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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 20:44

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Prague devrait clore, jusqu’à la rentrée, la longue liste des destinations de congrès auxquels j’ai assisté depuis janvier. Contrairement à ce que je disais de Stockholm, jamais visitée en dépit de mes multiples courts séjours, j’avais pu découvrir les splendeurs architecturales de Prague il y a bientôt 20 ans, lors d’une semaine de vacances, peu de temps après la révolution de velours. Nous logions, Bernard avec qui je partageais alors ma vie, et moi, chez une amie d’une de nos connaissances de l’époque. L’ambiance qui régnait dans le pays nous avait surpris. Nous nous attendions à un accueil enthousiaste de tout ce qui venait de l’occident, et non à cette impression d’attente mêlée d’inquiétude, impression que nous avait confirmée notre hôte. Certes la fin de la chape de plomb communiste était célébrée, mais le mode de vie occidental et la société de consommation ne faisaient pas rêver. Ils se sont cependant imposés livrant la ville à des hordes de touristes qui, comme à Venise place Saint-Marc, amenés par bus entiers et ne disposant que de quelques heures, se concentrent tous sur les lieux les plus connus, Pont Charles, Cathédrale Saint Guy, cimetière juif, horloge astronomique et Château, n’imaginant même pas les merveilles qui se trouvent à quelques pas dans les rues de la vieille ville à l’atmosphère kafkaïenne ou dans des quartiers un peu plus excentrés à la découverte de la Prague flamboyante et baroque. La vie homosexuelle semble aussi très intense si on en croit la fréquentation des réseaux sociaux gays et notamment le site « gayromeo » qui semble le plus populaire ici (il existe aussi, dixit les autochtones des sites nationaux très actifs, du style «citegay » en France).

J’ai eu le plaisir d’avoir une discussion chaleureuse avec un des orateurs du congrès, Jean-Didier Vincent - célèbre neurobiologiste auteur de « Biologie des passions » et de « Casanova, la contagion du plaisir », habitué de l’émission de Frédéric Taddei sur FR3, et qui fût aussi, il y a si longtemps, un de mes maitres à la Faculté de Médecine de Bordeaux- à propos des bases biologiques du désir homosexuel, un sujet bien éloigné des thèmes de ce congrès….

Mon retour sur Paris dimanche après-midi, me permis d’aller déposer à temps un bulletin dans l’urne du 12ème arrondissement pour contribuer à renvoyer chez lui le troisième parachuté de la circonscription après Dominique Baudis et Arno Klarsfeld , Charles Beigbeder et avant d’assister à une soirée électorale qui annonçait un second tour plutôt réjouissant pour François II, avec un Jean Luc Mélenchon au destin comparable à la grenouille de la fable de la Fontaine, des verts bien délavés, et un Front National dont l’UMP ne peut plus se passer. Tout cela bien sûr jusqu’à ce que sa seconde compagne décide d’illustrer par l’exemple le livre de Jean-Didier Vincent dont l’image de couverture est en exergue de ce billet et d’apporter sa contribution, originale , à la cause féminine….

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 11:05

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L’autre lundi, sous une pluie battante je me suis rendu à la réunion annuelle de la section parisienne des anciens élèves de mon ancien collège bordelais, « Sainte Marie de grand Lebrun », dans lequel je fis mes études de la 8è (ça s’appelait comme ça à l’époque !) à la terminale C. Annuelle si l’on veut, car la dernière remontait à une dizaine d’années, son organisateur habituel et bénévole ayant été accaparé par ses activités professionnelles. Chaque fois que j’en ai eu la possibilité j’ai été fidèle à ce type de réunion, voire à la (courte) messe qui la précède (pas cette fois), gardant un souvenir ému des années passées dans ce collège et surtout de ses professeurs (à quelques exceptions près…) et même du terrible père Cazelles, directeur de l’école pendant plusieurs années, qui venait, tous les quinze jours, nous donner notre classement, fonction de nos résultats dans les différentes matières, verdict que j’attendais avec angoisse car si je n’étais pas dans les trois premiers je savais qu’il y aurait quelques sanctions parentales. Nous sommes sans doute deux ou trois cents anciens élèves sur Paris, mais peu, une trentaine les meilleures années, se déplacent, rarement ceux des dernières générations. Cette fois ci nous étions à peine treize, un seul ecclésiastique, le « Provincial» des Marianistes (chef national de l’ordre) entouré de douze anciens tel le Christ lors de la cène. A l’exception de l’organisateur, ma génération était la plus récente (!), avec, la probabilité était pourtant faible, un autre représentant de ma promotion, mieux de ma terminale, à la retraite depuis 10 ans (ancien élève de Centrale ayant fait sa carrière à Gaz de France – les avantages du public...!-) et dont j’allais apprendre au cours de la soirée qu’il avait voté Le Pen. La discussion s’est en effet engagée très vite dans le domaine politique –les élections si proches- . Un des convives, plus ou moins diplomate ou chargé de mission au Mexique, j’ai manqué le début de la conversation, affirmant de façon péremptoire « ce qui nous arrive est terrible, il n’a aucune expérience », il parlait de Hollande bien sûr, avant de s’en prendre à son prédécesseur, une présidence qualifiée de catastrophique, qui nous a «fâché » avec la terre entière avant d'ajouter : « Que vouliez vous que je fasse, j’ai voté blanc ». Tout cela commençait « fort » lorsqu’un autre ancien élève, fort avancé en âge, s’exclama « C’est tout de même impensable que quelqu’un qui refuse de se marier rende légal le mariage homosexuel ». Je me suis permis de l’interpeler : « je ne vois pas où est la contradiction». Il a sans doute pressenti un terrain mouvant car il a aussitôt changé de sujet de conversation,conversation que j'aurais pu relancée si mon goût de la provocation n'était sans doute quelque peu émoussé dans ce type d’assemblée : je me suis retenu de lui rappeler que parmi les anciens élèves célèbres de ce collège, il y avait un PDG de « Pink TV» (si l’on en croit Wikipedia !), et surtout François Mauriac…J’aurais pu aussi, lorsque chacun s’est présenté, égrenant son nombre de « petits enfants », ne pas me contenter de dire que je n’avais pas d’enfant, comme d’ailleurs mon collègue de promotion célibataire (peut être gay lui aussi même s’il vote FN), mais ajouter que j’étais pacsé. Heureusement j’ai eu la chance d’être assis à côté du « Provincial», dont la conversation était bien plus apaisante (j’ai toujours préféré les curés à leurs ouailles). Il n'y a plus aucun prêtre à Grand-Lebrun et même le directeur (une directrice en fait) est laïc...

Le hasard a voulu que je termine un « thriller » de Donato Carrisi (auteur d’un succès mondial « le chuchoteur»), « Le tribunal des âmes », en rentrant de ce diner. Un intrigue complexe, un peu trop parfois, qui met en scène un ordre fondé par le Vatican, « les pénitenciers», qui aurait établi à partir des témoignages recueillis en confession, des archives secrètes des crimes les plus horribles pour lesquels les simples prêtres ne pouvaient donner l’absolution sans une décision des autorités suprêmes à Rome, « le tribunal des âmes ». Après sa dissolution par le Vatican, en raison de ses dérives, cet ordre se serait érigé en société secrète poursuivant les criminels jusqu’à leur élimination. Une écriture fluide, des rebondissements multiples, des personnages assez « consistants», une fin qui surprend vraiment, permettent d’oublier que ce roman se veut sans doute aussi une réflexion sur le mal.

Ridley Scott avait-il la même ambition, philosophique, lorsqu’il a réalisé « Prometheus » ? Sa conception de l’homme est bien peu darwinienne (voir le billet précédent), plutôt « créationniste» avec une héroïne qui ne sépare jamais de son crucifix. Si les références à 2001 sont omniprésentes - impulsion extra-terrestre à la création de l’homme, découverte de signaux laissés par cette civilisation, expédition organisée à leur recherche, robotique s'autonomisant , vieillard parcheminé sur son lit dans une chambre reconstitué dans un vaisseau spatial – la ressemblance s’arrête là, non seulement parce qu’ici l’homme ne se dirige pas vers une stade supérieur de son évolution, « l’enfant des étoiles », mais vers sa destruction, mais surtout parce que la comparaison serait cruelle pour le réalisateur.
Il reste un magnifique spectacle visuel qui se voit sans ennui, ce qui n’est pas le cas de « Cosmopolis » de Cronenberg,métaphore futuriste de la fin du capitalisme, projection hallucinée de l'aboutissement possible de la crise financière acuelle qui se termine sur un dialogue hallucinant entre un goldenboy et un laissé pour compte du système,brillant jusqu'à l'ennui.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 21:41

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Qui se souvient encore du nom de Jean Baptiste Lamarck? Il fut le premier à proposer une théorie « transformiste » de l’évolution des espèces. Selon celle-ci, les espèces dérivent les unes des autres, les transformations se faisant sous la pression « intentionnelle » des évènements et du milieu. Il prônait donc l’hérédité des caractères acquis. Darwin allait opérer une révolution copernicienne en affirmant que cette évolution se faisait par « hasard », sous l’effet de la sélection naturelle. La longueur du cou de la girafe est l’exemple le plus simple pour différentier les deux théories : selon Lamarck les girafes ont commencé à vouloir manger des feuilles en hauteur ce qui a progressivement allongé leur coup, pour Darwin, à l’origine, il y avait des girafes avec des cous de toutes les longueurs, mais la sélection naturelle n’a gardé que les girafes à long cou, les plus « adaptées ».

Le Darwinisme a triomphé et Lamarck est tombé dans l’oubli ou presque. D’abord parce que sa thèse, malgré ses lacunes qui persistent, était bien plus « puissante » , moins « naïve » que celle de Lamarck, mais le discrédit de ce dernier tient aussi à l’idéologie. Le darwinisme permettait de faire l’économie de Dieu, ce qui fut illustré brillamment par Jacques Monod dans son célèbre essai « le hasard et la nécessité », alors que le lamarckisme, et la place qu’il laissait à « l’intentionnalité », était compatible avec le concept d’évolution créatrice (rien à voir cependant avec le créationnisme de certaines sectes américaines!). Tout n’est pas si simple cependant, les catholiques furent certes du côté de Lamarck, mais les protestants plutôt du côté de Darwin (il me semble que la notion de « prédestination » auraient pourtant du les pousser vers Lamarck…). Le darwinisme lui-même allait, avec le « darwinisme social » qui prônait la sélection compétitive comme moteur social, être l’objet d’une dérive idéologique droitière.

Certaines découvertes récentes viennent quelque peu réhabiliter Lamarck en montrant que certaines de ses intuitions étaient justes : l’environnement pourrait être responsable de variations dans l’expression des gènes (et non des gènes eux mêmes), dites variations « épigénétiques », pérennes au fil des générations. Cette hérédité « épigénétique » serait donc « acquise ».

Si ce retour en grâce de Lamarck a attiré mon attention, ce n’est pas en raison d’un intérêt marqué pour la théorie de l’évolution, mais parce que je fus dans ma jeunesse un ardent défenseur du courant de pensée qui se réclamait du Lamarckisme, entrainé certes par mon milieu familial d’extrême droite mais surtout par la lecture enthousiaste des livres du zoologiste et biologiste Pierre Paul Grassé (« Toi ce petit Dieu » ) et du prix Nobel de médecine Alexis Carrel dont l’essai « L’homme cet inconnu » , paru en 1935, a eu un retentissement considérable pendant des dizaines d’années. Il y défendait des thèses eugénistes arguant que les progrès de l’hygiène et de la médecine avaient détournés la sélection « naturelle » de son rôle(il empruntait aussi à Darwin), prônant ainsi l’élimination des humains indésirables, se basant sur le concept de dégénérescence, notamment l’euthanasie des criminels et des aliénés et la « restauration » de l’homme grâce aux avancées de la science et au conditionnement. Même si Carrel ne semble pas avoir été influencé par Nietzche, on ne pas ne pas évoquer le « surhomme ». Bruno Mégret en fit un de ses maitres à penser . Alexis Carrel ne peut cependant être assimilé à l’idéologie nazie qu’il critiqua : « …les juifs sont une bonne race: ils ont maintenu longtemps leur idéal et le christianisme vient d’eux….L’Allemagne ne renferme aucune race pure. ». S’il effaroucha les catholiques, il reçu un accueil favorable d’une certaine gauche et fut notamment encensé par « l’éducateur prolétarien ».

Le choc qu’ a provoqué en moi la lecture du livre de Jacques Monod précédemment cité, et la découverte de l’œuvre d’un autre biologiste Henri Laborit m’ont vite éloigné de ce marécage idéologique, mais en relisant ces lignes concernant l’homosexualité , « Les sexes doivent de nouveau être nettement définis. Il importe que chaque individu soit, sans équivoque, mâle ou femelle. Que son éducation lui interdise de manifester les tendances sexuelles, les caractères mentaux et les ambitions du sexe opposé. », je me demande comment l’adolescent que j’étais a pu ne pas être troublé et ne pas se rendre compte que c‘était de lui dont on parlait...Avec le recul, on pourrait tourner cela en dérision en qualifiant cette opinion de paradoxale pour un « transformiste »…

Le transformisme sexuel est le thème du nouveau film très attendu de Xavier Dolan avec Melvil Poupeau, prochainement présenté à Cannes, dans une section parallèle. En attendant sa sortie, j’ai vu le nouveau Jacques Audiard, « De rouille et de sang », l’histoire d’une dresseuse d’orques qui leur ayant accidentellement donné ses jambes va entreprendre le dressage d’un autre orque, humain celui-là, et lui donner son cœur. Un grand cinéaste à n’en pas douter et un acteur aussi époustouflant que dans Bullhead, mais je dois avouer n’avoir pas été vraiment séduit, comme tenu à distance de cette histoire.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 20:17

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Il y a quelques semaines déjà que j’ai vu ce premier film de Sam Levinson où sont mises en charpie toutes les valeurs familiales, un petit bijou qui devrait être projeté à ceux d’entre nous qui attendent avec impatience d’avoir la possibilité de se marier et aux députés UMP de la droite populaire. Cette comédie, plutôt noire et déjantée, dans le cadre d’une réunion familiale à l’occasion d’un mariage, est jubilatoire, servie par une interprétation exceptionnelle, notamment celle du jeune et charmant Ezra Miller.

La cérémonie des «Césars» se veut également un jour heureux pour le cinéma français, les règlements de compte et coup bas n’y sont que feutrés. Cette année ce fût Jean Dujardin qui fût le laisser pour compte du triomphe de «The Artist», le prix d’interprétation masculine ayant été confondu avec le « prix de l’intégration… ». Cela ne m’a pas attristé, je n’ai pas vu ce film, un boycott pas très rationnel je l’avoue, l’acteur m’horripile (apparemment je ne suis pas le seul…), la caricature de l’hétérosexuel pour moi, et j’ai toujours été imperméable aux charmes du muet. Et puis un tel engouement de la part de la critique « anglo-saxonne » ne me disait rien de bon, tandis que la notre, «plus cultivée » semblait plus réservée. Cela dit je me réjouis de son succès aux Oscars, une façon originale, l’analyste financier Marc Fiorentino l’a souligné, de retrouver, d’une certaine façon, notre triple A.
 
Qu’Omar Sy ait obtenu le César du meilleur acteur m’a laissé sans voix, certes il fait un numéro mémorable dans « Intouchables », mais tout de même…Il était sans doute équitable qu’une comédie plutôt intelligente et touchante, qui a rencontré un immense succès public bien plus compréhensible que celui des «Ch'tis», soit nominée parmi les meilleurs films. On aurait pu en rester là…Olivier Gourmet pour sa prestation dans «L’exercice de l’état » aurait fait un parfait « César» du meilleur acteur. N’ayant vu ni «The Artist», pour les raisons que j’ai dites, ni «Pater», le film ayant disparu de l’affiche trop rapidement, mon jugement est plus que contestable, mais j’ai le sentiment que « L’exercice de l’état » et « Polisse » étaient les deux meilleurs films avec pour ce dernier le souhait d’un « César collectif » pour l’interprétation.

Il est de toute façon vain de critiquer un palmarès. Celui des Césars, choix des professionnels du cinéma, a généralement le mérite du « juste milieu » entre le goût du « grand public », celui de la facilité et des schémas de pensée simplistes, et celui d’une certaine critique « intellectualiste» que l’ennui semble parfois faire bander. Une incompréhension cependant, l’absence de « Tree of life » dans le choix des nominés pour le meilleur film étranger, qui aurait pu être atténué si « Melancholia », son opposé « métaphysique » avait remporté le prix, mais il était écrit que ce serait « La séparation », un très bon choix de toute façon.
 
Deux films pourraient se retrouver dans la liste des meilleurs films étrangers 2012. « La Taupe », un film d’espionnage mené à sa perfection, on ne sait ce qu’il faut le plus louer de la mise en scène, de la photo, de l’interprétation, ou de l’atmosphère qui vous font oublier les efforts demandés pour ne pas perdre le fil de l’histoire…et surtout l’impressionnant film coup de poing qu’est « Bullhead », histoire ténébreuse et glauque de la vengeance d’un paysan flamand castré par un handicapé mental wallon dans son enfance, avec pour arrière-plan une histoire de trafic d’hormones dans une Belgique traversée par les haines linguistiques. Matthias Schoenaerts, la vedette du prochain Audiard, y fait une interprétation magistrale.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 22:54

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Ce dernier week-end, aidé par les facilités que procure la carte UGC-illimité, j’ai pu rattraper une partie de mon retard en allant voir quatre des films les plus récemment sortis. Je suis sans aucun doute sous l’emprise de cette « magie du cinéma » à laquelle Scorsese vient de consacrer un film merveilleux, dans tous les sens du terme, et qui constitue un splendide hommage à George Méliès, « Hugo Cabret ». J’aime trop le cinéma pour concevoir d’aller découvrir un film ailleurs qu’en salle, en plein écran avec la sensation physique du public (quand il ne dévore pas des poches entières de pop corn). Je me souviens qu’adolescent, en ces temps où il m’arrivait de revoir de nombreuses fois les films qui m’avaient enthousiasmé (plus d’une dizaine de fois pour 2001, odyssée de l’espace), je retournais en salle au moins autant pour ressentir « ensemble » les moments de silence, d’émotion ou de rires, que pour les revoir. J’en regarde fort peu à la télévision, seulement s’ils ont la dimension de téléfilms et si je n’ai pu les voir en salle, je n’ai pas du acheter plus de 2 ou 3 DVD dans ma vie et il ne me viendrait pas à l’idée d’aller regarder un écran d’ordinateur un film téléchargé légalement ou illégalement, pratique qui si elle n’est pas combattue plus énergiquement finira par tuer la machine à « magie ».

Ce week-end la moisson fût excellente. Tout d’abord le film apocalyptique de Jeff Nichols, « Take Shelter », que l’on ne peut manquer de rapprocher de deux autres films récents, « Melancholia » et « Tree of life ». Les visions de fin du monde du héros, dont la mère est schizophrène, métaphore des angoisses de l’Amérique et de notre monde, sont elles le témoin de son extrême lucidité ou de sa propre folie, à moins qu’il ne soit pas possible de trancher si, selon l’expression d’un personnage du film de Coppola, « Rusty James », « la perception aigüe du réel rend fou ». Le dénouement stupéfiant du film laisse la question ouverte. Les multiples prix reçus par ce film, qui peut dérouter par sa lenteur, mais qui brille autant dans sa mise en scène que son interprétation, sont amplement justifiés.
Coup de cœur pour « Une nuit », premier film de Philippe Lefebvre, qui signe là un polar noir qui vous charme de bout en bout. Un flic solitaire de la mondaine, qui flirte dangereusement avec les malfrats, interprété par Roschdy Zem, impressionnant (il fait parfois penser à Lino Ventura), traqué par l’IGS, nous trimbale dans le Paris nocturne et glauque des bars et boites, extraordinaires et émouvantes scènes dans des cabarets à « travellos », tenues par le « milieu». Cerise sur le gâteau, un coup de théâtre final qu’il ne faut surtout pas raconter.
Une seule déception, relative car le film se laisse voir sans déplaisir, mais la critique était si élogieuse, le dernier film de Cedric Kahn, « Une vie meilleure ». Ce qui a séduit c’est probablement le portrait d’une France en crise, la déchéance sociale due au surendettement, la critique de la course à la réussite individuelle. Tout ceci est pourtant fort peu convaincant, bien moins par exemple sur le problème de l’endettement que « Take Shelter », souvent caricatural et rarement émouvant.

J’ai eu moins de chance avec ma dernière lecture, « Poussière d’homme », pourtant chaudement recommandé par Gérard Collard, le libraire chroniqueur de l’émission « le coin des libraires ». Court roman autobiographique de David Lelait, plus connu pour ses biographies d’icones gays comme Dalida ou la Callas sous forme d’une lettre d’amour à son ami mort, non du Sida pour une fois, mais d’un cancer foudroyant. Ce récit, qui se lit certes rapidement, n’a jamais réussi à m’émouvoir, aussi sincère soit il, peut être à cause d’un « effort d’écriture » un peu trop sensible derrière la simplicité du style. Chaque fois, ou presque, que Gérard Collard a un « coup de cœur », je ne le partage pas. Peut être devrais je me résoudre à ne plus suivre ses conseils….

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 22:11

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Je n’ai pu voir ce premier débat des primaires, mes obligations professionnelles m’en ont empêché, mais je doute qu’il ait pu modifier mon inclinaison, qui ne date pas d’aujourd’hui, pour François Hollande. Je ne sais encore si je participerai au vote, puis je vraiment signer un document où j’affirmerais mon adhésion aux valeurs de ce parti ? On  a d’ailleurs du mal à croire qu’elles soient exactement les mêmes pour les  six candidats, mais après tout comme l’élu, quel qui soit, s’il remporte la présidentielle se verra forcé (par la «realpolitik») de les trahir, plus ou moins vite, on ne prend pas  grand risque à le signer en fermant les yeux?

Je n’ai pas non plus beaucoup vu Budapest, tout juste  le temps d’apercevoir, des fenêtres du taxi qui m’amenait de l’aéroport à mon Hôtel, quelques vestiges de l’empire Austro-hongrois sur les façades d’immeubles bordant les rues de Pest, et  au loin sur les bords d’un danube qui n’avait rien de bleu le château et les monuments de Buda que j’avais eu l’occasion de découvrir, trente ans plus tôt, avant la chute du mur. La vie nocturne de Budapest est sans doute aujourd’hui beaucoup plus animée que du temps où Brejnev régnait sur Moscou, je n’ai pas eu le temps d’aller l’explorer, mais si on en juge par la fréquentation par la jeunesse locale des sites internet, gayromeo semble très populaire ici aussi, les rencontres doivent pouvoir s’enchainer...Ce n’était point le cas à St Laurent de Cabrerisse, petit village des corbières perdu entre Carcassonne et Perpigan, où je participais dès mon retour à un séminaire de travail, le GPS du logiciel de rencontre « GRINDR » de mon ipad ne localisant pas âme qui drague à moins de 20 kms....

Du temps donc pour me lancer dans la lecture d’un roman improbable, celui d’un petit génie de 19 ans, Marien Defalvard. « Du temps qu’on existait » nous conte la dérive mélancolique et la détestation de son temps d’un homme qui se penche sur son passé, mélancolie que rien, depuis le paradis perdu de son enfance familiale,  ne vient adoucir, y compris ses éphémères rencontres masculines. On ne peut pas ne pas évoquer Proust. Le style, une fois qu’on s’est laissé emporter par lui, la lecture n’en est pas limpide, est étincelant, envoutant. Seule réserve, derrière le sentiment d’assister à l’avènement d’un grand écrivain, celle justement de s’être laissé envouté, de s’être « fait avoir », et que l’auteur ne se révèle un jour être à la littérature ce que BHL est à la philosophie.

Pas d’envoutement, plutôt une certaine perplexité, après avoir vu le film de Nanni Moretti, « Habemus Papam ». Certes on passe un assez bon moment, c’est parfois drôle, et Piccoli égal à lui même, mais on voit mal quel est le propos de l’auteur qui balance entre la caricature du collège des cardinaux, de la psychanalyse, voire du sport d’équipes. Si c’est l’Eglise qui est visée, la satire est plutôt douce, elle aurait facilement pu être plus cruelle. Etrange cette absence presque totale du film de la « religion», comme si aucun des cardinaux n’avait été touché par la « grâce », comme si aucun n’était habité par la « foi ». Etrange aussi cette affirmation d’une réticence de l’Eglise aux théories freudiennes, le cinéaste ne sait il pas qu’elles influencent au contraire fortement ses positions , notamment sur l’homosexualité ou sur la « théorie du genre » !


« Ceux que j’aimais de façon immanquable, suivaient tous le même rituel à travers mes perplexités intérieures, mais il fallait, pour qu’à chaque fois le processus puisse se renouveler sans que je l’anticipe, que la personne sur laquelle j’avais fixé mon sentiment, me paraisse toujours nouvelle, qu’elle semble écraser de son simple nom couché une pléiade d’antécédents bavards et divers, qu’elle les enterre, tous »
(Marien Defalvard, Grasset, 2011.

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 16:50

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« Je peux vivre sans toi, oui, mais ce qui me tue mon amour, c'est que je ne peux vivre sans t'aimer », ces paroles du refrain d’un des chansons écrites par Alex Beaupain pour le très beau film de Christophe Honoré, « Les Biens aimés », constituent le film conducteur des chroniques amoureuses d’une mère (interprétée par Ludivine Sagnier puis Catherine Deneuve) et de sa fille (Chiara Mastroianni), chroniques dont les soubresauts et les souffrances qu’ils traduisent éclipsent pour les protagonistes les grondements de l’Histoire, chars de Prague aux attentats du 11 septembre. Ce réalisateur qui m’avait déjà enchanté avec sa précédente comédie musicale, « Les chansons d’amour », toujours avec Alex Beaupin comme parolier, est un habitué de Cannes depuis s son premier film « 17 fois Cécile Cassard ». Film sur le sentiment amoureux sur ce qui le fait naître, disparaître, ou l’exacerbe- le temps qui passe, l’égoïsme, l’infidélité (« Est-ce qu’on pourrait arrêter de se tromper les uns les autres ? » dit un des personnages, laissé pou compte de l’amour), l’absence de désir physique - tout ce qui en constitue l’essentiel est dit en chansons. Dans un des plus belles scènes, l’amant de Henderson, batteur d’un groupe rock interprété magistralement par Paul Schneider, tente de surmonter l’impossibilité d’un rapport physique entre ce dernier et Vera qui l’aime à en mourir, en prenant l’initiative d’un plan à trois....

Cette rentrée est riche de films qui ont marqué l’excellente sélection du festival de Cannes, notamment le splendide film de Lars von Trier, « Melancholia », dont les dimensions cosmiques et la virtuosité de la réalisation font écho à celui de Terence Malik, « Tree of life ». Les deux films révèlent pourtant deux visions aussi opposées que possible, religieuse d’une rédemption par la grâce pour ce dernier, alors que celle de Lars Von Trier est d’un pessimisme radical, solitude infinie de l’Homme dans l’Univers qui n’a d’autre issue que de disparaitre avec l’humanité entière.


On pourrait rêver d’une rentrée littéraire sans un livre d’Amélie Nothomb en tête des ventes, ce ne sera pas cette année, il faudra en plus supporter ses chroniques dans « Le monde des livres » ce qui ne rassure pas sur l’évolution éditoriale de ce supplément, mais on se consolera en découvrant le nombre d’ouvrages qu’on aimerait se procurer et avoir le temps de lire, le nouveau roman de Jonathan Franzen, le premier d’Albert Jenni, « L’art français de la guerre », dont on parle beaucoup, et surtout la saga d’Haruki Murakami, 1Q84, titre clin d’oeil à « 1984 » , dont les deux premiers tomes viennent de paraître.

Rentrée professionnelle aussi, avec la reprise de mes déplacements, Budapest lundi et mardi pour une réunion internationale, puis en pays cathare pour une réunion interne à mon entreprise.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 21:06
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Enfant et adolescent, j'étais bien sûr heureux de partir en vacances, mais assez rapidement avec une vive accélération à l'approche du 15 août (il est vrai qu' en ces temps là elles s'étendaient de Juillet à fin septembre), je commençais à m'ennuyer, à ne plus penser qu'aux nouveaux livres de classe, à mes nouveaux professeurs, etc. Cela exaspérait  mon frère et mes parents.

J'ai peu changé. Je ne vois pas d'un mauvais oeil la perspective de 2 ou 3 semaines de vacances, besoin de dormir plus, de combler mon retard de lecture, de soleil, et le plaisir de retrouver début août Sitgès, sa plage, ses bars, ses restaurants, sa phone gay, ses nuits qui se terminent au petit matin, les amis que l'on retrouve, les étapes touristiques à l'aller ou au retour. Tout cela se mêlera à mon impatience que "la vie reprenne", que cesse ce désert culturel des  mois d'été, assez spécifique à la France : aucune sortie littéraire avant la fin août, une production cinématographique globalement affligeante (ils appellent ça "la fête du cinéma!), une télévision où les rares émissions dignes d'intérêt disparaissent, une actualité au ralentie (il est vrai que cet été nous sommes plutôt gâtés avec la crise des dettes souveraines, le feuilleton DSK, les vacances de Mr Hulot et les déclarations de sa rivale, la passionaria viking, qui veut déplacer le défilé militaire le 11 novembre ou le 8 mai, une façon sans doute de célébrer la division de l'europe...).

Combler mon retard de lecture, l' été n'y suffira pas, seule la retraite en viendra peut être un jour à bout. Ces dernières semaines, au gré de mes déplacements, j'ai limité mes efforts à la lecture de quelques thrillers, notamment celui de Shane Stevens, "Au delà du mal", qui avait remporté un franc succès public et critique il y a près de deux ans, qualifié de "polar exceptionnel". C'est ce que l'on espère en abordant ce pavé de 900 pages, mais on est vite déçu par la simplicité de l'intrigue policière proprement dite, le seul suspense étant son dénouement, la façon dont le psychopathe, "tueur en série", connu dès les premières pages, va se faire prendre et par l'inconsistance des personnages. On est cependant emporté par le souffle qui anime l'écriture de cette fresque, on ne s'ennuie pas,  dont l'intérêt réside surtout  dans la peinture au vitriol qui est faite de la société américaine, de son milieu politique et journalistique, de sa police, de son peuple. Sans doute faut il aussi savoir que ce livre a été écrit il y a plus de 30 ans par un auteur anonyme et qu'il a été considéré comme un véritable renouveau du roman  de "serial killer". Avant de d'avoir lu, étant donné l'enthousiasme qui avait entouré sa sortie, je m'étais procuré le deuxième roman de Shane Stevens publié en France, "L'heure des loups", dont je me suis demandé s'il s'agissait bien d'une oeuvre du même auteur... Autant l'écriture du précédent roman était fluide, les personnages inexistants, l'intrigue linéaire, autant le style du suivant m'a paru difficile, on songe parfois à en abandonner la lecture, avec des personnages bien réels et une intrigue d'une grande complexité. Ce second ouvrage, qui relève  plutôt du roman d'espionnage, est aussi un document sur l'utilisation d'anciens criminels nazis par les services secrets occidentaux et un guide amoureux de Paris.

Si je devais vous recommander un "triller", ce serait le premier roman S. J. Watson "Avant d'aller dormir". Thriller psychologique qui conte l'histoire effrayante d'une femme qui souffre d'amnésie à la suite d'un traumatisme, elle se réveille en ayant tout oublié de ce qu'elle a fait la veille au point de devoir tenir un journal de ses activités quotidiennes, journal  dont son thérapeute lui rappelle l'existence chaque matin. C'est à la découverte progressive de  ce qu'a réellement été son passé que cette femme va être confrontée dans un suspense hitchcockien digne de "Psychose".

A signaler aussi dans ce désert estival le très beau film iranien "Une séparation" qui au delà du  regard qu'il porte sur les divisions de la société iranienne et de la survalorisation du rôle de l'homme, a une portée bien plus universelle. L'affrontement des deux héros, prisonniers chacun de leur système de pensée, l'un, représentant la société iranienne aisée, défendant le primat de la raison sur le dogme, l'autre, issu des milieux populaires, s'appuyant sur la tradition fondée sur la religion et l'exigence de vertu, ne peut que conduire au drame, reflet de la fracture du corps social.

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 12:16

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A la sortie de la projection du film de Terence Malik, c'est le nom du Père jésuite Theillard de Chardin qui m'est venu aussitôt à l'esprit. L'alpha et l'omega, la fin et le commencement sont le même. " The tree of life" peut se voir comme une version "religieuse" de "2001 Odyssée de l'espace". Film immense d'un réalisateur de génie, qui insère l'histoire intimiste d'une famille américaine, théatre de l'opposition entre la "nature", autrement dit le mal, et la grâce, dans celle de la création et de la fin du monde. Je me réjouis de cette palme d'or que je pensais improbable pour un film qui pourrait obtenir, s'il existe encore, le prix de l'office catholique du cinéma....
A côté les autres films ne peuvent qu'être éclipsés, même si le dernier Woody Allen ne manque pas de charme.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 21:53

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Un dimanche de la mi-avril, le plus souvent celui du marathon de Paris, depuis plus de 10 ans, je m'envole pour une des grandes villes américaines dotées d’un centre des congrès suffisamment grand pour pouvoir accueillir les milliers de participants de l’American Association of Neurology (AAN), venus du monde entier.  Après Boston, Philadelphie, Seattle, San Diego, Toronto, Denver, Chicago, San Francisco, Miami, c'est au tour, comme en 2003, d' Honolulu. En pleine guerre du golf, nombreux sont ceux qui avaient alors renoncé à faire ce voyage jugeant la situation internationale trop risquée, nous avions reçu un accueil plutôt froid, sinon hostile, conséquence de la position française défendue par Villepin à l'ONU. Cette année il devrait être plus chaleureux, puisque Juppé, toujours à l'ONU, a entrainé avec nous les américains dans l'aventure libyenne. La situation "nucléaire" au Japon a cependant amené certains neurologues à renoncer à faire le voyage. Il est vrai que depuis quelque temps les retours de l' "AAN" sont quelque peu anxiogènes : déclaration de la pandémie de grippe H1N1 il y a 2 ans, nous étions à Seattle, avec une menace de mise en quarantaine au retour en France, impossibilité pendant quelques jours de rentrer de Torento en France, l'année dernière, le volcan islandais... Le souvenir peut être aussi qu'Hawaï a déjà été le théâtre d'un mauvais coup venant du Japon...

Honolulu , un très long voyage,  douze heures jusqu'à San Francisco, cinq heures d'escale, puis à nouveau cinq heures de vol...L'occasion de terminer la lecture du "Journal impoli" de Christian Millau. Célèbre critique gastronomique, on sait qu'il  "inventa"  avec son compère Henri Gault et Michel Guérard, la "nouvelle cuisine" et qu'il fonda un célèbre guide qui porte encore son nom mais qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été depuis qu'il a été plusieurs fois racheté. C'est en suivant "Gault et Millau" que je me suis "forgé le goût" dans mes "folles" années où le sexe et la gastronomie me conduisaient à parcourir la France et que j'ai pu découvrir les cuisines de Chapel, de Loiseau, de Blanc, de Michel Bras, de Guérard, de Marc Meneau et de temps d'autres. Me serais je jamais arrêté dans un petit village de montagne de la Haute Loire, Saint Bonnet le Froid, pour m'y régaler pour moins de "100 francs" dans le petit bistrot de Regis Macon, aujourd'hui un trois étoiles Michelin, si je n'avais suivi les conseils de Christian Millau? L'on sait moins que Christian Millau fût aussi grand reporter, journaliste au Monde, qu'il a côtoyé le "tout Paris " littéraire des années 50, il l'a conté dans  son livre "Le galop des Hussards", et qu'il a une immense culture. Il s'agit moins d'un journal qu'une chronique pleine d'anecdotes de ses rencontres, innombrables, Nimier, Blondin, Céline, Mauriac , Welles, Desproges , tant d'autres et des évènements qu'il a traversé. Chronique au combien impertinente, pleine d'humour, "vue de droite" certes mais d'une droite non conformiste. Ses détestations et ses admirations sont souvent les miennes, même s'il peut, ici où là, m'irriter.

Quelques extraits savoureux sur le monde homosexuel qu'il a beaucoup côtoyé.
"Au début des années 60, le Scaramouche avait investi la cave. C'était l'époque où la nuit, drôle et étonnante, devait tout aux homosexuels, qui ne nous bassinaient pas encore avec leur Gay Pride. Dieu leur avait donné le génie du simulacre, de la parodie et de la démesure, mais ils nous en faisaient profiter en famille,  nous qui n'étions pas de leur bord et les chérissions"
"En Angleterre, on les appelle "fag hags" (littéralement : "tricoteuses de tantes"). Ce sont des dames du meilleur monde, qui tapissent leur salon d'homosexuels. Ils ont l'avantage de n'amener avec eux que des hommes. Donc, aucun risque de concurrence. Il convient de remarquer que tous ne repartent pas avec l'argenterie. Je pense à François-Marie Banier qui, lui, au contraire, n'est pas parti. Il a eu raison puisqu'en restant, il a tout trouvé sur place. Liliane Bettencourt, quatre vingt neuf ans, est en effet une bonne dame qui comprend les jeunes gens, même prolongés."
"Enfin, de la bouche de Jean Cocteau, ce mot "énorme". Un soir à l'opéra, mme François Mauriac, voyant sa loge occupée, s'écrie : "Mais, monsieur, c'est ma loge! Je suis la femme de François Mauriac." Le "monsieur", qui avait le dos tourné et qu'elle n'avait donc pu reconnaître, était Cocteau, entouré d'amis. Il lui répondit : "Ca madame, nous l'avons été avant vous." Peut être bien que François Mauriac fut le seul, à Paris, à ne pas savoir qu'il "en était"
(Christian Millau, Journal impoli, 2011)

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