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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 17:36

Les regards croisés, si divergents, sur la question gay, de Dominique Fernandez et d’Arthur Dreyfus dans leur « Correspondance indiscrète » ont fait l’objet d’un ancien billet de ce blog (https://limbo.over-blog.org/2016/07/gays-d-hier-et-d-aujourd-hui.html) et j’avais dit combien, en dépit d’une proximité générationnelle avec le premier, je me sentais nettement plus proche du second.

 

La publication simultanée du dernier roman de l’académicien, « L’Homme de trop », et du « Journal sexuel d’un jeune homme d’aujourd’hui » d’Arthur Dreyfus, illustre de façon presque caricaturale le gouffre qui sépare leur vécu de l’homosexualité. Difficile de porter un jugement définitif sur ces deux oeuvres, puisque seul le premier tome du roman est paru, quant au journal qui comporte plus de 2000 pages, sorte de bible du sexe écrite sur papier approprié, je suis loin d’en avoir terminé la lecture.

 

Eternel minoritaire , hier dans une France où l’homosexualité se vivait cachée et souvent honteuse, aujourd’hui dans celle du conformisme où les gays se sont « hétérosexualisés » dans leur conquête du « droit à l’indifférence », « L’Homme de trop », Lucas, soixantenaire, porte parole de l’auteur, raconte son vécu, nostalgique, du passage du monde pré-gay à celui post-gay qui a commencé avec l’adoption du Pacs (terme du premier tome) et qui culminera avec le mariage pour tous dans le deuxième tome à paraitre. Le vécu refoulé et honteux de sa jeunesse nous vaut des pages interminables, érudites jusqu’à l’ennui, établissant un parallèle entre homophobie et la porcophobie, une chronique tout aussi documentée de l’homophobie des années pré-gay, la narration de ses rencontres amoureuses, douloureuses, avec de jeunes gens abimés par la vie, handicapés sociaux pour lesquels son attachement, indissociable de son sentiment de culpabilité, traduirait le « rachat d’une faute ». Même si son affirmation de l’homosexualité comme différence, comme une autre façon d’être au monde, son rejet de la psychanalyse et de ses élucubrations sur la question gay, font écho à plusieurs billets de ce blog, sa vision biaisée par son histoire personnelle et son côtoiement  d’homosexuels « marginaux » l’amène a proférer des absurdités sur le vécu gay : où est-il allé chercher que les bars homosexuels n’étaient plus fréquentés que par des seniors nostalgiques, des jeunes timides ou des provinciaux ou que les lieux de sexe ne concernaient plus que les anciennes générations victimes du refoulement! Son rejet du communautarisme gay a du le tenir éloigné du Marais depuis longtemps… Plutôt une déception donc , loin de l’émotion que j’avais éprouvé à la lecture de « l’Etoile Rose » du temps de ma libération sexuelle (https://limbo.over-blog.org/article-litterature-et-homosexualite-61056855.html).

 

Longtemps je vais me coucher avec le journal sexuel d’Arthur Dreyfus, livre de chevet pour quelques pages chaque soir, comme ce fut le cas lorsque j’entrepris, jeune adulte, la lecture de La Recherche. Ses « Tricks » sont bien différents de ceux du livre culte de Renaud Camus qui fantasmait sur les « moustachus, poilus » de 25-40 ans, bien loin de mes gouts à cette époque, alors qu’Arthur, rare point commun avec Dominique Fernandez, chasse l’éphèbe, orientation qui était aussi celle de mon désir lorsque j’avais son âge.

 

Quelle motivation peut conduire à une telle monumentale publication dont on peut se demander si elle n’a pas la dimension d’une confession? L’ampleur de son addiction au sexe, tellement supérieure à la mienne qui n’est pourtant pas banale, le nombre vertigineux de ses rencontres bien au delà de ce que j’ai connu dans ma période la plus florissante, en un temps il est vrai dépourvu d’applications de rencontre, sa fréquente recherche de rapports de brutale soumission ou humiliation, sa phobie paradoxale de la contamination - avec un rapport étrange au risque de la fellation qu’il ne craint qu’active, ce qui nous vaut son affirmation répétitive et fatigante  de l’usage de la capote, qui n’a aucun rationnel épidémiologique, jusqu’à la Prep vienne enfin l’en dispenser - semblent traduire un certain mal être, impression confortée par son besoin de justification au moyen d’interprétations psychanalytiques douteuses, jusqu’au cliché lors de l’assimilation de l’attrait de certains jeunes pour les « matures » à un désir du père, rappelant ces absurdes « merci j’ai déjà un père » si fréquentes sur Grindr.

 

Il est possible que mon jugement évolue au fil des pages, dont je viens à peine de dépasser la cinq centième, mais je ne serais pas surpris que cette oeuvre, comme ce fut le cas pour Renaud Camus, Guillaume Dustan ou Hervé Guibert, même si elle est diversement reçue - on peut concevoir que l’hétérosexuel moyen, fut-il critique, jette l’éponge en cours de route - marque durablement la littérature gay contemporaine. En dépit de la gêne éprouvée lors de certains passages, qu’il s’agisse de son « expérience » de la prostitution ( dont je crains qu’elle n'annonce celle de la drogue) avec des descriptions peu amènes de ses « clients », du regard  qu’il porte sur les gays âgés dont il regrette qu’ils exposent leur corps « délabré » dans les saunas ou de détails scatologiques répétitifs quant à la propreté de son cul, je ne peux nier, qu’au delà de la narration de ses ébats sexuels, les réminiscences de mon propre vécu, la caractère parfois jubilatoire des  descriptions « intellectuelles » de ses rencontres (et de ce qu‘en révèle la décoration de leur intérieur…) et le florilège des citations grindr, me procurent un constant plaisir de lecture qui devrait m’amener jusqu’au terme de ce journal.

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 17:18

Mon absence de ce blog depuis des semaines est sans doute moins le symptôme  de la lassitude d’un confinement sans fin que le témoin d’un monde où il ne se passe plus rien, si ce n’est l’infini répétition du Même mis en scène par les chaines d’information continue. Autant me dispenser de participer à cette uniformisation du réel en réitérant mon effarement, maintes fois  exprimé ici,  devant la soumission des autorités de tant de pays aux injections sanitaires des « experts », tout en reconnaissant avoir quelque peu sous-estimé la pérennité de l’épidémie en qualifiant certains d’entre eux de Cassandre. Je ne doutais pas qu’Emmanuel Macron soit très réticent à étendre les restrictions actuelles, il vient de le prouver, mais je ne vois pas comment il pourra résister longtemps à la pression inouïe des ayatollahs sanitaires qui occupent en permanence les médias, si la situation ne s’améliore pas rapidement. On sacrifie une génération, des professions entières et des milliers d’emploi, pour prolonger de quelques semaines, ou tout au plus quelques petites années, la vie des plus âgés d’entre nous…

 

Ce n’est pas la propagation constante, inexorable elle, car sans espoir de rémission, contrairement à celle du virus, de la chape de plomb que les réseaux sociaux font peser sur la liberté de pensée, s’étendant maintenant à l’ordre moral avec l’affaire Olivier Duhamel, entrainant les lâches décisions de LCI et du Monde concernant Alain Finkielkraut et Xavier Gorce, qui pouvaient contribuer à me remonter le moral. J’aurai au moins appris que le terme « inceste » pouvait s’appliquer à une relation de parenté par « alliance », puisque la victime n’avait aucun lien de sang avec son « beau père »…

 

De cet univers presque (n’exagérons pas tout de même …) Orwellien, ont toutefois émergé deux nouvelles qui m’ont un peu réconforté, l’absence de « No deal » sur le Brexit et surtout l’éviction du psychopathe qui était à la tête des Etats Unis. Et puis, privilège des professionnels de santé de plus de 50 ans,  mon conjoint (je suis d’une génération gay qui ne se sent pas à l’aise avec le mot « mari » ) et moi, maintenant vaccinés, pourront, peut-être, profiter plus pleinement d’un retour progressif à la normale car je ne doute pas, au moins pour voyager, que le passeport vaccinal s’imposera.

 

Les distractions étant devenues rares, le « temps de cerveau disponible » pour la lecture et le visionnage des séries s’est considérablement accru. Le livre de Jean Pierre Luminet, « l’Ecume de l’espace temps », qui tente de nous éclairer sur les interactions entre l’espace, le temps et la matière et les origines de l’univers, offre un panorama complet, bien que parfois difficile à suivre des théories qui s’affrontent. Celle des Univers Multiples inspire manifestement les scénaristes puisqu’elle est au coeur (L’homme du Haut château, DEVS, OA, Dark, Stranger Things) ou en arrière plan (Lovecraft Country) de maintes séries fantastiques ou de Science-Fiction. Le passage d'un univers du multivers  à l'autre n'étant possible que dans l'imagination des auteurs de S-F, aucun espoir de rejoindre un des mondes sans COVID... Par contre, l’auteur du dernier prix Goncourt, l’Anomalie, fait référence à une théorie plus originale, moins connue, qui fait de notre univers, un monde virtuel, une « simulation » informatique d’intelligences supérieures. Puisse ces « intelligences » avoir la bonne idée de programmer la disparition de notre virus quotidien…

 

( A signaler que la série actuellement en cours sur Canal, Your Honor, avec le héros de Breaking Bad, se déroule au temps du Covid)

 

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 10:07

La complainte des soignants - qui soit dit en passant ne peut se comprendre que pour les services hospitaliers qui sont au « front », réanimation, infectiologie, urgences, et non pour l’immense majorité des autres, plutôt en sous emploi du fait du confinement…) - ayant conduit à une nouvelle assignation à résidence, il m’arrive de repenser avec nostalgie à ces quelques semaines de semi-liberté dont nous avons pu bénéficier cet été.

 

J’ai longtemps hésité avant de me résoudre à annuler, quelques jours avant la date limite, ma réservation annuelle à l’Hôtel Calipolis à Sitges, non par crainte de l’épidémie elle même, mais surtout d’une vie nocturne fortement perturbée par les mesures sanitaires en vigueur en Catalogne. L’expérience de la fréquentation du sauna IDM depuis sa réouverture ( avant qu’il ne referme …) m’avait donné une idée peu encourageante de ces contraintes avec le port du masque, hypocritement obligatoire dans les couloirs mais dont on fait fi dans les cabines ou les backrooms…

 

Notre périple habituel des plus beaux villages ou régions de France, sur le chemin de Sitges, allait donc être plus conséquent en ce mois d’aout 2020, mais certainement beaucoup moins « gay ».

 

Nous partîmes donc, Bertrand et moi, un dimanche 2 aout vers la normandie pour découvrir enfin la spectaculaire Étretat où le port du masque n’était imposé que dans la rue principale. Pour atteindre notre étape suivante, le village fleuri de Rochefort en Terre, nous fîmes une courte halte dans le village médiéval de Josselin, non sans savoir traversé la mythique forêt de Brocéliande. Cette traversée rapide de la Bretagne se termina, après avoir parcouru Guérande où nous fumes rattrapé par le port obligatoire du masque,  à Batz-sur-Mer, dont seule l’église Saint Guénolé et son étonnante nef désaxée nous a paru digne du détour.

 

Bordeaux, pas encore masquée, allait nous offrir l’occasion de nous poser quelques jours dans notre appartement, le temps de profiter des plages gays du Porge et de la Lagune, à distance de la chaleur étouffante de la ville, et de découvrir de nouveaux restaurants, avant de reprendre notre tour de France vers le sud-est, après une brève étape au bord de leur piscine chez des amis en vacances dans les alentours de Montauban.

 

Le château de Rieutort, belle maison d’hôte dotée de deux piscines, dont une naturiste, où nous n’avons pas eu l’occasion de découvrir les corps de deux beaux garçons, probablement en couple, qui choisirent la piscine « textile »,  fût notre point d’ancrage pour aller visiter Saint-Guilhem-le-Desert, petite cité médiévale fort fréquentée.

 

Le Lubéron était notre destination suivante et depuis notre confortable installation, pour 3 nuits,  au « Domaine des Sources » nous avons visité l’Abbaye Notre-Dame de Ganobie et son émouvant cimetière de moines, Forcalquier et sa citadelle,, Manosque, La Montagne de Lure (le temps de faire quelques photos nus pour les sites de rencontre), Rustrel et son soi-disant « Colorado » provençal.

 

Privés de Sitges, Saint-Tropez, elle aussi masquée - mais le protocole sanitaire de l’hôtel était cool - ne pouvait nous en offrir qu’un ersatz, bien pâle, en dépit des sections naturistes de la plage de Pampelone, et de quelques restaurants gayfriendly. En dehors peut-être de soirées privées dont nous n’avons pas eu connaissance, la vie nocturne tropézienne nous a paru se limiter à l’utilisation de Grindr…

 

Une nuit à Gordes, où l’affluence était telle que nous eûmes de grandes difficultés à trouver une table pour diner, avant de rejoindre Paris sans nous douter qu’un mois plus tard nous serions à nouveau privés de bars, de salles de sport et bientôt de cinémas et de restaurants…

 

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 08:37

Dans un billet maintenant fort ancien (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html), j'avais rapporté la segmentation en 3 périodes de l'histoire politique de l'homosexualité proposée par des sociologues espagnols : la période pré gay (qui se termine en France avec l'élection de François Mitterand), la période gay qui court jusqu'à l'adoption du PACS, et la période actuelle, post gay, dont le mariage gay et la prochaine adoption de la PMA sont les marqueurs. 

Deux films, malheureusement peu accessibles au plus grand nombre, car l'un n'est disponible que sur Netflix et l'autre n'a bénéficié que d'une sortie confidentielle dans quelques salles, en sont une illustration parfaite. Le premier, "The boys in the band", est un remake de celui de William Friedkin, mythique de la filmologie gay, reprise d'une pièce de théâtre jouée pour la première fois à NewYork en 1968, et sorti en France sous le titre "Les garçons de la bande". Les personnages du film réunis pour fêter un anniversaire, dont l'action se situent 1968, un peu avant les émeutes de Stonewall et le début de la période "gay" , celle de la libération et du coming-out, reproduisent tous les stéréotypes homosexuels de la période pré-gay, la folle, le tapin, l'intellectuel désabusé et cynique, le dragueur, le mélange des classes sociales. Les reproches, rancoeurs et vacheries que les protagonistes se jettent à la figure sous l'emprise de l'alcool témoignent de leur homophobie inconsciente, de leur "haine de soi" si répandues à l'époque : "Montrez moi un homosexuel heureux, je vous montrerai un cadavre". Ce remake qui apparait bien anachronique à notre époque, n'en est pas moins un divertissement presque nostalgique.

Fin de siècle, bien plus ambitieux, conte, de nos jours à Barcelone,  la rencontre sans lendemain de deux garçons, Ocho et Javi, qui loin de l'homophobie intériorisée des protagonistes du film précédent, assument pleinement une homosexualité libérée de toute culpabilité, couple libre, homoparentalité, rapport moderne au couple...Dans un basculement inattendu, et troublant ( car interprété par les mêmes acteurs), de la construction du film, ils découvrent s'être déjà rencontrés, 20 ans plus tôt, à la veille du basculement de siècle, de façon tout aussi éphémère, non comme aujourd'hui en raison du choix de Javi de ne vivre que des relations d'un soir pour respecter les règles de sa vie de couple, mais parce qu'à cette époque aucun des deux n'étaient arrivés au bout du chemin conduisant à l'acceptation de la nature de leur orientation sexuelle. Dans une émouvante dernière partie Javi, regardant par sa fenêtre Javi repartir vers son couple, fantasme la vie qui aurait pu être la leur, ensemble, dans un des univers multiples où, 20 ans plus tôt, il aurait cessé de se mentir...

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 14:57

Bien des sujets auraient pu être abordés dans ce blog depuis mon dernier billet. La schizophrénie de la gauche quant aux adolescentes de 16 ans, Mila au bûcher mais Greta béatifiée; le dernier roman d’Echenoz, un exercice stylistique et parodique qui se lit avec ravissement, mais qu’en restera t’il, si ce n’est le souvenir d’un bon moment; le retour de Cruella, alias Ségolène, bonne nouvelle pour les pôles, moins pour la gauche;  les réseaux sociaux, avatar digital de la guillotine; 1917, le dernier film de Sam Mendes et sa vision hallucinante d’une campagne de France d’où Dieu s’est retiré ; Gabriel Matzneff, dont on fait semblant de découvrir les inclinaisons pédophiles (mot qui, faut il le rappeler, désigne l’amour des impubères et non des adolescents), à propos d’une affaire qui n’a rien à voir avec cette pathologie; la chasse à l’homme des militantes féministes qui n’en épargnent que deux catégories, les homosexuels (bénéfice secondaire inattendu) et les islamistes auprès desquels elles défilent…

 

J’aurais également pu consacrer un billet au roman de Kevin Lambert, « Querelle », non seulement parce qu’il montre la sexualité gay dans toute sa crudité et pour reprendre les mots de l’auteur, la puissance des existences minoritaires à questionner le majoritaire, son potentiel de révolte que tend à lui faire perdre la « normalisation » actuelle, mais aussi par la parallèle qu’il fait entre la violence du désir sexuel et celle des luttes sociales, dont il montre en décrivant une révolte ouvrière dans une scierie canadienne, les équivoques, les aspects obscurs et délétères, qui font écho aux violences des mouvements sociaux actuels : « les grands discours de bien commun et de justice sociale, c’est juste des histoires qu’on se raconte pour se convaincre qu’on est des saints de gâcher la vie de gars honnêtes qui travaillent en forêt, de faire perdre la production à toute une usine, de monopoliser l’attention de la région au complet pour nos propres petits interêts médiocres ». Matière à réflexion pour Emmanuel Todd et Michel Onfray que  les gilets jaunes mettent en érection.

 

Pourtant ce qui a semblé ne plus me quitter, ces dernières semaines, a trait à la religion et plus particulièrement à la religion chrétienne. Ce fut d’abord le film bouleversant de Terence Malik, présenté au dernier festival de Cannes, « ma » Palme d’or, chemin de croix jusqu’à la mort d’un jeune paysan autrichien refusant de prêter serment à Hitler au nom de sa foi chrétienne. Mise scène époustouflante, où chaque plan, véritable tableau, est un hymne à la nature.

 

Puis il y eut cet étonnant dialogue, deux visions de l’église, entre le futur Pape François et Benoit XVI, peu avant sa démission, dans le film « Deux Papes » mis en ligne sur la plateforme Netflix, comme prémonitoire de sa prolongation virant à l’affrontement, réel cette fois, à propos de la question du mariage des prêtres.

Etrange coïncidence, c’est encore d’un duel feutré entre deux Papes qui est au centre de la mini-série qui vient de se terminer sur Canal, « the New Pope », mis en scène de façon magistrale par Paolo Sorrentino ( suite de « The Young Pope »), complètement iconoclaste, techno-baroque, mais  bien plus fidèle au christianisme que blasphématoire,  où chaque plan, là encore, est un tableau somptueux avec un  hommage final au Shining de Kubrik. Le doute qui s’installe quant à la possibilité que le « Young Pope » soit une réincarnation du Christ a prolongé l’émotion éprouvée avec une autre série récente, sur Netlix, « Messiah », dont j’ai dévoré les 10 épisodes en moins de 2 jours, thriller spirituel, dont le héros iranien à la beauté fascinante se déclare fis de Dieu, sans se réclamer d’aucune religion mais dont les références chrétiennes sont omniprésentes..

De façon plus anecdotique, je pourrais aussi citer cette émouvante scène de la série « The Crown », entre la princesse Alice, et son fils le Duc d’Edenbourg à pros de la foi, que ce dernier pense avoir perdue lorsqu’elle lui doit sa survie…

 

Point d’orgue de cette séquence « christique », la lecture du dernier livre, posthume, de Michel Serres, « Relire le relié », qui est présenté comme l’oeuvre de toute sa vie. Que Michel Serres fût chrétien, ce ne pouvait être une surprise puisque je le savais fervent admirateur de René Girard.

A partir des deux origines du mot religion, relire et relier, cette relecture des textes sacrés, notamment les Evangiles montre comment la religion, contrairement à l’histoire épisodique, celle des empires, royaumes et systèmes politiques mais à l’instar des mathématiques, de l’argent et de  l’alphabet est un des 4 invariants qui fondent notre culture mais qui à leur axe horizontal qui relie les hommes entre eux, ajoute un axe vertical qui unit le ciel à la terre. Impossible de rendre compte de la richesse de ce livre, je n’en retiendrai ici que ce que l’auteur rappelle à propos de la « sainte Famille », où Jesus n’est pas le fils, où Joseph n’est pas le père, puisque , fils de l‘homme, il est né du Saint Esprit et d’une mère vierge. Il s’agit donc bien d’un enfant sans mère : « l’expression la sainte Famille » signifie donc qu’elle défait les liens charnels, biologiques, sociaux, naturels, ou, comme on a dit structuraux: chacun à sa manière, le père n’est pas le père, ni le fils vraiment le fils, ni la mère absolument la mère; amoindrissement et suppression des liens du sang ». Ce devrait être un sujet de méditation pour la « Manif pour tous »…

 

Je ne sais s’il y a un Dieu, je reste agnostique, mais s’il devait y en avoir un, je préférerais que ce soit celui des chrétiens…

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 15:17

Il y a 20 ans, en plein milieu d’une interminable et douloureuse séparation d’avec celui qui venait de partager 15 ans de ma vie, la victoire de la France en coupe du monde de foot avait, pour une soirée, dissipait les nuages qui embuaient mon esprit, non que je fusse un passionné de ce sport, mais la joie qui déferlait dans les rues était communicative. Je m’étais même rendu, fort tardivement, après un long détour aux soirées « dominicales » très « hot » d’une boite annexe du Scorpion, sur les champs Élysées à un moment où la fête était finie, un accident provoqué par une voiture folle venant de disperser la foule.

En 2010, le mirage de la société multiculturelle que la presse avait célébrée à l’occasion de cette victoire, s’évanouissait dans l’épopée lamentable en Afrique du Sud. Je m’étais vu alors censurer un billet de ce blog, intitulé je crois « Black, blanc beur », sous prétexte qu’il aurait pu déplaire aux « annonceurs ». J’avais donc hébergé ce billet sur « Gayattitude », mais ce site ayant disparu, je n’ai pu en retrouver la teneur. Sans doute devais je émettre quelques réserves sur l’angélisme des médias quant à l’immigration, me faisant l’écho de certains écrits de Renaud Camus, tout en commençant à m’effrayer de ses positions politiques ( http://limbo.over-blog.org/tag/politique/3).

Cette année, toujours aussi peu passionné par ce sport, j’ai assisté à la victoire de notre équipe dans un bar du marais, où, sans doute pour la première fois en un tel lieu, la foule a entamé la marseillaise, non sans penser, avec tristesse, aux tweets ravageurs que devait être en train d’écrire un de nos grands écrivains.

En 1998, j’étais un fidèle et assidu lecteur du journal Renaud Camus, auteur découvert avec « Tricks » mais surtout enthousiasmé par « Buena Vista Park » et ses « Chroniques Achriennes ». Nous étions deux ans avant la triste et célèbre « affaire Camus », monumentale et injuste cabale déclenchée par quelques phases extraites de son journal de l’année 1994 (« La campagne de France »). Est-ce de ce moment qu’il faut dater la dérive intellectuelle qui allait l’amener jusqu’aux tweets les plus extrêmes qu’il a pu émettre au cours de cette coupe du monde,  où il a souhaité la "victoire de l’équipe européenne contre l’équipe africaine" ? Certes l’acharnement médiatique dont il fût victime dans les années 2000 a pu contribuer à exacerber les traits de type paranoïaques qu’on pourrait déceler dans ses premiers écrits (la relecture récente de Buena Vista Park m’a fait retrouver en filigrane certaines de ses idées actuelles), mais un autre évènement, survenu à la même époque, m’apparait bien plus fondateur de ce changement « d’épistémé » que l’on trouve dans son journal à la charnière des deux siècles : la rencontre avec Pierre, survenue un an avant « l’affaire ». Non par une influence directe, je suis loin d’être persuadé que l’ami qui partage sa vie depuis près de 20 ans, et avec qui j’ai eu l’occasion de diner il y a plusieurs années car il était un des collègues de lycée de mon ex-ami, partage pleinement ses positions, mais parce qu’elle a mis fin à son vagabondage sexuel (ce terme n’a aucune connotation péjorative chez moi…) qui constituait la trame omniprésente de son journal. Nous assisterions en fait au « remplacement » d’une obsession, le sexe, par la transformation progressive d’un malaise devant le comportement culturel africain et arabo-musulman, perceptible dès ses premiers écrits, en une obsession d’une invasion par les peuples qui portent cette culture, obsession qui confine parfois au délire paranoïaque (il suffit d’aller jeter un coup d’œil sur son compte tweeter...).

J'ai arreté de lire Renaud Camus quand son journal a cessé d'être publié en librairie (il est maintenant en ligne sur le site de l'auteur). Il me manque pourtant, mais je préfère rester à l'écart de sa part "maudite".

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 14:38

Le geste d’Arnaud Beltrame suscite au premier abord étonnement, admiration, voire incompréhension : comment a t-il pu trouver le courage d’en arriver là ? La réponse immédiate qui a été apportée à cette question est triviale : c’est le destin d’un héros. C’est effectivement la seule conforme au point de vue laïque dont ne pouvait s’écarter, du fait de sa fonction, Emmanuel Macron. Ce n’est pourtant probablement pas celle qui convient. Les actes héroïques défient la raison car ils surviennent le plus souvent « abruptement », dans l’instant, sous le coup de l’émotion sans que leurs conséquences éventuellement, mais non obligatoirement, fatales aient eu le temps d’être envisagées.

 

Il ne s’agit pas ici d’un acte héroïque, mais d’un sacrifice dans sa dimension religieuse. Les évènements de Trèbes nous donnent à voir les deux visages du sacrifice « aux étranges effets de miroir », décrits par René Girard dans « Celui par qui le scandale arrive » à propos du jugement de Salomon, : le sacrifice d’autrui, celui qui tue et le sacrifice de soi pour sauver l’autre. Le premier renvoie à la dimension archaïque du religieux, ici celui du radicalisme islamique, le second à celui du Christ. Au terroriste prêt à sacrifier des innocents, boucs émissaires d’un monde occidental haï et jalousé, Arnaud Beltrame, en chrétien, a répondu par le don de sa vie pour sauver une innocente et peut être même la vie de son bourreau, s’il l’avait pu.

 

Par un étrange paradoxe, ce sont les politiques se référant aux racines chrétiennes de la France, de Vauquiez à Marine le Pen, qui se sont servis de ces évènements dramatiques pour proposer des solutions inapplicables et contraires aux valeurs de leur religion…

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 16:35
Les Cow-boys

Présenter mes vœux aux lecteurs de ce blog est une occasion pour moi de le reprendre après quelques semaines de silence.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui ont manqué depuis ce sinistre samedi, au lendemain des attentats, où flânant avec Bertrand dans un Paris plus déserté qu'un 15 août caniculaire, dans une atmosphère étrange, nous avons trouvé porte close à l'UGC des halles. Il n'y avait pas grand monde non plus, le soir, à la terrasse du Cox, où nous sommes allés boire notre bière habituelle, sans grande crainte, car il semblait bien que pour les sociopathes de l'islam radical le temps n'était plus aux attentats ciblés visant des communautés - dessinateurs, juifs, et pourquoi pas, donc, homosexuels symboles de la "décadence" des mécréants dont la disparition n'aurait guère touché la France de la "manif pour tous" - mais qu'il s'agissait maintenant de tirer dans le tas...Quelques jours plus tard, le film de Thomas Bidegain, « Les Cow-boys » , narrant la fugue et la conversion à l’islam d’une fille de 16 ans à la suite de sa rencontre amoureuse avec Ahmed, français d’origine immigrée et radicalisé, au moment où je terminais la lecture de 2084, conte philosophique de l’algérien Boualem Sansal qui décrit l’ Europe sous emprise d’une dictature islamique, me fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

Il serait sans doute vain d’essayer de comprendre ce qui dépasse l’entendement, aux confins de la psychiatrie et de la religion, mais le vif intérêt que j’ai pris à la diffusion de la remarquable série télévisée «Jésus et l’Islam» sur Arte procédait sans doute de ce mouvement-là. En partant de la place exceptionnelle dans le Coran que tiennent Jésus, et encore plus Marie, qui y garde son statut d’immaculée conception, c’est à un éclairage saisissant sur les origines controversées de l’islam auquel le béotien que je suis, en cette matière, a assisté. La série ne fait qu’évoquer, sans la retenir, l’hypothèse soulevée dès le 7è siècle par Jean de Damas, arabe syrien et docteur de l’église, selon laquelle l’islam aurait pour origine une secte judéo-chrétienne, les nazaréens, lointains disciples de Jacques, le frère du christ. Cela me ramenait au roman d’Emmanuel Carrère, « Le Royaume », non seulement parce que ce dernier avait suggéré, à la sortie du livre de Houellebecq (Soumission), que si le christianisme avait était l’avenir de l’antiquité, sa diffusion ayant été facilité par l’empire romain, l’islam pourrait bien être celui de l’Europe (facilité par l’immigration massive consécutive aux guerres du Moyen-Orient, rendant prophétique le livre de Boualem Sansal ?) ; mais surtout parce qu’il montrait combien le christianisme, à ses origines, avait frôlé le schisme, entre les fidèles de Jacques, défenseur de la tradition juive, et l’universaliste Paul qui finit par l’emporter et fonder le christianisme tel que nous le connaissons. L’islam n’a pas évité le schisme à la mort du prophète, entre ses disciples, défenseurs de la tradition, les sunnites, considérant le Coran comme parole de Dieu à prendre à la lettre, et les fidèles de son gendre, Ali, qui donnèrent naissance au Chiisme, dans lequel le Coran est une œuvre humaine. Que serait-il advenu du christianisme si Jacques, l’intégriste, l’avait emporté sur Paul ? Ce n’est qu’à la fin du Moyen-âge, au début du 16è siècle que le christianisme connut son schisme majeur avec Luther et Darwin. Le formidable roman «L’œil de Carafa», dont j’ai déjà rendu compte dans ce blog, nous rappelle que le protestantisme a connu ses dérives sectaires, dont celle des anabaptistes radicaux de Thomas Müntzer, qui fut aussi une révolte sociale, avec son lot d’atrocités. La régression moyenâgeuse du sunnisme que représente l’état islamique a eu ses précurseurs….

Les élections régionales s’annonçaient comme une débâcle historique pour le parti socialiste. La parfaite gestion des attentats par François Hollande et ses deux remarquables ministres Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian, aidé par un Sarkozy qui a manifestement perdu la main, ont sans doute contribué à fortement limiter la casse, au point que notre président, et je m’en réjouissais, pour peu que la situation économique s’améliore, puisse à nouveau être en position de briguer un deuxième mandat. Insupportable sans doute pour sa gauche sectaire, ancrée sur son idéologie, le vouant aux gémonies, pour une mesure, la déchéance de nationalité, certes sans efficacité réelle, mais symbolique aux yeux de la population, qui ne concernerait qu’une infime minorité des sociopathes éventuellement concernés…

Terminer ce billet plus positivement en vous disant mon coup de cœur pour l’admirable film de Jia Zhang-Ke, qui vous obsède longtemps, « Au-delà des montagnes ».

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 19:50
Du désir, de l'amour et de la haine

« Retracer le destin du désir humain à travers les grandes œuvres littéraires », telle était l’ambition de René Girard lorsqu’il écrivit « Mensonge romantique et vérité romanesque », première ébauche de sa théorie du désir mimétique, sur laquelle il fondera une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux. L’émotion que j’ai éprouvée ce mercredi à l’annonce de sa mort m’a renvoyé à celle que j’avais ressentie en découvrant « Des choses cachées depuis la fondation du monde », ouvrage qui allait profondément transformé, au moins autant que les interprétations de la mécanique quantique (Bernard d'Espagnat, le physicien du "réel voilé", s'est lui aussi éteint il y a quelques semaines) , ma vison du réel.

La parution de cet ouvrage fondamental l’année (1978) de ma « sortie du placard », ne pouvait qu’attiser mon attention tant il s'opposait (même s'il ne s'agissait que d'un aspect très secondaire de l'ouvrage) à la doxa freudienne sur l'interprétation de l'homosexualité : non seulement il n'écartait pas la possibilité d'une homosexualité proprement biologique (sur laquelle il se disait incompétent), mais il déconstruisait le concept d’homosexualité latente, celle-ci n’étant plus considérée comme la recherche du « même », mais vouloir être ce que l’autre est :

« L’homosexualité correspond forcément à un stade « avancé » du désir mimétique mais à ce même stade peut correspondre une hétérosexualité dans laquelle les partenaires des deux sexes jouent, l’un pour l’autre, le rôle de modèle et de rival aussi bien que d’objet. La métamorphose de l’objet hétérosexuel en rival produit des effets très analogues à la métamorphose du rival en objet. C’est sur ce parallélisme que se base Proust pour affirmer qu’on peut transcrire une expérience homosexuelle en termes hétérosexuels, sans jamais trahir la vérité de l’un et de l’autre désir. C’est lui, de toute évidence, qui a raison contre tous ceux qui, soit pour l’exécrer, soit au contraire pour l’exalter, voudraient faire de l’homosexualité une espèce d’essence. »

Cette isomorphie du désir homosexuel et hétérosexuel, rendue si évidente par Proust, elle transparait également chez Roland Barthes dans ses « Fragments d’un discours amoureux ». Un des romans de cette rentrée littéraire, « Histoire de l’amour et de la haine », de Charles Dantzig, l’auteur du « Dictionnaire égoïste de la littérature française », pourrait être perçu comme une version romanesque du précédent – on pourrait tout autant évoquer « Vie secrète » de Pascal Guignard – si ces fragments, portraits réflexions des six personnages - Fernand, jeune intellectuel homosexuel fils d’un député homophobe, un couple gay, Anne leur colocatrice, Pierre écrivain hétérosexuel vieillissant - ne se situaient au moment précis « où les loups sont entrés dans Paris», entre la première et la dernière manifestation de la « manif pour tous ». Ce roman, très érudit, et dont la narration est si peu romanesque, est aussi une chronique de l’homophobie, dont il montre combien elle est irréductible à tout autre forme de racisme, puisqu’il prend racine au sein même de la famille. Vision fondamentalement pessimiste d’une irréductibilité du mal, et donc de la haine, qu’aucune loi ne pourra jamais changer. Une lecture « girardienne» de ce roman montrerait comment ce déchainement des foules de la manif pour tous - la haine étant une des figures, exacerbées, du désir - répondait à un mécanisme mimétique avec l’homosexuel comme bouc émissaire.

René Girard affirmait l'identité du social et du religieux, ce dernier expliquant l'ordre social. Comment la croyance fonde une communauté , c'est ce que nous raconte "Ni le ciel, ni la terre", film de guerre à dimension fantastique et métaphysique présenté à Cannes à la semaine de la critique, qui a pour moi dominé la rentrée cinématographique. Un commando français dirigé par le capitaine Bonassieu (interprété de façon exceptionnelle par Jeremy Renier) ayant établi son campement à la frontière du Pakistan, peu de temps avant le retrait des troupes d'Afghanistan, interposé entre un village afghan et les talibans, va se trouver confronter à la disparition mystérieuse de plusieurs de ses soldats, disparitions qui vont affecter symétriquement le camp taliban et rapprocher de façon étrange, dans la quête du sens, les protagonistes...Ce qui est inexplicable aux yeux du capitaine, l'amenant au bord de la folie et du délire va trouver au "sens" aux yeux des villageois afghans et d'un des soldats "chrétien" : "Dieu est en train de reprendre sa création". Sans dévoiler le dénouement qui a pu paraitre décevant à certains critiques, la capitaine ne trouvera la paix que offrant aux familles des disparus et à l'état major français une explication "rationnelle", sacrificielle pour lui même...

Mis à part la sortie des films primés à Canne, l'éprouvant "Fils de Saul" et l'étrange "The lobster" (ou l'enfer d'une société où les couples se formeraient sur la recherche du "même"), que de déceptions : "Seul sur mars", si seul qu'on s'ennuie avec lui; un bien décevant Woody Allen et un Rappeneau dont la mise en scène est tellement datée...

"On change de corps comme de chemise. Le corps qui a couché avec un autre il y a vingt-quatre heures n'est plus le même que le corps de maintenant. Il a oublié son plaisir; mais pas qu'il l'avait eu, ce qui lui donne envie de recommencer. Les corps ont une mémoire abstraite. Ce sont les esprits qui ont une mémoire matérielle, du détail de l'endroit du corps qui jouissait plus que l'autre." (Richard Dantzig, Histoire de l'amour et de la haine, Grasset, 2015)

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 15:38
De la French Theory à l'univers orwellien

Michel Houellebecq était l’invité de rentrée de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché ». A ses interlocuteurs se référant aux succès des livres de Zemmour, Finkielkraut, Onfray et à la montée du FN, dont il contestait les affirmations selon lesquelles son point de vue sur l’islam se situerait «dans l’air du temps», il lui fallut préciser, ce qui semblait pourtant évident, qu’il ne parlait pas du « peuple», mais de la doxa médiatique totalement colonisée par la gauche «bien-pensante». La sortie sur les écrans de la palme d’or à Cannes, «Deephan», le dernier film de Jacques Audiard, est venue à point nommé pour en donner une preuve éclatante tant il s’est fait «éreinté» dans la presse de gauche, l’exemple le plus pathétique ayant été donné par un chroniqueur de l’Observateur, un certain Vincent Malausa : « arrogant et stupide. Un film politiquement infect…. agonisant dans sa bêtise et comme étourdi de sa petite puissance de roitelet d'un hypothétique néo-cinéma de genre français… ». Ici chapelet d’injures d’une chronique abjecte, là incroyable mauvaise foi d’un article des Inrocks qui s’indigne de découvrir que la banlieue où a été tourné le film est en fait sans histoire, comme s’il s’était agi d’un documentaire et non d’une œuvre de fiction : l’histoire d’un exilé sri-lankais qui, fuyant la guerre civile de son pays, réussissant à immigrer en France grâce à de faux papiers et la constitution d’une famille fictive et s’intégrant, plutôt avec succès, va retrouver, confronté à la violence des bandes organisées de sa banlieue d’accueil, ses instincts de guerrier tamoul pour protéger cette femme qui n’est pas la sienne et dont il va finir par tomber amoureux. Cette peinture d’une certaine banlieue française comme zone de non droit, jointe à un exil final dans une Angleterre idyllique (sur ce dernier point les intentions du réalisateur restent certes obscures) ne pouvait que s’attirer les foudres de la «censure de la bien-pensance».

L’instrumentalisation de la photo d’un enfant mort sur une plage, témoin de l’exode d’une population fuyant désespérément une autre guerre civile, qui s’éternise en partie du fait de l’inertie de l’Europe, comme l’a illustré la caricature de Charli Hebdo, a permis de rendre inaudible tout autre discours que celui humanitariste de la doxa médiatique, mais avec d’inattendus et savoureux effets collatéraux. En effet, il y a peu encore, durant la crise grecque, Angela était adulée par la droite «républicaine» et vouée aux gémonies par la gauche paranoïaque et son allié virtuel le front national. Quelques mois plus tard, la posture de la chancelière comme guide moral de l’Europe a rendu la droite schizophrène et sidéré l’extrême gauche qui n’avait pas besoin de ça après la «trahison» de Tsipras, qui tel la chèvre de monsieur Seguin avait cédé au petit matin. Mais notre nouvel Hébert, Jean-Luc Mélenchon, n’allait pas se laisser troubler bien longtemps avant d’ajouter un chapitre à son «hareng de Bismark» en accusant une nouvelle fois Angela, qui n’est certes peut-être pas totalement angélique dans cette affaire, de tuer l’Europe : "Ce que fait Mme Merkel, c'est un leurre. Et nous le paierons cher". Le seul point qui le séparait encore de « la fille du père» étant l’attitude vis-à-vis de l’islam, on pourrait se demander si cette dernière diatribe n’est pas le début d’une ultime convergence : aurait-il peur d’une porte ouverte à l’islamisation accélérée de l’Europe, prélude à l’autoréalisation du roman «prophétique» de l'écrivain algérien Boualem Sansal, 2084, présélectionné pour le Goncourt, décrivant une Europe sous l’emprise du totalitarisme islamique et dont Houellebecq en avait fait l’éloge dans l’émission de Ruquier ?

Ce roman fait bien sûr écho à 1984, à un moment où Orwell tend à devenir la référence de ces intellectuels français, dont les plus représentatifs ont été cités en début de billet, qui dénoncent la fracture sans cesse élargie par la censure de la bien-pensance, entre l’idéologie dominante et la culture populaire. Comment ne pas rapprocher ces quelques lignes d’Orwell ( http://www.slate.fr/story/103135/printemps-orwellien-intellectuels-francais ) «Profondément enracinées dans l'économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c'est-à-dire “modernes”, “ouvertes”, voire “de gauche”, les nouvelles élites du capitalisme avancé manifestent en effet……à mesure que leur pouvoir s'accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l'idéal démocratique. Chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas: en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays.», de celles de Jacques Julliard « Ces écrivains et ces essayistes se rapprochent du peuple réel à mesure que le parti socialiste s’en éloigne….Ce qu’ils reprochent à la gauche c’est de s’inventer de nouveaux prolétariats au détriment du prolétariat réel ».

Michel Onfray avait beau jeu samedi soir chez Ruquier, encore, de répondre à un Yann Moix hystérisé : « c’est vous qui faites le lit du FN ».

Ces intellectuels, que le Monde qualifie «à la dérive», estiment que cette dictature de la «bien-pensance» est le fait d’une génération qui a été formée par le French Theory : « C’est un mouvement de civilisation... L’erreur des intellectuels, des philosophes… ceux dont on dit qu’ils sont la french theory outre-Atlantique, c’est-à-dire les Deleuze, les Foucault, les Guattari, les Derrida etc., ont déliré, ont déliré. Et intellectuellement ça produit encore des effets chez Najat Vallaud-Belkacem par exemple » (Michel Onfray, débat avec Eric Zemmour, le Point).

Il se trouve qu’un roman, « La 7è fonction du langage », prix du roman Fnac, vient d’être consacré à cette génération d’intellectuels qui ont dominé le monde universitaire des années 70/80, les structuralistes, mieux nommés « déconstructivistes ». Ce récit, sous forme d’une enquête policière jubilatoire transformant le suicide de Roland Barthes en son «assassinat » à la sortie d’un déjeuner avec François Mitterrand, nous donne des portraits irrésistibles des protagonistes de la French Theory (entre autres les exploits de Michel Foucault dans les saunas gays….), ainsi que de Sollers et BHL (qui n’auraient pas apprécié…). L’auteur, Laurent Binet, étant, à ce que j’en sais, plutôt proche de le la gauche «bien-pensante», il faut sans doute plus voir dans cet ouvrage un hommage en forme d’initiation ludique à un mouvement de pensée exceptionnel, qu’une mise en pièce du structuralisme et qu’il fasse siennes ces paroles de Michel Onfray : « La mauvaise chose c’est que la destruction de valeurs qui avaient fait leur temps, n’a pas été remplacée par des valeurs nouvelles, c’est-à-dire que ce moment de négativité qu’a été mai 68 aurait dû être suivi par un moment de positivité qui n’a pas eu lieu. Donc je dis oui à ce moment de négativité parce qu’on ne peut pas dire non au réel… C’est un mouvement de civilisation... ».

Michel Foucault qui interviewé en 1979, à une époque où il s’enthousiasmait pour la révolution iranienne, disait à propos de l’arrivée massive des boat people vietnamiens « Les hommes réprimés par la dictature choisiront d’échapper à l’enfer…..Je crains que ce qui se passe au Vietnam ne soit pas seulement une séquelle du passé, mais que cela constitue un présage de l’avenir ». Il n’avait pas imaginé le changement d’épistémè !

Je reste un tant soit peu nostalgique de ces années de «déconstruction» ( pas seulement sur le plan « philosophique »…), mais je suis de ceux qui se demandent parfois si elles ne nous ont pas mené dans une impasse.

«La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque c'est accordé, le reste suit.»

(Orwell, 1984)

De la French Theory à l'univers orwellien
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