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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 17:32
"Par dessus l'épaule de Dieu"

Dans l’avion qui me ramenait de Bordeaux, assis à côté d’un passager qui venait de commander, en fin de matinée, un jus de pomme avec biscuit sucré, alors qu'il s'était agi pour moi d'un jus de tomate accompagné de salé, me confortant dans l’idée qu’ il y avait bien deux mondes, j'ai eu le loisir terminer le dernier roman de Jérôme Ferrari " le principe" , prix Goncourt pour son précédent, biographie imaginaire du prix de Nobel de physique Werner Heisenberg, un des pères fondateurs de la mécanique quantique, qui énonça le fameux principe d’incertitude selon lequel on ne peut déterminer avec une précision absolue à la fois la vitesse et la position d'une particule élémentaire, ouvrant ainsi la voie à une révolution théorique sans doute encore plus fondamentale que celle de la relativité générale. Roman philosophique en forme d'interpellation du physicien sur sa vie, par un jeune étudiant en philosophie qui n'est autre que l'auteur : comment celui qui a tenté de regarder « par-dessus l'épaule de Dieu » en réussissant à lever le voile sur la façon dont se comporte l’infiniment petit, a-t-il pu montrer tant de complaisance envers le régime nazi en acceptant de participer au programme nucléaire du Reich? Comme si, par une généralisation du dit principe, une plus grande lucidité dans un domaine, ici celui du monde atomique, était corrélée à un aveuglement dans un autre, là le problème du mal, aveuglement dont le film "Le labyrinthe du silence" nous révèle que nombre d'allemands auraient préféré voir échapper au devoir de mémoire. Ce grand roman, écrit superbement, demande cependant pour en savourer toutes les nuances, un minimum de familiarité avec les concepts de la mécanique quantique…

Si les grands textes religieux sont censés nous délivrer « la parole » de Dieu, son interprétation se fait aussi «par-dessus son épaule». Le regard que porte un réalisateur originaire du monde musulman sur l’évangile, en ces temps où nombre de chrétiens y sont persécutés, à travers le personnage de Judas, est un des plus originaux depuis le film de Pasolini « l’évangile selon Saint-Mathieu ». Derrière une réhabilitation de Judas, qui ne serait pas le traître colporté par la mémoire collective, mais un disciple fidèle, trop peut-être, « Histoire de Judas », nous donne un version très réaliste de l'évangile, filmée avec une grande simplicité, peu de dialogues - à l’exception de la scène fascinante de la confrontation entre Jésus et Pilate-, peu d’épisodes relatés, mais exemplaires comme celui des marchands du temple, ou surtout celui de la femme adultère en raison des origines arabes de l’auteur. Un très beau film.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:34
Le Royaume

L’ été avait été fort contrasté quant à mes plaisirs de lecture : de l’enthousiasme avec un thriller haletant que vous n’arrivez pas à lâcher, « Je suis Pilgrim », qui au-delà de quelques réflexions discrètement islamophobes qui raviraient Zemmour, donne une vision terrifiante et réaliste de la dérive du terrorisme islamique vers les actes isolés ; à la déception avec le dernier roman fleuve de Donna Tartt, « Le Chardonneret », pourtant encensé par la critique, mais qui après une description éblouissante des conséquences d’un attentat au Metropolitan Museum, m’a plongé dans un ennui certain (je dois avouer avoir lu des pages entières en diagonale), n’arrivant que par intermittence à m’intéresser aux (més)aventures de son héros à l’homosexualité profondément refoulée, en dépit de la virtuosité narrative de l’auteur.

Enfin arrivé enfin au bout des 700 pages de ce roman, j’étais impatient de me plonger dans le livre dont on parlait le plus en cette rentrée littéraire. Ces dernières années un tel engouement, des «Bienveillantes» de Jonathan Little à « La carte et le territoire » de Houellebecq - deux grand moments de lecture – annonçaient le prix Goncourt. Ce ne sera pas le cas avec « Le Royaume » d’Emmanuel Carrère qui a été systématiquement éliminé des sélections. Ostracisme vis-à-vis d’un écrivain, peu probable, ou plutôt christianophobie ? Il s’agit en effet d’un enquête romancée sur les origines du christianisme…

Le sujet ne pouvait que me passionner- fasciné depuis toujours été par les évangiles – d’autant plus que j’avais fort apprécié « la moustache » et surtout son livre sur Philippe K Dick, « Je suis vivant, vous êtes mort », deux de ses précédentes oeuvres. J’ai dévoré cette reconstitution très documentée des débuts du christianisme à travers l’histoire des premières communautés chrétiennes et notamment celles de Saint Paul et de Saint Luc –médecin macédonien, compagnon de Paul, auteur des Actes des apôtres et du troisième évangile - tachant de répondre à cette incroyable énigme : comment une secte fondée sur cette croyance absurde « d’un homme revenu d’entre les morts », a-t-elle pu devenir une église universelle, l’Eglise?

Il aurait pu en être autrement si plusieurs « nœuds temporels » ne s’étaient succédés sur trois siècles :

* La décision de Pilate tout d’abord, préalable indispensable à la mise en place de ce conte fantastique. Que serait-il advenu s’il avait dit non aux Prêtres ?

* La chute de Jérusalem ensuite, 70 ans plus tard, qui va faire des juifs, et donc des judéo-chrétiens des proscrits, étouffant la voix des disciples les plus proches de Jésus, Jacques son frère, véritable leader de l’église primitive et les apôtres Jean et Pierre, les plus légitimes à répandre son enseignement, laissant le champ libre aux « chrétiens », disciples du « trublion déviationniste » Paul qui prône une église universelle et déjudaïsée (origine sans doute de l’accusation d’antisémitisme portée à son encontre). Les fondateurs sont devenus des hérétiques…Que serait-il advenu du christianisme si sa parole dominante était restée celle de la secte intégriste de Jacques, ou de celle « ésotérique et paranoïaque » de Jean (auteur de l’Apocalypse dont les imprécations visent, à n’en pas douter selon Emmanuel Carrère, Paul et ses disciples - la synagogue de Satan - accusés de « manger de la viande ou d’en laisser manger »). C’est sur ce qui restait de leur secte que Mahomet se serait fait une idée de Jésus…L’auteur fait un parallèle avec cet autre religion que fût le communisme post Lénine, mais avec cette différence essentielle : dans l’église primitive, c’est Trotski qui l’a emporté sur Staline…

* La conversion de Constantin enfin, qui par la voie de la mondialisation romaine va en faire la religion officielle de l’empire.

Les mondes alternatifs - les univers parallèles - qu’on pourrait imaginer, conséquences d’un « dénouement » autre de ces potentielles bifurcations temporelles illustreraient à merveille le livre que le psychanalyste et essayiste Pierre Bayard, « Il existe d’autres mondes », vient de consacrer au paradoxes de la mécanique quantique (« Le chat de Schrödinger »).

Bien d’autres sujets sont abordés dans ce monument littéraire où la vie personnelle de l’auteur ( reproche qui lui a été fait dans la critique très négative des staliniens de Mediapart) est omniprésente. L’auteur dit en effet "d’où il parle", narrant sa crise mystique et sa conversion , puis sa « déconversion », faisant de lui un agnostique qui ne croit pas que le Christ soit ressuscité :"« Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse". Mais comme il le précise si justement, l’agnosticisme ( qui est mon état de conscience) n’est pas plus neutre que l’apolitisme…Si se dire « ni de droite ni de gauche » fait suspecter une position qui penche plutôt à droite, se dire agnostique c’est tout de même ne pas totalement écarter la possibilité …de la résurrection.

J’ai terminé la lecture du Royaume au moment où se déroulait le synode des Evêques à Rome. Comment ne pas faire le rapprochement, et se demander qui des Evêques conservateurs ou du « trublion déviationniste » jésuite à la tête de l’Eglise finira par l’emporter…

Le dernier film de Woody Allen, « Magic in the Moonlight », savoureux et magique m’a semblé une bonne illustration de ce billet. Sa « morale » n’est-elle pas : il n’y a pas "d' au-delà", mais y croire peut parfois avoir des effets positifs…

"Je ne fais pas le bien que j'aime, mais le mal que je hais" (Saint Paul)

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 21:53
Aux mains des hommes

Lorsque les djihadistes de l'Etat islamique (EIIL) ont annoncé, il y a peu, le rétablissement du califat, pour l’instant de l’Irak à la Syrie, je n’ai pu m’empêcher de penser au roman de science-fiction de Dan Simmons, dont j’avais dit quelques mots il y a plusieurs mois : « Le dernier roman, controversé, de Dan Simmons (l’auteur d’Hyperion et de l’Echiquier du mal), Flashback, nous décrit également un univers apocalyptique, allant au-delà des pires cauchemars de Renaud Camus : un monde partagé entre un Califat Global ayant thermo-nucléarisé Israël et qui s’étendrait du Pakistan au Canada, en englobant l’Europe et la suprématie d’un Japon gouverné par des castes à l’organisation médiévale et qui, à la suite de l’effondrement de la Chine, est devenu le tuteur d’une Amérique en proie au chaos intérieur et à l’invasion des Etats du Sud par le Mexique. La description d’une Amérique en faillite financière et morale, conséquence des politiques désastreuses de l’administration Obama - dépenses sociales inconsidérés, soumission aux délires écologistes sur le réchauffement climatique et tolérance à l’égard de l’Islam…….. ».

La situation actuelle - conflit israélo-palestinien, décomposition de l’Irak et de la Syrie, tension entre Chine et japon, guerres aux portes de l’Europe, risque nucléaire iranien, émeutes pro-islamiques en France – jointe à la faiblesse et l’indécision de l’administration Obama, président qui ne s’est pas montré à la hauteur des espoirs mis en lui, peut amener à se demander si cette vison romanesque, diversement accueillie (http://www.huffingtonpost.fr/philippe-kieffer/dan-simmons-flashback_b_1651533.html ; http://www.causeur.fr/science-fiction-dan-simmons-une-decadence-19764.html) de Dan Simmons relève du délire paranoïaque ou de la prémonition….Jacques Attali ne disait-il pas récemment que nous étions en 1914 « Il y a eu 1914 et les 75 ans de barbarie qui ont suivi. Nous nous trouvons aujourd’hui à une étape semblable».

Hasard de parution, vient de sortir le deuxième tome d’un autre roman de science-fiction, «Silo». A l’origine nouvelle publiée sur internet, qui, plébiscitée, s’est progressivement étoffée, par suites successives, jusqu’à la dimension d’un roman. Le premier volume décrit un monde post-apocalyptique où les êtres humains vivent dans d'immenses silos enterrés, construits en étages hiérarchisés en fonction des classes sociales, autour d’un interminable escalier central, pour se protéger des conditions de vie mortelles qui règnent à la surface de la planète. Ceux qui régulièrement se révoltent, enfreignent les lois du silo et surtout mettent en doute la réalité de ce qui se passe à la surface, en sont immanquablement expulsés et envoyés à une mort certaine retransmise en direct par des caméras extérieures.

Le deuxième volume de ce roman qui appartient à la catégorie des « contre-utopies »,tels les mythiques « Monde inverti » de Christopher Priest ou « Delirium Circus » de Pierre Pelot, plus maitrisé et passionnant que le premier tome dont on sent qu’il a été artificiellement étiré - Hugh Howey n’a pas le talent littéraire de Dan Simmons – nous révèle peu à peu l’origine de la création des silos : une décision de l’administration démocrate pour faire face à la menace imminente d’une arme nano-bactériologique mise au point par l’Iran en guerre larvée avec les Etats-Unis…mais aussi la planification criminelle d’une « nouvelle (in)-humanité ». Le troisième tome, attendu avec une certaine impatience pour la rentrée, devrait nous révéler quelques surprises quant à ce que vont découvrir les « révoltés ».

La frontière entre l’humanité et l’inhumanité, c’est ce qu’explore, sous forme d’allégorie, le fascinant film de science-fiction de Jonathan Glazer, « Under the skin ». Un être féminin (ou une machine ?), qui a pris forme humaine à son arrivée sur terre, dépourvue de toute sensibilité ou sentiment humain, découvre un monde dont elle ne comprend pas le sens et dont le comportement des hommes qu’elle aborde ne semble motivé que par leur pulsions sexuelles sur lesquelles elle va s’appuyer pour les éliminer un à un ( dans de sidérantes scènes visuelles et sonores) conformément à la mission qui lui a semble–t’il été assignée et dont un mystérieux motard se fait le gardien vigilant et impitoyable. Jusqu’à ce qu’un homme dont les difformités du visage le rendent inhumain, étranger au désir sexuel, la « contamine » de son humanité, la rende accessible aux « sentiments » et la conduise à sa perte…

Frontière encore entre l’humanité et l’inhumanité, dans ce terrible film de Katrin Gebbe, « Aux mains des hommes », tiré d’une histoire réelle et qui a fait l’objet d’une véritable boycott en France ( refus de programmation dans certaines salles, interdiction aux moins de 16 ans sous prétexte de violence extrême, alors qu’elle est essentiellement suggérée, hors champ, et rarement visible à l’écran). J’ai pu le voir, attiré par la lecture d’une critique positive dans libération et le Nouvel Observateur, dans une des deux seules séances par jour où il était programmé, au MK2 Beaubourg. Qu’est ce qui, dans cette histoire d’un adolescent chétif en rupture sociale, enrôlé dans une secte chrétienne dont il prêche la bonne parole avec un sourire béat, recueilli dans une famille menée par un père tyrannique, dont il va devenir le souffre-douleur jusqu’à la séquestration et actes de barbarie, a pu susciter tant de répulsion ? Serait-ce la dimension christique du film (Télérama n’ a pas aimé…), les humiliations et tortures que subit Tore s’apparentant et étant vécues comme un chemin de croix jusqu’à cette magnifique scène finale où, laissé pour mort, il répond à son bourreau qui lui demande «où il est ton christ ?» : « il est ici» ?

Ces visions quelque peu pessimistes de l’humanité, variations sur le problème du Mal, m(ont donné l'envie de me changer les idées… Ce fut le cas avec ce show télévisé de Nicolaparte après sa garde à vue, même si l’envie d’en rire était contenue par le spectacle donné par un membre de droit du Conseil Constitutionnel et ayant occupé les plus hautes fonctions…Et puis j’ai fini par aller voir «Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu» : plutôt sympathique , moins pire que prévu en tous cas.

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 20:24
Les joies de la semaine sainte en Andalousie

Si je n’avais eu la sagesse de lire les informations du guide du routard concernant l’arrivée sur Grenade en voiture, j’aurais sans doute dû faire face à une véritable galère. En effet une grande partie du centre de la ville n’est accessible qu’à des véhicules autorisés, ce qui nécessite pour rejoindre son hôtel de prévenir de son arrivée et de donner son numéro d’immatriculation qui sera automatiquement repéré par les caméras de surveillance. Mon hôtel, consulté par mail, m’indiqua un moyen plus simple en m’adressant l’itinéraire très précis permettant de l’atteindre sans passer sous une de ces caméras, ce qui implique bien sûr de leur confier la voiture une fois arrivé afin qu’elle soit amenée dans un parking lourdement tarifié…Contrepartie positive, il était situé à 100 mètres de la cathédrale et autorisait même à entreprendre à pied, en une vingtaine de minutes, les 800 mètres de dénivelé qui mènent à l’Alhambra pour l’entrée de laquelle j’avais pris la précaution de réserver et d’imprimer mon billet à l’avance évitant ainsi l’interminable queue aux caisses…Avant d’entreprendre l’après-midi, une autre ascension, celle du quartier le plus pittoresque de la ville - il a gardé son authenticité mauresque - l’Albaicin, qui est à Grenade un peu ce que celui de l’Alfama est à Lisbonne.

Grenade ne manque pas de bars gays, mais en Espagne plus qu’ailleurs , ils ne commencent à s’animer que fort tard. Bien qu’ils soient tous plus ou moins regroupés dans le même quartier, à distance de marche de notre hôtel, nos balades intensives ne nous avaient pas laissé assez d’énergie pour les explorer.

Le dimanche des Rameaux nous atteignîmes Ronda, petite ville perchée sur une falaise et coupée en deux par un vertigineux ravin dans lequel furent précipités, par les troupes républicaines au début de la guerre civile, depuis le pont qui le surplombe, des centaines de prêtres et de bourgeois de la cité. La célébrité de Ronda, ne doit rien à ce tragique épisode (que le guide du routard passe totalement sous silence), mais, au-delà de la beauté du site, repose sur son statut de berceau de la tauromachie. En visitant ses superbes arènes, les portraits omni présents d’Antonio Ordonez, enfant du pays, ont fait resurgir les souvenirs de mon enfance où mon grand-père m’amenait le voir toréer dans celles de Bayonne, lui ou ces autres « divas » que furent Louis Miguel Dominguin et le Cordobès. Je ne saurais dire pourquoi j’ai délaissé ce genre de spectacles, me contentant de temps à autre des retransmissions télévisées de canal plus qui les a depuis abandonnées, probablement par crainte des violentes campagnes menées contre ce type de divertissement.

Alors que nous somnolions, moment de récupération à l’hôtel, jetant un œil distrait à une retransmission télévisée d’une procession de la semaine sainte, une clameur qui montait de la rue nous a fait prendre conscience que ce défilé se déroulait à deux pas de nous! Le dimanche des Rameaux marque en effet le coup d’envoi de ces innombrables parades, au rituel immuable, où chaque « fraternité » quitte son église pour rejoindre la cathédrale, un char, porté à dos d’homme, représentant une des scènes de la passion en tête du cortège, suivi de centaines de «pénitents» encagoulés, puis d’un char de la vierge. Ces processions, dont a souvent du mal à percevoir la ferveur religieuse et qui semblent plus tenir d’un carnaval funeste, n’allaient plus cessé d’accompagner notre voyage pour culminer à Séville.

Après une étape fort agréable dans la très charmante citée médiévale de Carmona, aux portes de Séville, nous avons rejoint cette dernière, ultime destination de notre séjour Andalou. Je n’allais pas tardé à réaliser qu’arriver à Séville en voiture en pleine semaine sainte était fort imprudent. Le centre-ville se révélait inaccessible et les forces de police intraitables, ne permettant en aucune façon d’atteindre l’hôtel par voie motorisée. Il ne restait plus qu’à abandonner la voiture dans un parking pas trop éloigné et de faire le reste du chemin, bagages compris, à pied…Cette ville était la seule de notre périple que je ne découvrais pas car elle est souvent le siège de congrès ou autres manifestations professionnelles. Mon premier séjour remontait à plus de trente ans, quand jeune praticien hospitalier j’avais été invité à un congrès par le laboratoires Servier, depuis tristement célèbre, dans un des prestigieux hôtels de la ville (en ces temps-là l’absence totale de réglementation de ce type de manifestations permettait tous les excès). J’ai découvert une Séville beaucoup plus vivante - la semaine sainte où toute la population semble descendre dans la rue y était sans doute pour beaucoup - que le souvenir que j’en gardais, avec même un véritable quartier gay aux multiples bars aux abords de la place Alameda de Hércules. Cependant la barcelonais récemment installé à Séville que nous avons rencontré ( merci Grindr…) a confirmé mon impression antérieure d’une ville assez fermée, très catholique où l’on ne s’éclatait pas comme en catalogne. Inutile de préciser que les processions étaient incessantes, avec un point culminant le jeudi saint, sans que cela ne nous empêcha comme nous l’avons craint un moment de visiter la monumentale cathédrale dont le gigantesque retable, en réfection, n’était malheureusement pas visible.

Avant de remonter sur Paris, ce qui n’était pas possible en une journée, nous avons fait une halte à Sitgès, pour un soir seulement, car la température, plutôt fraiche n’incitait pas à y rester. La ville était cependant très animée en cette veille de week-end pascal, beaucoup de barcelonais sans doute, mais bien des bars gays n’étaient pas encore ouverts et la clientèle d’avril qui fréquentait ceux qui l’étaient nous a semblé très « bears ».

Le retour sur Paris se fit d’une seule traite, 9 heures de route…

Les joies de la semaine sainte en Andalousie
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 09:14

Après un brève étape à Bordeaux nous avons pu atteindre Salamanque dimanche en huit, sous le soleil et une température très printanière. Cette ville ne m’était pas inconnue, je l’avais visitée deux fois déjà avec mon ancien ami, lors d’un périple en Castille et au retour d’un voyage au Portugal. J’en gardais un souvenir fasciné, mais près de 25 ans après, seules la Plaza Mayor, la façade de l’université et ses deux impressionnantes cathédrales avaient laissé une trace encore très présente, même si j’avais oublié la place qu’y tenaient les styles baroques et plateresques. Par contre la superbe église de San Esteban, son couvent , l’Université pontificale et son église clériciale furent une totale redécouverte mais peut-être le les avais-je pas visité par manque de temps. Pour la visite guidée obligatoire de l'université pontificale, prévue uniquement en espagnol, nous eûmes la chance d'être les seuls touristes avec deux belges ce qui nous valut le privilège d' en bénéficier en français avec cette précision sur le rude climat de Salamanque : " neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer".

Ce dont je me souvenais parfaitement, c’est de la médiocrité des repas que nous y avions pris lors de mon premier séjour, comme en Castille en général…Cette fois-ci, peut-être l’oubli du guide du routard de cette région fut-il une chance, nous avons pu trouver sur le site internet du « Michelin», un restaurant remarquable ( certes sur une place peu accueillante et isolée), «L’el Alquimista», à des prix incroyables (imaginez une bouteille de Rioja à 11 euros !).

De Salamanque nous sommes reparti vers la destination de nos vacances, l’Andalousie, en commençant par Cordoue, non sans galérer quelque peu pour atteindre notre hôtel, obligé de me livrer à un véritable jeu de pistes pour contourner les rues interdites à la circulation…Véritable coup de cœur pour cette cité visitée par une température de 31 degrés, plutôt inhabituelle pour la saison puisque la climatisation de l’hôtel n’était pas encore passée sur le mode « été » et ne fonctionnait que sur celui de «chauffage» ! Le wi-fi n’était pas très performant non plus, ce qui commençait à faire beaucoup pour un hôtel de cette catégorie, la direction en a convenu et m’a offert les deux jours d’un parking hors de prix mais incontournable dans cette ville.

L’inoubliable ici c’est bien sûr la mosquée, malheureusement en partie défigurée par l’édification en son centre d’une sorte de tarte au citron meringuée, la cathédrale chrétienne…Ses bâtisseurs, sans doute pris de remords, ont cependant su préserver l’essentiel de ce chef-d’œuvre de l’art musulman. Nous rapporterons un autre souvenir de Cordoue, celui d’un jeune et charmant andalou, qui nous avait contacté sur Grindr lors d’un des rares moments de fonctionnement de la Wi-Fi et cueilli à la sortie de ses cours universitaires.

L’occasion de dire que les applications de rencontre sont très fréquentées, et les contacts s’’annonceraient plus que faciles s’ils n’étaient bridés par la barrière de la langue, les andalous semblant encore plus fâchés avec l’anglais que les catalans (pourtant Gibraltar n’est pas loin…). Surpris tout de même par leur nombre notablement supérieur à celui que l’on peut avoir en France, l’attrait sans doute de la chair fraîche de passage ( même si ce qualificatif n’est pas des plus pertinents pour quelqu’un de mon âge…).

Avant d’atteindre Grenade, nous avions prévu une étape à Ubeda au patrimoine culturel si riche, dont l’incroyable Sacra Capilla del Salvador. Lors de ma visite de Tolède, avec Bernard mon précédent ami, nous nous étions contenté d’aller boire un verre au « Parador » qui dominait la ville, nous disant qu’un jour nous aurions peut-être les moyens de séjourner dans un tel hôtel. Les « Paradores » sont loin d’être les hôtels les plus chers (si l’on excepte celui de Grenade situé dans l’Alhambra) mais ils sont presque constamment localisés dans édifices historico-artistiques exceptionnels. Celui d’Ubeda, dont il constitue un des monuments, m’a permis de réaliser ce rêve d’il y a 25 ans (même s’il y a 25 ans j’aurais été bien plus transporté qu’aujourd’hui….).

Ubeda est un village - la saison touristique commence à peine- où nous étions presque seuls d’autant plus que la vieille ville historique est désertée par sa jeunesse pour la ville moderne. Il en était de même de Grindr et autres, les plus proches profils se situant à des dizaines de kilomètres ( à l’exception notable de « Bender », allez savoir pourquoi, où je fus assailli de contacts d’allure très « rurale », alors que Bertrand ne recevait aucune demande…).

Sur la route de Grenade, notre prochaine étape, avant Séville, nous avons pu faire une halte de quelques heures à la sœur jumelle d’Ubeda, Baeza.

De Salamanque à Grenade
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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 12:49
Histoires de Dandy : résistant, réactionnaire, guerrier, politique

Quel spectacle réjouissant, drôle, élégant, intelligent que ce « Grand Budapest hôtel », fable humaniste de dimension burlesque qui nous conte la fin d’un monde, celui de la clientèle d’un Grand Hôtel d’un pays imaginaire de l’Europe de l’est. Nostalgie de ce paradis perdu qu’était l’Europe d’hier (référence explicite au « monde d’hier » de Stephen Zweig) submergée, dans les années 30, par la montée du nazisme et du communisme, nostalgie aussi d’un certain cinéma, tout cela vu à travers l’histoire d’un dandy, Gustave, concierge de l’hôtel. Le dandysme comme forme ultime de résistance à l’écroulement d’un monde ?

C’est semble-t-il la posture qu’a choisie Renaud Camus, qui a transformé l’audience où il comparaissait pour incitation à la haine raciale en tribune, en faisant le procès de l’avocat de l’accusation devant un tribunal médusé (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/renaud-camus-poursuivi-pour-incitation-a-la-haine-raciale_1494216.html).

Cette nostalgie du monde d’hier c’est également ce qu’ont semblé nous jouer les médias en ce lundi, tant on aurait pu croire à la lecture de la presse ou l’écoute des chaines d’info continue, que nous étions revenu aux pires heures de la guerre froide. Peut-être cette nostalgie est elle aussi celle de nos dirigeants occidentaux qui semblent prendre un malin plaisir à provoquer le Bonaparte slave, qui certes n’éveille pas la sympathie, sur de biens mauvaises causes : la Syrie d’abord en soutenant une rébellion dont l’inclinaison semble plus terroriste que démocratique ; puis maintenant une révolution ukrainienne de composition pour le moins ambiguë tout en sachant que la Russie ne peut se permettre de perdre la Crimée, et que l’exemple de ce que nous avons fait du Kosovo pourrait lui servir de « jurisprudence»!

L’économiste Charles Gave, l’autre matin sur BFM business, était fort convaincant, en montrant comment Poutine était en train de « fédérer » derrière lui le monde Chiite, ce qui pourrait s’avérer stratégique sur le plan pétrolier - le problème Ukrainien comme pure diversion, -alors que nous soutenons les sunnites et qu'un autre Dandy, guerrier celui-là, BHL, est devenu le nouveau « maitre à penser » des médias et de ceux qui nous gouvernent…

La fureur médiatique ne s’est emparé de l’Ukraine que l’espace d’un lundi, hier elle ne bruissait plus que du nom de Buisson. Jouer le rôle de Raspoutine n’est pas sans danger, il aurait mieux fait de rester journaliste politique sur LCI où il excellait…L’ histoire retiendra peut être que l’UMP a fait l’impossible pour tenter de sauver le soldat Hollande d’un désastre aux municipales et qui sait, lui permettre de garder Ayrault, et ne pas appeler, ce qui constituerait un étonnant remake du tournant économique du premier septennat de Mitterrand, Laurent Fabius, ce « dandy cérébral » ( selon une expression de Raphaëlle Bacqué).

C’est en sortant de la projection du film de Wes Anderson que j’ai appris la mort d’Alain Resnais. Adolescent j’étais passé à côté d’«Hiroshima mon amour» et je m’étais ennuyé à « l’Année dernière à Marienbad ». C’est avec «Providence» que j’avais découvert cet immense réalisateur dont je n’ai plus manqué aucun film, intérêt renforcé par le fruit de sa rencontre avec le biologiste et philosophe Henri Laborit, «Mon Oncle d’Amérique», qui illustre les théories de ce dernier sur le comportement humain, ou par son illustration des univers multiples de la mécanique quantique avec «Smoking, no smoking».

Le hasard a voulu que sa mort survienne au lendemain d’une cérémonie des Césars dont il avait, en son temps, trusté presque toutes les récompenses avec Providence. Le palmarès de cet année n’est certes pas choquant mais «les garçons et Guillaume à table», est-il vraiment, aussi charmant soit-il, le meilleur film de l’année ? J’aurais plutôt penché pour «L’inconnu du lac», mais je conçois qu’on puisse contester mon objectivité...Quant à «La vie d’Adèle», je peux difficilement en juger, ne l’ayant pas vu, sans autre excuse, alors que j’avais fort apprécié le précédent film du réalisateur « la graine et le mulet », que la crainte de subir pendant trois heures une histoire de lesbiennes…mais je tente de soigner ma misogynie et je me suis promis de le voir lors de son passage à la télévision….Je n’ai pas vu non plus le vainqueur des Oscars, mais là aussi la crainte, à la vue de la bande annonce, d’une indigestion après trois films, excellents, sur l’esclavage noir aux Etats Unis (le Tarantino, le Spielberg, puis le Lee Daniels). Hollywood semble ne pas aimer DiCaprio, pourtant époustouflant dans «Le loup de Wall Street»….

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 21:03

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Depuis plusieurs années, Bertrand et moi, avons l' habitude de faire plusieurs étapes, à l'aller ou au retour (voire les deux), dans quelques uns des plus beaux villages ou sites de France  sur le chemin de Sitges, étapes qui jouent, en quelque sorte, le rôle de "chambre de décontamination" avant que nous n'atteignions notre "Compostelle " gay. Cette année, Saint Cirq La Popie, petit village du Lot, désigné comme « plus beau village de France » lors d’une récente émission de France Télévision, à peine quelques jours après que j’eusse fait ma réservation, est notre première halte sur la route de notre « Compostelle » gay. J’avais découvert ce joli site il y a 14 ans, avec mon précédent ami qui m‘avait quitté un an plus tôt - pour la nième fois il tentait, par un improbable retour, de savoir de quel manque il souffrirait le moins, du mien ou de celui pour lequel il était parti -  revenant d’un séjour dans l’hôtel restaurant de Michel Bras à Laguiole,souvenir plutôt douloureux.

Nous ne nous attendions pas à trouver si peu de monde en plein mois d’août dans la vallée du Lot-Celé et de pouvoir visiter presque seuls ces petites merveilles que constituent les vestiges de l’ancienne abbaye de Marcilhac-sur-Célé ou du prieuré d’Espagnac -Sainte-Eulalie, prieuré que nous fit ouvrir et visiter, en dehors des rares heures prévues à cet effet, une ahurissante vieille dame, gardienne des lieux, dont l’humour le disputa à l’érudition, sur la sollicitation insistante d’un jeune touriste accompagné de son épouse et de sa mère(« je suis élève de l’école du Louvres ») , qui se vit répondre : « si j’accepte de vous faire cette visite jeune homme, qui je vous en avertis durera au moins trois quart d’heures et vous coutera deux euros par personne, ce n’est pas en votre qualité d’élève de cette école, je n’en ai rien à faire, mais parce que, avec ces deux messieurs, vous êtes cinq ». A notre interrogation sur la faible fréquentation de ce lieu elle s'exclama : "Qui s'intéresse encore à culture, qui plus est à la culture religieuse!". Durant la visite, nous rappelant pourquoi les « gisants » étaient toujours représentés jeunes, à l’âge de la mort du Christ, elle se retourna vers moi : « Ca doit vous réjouir, Monsieur, d’apprendre que vous n’aurez que 33 ans lors de votre résurrection… ». 

 

 Je ne suis pas sûr que la jeunesse soit une condition suffisante (ni nécessaire) pour trouver dans cette région une âme gay disponible à une distance raisonnable, une des rares détectable par « Grindr » ne se trouvant qu’à plus de quinze kilomètres! Nous atteindrons Sitgès mercredi, après deux nouvelles étapes à Saint Bertrand de Comminges puis à Villefranche-de-Conflent, pour en repartir le 16. Nous avions envisagé de rompre avec nos habitudes aoutiennes et d’accompagner , pour découvrir enfin Mykonos qui constitue encore une lacune dans ma culture gay, un couple de nos amis habitué de cette destination nettement plus onéreuse, mais ceux-ci ayant du renoncé à de nouvelles dépenses à la suite de l’achat de leur appartement, il nous a semblé financièrement plus judicieux d’attendre que la Grèce ne sorte de l’euro ….

Saint-Cirq n’était pas tout à fait notre première étape puisque nous avons passé quarante huit heures à Bordeaux, le temps d’aller esquisser notre bronzage sur la plage gay du Porge, elle aussi bien peu fréquentée en ce vendredi pourtant très ensoleillé. Le soir, le « Gowest » se trouvant fermé pour congés annuels, nous sommes allé boire un dernier verre au « Trouduc », dont le nom même témoigne , au même titre que l’ambiance musicale qui y règne et le look de sa clientèle, de la momification dans les années 70 d’une certaine homosexualité provinciale

(La photo d'illustration de ce billet est celle du prieuré d'Espagnac

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 21:45

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A l’approche des vacances, ce sera pour moi à la fin de la semaine, ce blog s’est mis quelque peu en sommeil. Pourtant les sujets ne manquent pas, ne serait ce que cette polémique à la suite des propos de François II pour la commémoration de la rafle du Vel d’hiv. On lui reproche (certains lui reprochent…), presque avec la même véhémence, exactement le contraire de ce qui avait suscité l’indignation à propos des ambiguïtés de son illustre prédécesseur François I. Celui-ci avait exclu la responsabilité de la République considérant, comme De Gaulle, que la seule France légitime était la France « libre », celui-là, amplifiant les déclarations de Jacques Chirac, affirme au contraire la pleine responsabilité de l’Etat Français. Je puis concevoir que l’on tienne ces deux discours, qu’il soit plus aisé de tenir, question de génération, celui de la « responsabilité » pour ceux qui n’ont pas vécu cette période que pour leurs prédécesseurs, qui en furent les acteurs, et pour qui le « devoir de réconciliation » primait sur le « devoir de mémoire », mais il me semble tout de même que la France « légitime » en 1942, constitutionnellement et bénéficiant du soutien de l’immense majorité de la population, c’était bien celle de Pétain….

Le temps me parait cependant plus propice aux propos plus futiles…Il est ainsi il est plutôt habituel de se plaindre des hotlines des opérateurs de télécommunication. Je dois être une exception car je n’ai à ce jour jamais eu à le faire, notamment lors de ma dernière mésaventure avec mon Ipad. Celui-ci m’a soudain indiqué qu’il ne trouvait plus de carte SIM (alors que le wifi continuait à fonctionner). La hotline orange m’a invité, dans un premier temps, à me rendre dans une boutique du même nom pour un changement de carte SIM ce qui s’est avéré sans effet, puis m’a mis en relation avec la hotline d’Apple, il ne pouvait plus s’agir que d’un problème sur l’Ipad lui-même…dont la garantie venait d’expirer huit jours plus tôt! Le technicien Apple, après deux tentatives infructueuses, quant à la reconnaissance de la carte SIM, de « restauration intégrale» de l’Ipad , m’a spontanément proposé de me mettre en rapport avec son supérieur qui m’a accordé une « extension » de garantie, fait venir un coursier chez moi dès le lendemain pour envoi de l’Ipad pour « réparation » et livraison trois jours après d’un nouvel Ipad…Chapeau, non ?

Etre privé de son joujou préféré, ne serait ce que trois jours vous libère un peu de temps mis à profit pour combler un retard en films et romans… « Kill list » fait partie de ces films pour lesquels il ne vous viendrait pas à l’idée de vous déplacer si certains critiques plutôt élogieuses ne vous avaient intrigué. Film terrifiant, aux scènes parfois insoutenables, qui débute de façon un peu ennuyeuse sur le mode du drame social façon Ken Loach, avant de basculer, lorsque le héros se révèle être un tueur à gages, dans un univers cauchemardesque mêlant le gothique, l’horreur, le fantastique et le réel, balançant entre ceux de "Rosemary baby" et de " Shining". Le final, surprenant, dérangeant, à la limite du grotesque, semblerait donner libre cours à toutes les interprétations - y compris celle qu’il n’y en ait pas, ce qui est dans les intentions avouées du réalisateur- si les indices semés par ce dernier, notamment cette scène où le personnage principal se bat en duel avec sa femme et son fils , comme une répétition de la scène finale, avec des jouets d’enfant, et surtout celle où le médecin qu’il consulte pour une blessure infectée de la main se révèle être… un psychiatre, ne venaient fortement suggérer le délire schizophrène du héros.
Terrifiant également le premier roman de Robert Pori, « l’invisible » où, dans une atmosphère de fin du monde, un ouragan qui s’annonce, un agent du FBI mène l’enquête à la recherche d’un tueur en série. Servi par une écriture au scalpel, ce thriller dont le rythme s’accélère au fur et à mesure de l’approche de l’ouragan dévastateur jusqu’au final époustouflant par son renversement de perspective, est impressionnant, même si on peut regretter que les indices laissés par l’auteur, qu’une lecture attentive ne saurait laisser échapper, ne laisse deviner, bien avant qu’il ne se produise, le coup de théâtre final.

« Amazing Spider-man » était sans doute le film idéal pour se remettre de ces émotions. Difficile de ne pas tomber sous le charme d'Andrew Garfield (dont la photo illustre ce billet), déjà remarqué dans « Social Network», et son humour décalé, , dans ce film qui même drame intimiste (la partie la plus réussie) et scènes d’action habituelles en 3D. Avant d’aller voir le dernier « Batman » qui vient de réveiller la folie meurtrière d’un schizophrène…

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 20:44

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Prague devrait clore, jusqu’à la rentrée, la longue liste des destinations de congrès auxquels j’ai assisté depuis janvier. Contrairement à ce que je disais de Stockholm, jamais visitée en dépit de mes multiples courts séjours, j’avais pu découvrir les splendeurs architecturales de Prague il y a bientôt 20 ans, lors d’une semaine de vacances, peu de temps après la révolution de velours. Nous logions, Bernard avec qui je partageais alors ma vie, et moi, chez une amie d’une de nos connaissances de l’époque. L’ambiance qui régnait dans le pays nous avait surpris. Nous nous attendions à un accueil enthousiaste de tout ce qui venait de l’occident, et non à cette impression d’attente mêlée d’inquiétude, impression que nous avait confirmée notre hôte. Certes la fin de la chape de plomb communiste était célébrée, mais le mode de vie occidental et la société de consommation ne faisaient pas rêver. Ils se sont cependant imposés livrant la ville à des hordes de touristes qui, comme à Venise place Saint-Marc, amenés par bus entiers et ne disposant que de quelques heures, se concentrent tous sur les lieux les plus connus, Pont Charles, Cathédrale Saint Guy, cimetière juif, horloge astronomique et Château, n’imaginant même pas les merveilles qui se trouvent à quelques pas dans les rues de la vieille ville à l’atmosphère kafkaïenne ou dans des quartiers un peu plus excentrés à la découverte de la Prague flamboyante et baroque. La vie homosexuelle semble aussi très intense si on en croit la fréquentation des réseaux sociaux gays et notamment le site « gayromeo » qui semble le plus populaire ici (il existe aussi, dixit les autochtones des sites nationaux très actifs, du style «citegay » en France).

J’ai eu le plaisir d’avoir une discussion chaleureuse avec un des orateurs du congrès, Jean-Didier Vincent - célèbre neurobiologiste auteur de « Biologie des passions » et de « Casanova, la contagion du plaisir », habitué de l’émission de Frédéric Taddei sur FR3, et qui fût aussi, il y a si longtemps, un de mes maitres à la Faculté de Médecine de Bordeaux- à propos des bases biologiques du désir homosexuel, un sujet bien éloigné des thèmes de ce congrès….

Mon retour sur Paris dimanche après-midi, me permis d’aller déposer à temps un bulletin dans l’urne du 12ème arrondissement pour contribuer à renvoyer chez lui le troisième parachuté de la circonscription après Dominique Baudis et Arno Klarsfeld , Charles Beigbeder et avant d’assister à une soirée électorale qui annonçait un second tour plutôt réjouissant pour François II, avec un Jean Luc Mélenchon au destin comparable à la grenouille de la fable de la Fontaine, des verts bien délavés, et un Front National dont l’UMP ne peut plus se passer. Tout cela bien sûr jusqu’à ce que sa seconde compagne décide d’illustrer par l’exemple le livre de Jean-Didier Vincent dont l’image de couverture est en exergue de ce billet et d’apporter sa contribution, originale , à la cause féminine….

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 11:05

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L’autre lundi, sous une pluie battante je me suis rendu à la réunion annuelle de la section parisienne des anciens élèves de mon ancien collège bordelais, « Sainte Marie de grand Lebrun », dans lequel je fis mes études de la 8è (ça s’appelait comme ça à l’époque !) à la terminale C. Annuelle si l’on veut, car la dernière remontait à une dizaine d’années, son organisateur habituel et bénévole ayant été accaparé par ses activités professionnelles. Chaque fois que j’en ai eu la possibilité j’ai été fidèle à ce type de réunion, voire à la (courte) messe qui la précède (pas cette fois), gardant un souvenir ému des années passées dans ce collège et surtout de ses professeurs (à quelques exceptions près…) et même du terrible père Cazelles, directeur de l’école pendant plusieurs années, qui venait, tous les quinze jours, nous donner notre classement, fonction de nos résultats dans les différentes matières, verdict que j’attendais avec angoisse car si je n’étais pas dans les trois premiers je savais qu’il y aurait quelques sanctions parentales. Nous sommes sans doute deux ou trois cents anciens élèves sur Paris, mais peu, une trentaine les meilleures années, se déplacent, rarement ceux des dernières générations. Cette fois ci nous étions à peine treize, un seul ecclésiastique, le « Provincial» des Marianistes (chef national de l’ordre) entouré de douze anciens tel le Christ lors de la cène. A l’exception de l’organisateur, ma génération était la plus récente (!), avec, la probabilité était pourtant faible, un autre représentant de ma promotion, mieux de ma terminale, à la retraite depuis 10 ans (ancien élève de Centrale ayant fait sa carrière à Gaz de France – les avantages du public...!-) et dont j’allais apprendre au cours de la soirée qu’il avait voté Le Pen. La discussion s’est en effet engagée très vite dans le domaine politique –les élections si proches- . Un des convives, plus ou moins diplomate ou chargé de mission au Mexique, j’ai manqué le début de la conversation, affirmant de façon péremptoire « ce qui nous arrive est terrible, il n’a aucune expérience », il parlait de Hollande bien sûr, avant de s’en prendre à son prédécesseur, une présidence qualifiée de catastrophique, qui nous a «fâché » avec la terre entière avant d'ajouter : « Que vouliez vous que je fasse, j’ai voté blanc ». Tout cela commençait « fort » lorsqu’un autre ancien élève, fort avancé en âge, s’exclama « C’est tout de même impensable que quelqu’un qui refuse de se marier rende légal le mariage homosexuel ». Je me suis permis de l’interpeler : « je ne vois pas où est la contradiction». Il a sans doute pressenti un terrain mouvant car il a aussitôt changé de sujet de conversation,conversation que j'aurais pu relancée si mon goût de la provocation n'était sans doute quelque peu émoussé dans ce type d’assemblée : je me suis retenu de lui rappeler que parmi les anciens élèves célèbres de ce collège, il y avait un PDG de « Pink TV» (si l’on en croit Wikipedia !), et surtout François Mauriac…J’aurais pu aussi, lorsque chacun s’est présenté, égrenant son nombre de « petits enfants », ne pas me contenter de dire que je n’avais pas d’enfant, comme d’ailleurs mon collègue de promotion célibataire (peut être gay lui aussi même s’il vote FN), mais ajouter que j’étais pacsé. Heureusement j’ai eu la chance d’être assis à côté du « Provincial», dont la conversation était bien plus apaisante (j’ai toujours préféré les curés à leurs ouailles). Il n'y a plus aucun prêtre à Grand-Lebrun et même le directeur (une directrice en fait) est laïc...

Le hasard a voulu que je termine un « thriller » de Donato Carrisi (auteur d’un succès mondial « le chuchoteur»), « Le tribunal des âmes », en rentrant de ce diner. Un intrigue complexe, un peu trop parfois, qui met en scène un ordre fondé par le Vatican, « les pénitenciers», qui aurait établi à partir des témoignages recueillis en confession, des archives secrètes des crimes les plus horribles pour lesquels les simples prêtres ne pouvaient donner l’absolution sans une décision des autorités suprêmes à Rome, « le tribunal des âmes ». Après sa dissolution par le Vatican, en raison de ses dérives, cet ordre se serait érigé en société secrète poursuivant les criminels jusqu’à leur élimination. Une écriture fluide, des rebondissements multiples, des personnages assez « consistants», une fin qui surprend vraiment, permettent d’oublier que ce roman se veut sans doute aussi une réflexion sur le mal.

Ridley Scott avait-il la même ambition, philosophique, lorsqu’il a réalisé « Prometheus » ? Sa conception de l’homme est bien peu darwinienne (voir le billet précédent), plutôt « créationniste» avec une héroïne qui ne sépare jamais de son crucifix. Si les références à 2001 sont omniprésentes - impulsion extra-terrestre à la création de l’homme, découverte de signaux laissés par cette civilisation, expédition organisée à leur recherche, robotique s'autonomisant , vieillard parcheminé sur son lit dans une chambre reconstitué dans un vaisseau spatial – la ressemblance s’arrête là, non seulement parce qu’ici l’homme ne se dirige pas vers une stade supérieur de son évolution, « l’enfant des étoiles », mais vers sa destruction, mais surtout parce que la comparaison serait cruelle pour le réalisateur.
Il reste un magnifique spectacle visuel qui se voit sans ennui, ce qui n’est pas le cas de « Cosmopolis » de Cronenberg,métaphore futuriste de la fin du capitalisme, projection hallucinée de l'aboutissement possible de la crise financière acuelle qui se termine sur un dialogue hallucinant entre un goldenboy et un laissé pour compte du système,brillant jusqu'à l'ennui.

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