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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 21:36

 

Le-monolithe.jpg

La disparition d’Elisabeth Taylor, star légendaire du cinéma américain bien plus que grand actrice, icône gay qui aimait tant les « pd » qu’elle en nouait avec eux des amitiés amoureuses, James Dean, Montgomery Clift, Mickael Jakson, Rock Hudson dont le décès fût à l’origine de son engagement dans la lutte contre le Sida, m’a laissé plutôt indifférent. J’ai toujours été épargné par cette étrange fascination qu’exercent sur  tant d’homosexuels les divas du monde du cinéma ou des variétés.

La mort d’un grand acteur qui ne faisait pas mystère de son homosexualité, Farley Granger, est passée elle presque inaperçue. Il fût le jeune officier autrichien du « Senso » de Visconti, ainsi que le partenaire de John Dall, lui aussi homosexuel, dans le film d’Hitchcock « la corde » que j’ai eu récemment l’occasion de revoir à la télévision. En dépit de la virtuosité de sa mise en scène, le film m’a semblé avoir terriblement vieilli. Le regard que porte le cinéaste sur l’homosexualité, sur son « a-moralisme », ne manque pas de déranger, sorte de version « noire » de la «cage aux folles».

Il y a un peu plus de 10 ans, une autre disparition, celle d’un des plus grands, du plus grand peut être, metteur en scène du 7è art, Stanley Kubrick, m’avait profondément ébranlé. La cinémathèque française lui consacre actuellement une rétrospective. Je me souviens encore de ce jour où, adolescent, j’ai franchi les portes du « théâtre Français », un des plus grandes salles de cinéma de Bordeaux, plus de 1000 places, l’ère des multisalles était encore loin, pour aller y découvrir « 2001, l’Odyssée de l’espace ». Cloué sur mon fauteuil dès les premières notes d’ « Ainsi parlait Zarathoustra », je suis sorti de la projection en état de sidération, n’ayant qu’une idée en tête, revoir ce film. Je n’allais pas cessé de le revoir. Le film est beaucoup moins hermétique qu’on ne l’a dit, même si contrairement au livre qu’en a tiré son coscénariste, l’auteur de SF, Arthur C Clarke, il laisse la place à l’interprétation du spectateur. L’argument en est pourtant limpide, une intelligence supérieure, symbolisée par le monolithe noir, provoque, à l’aube de l’humanité, l’évolution du stade primate au stade humain, puis des millénaires plus tard, une fois que l’homme a atteint le niveau technologique lui permettant de conquérir l’espace et a réussi à s’affranchir de la domination par la machine (la mort du super ordinateur Karl), celle vers un stade supérieur de la conscience : plongé dans l’éternité, passant de l’âge mur, à la sénescence et la mort, il renait sous la forme de « l’enfant des étoiles », maître de l’univers.
Le génie de Kubrick s’est souvent heurté à Hollywood et ses stars. Evincé du tournage de la « Vengeance aux deux visages » par Marlon Brando, en conflit fréquent avec Kirk Douglas sur celui de « Spartacus », il se verra contraint par les producteurs de couper 20 mn de 2001. Ces 20 mn de film viennent d’être retrouvées, sans le son, mais les héritiers s’opposeraient à leur utilisation....
Kubrick, l'enfant des étoiles

Les deux films que j’ai vus ce week-end ne sont certes pas des chefs d’oeuvre mais méritent tout l’intérêt qu’une certaine critique leur a porté. « Easy Money » est un thriller nordique au scénario original qui n’est pas sans faire penser à celui de « Jewish connection » - dans sa recherche « d’argent facile » un jeune étudiant se trouve embarqué dans le milieu de la drogue - mais ici pas de rédemption, un film très noir. Les ravages du capitalisme financier qui conduisent à des licenciements massifs pour préserver les cours de bourse rapprochent « Company men », ici licenciement de cadres supérieurs et « « Ma part du gâteau », là de simples employés. La force de l’interprétation et de la mise en scène du premier laissent loin derrière le second au final invraisemblable.

17338_Buttom_Medium.jpg.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 08:38

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Nous partirons demain, Bertrand et moi, pour 15 jours de vacances au Vietnam. Arrivée mardi matin à Hanoï sur un vol de Vietnam Airlines, avant de descendre progressivement vers le sud pour terminer notre périple à Saïgon avant de rentre sur paris le 21 au petit matin,avec Air France cette fois là. Internet semble fonctionner sans contrainte dans ce pays "communiste", si j'en juge par le nombre de contacts quotidiens sur le site "gayromeo" où j'ai signalé mon voyage, bien supérieur à la moyenne parisienne! Lorsque je précise que je viens avec mon "boyfriend", cela ne semble nullement les décourager. On peut bien sûr supposer qu'il y a ici où là quelques "arrières pensées" qui ne sont pas que sexuelles.
Le vent de révolte qui souffle sur le moyen orient ne semblant pas, pour l'instant, atteindre l'Asie, nous devrions être tranquille de ce côté là...

Juste le temps avant de partir d'aller voir le dernier film des frères Coen qui jettent un nouveau regard sur le western et se laissent pour une fois aller à susciter l'émotion, le tout superbement filmé, et surtout "Avant l'aube", un très habile film noir, dont on regrette parfois qu'il aille trop loin dans la "retenue", même chez Bacri qui n'a peut être jamais été aussi bon, mais c'est peut être là ce qui en fait la réussite, totale. L'interprétation est remarquable, le jeune Vincent Rottiers notamment, Sylvie Testut en miss "colombo" une fois qu'on a oublié qu'elle a été Sagan, mais jusqu'au plus petit second rôle, sans parler de l'atmosphère, du "climat" du film avec ses références à "Shining" (l'hôtel dans une vallée pyrénéenne, la scène du bar où le patron de l'hôtel invite son jeune stagiaire).

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 23:01

proust-didier-sandre-242140-jpg_133719.jpgun-pays-a-l-aube.jpg

 

Un évènement comparable à celui de la chute du mur de Berlin! Barak Obama et Jacques Attali, ce dernier parlant de chute du mur de la "méditerranée", ont peut être des dons de voyance, mais cette comparaison ne me semble pas tout à fait pertinente. Le jour de la chute du mur de Berlin, le soulagement était mondial  ou presque, il ne faisait pas de doute que c'est un monde qui s'écroulait, celui de la guerre froide et on parla même de "fin de l'histoire". Il ne faisait pas de doute non plus que le monde de l'est, de culture chrétienne, allait adopter nos valeurs et la démocratie. Une partie de l'orient est en train de s'ébranler et de se libérer de ses tyrans mais y voir une marche vers la démocratie et les valeurs de l'occident pourrait se révéler une chimère. L'avenir est indécidable. Ces tyrans laïques nous les avons pourtant soutenus et aidés à se maintenir, car comme nous ne concevions pas ces peuples autrement qu'opprimés et esclaves, nous les préférions à des tyrannies religieuses qui auraient menacé gravement  nos intérêts économiques. Erreur tragique qu'ils n'oublieront pas. Pour deviner quel est le prochain domino qui va tomber il ne sera peut être pas suffisant d'explorer les voyages récents en "dictature" de nos ministres, il parait qu'Hortofeux est allé au Maroc, mais on serait sans doute soulagé si la contagion atteignait l'Iran ou la Libye. Espoir et angoisse, cette dernière on peut la supposer très présente en terre d'Israël.

Des "pays à l'aube", pour reprendre le titre du dernier roman de Dennis Lehane qui trainait depuis des mois sur les rayons de ma bibliothèque, traduisant une certaine réticence à entreprendre la lecture d'un pavé de plus de 700 pages dont je subodorais que l'appellation "thriller" était contrefaite. J'avais tort, on ne les lâche pas ces pages qui content l'entrée de l'Amérique dans le 20è siècle, au sortir de la première guerre mondiale, une Amérique endettée, à l'économie chancelante qui fait face à une immigration massive, au retour de ses soldats qui expulsent les noirs des emplois qu'ils occupaient en leur absence, où la pauvreté s'étend propice à la pénétration des idées subversives venues d'Europe, une Amérique de la violence enfin, celles des grèves durement réprimées et des persécutions contre les noirs. Une Amérique où on n'imaginerait jamais qu'un de ces noirs puisse devenir un jour président des Etats Unis. L'action se déroule à Boston, ville de l'auteur au centre de bien de ses romans, où vont se rencontre les 3 héros, Luther le jeune ouvrier noir, Danny, le flic chargé d'infiltrer les milieux anarchistes et communistes et qui, en révolte contre sa famille, va se trouver à la tête du mouvement de grève de la police qui va révolutionner la ville, et Babe, le champion de base-ball. Une fresque historique monumentale dont on peut regretter qu'elle ait été publiée dans la collection "Rivages/Thriller", avec le double risque de décevoir les lecteurs habituels de cette collection, et de l'auteur, et surtout de ne pas toucher son public comme elle aurait pu le faire si le roman était paru dans une collection de littérature générale. Quant à Dennis Lehane on ne peut qu'être admiratif devant la diversité de son talent, capable d'écrire des romans policiers à héros récurrents, comme la série des détectives Kenzie-Gennaro qui n'est pas sans rappeler celle de Philippe Kerr, l'homophobie en moins, un pur roman "noir" comme Mystic River ou un thriller psychologique à la limite du fantastique comme "Shutter Island".

Clean Eastwood avait adapté avec brio Mystic River. J'ai été nettement moins séduit par "Au delà". Il est vrai que le sujet ne me passionnait guère, je suis plus obsédé par le problème de "l'avant", celui des origines, que par celui de "l'après", il se pourrait d'ailleurs qu'il s'agisse du même...Il y a certes de grands moments de cinéma ici où là, mais les parties du récit mettent du temps à s'articuler et celle qui se déroule en France sonne faux. Très ému par contre à la projection du "Discours d'un Roi", mais cela tient surtout à l'incroyable performance des acteurs, avec une mention particulière pour le rôle de l'orthophoniste. Quant à "Tron", dont le premier opus m'avait séduit, ennui mortel. Mon coup de cœur ira cependant à un  téléfilm, l'incroyable adaptation d' "A la recherche du temps perdu" qu'a réussie Nina Companez, en seulement 4 heures de projection, avec un narrateur que je n'aurais certes pas imaginé sous les traits de ce jeune homme efféminé et un peu niais mais qui finit par emporter la conviction et un Monsieur de Charlus d'anthologie.

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 11:09

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"Another year", sans doute le film qu'il fallait voir en ce premier jour de janvier. Un film où les saisons passent dans la vie d'un couple de sexagénaires dont la sérénité contraste avec ceux qui gravitent autour d'eux, le fils à la recherche craintive de l'âme sœur, la collègue vieille fille célibataire en manque de sexe, l'ami obèse et alcoolique, le frère en deuil de sa femme et malmené par un fils psychopathe. Ces solitudes  viennent chercher un réconfort impossible auprès de ce couple dont la chute du film nous suggère que derrière son empathie, son apparente convivialité, il n'y a qu'indifférence, comme si le malheur des autres nourrissait leur propre bien être. Un grand film.

 

Les saisons passent en effet. Chaque nouvelle année je participe à une grand réunion de rentrée de mon entreprise, à Sorrente, près de Naples cette fois-ci. La demi-journée de libre nous a permis d'aller visiter Pompéi, vingt minutes en train. Je n'imaginais pas que ce site historique, que l'absence de politique culturelle de Berlusconi est en train d'abimer, fût si vaste et si fascinant. Réjouissant aussi de voir un sexe masculin sculpté à même le sol de la rue principale pour indiquer la direction du lupanar. On chercherait en vain de tels repères dans le marais!

 

Fascinantes aussi les prévisions des analystes financiers et de certains économistes qui vous conseillent de revenir vers la bourse et les actions, malmenées depuis mai 2007. 2011 devrait être l'année de l'embellie...Il est à craindre que ces analystes, qui gagnent leur vie avec vos placements et dont les conseils ne sont donc jamais neutres,  prennent leur désir pour la réalité. Il en est d'autres, minoritaires il est vrai, mais qui se sont rarement trompés, qui pensent au contraire que 2011 pourrait bien être l'année de la  faillite des états, du crack obligataire et de l'effondrement des marchés!

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 20:42

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"Limbo" , comme la plupart  des pseudos que j'utilise sur internet, "hyperion", "leto", fait référence à un des livres "monument" de la Science-fiction, un roman de Bernard Wolfe, anti-anti-utopie publiée dans les années 50, qui décrit un monde postérieur à la troisième guerre mondiale et où un neurochirurgien démiurge, spécialiste de la lobotomie frontale, débarque dans un territoire où règne le pacifisme intégral. Roman prophétique, roman noir, à l'humour noir, profondément pessimiste quant à l'avenir de l'humanité, dont la  lecture devrait être imposée comme tentative thérapeutique à tout "militant".

Limbo se trouve être aussi le titre de la bande dessinée qui constitue une des trois intrigues parallèles d'un autre très grand roman, "Dans les limbes" de  Jack O'Connell, paru il y a quelques mois. Thriller gothique, en fait totalement inclassable, qui se passe dans la ville imaginaire au centre de tous ses romans, Quinsigamond, labyrinthe post-industriel . Le théâtre principal est ici une clinique, là encore dirigée par des neurologues démiurges, et dans lequel le héros, pharmacien, vient y amener son fils plongé dans le coma en espérant que ces médecins surdoués le réveillent, fils dont la lecture préférée était  "limbo", BD peuplée de monstres de foire, et dont les personnages semblent s'être échappés. A cela s'ajoute une bande de motocyclistes, réfugiés dans une usine de prothèses, qu'on croirait sortis de "MAD Max" . Les trois intrigues vont s'interpénétrer et se nourrir l'une l'autre pour donner un grand roman, à l'écriture enivrante, roman sur l'écriture justement, sur le langage, sur la construction d'un récit comme ses précédents ouvrages. Si on a évoqué le Stanley Kubrick de Docteur Folamour pour Bernard Wolfe, c'est ici Tod Browning, David Lynch et Borges qui sont convoqués.

 

Les romans de R.J.Ellory, sont de facture plus classique. J'avais dit, dans un précédent billet, tout le bien que je pensais de sa dernière production "Les anonymes".  J'ai terminé il y a peu "Vendetta", gigantesque fresque qui retrace l'histoire de la mafia aux Etats-Unis ces cinquante dernières années, y compris dans ses dimensions politiques (les assassinats des Kennedy en particulier), tout en restant un thriller palpitant, à l'écriture toujours aussi remarquable, avec un coup de théâtre final époustouflant. Un de ces livres que vous ne voudriez jamais voir se terminer.

 

J'aurais bien du mal à vous faire part de mon enthousiasme pour les derniers films que j'ai pu voir. Le dernier "Harry Potter", assez sombre, est plutôt supérieur à l'ensemble de la production, même si j'oublie une partie de l'intrigue d'un épisode à l'autre...Une petite mention pour une comédie parfois touchante "Les émotifs anonymes", qui peint, en forçant quelque peu le trait, une pathologie assez fréquente, "la phobie sociale".

 

Bonne année 2011 à ceux qui commentent ce blog (et aux autres aussi d'ailleurs!)

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 22:32

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J’ai finalement du me résoudre, hier en milieu d’après midi, à laisser ma voiture dans le parking de mon entreprise, sur les hauteurs de Rueil-Malmaison, pour tenter de rejoindre gare RER A et de regagner mon domicile, à pied pour les cinq cent derniers mètres, la ligne 6, aérienne, ne fonctionnant plus. Vaste éclat de rire en arrivant chez moi, lorsque j’ai entendu, « dans le poste »,  Brice Hortefeux déclarer qu’il n’y avait pas de problème! Boorlo, il y a peu, nous avait raconté une histoire de ce type lorsqu’il devait problématique de trouver la moindre goutte d’essence. Dans quel monde ces gens là vivent ils? Celui-ci y a peut être perdu sa future place de premier ministre, mais il est à craindre que celui là soit indéboulonnable…Coup de chance, la gare de Lyon était à deux pas pour mon déplacement du jour à Besançon. Je n’aurai plus qu’à aller récupérer ma voiture demain en RER, avant, si l'accalmie perdure, de donner un cours samedi matin sur le développement des médicaments ,dans le cadre du plan Alzheimer, puis de m’envoler pour Barcelone dans l’après midi pour une conférence, avant de rejoindre Zurich  lundi, simple aller-retour, pour une réunion dans un hôtel de l‘aéroport…

 

Ces déplacements me laisseront le temps nécessaire pour achever la lecture du journal de l’année 2009, "Krakmo" , de Renaud Camus. En un peu plus d’un an nous aurons eu la parution des années 2006, 2007, 8 et 9...On se rapproche du "live".

L’échec de sa candidature à l’Académie Française occupe largement le premier tiers du journal 2009. Cet échec, même si il était conscient que ses chances étaient quasi nulles, semble l’avoir profondément affecté, surtout le fait de n’avoir recueilli que trois voix, six de moins que lors de sa  précédente tentative. La narration des rencontres qu’il a du s’imposer lors de sa "campagne électorale" sont souvent savoureuses, notamment celle avec Valérie Giscard d’Estaing (mieux que Wikileaks…). Marc Fumaroli, pourtant favorable à sa candidature, l’avait pourtant mis garde, son nom « aux abords de la Coupole, produirait à peu près l’effet de celui de Faurisson ».  L’auteur semble alors exprimer comme un regret (se référer à la citation en fin de billet), non sur le fond de ce qu’il a écrit dans son journal de l’année 1994, « La campagne de France », et qui allait déclencher la cabale que l’on sait, mais sur le fait d’en avoir gravement sous estimer les conséquences. Il semble notamment particulièrement lucide sur le fait que c'est moins ses propos en eux même que la tentative d’autojustification qui les suivait qui a tout déclenché. J’ai en effet eu la chance, me procurant chaque tome du journal dès sa parution, de lire la version originale avant qu’elle ne soit retirée de la vente et ne réapparaisse que dans une version expurgée. J’avais lu sans sourciller le passage incriminé, et qui dénonçait le caractère communautaire, juif, d’une émission de France Culture, mais j’avais éprouvé une certaine gêne à la lecture de la longue explication qui s’en suivait et qui se défendait de tout antisémitisme. La question se posait donc? Cela ne m’avait même pas effleuré l’esprit tant j’étais familier de ses textes, mais d’autres l’étaient moins….

 

Ce qui semble l’avoir le plus mortifié , c’est que Pierre, son ami, le jour de l’élection, rentrant tard ce soir là après un conseil de classe, ait oublié de lui en demander le résultat. « C’était exactement comme si moi j’avais oublié…quand il passait l’agrégation, le jour des résultats, de l’interroger sur le sien ». On subodore même comme un soupçon d’une « aventure » qui pourrait expliquer ce fatal oubli : « aujourd’hui aussi il est rentré tard, c’est la saison des conseils de classe ». Ce passage m’a particulièrement marqué car il m’a remis en mémoire mon attitude le jour où j’ai su, du temps où j'étais avec Bernard (ancien collègue de Pierre, avec lequel il avait sympathisé lorsqu'ils professaient  au lycée de Noisielle), qu'il était reçu à l’agrégation de lettres. Certes je n’avais pas oublié de lui en demander le résultat, loin de là, mais je n’avais pas ressenti, ni manifesté l’enthousiasme qui s’imposait, l’esprit trop occupé par la relation passionnelle, qui fût sans lendemain, avec un jeune homme que j’avais rencontré le week-end avant au Quetzal , et dont j’étais sans nouvelle.

 

La teneur du journal est de plus en plus sombre, ses obsessions quant aux manières et aux mœurs de notre époque omni présentes ("égalité ou culture, il faut choisir"), sans parler de son hypochondrie et des manifestations psychosomatiques qui l’assaillent (il est vrai qu’il n’est pas aidé par son généraliste, qui diagnostique, sans examen, une arthrose cervicale devant des manifestations vertigineuses et lui prescrit des placebos remboursés par la sécurité sociale…« ne soyez pas malade", disait un de mes maîtres, "et si vous l’êtes, surtout ne le dîtes pas »). Renaud Camus note que l’année 2009 marque les 10 ans de sa rencontre avec Pierre. Ce fût un tournant pour le journal, disparition de la narration de ses "tricks", les notifications répétitives de son goût pour les « poilus/moustachus » ayant été remplacées par celles qui vantent l’excellence des petits déjeuners dans les Hôtels Mercure. Il n’empêche, le plaisir de lecture est toujours là, même quand parfois affleure l’ennui devant les longues descriptions des lieux  visités dans le cadre de la préparation  de sa série d’ouvrages "les « Demeures de l’esprit ».

 

"Ah, je pensais bien que j'allais m'attirer des ennuis, ce jour de 1994, il y a quinze ans, où dans mon journal, ce journal-ci, je me suis mis à relever ce qui me semblait, et me semble encore, un net abus dans la gestion d'une émission de France Culture (et pas du tout de France Culture en soi, comme on le voit écrit partout depuis lors). Une émission censée être généraliste prenait jour après jour un tour nettement "communautaire", je ne voyais pas pourquoi on n'aurait pu le relever. Et si, pourtant, je voyais bien pourquoi. Mais qu'on ne le pût pas, c'était précisément ce qui me semblait impensable qu'on le fît. L'abus, à mes yeux, n'était pas tant l'abus en soi, d'une nature plutôt comique et en tous cas sans gravité, à vrai dire, que cette impossibilité même qu'il y ait à le relever. Et je savais bien que, le relevant, je m'exposais à de graves dangers. C'est pourquoi j'ai assorti ce procès-verbal d'abus de considérations sur sa légitimité qui m'ont valu encore plus d'ennuis que lui-même. Et bien que j'entrevisse clairement ces ennuis, je n'imaginais pas que c'était ma vie même - non pas ma vie physique, mais la tranquillité de mon existence -, que je mettais en cause et, semble-t-il, à jamais."

(Renaud Camus, Krakmo, journal 2009, Fayard 2010)

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 21:31

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Il tombait des trombes d'eau ce week-end à Nice où j'assistais à un congrès de neurologie. A la faveur d'une éclaircie, dimanche matin, j'ai découvert avec étonnement, faisant mon jogging sur la promenade des anglais, ce n'était pourtant pas la 1è fois, que cette longue plage que je longeais n'était que de galets. Les habitués comme moi des immenses plages de sable de la côte atlantique ont du mal à imaginer qu'on puisse prendre du plaisir à s' allonger sur de la rocaille, même protégé par un matelas....

Parmi les hebdomadaires que j'ai pu feuilleter pendant le voyage, je suis tombé sur un portrait de Miche Houellebecq, où sa "philosophie" , considérée comme une destruction des dogmes de la pensée correcte, était résumée en quelques aphorismes. Le dernier de ces aphorismes étant "le style importe moins que les idées", mon intérêt pour cet auteur, jamais démenti depuis "les particules élémentaires" doit sans aucun doute être au moins en parti du à ce qu'il dit de notre société. Je devrais donc me retrouver en accord avec un certain nombre d'entre eux. Indiscutablement pour certains : "L'homme n'est pas bon", "Le droit au bonheur est une imposture" ou "Toutes les religions ne se valent pas" (je ne le suivrai peut être pas dans son affirmation "l'islam est une religion dangereuse", mais sûrement quand il dit que le christianisme a produit le texte le plus complet sur l'homme et nous a dévoilé ce qui constituait la radicalité du mal). Les autres aphorismes, "Le progrès est une impasse", "Le sexe est triste" ou "l'entreprise est une fabrique de crétins" me paraissent beaucoup moins "fondateurs" car pouvant être vus comme une conséquence des deux premiers, pessimisme radical sur la généralisation du désir mimétique à tous les aspects de la vie en société qu'il traduit ainsi "L'individu humain est très généralement un petit animal à la fois cruel et misérable". Ce "très généralement" est un fenêtre sur une lueur d'espoir tout de même!

"Le sexe est triste" nous dit Houellebecq car notre siècle du jouir sans entraves a ramené le désir à la pulsion, gouvernée par ce cerveau archaïque, animal, dont je parlais dans le billet précédent. C'est une sexualité plus humaine que Benoit 16 appelle de ses vœux dans un livre d'entretien dont on n'a retenu que les propos sur le préservatif. C'est assez habituel, on ne s'intéresse au Pape que quand il parle du sexe. Pour une fois je suis plutôt d'accord avec Act-up, rien de fondamentalement neuf dans ce qui a été dit. Le Pape (celui-ci ou son prédécesseur) n'a jamais dit qu'il ne fallait pas mettre de préservatif, mais que ce n'était pas une solution pour un chrétien, ce que vient de rappeler un historien des religions :"le discours de l'Eglise sur le préservatif a été caricaturé, alors qu'il y a une tradition dans l'Eglise à faire la différence entre ce qui est nécessaire, ce qui relève de l'idéal chrétien et ce que l'Homme, avec ses faiblesses, peut faire". Ce qui est nouveau, c'est que pour la première fois, ce n'est pas sous-entendu mais clairement exprimé.

Les ravages du désir ils sont la trame du film de Bertrand Tavernier, "La princesse de Montpensier". L'accueil de la critique a été plutôt mitigé, jugeant le film trop académique et le jeu des acteurs théâtral. Peut être suis je trop "classique" mais j'ai passé un excellent moment de cinéma et j'ai notamment était séduit par l'interprétation du jeune Grégoire le Prince Ringuet dans le rôle du prince de Montpensier, acteur que j'avais déjà apprécié dans les films de Christophe Honoré et notamment "Les chansons d'amour". Par contre on est un peu surpris par le futur Henri III dont il n'est pas tout à fait faux qu'on le croirait sorti du groupe "Tokyo Hôtel". A l'opposé "Potache" a fait l'unanimité de la critique alors que les premières réactions d' amis qui l'avaient vu étaient plus réservés. Je me suis régalé et j'ai trouvé Jérôme Rainier en folle tordue au look de Claude François irrésitible..


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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:00

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La littérature a joué un rôle majeur dans l’émergence d’une culture « gay et lesbienne ». Lorsqu'on s'intéresse au thème "homosexualité et littérature", force est de constater que certaines œuvres ont plus marqué que d’autres les différentes étapes de la libération gay et font partie de l'imaginaire de la culture homosexuelle.
Avant guerre, on ne peut guère parler de littérature homosexuelle et  si  les œuvres de Gide, Proust, Wilde  ou Yourcenar ont nourri l’imaginaire de biens des homosexuels de l’époque, on ne peut dire que le "Corydon" ou "Sodome et Gomorrhe", ont accédé au statut d'œuvre "gay" représentative, si ce n'est dans une petite élite.

 Dans l’immédiat après guerre si des romans comme "Querelle de Brest" de Genet en 47, ou  "Amours interdites" de Mishima en 51 mettent plus directement en scène l’homosexualité dans sa dimension tragique, ce sont les œuvres décrivant une homosexualité à « l’antique », l’amour des éphèbes qui dominent la scène en France. Le roman le plus connu reste "Les Amitiés Particulières" de Peyrefitte en 44 et le plus emblématique "La ville dont le prince est un enfant" de Montherlant en 51 (pièce de théâtre prolongé par le roman "les garçons" en 69).

Puis, jusqu’à la fin des années 70, c’est de la souffrance homosexuelle, homophobie, découverte de sa sexualité, impasse du désir homosexuel, dont témoignent la plupart des romans, ceux d’Isherwood (« a single man », 1964), de Forster (« Maurice», publié en 71 mais écrit des années avant) ou en France d’Yves Navarre qui connait un réel succès public dans les années 70, ce qui lui vaudra le qualificatif d’écrivain homosexuel (alors qu’il se définissait comme écrivain et homosexuel) avec notamment « Le cœur qui cogne » (1974), « Le petit galopin de nos corps (1977), "Le temps voulu", 1979, jusqu’à atteindre la consécration institutionnelle du prix Goncourt avec « Le jardin d’acclimatation » en 1980. "L'étoile rose" de Dominique Fernandez qui parait en 1978, roman qui m’avait profondément marqué l’année de mon « coming-out » clôt cette période (il recevra quelques années plus tard le prix Goncourt pour « Dans la main de l’ange », autobiographie romancée de Pasolini). Parallèlement, dans le sillage de la révolution sexuelle de mai 68, certains écrivains, évoquent la pédophilie homosexuelle dans leurs œuvres, comme Michel Tournier dans le « Roi des aulnes » (1970), et surtout Tony Duvert, couronné par le prix Médicis grâce à Roland Barthes en 1973 pour « Paysage de fantaisie » (qui met en scène des enfants dressés pour la prostitution), qui en fit l’éloge (« Le bon sexe illustré », 1973 ; « L’enfant au masculin », 1980) et dont certains des romans ne seraient sans doute pas autorisés à la publication aujourd’hui.

 La parution de "Tricks » de Renaud Camus en 78 témoigne de la libération homosexuelle en marche. Cette chronique de ses « plans cul » dit une homosexualité libérée, sans complexe, « tranquillement » pour reprendre les mots de l’auteur. Au même moment, un des fers de lance de cette libération, Guy Hocquenghem, publie en 79, en parallèle du film documentaire du même nom, "Race d'ep" qui se donne pour objectif de retracer un siècle d’histoire de l’homosexualité.

 Les années Sida voient paraître des livres qui vont faire scandale. Les uns, plus ou moins autobiographiques, comme «  A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" d'Hervé Guibert (1990), décrivent le désespoir face à une mort inéluctable et les ravages qu’a causés cette maladie dans la communauté gay, tandis que d’autres, tels Guillaume Dustan ( "Dans ma chambre" , 1996) font l’apologie de la fuite en avant, début d'un mouvement en faveur du "bareback".

Qu’en sera-t-il des années "post sida"? Le titre « Retro » du livre "scandaleux" d'Olivier Bouillère, qui a suscité un certain enthousiasme critique lors de sa parution en 2008, pourrait être le dénominateur commun de bien des romans récemment parus. « Retro » est l'histoire d'un homosexuel à la vie dissolue, en 1998, qui se trouve brusquement transporté dans son propre corps 20 ans plus tôt quand il avait 10 ans et qui va revivre une histoire qu'il connaît déjà, du moins autant qu'il s'en souvienne. C'est avant tout un livre sur la mémoire, sur la façon dont on reconstruit le passé. Ce passé ce sont les années "Palace"- Amanda Lear, Thierry le Luron, Roger Peyrefitte sont des personnages du roman, mais c'est un livre encore plus scandaleux que ses prédécesseurs, "Tricks" ou "Dans ma chambre", par sa description de scènes pédophiles du point de vue de l'enfant (qui les a d'ailleurs souvent provoquées). Le dernier chapitre, qui se situe à nouveau en 98, ajoute au malaise, à l'étrange, car la réalité ne semble plus celle du début du roman, comme si le fait d'avoir "revécu son passé" vous faisait basculer dans un autre univers. Fernand Baudot, dans « L’art d’être pauvre », paru en 2009, témoigne aussi de cette nostalgie des années 70/80 où tout était permis. Nommé conseiller de Frédéric Mitterrand au ministère de la culture au début 2010, ce qui fît polémique, il s’est suicidé quelques mois plus tard. D’autres comme Tristan Garcia avec « La meilleure part des hommes » (2008) reviennent aussi sur ces années 80 (« c’était notre foutue libération des mœurs ») et l’affrontement de deux générations à l’intérieur de la communauté gay, celle de la prévention et celle du jouir à tous prix.... Renaud Camus à nouveau, dans les 2 tomes du "Journal de Travers" publiés en 2007 et qui couvre les années 76/77, donnera un étonnant document sur les années pré-Sida, la vie artistique à cette époque, et ses amours homosexuels.

 

Certains penseront  peut être que ce que l’on pourrait souhaiter dans les années qui viennent  c’est que la notion même de « romans homosexuels » ou d’écrivains « homosexuels » ne fasse plus sens...

 

Nombre des écrivains cités se sont suicidés (Navarre, Duvert, Baudot) ou sont morts du Sida (Guibert, Hocquenghem, Dustan).

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 15:45

 

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Ce blog n'a pas vocation à devenir une chronique des romans policiers que j'ai jugés dignes d'intérêt, mais il se trouve que la lecture de Zulu, de l'auteur français Caryl Férey, m'a d'autant plus marqué, qu'elle m'a donné une vision bien différente de l'Afrique du Sud, de ce que j'avais vu en voir lors de mes courtes vacances dans ce pays, il y a un peu plus de trois ans.

Une semaine en Afrique du sud était, à n'en pas douter, insuffisant pour se faire une idée objective de l' évolution de ce pays, d'autant plus que notre voyage, Bertrand et moi,  s' était  limité à un Lodge de la réserve Kruger et à la région de Cap Town. Les impressions que j'en ai eues sont celles de tout touriste ...Tout d'abord l'étonnement de pouvoir côtoyer de si près des animaux, souvent féroces, dans la réserve Kruger, à l'occasion de 5 Safaris ("photos"), et la chance d'avoir pu voir les " Big Five", l'éléphant, le lion, le rhinocéros, le buffle et le léopard (le plus difficile à rencontrer, parait il). Cela m'a paru parfois un peu risqué, dans le simple abri d'une land rover ouverte à tous vents, mais le guide nous a dit "no problem if you don't stand up"!. La nuit venue, dans le Lodge, il était interdit de se déplacer sans être accompagné par un membre du personnel..
Trois jours plus tard nous avions pris l'avion pour le Cap. A l'aéroport local il était cependant étrange de voir la répartition des passagers entre les deux destinations possibles, Johannesburg, 95% de noirs, et Cap Town, 100% de blancs. Cette étrange impression s''est poursuivie au Cap. Dans les restaurants des parties touristiques, notamment Water Front, uniquement des blancs, à l'exception du personnel bien sûr. En périphérie la misère, immense qu'on ne peut qu'apercevoir de loin (il existe cependant des excursions "sécurisés" permettent de traverser les townships). Il n'y a plus d'apartheid "politique", l' apartheid "économique" persiste. La vie, pour un Européen à l'euro fort, apparaît très bon marché ( 1 euro la bière dans un bar branché!) mais inabordable pour le sud africain noir. Autre étonnement, dans ce pays anglo-saxon, le nombre de noirs qui parlent français, en fait des émigrés du Congo ou d'autres pays africains francophones qui sont se sont exilés dans un pays un peu moins pauvre que le leur. Notre dernière nuit en Afrique du Sud s'est écoulée dans un hôtel merveilleux de Franschhoeck (littéralement "le coin des français"), une petite ville sur la route des vins, dont j'ai dégusté un des crus les plus connus "Dieu Donné", en blanc et en rouge, un petit cru, mais tout à fait convenable.  Voir ce nom de Dieu Donné en plusieurs endroits de ce village viticole, d'ailleurs très riche en noms d'origine française, y compris une rue "Bordeaux", témoins d'une colonisation française, prêtait à sourire à un moment où ce dernier multipliait les provications à Paris. Comme vous le savez sûrement, l'Afrique du sud est un des rares pays et le seul Africain, à avoir légalisé le mariage gay. J'ai certes constaté que Cap Town était une ville relativement accueillante pour les gays, avec un petit quartier style marais, composé de 2 "bar -boîte", plutôt du style année 80 chez nous, beaucoup de monde , une ambiance chaleureuse, une mixité de races et de sexes, des gogo-boys très style US, une backroom où les poches des pantalons sont sans doute plus fréquentées que les bites, et un service de sécurité bénévole, à l'extérieur, garantissant pour quelques rands l'intégrité des véhicules...Beaucoup de gays aussi se baladant sur "Waterfront".
Nous n'avons pas pu parcourir en une semaine, tout ce qu'on nous avait suggéré de visiter, mais j'ai trouvé ce que j'ai vu de ce pays magnifique, quelle émotion de se retrouver dans les paysages grandioses du Cap de Bonne Espérance, un des bouts du monde...

C'est une Afrique du Sud bien différente que nous fait découvrir ce remarquable polar qu'est Zulu. Celle du racisme et de la ségrégation persistante, de la violence extrême, du sida, de la drogue et de l'insécurité généralisée. Au moment où ce pays se prépare à recevoir la coupe du monde de football 2010, trois flics, Ali Neumann, zulu de naissance, et deux de ses acolytes blancs, dont un, homosexuel refoulé, va trouver une mort atroce, vont mener une enquête qui semble s'orienter sur la piste d'un serial killer mais qui se révèle en fait être celle du trafic de stupéfiants et de l'expérimentation médicamenteuse. C'est un livre très noir, au style alerte,  aux personnages attachants qui se meuvent dans des milieux d'une violence inimaginable, à dimension politique, historique, et social, sans négliger l'intrigue. Un grand roman, très noir qui mérite le bien qu'on en a dit.

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 21:40

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Ce vendredi j’ai pu sans aucune difficulté me rendre à Bordeaux, avion à l’heure et aucune pénurie d’essence dans la ville, pénurie dont j’ai la chance de n’être pas, pour l’instant, la victime à Paris, ce qui n’est pas le cas de quelques collègues, adeptes du diesel, et qui en sont réduits au covoiturage. Par contre, j’avais du renoncer mercredi dernier à me rendre à Nice, un barrage filtrant sur la rocade qui mène à Orly m’ayant fait manquer les deux « navettes » qui m’auraient amené à temps à la réunion à laquelle je devais participer. J’ai ainsi pu assister à des scènes hallucinantes, une illusion d’exode, nombre de voyageurs abandonnant leur voiture sur les bandes d’arrêt d’urgence et tentant d’atteindre l’aéroport à pied avec leurs bagages. J’imagine l’ahurissement des touristes étrangers qui doivent se demander s’ils n’ont pas atterri sur une autre planète. J’ai d’ailleurs renoncé de tenter d’expliquer à mes collègues de l’international ce qui se passait en France, me contentant d’un sourire accompagné d’un haussement d’épaule.

Dans l’avion qui m’amenait à Bordeaux, feuilletant le « Monde des livres », je m’attardais (à côté d’un article consacré à la parution du troisième opus de l’ œuvre de Marcel Gauchet consacrée à l’avènement de la démocratie, « A l’épreuve des totalitarismes », ouvrage qui va venir s’ajouter à la longue liste de ceux en attente d’être lus), sur plusieurs articles sur le roman policier à « héros récurrent ». Depuis plusieurs années j’ai progressivement déserté (je me suis cependant récemment procuré le nouveau roman de Michel Jeury, »May le monde » ) la lecture des romans de science-fiction, cette dernière, qui fût une passion dévorante et dont le titre d’un de ses chefs d’œuvre me tient lieu de pseudo, semblant avoir été submergée par l’envahissement de son sous-genre le plus infantile, « l’héroïc-fantasy » , pour me tourner vers le roman policier, qui convient parfaitement aux longs déplacements en train ou surtout en avion, et même, je m’y suis résolu il y a peu pour « tuer » le temps, lors de mon cardio-training quasi quotidien en salle (ce qui nécessite une certaine technique, recourir aux livres de poche « désossables » pour éviter de voir les pages « tourner » toutes seules sous l’effet de votre respiration et des soubresauts de la machine, et n’être pas presbyte). Comme le roman de science-fiction, le roman policier a ses « sous-genres » (dont j’hésiterais à proposer une taxinomie comme je le fis pour celui-ci (http://limbo.over-blog.org/article-science-fiction-42229402.html), en ayant encore une connaissance insuffisante), le roman à « héros récurrent », détective ou policier le plus souvent, en est un. Ce type de roman a indiscutablement depuis toujours la faveur du public, même si le profil du « héros » a notablement changé, du super héros dépourvu « d’affects », d’empathie, de vie privée et au QI inégalé autrefois (Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Philo Vance, Ellery Queen) à l’anti-héros humanisé d’aujourd’hui, alcoolique et/ou dépressif le plus souvent, désenchanté devant le problème du mal, et ayant à faire face, parallèlement à leurs enquêtes , à leur problèmes personnels avec leur fille (le plus souvent). Les détectives homosexuels sont plus rares, comme Dave Brandstetter créé par Joseph Hansen, enquêteur pour une compagnie d'assurances ou Henry Rios, l’avocat crée par Mickael Nava. Ces romans font fi des règles du roman policier édictées par SS Van Dyne et notamment de celle qui dit que rien ne doit détourner de l’intrigue : « Il ne doit pas y avoir, dans le roman policier, de longs passages descriptifs pas plus que d'analyses subtiles ou de préoccupations atmosphérique. Cela ne ferait qu'encombrer lorsqu'il s'agit d'exposer clairement un crime et de chercher le coupable ». C’est là que le bât blesse car ce basculement vers le descriptif au détriment de l’intrigue ou du suspense nécessiterait un réel talent littéraire, à l’égal des grands auteurs du roman « noir ». Il faudrait que ces « anti-héros» existent, aient une réelle profondeur psychologique, pour que l’on ne parcoure pas en diagonale les passages qui concernent leurs «états d’âme », afin de revenir à l’intrigue, malheureusement souvent bien banale...comme je viens d’en faire l’expérience avec l’enquête de l’inspecteur Banks « l’amie du diable » de Peter Robinson. J’aurais du mal à trouver dans la liste des romans à « héros récurrent » que j’ai lus ces dernières années et dont beaucoup ont été distingués par des prix, ceux de Ian Rankin (inspecteur Rebus), d’Henning Mankell (inspecteur Wallander), de Donna Leon (inspecteur Guido Brinetti), Mickael Connelly (commissaire Harry Bosch), Arnaldur Indridason (Erlendur Sveinsson), j’en oublie sûrement, un seul qui soit de la dimension de ces chefs d’œuvre du « polar » que sont par exemple « Le grand nulle part » d’Ellroy, « Mystic River » de Dennis Lehane ou « Le verbe s’est fait chair » de Jack O’Connel. Bien sûr je n’ai pas tout lu (notamment les romans de Joe Nesbo avec l’inspecteur Hary Hole), j’ai pu passer à côté d’une œuvre importante, et certains de ces romans méritent d’être lus (notamment « La voix », d’Arnaldur Indridason). Il faudrait faire une place à part à la série « Millenium » mais c’est un « ovni » inclassable, ou aux romans « berlinois » de Philippe Kerr, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de son détective, discrètement « homophobe », Bernie Gunther, et  « La mort entre autres » qui fait suite à la trilogie berlinoise est un grand roman.

Si je suis fatigué des romans policiers à héros récurrent, je le suis encore plus de ceux à « sérial killer » qui envahissent la production depuis le succès du « Poète » de Mickael Connelly. Certes il y a quelques bonnes surprises, comme « Le chuchoteur » sorti avant l’été, et dont la qualité et l’originalité de l’intrigue font oublier la pauvreté de l’écriture et l’inexistence psychologique des personnages, mais elles sont si rares que le seul terme de « serial killer » dans la quatrième de couverture tend à me dissuader d’acheter le livre. Je suis fatigué de ces descriptions interminables de dépeçage de corps féminin (il s’agit rarement d’hommes, pas même de quoi exciter mon inconscient sadomasochiste...) par des psychopathes. Heureusement que j’ai fini par céder au « bouche à oreille » pour me procurer « Seul le silence » de R.J.Ellory qui renouvelle et transcende complètement ce thème. Un véritable choc, un incontestable chef d’œuvre. Je n’ai pas encore lu Vendetta qui lui traite de la mafia, mais je viens de terminer presque d’une traite (çà ne m’était pas arrivé depuis « Hyperion» de Dan Simmons) son dernier roman paru en France, « Les anonymes ». Ce qui débute comme une histoire de tueur en série, s’avère en fait une enquête sur les crimes de la CIA en Amérique latine. Remarquablement écrit, aux personnages attachants, ce livre aux dimensions politiques et philosophiques, franchit les limites du polar sans jamais oublier le suspense. « Un véritable aboutissement du genre. Des fanfares devraient saluer l’arrivée d’un thriller de cette ambition, de cette puissance et de cette maîtrise » ont écrit des critiques anglo-saxons. Indéniablement.
Je n’ai pas parlé des romans à succès des « vieilles dames anglaises » (parfois pas si vieilles) toujours en première position dans les devantures des librairies, ni de Harlan Coben...car il n’y a rien à en dire


Au cinéma nous avons vu ce week-end « Les petits mouchoirs », quelques bons moments, on rit souvent mais ça se gâte sur la fin, ça se « Lelouchise » et Benoit Magimel est aussi crédible en homosexuel que moi vous annonçant que je vais me mettre à courir le clito... et « Biutiful » Alejandro González Inárritu, narrant le chemin de croix d’un père mourant dans le Barcelone de la misère et des travailleurs clandestins et qui fait tout pour offrir un avenir décent à ses enfants. Magnifique mais à ne pas voir un jour de déprime...

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