J'ai assisté hier à l'assemblée générale annuelle de l' AMG (association des médecins gays). J'ai pu constater avec plaisir que depuis le "putsch", 'il y a un petit peu plus de 2 ans, où le bureau que dirigeait le fondateur de l'association qui voulait mettre un terme à une aventure de près de 30 ans a été mis en minorité par une petite majorité des adhérents présents et remplacé par une nouvelle équipe plus jeune et motivée, l'association a trouvé un nouveau souffle, vu les adhésions reprendre et les actions se multiplier, y compris en coopération avec le ministère de la santé (nous serons par exemple présent dans une commission qui va se pencher sur le problème du suicide chez les jeunes). Mes activités ne me permettent pas de m'impliquer significativement, si ce n'est en participant de temps en temps aux permanences téléphoniques où nous répondons aux diverses questions médicales que peuvent se poser les gays d'aujourd'hui et aux demandes de coordonnées d'un médecin gay. Nous avons fini la journée par un diner sympathique au "Coupe Gorge". Il n'était pas possible de ne pas évoquer à cette occasion la mort, cette semaine, de Jean Le Bitoux, une des grandes figures du mouvement homosexuel dans les années 80, notamment parce qu'il a été le fondateur du premier journal homosexuel "Gai Pied" en 79. Il avait lui même été mis en minorité et avait du quitter le journal dont il s'opposait à la dérive commerciale qu'on voulait lui imposer. Cette mort m'a d'autant plus touché que j'ai personnellement connu Jean Le Bitoux, bordelais de naissance. En effet, au début des années 80, cinq d'entre nous, le curé d'une paroisse bordelaise qui avait pour ami un jeune aveugle asiatique, un ancien d'Arcady dont l'association venait de se saborder, l'animateur principal de l'émission homosexuelle "Framboise et citron" qui bénéficiait de l'accueil de la toute nouvelle "radio libre" du PS, moi même jeune médecin hospitalier et George Andrieux, correspondant du Gai Pied à Bordeaux et ami personnel de Jean Le Bitoux, fondions la première association homosexuelle bordelaise, "Les nouveaux Achriens". Nous nous étions tous connus comme acteurs de l'émission de radio. George Andrieux invita à plusieurs reprises Jean Le Bitoux, qui devint une sorte de parrain de l'association, même s'il en regrettait le nom, surtout l'adjectif nouveau, qui associé à un nom un peu étrange lui faisait penser à "ordre nouveau" un ancien mouvement d'extrême droite. Jean Le Bitoux, qui était dans une mouvance très à gauche alors que je "dérivais" à cette époque vers un mitterrandisme très social-démocrate, aurait également souhaité que l'association soit plus "politique", alors que nous voulions être ouvert à tous. Nous avons eu, à plusieurs reprises, des discussions animées mais cordiales. Il y a fort longtemps que je l'avais perdu de vue. Il s'était beaucoup investi ces dernières années dans la lutte contre le sida et dans la reconnaissance de la déportation des homosexuels. Sa mort est aussi l'occasion de rappeler qu'on meurt encore du sida aujourd'hui.... Il se trouve qu'une émission de télévision de FR3, consacrée à certains "monstres" du petit écran, évoquait Yves Mourousi, le journaliste de TF1 auquel je faisais référence dans un précédent billet à propos d'un bar de la rue Saint Anne. Rétrospective d'une époque où la transgression était possible, impensable aujourd'hui qu'un tel personnage, même sur canal, puisse durer plus de quelques semaines. L'époque est à Jean Jierre Pernaut. Ce que j'avais annoncé dans un précédent billet, la curée contre Michel Onfray, n'a pas manqué de se déclencher. La secte des lacaniens et sa "papesse" Elisabeth Roudinesco sont parties à l'abordage : "fasciste", "antisémite", etc....On ne compte plus le nombre "d'antisémites" dans le bestiaire de la papesse. Il était à prévoir qu'il serait bien plus facile de s'attaquer, dans une ambiance christianophobe, à l'église catholique, qu'aux psychanalystes qui règnent depuis si longtemps sur "l'intelligentsia" parisienne....Je doute, quel que soit son talent et sa mauvaise foi, qu'il en sorte indemne. A signaler un étonnant roman, " La compagnie des menteurs", présenté comme un thriller mais qui pourrait tout aussi bien être classifié de roman historique, ou roman fantastique, inclassable, mais une description saississante du moyen âge et un sens aigu de la narration.
On
progresse à pas de géants dans la connaissance du fonctionnement du cerveau et de ce qu’on appelle la « conscience ». La chirurgie du cerveau, qu’il s’agisse de celle des tumeurs cérébrales ou de
l’épilepsie, est un des facteurs de ce progrès. Avec l’accord des patients, cela va sans dire (mais mieux en le disant), on stimule avec des électrodes certaines aires cérébrales et ces derniers
rendent compte "en direct" des effets de ces stimulations électriques. On vient ainsi de montrer que l'intention et la conscience dépendent d'entités distinctes du cerveau. En stimulant le cortex
pariétal (celui de la « sensibilité »), on peut ainsi déclencher chez les patients des déclarations du type : "J'ai voulu bouger ma jambe.", et en augmentant l'intensité de la stimulation ces
mêmes patients disent avoir effectué un mouvement, alors qu’il n’en est rien. A l'inverse, la stimulation du cortex qui déclenche le mouvement (cortex pré moteur adjacent) déclenche des
mouvements qui ne sont pas conscients ! Ce dispositif expérimental décompose le circuit cérébral qui conduit de l'intention du mouvement à sa réalisation consciente : « stimulées séparément, les
structures sont elles-mêmes "inconscientes" des effets qu'elles produisent en amont ou en aval ». Bien plus, on a montré dans certaines expériences dans lesquelles on demande aux sujets de
réaliser une tache motrice (par exemple pousser un bouton), que le cerveau montrait une activité électrique avant le moment où ceux-ci déclaraient avoir voulu agir ! Ceci pose la question de la
nature du libre arbitre : « sommes-nous des pantins agis par nos neurones, ou bien maîtres de nos actes ? ». On ne sait encore ce qu’est vraiment la « conscience », si ce n’est que « l'accès à la
conscience correspond à une activation globale du cerveau. » « d'où vient l'intention elle-même ? Elle dérive, comme tout le reste, de l'activité de notre cerveau, elle-même stimulée par la
mémoire, la vie, mais il faudra plus d'une expérience pour le préciser."
Il est sans aucun doute des situations bien
plus dignes de compassion que celles des quelques 250 neurologues français (et je ne sais combien d'autres de toute l'europe) piégés à Toronto par la fermeture de la plus grande partie de
l'espace aérien européen, il n'en reste pas moins que l'incertitude absolue qui régnait sur les possibilités de notre retour en a angoissé plus d'un. Nous aurions du partir vendredi
soir. Dans notre malheur nous avons eu la chance d'être "en groupe", une cinquantaine de personnes pour celui de mon entreprise, avec une équipe de direction qui à Paris et au siège international
s 'est efforcée de trouver des solutions pour rapatrier tout le monde dans des conditions de sécurité, dans un hôtel tout confort qui avait les capacités pour continuer à nous héberger et
dans une ville certes sans grand intérêt touristique mais accueillante.
Lundi, à l’heure du déjeuner, alors que je remontais Church
Street, déserte à cette heure là mais baignée d’une douceur fort agréable, vers le « village » qui était encore à vingt bonnes minutes de marche, et que je passais devant ces églises
sans intérêt qui ont donné son nom à cette rue, ce sont mêlées dans mes pensées le souvenir d’une récente émission dite « littéraire », animée par un journaliste, qui avait invité
Michel Onfray à l’occasion de la sortie de son dernier brulôt, et celui d’un des commentaires d’un précédent billet consacré au « Bateau brume ». Il y était question, à propos de la
sympathie de l’auteur du dit roman pour Benoît 16, du syndrome de Stockholm, syndrome qui désigne « l’attachement » que finirait par éprouver certaines victimes pour leurs
tortionnaires. J’avais trouvé ce commentaire amusant mais assez peu pertinent, car il me semble bien plus fréquent de nos jours de constater du « ressentiment » chez ceux qui ont été
élevés au sein de l’église, que de la sympathie, ne dit on pas par exemple que l’on sort de chez les jésuites « jésuite ou athée » (je n’ai pas eu à subir les jésuites, je me suis
contenté des marianistes). J’ai ainsi toujours soupçonné chez Michel Onfray un traumatisme caché dans l’enfance. Avant qu’il ne fût question du livre qui avait motivé l’interview, Frantz
Olivier Gisbert, il faut bien faire de l’audience, ne pouvait manquer d’interroger ce chevalier du temple de l’athéisme sur « l’affaire » qui secoue l’église. Et là notre brillant
pourfendeur du christianisme a vendu la mèche : jeune, même s’il en a été épargné, il a pu constater combien ses petits camarades étaient victimes de ces pratiques abominables…Solution est
radicale, dissoudre l’église, mais plus conciliante tout de même que celle de ces deux universitaires britanniques, dont un autre croisé de l’athéisme, qui somment la justice britannique
d’inculper le Pape de « crime contre l’humanité » lors de sa prochaine visite sur le sol de sa majesté (après tout pour des tortionnaires….). Et tout cela avant qu’un cardinal italien
ne dévoile imprudemment, dans une déclaration certes aussi inappropriée que justement condamnée, une certaine réalité sous jacente (j’y reviendrai sans doute, m’exposant à subir une «double
peine » en abordant les deux sujets qui déclenchent l’hystérie haineuse, l’église et ce que l’on dénomme aujourd’hui « pédophilie »).