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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 23:33

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On se souvient sans doute qu’il n’y pas si longtemps les « souverainistes» ont considéré l’adoption du traité de Lisbonne comme une insulte à la « Volonté du peuple » qui se serait exprimée dans plusieurs pays par un vote négatif sur la précédente version du texte de constitution européenne. Faire de la « Volonté du Peuple » une hypostase est irrationnel . Ce que l’on appelle « volonté » du peuple n’est que la somme aléatoire de décisions individuelles aux motivations si diverses, allant des revendications égoïstes aux peurs fantasmatiques, qu’on en chercherait vainement la cohérence, la "main invisible". La démocratie d’opinion (« participative») qui repose sur cette fiction, celle des sondages incessants, des manifestations de rue ou de leur quintessence, le référendum, est en train de faire basculer le système en supplantant la démocratie « représentative» . La démocratie d’opinion c’est le repliement sur soi, sur le terroir, sur sa communauté (telle la Suisse qui recule à coup de référendums), sur ses peurs et préjugés. Le succès phénoménal de film comme « Bienvenue chez les t’chis » ou « Les petits mouchoirs» sont peut être le symptôme de ce retour « chez soi». Peut on imaginer un seul instant que la peine de mort eût été abolie en France si le « peuple » avait été consulté, ou qu’en ce qui concerne l’homosexualité, en dépit de sondages actuels qui semblent favorables, (le oui à l’Europe est toujours en tête dans les sondages bien avant l’élection..), nous aurions les avancées actuelles si le «peuple» était consulté? La démocratie «représentative», c’est le choix par les individus, qu’ils peuvent régulièrement remettre en question, des représentants qui «décideront» en fonction d’un projet politique. Alain Juppé s’était demandé, après le vote irlandais, si "les élites n’étaient pas en avance et le peuple en retard" et avait raillé les radios qui "le matin donnent la parole à des gens qui n'ont que des conneries à dire". Après tout c’est bien ce que sous-entendait Marx avec son « avant garde du prolétariat ». . La démocratie participative, chère à Ségolène, c’est la porte ouverte à toutes les manipulations, aux marchands de rêves et d’illusions. Il est à craindre à une époque où la «déculturation» s’étend qu’il n’y ait rien à attendre des prochaines générations et que sous l’empire de l’individualisme roi, du primat de la "sincérité" (Wikileaks) sur la recherche de la vérité, le pire de la démocratie d’opinion soit devant nous. Espérer que le «politique» finisse par reprendre le dessus, que les élites (y compris nos gouvernants) recommencent à amener «le peuple» là où il ne serait pas aller tout seul, n’est sans doute qu’utopie
De la même façon qu’en économie, la régulation du marché par le cercle vertueux « surproduction, inflation, hausse des taux, récession, reprise économique » a été remplacée, effet pervers de la mondialisation, par le cercle infernal de la succession des « bulles » -internet, immobilière, matières premières, etc. – qui peut conduire à l’implosion finale du système bien plus surement que le numéro de clown de Cantonna, la substitution de la démocratie d’opinion à la démocratie représentative, par l’immobilisme, voire les régressions qu’elle entraîne pourrait bien nous conduire à un retour au protectionnisme, qu’appellent pourtant de leurs vœux Emmanuel Todd ou Eric Zeimour.

Le peuple comme "sujet " d'une volonté...Ceci me remet en mémoire les réflexions du philosophe Jean Pierre Dupuy dans son livre "Avons nous oublié le problème du mal" sur les paradoxes du vote : "La consultation concernant le traité de Maastricht a donné en France l'avantage au oui, mais d'extrême justesse. On a dit : "dans sa grande sagesse, le peuple français a répondu oui à l'Europe, mais il a aussi voulu donner un avertissement à tous ceux qui voulaient précipiter les évènements, etc". Bien sûr, aucun sujet n'a voulu, pensé. ni réalisé cela. Le sujet collectif qu'on appelle en renfort est une pure fiction." "Et l'élection, en elle-même, est un processus de désignation des dirigeants qui contient une bonne dose de hasard; hasard qui provient des divers paradoxes que le mécanisme du vote fait naître. »
Jean-Pierre Dupuy, présente l'exemple de trois des paradoxes qui naissent du vote :
Le premier découle du paradoxe de Condorcet qui relève de la théorie du choix. Imaginons que vous ayez à choisir entre A, B et C et x autres candidats selon un système de vote majoritaire et que dans un choix bilatéral A soit préféré à C, B préféré à C et B préféré à A. En toute logique B devrait remporter l’élection, sauf si dans une élection réelle à deux tours B arrive en troisième position et est éliminé.... Ce fût le cas de Lionel Jospin en 2002...Le choix n’est plus rationnel, la procédure de vote revient à choisir le gagnant au hasard.
Le second paradoxe des élections est celui des sondages. On sait que les candidats présidentiels en France en tête dans les sondages un an avant l'élection sont rarement élus. Pourtant c’est de plus en plus sur de tels sondages qu’on tend à choisir les candidats à l’élection. Ce fut le cas pour Ségolène, et cela pourrait l’être pour Strauss-Kahn... La sélection d’un potentiel gagnant se fait sur une procédure là encore non rationnelle, «au hasard ».
Le troisième est le paradoxe du vote proprement dit: « pourquoi un individu va-t-il voter alors que la probabilité que son vote modifie l'issue finale est infinitésimale?... Mathématiquement, la situation dans laquelle un bulletin de vote a le plus de chances de créer une différence est celle dans laquelle l'opinion est exactement partagée entre deux possibilités. Mais alors, il y a un problème, vécu amèrement par Al Gore en 2000; c'est que la procédure de dépouillement des votes comporte nécessairement une (petite) marge d'erreur de comptage. Si le vote effectif des électeurs est dans cette marge d'erreur, alors, le résultat de l'élection n'est pas déterminé par les électeurs mais par le hasard. Ce qui aboutit au plus grand des paradoxes : la seule situation dans laquelle le vote d'un électeur a des chances de compter est la situation dans laquelle l'élection sera décidée par le hasard de la marge d'erreur. »
Le hasard joue donc un rôle central dans le processus de désignation démocratique. « Loin d'en être la négation, il en constitue plutôt un fondement, qui permet d'éviter la dérive du système vers la tyrannie de la majorité."
C’est ce qui fait du processus démocratique représentatif, la casino qui opère une rotation des élites, le moins dangereux de tous les systèmes...L'extinction progressive de ce processus met la démocratie en danger. Dans son dernier livre Michel Rocard se dit profondément pessimiste sur l'avenir de la démocratie

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 22:56

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Peu avant Noêl 95, nous dinions, Bernard (mon ex) et moi, chez « Paul », un bistrot près de la Bastille, lorsque nous avons appris que Jacques Delors venait de déclarer à Anne Sainclair, épouse de Dominique Strauss-Kahn, lors de l’émission 7 sur 7, qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle. Nous étions abattus, il allait falloir se résigner à subir Jacques Chirac, que j’abhorrais, pendant 7 ans. Je n’étais pas le seul à ressentir cela comme une trahison car il était largement donné gagnant. Ce que nous vivions comme une dérobade relevait pourtant d’une analyse très lucide de la situation : une fraction importante du parti socialiste, dirigé alors par Henri Emmanuelli qui allait être supplanté par Jospin comme candidat, ne lui donnerait jamais les moyens d’une politique qu’elle jugeait trop réformiste. Et voilà qu' on apprend que si un socialiste n’avait pas dirigé le Conseil Constitutionnel, l’élection de Chirac aurait été invalidée pour cause de « comptes » de campagne...Qui sait, si l’on avait du revoter, Jospin peut être...

15 ans plus tard, l’histoire semble bégayer, comme un disque rayé. Dominique Strauss-Kahn est donné comme largement vainqueur des futures présidentielles, ce qui est loin d’être le cas de la fille de Jacques Delors, mais il se pourrait bien que lui aussi renonce et ce pour les mêmes raisons que ce dernier, un parti socialiste dont le centre de gravité s’est encore un peu plus déporté vers la gauche. La situation est même pire car si Jacques Delors considérait qu’il n’aurait pas les moyens de sa politique, sa désignation comme candidat n’aurait pas été contestée par le parti, alors que l’opposition à DSK est déjà en ordre de bataille. Pourquoi abandonnerait il une direction du FMI, où il est certain d’être reconduit, et qui lui confère peut être plus de pouvoir qu’une présidence française ?
La gauche réformiste, la « deuxième » gauche, celle de Rocard et d’Edmond Maire, a t’elle été définitivement emportée par la crise financière ? On peut se le demander lorsqu’on voit Jacques Julliard, dont je me suis senti souvent proche et qui était une figure de cette gauche sociale et libérale, se radicaliser et quitter le Nouvel Observateur, pour rejoindre, les bras m’en tombent, un journal populiste, « Marianne ». Il sera semble t’il « remplacé » par un autre chrétien de gauche, le girardien Jean Claude Guillebaud.

Si mes craintes se confirment et que DSK n’est pas le candidat socialiste, j’ai bien peur de ne plus pouvoir (à moins que François Hollande crée la surprise mais c’est plus qu’improbable) apporter ma voix, à aucun des deux tours, au candidat socialiste, ce qui sera une première depuis que je suis en âge de voter, car cette fois ci je n’« abhorre » pas le probable candidat de droite. Je ne voterai certes pas pour lui, sauf circonstance exceptionnelle, la présence de Cruella au second tour par exemple (entre deux maux il faut choisir le moindre..). Et puis qui sait, si la gauche est dans un triste état, la situation à droite ne manque pas non plus de piquant, avec la résurgence à propos de l’affaire « Karachi » de la lutte à mort entre balladuriens et chiraquiens. Epoustouflant Dominique de Villepin (tiens si celui là était candidat je pourrais voter pour n’importe qui à gauche !), qui après s’être laissé entrainer par sa haine de Sarkozy vient de s’apercevoir, d’où son rétropédalage, qu’il allait risquer de flinguer au passage bon nombre de chiraquiens !

Le résultat du vote comme fruit du hasard...j’y reviendrai


Jospin fait une apparition inattendue et pleine d’humour dans le film « Le nom des gens » que j’ai vu ce week-end, film qui se révèle un abécédaire du « bien pensant », de tout ce que l’idéologie des droits de l’homme et du politiquement correct peut véhiculer. C’est sympathique, parfois drôle, parfois un peu ennuyeux, la bande annonce suffit peut être... « Red », équipée loufoque de retraités de la CIA m’a bien plus diverti.

Au moment où j'enregistre ce billet j'apprends que Denis Olivennes, ancien PDG de la Fnac et actuellement directeur du Nouvel Observateur, quiitait ce journal pour le direction d'Europe 1 dont l'actuel directeur, Alexandre Bompard, a annoncé qu'il prenait la direction...de la Fnac! Il semble que ce soit à la suite d'un différent avec Denis Olivennes sur la ligne du journal que Jacques Julliard a quitté le même journal...

PS : « Le disque rayé » est le titre d’un roman de science-fiction du français Kurt Steiner, un petit chef d’œuvre où le héros revit inlassablement la même aventure, comme sur un disque rayé.

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 19:02

 

 

 

 

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Plusieurs personnalités, dont Boris Cyrulnik et Michel Rocard, ont signé un texte en faveur de la suppression de la notation en école primaire, en raison de son caractère « traumatisant ». Des générations d’enfant ont pourtant subi cette notation sans qu’on s’en alarmât, mais la scolarisation « de masse » changerait la perspective. J’ai subi cette notation de façon « extensive », bien au delà de l’école primaire, puisque au collège bordelais Sainte Marie Grand Lebrun, qui m’a accueilli  de la 8è à la terminale, nous avions un classement « général » tous les 15 jours, sans compter les « compositions » au moins tous les trimestres (peut être tous les mois, mais c’est un peu loin...) et bien sûr les prix de fin d’année (ah la belle cérémonie dans le parc du collège avec la remise du prix d’excellence et d’une multitude d’autres portant le nom d’un célèbre ancien, pas de prix François Mauriac toutefois, en fonction des matières concernées). Je dois avouer que j’ai effectivement trouvé « stressante » cette compétition permanente et qu’elle reste un des très rares mauvais souvenirs que j’ai de ces années. Non que j’ ai été un habitué des mauvaises notes, c’était fort rare (en dehors du dessin et du sport), mais au contraire, mes parents, surtout ma mère, attachant une telle importance à cette compétition, qu’il était impératif pour moi de rester dans les trois premiers sous peine d’encourir les foudres parentales, voire même si cela se produisait deux quinzaines de suite, des punitions (qui pouvaient aller jusqu’à des brimades physiques telles que rester à genou un certain temps). C’est toujours avec angoisse que je vivais les heures qui précédaient l’entrée dans la classe du préfet des études ou du directeur ( ah le terrible Père Cazelles) qui venaient nous dire ce classement que nous attendions sagement sur notre banc en casquette et blaser bleu, classement qui venait heureusement me soulager le plus souvent, même si j’en venais à redouter d’être premier n’excluant pas que ma mère mette la barre toujours plus haut. Je ne sais si avoir du subir une telle pression à intervalle si rapproché a eu une influence positive sur la suite de mes études, mais j’en doute. J’en venais même à envier mon frère, habitué lui des notes médiocres car mes parents se contentaient de la moindre amélioration de son classement.
J’avais été confronté très tôt à cette obsession du classement chez certains parents, dans mon précédent collège, l’école Sainte Barbe à Toulouse où j’ai été scolarisé de la 11è à la 9è. Pas de prêtres ici, mais des sœurs qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable (déjà je préférais les hommes...). J’ai déjà évoqué dans un billet précédent l’histoire du bonnet d’ânes, mais dans le cas qui nous occupe elles m’ont infligé un « déclassement » dont je me souviens encore. En classe de 9è, j’étais toujours second derrière X éternel premier. Cette fois là mon « concurrent », que je détestais, étant malade lors d’une composition dans je ne sais plus quelle matière,  j’ai donc ravi pour la première fois la première place. Sous la pression des parents de l’absent, j’ai été déclassé sous le prétexte que s’il avait pu subir l’épreuve, il aurait été premier !

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 21:31

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Il tombait des trombes d'eau ce week-end à Nice où j'assistais à un congrès de neurologie. A la faveur d'une éclaircie, dimanche matin, j'ai découvert avec étonnement, faisant mon jogging sur la promenade des anglais, ce n'était pourtant pas la 1è fois, que cette longue plage que je longeais n'était que de galets. Les habitués comme moi des immenses plages de sable de la côte atlantique ont du mal à imaginer qu'on puisse prendre du plaisir à s' allonger sur de la rocaille, même protégé par un matelas....

Parmi les hebdomadaires que j'ai pu feuilleter pendant le voyage, je suis tombé sur un portrait de Miche Houellebecq, où sa "philosophie" , considérée comme une destruction des dogmes de la pensée correcte, était résumée en quelques aphorismes. Le dernier de ces aphorismes étant "le style importe moins que les idées", mon intérêt pour cet auteur, jamais démenti depuis "les particules élémentaires" doit sans aucun doute être au moins en parti du à ce qu'il dit de notre société. Je devrais donc me retrouver en accord avec un certain nombre d'entre eux. Indiscutablement pour certains : "L'homme n'est pas bon", "Le droit au bonheur est une imposture" ou "Toutes les religions ne se valent pas" (je ne le suivrai peut être pas dans son affirmation "l'islam est une religion dangereuse", mais sûrement quand il dit que le christianisme a produit le texte le plus complet sur l'homme et nous a dévoilé ce qui constituait la radicalité du mal). Les autres aphorismes, "Le progrès est une impasse", "Le sexe est triste" ou "l'entreprise est une fabrique de crétins" me paraissent beaucoup moins "fondateurs" car pouvant être vus comme une conséquence des deux premiers, pessimisme radical sur la généralisation du désir mimétique à tous les aspects de la vie en société qu'il traduit ainsi "L'individu humain est très généralement un petit animal à la fois cruel et misérable". Ce "très généralement" est un fenêtre sur une lueur d'espoir tout de même!

"Le sexe est triste" nous dit Houellebecq car notre siècle du jouir sans entraves a ramené le désir à la pulsion, gouvernée par ce cerveau archaïque, animal, dont je parlais dans le billet précédent. C'est une sexualité plus humaine que Benoit 16 appelle de ses vœux dans un livre d'entretien dont on n'a retenu que les propos sur le préservatif. C'est assez habituel, on ne s'intéresse au Pape que quand il parle du sexe. Pour une fois je suis plutôt d'accord avec Act-up, rien de fondamentalement neuf dans ce qui a été dit. Le Pape (celui-ci ou son prédécesseur) n'a jamais dit qu'il ne fallait pas mettre de préservatif, mais que ce n'était pas une solution pour un chrétien, ce que vient de rappeler un historien des religions :"le discours de l'Eglise sur le préservatif a été caricaturé, alors qu'il y a une tradition dans l'Eglise à faire la différence entre ce qui est nécessaire, ce qui relève de l'idéal chrétien et ce que l'Homme, avec ses faiblesses, peut faire". Ce qui est nouveau, c'est que pour la première fois, ce n'est pas sous-entendu mais clairement exprimé.

Les ravages du désir ils sont la trame du film de Bertrand Tavernier, "La princesse de Montpensier". L'accueil de la critique a été plutôt mitigé, jugeant le film trop académique et le jeu des acteurs théâtral. Peut être suis je trop "classique" mais j'ai passé un excellent moment de cinéma et j'ai notamment était séduit par l'interprétation du jeune Grégoire le Prince Ringuet dans le rôle du prince de Montpensier, acteur que j'avais déjà apprécié dans les films de Christophe Honoré et notamment "Les chansons d'amour". Par contre on est un peu surpris par le futur Henri III dont il n'est pas tout à fait faux qu'on le croirait sorti du groupe "Tokyo Hôtel". A l'opposé "Potache" a fait l'unanimité de la critique alors que les premières réactions d' amis qui l'avaient vu étaient plus réservés. Je me suis régalé et j'ai trouvé Jérôme Rainier en folle tordue au look de Claude François irrésitible..


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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 22:16

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Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas là du titre d’un nouveau thriller, mais de la découverte d’un chercheur bordelais en neurosciences (Bordeaux fait la « une» ces derniers jours). En collaboration avec d’autres équipes il vient d’identifier les circuits neuronaux qui entrent en jeu dans le mécanisme de la peur, mécanismes qui permettent des réponses comportementales adaptées à la survie en face de situations de danger. Ces « neurones de la peur » se situent dans une région très précise du cerveau, « l’agmydale » (rien à voir avec celle qui a pu vous chatouiller le fond de la gorge !). Ceci ouvre des espoirs thérapeutiques dans les cas de certaines peurs, néfastes celles là, les peurs pathologiques, notamment les troubles anxieux sévères.

Les neurosciences nous en apprennent un peu plus chaque jour sur le fonctionnement du cerveau et sur la localisation de réactions comportementales. Je me souviens combien j’avais été fasciné, jeune étudiant en mèdecine suivant les cours d’un diplôme de neurophysiologie, en découvrant que lorsqu’on recueillait l’activité neuronale de la région du cerveau (à l’aide d’électrodes implantées) impliquée dans le mouvement (par exemple la marche) , cette activité commençait à se manifester AVANT le début du mouvement, manifestation « palpable » de « l’intention» ou de la « volonté » ! Demain sans doute on connaitra de mieux en mieux le rôle de l’hypothalamus dans le désir et l’orientation sexuelle...

Le rêve ultime est de mettre en évidence les mécanismes de la conscience, ceux qui font que nous ayons le sentiment d’être toujours les mêmes, de pouvoir dire « Je », voire les mécanismes de nos sentiments et de nos pensées. Dans ce domaine aussi les avancées sont nombreuses. Antonio Damasio , directeur du Brain and Creativity Institute de l’université de Caroline du Sud, est un de ceux qui ont le plus travaillé sur ce sujet. Dans «L’erreur de Descartes» et «Spinoza avait raison» il a montré que la perspective dualiste du premier, séparant le « Corps » et l’ « Esprit », n’était pas tenable. Il a ainsi établi que les émotions faisaient partie intégrante de nos processus de réflexion et que les sujets privés d ‘émotions et de sentiments, par exemple à la suite de lésions frontales du cerveau, n’étaient plus capables d’être rationnels, tout en conservant des facultés intellectuelles parfaitement intactes. La raison « sans les émotions » n’est plus raisonnable et ne permet pas de prendre les décisions adéquates. Dans son dernier livre, « L’Autre moi même », il poursuit cette démonstration en affirmant que notre conscience n'est pas le produit sophistiqué des régions les plus récentes et les plus évoluées de notre cerveau, mais des plus anciennes, "archaïques", "animales", là où naissent... les émotions et que ces dernières seraient à la source de notre conscience.

Je pourrais me laisser aller à dire que chaque avancée des neurosciences rétrécit inéluctablement le champ de la psychanalyse et renvoyer à cette formule que j’avais employée dans des tous premires billets de ce blog, « Dans la psychose c’est le malade qui délire, dans la névrose c’est son psychanalyste », formule assez proche de celle plus récente de Michel Onfray : « La psychanalyse est bien une folie à plusieurs, ce qui se nomme aussi une hallucination collective ». Mais il ne serait pas juste d’oublier que certains chercheurs en neurosciences sont plus nuancés. Ainsi Lionel Naccache, célèbre neurologue de la Salpetrière, qui a publié récemment « Perdons nous connaissance- De la mythologie à la neurologie », bien qu’affirmant sans équivoque que l’inconscient freudien était incompatible avec celui des neurosciences (« la distinction entre système préconscient et système inconscient ruine l’idée d’une adéquation avec la théorie proposée par les neurosciences, du concept de refoulement, inadéquation du discours freudien et de celui des neurosciences du contrôle mental et du rapport exclusif du système inconscient à la prime enfance du sujet. »), considère qu’il reste de Freud un « noyau inestimable » : « la mise au jour du rôle vital de l’interprétation consciente dans l’économie psychique de l’humain », « Freud a mis au jour un rouage essentiel de notre conscience : précisément ce besoin vital d’interpréter, de donner du sens, d’inventer à travers des constructions imaginaires ». « Freud fut un maître de fictions, un romancier de génie égaré dans l’univers de la neurologie et des neurosciences ». On est bien loin des anathèmes de Michel Onfray.

Mon âme est un orchestre caché. Je ne me connais que comme symphonie. » (Fernando Pessoa)

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:00

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La littérature a joué un rôle majeur dans l’émergence d’une culture « gay et lesbienne ». Lorsqu'on s'intéresse au thème "homosexualité et littérature", force est de constater que certaines œuvres ont plus marqué que d’autres les différentes étapes de la libération gay et font partie de l'imaginaire de la culture homosexuelle.
Avant guerre, on ne peut guère parler de littérature homosexuelle et  si  les œuvres de Gide, Proust, Wilde  ou Yourcenar ont nourri l’imaginaire de biens des homosexuels de l’époque, on ne peut dire que le "Corydon" ou "Sodome et Gomorrhe", ont accédé au statut d'œuvre "gay" représentative, si ce n'est dans une petite élite.

 Dans l’immédiat après guerre si des romans comme "Querelle de Brest" de Genet en 47, ou  "Amours interdites" de Mishima en 51 mettent plus directement en scène l’homosexualité dans sa dimension tragique, ce sont les œuvres décrivant une homosexualité à « l’antique », l’amour des éphèbes qui dominent la scène en France. Le roman le plus connu reste "Les Amitiés Particulières" de Peyrefitte en 44 et le plus emblématique "La ville dont le prince est un enfant" de Montherlant en 51 (pièce de théâtre prolongé par le roman "les garçons" en 69).

Puis, jusqu’à la fin des années 70, c’est de la souffrance homosexuelle, homophobie, découverte de sa sexualité, impasse du désir homosexuel, dont témoignent la plupart des romans, ceux d’Isherwood (« a single man », 1964), de Forster (« Maurice», publié en 71 mais écrit des années avant) ou en France d’Yves Navarre qui connait un réel succès public dans les années 70, ce qui lui vaudra le qualificatif d’écrivain homosexuel (alors qu’il se définissait comme écrivain et homosexuel) avec notamment « Le cœur qui cogne » (1974), « Le petit galopin de nos corps (1977), "Le temps voulu", 1979, jusqu’à atteindre la consécration institutionnelle du prix Goncourt avec « Le jardin d’acclimatation » en 1980. "L'étoile rose" de Dominique Fernandez qui parait en 1978, roman qui m’avait profondément marqué l’année de mon « coming-out » clôt cette période (il recevra quelques années plus tard le prix Goncourt pour « Dans la main de l’ange », autobiographie romancée de Pasolini). Parallèlement, dans le sillage de la révolution sexuelle de mai 68, certains écrivains, évoquent la pédophilie homosexuelle dans leurs œuvres, comme Michel Tournier dans le « Roi des aulnes » (1970), et surtout Tony Duvert, couronné par le prix Médicis grâce à Roland Barthes en 1973 pour « Paysage de fantaisie » (qui met en scène des enfants dressés pour la prostitution), qui en fit l’éloge (« Le bon sexe illustré », 1973 ; « L’enfant au masculin », 1980) et dont certains des romans ne seraient sans doute pas autorisés à la publication aujourd’hui.

 La parution de "Tricks » de Renaud Camus en 78 témoigne de la libération homosexuelle en marche. Cette chronique de ses « plans cul » dit une homosexualité libérée, sans complexe, « tranquillement » pour reprendre les mots de l’auteur. Au même moment, un des fers de lance de cette libération, Guy Hocquenghem, publie en 79, en parallèle du film documentaire du même nom, "Race d'ep" qui se donne pour objectif de retracer un siècle d’histoire de l’homosexualité.

 Les années Sida voient paraître des livres qui vont faire scandale. Les uns, plus ou moins autobiographiques, comme «  A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" d'Hervé Guibert (1990), décrivent le désespoir face à une mort inéluctable et les ravages qu’a causés cette maladie dans la communauté gay, tandis que d’autres, tels Guillaume Dustan ( "Dans ma chambre" , 1996) font l’apologie de la fuite en avant, début d'un mouvement en faveur du "bareback".

Qu’en sera-t-il des années "post sida"? Le titre « Retro » du livre "scandaleux" d'Olivier Bouillère, qui a suscité un certain enthousiasme critique lors de sa parution en 2008, pourrait être le dénominateur commun de bien des romans récemment parus. « Retro » est l'histoire d'un homosexuel à la vie dissolue, en 1998, qui se trouve brusquement transporté dans son propre corps 20 ans plus tôt quand il avait 10 ans et qui va revivre une histoire qu'il connaît déjà, du moins autant qu'il s'en souvienne. C'est avant tout un livre sur la mémoire, sur la façon dont on reconstruit le passé. Ce passé ce sont les années "Palace"- Amanda Lear, Thierry le Luron, Roger Peyrefitte sont des personnages du roman, mais c'est un livre encore plus scandaleux que ses prédécesseurs, "Tricks" ou "Dans ma chambre", par sa description de scènes pédophiles du point de vue de l'enfant (qui les a d'ailleurs souvent provoquées). Le dernier chapitre, qui se situe à nouveau en 98, ajoute au malaise, à l'étrange, car la réalité ne semble plus celle du début du roman, comme si le fait d'avoir "revécu son passé" vous faisait basculer dans un autre univers. Fernand Baudot, dans « L’art d’être pauvre », paru en 2009, témoigne aussi de cette nostalgie des années 70/80 où tout était permis. Nommé conseiller de Frédéric Mitterrand au ministère de la culture au début 2010, ce qui fît polémique, il s’est suicidé quelques mois plus tard. D’autres comme Tristan Garcia avec « La meilleure part des hommes » (2008) reviennent aussi sur ces années 80 (« c’était notre foutue libération des mœurs ») et l’affrontement de deux générations à l’intérieur de la communauté gay, celle de la prévention et celle du jouir à tous prix.... Renaud Camus à nouveau, dans les 2 tomes du "Journal de Travers" publiés en 2007 et qui couvre les années 76/77, donnera un étonnant document sur les années pré-Sida, la vie artistique à cette époque, et ses amours homosexuels.

 

Certains penseront  peut être que ce que l’on pourrait souhaiter dans les années qui viennent  c’est que la notion même de « romans homosexuels » ou d’écrivains « homosexuels » ne fasse plus sens...

 

Nombre des écrivains cités se sont suicidés (Navarre, Duvert, Baudot) ou sont morts du Sida (Guibert, Hocquenghem, Dustan).

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 19:44

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Il n'est pas rare, sur les "chats", forums ou autres blogs du monde gay, de trouver des propos discriminatoires à l'égard de certains des composantes de la communauté gay. Selon eux, la société nous accepterait bien mieux, nous pourrions enfin parvenir à ce droit "à l'indifférence" s'il n'y avait tant de ces homosexuels qu'ils accusent de donner « une mauvais image de nous» : les travestis, les folles, les tantes, les efféminés, les cuirs, les bears, ceux qui vont à la gaypride, ceux qui fréquentent le marais, ceux qui organisent des partouzes, ceux qui ont des « trips pervers » (uro, etc…), ceux qui s’embrassent ou se tiennent la main dans la rue, ceux qui draguent alors qu’ils sont en couple, ceux qui fréquentent les backrooms (souvent les mêmes !), etc, etc….

Ce "meilleur des mondes" dont ils rêvent existe peut être dans un des multiples et infinis univers parallèles dont certaines interprétations de la théorie quantique nous affirment l'existence. La théorie nous dit qu'il n'est certes pas possible de communiquer entre ces univers putatifs, mais l'expérience onirique permet de s'affranchir pour un temps de la réalité. Imaginons donc qu'un de nos homosexuels en mal de ce monde "idéal"  réussisse dans son rêve à franchir une  dimension cachée (sorte de fenêtre quantique sur les mondes parallèles…) et qu'il puisse s'y promener par la pensée…Qu'en serait il, dans un tel monde, de l’homosexualité? Se rendant dans le "marais", il se réjouit de n'y trouver aucun bar, aucun drapeau gay, aucun signe visible d’une présence gay ostentatoire. Son soulagement initial se transforma en sourde inquiétude, quand après avoir vérifié qu'internet existait bien aussi dans ce monde là et taper le mot "homosexualité" dans un moteur de recherche, il obtint la réponse: «il n’y a pas de résultat pour votre recherche ». Son inquiétude se mua en panique quand il découvrit que dans ce monde là, il n'existait pas….Un monde sans « différences»

L’univers de Jean Guidoni est bien différent :
http://keskidi.net/chansons/paroles,52389.htm

 

"Aigreurs/

Très récurrente dans les petites annonces, l'hostilité emphatique au "ghetto", "au milieu", au "circuit", me parait témoigner d'une homophobie à peine latente."

(Renaud Camus, Notes achriennes, p.O.L., 1982).

""MORALISME"
"Surtout ne pas tomber dans le piège de l'amoralisme, de l'immoralisme, de l'anti-moralisme : "Puisque c'est au nom de la Morale que vous nous méprisez, que vous nous rejetez, que vous nous opprimez, nous sommes contre la Morale." Non, leur morale n'est pas la Morale, elle est une erreur et une erreur coupable. C'est au nom de la Morale, de ce qui est juste et de ce qui est bien qu'il faut lutter contre les racistes anti-achriens.
La Morale n'est pas de leur côté, elle est du nôtre. Il ne faut pas la leur abandonner. Notre indignation, notre dégoût, sont en intensité égaux aux leurs. Ils ont comme les leurs la Morale pour référence. Mais ils sont justes et moralement fondés, tandis que les leurs sont imbéciles et moralement indéfendables.
Il n'y a pas leur morale et la nôtre. Ici il n'y en a qu'une, et elle leur donne tort.
(Renaud Camus, Notes achriennes, 1980)

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:13

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Le personnel d’Air France ayant renoncé à faire grève et les sénateurs à leur amendement, j’ai finalement pu, jeudi dernier, m’envoler pour Toulouse pour assister à ce congrès sur les essais cliniques dans la maladie d’Alzheimer, études qui, les unes après les autres, s’avèrent négatives. La perspective d’une percée majeure dans la prise en charge de cette pathologie dans les 5 ans à venir, un des objectifs du Plan Alzheimer lancé par Nicolas Sarkozy, s’éloigne chaque jour un peu plus.

La douceur printanière qui régnait sur la « ville rose » m’a incité à parcourir à pied et redécouvrir, de mon hôtel à l’Hôtel Dieu où se tenait le congrès, son centre ville et sa partie historique sur les bords de Garonne, d’un œil plus bienveillant, plus objectif, que le bordelais que je suis ne le faisait dans un passé pas encore si lointain, n’hésitant pas à affirmer de façon péremptoire- « on ne compare pas la brique et la pierre de taille... » . Les quelques années que j’y ai passé à l’occasion de la mutation temporaire de mon père, du jardin d’enfant à la 9è, ne m’avaient laissé que le souvenir de la naissance de mon frère, comme le signe prémonitoire de tout ce qui allait nous séparer, et de la coiffe des bonnes  sœurs de l’école Sainte Barbe et du bonnet d’âne qu’elles m’avaient infligé pour une écriture « de cochon ».

De retour à Paris, vendredi soir, c’est au restaurant le « vagabond » que j’ai redécouvert, presque 20 ans après ma dernière visite, à une époque où les bars/discothèques de la rue Saint Anne, le 7, le Colony et le Bronx avaient depuis longtemps fermé leur portes et où les tapins de la rue de Saint Anne avaient migré vers des lieux plus accueillants, alors que  le club « 18 » et « L’insolite » tous proches étaient encore fort courus. Bien que le propriétaire ait changé, le lieu (mais pas la note) semblait comme piégé dans un repli du temps. La clientèle m’a semblé encore plus âgée qu’auparavant, j’ai perdu l’habitude de me retrouver parmi les plus jeunes, ou presque, d’un établissement gay, tandis que les gigolos si présents lors de ma dernière visite, semblaient avoir déserté le lieu à l’instar de leur collègues bas de gamme de la rue Saint Anne, préférant sans doute maintenant chasser le micheton sur Gayromeo. Sans doute ces gays d’un certain âge, qui se sentent exclus du Marais, viennent ils  essayer de retrouver là un peu de leur passé.

Samedi, sous une pluie froide, en sortant de ma séance au Club Med Gym Nation, j’ai pu croiser la tête du cortège syndical qui atteignait les colonnes du Trône. L’ambiance n’était pas à l’euphorie, point besoin d’attendre les comptages, d’où qu’ils viennent, pour constater le reflux. Le temps en tous cas incitait à s’enfermer dans une salle de cinéma, ce que nous fîmes à trois reprises ce week-end, rien d’inoubliable mais du bon cinéma du samedi soir : « Elle s’appelait Sarah », un mélo fort émouvant, c’est fait pour ça, remarquablement interprété même dans les seconds rôles (Michel Duchossoy, Niels Arestrup)- « Fair Game », thriller parfois un peu poussif, quasi documentaire,  sur les méfaits de l’équipe Bush pour justifier l’invasion de l’Irak- « L’homme qui voulait vivre sa vie », comédie dramatique à la première partie prometteuse, malheureusement un final trop peu crédible, mais il y a Romain Duris, je craque, et Niels Arestrup, encore, toujours génial.

Je n’ai pas l’habitude de faire mes choix de lecture en fonction de l’attribution d’un prix littéraire, mais il n’est pas rare que de tels prix récompensent un livre déjà lu. Cette année ce fût le cas pour « Sukkwand Island » (Prix Médicis étranger) et le Houellebecq, bien sûr. C’est un des grands romanciers de ce siècle, Harry Mulish, donné plusieurs fois "nobélisable", qui vient de disparaître. Un de ses derniers romans, « A la découverte du ciel », reste pour moi un des plus grands chocs littéraires que j’ai éprouvés. Cette fresque magistrale, véritable thriller métaphysique,  dont le dénouement se situe à Jérusalem,  raconte comment Dieu décide de rompre son alliance avec l’humanité qui a fait du 20è siècle une barbarie. Une perte pour moi équivalente à celle de Kubrick pour le cinéma.


 "C'est qu'il y a deux sortes d'absence, la bathmologie le sait bien, qu'on pourrait appeler pour les distinguer ante factum et post factum l'une est un en deçà de la présence, l'autre est un au-delà. La première est celle des pays que nous ne connaissons pas, des musiques inouïes, des êtres que nous n'avons jamais rencontrés. Celle-là ne m'intéresse guère, même s'il arrive aussi qu'elle me hante. C'est une absence essentiellement conceptuelle, progressiste, dynamique et pour tout dire métaphysique. C'est par excellence l'absence de Dieu - malgré le court épisode de "l'Incarnation", que nous sommes quelques-uns à ne pas trouver pleinement convaincant. L'autre absence est bien plus humaine, nostalgique et sensuelle, conservatrice et, j'en ai peur, réactionnaire, même : elle connaît ce qui lui manque. Elle a - et c'est bien sûr sa cruauté, mais c'est aussi sa force, sa beauté, son efficace et sa vertu - elle a le son d'une voix, le grain d'une peau, l'odeur d'une pinède, d'une averse ou d'une chevelure. Elle luit du miroitement captieux d'un nom, de la couleur d'un moment, de la terrible acuité d'une volupté, d'un assentiment ou d'un cri. Sans doute est-elle un vide, nous ne l'éprouvons que trop. Mais comme dans les plus audacieuses et les plus belles des nefs, des coupoles et des cages d'escalier baroques, ce vide est l'élément constitutif d'un espace qu'il structure et qu'il modèle selon ses formes propres, son épaisseur, ses lois, ses caprices, ses lancinantes poussées."
(Renaud Camus, Elégies pour quelques-uns, P.O.L., 1988)

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 22:19

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Après un week-end plutôt calme, si ce n'est notre participation samedi soir à la "touze" organisée par Etienne à Suresnes dont j'ai déjà parlé dans un billet précédent, sur le thème d'Halloween cette fois, slips ou chaussettes rouges s'imposaient, et avant vendredi soir d'aller avec des amis au restaurant le "vagabond", haut lieu du paris gay dans les années de folie de la rue Saint Anne et où se retrouvait une clientèle branchée tandis que de jeunes gens, on les appelait des gigolos en ces temps qui ne connaissaient pas la police de la langue, maintenant des escorts, attendaient que des monsieur moins jeunes les invitassent, vingt ans que je n'y ai mis les pieds, je m'apprêtais  à passer une partie de la semaine à Toulouse où va se tenir un congrès sur la maladie d'Alzheimer, mais voilà qu'un nouveau préavis de grève des syndicats d'Air France fait planer une incertitude sur mon retour vendredi. Rien à  voir avec les retraites cette fois-ci, une revendication purement corporatiste après le vote d'un amendement du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale qui considère désormais les billets d'avion à tarif réduit qui sont octroyés par les autres compagnies qu'Air France comme des avantages en nature. On peut discuter de la pertinence d'une grève pour amendement imprudent qui n'est pas définitivement voté et qui a toute les chances de pouvoir être modifié au Sénat.
La loi sur les retraites, elle, est votée et sera sans aucun doute promulguée quoiqu'en dise le facteur qui croit encore à une "réplique" du mouvement de protestation. Je ne saurais le regretter puisque j'étais plutôt d'accord sur le fond (dans la mesure où on a pas eu le courage d'engager tout de suite une réforme bien plus ambitieuse en allant comme le souhaitait la CDFT vers une retraite à "points"), et surtout parce qu'on a enfin donné le dernier mot au parlement sans céder à la rue, comme cela était devenu une habitude depuis le retrait de la loi Savary sous Mitterrand et presque une règle du temps de Chirac. Mais j'ai été accablé par la façon dont le pouvoir a mené son affaire en allant s'enferrer, avec l'aide de notre nouveau Saint-Just, Edwy Plenel,  dans la pantalonnade juridique et financière provoquée par une vieille dame souffrant d'une maladie d'Alzheimer. Le mouvement de rejet qu'a suscité et suscite encore cette loi, me semble être moins lié au contenu de la réforme qu'à un ras le bol de Nicolaparte  exacerbé par la crise, crise qui met en position difficile tous les dirigeants, Merkel, Zapattero, Obama (Le bouffon italien coureur de jeunes chattes, "il vaut mieux ça qu'être gay" vient il de proclamer, est hors cadre), et seul l'anglais, tout juste élu, échappe encore à la colère populaire. Ce qui m'a le plus attristé c'est l'attitude du parti socialiste, ancré, à l'exception de quelques individualités, dans une position négativiste et schizophrène, et incapable de proposer une alternative. "Nous sommes dans un moment de creux historique très grave. Le gauche conserve des positions très fortes sur le plan des valeurs de notre société, mais elle a perdu la main sur la perspective de l'avenir ; elle est devenue un parti complètement défensif contre les méfaits d'un monde dont elle a perdu le secret. Elle est donc le parti des perdants." disait il y a quelques temps Marcel Gauchet. Il pourrait bien l'être toujours, le parti de perdants, au lendemain de l'élection de 2012, en dépit du boulevard que semble lui tendre Sarkozy, surtout s'il prend le risque insensé de nommer, comme on nous l'annonce, l'obsessionnel des "Grenelle", au poste de premier ministre. au moins on ne s'ennuiera pas à compter ses "bourdes", comme en son temps lorsque ce cher Mitterrand eut l'idée saugrenue de nommer Edith Cresson!

Pendant ce temps là on continue à profaner des tombes en France, et l'on sait peu que ce sont les tombes catholiques qui sont de loin les plus touchées, mais, allez donc savoir pourquoi (pas politiquement correct?),  l'indignation ne s'exprime que lorsqu'elles sont musulmanes ou juives, tandis qu'on continue à massacrer allègrement les chrétiens en pays musulman.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 15:45

 

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Ce blog n'a pas vocation à devenir une chronique des romans policiers que j'ai jugés dignes d'intérêt, mais il se trouve que la lecture de Zulu, de l'auteur français Caryl Férey, m'a d'autant plus marqué, qu'elle m'a donné une vision bien différente de l'Afrique du Sud, de ce que j'avais vu en voir lors de mes courtes vacances dans ce pays, il y a un peu plus de trois ans.

Une semaine en Afrique du sud était, à n'en pas douter, insuffisant pour se faire une idée objective de l' évolution de ce pays, d'autant plus que notre voyage, Bertrand et moi,  s' était  limité à un Lodge de la réserve Kruger et à la région de Cap Town. Les impressions que j'en ai eues sont celles de tout touriste ...Tout d'abord l'étonnement de pouvoir côtoyer de si près des animaux, souvent féroces, dans la réserve Kruger, à l'occasion de 5 Safaris ("photos"), et la chance d'avoir pu voir les " Big Five", l'éléphant, le lion, le rhinocéros, le buffle et le léopard (le plus difficile à rencontrer, parait il). Cela m'a paru parfois un peu risqué, dans le simple abri d'une land rover ouverte à tous vents, mais le guide nous a dit "no problem if you don't stand up"!. La nuit venue, dans le Lodge, il était interdit de se déplacer sans être accompagné par un membre du personnel..
Trois jours plus tard nous avions pris l'avion pour le Cap. A l'aéroport local il était cependant étrange de voir la répartition des passagers entre les deux destinations possibles, Johannesburg, 95% de noirs, et Cap Town, 100% de blancs. Cette étrange impression s''est poursuivie au Cap. Dans les restaurants des parties touristiques, notamment Water Front, uniquement des blancs, à l'exception du personnel bien sûr. En périphérie la misère, immense qu'on ne peut qu'apercevoir de loin (il existe cependant des excursions "sécurisés" permettent de traverser les townships). Il n'y a plus d'apartheid "politique", l' apartheid "économique" persiste. La vie, pour un Européen à l'euro fort, apparaît très bon marché ( 1 euro la bière dans un bar branché!) mais inabordable pour le sud africain noir. Autre étonnement, dans ce pays anglo-saxon, le nombre de noirs qui parlent français, en fait des émigrés du Congo ou d'autres pays africains francophones qui sont se sont exilés dans un pays un peu moins pauvre que le leur. Notre dernière nuit en Afrique du Sud s'est écoulée dans un hôtel merveilleux de Franschhoeck (littéralement "le coin des français"), une petite ville sur la route des vins, dont j'ai dégusté un des crus les plus connus "Dieu Donné", en blanc et en rouge, un petit cru, mais tout à fait convenable.  Voir ce nom de Dieu Donné en plusieurs endroits de ce village viticole, d'ailleurs très riche en noms d'origine française, y compris une rue "Bordeaux", témoins d'une colonisation française, prêtait à sourire à un moment où ce dernier multipliait les provications à Paris. Comme vous le savez sûrement, l'Afrique du sud est un des rares pays et le seul Africain, à avoir légalisé le mariage gay. J'ai certes constaté que Cap Town était une ville relativement accueillante pour les gays, avec un petit quartier style marais, composé de 2 "bar -boîte", plutôt du style année 80 chez nous, beaucoup de monde , une ambiance chaleureuse, une mixité de races et de sexes, des gogo-boys très style US, une backroom où les poches des pantalons sont sans doute plus fréquentées que les bites, et un service de sécurité bénévole, à l'extérieur, garantissant pour quelques rands l'intégrité des véhicules...Beaucoup de gays aussi se baladant sur "Waterfront".
Nous n'avons pas pu parcourir en une semaine, tout ce qu'on nous avait suggéré de visiter, mais j'ai trouvé ce que j'ai vu de ce pays magnifique, quelle émotion de se retrouver dans les paysages grandioses du Cap de Bonne Espérance, un des bouts du monde...

C'est une Afrique du Sud bien différente que nous fait découvrir ce remarquable polar qu'est Zulu. Celle du racisme et de la ségrégation persistante, de la violence extrême, du sida, de la drogue et de l'insécurité généralisée. Au moment où ce pays se prépare à recevoir la coupe du monde de football 2010, trois flics, Ali Neumann, zulu de naissance, et deux de ses acolytes blancs, dont un, homosexuel refoulé, va trouver une mort atroce, vont mener une enquête qui semble s'orienter sur la piste d'un serial killer mais qui se révèle en fait être celle du trafic de stupéfiants et de l'expérimentation médicamenteuse. C'est un livre très noir, au style alerte,  aux personnages attachants qui se meuvent dans des milieux d'une violence inimaginable, à dimension politique, historique, et social, sans négliger l'intrigue. Un grand roman, très noir qui mérite le bien qu'on en a dit.

 

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