs centaines de tricks par an, ce sauna, qui abritait aussi une permanence hebdomadaire de l’association des Médecins Gays à laquelle je participais, était un de mes lieux de chasse favoris. C’est avec un certain plaisir que j’en ai arpenté à nouveau les longs couloirs, presque inchangés en dépit des rénovations subies. Il y aurait beaucoup à dire sur l’atmosphère spécifique à chaque lieu, sur son type de clientèle, de styles de rapports auquel vous pouvez vous attendre, du degré d’intimité que vous pouvez atteindre, au temps que vous y passez. Je ne sais pourquoi j’ai progressivement abandonné, il y a plus de quinze ans, la fréquentation des saunas après y être allé pendant des années, dès que j’ai eu découvert le mythique « Continental », 2 ou 3 fois par semaine (j’étais même abonné à « Univers Gym » avant qu’il ne brulât). Le coût peut être, et surtout le temps passé, des heures parfois, alors que les bars sexe dépourvus de douches et de cabines confortables amènent des rencontres plus expéditives, sans parler des possibilités sur internet. Ma récente visite à l’IDM fût doublement un retour vers le passé. Un jeune homme d’une quarantaine d’années qui était entré dans ma cabine me dit lorsque nous eûmes terminé notre affaire « tu ne me reconnais pas ? Tu es bien médecin, tu es venu chez moi quand j’habitais dans le 7è». Je ne l’avais pas reconnu, 20 ans plus tard, Edouard, rencontré au Club Med Gym Grenelle en 1991 alors que j’habitais encore Saint Germain en Laye...


Le sexe est il un enfer ? C’est semble t’il la morale de l’ennuyeux (je partage de plus en plus souvent l’avis des Inrocks, cela commence à m’inquiéter !) film de Steve Mc Queen, « Shame », film puritain, quoique voyeur, histoire d’une addiction sexuelle (telle que dans une scène hallucinante on voit le héros, éconduit d’une boîte hétérosexuelle, se précipitait dans les catacombes d’une sordide boîte gay pour une fellation « urgente ») sur lequel le réalisateur semble porter un regard clinique et réprobateur. Heureusement il ne nous cache rien du corps désirable de Michael Fassbender. Sa fascination pour les corps masculins était déjà perceptible dans son précédent film, « Hunger » qui m’avait bien plus séduit.

Les addictions sexuelles n’ont pas bonne presse en ce moment, il n’est qu’à voir la frénésie avec laquelle une certaine presse - l’Express se comportant comme un tabloïd, Albert Camus doit se retourner dans sa tombe - se complait dans les bas fonds de l’affaire DSK. Bien heureux les homos qui ont su organiser leurs lieux de débauche, ce qui leur évite « d’aller aux putes » quand ils ont un agenda chargé et que le temps dont il dispose leur est compté....La sexualité c’est comme l’argent, mieux vaut éviter de le faire savoir si vous en avez trop, sinon attention aux envieux, ils ne vous rateront pas...

 

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