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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 15:27

Le ciel s’était un peu obscurci lorsque j’ai quitté l’Italie, des bords du lac de Garde, la veille du second tour, rasséréné par les réactions au débat, dont je n’avais pu voir que des extraits, et qui laissaient présager une victoire d’Emmanuel Macron, sans doute plus large que ne l’indiquaient les sondages jusqu’alors. Elle le fut en effet. L’arrivée du nouvel élu au Louvre, dans une démarche si Mitterrandienne, inaugura une longue séquence où il allait se couler avec une facilité déconcertante dans ses habits de président. La foule relativement clairsemée qui accompagnait son intronisation lors de la remontée des Champs Elysées était sans doute symptomatique du caractère sans précédent de cette élection, il ne s’agissait pas cette fois de la revanche d’un camp sur un autre, il n’y avait donc pas vraiment de « victoire » à fêter. Autre symptôme, peut-être le plus caractéristique, de ce changement de paradigme, le contraste saisissant lors de la réception à la marie de Paris, entre le triste discours idéologique d’Anne Hidalgo, digne d’une maitresse d’école faisant son bilan de fin d’année, et celui, lyrique du nouveau président. Ses premiers pas sur la scène internationale ont brutalement changé le regard que le reste du monde portait sur la France, porte ouverte sur la folle espérance qu’il puisse mettre fin au déclinisme qui minait ce pays. Il ne lui reste plus qu’à obtenir une majorité à l’assemblée, c’est-à-dire les moyens de l’action, pour nous démontrer que cette espérance n’était pas utopique.

 

Dans un récent billet je m’étais penché sur l’étrange concours de circonstances, le talent seul ne pouvait suffire à l’expliquer, qui allait conduire à la probable victoire d’Emmanuel Macron (http://limbo.over-blog.org/2017/01/emmanuel-macron-et-le-demon-de-maxwell.html), le considérant comme une version « politique » de l’hypothèse du «Démon de Maxwell» formulée en physique pour contredire le second principe de la thermodynamique. Michel Onfray, en nouvelle phase délirante, épargnant pour une fois le christianisme, vient d’en raviver l’hypothèse dans une version «complotiste»! Le démon de Maxwell, pour le philosophe, c’est le « Système» (dont les rouages seraient les médias, l’école, l’université, les partisans de l’Europe libérale, etc…) qui aurait tout fait pour qu’au second tour celui qui allait affronter Marine Le Pen soit un politique libéral, et donc certain de l’emporter. Je vous épargne, reportez-vous à son livre, toutes les ruses auxquelles a dû recourir le «système» pour en arriver là, pour n’en retenir qu’une, la plus savoureuse (cramponnez-vous!) : le socialiste Christophe Borgel, soutien de Manuel Valls, aurait bourré les urnes lors de la primaire pour faire gagner Benoit Hamon !!!

 

Le programme des partis aux législatives ne passionnant guère les médias, trop peu générateur de buzz sur les réseaux sociaux, c’est la traque d’éventuels comportements «fautifs» des candidats ou des ministres de la République en Marche et les propos homophobes de Cyril Hanouna qui ont fait la une. L’insistance qui a été mise sur les premiers tendrait à montrer une certaine schizophrénie du «Système» auquel se réfère Michel Onfray puisqu’après avoir réussi à faire élire son candidat il s’évertuerait à essayer de l’empêcher d’appliquer son programme en tentant de limiter sa victoire aux législatives…Quant à l’affaire Hanouna, méritait elle une telle ampleur? La vulgarité du personnage et de ses émissions est connue depuis longtemps, et sa «représentation» des homosexuels n’est pas différente de celle de la quasi-totalité de nos amuseurs (rappelez-vous le «Notre Dame de Paris» de Canteloup à propos de Delanoë) témoignant d’une homophobie, le plus souvent inconsciente, profondément ancrée dans la culture hétérosexuelle. Que l’on s’attaque à cet ancrage culturel par la pédagogie est sans doute salutaire, mais faudrait-il encore que l’on le fasse avec talent, à l’instar de Barry Jenkins dans « Mooonlight » sacré aux Oscar et non de façon si caricaturale qu’on en décrédibilise le propos, comme dans ce récent téléfilm de France 2, pourtant si encensé, «baisers volés», certes sympathique mais fort médiocre.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 22:10
La campagne de France... vue d'italie

En arrivant à Pavie le dimanche 23 avril, première étape de mon voyage en Italie du Nord, les sondages sortis des urnes, disponibles sur certains sites, avaient commencé à me rassurer sur l’issue du premier tour, éloignant le cauchemar d’un second tour Mélenchon/Le Pen, qui m’aurait conduit à l’abstention (enfin possiblement, j’aurais peut-être fini par glisser, le mal au ventre, un bulletin Mélenchon dans l’urne). La première place d’Emmanuel Macron m’a bien sûr réjoui, même si, en dépit de son rapport pathologique à l’argent, la présence au second tour de François Fillon aurait permis une vraie confrontation, d’une autre tenue que celle qui s’annonçait. Mais était peut-être préférable, voire salutaire, que les deux France que représentent les finalistes s’affrontent au grand jour et non dissimulées dans les chapelles des partis traditionnels. Au-delà des descriptions sociologiques qui ont été faites de ces deux France (villes/milieux ruraux, centre ville/banlieue, perdants/gagnants de la mondialisation, européens/antieuropéens, etc…), la réparation géographique des votes en fonction des deux candidats m’a vaguement rappelé celle de La France libre et de la France occupée. Intuition pas si farfelue, car j’ai eu la surprise de voir cette hypothèse émise par un sociologue, expliquant que dans la France occupée les maquis étaient dominés par les communistes (et l’on sait que le FN a pris racine dans les anciennes terres communistes), ce qui n’était pas le cas en France libre…

Je pouvais donc, au lendemain du premier tour, rasséréné, me mettre « en marche » avec mon ami (dénomination que je continue à préférer à « mon mari »), pour notre périple en Italie du Nord. De Pavie que nous avons quitté sans pouvoir visiter le Chartreuse, fermée le lundi comme beaucoup de monuments en Italie, nous avons rejoint Mantou, puis successivement, pour une nuit ou deux, Bologne, Ferrare et Padoue avant de faire une halte bien méritée dans les Dolomites - parcourues de Cortina d’Ampezo à Bolzano, bien loin des vociférations de la bête et de son nouveau batard ( nous venions d’apprendre le ralliement de Dupont-Aignan). De là nous sommes redescendus sur Vérone, puis avons pris la direction de Bergame en passant, sur le lac de Garde, par Saló - symbole de la fin cauchemardesque du fascisme italien et souvenir du très beau film, éprouvant, de Pasolini. Une étape au bord du lac de Come, à Lenno, à côté du village d’Azzano oú fut fusillé Mussolini, marque, ce jour, la fin de ce voyage inoubliable. Il serait quelque peu vain d’essayer de dresser la liste des innombrables merveilles qu’offrent les villes d’art que nous avons visitées, et encore plus d’essayer d’établir une hiérarchie, à l’instar de celle, pas toujours convaincante, établie par les guides. Tout au plus livrer quelques coups de cœur : la Chartreuse de Pavie, finalement visitée depuis Bergame ; le palais Ducale et sa chambre des époux à Mantoue ; les 4 églises de la basilique San Stephano à Bologne ; la cathédrale de Ferrare ; La Chapelle delli Scrovegni et la basilique Saint Antoine à Padoue (même si le tombeau est un peu « too much ») ; les basiliques San Zeno et Sant’Anastasia à Vérone ;

la basilique Santa Maggiore à Bergame.

Demain samedi nous repartirons sur Paris, à temps pour apporter notre modeste contribution à un écart le plus important possible entre Emmanuel Macron et celle qui, dans une confrontation dont je n'ai pu voir que quelques extraits, combien édifiants, depuis Bergame, a, je l’espère , révélée le hideux visage du régime - si semblable à celui dont je viens d’évoquer la fin dramatique autour des grands lacs italiens - que sa victoire pourrait annoncer.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 16:00

Lorsqu’on comptabilise les intentions de vote pour les candidats qui prônent la sortie de l’euro et leur hostilité au «marché», manifestement majoritaires, on prend conscience du triste état d’esprit dans lequel se trouve la société française. Qu’un second tour Melenchon/Le Pen, bien qu’improbable, ne soit plus considéré comme impossible, donne le vertige. Après le Brexit, l’élection de Trump, la montée en puissance de Poutine et d’Erdogan, le cri d’Hamlet - «le temps est sorti de ses gonds» (Time is out of joint) - semble s’imposer.

 

Comment ne pas mettre en cause les réseaux sociaux, et notamment twitter et ses «gazouillis», dans cette explosion du populisme conséquence de la substitution de la «parole des incultes» à l’influence des élites. Le philosophe Michel Serres vient de le souligner, le grand changement, c’est que les technologies modernes, relayées par les médias qui donnent maintenant la parole aux «auditeurs» (je fuis ces émissions), ont permis aux incultes de prendre la parole à la place des intellectuels et des experts, jusqu’à prendre le pouvoir comme l’élection de Trump l’a montré. Tout devient désormais possible…

 

Cette inculture s’étend notablement au domaine économique, entrainant une adhésion irrationnelle à un candidat sans avoir la moindre idée sur la conséquence de son programme, y compris sur son propre patrimoine. J’en ai eu la démonstration éclatante avec mon beau père, ancien Mélenchoniste qui s’apprête à voter Marine Le Pen en raison d’une islamophobie irrépressible (alors qu’il vit dans un village de l’ouest parisien nullement sous la menace du « grand remplacement ») sans avoir pris conscience que, atteint d’un cancer à un stade avancé, les assurances vie en euros qu’il a souscrites pour protéger sa femme à son décès, perdraient une grande partie de leur valeur si cette dernière l’emportait.

 

Il est bien loin le temps où les campagnes présidentielles m’enflammaient- il est vrai qu’alors j’avais de fortes convictions socialistes et parfois une adhésion «affective» au candidat (François Mitterrand). Mais cette fois ci, même s’il ne représentait pas cette «deuxième» gauche dont j’ai tant rêvé, en présence, pour reprendre l’expression d’un de mes ex, «de l’escroc, du petit Ben (qui ose hurler à la trahison de Valls alors qu’il était prêt à censurer son gouvernement….), et du stalinien», je ne vois pas comment je  pourrais ne pas voter pour Emmanuel Macron.

 

Même si je n’y ai jamais milité, mon vote en faveur du parti socialiste n’a jamais fait défaut à toutes les élections clés depuis 1974 (première élection où je fus en âge de voter). Je suis consterné par l’état de délabrement dans lequel cette élection va le laisser, prolongeant l’action délétère entreprise par le petit Ben et les frondeurs durant cinq ans, accentuée par les primaires, véritable machine à mobiliser les électeurs les plus psychorigides ancrés dans leur idéologie, au point de le ramener à un niveau de représentativité à peu près similaire à celui dans lequel Mitterrand l’a trouvé (il s’appelait la SFIO en ces temps-là) quand il s’en est emparé (Le tandem Gaston Defferre/Michel Rocard fit 5 % à l’élection de 1969). François Hollande a-t-il voulu cela ? C’est une hypothèse sérieuse si on s’en réfère aux confidences faites à deux journalistes dans «Un président ne devrait pas dire ça». Mais dans ce cas pourquoi n’a-t-il pas préféré, au lieu de donner la main à Emmanuel Macron (« Emmanuel Macron, c’est moi ») pour tenter l’émergence d’une gauche socio-libérale, la conduire lui-même en se séparant de la branche vermoulue des frondeurs ? Mystère.

 

En dépit de ce qu’en disent les médias avides de «suspense», en dehors de la vampirisation des électeurs de Hamon par Mélenchon, les sondages sont remarquablement stables depuis qu’a surgi l’affaire Pénélope (les variations restent dans la marge d’erreur des 2%). C’est à mon arrivée à Pavie, en Italie du Nord, premier jour de mes vacances (j’aurais pu voter le matin tôt avant de partir), que je saurais si un second tour Macron/Le Pen est confirmé.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 15:59

Il n’y a pas si longtemps, dans ce blog, je disais ma déception à la lecture du roman de Philippe Besson, « les passants de Lisbonne», auteur qui m’avait pourtant enthousiasmé avec ses premières œuvres, « En l’absence des hommes» et «L’arrière-saison». Je n’aurai sans doute pas lu son dernier roman, « Arrête tes mensonges », si je n’avais entendu une critique dithyrambique de Yan Moix dans l’émission de Ruquier. C’eut été une grave erreur, tant cette histoire autobiographique d’un premier amour impossible et fou, celui d’un jeune fils de paysan, Thomas, pour l’auteur, alors fils du directeur de l’école où ils sont tous deux scolarisés, est bouleversante. Impossible d’en raconter la trame sans dévoiler les ressorts dramatiques de la destinée de Thomas, 25 ans plus tard.

La langue est belle, faite de phrases courtes, d’une facture classique, contrastant avec celle, plus dans l’air du temps de Tanguy Viel, « Article 353 du code pénal», autre livre remarquable lu quelques jours avant, où l’œil court après les mots de phrases qui semblent ne jamais finir.

Un roman vous touche d’autant plus qu’il fait écho à votre histoire personnelle, car même si les trajectoires sont loin d’être superposables, je n’ai pu m’empêcher d’évoquer le souvenir d’Hervé (http://limbo.over-blog.org/2016/04/en-souvenir-d-herve-robin-un-gay-de-nos-annees-de-braise.html). Sans oublier les lieux où se déroulent cette tragédie, Barbezieux, petite ville des Charentes dont le nom me reste si familier, non seulement parce qu’elle était sur la route de Paris, la nationale 10 que mon père empruntait avant la construction de l’autoroute, mais aussi parce que Josiane, «bonne à tout faire » de mes parents qui me fut chère - beaucoup ont sans doute oubliée que c’est ainsi qu’on appelait les employées de maison que l’on logeait, il y bien longtemps – en était originaire, et Bordeaux dont l’auteur s’émerveille, dans de très belles pages, de la transformation spectaculaire.

Ce souvenir obsessionnel d’un amour de jeunesse qui se fracasse sur ce qu’en a fait le temps, c’était aussi le sujet du livre de Daniel Cordier, « Les feux de Saint Elme» dont j’avais dit quelques mots dans ce blog.

Le hasard a voulu que je commence le court roman de Philippe Besson quelques jours après avoir vu le très beau film de Barry Jenkins «Moonlight», histoire de jeune noir, issu du ghetto de Miami, faisant la douloureuse découverte de son homosexualité, que l’on suit à travers trois épisodes de sa vie, son enfance, son adolescence et l’âge adulte où il va enfin pouvoir assumer son désir dans un scène finale déchirante.

Ces deux œuvres sont pour l’occasion d’évoquer la mémoire d’un de ceux qui se sont battus pour que l’homosexualité ne puisse plus être douloureuse, Guy Hocquenghem qui faisait ainsi son coming-out dans le Nouvel Observateur en 1972 : « Je m’appelle Guy Hocquenghem. J’ai 25 ans ». Une biographie vient de lui être consacrée (Les Vies de Guy Hocquenghem. Politique, sexualité, culture, d’Antoine Idier, Fayard).

Je n’ai aucun doute qu’Emmanuel Macron soit un défenseur de la communauté homosexuelle, mais il doit bien comprendre que si humiliation il y a eu des « anti-mariages gays », elle est bien dérisoire comparée à celle que des générations de gays ont subi et continuent à subir.

 

« En chacun de nous, il y a un regret qui veille ». « Le mien s’appelle David. Pour d’autres, il n’a que le nom d’une fuite sans retour. C’est là que nous nous rejoignons tous, dans ce qu’on appelle la nostalgie. » (Daniel Cordier, Les Feux de Saint-Elme)

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 17:47

L’étrange concours de circonstances qui semble promettre à Emmanuel Macron une destinée si improbable, il y a quelques mois encore, m’apparait comme une métaphore d’une expérience de pensée imaginée par James Clerk Maxwell pour mettre en échec le second principe de la thermodynamique. Ce principe, avec celui d’exclusion de Pauli, constitue le fondement de la physique basée sur le principe de causalité et d’irréversibilité du temps. Souvenez-vous de vos cours de physique : vous n’avez jamais constaté que l’eau d’une casserole n’atteigne l’ébullition sans qu’on la chauffe ou que les morceaux d’un vase brisé ne se reconstituent spontanément. Cela est pourtant compatible avec les lois de la physique qui sont parfaitement réversibles mais est interdit (ou du moins rendu fort improbable, à moins que n’ayez l’éternité devant vous pour avoir une chance d’assister à ce «miracle») par le dit second principe qui établit que l’univers évolue «statistiquement» vers l’état le plus probable, celui du plus grand désordre (ou entropie). Maxwell conçut une expérience qui mettait en échec ce principe. Prenons un récipient rempli d’eau, divisé en deux compartiments A et B, séparés par une cloison dotée d’une petite trappe permettant, à son ouverture, de les faire communiquer . Si le compartiment A est rempli d’eau chaude (grande vitesse des molécules) et le B d’eau froide (moindre vitesse de celles ci), l’ouverture de la trappe entrainera une homogénéisation de la température par répartition égale des molécules rapides et lentes dans les deux compartiments. Imaginez maintenant un «démon» capable de discerner les molécules et ouvrant et fermant la trappe en fonction de leur vitesse afin de faire passer les plus rapides en A et à conserver les plus lentes en B, rétablissant ainsi la différence de température entre les deux compartiments, en contradiction avec les prévisions du second principe (création d’ordre à partir du désordre et donc diminution de l’entropie….).

Lorsqu’Emmanuel Macron a quitté le gouvernement au mois d’aout, personne ne lui donnait la moindre chance de concourir pour le second tour de la présidentielle, tout au plus celle de dépasser le candidat socialiste…Qui aurait pu imaginer que les primaires de la droite élimineraient les deux favoris, Juppé et Sarkozy? Puis que François Hollande renonce à se présenter à des primaires conçues pour lui, dont les deux favoris seraient  à leur tour éliminés (j’anticipe peut être un peu…) et qu’enfin Ulysse Fillon déclare son amour à Pénélope (ça ne s’invente pas…).

Emmanuel Macron a-t-il eu une vision prémonitoire qui l’a incité à se lancer dans cette folle aventure, ce qui ferait de lui une version politique du démon de Maxwell? On ne peut plus exclure qu’il atteigne le second tour de la présidentielle en contradiction avec toutes les probabilités initiales….

Il ne faudrait cependant pas oublier que la démonstration de Maxwell a été réfutée : connaitre la vitesse des molécules a un «coût», il faut les éclairer pour les voir, et donc dépenser de l’énergie, c’est-à-dire augmenter l’entropie….Le second principe est donc respecté… Le coût serait-il aussi le point faible de Macron ? Ne commence-t-on pas à lui dire « qui te finance» ?

Ceci dit l’évolution, aussi improbable qu’elle soit, de la situation politique a considérablement clarifié mon processus décisionnel. Ils n’étaient que trois à qui je puisse éventuellement apporter mon vote, Juppé, Valls et Macron. Après m’être parjuré deux fois, en participant aux primaires de la droite (pour éliminer Nicolaparte) sans aucunement en partager les valeurs, puis de gauche (pour tenter de sauver Valls) dont je n’adhère plus qu’à certaines valeurs «sociétales», mais plus du tout à celles d’Hammon ou de Mélenchon (au moins lui il est drôle), celles d’un réel fantasmé, des «post vérités» ou des faits alternatifs, en un mot de la négation du réel (magnifiquement illustré par ce porte-parole de Trump à propos de l’affluence à son investiture : « il arrive que nous soyons en désaccord avec les faits» !), il n’en reste plus qu’un….Si Macron devait à son tour passer à la trappe, je resterai chez moi.

Qu’importe après tout puisque Michel Onfray, dans « Décadence », nous annonce la fin de la civilisation occidentale qui succomberait à la menace islamique, et si j’ai bien compris ce qui en est dit (je n’ai pas lu son opus), la faute en incomberait au christianisme, bâti sur une fable, et à sa culture du ressentiment. Dans sa vision apocalyptique, il fait référence à Clausewitz, tout comme René Girard (qui n’est jamais cité) dont il partage le pessimisme, mais ce dernier se fonde sur l’hypothèse exactement inverse, celle de la vérité évangélique. Devant cette montée aux extrêmes, qui "se sert aujourd'hui de l'islamisme comme elle s'est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme", René Girard propose une alternative à la soumission aux pulsions "rivalitaires" (religieuses, nationales, idéologiques...) : imiter le Christ en renonçant à toute violence.

"Dire que le chaos est proche n'est pas incompatible avec l'espérance, bien au contraire. Mais celle-ci doit se mesurer à l'aune d'une alternative qui ne laisse d'autre possibilité que la destruction totale ou la réalisation du Royaume" (La vérité cachée de Clausewitz, René Girard, 2007).

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 17:06

Ce n’est pas sans émotion que j’ai assisté au “renoncement ”de François Hollande au début de ce mois. J’étais encore de ceux, si rares, qui ne regrettaient pas leur vote de 2012, ni ne participaient au «Hollande bashing», bien que je ne doutais plus de son échec certain s’il se décidait tout de même à défendre un bilan auquel seule « l’Histoire» maintenant pourra rendre justice. Cette décision courageuse et triste, je l’avais pressentie dans un billet datant plus de deux ans : http://limbo.over-blog.org/2014/09/requiem-pour-une-gauche-revee.html. Les « frondeurs », et leurs complices, disciples de Martine, auront finalement eu sa peau, avant de tenter d’avoir celle de Manuel Valls, et de mettre ainsi fin à tout espoir, aussi minime soit-il, de garder le pouvoir. Cette «gauche» de la terre brulée, qui ne sévit pas qu’en France, finira-t-elle enfin par rendre des comptes, un jour, si ce n’est au tribunal de l’Histoire? On regrette déjà Obama, demain on regrettera peut-être Hollande.

 

La gauche en perdition, c’est un peu un réflexe de « sauve-qui-peut » qui m’a amené à participer aux primaires de la droite avec le seul objectif de barrer la route à Nicolaparte, dont le possible retour me hérissait le poil. Certes il fallait se parjurer en déclarant adhérer aux valeurs de la droite (demi parjure puisqu’il était également question du centre) mais n’étant plus vraiment sûr non plus d’adhérer aux valeurs de la gauche - laquelle d’ailleurs ? - cela n’avait plus beaucoup d’importance. J’ai donc apporté mon bulletin à Alain Juppé, pas vraiment parce qu’il est maire de ma ville natale qu’il a merveilleusement transformée, mais l’homme et le programme ne «traumatisaient» que marginalement mes convictions, si tant est que j’en ai encore. Par un mouvement aussi étrange que soudain, on a jeté le bébé avec l’eau du bain, et l’on se retrouve avec Fillon. Pas si étrange que cela d’ailleurs si on avait mieux lu Patrick Buisson (voir billet précédent)…

 

Si j’avais eu à choisir entre Sarkozy et Le Pen, je serais sans doute resté chez moi, mais avec Fillon, moins dangereux et imprévisible que son ancien maître déchu, il faudra peut-être que je me mobilise. Certes il est plus tendance « Young Pope» (remarquable série sur Canal!) que Pape François, mais toujours à en croire Patrick Buisson, s’il continue à ignorer les catégories populaires qui feront l’élection (et qui n’ont pas voté à la primaire de la droite), il est à craindre qu’une partie d’entre elles se réfugient dans les bras de Marine et nous amène à un scénario noir. Après le Brexit, Trump, et la chute de Matteo Renzi, ce serait presque la fin du monde….

 

Le pire n’étant jamais sûr et l’électorat plus que volatile ces derniers temps, on ne peut toutefois exclure que Fillon affaiblisse le Front en aspirant quelque pourcentage de voix de son électorat catholique et s’affaiblisse lui-même en effrayant l’électorat populaire. Un troisième larron plus sympathique à mes yeux pourrait alors supplanter l’un des deux et accéder au 2è tour…Choix cornélien, pour le sympathisant de la deuxième gauche que je suis, entre Valls et Macron, auto-proclamés disciples de Rocard. Valls serait sans doute le choix le plus rationnel, il a les épaules plus solides, étant donné son expérience, pour affronter le monde qui se dessine avec la plus grande puissance militaire mondiale dirigée par un «déjanté», mais cette machine infernale que sont les primaires va l’obliger à se « Hollandiser » - il a déjà commencé à se décrédibiliser avec son recul sur le 49-3 – en cherchant un impossible rassemblement avec ses adversaires socialistes. S’il gagne la primaire sur une ligne passéiste, et non sur ses convictions comme a su le faire Fillon, et bien sûr encore plus s’il ne la gagne pas, l’héritier de Rocard, le disciple, ce ne pourra être qu’Emmanuel Macron….

 

Pour conclure ce billet, un très beau film, Le Disciple, présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard, du metteur en scène de théâtre russe Kirill Serebrennikov, constitue une illustration du possible retour de ce qui était refoulé par « le peuple » (le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie) sous l’impulsion d’un leader charismatique ou de phénomènes de masse. Un bel adolescent en pleine crise mystique, version catholicisme radical, basée sur une interprétation radicale du nouveau testament, temporairement isolé, va finir, au moyen de citations de la bible inlassablement assénées, par trouver un écho complaisant dans ce microcosme de la société russe post stalinienne, celle de Poutine, que représente son lycée. Il n’est pas difficile d’y voir une métaphore de ce retour du refoulé auquel nous assistons un peu partout, prêt à s’enflammer sur un terreau fertile, de la Manif pour tous à Trump…La morale de ce film terrifiant, superbement mis en scène, notamment les corps masculins, révélant une indéniable sensibilité homosexuelle, c’est un appel désespéré à résister qui s’incarne dans le personnage de son professeur de biologie .

 

 

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 16:53

Aussi éloigné puis-je être des positions idéologiques de Patrick Buisson, il serait malhonnête de ne pas avouer que la lecture de son livre, «La cause du peuple», m’a procuré un immense plaisir intellectuel, basé autant sur la qualité de l’écriture, que sur la réflexion que suscite ce traité historico-politico-philosophique, sous-tendu par une immense culture.

Au moment où l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis peut nous faire craindre que le célèbre film de Stanley Kubrick, «Docteur Folamour», ne soit prémonitoire et quelques mois après le Brexit, on peut se demander si l’analyse que fait l’auteur des causes des fractures de la société française n’est pas pertinente pour comprendre cette révolte contre les «élites» qui tend à se mondialiser et qui n’épargne pas notre pays.

L’idéologie dominante «droit de l’hommiste» aurait conduit à ignorer la jeunesse rurale et prolétarienne qu’on a jeté dans les bars du Front national, au profit de celle des quartiers «sensibles», au nom de la préférence immigrée, imposant de se soumettre au camp de la «repentance» (quant à notre passé colonial) et à l’idéologie multiculturaliste. Buisson rejoint étonnamment Emmanuel Todd dans la cartographie qu’il fait des manifestants du 11 janvier avec son clivage entre une France des classes moyennes supérieures diplômées qui ont défilé et la France populaire, restée indifférente à la «manipulation» des médias. Quant à la séparation de l’islam de la société française et sa radicalisation, il pointe la responsabilité du progressisme de gauche post 68, du fait de son individualisme hédoniste et de l’idéologie émancipatrice, avec, en parallèle, le surgissement d’un islamo-gauchisme - pour reprendre un terme de Gilles Kepel («La fracture») -  systématiquement indulgent avec l’islam et «hypermnésique» quant aux «crimes» prêtés à l’Eglise catholique. Autre conséquence de cet individualisme hédoniste, la renaissance d’une droite spiritualiste qui s’est retrouvée dans la «manif pour tous».

On peut constater que le Front national, dans sa version « Marine », a su fédérer, espérons-le temporairement, deux des «morceaux» de cette fracture, jeunesse rurale et prolétarienne et droite spiritualiste grâce à ses 2 pôles, «catholique conservateur» incarné par Marion Marechal le Pen et « national-socialiste» de Florian Philippot….La France n’est pas à l’abri de ce qui vient d’advenir aux USA….

Au-delà de ses analyses politiques, c’est le rapport de Patrick Buisson à la «question gay» qui m’a particulièrement frappé, tant il renvoie aux nombreux billets que j’ai consacrés à cette problématique. Que l’auteur s’intéressa à l’homosexualité ne fut pas une surprise pour moi, car c’est un sujet qu’il avait largement abordé dans son précédent ouvrage «1940-1945, les années érotiques» ce qui pourrait amener à s’interroger sur son orientation sexuelle, d’autant plus que Nathalie Kosciusko-Morizet l’a surnommé "la gestapette", sobriquet inventé par un chroniqueur des années 30, pour qualifier Abel Bonnard, un essayiste maurassien et homosexuel….

Dans « la cause du peuple », il ne cache pas sa sympathie pour deux célèbres figures homosexuelles, Frederic Mitterrand et Pier Paolo Pasolini. Il revient ainsi sur la polémique quant à la pédophilie supposée du premier - lancée par Marine Le Pen à propos de son livre «la mauvaise vie». Frederic Mitterrand aurait été voué à la géhenne, sans soutien de la part du «militantisme gay», car il renvoyait l’image d’une homosexualité à l’ancienne (clandestinité, marginalité, vagabondage sexuel), celle des pissotières et de la malédiction, loin de l’idéal de «reconnaissance sociale» des militants du mariage pour tous. Avec pertinence, il rappelle que le statut de la pédophilie a évolué depuis les années 70 où on en faisait l’apologie dans les milieux littéraires (Matzneff, Duvert, etc…) : « la normalisation des sexualités périphériques avait exigé le confinement de la part maudite susceptible de cristalliser la vindicte sociale »… Quant à Pasolini, il en fait un disciple de sa dénonciation de l’idéologie hédoniste néolaïque , du néocapitalisme et de sa financiarisation comme synonyme de décivilisation, un opposant à toute normalisation de la foi et de l’homosexualité (presque un militant de la manif pour tous….).

Inutile de préciser que Patrick Buisson est fortement hostile au mariage gay, sans doute moins sur le fond -  moins paranoïaque qu' Eric Zemmour, il n’attribue pas cette revendication à une volonté de détruire l’institution, mais à un besoin de reconnaissance sociale et de réparation morale – que sur son vécu par le «peuple» comme déstabilisation du socle anthropologique des valeurs traditionnelles amenant à la mobilisation massive de la « manif pour tous ». Son analyse des racines de cette mobilisation m’a paru peu convaincante, car sans nier la part du «retour du religieux», il me semble méconnaître le fort mouvement «anti Hollande» d’une partie de la droite qui s’est saisie de cette occasion (si cette réforme avait été proposée immédiatement après son élection elle serait passée sans ce déferlement de haine), et le retour brutal du «refoulé» homophobe.

Passons sur le mal qu’il dit de la théorie du genre, qu’il surestime, mais l’image qu’il en donne à travers Mickael Jackson est plutôt amusante : "homme sans race, sans sexe, sans âge".

Je ne sais si Patrick Buisson est gay, mais s’il l’est, il appartient à n’en pas douter aux nostalgiques de la période « pré gay » ( http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html ) ...

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 11:35
"Juste la fin du monde"

Après un séminaire à Juan les Pins fin aout , comme un petit air de vacances qui se poursuivent, pendant lequel j’ai eu la surprise d’être reconnu sur un réseau par un charmant garçon qui m’a rappelé notre rencontre, dont je n’ai aucun souvenir sinon la trace dans le « mémo» de mes tricks (« Jonathan, 20 ans, Univers Gym, février 1996 »), il y a 20 ans dans un regretté sauna gay parisien, j’ai retrouvé, prêt à affronter une année qui s’annonce angoissante, quoique passionnante, sur le plan politique et géopolitique, mes habitudes parisiennes grevées d’un temps de transport augmenté de 15 à 20 mn par les caprices pseudo-écologiques de l’Ayatollah Hidalgo ( et dire que j’ai voté pour elle…).

Depuis que ce n’est plus le plaisir de découvrir les livres scolaires qui me fait quitter la période de vacances presque sans regret, la rentrée cinématographique tend à jouer ce rôle, notamment cette année avec la sortie de plusieurs films en compétition à Cannes. Je ne pouvais manquer « Tony Erdmann », de l’allemande Maren Ade, qui a fait l’unanimité de la critique mais est reparti bredouille, conte parfois burlesque en forme de charge virulente contre la mondialisation néolibérale. Fable touchante, remarquablement interprétée, qui aurait gagné à s’étirer sur moins de 3 heures, mais dont l’absence au palmarès ne me semble pas forcément une injustice…

Mais ce sont les films de deux réalisateurs homosexuels que j’attendais avec impatience. Le dernier film d’Alain Giraudie, plutôt fraichement accueilli à Cannes, dont son précédent, «L’inconnu du lac», m’avait enthousiasmé, s’inscrit dans une dimension politique fort similaire à celle du film de Maren Ade . « Rester vertical » ne manque pas de surprendre, tant on met du temps à découvrir où le réalisateur veut nous mener, quand tout s’éclaire dans une belle scène finale, métaphorique, où le héros affronte les loups. Rester vertical c’est résister, à la nature, à l’homme, à toute contrainte, mais aussi peut-être rester en érection, ne pas renoncer à son désir - quel qu’il soit- sans aller se coucher chez le psychanalyste, symbolisé ici par une guérisseuse, tel ce vieillard qui se fait sodomiser jusqu’à l’orgasme mortel… Un film très politique, un parfum de «Nuit debout», tout à fait «Queer», auquel je n’adhère pas idéologiquement, mais d’une grande beauté formelle, et qui vous marque longtemps après l’avoir vu.

« Juste la fin du monde », Grand prix du festival, réalisé par le surdoué Xavier Dolan, m’a bouleversé. Adaptation d’une pièce de Julien Lagarce, le film raconte le retour dans sa famille – sa mère (Nathalie baye), sa sœur (Léa Seydoux), son frère (Vincent Cassel) et sa femme Catherine (Marion Cotillard) qui lui est inconnue - d’un jeune écrivain, homosexuel, Louis (Gaspard Ulliel), parti sans presque donner de nouvelles depuis des années, pour leur annoncer qu’il va mourir, secret dont l’aveu est sans cesse repoussé par l’expression parfois violente des rancœurs accumulées et l’impossibilité de communiquer. Véritable choc visuel et intellectuel, tel cet immense moment d’émotion, comme seul les grands cinéastes savent en produire, future scène d’anthologie, devant ce regard prolongé, insistant de Catherine, vers Louis, véritable transmission de pensée, la seule à avoir compris…Louis restera un mystère pour sa famille, mystère dont on peut se demander s’il ne prend pas racine dans la différence absolue de l’homosexualité ?

Il ne faisait pas partie de la sélection du festival mais « Frantz », de François Ozon, mérite le détour. Ce film sur la mémoire et le mensonge, un mensonge « protecteur » qui falsifie la réalité pour apaiser la douleur, conte l’histoire d’une jeune allemande (Anna), qui surprend un soldat français (Adrien), démobilisé après l’armistice de 1918, venant mystérieusement fleurir la tombe de son fiancé (Frantz) mort sur le front. La première partie du film s’appuie sur l’ambiguïté sexuelle (amitié, amour ?) qui liait Adrien et Frantz, renforcée par la filmographie d’Ozon tournant souvent autour de l’homosexualité. Si «secret» du héros de film de Dolan était connu dès le départ sans jamais pouvoir être dit, celui d’Adrien, dévoilé dès la moitié du film, ne sera pas celui qu’on attendait. Est-ce pour cela que j’ai peiné à ressentir la moindre émotion dans la seconde partie, si ce n’est dans une belle scène finale devant un tableau de Manet ?

A part le roman de Laurent Mauvignier, que je n’ai pas encore lu, la rentrée littéraire, qui ne nous épargne pas l’habituelle « nouvelle » d’Amélie Nothomb, n’ayant pas suscité en moi d’envie irrésistible d’achat, j‘ai entrepris la lecture d’un roman singulier de Tristan Garcia, auteur dont j’avais rendu compte dans ce blog de son premier roman, «La meilleure part des hommes», sur le milieu gay. Sa dernière œuvre, «7», paru il y a quelques mois déjà, est un véritable conte philosophique composé de 7 histoires apparemment indépendantes, mais dont on va progressivement saisir l’unité, empruntant au fantastique et à la science-fiction (l’auteur en a une culture certaine) autour du thème des univers parallèles. Tour de force littéraire prodigieux, roman « quantique » s’interrogeant sur la nature de la « réalité », tout en étant un pamphlet anti communautariste salutaire dans l’univers parallèle que nous habitons…Le prix du livre inter a réparé l’injustice de son éviction des prix littéraires ( mais les jurés étaient-ils doué de l’appareil mental nécessaire pour être sensible à cette œuvre ?).

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 17:09
Sitgès, une fois encore

Le début de l’été s’était avéré plutôt déprimant : Brexit, carnage niçois, coup d’état manqué en Turquie (suis-je encore démocrate?), égorgement d’un prêtre. Par ce dernier acte ces individus se sont révélés certes monstrueux, mais en plus stupides et incultes. Martyriser un prêtre cacochyme, en une église vide et dans le pays de Robespierre, pas de quoi troubler la bien-pensance de gauche toujours prête à débusquer l’islamophobie, tout en démontrant, par l’émotion suscitée, que la France a bien des racines chrétiennes…

Les vacances furent plus que jamais les bienvenues pour se distraire un peu de ce quotidien. Avant de quitter Paris, j’ai pu combler quelques retards de lecture. «Tout ce qu’on ne s’est jamais dit», n’est pas vraiment un roman policier, en dépit de sa parution dans une collection qui s’en réclame, mais un étonnant thriller psychologique, où à l’occasion de la mort tragique de la fille ainée - suicide, accident, meurtre ? - tous les non-dits d’une famille en décomposition vont s’exprimer, de même que la révélation, douce, simple, magnifique, de l’homosexualité d’un personnage externe au cercle familial. Lu aussi « les Feux de Saint-Elme » de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, journal de sa jeunesse au collège et de ses douloureuses « amitiés» homosexuelles bridées par son endoctrinement religieux. La fin du journal, quand il retrouve enfin, des dizaines d’années plus tard, David – marié, vieilli, laid - la passion inassouvie de son adolescence, m’a beaucoup plus touché, que la narration de son éveil à l’homosexualité qui renvoie à d’autres lectures, dont les Garçons de Montherlant. Un peu tard sans doute pour parler de deux films qui ne sont sans doute plus à l’affiche car sorti dans des circuits restreints : «Viva» du réalisateur irlandais Paddy Breathnach, l’histoire touchante, d’un jeune cubain homosexuel, coiffeur des perruques de travestis, rêvant de chanter dans leur cabaret, rêve brisé par le retour inopiné de son père dont il était sans nouvelles. Ce film, magnifié par l’interprétation exceptionnelle du jeune Héctor Medina Valdés, sélectionné pour l’oscar du meilleur film étranger, m’a ému jusqu’aux larmes ; le nouveau film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, «Théo et Hugo dans le même bateau», les auteurs de «Jeanne et le garçon formidable», m’a plutôt déçu. Certes la longue (un peu trop longue, presque vingt minutes?) scène de sexe initiale se déroulant à l’Impact (bar sexe parisien) est très belle, une des plus érotiques que j’ai vues au cinéma entre deux hommes, mais la déambulation dans le Paris nocturne des deux protagonistes de l’histoire, dont l’un, séropositif, prend conscience qu’il a été pénétré sans capote par son partenaire sain, se révèle d’un pédagogie un peu lourde et ennuyeuse et pas forcément pertinente sur la prophylaxie anti sida (la pénétration active d’un séropositif indétectable ne me paraissant nécessiter un traitement d’urgence post coït, tellement le risque est faible).

Prendre la direction de la Bretagne, fin juillet, pour rejoindre Sitges n’était certainement pas le chemin le plus court, mais cela faisait des années que nous renoncions à ce détour en raison de prévisions météorologiques peu encourageantes. Mais merveilleuse région, il y pleut même quand la météo est favorable, nous permettant cependant de découvrir ou redécouvrir une des régions de France que j'ai le moins parcourue jusqu'ici, de Saint Malo à Vannes, en passant par Dinard, Dinan, le cap Fréhel, Fort la Latte, Perros-Guirec, le sentier des douaniers, Auray, Carnac, la côte sauvage, Quiberon. La visite de la basilique de Sainte Anne d’Auray au moment de la célébration d’un mariage catholique en grand pompe ou la découverte de ce bar homosexuel à Vannes, qui aurait été plus justement nommé «l’ancien monde» que «l’autre monde » tant il semblait tout droit sorti des années 70, nous donnèrent l’impression d’un voyage dans le temps… De brèves étapes à Bordeaux, le temps devoir sa nouvelle et surprenante Cité du vin, puis à Albi, l'occasion de découvrir enfin sa spectaculaire cathédrale nous amenèrent à notre destination finale pour neuf jours qui s’annonçaient très «chaud» comme de coutume….

Soleil et chaleur quasi continues (les mauvaises surprises sont rares à Sitges sur ce plan), une affluence gay en nette augmentation par rapport à l’année précédente (pour conforter le « ca va mieux de Francois Hollande?) et une relative stabilisation de la scène gay avec une poursuite de l’extension de l’empire du propriétaire du Parrot seront les marques de cette année, sans oublier une invasion de méduses pendant 48 heures rendant la baignade quasi impossible….

J’écris de billet de retour à Paris après une étape bien trop brève en Ardèche, près des villages de «caractère» que sont Balazuc et Largentière.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 16:54
Gays d'hier et d'aujourd'hui

La Grèce antique a nourri l’imaginaire de biens des homosexuels, du moins ceux de la période pré-gay (voir mon récent billet « les gays contre les gays » pour trouver les liens de mon blog renvoyant à cette terminologie). Mes récentes vacances dans la partie continentale de ce pays, principalement en Péloponnèse, constituaient donc le cadre idéal pour entreprendre la lecture de « Correspondance indiscrète », publication chez Grasset d’un échange épistolaire de quelques mois entre deux écrivains, Dominique Fernandez, et Arthur Dreyfus, faisant suite à leur rencontre dans un colloque sur le thème « Art, sexe et littérature », où ils se lièrent d’amitié.

Deux générations séparent ces écrivains, le plus jeune, la quarantaine, s’étant fait remarquer avec la parution en 2014 de son « Histoire de ma sexualité » (), l’autre, académicien octogénaire, par celle en 1978 (il avait l’âge d’Arthur), de l’histoire de la sienne (« L’étoile rose ») et dont la lecture au moment de mon «coming-out» sexuel m’avait enchanté et bouleversé (). Un écrivain peut-il tout dire de sa vie intime ou de la sexualité de ses personnages? Tel était le point de départ de cette correspondance, notamment illustrée par leur opinion diamétralement opposée sur le film «L’inconnu du lac» qui a laissé Dominique Fernandez insensible.

Les deux écrivains vont rapidement s’écarter de leur sujet initial pour nous livrer deux « regards » croisés sur la question gay, l’un acteur- témoin de la période pré-gay qui fût longtemps un homosexuel « honteux », l’autre de la période post-gay, épanoui et fier de son orientation sexuelle.

A une génération d’écart de chacun d’eux, au fil de la quasi-totalité des sujets sur la question gay qu’ils abordent et qui ont fait l’objet de billets dans ce blog, homophobie, milieu, fidélité, découverte de son homosexualité, fonctionnement du désir, couple, c’est sans grand surprise que j’ai constaté que mon propre «regard» se superposait à celui d’Arthur Dreyfus.

Ce qui sous-tend leur opposition sur nombre de ces sujets c’est l’influence respective de la pression sociale et familiale d’une part, de notre structuration psychobiologique d’autre part, sur notre façon de vivre l’homosexualité. C’est aux contraintes familiales et environnementales que Dominique Fernandez fait porter la responsabilité de s’être longtemps senti seul, comme « un monstre » ou de son idéal du couple fidèle. A ce « c’est la faute à l’Autre », Arthur Dreyfus répond, en quelque sorte, par un « C’est aussi Ta faute », convaincu que notre nature profonde régit au moins autant, sans doute plus, nos comportements, que les contraintes extérieures. La « Manif pour tous » ou la violence meurtrière d’Orlando ne sont que la partie visible d’un immense iceberg homophobe toujours présent et ceux qui vivent leur homosexualité dans la haine de soi ne sont sans doute pas beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Et même ceux qui comme Dominique Fernandez ont vaincu cette haine, ne semblent pas voir qu’ils en portent encore nombre de stigmates : rejet du «milieu», de l’infidélité sexuelle, voire adoption d’une stratégie de l’échec dans leur désir de séduire des hétéros.

C’est notre nature profonde - il y a toujours eu des « trompeurs » et des « cocus » - qui régit aussi notre rapport à l’infidélité et au désir sexuel. Dominique Fernandez ne conçoit pas le sexe sans lien affectif préalable, stigmatisant le caractère impersonnel d’internet et la démultiplication des possibilités de rencontre. Arthur Dreyfus lui répond que les iphones n’ont fait que remplacer les pissotières et qu’internet ne reste impersonnel que jusqu’au moment où la rencontre se concrétise, ce qui «détermine tout», comme «avant». Ce qui motive le «trompeur», ce n’est pas le désir de tromper ou la recherche de l’éphémère, mais l’attrait du hasard et de la nouveauté, ce qui n’est pas incompatible avec l’attachement au couple. Ce qui le motive peut-être aussi c’est moins le désir de renouveler l’acte sexuel lui-même que de ressentir à nouveau un de ces deux meilleurs moments de l’amour, les préparatifs (Barthes), ou quand l’amant «s’éloigne dans les escaliers (ou prend l’ascenseur)» (Foucault).

Christian Giudicelli, pourtant de la même génération que Dominique Fernandez, dans ce très beau livre qu’est «La planète Nemausa», où le souvenir de Claude, qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort, est omniprésent, a magnifiquement exprimé cette compatibilité entre le butinage des corps et la possibilité du couple. Ce livre constitue en outre un témoignage convaincant sur la pérennité d’être désirable jusqu’ à un âge avancé (« je ruminais ce constat, alors que, malgré une quarantaine remontant déjà à des lustres, je n’avais pas envisagé d’appartenir à la foule de ceux auxquels on ne prête plus attention. Depuis je me suis consolé : on m’a prouvé ici et là que tout n’était pas fichu… », à l’opposé d’un Didier Lestrade, un des fondateurs d’Act-Up, dont les écrits font soupçonner quelques traits paranoïaques, et qui dans son blog se déclare à 58 ans « officiellement vieux : « Dans mon cas, je suis parvenu à traverser la dernière décennie en me retranchant à la campagne parce que c'est beaucoup plus facile d'y vivre sans être confronté tous les jours à la compétition amoureuse et sociétale de la ville ».

« Elle me parlait de Claude comme d’un miracle surgi dans ma vie…. «Je souhaite que rien ne vous sépare jamais».

Son vœu fut réalisé, jusqu’à la mort de Claude en1977. A vrai dire, nul obstacle ne nous a déviés de notre parcours. Cette lassitude des rapports sexuels qui finit souvent par détruire les couples, nous n’avons pas eu à la subir. Sur ce plan nos échanges, au début agréables, sans excès, ne nous créèrent pas d’angoisse lorsqu’ils s’éteignirent peu à peu : notre communion n’en fût pas affectée. Le miracle de l’amour –j’y reviens- réside dans cette permanence. S’il ne surmonte pas la grève programmée des épidermes, je doute qu’il ait existé. Quand je vois la haine s’installer là où régnait l’euphorie, j’en suis sûr.

Les corps, eux, ont une indépendance qu’il ne faut pas contrarier : les priver de jouir d’autres corps serait comme les priver de boire….Claude, lui, ne m’accablait d’aucun reproche, sachant que personne ne m’obligerait à le quitter : il avait confiance »

(Christian Giudicelli, La planète Nemausa, Gallimard, 2016)

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