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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 21:15

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La sortie, mercredi prochain, du quatrième film d’Alejandro González (qui a reçu à Cannes le prix d'interprétation masculin), après l'inoubliable "Amours chiennes", "21 grammes" et "Babel"  me donne l'opportunité  de  revenir sur ce dernier film, plus "démonstratif" que les deux précédents. Dans les trois films nous assistons à l'entrelacement de destinées, ici, un évènement banal, le don d'un fusil de chasse par un japonais en voyage au Maroc à un paysan va bouleverser les vies de quatre familles, marocaines, mexicaines, américaines et japonaises, et ce en raison de l'impossibilité de communiquer aussi bien à l'intérieur de sa culture , qu'entre les cultures, d'où le titre "Babel". Impossibilité de communiquer traduite à l'extrême dans le personnage du sourd-muet. Pourtant aucune des critiques que j'ai pu lire n'a semblé remarquer que le film était bâti autour de la théorie du chaos, théorie physique qui répond à des modèles mathématiques que l'on trouve un peu partout  ainsi vulgarisée :  "le battement d'une aile de papillon en occident , par amplification des variations infinitésimales qu' il produit localement, peut être responsable d'un ouragan en Asie". Cette théorie, qui n'est d'ailleurs plus une "théorie", car elle décrit des lois physiques vérifiées par l'expérimentation, dit que des variations infimes de l'état initial d'un système physique vont rendre l'évolution de ce système "imprévisible" pour la physique (deuxième mort du déterminisme absolu après le coup de grâce de la mécanique quantique) en raison de l'impossibilité d'avoir une information complète sur l'état initial de ce système. Par analogie, dans le film, le don d'une carabine, dans le désert marocain, va déclencher une succession d'évènements imprévisibles. Et l'absence d'information sur cet état "initial" (le don d'une carabine), est traduite métaphoriquement dans l'impossibilité de communication entre les êtres.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 19:20

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A Monaco, enfermé en salles de réunions, je n’ai eu que des échos lointains de la journée de manifestation sur les retraites, il est vrai que je me sens assez peu concerné puisque quelle que soit l’issue de cette affaire je devrais (je ne m’en plains pas d’ailleurs!) travailler jusqu’à 65 ans...J’ai entendu et lu que ce fût un succès, qui pourtant me semble bien relatif tant le président est impopulaire et le ministre du travail pris dans la toile médiatique que l’on tisse impitoyablement autour de lui qu’on aurait pu s’attendre à un déferlement irrésistible. Qui sait après tout si notre monarque ne s’est pas astucieusement servi de cette « affaire » Woerth, comme pour les Roms, afin de faire écran au problème de fond ?
J’ai bien plus été marqué, me trouvant à la table d’un de mes collègues qui travaille dans la visite médicale, par les nouvelles que je lui ai demandées de son fils, militaire, victime il y a un an environ d’un très grave accident de la route lors de son voyage de noces en Australie, oubli fatal de la conduite à gauche...Il a bien récupéré de ses multiples fractures, au point de pouvoir reprendre sa carrière d’officier sorti de Saint Cyr, mais là résidait son inquiétude et surtout celle de sa femme, au point aussi de ne plus pouvoir différer son départ pour l’Afghanistan. Pendant sa convalescence les deux soldats successivement partis là bas pour le remplacer se sont fait tués. Ces témoignages directs vous font toucher du doigt, bien plus que les reportages télévisés, le caractère meurtrier d’un conflit que l’on sait sans issue.
Nécessité qui s’impose à vous de faire son devoir, terrorisme islamique, je ne sais, mais le souvenir de cet échange m’a effleuré l’esprit à la vision du très beau film de Xavier Beauvois « Des hommes et des Dieux ». Certains ont éprouvé indifférence et ennui (comme ce critique de Télérama, on n’est jamais trahi que par les siens, qui trouve le film académique et manquant de spiritualité), beaucoup, et je suis de ceux là, ont été transportés. La scène de la « cène » sur la musique du « lac des cygnes » est, cela a été dit partout, un moment d’une émotion extrême mais c’est sans doute le long monologue de Lambert Wilson sur le mystère de l’incarnation qui m’a le plus touché, comme si pour la première fois le voile se déchirait un peu. On ne peut pas non plus ne pas penser au « Dialogue des carmélites » de Bernanos. Frère Luc, incarné par l’extraordinaire Mickael Lonsdale cite Pascal : «Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse». Si Pascal avait connu les deux barbaries du 20è siècle il aurait sans doute nuancé son propos (ou du moins aurait il étendu le champ du religieux à l’idéologie) mais il me semble que l'on pourrait l'inverser : «Les hommes ne font jamais le BIEN si complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse»

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 16:20

 

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Même si j'ai pris un  certain plaisir à suivre plusieurs saisons de la "Nouvelle star", je ne n'aurais jamais imaginé que cette émission, ou tout au moins l'élimination d'une des candidates,  il y a environ deux ans, puisse tenir lieu d' exemple pédagogique du concept de "Bathmologie" . Renaud Camus attache une grande importance à cette invention ludique de Roland Barthes, nombre de ses travaux d’écriture s’inscrivent dans cette mouvance, le jeu des niveaux, la science des degrés, toutes les formes possibles d’un retour à la même chose qui ne soit plus la même chose, on comprendra qu’il soit de la plus grande importance pour moi d’éclairer votre lanterne.

Voici donc quelques explications par Roland Barthes lui-même, mais comme je doute qu’elles suffisent à totalement éclairer la question, je ferai ensuite appel à l' exemple pédagogique, trouvé sur le net, à propos du cas de Cindy Sander , l' inoubliable candidate malheureuse de la nouvelle star 2008.

Roland Barthes d’abord :
« Le Texte, c’est le champ de l’aruspice, c’est une banquette, un cube à facettes, un excipient, un ragoût japonais, un charivari de décors, une tresse, une dentelle de Valenciennes, un oued marocain, un écran télévisuel en panne, une pâte feuilletée, un oignon, etc. »
ou encore :
« La bathmologie ce serait le champ des discours soumis à un jeu de degrés. Certains langages sont comme le champagne : ils développent une signification postérieure à leur première écoute, et c’est dans ce recul du sens que naît la littérature » (R. Barthes)


ou encore, trouvé sur un blog :
« Si on veut se mettre à lire Renaud Camus, par où commencer ? - Pour commencer à lire Renaud Camus, il est indispensable d’avoir déjà lu un livre de Renaud Camus ». »

Passons donc à l’exemple pédagogique :

“Cindy et la bathmologie
Cindy Sander me rend malade….. Cindy est l'énigme du PAF. Dans la masse des sourires condescendants qui accueillent Cindy sur tous les plateaux de France, l'ironie est évidente, …, elle est méritée : cette incarnation de ringardise qui vient mendier sa chance à la télé depuis des années, c'est la Cindy que vous aimez haïr, celle dont nous entonnons en cœur le Papillon de lumière pour mieux en dénoncer la nullité. ….  Cindy condense le pathétique des anti-héros de la télé-réalité, et le talent comique des "inoubliables" de la Nouvelle Star. Ce qu'il y a de nouveau avec Cindy, c'est qu'elle n'a pas l'air de s'en apercevoir. Et la télé devient un immense dîner de cons, depuis trois semaines, dont personne ne sait si la victime comprend ce qui lui arrive. Parce que c'est tellement gros que même avec la tension nerveuse, l'orgueil et l'instinct de survie, on ne voit pas très bien comment la condescendance générale a pu lui échapper. Cindy n'est pas une Cendrillon, mais elle le deviendra peut-être, si ses nombreux interlocuteurs persistent dans leur sourire carnassier. Elle ne sera jamais "la reine du bal vers qui se tournent les yeux éblouis", mais elle risque bien de devenir la pauvre chose qui fait pitié après avoir été la risée de tous. A moins que Cindy ne soit la plus cynique de tous, ce que je lui souhaite sincèrement même si j'ai décidément du mal à m'en convaincre. Cindy me rend malade parce que je n'arrive pas à résoudre l'équation, je ne sais pas à quel degré la prendre. Une énigme bathmologique. La bathmologie, c'est une sorte de science des degrés que Barthes a inventée dans ses dernières années et qui a fait long feu, mais elle est bien pratique à démêler l'enchaînement dialectique des discours :

1er degré : Cindy Sander chante bien, elle a son "style" elle est intéressante. (J'aime)
2ème degré : Cindy Sander chante mal, le jury la vire, on se moque d'elle sur internet et dans les médias. (J'aime pas)
3ème degré : Cindy Sander est intéressante, puisqu'on se moque d'elle, elle fait le buzz, elle est rentable. (J'aime)
4ème degré : Cindy Sander est le désolant symbole d'une société cynique qui exploite les pauvres gens en les humiliant. (Jaime pas)
5ème degré : Cindy Sander a réussi à profiter des producteurs qui profitent d'elle : elle est drôlement maline en fait. (J'aime)
6ème degré : Cindy Sander est non seulement nulle, mais en plus cynique, désabusée, elle nous vend sa merde sans état d'âme. (J'aime pas)
Personellement, j'en suis plutôt au niveau 4. Mais rien n'interdit de poursuivre au fil des futures aventures de la demoiselle.

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 21:56

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Ces choses ont par trois fois commencé, triple mystère des origines, de l'univers, de la vie, de la conscience. Le premier est le plus opaque, fondateur de tous les autres, les frères Bogdanoff y voient « Le visage de Dieu ». Dans les trois cas c'est la "singularité" initiale qui fait mystère, car une fois le processus enclenché, la théorie est là pour en décrire l'évolution, théorie du big bang pour l'univers, darwinisme pour la vie, darwinisme neuronal pour la conscience (pour cette dernière on en est encore aux balbutiements).
Mais il est un 4è commencement, celui de la culture, et pour ce dernier on a une hypothèse quant à sa "singularité" initiale, le premier meurtre victimaire. Au commencement était l'état de nature, violence de tous contre tous (Hobbes). Cette violence indifférenciée a commencé lorsqu'une première main se tendant pour s'approprier un objet, par mimétisme, une 2è, puis une 3è etc, se sont tendus vers le même objet. A "l'origine", cet objet pouvait être le territoire, la nourriture ou la femme. Cette violence de tous contre tous était si destructrice, qu'un mécanisme régulateur s'est mis en place, le mécanisme victimaire. Le regard du groupe s'est ainsi tourné vers un de ses composants, attiré par une singularité (infirmité, couleur de peau différente etc..), en a fait le bouc émissaire du désordre de la société et l'a sacrifié. La communauté s'est réconciliée sur la victime innocente et la victime, à l'origine de cette réconciliation a été sacralisée, voire déifiée. Ce mécanisme de réconciliation a alors été ritualisé, naissance du sacré et des religions. Naissance de la culture...et de son système d'interdit permettant la vie en société. Au fur et à mesure de l'évolution, ce mécanisme s'est affaibli, de plus en plus de textes venant nous révéler l'innocence de la victime, la révélation finale s'étant faite sur la croix, le Christ étant venu mettre à jour ce mécanisme inconscient (Père pardonnes leur car ils ne savent pas ce qu'ils font).
Les mécanismes de régulation persistent bien entendu de nos jours, la mal (le désir mimétique) étant toujours à l'œuvre, mais ils sont affaiblis, l'économie de marché ayant pris la place des religions, mais celle-ci aussi donne des signes de fatigue, retour prochain à l'état de nature....
Telle est la théorie, très simplifiée ici!, de René Girard..

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 23:16

 

On nous annonce de toute part des temps difficiles au point que Jacques Attali nous prédise une apocalypse économique. Une occasion pour moi de vous parler du dernier livre de René Girard, « Achever Clausewitz » qui brandit la menace d’une apocalyse bien plus globale.…La lecture en 1978 de son livre « Des choses cachées depuis la fondation du monde » fût pour moi une révélation. Il donnait naissance à une anthropologie radicalement différente de celle, structuraliste, de Levy Straus, puisqu’il y était dit que les mythes avaient un sens, que les mythes disaient la Vérité. J’ai été séduit par son hypothèse « le désir mimétique », hypothèse qui n’a cessé d’être consolidée dans ses oeuvres ultérieures, où celle de ces disciples (JP Dupuy, M Serres, etc..). Marginal au début, l’importance de son œuvre est aujourd’hui universellement reconnue, même si elle reste souvent très contre versée (parfois avec violence) du fait de la dimension chrétienne, incontournable, selon lui qui est au cœur de sa théorie. Il existe certes des « Girardiens » qui ont mutilé la théorie de cette dimension là, mais il les considère sûrement comme des hérétiques…Revenons en à son dernier livre. Clausewitz, stratège prussien, est connu pou son inachevé « traité de la guerre », qui se présente aussi comme une « loi des rapports humains » et de l’incapacité de la politique à contenir l’accroissement de la violence. « Achever Clausewitz, pour Girard, c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’apocalypse a commencé. Il ne m’est pas possible ici d’analyser ce livre passionnant, aussi je me contenterai de reproduire une partie de son introduction qui éclaire la théorie girardienne

« Mon hypothèse est mimétique : c’est parce que les hommes s’imitent plus que les animaux, qu’ils ont du trouver le moyen de palier une similitude contagieuse, susceptible d’entraîner la disparition pure te simple de leur société. Ce mécanisme, qui vient réintroduire de la différence là où chacun devenait semblable à l’autre, c’est le sacrifice. L’homme est issu du sacrifice, il est donc fils du religieux. Ce que j’appelle après Freud le meurtre fondateur -à savoir l’immolation d’une victime émissaire, à la fois coupable du désordre et restauratrice de l’ordre -s’est constamment rejoué dans les rites, à l’origine de nos institutions. Des millions de victimes innocentes ont ainsi été immolées depuis l’aube de l’humanité pour permettre à leurs congénères de vivre ensemble ; ou plutôt de ne pas s’auto détruire. Telle est la logique implacable du sacré, que les mythes dissimulent de moins en moins, au fur et à mesure que l’homme prend conscience de lui-même. Le moment décisif de cette évolution est constitué par la révélation chrétienne, sorte d’expiation divine où Dieu en son fils demanderait pardon aux hommes de leur avoir révélé si tard les mécanismes de leur violence. Les rites les avaient lentement éduqués, les hommes allaient dorénavant devoir s’en passer. C’est le christianisme qui démystifie le religieux et cette démystification, ……, nous n’étions pas préparés à l’assumer. Nous ne sommes pas assez chrétiens. On peut formuler ce paradoxe d’une autre manière, et dire que le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s’appelle l’apocalypse. C’est dans les textes apocalyptiques, en effet, que la parole de Dieu se fait entendre avec le plus de force, à rebours des erreurs uniquement imputables aux hommes, qui voudront de moins en moins reconnaître les mécanismes de leur violence……C’est la raison pour laquelle aussi personne ne veut reconnaître que ces textes se réalisent sous nos yeux comme conséquence de la révélation méprisée. Une fois dans l’histoire, la vérité de l’identité de tous les hommes s’est dite, et les hommes n’ont pas voulu l’entendre, s’accrochant de plus en plus frénétiquement à leurs fausses différences.
Deux guerres mondiales, l’invention de la bombe atomique, plusieurs génocides, une catastrophe écologique imminente n’auront pas suffi à convaincre l’humanité, et les chrétiens en premier lieu, que les textes apocalyptiques, m^me s’ils n’avaient aucune valeur prédictive, concernaient le désastre en cours. Que faire pour qu’on les entende ? On m’a accusé de trop me répéter, de fétichiser ma théorie, de lui faire rendre raison de tout. Elle s’est pourtant appliquée à décrire des mécanismes que les découvertes récentes de la neurologie confirment : l’imitation est première et le moyen essentiel de l’apprentissage, plutôt que chose apprise. Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation……..
…La violence est aujourd’hui déchaînée au niveau de la planète entière, provoquant ce que les textes apocalyptiques annonçaient : une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, une confusion du naturel et de l’artificiel : réchauffement global et montées des eaux ne sont plus aujourd’hui que des métaphores. La violence, qui produisait du sacré, ne produit plus rien qu’elle-même……Le paradoxe est qu’à se rapprocher toujours davantage du point alpha, on s’achemine vers l’omega. Qu’à comprendre de mieux en mieux l’origine, on réalise chaque jour un peu mieux que c’est cette origine qui vient vers nous : le verrou du meurtre fondateur, levé par la Passion, libère aujourd’hui une violence planétaire, sans qu’on puisse refermer ce qui a été ouvert. Car nous savons désormais que toutes les victimes sont innocentes. La Passion a dévoilé une fois pour toutes l’origine sacrificielle de l’humanité. Elle a défait le sacré en révélant sa violence. Le paradoxe incroyable, que personne ne veut accepter, est que la Passion a libéré la violence en même temps que la sainteté. Le sacré qui depuis deux mille ans « fait retour », n’est donc pas un sacré archaïque, mais un sacré « satanisé » par la conscience qu’on en a , et qui signale, à travers ses excès même, l’imminence de la Parousie. Aussi ce que nous cherchons à décrire comme ayant eu lieu au commencement, s’applique-t-il de plus en plus aux événements en cours. Ce plus en plus est la loi de nos rapports, à mesure que la violence croît dans le monde, au risque cette fois de le détruire. « Polémos, écrivait Héraclite », est père et roi de tout. » »


La référence à Rousseau souvent invoqué par certains disciples de Girard (notamment Jean Pierre Dupuy que j’ai déjà) m’avait dans un premier temps semblé paradoxale puisque Jean Jacques considère que l’homme est naturellement bon (alors que pour les girardiens le mal, le désir mimétique, est premier et conduit au péché originel, le meurtre fondateur) et que c’est la société qui le rend « mauvais ». Mais pour qu’il y ait « mimésis » il faut être plusieurs, c’est donc bien la « société » qui permet au mécanisme de se déclencher, tandis que la culture ( le sacré d’abord, puis l’économie aujourd’hui) permet de « contenir » (dans les deux sens du mot contenir) ce mécanisme, de plus en plus difficilement.

En un mot, pour n’a voir pas vu que le texte évangélique était le Graal nous serions en train de courir à l’Apocalypse….
http://www.polytechnique.fr/eleves/binets

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:10

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Je connais mieux l’univers du roman de Science-fiction que celui du thriller et du roman policier mais il me semble que ces derniers peuvent se définir selon trois catégories, ceux qui pourraient mériter le qualificatif de « littérature », tels les romans de James Ellroy ou de Denis Lehanne ; ceux dont la pauvreté de l’écriture et l’inconsistance psychologique des personnages éloigne à tout jamais de cette prétention mais dont la qualité de l’intrigue et son originalité (comme par exemple « le livre des morts » que j’ai lu récemment) vous font passer un excellent moment, ils sont légions ; ceux enfin que l’on hésite à qualifier tellement ils sont médiocres, voire nullissimes, « les romans de gare », et dont a du mal à comprendre qu’ils puissent parfois devenir des best-sellers, la plupart des thrillers ésotériques, tel le Da Vinci code, appartiennent à cette catégorie. Cette classification s’applique pourtant difficilement au  « Testament syriaque » dont je viens de terminer la lecture, thriller ésotérique qui par son intrigue et la qualité de son écriture se situe quelque part entre les deux dernières catégories, et qui pourtant m’a beaucoup appris sur les origines de l’islam. L’intrigue, pour laquelle on du mal à se passionner, tourne autour de la découverte d’un « testament » de Mahomet, écrit en langue syriaque,  mais elle n’est que prétexte à une réflexion documentée sur les origines de cette religion. Il est vrai que je ne me suis jamais beaucoup intéressé à elle, si ce n’est dans ses manifestations intégristes les plus violentes , mais je ne connaissais pas l’hypothèse, semble t’il très sérieuse, selon laquelle l’Islam serait une hérésie chrétienne. On y apprend même que tous les monothéismes pourraient être des hérésie, le judaïsme une hérésie de la religion des pharaons, le christianisme une hérésie juive et l’Islam une hérésie chrétienne (la négation du concept de « trinité » serait le point de départ de cette hérésie ; ceci m’a rappelé les propos de notre chauffeur de taxi arabe sur le Christ lorsque nous sommes allés à Bethléem).

 

L'affrontement des religions monothéistes nous ramène au cœur du conflit israélo-palestinien. Il ne faut pas voir dans ce que je vais dire une approbation de la façon dont l'armée israélienne a arraisonnée la frégate turque, armée qui a décidément perdu la main au point de faire passer pour des victimes des sympathisants des terroristes du Hamas, mais j'ai été scandalisé, ébahi, révolté par le déferlement de haine contre Israël. On se serait cru revenu aux heures noires de l'humanité, une certaine gauche ayant pris la place d'une certaine droite...On a même vu une chaîne de salles de cinéma, Utopia (mon dieu que ce nom apparait terrible dans ces circonstances là), déprogrammé un film d'origine israélienne. Heureusement certains ont commencé à réagir. Espérons que cet incident dramatique ramène les parties en cause à la table de négociation.

 

Mais après tout réjouissons nous "d'être là". Une expérience scientifique vient de nous rappeler qu'à l'origine de l'univers, au temps du big bang, matière et antimatière auraient du être en proportions égales et  s 'annihiler. Selon le modèle standard de la physique quantique, une rupture de symétrie donc on ne comprend pas complètement le mécanisme, disons le hasard statistique, a fait qu'il y a eu 1pour 1000 de matière en plus que d'antimatière, notre univers était né, constitué de matière uniquement. Coup de théâtre, une expérience dans un accélérateur de particules vient de découvrir que les collisions entre atomes provoquaient non 1 pour 1000 mais beaucoup plus, 1 pour 100, d'antimatière, ceci remet en cause la théorie actuelle. Comment l'expliquer? Faut il y voir, restons dans la religion, le "Visage de Dieu" , titre du dernier livre des frères Bogdanoff consacré au big bang?

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 22:34

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Un de mes collègues, lors d'une conversation à propos du débat autour du livre de Michel Onfray,  où la psychanalyse a fait l'objet d'un échange "tendu",  a qualifié mon approche de passionnelle . Il faisait bien sûr référence à la passion dans son sens premier (passion affective, donc subie, dans son versant négatif, la haine) et non à la passion dans son sens trivial, d'intérêt excessif ou intense (en ce sens la mécanique quantique est pour moi une passion). J'ai essayé de dissiper quelques malentendus qui pourraient aussi concerner certains lecteurs de ce blog. J'ai lu Freud avec beaucoup d'intérêt, et même Lacan (je n'ai pas toujours compris mais "ça" reste fascinant). Je lui ai dit qu'en ce qui concerne les lapsus, les actes manqués, etc.,  qui étaient selon lui un acquis de la théorie analytique, au contraire je contesteait qu'ils fassent "sens", qu'il y ait une quelconque "compréhension" à en avoir, et s'il se trouve, ici ou là, qu'il y en ait une, celle donnée par la psychanalyse n'avait pas de fondements . Je ne nie en aucun cas l'inconscient, c'est même une des découvertes majeures de la biologie, la conscience n'étant que la partie immergée de l'iceberg, l'inconscient n'est que la somme de nos déterminismes génétiques, biologiques et environnementaux qui, tel la réalité pour la mécanique quantique, nous sont à jamais voilés. L'Oedipe n'a rien à faire là dedans car il n'existe pas.
La psychanalyse a du succès car elle répond à cette demande de "sens" au même titre que la religion ou d'autres disciplines. Elle ne me dérange pas plus que les autres (enfin si quand elle s'intéresse à l'homosexualité) tant qu'elle n'a pas de prétention "clinique" ( elle a fait tellement de mal à la psychiatrie française et encore plus aux malades). Il se trouve qu'elle est obligée de quitter le champ des maladies mentales où son échec est monumental. Apparemment, qu'il ait été démontré que la théorie était erronée quand il s'agit de ces maladies (il suffit d'aller lire les écrits qui concernent l'interprétation "analytique" de la schizophrénie , de la dépression maladie, de la psychose bipolaire ou des TOC!), ne dissuade pas de penser que la théorie puisse être dans le vrai pour le reste....
Ceci étant dit ne pas confondre refus de la psychanalyse et refus de la psychothérapie qui reste une arme thérapeutique indispensable. 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 18:09

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Il y a plus de trente ans maintenant, sur le plateau d’ »Apostrophes », deux jeunes intellectuels, B.H.Levy et A.Glucksmann, avec leur « parrain », le philosophe catholique Maurice Clavel, donnaient naissance dans une émission survoltée à ce qui allait devenir « La Nouvelle Philosophie ». Je ne sais si, comme on l'a parfois dit, cette aventure intellectuelle a changé le paysage intellectuel français, moi, elle m’a changé. Le jeune homme que j’étais alors et qui venait de basculer d’un totalitarisme à l’autre, allait trouver dans ce mouvement qui faisait osciller certains des « penseurs" de l’époque «entre le fou rire et l’indignation», une des clefs qui allaient lui faire abandonner ses structures mentales totalitaires. Né dans une famille pétainiste, avec une tante, bâtonnier des avocats Bordelais pendant la guerre et qui fit deux années de prison à la libération pour ses écrits ou propos antisémites, j’ai eu en effet une jeunesse d’extrême droite (d’où peut être, très tôt une vive sympathie, jamais démentie, pour François Mitterrand…). Le mouvement de Mai 68 constitua le premier ébranlement, car ma position schizophrène, du côté des étudiants par antigaullisme viscéral, suivant leurs exploits toutes les nuits sur Europe n°1, mais me revendiquant fasciste, ne pouvait perdurer. Le catholique que j’étais, élève d'une école religieuse renommée à Bordeaux ( et dont je fais toujours partie de l’association des anciens élèves, je dois beaucoup à l'éducation que j'ai reçue là…),cherchant une contre attaque au livre brillant de Jacques Monod « Le hasard et la nécessité » qui faisait de l’homme un accident de l’évolution, allait tomber sur les écrits du biologiste et philosophe Henri Laborit, dont le «Biologie et structure» constitua le fondement rationnel de mon basculement vers un gauchisme aussi intransigeant que ne l’était mon discours antérieur. Les mots qui scandaient mes propos avaient changés, pas mes structures mentales…Ce retournement spectaculaire laissa ma famille sidérée et le marxisme sur ma droite, le traversant sans m’y arrêter. C’est alors qu'a surgi le mouvement des «nouveaux philosophes» . « La cuisinière et le mangeur d’hommes », « La barbarie à visage humain » et surtout « Les maîtres penseurs » allaient m’enthousiasmer. «l’Ange», de Guy Lardreau et Bertrand Jambet, qui avait comme sous-titre « Ontologie de la révolution, une cynégétique du semblant », m'avait fasciné ( la difficulté, l'hermétisme voulu de cette pensée y avait sans doute contribué). Ce terme un peu pédant, mais il s’agissait de lacaniens, « Cynégétique du semblant », résume bien le changement de perspective : il ne s’agissait plus de défendre une «Vérité» érigée en absolu qui devait s’ imposer aux autres, mais de faire la chasse à l’erreur, au faux, au «semblant». Il n’ y a pas de Vérité, mais il y a de l’erreur.
Les Nouveaux Philosophes, ou du moins ce qu'il en reste (BHL et A.G.) sont devenus des jouets médiatiques, ils ne marqueront certes pas l’histoire de la pensée, ils sont peut être maintenant les « Nouveaux réactionnaires », ils n’en ont pas moins ouvert les yeux à beaucoup d'entre nous sur le phénomène totalitaire. Ils ont constitué pour moi un électrochoc même s'ils ne font pas partie des auteurs, dont j'ai parlé dans un précédent billet, qui ont contribué à forger ma façon de voir le monde, Arthur Koestler, Henri Laborit, Edgard Morin, Stéphane Lupasco, Michel Foucault, René Girard, Marcel Proust, Jean-Pierre Dupuy, Ivan Illich, Michel Serres, Bernard d’Espagnat. Je ne les lis plus ( sauf un article ici ou là d’A. Glucksmann, même s’il commence à me les « gonfler » avec ses Tchetchènes…).

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 18:19

 

 

Dans un précédent billet, à propos de la question turque, je faisais référence à un roman historique récent « La Religion ». C’est le souvenir du fascinant roman d’aventures se situant à la même époque, « L’Œil de Carafa », lu en 2001, mais toujours très présent, qui m’a incité à en entreprendre la lecture. Ce roman, écrit à 4 mains, par un collectif d’écrivains italiens situe son action aux premières années de la Réforme et des débuts de l’imprimerie. « Le narrateur, un mystérieux héros aux multiples identités successives, s’engage aux côtés de ceux qui, vite déçus par Martin Luther, veulent faire de la religion réformée un instrument de libération des opprimés : Thomas Müntzer et son armée de paysans, puis les anabaptistes qui s’emparent de la ville de Münster. …Au fil des décennies, se fait peu à peu jour dans sa conscience une vérité tétanisante : la trahison d’un homme, un seul, toujours le même, est à l’origine de la ruine de toutes les causes pour lesquelles il s’est battu, de toutes les défaites qu’il a traversées. En suivant d’un bout à l’autre de l’Europe les indices infimes que chacun sème derrière lui, les deux hommes vont cheminer l’un vers l’autre, pour finalement se retrouver à Venise, au moment où les juifs vont être persécutés, et régler les comptes de toute une vie. Ce traître c'est Q, l'âme damnée, l'"Oeil de Carafa", l'espion le plus fidèle et le plus efficace de Carafa, le grand inquisiteur, futur Paul IV.
Cet extraordinaire roman écrit sous le pseudonyme de Luther Blissett derrière lequel se cachent quatre jeunes auteurs italiens, membres des Tute Bianche (les « Tuniques blanches », qui se sont illustrées il y a quelques années à Gênes lors des manifestations contre le sommet du G8) de Bologne. Sur Internet, ils animent le collectif Wu Ming, nom qui signifie « Anonyme » en chinois et leur prochain roman (ils sont maintenant cinq) est annoncé pour la rentrée. Bien sûr, au-delà de l’efficacité narrative de ce thriller, il y a une résonance politique, d’extrême gauche : « de même que les anabaptistes s'opposaient à la toute-puissance de Rome comme à la fausse rébellion luthérienne, qui n'est que l'instauration symétrique d'un autre ordre pour remplacer celui auquel il s'oppose, de même aujourd'hui certains altermondialistes s'opposent à l'ordre néolibéral (lequel est d'ailleurs vacillant en raison de la crise: oscillation passagère ou prélude à l'effondrement?) comme à la gauche molle qui tente d'en circonvenir les abus sans remettre en cause profondément son système même. Il serait toutefois réducteur de réduire ce brillant livre qu'est Q à un simple roman à clefs, et c'est pourquoi, toute pertinente que puisse être cette lecture, elle est loin d'être exhaustive »
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/wu-ming-aucun-pays-n-est-a-l-abri-de-devenir-un-peu-l-italie


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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 13:22

 

 

 

Depuis qu’enfant, dans la belle forêt de Chiberta, entre Bayonne et la Chambre d’amour, que les hommes ont détruite pour y construire leurs villas avec piscine, je discutais avec mon grand-père de l’existence de Dieu, j’ai toujours été fasciné par la possibilité d’une théorie du « Tout ».

Toute théorie du tout se doit de résoudre les problèmes des « origines », univers, culture, etc…Les théoriciens de la physique, confrontés à l’incompatibilité, aux origines de l’univers, de la mécanique quantique et de la relativité générale, sont les plus avancés dans cette quête du graal, et la théorie « des cordes » fait figure de favorite, non sans être contestée, et le dernier livre de Léonard Susskind, un de ses pères, « La guerre des trous noirs » (tout un programme…) nous en révèle le cheminement.

En sciences humaines, la théorie Girardienne du désir mimétique, est également candidate au statut de théorie du tout. Jean Pierre Dupuy en est sans doute son plus brillant théoricien. Dans son dernier livre, « La marque du sacré », prenant comme point de départ la panique financière de 2008, il s’efforce de montrer le lien qui lie ses travaux qui touchent à la philosophie des sciences et des techniques, la philosophie morale et politique, la métaphysique, l’épistémologie, la théorie de la société, et ce lien c’est en grande partie la théorie girardienne contenue dans cette parole de la bible : « comment Satan peut-il expulser Satan » ?
« L’hypothèse girardienne consiste à postuler que le sacré résulte d’un mécanisme d’auto-extériorisation de la violence des hommes, laquelle se projetant hors de leur prise sous forme de pratiques rituelles, de systèmes de règles, d’interdit et d’obligations, réussit à se contenir elle m^me. Le sacré c’est la « bonne violence » institutionnalisée qui régule la « mauvaise violence » anarchique, son contraire en apparence. Le mouvement de désacralisation du monde qui constitue ce que nous nommons la modernité est travaillé par un savoir qui s’insinue progressivement dans l’histoire humaine : et si la bonne et la mauvaise violence ne faisaient qu’une ? Comment ce doute, sinon ce savoir nous est il advenu ? »

La réponse de Girard : peut il y avoir savoir de l‘autotranscendance sans transcendance véritable ? Nous savons que le mal est capable de s’autotranscender (Satan expulse Satan), et par la même de se contenir dans des limites, ce qui évite sa destruction totale. C’est l’origine de la culture. « Penser implique ici de violer bravement les interdits et obligations de la méthode cartésienne et de renoncer à l’idéal d’une connaissance fondée sur des « idées claires et distinctes ». Penser, c’est s’approcher le plus possible de ce trou noir où il n’y a plus de différences, afin d’apercevoir le chaos primordial où s’origine toute chose.
Et si c’était aussi la condition pour approcher Dieu ?.... ».
On n’est plus tout à fait le même une fois qu’on a lu le livre de Jean Pierre Dupuy qui se clôt sur une analyse éblouissante de Vertigo, d’Hitchcock.
L’absence de différence, l’origine du mal. Peut être là l’origine de ma réticence à cette revendication du droit à l’indifférence…

 


 

"Les Lumières ont versé, si l'on ose l'écrire, des torrents de larmes, que le romantisme se garda bien de sécher, quoiqu'il ait modifié la matière des mouchoirs, et réduit quelque peu leur format. Ces pleurs si naturels, si l'on en croit leur immémoriale ancienneté parmi nous - qu'attestent à l'envi la littérature, qui sait tout, et la peinture, qui voit tout, pour ne rien dire de la musique, qui bruit de bout en bout de leur débordement -, ces pleurs directement tombés des yeux de la nature, il ne fallut rien moins que le naturalisme pour commencer à les tarir, l'urbanisme haussmannien, la science, les mardis de la Salpêtrière et la grande industrie. Nous ne sanglotons à peu près plus, sauf, et ce n'est même pas sûr, aux pires débâcles de l'histoire, de la grande et de la nôtre. Or qu'en serait-il pourtant de décennies à la chaîne qui ne sauraient plus ce que c'est que le rire ? Nous ne savons presque plus ce que c'est que les larmes."
(Renaud Camus, Le Bord des larmes, P.O.L., 1990)

 

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