Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:54

20120112-512624804f0f0ad289653.jpg

Ce dernier week-end, aidé par les facilités que procure la carte UGC-illimité, j’ai pu rattraper une partie de mon retard en allant voir quatre des films les plus récemment sortis. Je suis sans aucun doute sous l’emprise de cette « magie du cinéma » à laquelle Scorsese vient de consacrer un film merveilleux, dans tous les sens du terme, et qui constitue un splendide hommage à George Méliès, « Hugo Cabret ». J’aime trop le cinéma pour concevoir d’aller découvrir un film ailleurs qu’en salle, en plein écran avec la sensation physique du public (quand il ne dévore pas des poches entières de pop corn). Je me souviens qu’adolescent, en ces temps où il m’arrivait de revoir de nombreuses fois les films qui m’avaient enthousiasmé (plus d’une dizaine de fois pour 2001, odyssée de l’espace), je retournais en salle au moins autant pour ressentir « ensemble » les moments de silence, d’émotion ou de rires, que pour les revoir. J’en regarde fort peu à la télévision, seulement s’ils ont la dimension de téléfilms et si je n’ai pu les voir en salle, je n’ai pas du acheter plus de 2 ou 3 DVD dans ma vie et il ne me viendrait pas à l’idée d’aller regarder un écran d’ordinateur un film téléchargé légalement ou illégalement, pratique qui si elle n’est pas combattue plus énergiquement finira par tuer la machine à « magie ».

Ce week-end la moisson fût excellente. Tout d’abord le film apocalyptique de Jeff Nichols, « Take Shelter », que l’on ne peut manquer de rapprocher de deux autres films récents, « Melancholia » et « Tree of life ». Les visions de fin du monde du héros, dont la mère est schizophrène, métaphore des angoisses de l’Amérique et de notre monde, sont elles le témoin de son extrême lucidité ou de sa propre folie, à moins qu’il ne soit pas possible de trancher si, selon l’expression d’un personnage du film de Coppola, « Rusty James », « la perception aigüe du réel rend fou ». Le dénouement stupéfiant du film laisse la question ouverte. Les multiples prix reçus par ce film, qui peut dérouter par sa lenteur, mais qui brille autant dans sa mise en scène que son interprétation, sont amplement justifiés.
Coup de cœur pour « Une nuit », premier film de Philippe Lefebvre, qui signe là un polar noir qui vous charme de bout en bout. Un flic solitaire de la mondaine, qui flirte dangereusement avec les malfrats, interprété par Roschdy Zem, impressionnant (il fait parfois penser à Lino Ventura), traqué par l’IGS, nous trimbale dans le Paris nocturne et glauque des bars et boites, extraordinaires et émouvantes scènes dans des cabarets à « travellos », tenues par le « milieu». Cerise sur le gâteau, un coup de théâtre final qu’il ne faut surtout pas raconter.
Une seule déception, relative car le film se laisse voir sans déplaisir, mais la critique était si élogieuse, le dernier film de Cedric Kahn, « Une vie meilleure ». Ce qui a séduit c’est probablement le portrait d’une France en crise, la déchéance sociale due au surendettement, la critique de la course à la réussite individuelle. Tout ceci est pourtant fort peu convaincant, bien moins par exemple sur le problème de l’endettement que « Take Shelter », souvent caricatural et rarement émouvant.

J’ai eu moins de chance avec ma dernière lecture, « Poussière d’homme », pourtant chaudement recommandé par Gérard Collard, le libraire chroniqueur de l’émission « le coin des libraires ». Court roman autobiographique de David Lelait, plus connu pour ses biographies d’icones gays comme Dalida ou la Callas sous forme d’une lettre d’amour à son ami mort, non du Sida pour une fois, mais d’un cancer foudroyant. Ce récit, qui se lit certes rapidement, n’a jamais réussi à m’émouvoir, aussi sincère soit il, peut être à cause d’un « effort d’écriture » un peu trop sensible derrière la simplicité du style. Chaque fois, ou presque, que Gérard Collard a un « coup de cœur », je ne le partage pas. Peut être devrais je me résoudre à ne plus suivre ses conseils….

Par limbo - Publié dans : culture - Communauté : Culture gay et lesbienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 22:53

letmypeoplego604.jpg

 

L’année qui s’annonce ne sera certes pas celle de la fin du monde, ni sans doute aussi dramatique que le tableau que nous en a dressé Nicolaparte en nous dévoilant sa stratégie de la dernière chance pour les élections présidentielles, mais certainement celle de tous les dangers, politique avec des élections clés dans plusieurs grands pays, géopolitique avec les révolutions arabes en cours et à venir et l’isolement grandissant d’Israël, économique avec les crises de la dette et la menace d’éclatement de la zone euro, voire climatique…Notre avenir est marqué par l’incertitude et le monde de demain sera à n’en pas douter fort différent de celui que nous avons connu.

Le dernier film, passionnant, de David Cronenberg, « A dangerous method », nous montre lui aussi les prémices de la fin d’un monde, celui qui vit naître la révolution psychanalytique à l’ombre de la montée du nazisme. Le film va bien au-delà de la relation amicale puis conflictuelle qui allait se jouer entre Freud et son disciple Carl Jung à propos d’une patiente hystérique. Le regard que pose le réalisateur sur Freud est certes moins violent et de mauvaise foi que celui de Michel Onfray, mais il montre bien comment il a enfermé sa doctrine dans un dogme qui allait contraindre les corps en s’opposant systématiquement à toute autre interprétation des névroses que la sienne. La psychanalyse aurait pu avoir un autre développement, non normatif, si Freud n’avait tout fait pour disqualifier toute tentative de remise en question de ses interprétations, notamment celle d’un des autres grands noms de la psychanalyse, le Dr Otto Gross, théoricien de la « libération sexuelle » et du « jouir sans entraves ». Remarquablement interprété par Vincent Cassel dans la savoureuse mais trop rapide conversation qu’il a avec Jung , l’éclairant sur les problèmes de Freud avec la sexualité ( « il ne baise pas »), Otto Gross, comme Jung qu’il a influencé, ne reconnaissait pas le rôle central que donnait Freud à la sexualité dans la genèse des névroses et ne méconnaissait pas leur dimension somatique, c’est-à-dire organique. Jung est devenu doublement insupportable à Freud, il était riche, par sa femme, et il avait une vie sexuelle bien plus active que la sienne, illustration parfaite de la conclusion de mon avant dernier billet (« addictions sexuelles?»). Une bien dangereuse méthode, en effet, tant pour ceux qui l’exercent, c’est sans doute la signification première du titre du film, Jung tombant amoureux de sa patiente, mais encore plus pour ceux qui la subissent….

Un autre film, une comédie burlesque, dont la mention aurait pu trouver sa place dans mon précédent billet, a enchanté ma semaine de vacances. « Let my people go », dont le personnage principal, cumulant toutes les « tares » - juif, homo et folle -, interprété de façon irrésistible par Nicolas Maury, fait voler en éclats tous les codes de la famille et de la religion.

Bonne année à tous les lecteurs de ce blog.

Par limbo - Publié dans : Gay - Communauté : Culture gay et lesbienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 22:48

PieceGalerie_467_thumb.jpg

La revue « Friendly » avait souhaité un nouveau billet pour son troisième numéro qui vient de sortir. J’avais suggéré un sujet autour de la théorie du genre et il m‘avait été demandé si cela pourrait s’intégrer dans la rubrique « scandale » avec si possible des références à des hommes publics.
J’avais répondu : « Non cela ne collerait pas avec une telle rubrique ... Un article qui aborderait la question sous l angle du scandale et mettrait en cause des personnes n est pas dans me cordes. Ci dessous le billet de mon blog que je proposais d actualiser à la lumière de la polémique sur la théorie du genre. Pas de matière à scandale!
http://limbo.over-blog.org/article-gay-de-naissance-ou-la-faute-a-maman-44364997.html ».

Ma proposition a semblé leur convenir et je leur ai donc envoyé le texte modifié. N’ayant pas eu de nouvelles, je pensais, qu’à la réflexion, ce billet ne leur convenait pas. C’est avec surprise que j’ai découvert en feuilletant le numéro 3 aux « Mots à la bouche », que mon article était bien paru, mais dans sa version initiale, étonnamment dans la rubrique « coup de gueule », et non dans sa théorie révisée que vous trouverez ci-dessous » :

"Un certain nombre de députés UMP, des passionnés de la question gay, n’ont eu d’autres urgences que celle de demander le retrait des manuels scolaires qui rendent compte de la « théorie du genre », théorie selon laquelle l’orientation et même l’identité sexuelle doivent autant au contexte socioculturel qu’à la biologie. L’un d’entre eux, Hervé Mariton, a souhaité être assuré par le ministre qu'il n'y ait pas de question aux examens sur cette théorie, voulant priver nos jeunes têtes d’un passionnant sujet de réflexion : « l’orientation sexuelle est-elle acquise ou innée » ? En d’autres termes, doit-on considérer, avec Louis-Georges Tin, l'hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d'analyser les conditions d'émergence et d'acculturation, ou au contraire, comme les chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité, que l’orientation sexuelle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique, qu’on ne devient pas homosexuel mais qu’on l’est de naissance ?

Avant de tenter de répondre à cette question, on devrait d’abord se demander pourquoi le sujet soulève tant de passions, y compris chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse semblant le plus souvent relever plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix, à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! On connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (c’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait faire craindre un futur sinistre (comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.

On peut aborder la question de façon plus rationnelle, ce qui nécessite définir de quoi l’on parle. Si l’on définit l’homosexualité comme une orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène, le mouvement d’émancipation de la femme ayant pu favoriser l’émergence, notamment sous l’influence du MLF, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, d’une homosexualité « sociale »), il faut distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part.
C'est au niveau de l'orientation du désir vers le même sexe que se pose la question de son origine innée ou acquise. Il n’existe à ce jour aucune « vérité » scientifique, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, on ne peut constater qu’en dehors de « pures » théories spéculatives, il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc.

Mais affirmer que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… Il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", trop réductioniste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demandent la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent (on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportements dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend- on par-là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel (l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes (y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…).

Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, statistiquement minoritaires, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de prénatale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu. Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général (encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au-delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.

Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer (ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle… En d’autres termes, « t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"

Ceci ne me semble pas incompatible avec la théorie « Queer », certes fort contestable dans sa version « militante» qui relève du combat politique d’une certaine extrême gauche, si l’on considère la façon dont l’aborde Florence Rochefort du CNRs, en ne parlant plus «d’identité » mais de représentation : "Toutes les représentations assimilées au féminin et au masculin sont le produit d'une construction sociale".

On pourrait conseiller à nos chers députés UMP d’aller voir, comme « leçon de choses », le passionnant thriller d’Almo Dovar, « La piel que habito », d’une grande beauté formelle même s’il n’atteint pas, le film est quelque peu glacial, à l’émotion de « Tout sur ma mère ». A la fin de ce dernier film, le héros, transsexuel, affirmait que son identité sexuelle était un choix. Dans « La piel que habito » Almo Dovar va plus loin, l’identité de «Vera » sera forgée par un démiurge, le genre au-delà du gêne et du socioculturel... »

La représentation de l’homosexualité au théâtre et au cinéma est souvent au-delà de la caricature comme le dit si bien la chanson d’Aznavour « On rencontre des attardés, Qui pour épater leur tablée, Marchent et ondulent, Singeant ce qu'ils croient être nous, Et se couvrent, les pauvres fous, De ridicule ». Ce n’est pas le cas de celle de l’acteur Romain Canard, dans la pièce « Dernier coup de ciseaux », qui se déroule dans un salon de coiffure, sorte de Cluedo interactif avec le public qui doit choisir entre les trois suspects, pour trois fins différentes. Dommage que ce ne fût pas lui l’élu dans la représentation à laquelle j’ai assisté, pour le seul plaisir de le voir en scène plus longtemps, car il est irrésistible et domine la distribution. La caricature ici ne force qu’à peine le trait, au point de sembler « naturelle » et nous fait immanquablement penser à tel ou tel d’entre nous.

 

Par limbo - Publié dans : Gay - Communauté : Culture gay et lesbienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 22:36

imagesCAED5Q8I.jpg

Quand j’ai ouvert mon premier blog sur un site de rencontre aujourd’hui disparu, je le concevais comme le journal électronique de ma vie dans sa dimension homo-« sexuelle ». Concevant de tout dire ou presque, l’influence peut être de la lecture assidue du journal de Renaud Camus en un temps où il collectionnait les « tricks », je l’avais situé sur un site dont mes proches et notamment celui qui l’est le plus, Bertrand, ne soupçonnaient point l’adresse. Un journal qui tairait une composante essentielle de celui qui le tient, le fonctionnement de son désir, me semblait perdre une grande partie de son intérêt. Tout dire certes, mais à condition de préserver ceux qui vous sont chers. Des recherches « Google » sur les sujets les plus divers m’ayant montré qu’il était possible de "tomber" par hasard sur un de mes billets, je ne pouvais continuer à prendre le risque que ce hasard ait les yeux de Bertrand. Nous avons toujours su et accepté, tacitement, comme un non-dit, quelque fois dit lorsque nous nous sommes fait « piéger » par imprudence (... ces sites internet qui conservent l’historique de conversations qu’on a oublié d’effacer!), les infidélités occasionnelles de la chair, mais il ne pouvait être acceptable de les rendre publiques.

La "narration" des errances de mon désir a ainsi disparu du contenu de mes blogs successifs. Il est probable que cette quasi disparition de mes "aventures" n'ait nullement manqué aux lecteurs de mon précédent blog, certains sans doute trouvaient même cela indécent, notamment ceux qui ont un rapport à la fidélité qui n'est pas le mien, mais c'est oublier qu’on écrit d’abord pour soi.

Ce blog ne s’est cependant pas trouver amputé de toute dimension sexuelle puisque Bertrand et moi continuons à visiter régulièrement ensemble les haut lieux de la turpitude gay pour des tricks généralement individuels ou à rechercher sur internet des plans à plusieurs. En ce qui concerne les lieux gays nous nous limitions depuis longtemps aux bars « naturistes», « l’impact », « le bunker » ou le « Full metal », des valeurs sûres. Depuis peu nous avons tenté un retour vers les saunas, un sauna en fait, « l’IDM », qui organise maintenant également des journées « nature » (c’est à dire avec une serviette trop petite pour vous entourer la taille....). Au temps de mes heures de gloire, celles où je collectionnais une ou plusieurs centaines de tricks par an, ce sauna, qui abritait aussi une permanence hebdomadaire de l’association des Médecins Gays à laquelle je participais, était un de mes lieux de chasse favoris. C’est avec un certain plaisir que j’en ai arpenté à nouveau les longs couloirs, presque inchangés en dépit des rénovations subies. Il y aurait beaucoup à dire sur l’atmosphère spécifique à chaque lieu, sur son type de clientèle, de styles de rapports auquel vous pouvez vous attendre, du degré d’intimité que vous pouvez atteindre, au temps que vous y passez. Je ne sais pourquoi j’ai progressivement abandonné, il y a plus de quinze ans, la fréquentation des saunas après y être allé pendant des années, dès que j’ai eu découvert le mythique « Continental », 2 ou 3 fois par semaine (j’étais même abonné à « Univers Gym » avant qu’il ne brulât). Le coût peut être, et surtout le temps passé, des heures parfois, alors que les bars sexe dépourvus de douches et de cabines confortables amènent des rencontres plus expéditives, sans parler des possibilités sur internet. Ma récente visite à l’IDM fût doublement un retour vers le passé. Un jeune homme d’une quarantaine d’années qui était entré dans ma cabine me dit lorsque nous eûmes terminé notre affaire « tu ne me reconnais pas ? Tu es bien médecin, tu es venu chez moi quand j’habitais dans le 7è». Je ne l’avais pas reconnu, 20 ans plus tard, Edouard, rencontré au Club Med Gym Grenelle en 1991 alors que j’habitais encore Saint Germain en Laye...


Le sexe est il un enfer ? C’est semble t’il la morale de l’ennuyeux (je partage de plus en plus souvent l’avis des Inrocks, cela commence à m’inquiéter !) film de Steve Mc Queen, « Shame », film puritain, quoique voyeur, histoire d’une addiction sexuelle (telle que dans une scène hallucinante on voit le héros, éconduit d’une boîte hétérosexuelle, se précipitait dans les catacombes d’une sordide boîte gay pour une fellation « urgente ») sur lequel le réalisateur semble porter un regard clinique et réprobateur. Heureusement il ne nous cache rien du corps désirable de Michael Fassbender. Sa fascination pour les corps masculins était déjà perceptible dans son précédent film, « Hunger » qui m’avait bien plus séduit.

Les addictions sexuelles n’ont pas bonne presse en ce moment, il n’est qu’à voir la frénésie avec laquelle une certaine presse - l’Express se comportant comme un tabloïd, Albert Camus doit se retourner dans sa tombe - se complait dans les bas fonds de l’affaire DSK. Bien heureux les homos qui ont su organiser leurs lieux de débauche, ce qui leur évite « d’aller aux putes » quand ils ont un agenda chargé et que le temps dont il dispose leur est compté....La sexualité c’est comme l’argent, mieux vaut éviter de le faire savoir si vous en avez trop, sinon attention aux envieux, ils ne vous rateront pas...

 

Par limbo - Publié dans : Gay - Communauté : gayxpériences
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 22:22

20111201-15373463884ed7a41aaad9b.jpg

Je ne sais pourquoi je n ai jamais aimé cette ville, Bâle, siège de mon entreprise, au point de refuser à deux reprises, il y a bien des années, une poste "international"', la perspective d' y vivre me terrifiait. L' autre soir, traversant la vieille ville, qui ne manque pourtant pas de charme, le long de rues désertées dès que la nuit tombe, dans la fraicheur humide de ce mois de ce mois de novembre que je déteste, et cherchant mon chemin en direction des bords du Rhin à la recherche du restaurant où je devais retrouver mes collègues, je repensais à un article d’un quotidien du matin, lu dans l’avion, et qui me semblait éclairer, au moins partiellement, mes interrogations à propos de certaines réactions à mon dernier billet (non sur ce blog mais sur la version publiée sur un site gay :http://blog.hyperion.gayattitude.com/) . Il me semblait étonnant que le jugement, pourtant relativement modéré, que j’avais porté sur l’évolution des révolutions arabes, puisse soulever, comme à chaque fois que l’on exprime quelque réticence vis à vis de l’islam, tant d’oppositions, jusqu’à l’accusation d’islamophobie , alors qu’on peut écrire, dire ou mettre en scène toutes les horreurs que l’on veut sur les chrétiens sans jamais, ou presque, se faire traiter de «christianophobe». Certes je n’ignore pas que derrière cette christianophobie il faut entrevoir le déni des racines de notre civilisation et de notre patrimoine culturel, alors que la chasse à l’islamophobie concourt à l’injonction qui nous est faite d’expier notre passé de colonisateur, mais le philosophe Fabrice Hadjadj, dans l’article précédemment mentionné (« Vous avez dit christianophobie » ?) souligne combien il est difficile pour un chrétien de la dénoncer, que cette dénonciation ne serait légitime que pour un non chrétien, car elle est au cœur même du mystère de la croix (« Si la christianophobie s’exprime par la représentation du Christ dans une situation humiliante, que dois je faire de mon crucifix, qui le montre en train de subir le supplice des malfaiteurs dans la puanteur du Golgotha ? »). Ce que n’ont manifestement pas compris les intégristes de Saint Nicolas du Chardonnay...

Si le chrétien « culturel » que je suis s’accommode depuis longtemps de la christianophobie ambiante, il assiste avec un malaise croissant, peut être parce qu'il est aussi médecin, à la médiatisation et l’exploitation politique de faits divers criminels qui sont le fait de psychopathes. A chaque nouvel acte isolé de folie meurtrière on nous promet une législation d’exception. Impuissant à interdire la folie, l’enfermement psychiatrique ne satisfaisant plus la demande des victimes, on en vient à nier la folie, invention des « experts », voire à proposer de supprimer les fous, pas que Marine Le Pen a allègrement franchi en réclamant le rétablissement de la peine de mort dans un cas où on ne peut même pas invoquer l’argument de « l’exemplarité de la peine » puisqu’il ne s’agit plus que de vengeance sacrificielle .

Ici on accuse les experts d’incompétence, là, comme je viens d’en être le témoin dans le processus de réévaluation des médicaments anti-Alzheimer, d’être « vendus » à l’industrie pharmaceutique ce qui a conduit, en les éliminant de la procédure, à des décisions incompréhensibles à quiconque a une expérience clinique quotidienne de cette maladie et de l’utilisation de ces médicaments. Ce monde est décidément tombé sur la tête, « time is out of joint » disait Hamlet, ces experts dont on a décidé de ne plus solliciter l’avis sur les questions sociétales ou médicales, on leur donne le pouvoir décisionnaire sur le plan économique en les plaçant à la tête de deux états européens....

Les écologistes aussi avaient décidé de se passer « d’experts » en faisant appel à la passionaria nordique, tombée dans une potion verte le temps d’une campagne électorale, et qui s’est saisie du nucléaire comme d’un jouet. L’occasion pour François Hollande, qui a peut être, sans doute, été une fois de plus victime de sa faiblesse « consensuelle », de s’apercevoir que la « perdante » des primaires n’était pas disposée à lui faciliter la tâche, l’expérience subie par sa compagne d’antan aurait pourtant dû lui mettre la puce à l’oreille...

Comment un expert, ici un statisticien de génie, en appliquant des règles mathématiques peut amener une équipe de baseball, constituée de « losers », au sommet, c’est ce que raconte le « Stratège » film passionnant, même quand on ne comprend rien à ce sport, et d’une efficacité bluffante. Fable bien plus efficace dans sa dénonciation du pouvoir de l’argent que cette immense déception que constitue le dernier film du réalisateur du remarquable « Bienvenue à Gattaca », « Time out » , poussive allégorie politique qui nous décrit un monde où les hommes ont été génétiquement modifiés pour ne plus vieillir après 25 ans et où la monnaie a été remplacée par le « temps », celui qui vous reste alors à vivre en fonction de la réserve, attribuée selon les règles du capitalisme sauvage, dont vous disposez. Reste la séduction exercée par tous ces acteurs que l’on croirait sortis d’un concours de « Tetu » pour l’homme du mois !

Par limbo - Publié dans : politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés