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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 10:35
"Juste la fin du monde"

Après un séminaire à Juan les Pins fin aout , comme un petit air de vacances qui se poursuivent, pendant lequel j’ai eu la surprise d’être reconnu sur un réseau par un charmant garçon qui m’a rappelé notre rencontre, dont je n’ai aucun souvenir sinon la trace dans le « mémo» de mes tricks (« Jonathan, 20 ans, Univers Gym, février 1996 »), il y a 20 ans dans un regretté sauna gay parisien, j’ai retrouvé, prêt à affronter une année qui s’annonce angoissante, quoique passionnante, sur le plan politique et géopolitique, mes habitudes parisiennes grevées d’un temps de transport augmenté de 15 à 20 mn par les caprices pseudo-écologiques de l’Ayatollah Hidalgo ( et dire que j’ai voté pour elle…).

Depuis que ce n’est plus le plaisir de découvrir les livres scolaires qui me fait quitter la période de vacances presque sans regret, la rentrée cinématographique tend à jouer ce rôle, notamment cette année avec la sortie de plusieurs films en compétition à Cannes. Je ne pouvais manquer « Tony Erdmann », de l’allemande Maren Ade, qui a fait l’unanimité de la critique mais est reparti bredouille, conte parfois burlesque en forme de charge virulente contre la mondialisation néolibérale. Fable touchante, remarquablement interprétée, qui aurait gagné à s’étirer sur moins de 3 heures, mais dont l’absence au palmarès ne me semble pas forcément une injustice…

Mais ce sont les films de deux réalisateurs homosexuels que j’attendais avec impatience. Le dernier film d’Alain Giraudie, plutôt fraichement accueilli à Cannes, dont son précédent, «L’inconnu du lac», m’avait enthousiasmé, s’inscrit dans une dimension politique fort similaire à celle du film de Maren Ade . « Rester vertical » ne manque pas de surprendre, tant on met du temps à découvrir où le réalisateur veut nous mener, quand tout s’éclaire dans une belle scène finale, métaphorique, où le héros affronte les loups. Rester vertical c’est résister, à la nature, à l’homme, à toute contrainte, mais aussi peut-être rester en érection, ne pas renoncer à son désir - quel qu’il soit- sans aller se coucher chez le psychanalyste, symbolisé ici par une guérisseuse, tel ce vieillard qui se fait sodomiser jusqu’à l’orgasme mortel… Un film très politique, un parfum de «Nuit debout», tout à fait «Queer», auquel je n’adhère pas idéologiquement, mais d’une grande beauté formelle, et qui vous marque longtemps après l’avoir vu.

« Juste la fin du monde », Grand prix du festival, réalisé par le surdoué Xavier Dolan, m’a bouleversé. Adaptation d’une pièce de Julien Lagarce, le film raconte le retour dans sa famille – sa mère (Nathalie baye), sa sœur (Léa Seydoux), son frère (Vincent Cassel) et sa femme Catherine (Marion Cotillard) qui lui est inconnue - d’un jeune écrivain, homosexuel, Louis (Gaspard Ulliel), parti sans presque donner de nouvelles depuis des années, pour leur annoncer qu’il va mourir, secret dont l’aveu est sans cesse repoussé par l’expression parfois violente des rancœurs accumulées et l’impossibilité de communiquer. Véritable choc visuel et intellectuel, tel cet immense moment d’émotion, comme seul les grands cinéastes savent en produire, future scène d’anthologie, devant ce regard prolongé, insistant de Catherine, vers Louis, véritable transmission de pensée, la seule à avoir compris…Louis restera un mystère pour sa famille, mystère dont on peut se demander s’il ne prend pas racine dans la différence absolue de l’homosexualité ?

Il ne faisait pas partie de la sélection du festival mais « Frantz », de François Ozon, mérite le détour. Ce film sur la mémoire et le mensonge, un mensonge « protecteur » qui falsifie la réalité pour apaiser la douleur, conte l’histoire d’une jeune allemande (Anna), qui surprend un soldat français (Adrien), démobilisé après l’armistice de 1918, venant mystérieusement fleurir la tombe de son fiancé (Frantz) mort sur le front. La première partie du film s’appuie sur l’ambiguïté sexuelle (amitié, amour ?) qui liait Adrien et Frantz, renforcée par la filmographie d’Ozon tournant souvent autour de l’homosexualité. Si «secret» du héros de film de Dolan était connu dès le départ sans jamais pouvoir être dit, celui d’Adrien, dévoilé dès la moitié du film, ne sera pas celui qu’on attendait. Est-ce pour cela que j’ai peiné à ressentir la moindre émotion dans la seconde partie, si ce n’est dans une belle scène finale devant un tableau de Manet ?

A part le roman de Laurent Mauvignier, que je n’ai pas encore lu, la rentrée littéraire, qui ne nous épargne pas l’habituelle « nouvelle » d’Amélie Nothomb, n’ayant pas suscité en moi d’envie irrésistible d’achat, j‘ai entrepris la lecture d’un roman singulier de Tristan Garcia, auteur dont j’avais rendu compte dans ce blog de son premier roman, «La meilleure part des hommes», sur le milieu gay. Sa dernière œuvre, «7», paru il y a quelques mois déjà, est un véritable conte philosophique composé de 7 histoires apparemment indépendantes, mais dont on va progressivement saisir l’unité, empruntant au fantastique et à la science-fiction (l’auteur en a une culture certaine) autour du thème des univers parallèles. Tour de force littéraire prodigieux, roman « quantique » s’interrogeant sur la nature de la « réalité », tout en étant un pamphlet anti communautariste salutaire dans l’univers parallèle que nous habitons…Le prix du livre inter a réparé l’injustice de son éviction des prix littéraires ( mais les jurés étaient-ils doué de l’appareil mental nécessaire pour être sensible à cette œuvre ?).

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 16:09
Sitgès, une fois encore

Le début de l’été s’était avéré plutôt déprimant : Brexit, carnage niçois, coup d’état manqué en Turquie (suis-je encore démocrate?), égorgement d’un prêtre. Par ce dernier acte ces individus se sont révélés certes monstrueux, mais en plus stupides et incultes. Martyriser un prêtre cacochyme, en une église vide et dans le pays de Robespierre, pas de quoi troubler la bien-pensance de gauche toujours prête à débusquer l’islamophobie, tout en démontrant, par l’émotion suscitée, que la France a bien des racines chrétiennes…

Les vacances furent plus que jamais les bienvenues pour se distraire un peu de ce quotidien. Avant de quitter Paris, j’ai pu combler quelques retards de lecture. «Tout ce qu’on ne s’est jamais dit», n’est pas vraiment un roman policier, en dépit de sa parution dans une collection qui s’en réclame, mais un étonnant thriller psychologique, où à l’occasion de la mort tragique de la fille ainée - suicide, accident, meurtre ? - tous les non-dits d’une famille en décomposition vont s’exprimer, de même que la révélation, douce, simple, magnifique, de l’homosexualité d’un personnage externe au cercle familial. Lu aussi « les Feux de Saint-Elme » de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, journal de sa jeunesse au collège et de ses douloureuses « amitiés» homosexuelles bridées par son endoctrinement religieux. La fin du journal, quand il retrouve enfin, des dizaines d’années plus tard, David – marié, vieilli, laid - la passion inassouvie de son adolescence, m’a beaucoup plus touché, que la narration de son éveil à l’homosexualité qui renvoie à d’autres lectures, dont les Garçons de Montherlant. Un peu tard sans doute pour parler de deux films qui ne sont sans doute plus à l’affiche car sorti dans des circuits restreints : «Viva» du réalisateur irlandais Paddy Breathnach, l’histoire touchante, d’un jeune cubain homosexuel, coiffeur des perruques de travestis, rêvant de chanter dans leur cabaret, rêve brisé par le retour inopiné de son père dont il était sans nouvelles. Ce film, magnifié par l’interprétation exceptionnelle du jeune Héctor Medina Valdés, sélectionné pour l’oscar du meilleur film étranger, m’a ému jusqu’aux larmes ; le nouveau film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, «Théo et Hugo dans le même bateau», les auteurs de «Jeanne et le garçon formidable», m’a plutôt déçu. Certes la longue (un peu trop longue, presque vingt minutes?) scène de sexe initiale se déroulant à l’Impact (bar sexe parisien) est très belle, une des plus érotiques que j’ai vues au cinéma entre deux hommes, mais la déambulation dans le Paris nocturne des deux protagonistes de l’histoire, dont l’un, séropositif, prend conscience qu’il a été pénétré sans capote par son partenaire sain, se révèle d’un pédagogie un peu lourde et ennuyeuse et pas forcément pertinente sur la prophylaxie anti sida (la pénétration active d’un séropositif indétectable ne me paraissant nécessiter un traitement d’urgence post coït, tellement le risque est faible).

Prendre la direction de la Bretagne, fin juillet, pour rejoindre Sitges n’était certainement pas le chemin le plus court, mais cela faisait des années que nous renoncions à ce détour en raison de prévisions météorologiques peu encourageantes. Mais merveilleuse région, il y pleut même quand la météo est favorable, nous permettant cependant de découvrir ou redécouvrir une des régions de France que j'ai le moins parcourue jusqu'ici, de Saint Malo à Vannes, en passant par Dinard, Dinan, le cap Fréhel, Fort la Latte, Perros-Guirec, le sentier des douaniers, Auray, Carnac, la côte sauvage, Quiberon. La visite de la basilique de Sainte Anne d’Auray au moment de la célébration d’un mariage catholique en grand pompe ou la découverte de ce bar homosexuel à Vannes, qui aurait été plus justement nommé «l’ancien monde» que «l’autre monde » tant il semblait tout droit sorti des années 70, nous donnèrent l’impression d’un voyage dans le temps… De brèves étapes à Bordeaux, le temps devoir sa nouvelle et surprenante Cité du vin, puis à Albi, l'occasion de découvrir enfin sa spectaculaire cathédrale nous amenèrent à notre destination finale pour neuf jours qui s’annonçaient très «chaud» comme de coutume….

Soleil et chaleur quasi continues (les mauvaises surprises sont rares à Sitges sur ce plan), une affluence gay en nette augmentation par rapport à l’année précédente (pour conforter le « ca va mieux de Francois Hollande?) et une relative stabilisation de la scène gay avec une poursuite de l’extension de l’empire du propriétaire du Parrot seront les marques de cette année, sans oublier une invasion de méduses pendant 48 heures rendant la baignade quasi impossible….

J’écris de billet de retour à Paris après une étape bien trop brève en Ardèche, près des villages de «caractère» que sont Balazuc et Largentière.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 15:54
Gays d'hier et d'aujourd'hui

La Grèce antique a nourri l’imaginaire de biens des homosexuels, du moins ceux de la période pré-gay (voir mon récent billet « les gays contre les gays » pour trouver les liens de mon blog renvoyant à cette terminologie). Mes récentes vacances dans la partie continentale de ce pays, principalement en Péloponnèse, constituaient donc le cadre idéal pour entreprendre la lecture de « Correspondance indiscrète », publication chez Grasset d’un échange épistolaire de quelques mois entre deux écrivains, Dominique Fernandez, et Arthur Dreyfus, faisant suite à leur rencontre dans un colloque sur le thème « Art, sexe et littérature », où ils se lièrent d’amitié.

Deux générations séparent ces écrivains, le plus jeune, la quarantaine, s’étant fait remarquer avec la parution en 2014 de son « Histoire de ma sexualité » (), l’autre, académicien octogénaire, par celle en 1978 (il avait l’âge d’Arthur), de l’histoire de la sienne (« L’étoile rose ») et dont la lecture au moment de mon «coming-out» sexuel m’avait enchanté et bouleversé (). Un écrivain peut-il tout dire de sa vie intime ou de la sexualité de ses personnages? Tel était le point de départ de cette correspondance, notamment illustrée par leur opinion diamétralement opposée sur le film «L’inconnu du lac» qui a laissé Dominique Fernandez insensible.

Les deux écrivains vont rapidement s’écarter de leur sujet initial pour nous livrer deux « regards » croisés sur la question gay, l’un acteur- témoin de la période pré-gay qui fût longtemps un homosexuel « honteux », l’autre de la période post-gay, épanoui et fier de son orientation sexuelle.

A une génération d’écart de chacun d’eux, au fil de la quasi-totalité des sujets sur la question gay qu’ils abordent et qui ont fait l’objet de billets dans ce blog, homophobie, milieu, fidélité, découverte de son homosexualité, fonctionnement du désir, couple, c’est sans grand surprise que j’ai constaté que mon propre «regard» se superposait à celui d’Arthur Dreyfus.

Ce qui sous-tend leur opposition sur nombre de ces sujets c’est l’influence respective de la pression sociale et familiale d’une part, de notre structuration psychobiologique d’autre part, sur notre façon de vivre l’homosexualité. C’est aux contraintes familiales et environnementales que Dominique Fernandez fait porter la responsabilité de s’être longtemps senti seul, comme « un monstre » ou de son idéal du couple fidèle. A ce « c’est la faute à l’Autre », Arthur Dreyfus répond, en quelque sorte, par un « C’est aussi Ta faute », convaincu que notre nature profonde régit au moins autant, sans doute plus, nos comportements, que les contraintes extérieures. La « Manif pour tous » ou la violence meurtrière d’Orlando ne sont que la partie visible d’un immense iceberg homophobe toujours présent et ceux qui vivent leur homosexualité dans la haine de soi ne sont sans doute pas beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Et même ceux qui comme Dominique Fernandez ont vaincu cette haine, ne semblent pas voir qu’ils en portent encore nombre de stigmates : rejet du «milieu», de l’infidélité sexuelle, voire adoption d’une stratégie de l’échec dans leur désir de séduire des hétéros.

C’est notre nature profonde - il y a toujours eu des « trompeurs » et des « cocus » - qui régit aussi notre rapport à l’infidélité et au désir sexuel. Dominique Fernandez ne conçoit pas le sexe sans lien affectif préalable, stigmatisant le caractère impersonnel d’internet et la démultiplication des possibilités de rencontre. Arthur Dreyfus lui répond que les iphones n’ont fait que remplacer les pissotières et qu’internet ne reste impersonnel que jusqu’au moment où la rencontre se concrétise, ce qui «détermine tout», comme «avant». Ce qui motive le «trompeur», ce n’est pas le désir de tromper ou la recherche de l’éphémère, mais l’attrait du hasard et de la nouveauté, ce qui n’est pas incompatible avec l’attachement au couple. Ce qui le motive peut-être aussi c’est moins le désir de renouveler l’acte sexuel lui-même que de ressentir à nouveau un de ces deux meilleurs moments de l’amour, les préparatifs (Barthes), ou quand l’amant «s’éloigne dans les escaliers (ou prend l’ascenseur)» (Foucault).

Christian Giudicelli, pourtant de la même génération que Dominique Fernandez, dans ce très beau livre qu’est «La planète Nemausa», où le souvenir de Claude, qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort, est omniprésent, a magnifiquement exprimé cette compatibilité entre le butinage des corps et la possibilité du couple. Ce livre constitue en outre un témoignage convaincant sur la pérennité d’être désirable jusqu’ à un âge avancé (« je ruminais ce constat, alors que, malgré une quarantaine remontant déjà à des lustres, je n’avais pas envisagé d’appartenir à la foule de ceux auxquels on ne prête plus attention. Depuis je me suis consolé : on m’a prouvé ici et là que tout n’était pas fichu… », à l’opposé d’un Didier Lestrade, un des fondateurs d’Act-Up, dont les écrits font soupçonner quelques traits paranoïaques, et qui dans son blog se déclare à 58 ans « officiellement vieux : « Dans mon cas, je suis parvenu à traverser la dernière décennie en me retranchant à la campagne parce que c'est beaucoup plus facile d'y vivre sans être confronté tous les jours à la compétition amoureuse et sociétale de la ville ».

« Elle me parlait de Claude comme d’un miracle surgi dans ma vie…. «Je souhaite que rien ne vous sépare jamais».

Son vœu fut réalisé, jusqu’à la mort de Claude en1977. A vrai dire, nul obstacle ne nous a déviés de notre parcours. Cette lassitude des rapports sexuels qui finit souvent par détruire les couples, nous n’avons pas eu à la subir. Sur ce plan nos échanges, au début agréables, sans excès, ne nous créèrent pas d’angoisse lorsqu’ils s’éteignirent peu à peu : notre communion n’en fût pas affectée. Le miracle de l’amour –j’y reviens- réside dans cette permanence. S’il ne surmonte pas la grève programmée des épidermes, je doute qu’il ait existé. Quand je vois la haine s’installer là où régnait l’euphorie, j’en suis sûr.

Les corps, eux, ont une indépendance qu’il ne faut pas contrarier : les priver de jouir d’autres corps serait comme les priver de boire….Claude, lui, ne m’accablait d’aucun reproche, sachant que personne ne m’obligerait à le quitter : il avait confiance »

(Christian Giudicelli, La planète Nemausa, Gallimard, 2016)

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 15:54
Orlando ou l'irréductible homophobie

« Quel bonheur de vivre aujourd’hui », c’est ainsi que Dominique Fernandez initie sa correspondance avec Arthur Dreyfus dans leur dernier livre « Correspondance indiscrète », sujet du billet que j’étais en train d’écrire- je reviendrais ultérieurement sur cette passionnante parution - quand j’ai appris la tuerie d’Orlando. Par ces quelques mots l’académicien voulait signifier, si ce n’est une régression, du moins un changement de visage de l’homophobie : « L’homophobie était partout, mais sans nom, bien plus terrible qu’aujourd’hui, parce que impossible à combattre... L’homophobie sous forme de « Manif pour tous » t’inquiète, mais c’est un recul fabuleux de l’homophobie. Elle a eu besoin de se montrer, ce qui du coup l’a affaiblie... Ces hordes qui défilaient avec des slogans abjects ont été du pain bénit ».

Les lecteurs habituels de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) savent qu’à l’instar d’Arthur Dreyfus, je ne partage pas cet optimisme. Les réactions aux évènements d’Orlando en sont la triste illustration. Je ne fais pas ici allusion à l‘implication, plus ou moins directe, de la secte islamique qui arme des psychopathes ou des pauvres d’esprits pour terroriser le monde judéo-chrétien - sa haine de l’homosexualité avance encore moins voilée (le terme n’est peut-être pas approprié ici…) que celle de la manif pour tous – mais de l’homophobie « latente » qui suintait derrière les réactions indignées de la sphère médiatico-politique. Je fais référence aux contorsions verbales de la presse et de certains politiques, au moins dans un premier temps, pour passer sous silence que le «Purple» était une boite gay. France info l’a souligné : « la presse française serait-elle devenue amnésique? ….effectivement, sur les 35 unes de journaux régionaux ou nationaux que nous avons consultées lundi, une seul fait mention de cette information dans son grand titre. Il s’agit de Sud-Ouest qui écrit “Massacre homophobe lié à Daech”. Il parait que cette pratique porte un nom : le Straight Washing. C’est le fait de “d’effacer la sexualité d’individus pour la rendre conforme à un monde hétérocentré". C’est en effet plus politiquement correct qu’homophobie.

Et que dire du tweet de la Manif pour tous : « Peine immense pour les victimes et les familles endeuillées. Nausée face à la haine et la violence. ». Ou comment lorsque deux haines entrent en conflit, en occulter une transitoirement….

Même François Hollande qui a tu la dimension homophobe de la tuerie dans un premier temps (ce qui ne fut pas le cas de manuel Valls), s’est fendu d’un communiqué inconsciemment homophobe en qualifiant l’homosexualité de « choix sexuel » (ceci fut promptement corrigé, devant les réactions suscitées, en « vivre son orientation sexuelle »….).

S’il se confirmait, les manipulations ne sont pas impossibles, que le «terroriste» fréquentait régulièrement le «Purple» et les applications de rencontres gays, témoignant d’une homosexualité qu’il n’arrivait plus à refouler, on serait même en présence de la plus terrible des homophobies, intégration de toutes les autres, celle qui mène à la haine de soi.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 14:58

Dans un des premiers écrits de ce blog, j’avais conté ma rencontre avec Hervé, ma première passion amoureuse, ma plus grande passion, survenue peu de temps après le retour du périple à Paris que j’ai mentionné en introduction de mon précédent billet :

http://limbo.over-blog.org/article-herve-1-la-conquete-44545270.html

http://limbo.over-blog.org/article-herve-2-la-chute-44685383.html

Je ne l’avais pas revu depuis cette rencontre fortuite et brève de juin 1999 dont j’ai parlé dans le 2è article que je lui ai consacré, où je l’avais trouvé dans un état physique particulièrement délabré alors qu’il avait à peine 40 ans.

Depuis j’avais, en vain, cherché à trouver sa trace sur internet. Aujourd’hui, faisant une recherche google sur « Herve Robin, bordeaux », je suis tombé sur un billet du blog de Didier Lestrade, le fondateur d’Act-Up Paris, intitulé « For a friend», entièrement dédié à Hervé (http://didierlestrade.blogspot.ch/2010/09/for-friend.html). J’y ai ainsi découvert ce qui fut sa vie depuis les années 90, quelques mois après les dernières nouvelles que j’avais eues de lui à Paris. Je n’ai, bien entendu, pas été surpris d’apprendre qu’il était atteint du Sida, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il allait devenir un militant actif et important d’Act-Up.

Le billet de Didier Lestrade est un hommage particulièrement émouvant à ce personnage hors du commun, un peu fou, qui a brûlé la vie par tous les côtés, sexe, drogue, alcool, jusqu’à ce qu’une crise cardiaque l’emporte en 2010.

Tu as réussi, Hervé, à me faire pleurer une dernière fois….

On trouvera un autre hommage à Hervé sur le site d’un bar bordelais :

http://oursmarin.jimdo.com/2010/09/27/hervé-robin-nous-a-quitté/

PS : la photo d’Hervé qui illustre ce billet est tirée du blog de Didier Lestrade

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 15:41
Les gays contre les gays

38 ans déjà, le 15 avril 1978, encore étudiant en médecine à Bordeaux, je prenais le train pour Paris (5 heures de trajet, 10 ans avant l’arrivée du TGV) pour me précipiter dans une salle de cinéma de la rue Vivienne qui programmait des pornos gays et dont un article du «Point» m’avait laissé entrevoir que les spectateurs ne se contentaient pas d’observer passivement l’écran. J’allais,enfin, je n’étais déjà plus un adolescent, y faire mon coming-out «sexuel», quelques mois avant le sociétal.

J’allais vite découvrir le monde de la nuit homosexuelle, «le milieu» comme disent les gays homophobes, qui, alors que nous sortions de la période «pré-gay» (voir le billet : http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html), était encore chaleureux, ouvert et convivial. Certes il fallait souvent «sonner» avant que les bars vous ouvrent leur porte, mais toutes les catégories d’homosexuels (le mot gay était encore peu utilisé), de tous âges, de tous milieux sociaux, s’y côtoyaient sans aucun ostracisme, et même de la bienveillance pour les «folles» bien souvent «reines» des lieux. Elles ne se doutaient pas qu’elles allaient devenir les premières victimes de la progression de la visibilité gay et de son droit à l’indifférence qui ne les tolérerait plus – «elles donnent une mauvaise image de nous» - que comme «vestige archéologique» dans les lieux de vacances, les bars de province ou les gay Pride.

Ce n’était qu’une première étape. Paradoxalement, au fur et à mesure que le gay apprenait à soutenir le regard de l’hétérosexuel, il a commencé à ne plus supporter celui de ceux sa communauté qui ne correspondaient pas à son désir. Certes il existait depuis longtemps des lieux réservés à ceux qui partageaient les mêmes fantasmes (cuir, SM, etc.), mais ils restaient ouverts à tous tant que leurs codes, vestimentaires notamment, étaient respectés. La spécialisation des bars ou d’autres lieux de rencontres s’est cependant étendue bien au-delà des pratiques sexuelles pour concerner le look, l’âge, l’aspect physique sans doute autant par la volonté «ségrégationniste» de certains qui n’acceptent de côtoyer que les «objets» de leur désir, que par celle d’autres de ne plus se sentir rejetés, comme les gays en «surpoids» qui se sont souvent réfugiés dans les lieux «bears».

Ce morcellement communautaire, s’il a eu raison de la «fraternité» de la période pré-gay, simple témoin d’une société globale de plus en plus individualiste, reste toutefois non discriminatoire puisqu’il n’interdit aucunement à ceux qui ne correspondent pas à la spécialisation du lieu d’y entrer, au risque tout au plus de croiser des regards méprisants. La nécessité de perfectionner le système ne pouvait ne pouvait pas manquer de germer dans l’esprit de certains et sont ainsi nées les « filtrages » à l’entrée (ou de façon plus sophistiquée par une présélection sur internet) lors de certains évènements gays, comme les après-midi du «clan nature» ou les «soirées du marquis». Cette «sélection» n’avoue que rarement sa nature - on ne vous dit pas que vous êtes ou trop vieux, ou trop gros ou trop moche, mais que c’est un évènement privé, qu’il faut être parrainé, qu’il faut une invitation – et dépend aussi partiellement de l’appréciation que fait le filtreur des critères de sélection : ainsi, du temps où je fréquentais encore, il y a une dizaine d’années, les après-midi du « Clan nature » (dont je ne sais si elles se poursuivent), il m’est arrivé occasionnellement de me voir refuser l’entrée (venir accompagné d’un « petit jeune » était facilitant car plus difficile à gérer pour le filtreur…).

Le passage à l’ère d’internet et des réseaux sociaux allait amplifier cette tendance à la fragmentation infinie des désirs, ce qui n’est après tout qu’une pragmatique économie d’énergie, au travers de multiples applications – bears, asiatiques, beurs, SM, daddies, minets, bbk, etc...- mais aussi permettre la sophistication des pratiques discriminatoires et la libération verbale des haines qu’elles dissimulent. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser le filtrage très pratique que permettent ces applications (sur l’âge, le poids, les pratiques, la distance, etc.,), j’en fais moi-même largement usage, mais de dire ma stupéfaction à la lecture de certains profils qui ne s’en contentent pas et déversent leur expressions haineuses : « folles, vieux pervers ( on ne sait pourquoi sur ces profils les vieux sont toujours qualifiés de pervers, sans doute faut-il comprendre que désirer encore quand on a dépassé un certain âge est une perversion…), gros, OUT ou encore le pathétique et stupide « j’ai déjà un père»).

Dans la sophistication discriminatoire, deux applications, au moins (je ne les connais pas toutes…), se singularisent : «Hornet» qui vous incite de façon répétitive à inscrire sur votre profil votre statut sérologique daté, version moderne de «l’étoile jaune», ce que je me refuse de faire au risque de passer pour séropositif, ou «Hanky», version « améliorée » de Tinder, où vous ne pouvez-vous inscrire définitivement que si au moins 3 autres profils ont voté pour vous !

Devant de tels comportements comment s’étonner, comme vient de le révéler une récente enquête, qu’un tiers des couples gays mariés aient voté Front national ?

La délicatesse du regard que porte un «vieux», André Téchiné, dans son dernier film, «Quand on a 17 ans», sur l’éveil à l’homosexualité, loin des clichés habituels, dans de grandioses paysages pyrénéens, de deux adolescents, remarquablement interprétés par Kacey Mottet Klein (déjà remarqué dans un autre film récent, « Keeper ») et Corentin Fila, me permet de terminer ce billet sur une note optimiste.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 17:00
Barbarin : pédophilie et christianophobie

Je n’ai pas de sympathie particulière, c’est le moins qu’on puisse dire, pour le cardinal Barbarin. Il s’est tristement illustré lors des manifestations contre le mariage gay par ses prises de position caricaturales, osant des assimilations odieuses avec la zoophilie ou l’inceste. La tentation serait grande de considérer qu’il n’a que ce qu’il mérite, même si ce ne serait guère « chrétien ». Je ne peux pourtant me joindre au lynchage médiatique dont il est la victime car il n’est que trop évident que ce à quoi on assiste, c’est au retour de l’anticléricalisme le plus primaire.

Le philosophe Raphael Enthoven, dont ce n’est pas le premier dérapage, en a fait la démonstration la plus éclatante, dans sa chronique matinale sur Europe 1. N’a-t-il pas osé comparer de façon absurde et abjecte l’attitude du cardinal à celle, imaginaire, d’un Jérôme Cahusac dont la fraude fiscale aurait été connue et qui aurait obtenu son poste ministériel sur la promesse faite à François Hollande de ne plus recommencer! En d’autres termes comme si c’était Barbarin le pédophile…Plus banal, il n’a pu s’empêcher de reprendre l’interprétation éculée selon laquelle la fréquence de la pédophilie chez les prêtres serait une conséquence de l’abstinence qui leur est imposée et des positions de l’Eglise sur la sexualité, faisant semblant d’oublier qu’elle est tout aussi fréquente en milieu scolaire, c’est-à-dire dans tous les milieux qui rassemblent des enfants en position de soumission à l’autorité, et surtout méconnaissant la dimension psychiatrique de cette perversion qui n’a rien d’un comportement «acquis».

Des exemples récents ont montré que même dans l’éducation nationale, les personnels qui ont eu de tels comportements continuent à exercer leur profession après avoir été simplement «déplacés» sans qu’on assiste au même déchainement contre les responsables administratifs de ces « dysfonctionnements ». Il est si facile de « bouffer » du curé sans jamais se faire accuser de christianophobie - c’ est beaucoup moins risqué que de s’attaquer à l’islam, les chrétiens ayant une propension naturelle au statut de victime - qu’on peut parier que la curée contre le cardinal Barbarin ne tarira pas jusqu’à avoir obtenu sa démission. Même Manuel Valls y va de sa petite musique, les « frondeurs » applaudiront pour une fois. ….

Certes l’Eglise a trop longtemps tenté de justifier son silence sous couvert de secret de la confession, de pardon et de rédemption, mais elle en enfin a pris la mesure. L’affaire «Barbarin» n’est pas un « Spotlight » lyonnais ( excellent film racontant les multiples cas de pédophilie couverts par le cardinal Law à Boston au début des années 2000).

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 16:01
Martine et les "Feuillants"

J’ai longtemps fantasmé une gauche moderniste, « sociale-libérale », débarrassée de son idéologie post marxiste qui suintait encore dans la gauche « plurielle » de Lionel Jospin, en un mot la prise de contrôle du PS par ce qu’on a appelé la « deuxième gauche » qui fut incarnée , en son temps , par Michel Rocard et la CFDT d’Edmond Maire, puis par Jacques Delors. L’économiste Jean-Marc Daniel, dans un récent ouvrage, se référant aux clivages apparus durant la révolution française, voit dans cette deuxième gauche l’héritière du « Club des Feuillants », né d’une dissidence des Jacobins, auxquels il s’opposait sur la question de la destitution du Roi. Ce mouvement prônait la liberté économique et combattait les envolées lyriques et le populisme meurtrier des «Montagnards». Valls et Macron sont nos Feuillants, les frondeurs et l’hébertiste « Jean-Luc » nos Montagnards. La coexistence de ces deux courants a jusqu’ici été rendu possible au sein du PS par nos « Brissotins » modernes, Mitterrand, Jospin et maintenant Hollande qui ont forgé leur victoire en s’inspirant des seconds dans leur programme tout en gouvernant en les cocufiant, sans jamais oser rompre avec eux.

A deux reprises nos « Feuillants » ont été aux portes du pouvoir, mais Jacques Delors s’est fait la malle et la libido de DSK l’a fait exploser en plein vol. François Hollande aurait pu tenter l’aventure en 2012 s’il avait accepté la main tendue du béarnais, il a préféré la synthèse « girondine » avec Jean Marc Ayrault. Le départ de Taubira, après cet incroyable et interminable tohu-bohu médiatique à propos de la déchéance de nationalité, lui donnait la possibilité de trancher définitivement le bras vermoulu des Montagnards et de tenir un discours cohérent en prenant sans ambiguïté le parti des «Feuillants». Que nenni, il vient d’adopter une stratégie schizophrène en faisant un remaniement « gauche plurielle » tout en proposant une loi travail en rupture radicale avec l’idéologie de cette dernière…Machiavel (on le saura en 2017) ou « brissotin » jusqu’au bout ?

Tout n’est peut-être pas perdu pour mon fantasme inexaucé, car une autre « ex-girondine», montagnardisée dans son isolement lillois, vient dans une tribune explosive me rendre l’espoir que ce soit la gauche « plurielle » qui explose et que soit le programme Valls/Macron soit appliqué, soit qu’un des deux au moins prenne le large et casse le PS…

Il eut certes été préférable qu’ils ne fussent pas deux, leur rivalité grandissante fragilisant les perspectives…Ne voilà-t-il pas que les frondeurs en viennent à trouver des vertus à Emmanuel Macron, plus «sociétal», en espérant faire tomber Valls… Qui l’emportera de ce dernier, froid et cassant, ou de Macron, souriant et pédagogue ? Un duel Macron /Juppé me paraitrait autrement plus stimulant qu’un remake de 2012….

Une série télévisé sur Canal plus, sorte de «House of cards» à la française, «Le baron noir», vous plonge, comme si vous y étiez, dans les coulisses du pouvoir socialiste. L’affrontement entre Kad Merad, exceptionnel, qui incarne un député PS à l’ambition dévorante, sorte d’hybride entre Julien Dray et Mélenchon et Niels Arestrup, toujours aussi bon, dans le rôle d’un président qui tient autant de Hollande que de Mitterrand, est d’un réalisme à couper le souffle…

Martine et les "Feuillants"
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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 16:07
Histoires homosexuelles

La rentrée littéraire de janvier, loin de la pollution des prix, nous a livré un nouveau court roman d’Edouard Louis, « histoire de la violence », dont j’avais dit sur ce blog tout le bien que je pensais de son premier opus, «Eddy belle gueule». Je me serais à nouveau laissé emporter par son style (ou plutôt ses styles…) à bout de souffle, si j’avais pu adhérer à cette histoire où notre intellectuel, «dragué» aux abords de la place de la République par un jeune kabyle, l’amène chez lui pour un nuit qui débute par des ébats amoureux torrides et se termine par un vol et un viol. Cette mésaventure racontée à deux voies, la sienne dans une belle langue aux longues phrases à la ponctuation surprenante, et celle de sa sœur, qui parle « comme le peuple », technique déjà éprouvée dans son premier roman, se révèle assez vite n’être qu’un manifeste politique du disciple de Bourdieu et du protégé de Didier Eribon. Ce que l’on tente de nous faire croire ici, c’est que l’innocence n’est pas du côté que l’on croit : la victime est coupable, de par sa position sociale, de par notre passé colonial et de l’exclusion sociale des immigrés. Antienne déjà entendue à propos des radicalisés islamiques…Le narrateur ne portera donc pas plainte, puisque selon cette philosophie « en miroir » de celle de René Girard, ce n’est pas l’innocence de la victime qu’il faut proclamer, mais celle des persécuteurs !

Ce n’est pas à des transgressions stylistiques que l’on doit s’attendre avec Philippe Besson, à l’écriture sobre et classique, qui continue, dans sa dernière longue nouvelle (à quand un premier roman?) à explorer les discours du désir amoureux, surtout homosexuel. J’avais été séduit et touché par ses deux premières œuvres, «En l’absence des hommes» et «L’arrière-saison», mais déçu par les productions suivantes, j’avais cessé de le lire. C’est sans doute l’évocation nostalgique de cette ville qui m’a incité à me plonger dans «Les passants de Lisbonne» qui conte la rencontre en ce lieu d’une veuve qui vient de perdre son mari dans un tremblement de terre à San Francisco et d’un jeune homme dont l’amant vient de le quitter. Rencontre bien improbable, derrière laquelle on perçoit l’artifice, qui va donner lieu au récit d’un partage de souffrance qui tourne à vide, sans susciter l’empathie, à la limite parfois d’un certain ennui. Le pari de mettre sur le même plan rupture amoureuse, potentiellement réversible, et décès de l’être aimé n’était pas tenable, ce dont la narration témoigne, la place faite au discours d’Hélène étant bien plus importante que celle de celui de Mathieu, et démontre dans le coup de théâtre final (si peu crédible soit il). Le film d'Andrew Haigh, « 45 ans », avec Charlotte Rampling et Tom Courtenay, montre avec talent comment la mort « immortalise » la passion amoureuse alors que la rupture amoureuse ne sera, le plus souvent, bientôt plus qu’une simple cicatrice, à la suite du retour de l’objet de son désir, parfois, ou le plus souvent d’une nouvelle rencontre amoureuse…..

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 16:35
Les Cow-boys

Présenter mes vœux aux lecteurs de ce blog est une occasion pour moi de le reprendre après quelques semaines de silence.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui ont manqué depuis ce sinistre samedi, au lendemain des attentats, où flânant avec Bertrand dans un Paris plus déserté qu'un 15 août caniculaire, dans une atmosphère étrange, nous avons trouvé porte close à l'UGC des halles. Il n'y avait pas grand monde non plus, le soir, à la terrasse du Cox, où nous sommes allés boire notre bière habituelle, sans grande crainte, car il semblait bien que pour les sociopathes de l'islam radical le temps n'était plus aux attentats ciblés visant des communautés - dessinateurs, juifs, et pourquoi pas, donc, homosexuels symboles de la "décadence" des mécréants dont la disparition n'aurait guère touché la France de la "manif pour tous" - mais qu'il s'agissait maintenant de tirer dans le tas...Quelques jours plus tard, le film de Thomas Bidegain, « Les Cow-boys » , narrant la fugue et la conversion à l’islam d’une fille de 16 ans à la suite de sa rencontre amoureuse avec Ahmed, français d’origine immigrée et radicalisé, au moment où je terminais la lecture de 2084, conte philosophique de l’algérien Boualem Sansal qui décrit l’ Europe sous emprise d’une dictature islamique, me fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

Il serait sans doute vain d’essayer de comprendre ce qui dépasse l’entendement, aux confins de la psychiatrie et de la religion, mais le vif intérêt que j’ai pris à la diffusion de la remarquable série télévisée «Jésus et l’Islam» sur Arte procédait sans doute de ce mouvement-là. En partant de la place exceptionnelle dans le Coran que tiennent Jésus, et encore plus Marie, qui y garde son statut d’immaculée conception, c’est à un éclairage saisissant sur les origines controversées de l’islam auquel le béotien que je suis, en cette matière, a assisté. La série ne fait qu’évoquer, sans la retenir, l’hypothèse soulevée dès le 7è siècle par Jean de Damas, arabe syrien et docteur de l’église, selon laquelle l’islam aurait pour origine une secte judéo-chrétienne, les nazaréens, lointains disciples de Jacques, le frère du christ. Cela me ramenait au roman d’Emmanuel Carrère, « Le Royaume », non seulement parce que ce dernier avait suggéré, à la sortie du livre de Houellebecq (Soumission), que si le christianisme avait était l’avenir de l’antiquité, sa diffusion ayant été facilité par l’empire romain, l’islam pourrait bien être celui de l’Europe (facilité par l’immigration massive consécutive aux guerres du Moyen-Orient, rendant prophétique le livre de Boualem Sansal ?) ; mais surtout parce qu’il montrait combien le christianisme, à ses origines, avait frôlé le schisme, entre les fidèles de Jacques, défenseur de la tradition juive, et l’universaliste Paul qui finit par l’emporter et fonder le christianisme tel que nous le connaissons. L’islam n’a pas évité le schisme à la mort du prophète, entre ses disciples, défenseurs de la tradition, les sunnites, considérant le Coran comme parole de Dieu à prendre à la lettre, et les fidèles de son gendre, Ali, qui donnèrent naissance au Chiisme, dans lequel le Coran est une œuvre humaine. Que serait-il advenu du christianisme si Jacques, l’intégriste, l’avait emporté sur Paul ? Ce n’est qu’à la fin du Moyen-âge, au début du 16è siècle que le christianisme connut son schisme majeur avec Luther et Darwin. Le formidable roman «L’œil de Carafa», dont j’ai déjà rendu compte dans ce blog, nous rappelle que le protestantisme a connu ses dérives sectaires, dont celle des anabaptistes radicaux de Thomas Müntzer, qui fut aussi une révolte sociale, avec son lot d’atrocités. La régression moyenâgeuse du sunnisme que représente l’état islamique a eu ses précurseurs….

Les élections régionales s’annonçaient comme une débâcle historique pour le parti socialiste. La parfaite gestion des attentats par François Hollande et ses deux remarquables ministres Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian, aidé par un Sarkozy qui a manifestement perdu la main, ont sans doute contribué à fortement limiter la casse, au point que notre président, et je m’en réjouissais, pour peu que la situation économique s’améliore, puisse à nouveau être en position de briguer un deuxième mandat. Insupportable sans doute pour sa gauche sectaire, ancrée sur son idéologie, le vouant aux gémonies, pour une mesure, la déchéance de nationalité, certes sans efficacité réelle, mais symbolique aux yeux de la population, qui ne concernerait qu’une infime minorité des sociopathes éventuellement concernés…

Terminer ce billet plus positivement en vous disant mon coup de cœur pour l’admirable film de Jia Zhang-Ke, qui vous obsède longtemps, « Au-delà des montagnes ».

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