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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 21:55

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Pourtant ce sera ma première gaypride en tant qu' "acteur" du défilé. La nouvelle direction de l'Association des Médecins Gays a décidé de rompre avec la position de l'ancienne et nous défilerons donc, en 22è position, juste derrière le bus d'info service. Nous n'aurons ni de char, ni même de bus, n'étant pas assez nombreux à avoir accepté de défiler (même chez certains militants la visibilité fait problème) mais un T-shirt aux couleurs de l'association que je suis allé chercher ce soir dans un café du 3è où nous avions une réunion préparatoire.

Que de  chemin parcouru. Lorsque je suis arrivé à Paris, il y a 20 ans, la "Gay Pride" partait de République, passait à Bastille, puis suivait la rue de Rivoli jusqu'à Beaubourg. Quelques milliers de courageux seulement y participaient. Je dois avouer que le militant gay bordelais "libéré" que je croyais être a suivi sa 1ère marche parisienne...sur le trottoir. Petit à petit nous fûmes plus nombreux, la rue de Rivoli "s'est émue" (quelques incidents avec les forces de l'ordre devant l'Hôtel de Ville au début des années 90) et le parcours s'en est trouvé modifié. En 94 ou 95, de Montparnasse à la Bastille près de 80.000 personnes ont participé, jusqu'à atteindre 300.000 pour l'Europride en 97. Cette marche était alors festive, tous les bars et boites parisiennes y participaient, ainsi que le mouvement associatif autour du SIDA (Act-up était très présent avec une sono d'enfer). Mais peu à peu le milieu associatif "politisé" noyauté par le centre gay et lesbien a pris le pouvoir. Cette "fête" qui a culminé avec près de 800.000 personnes au début de ce siècle, est essentiellement devenue un mouvement revendicatif et syndical très corporatiste qui s'est traduit par l'exclusion, ou du moins le rejet en fin de cortège du "milieu" (bars, boites, etc). Son nom même a changé (Marche des fiertés, hétéro, lesbienne, gay, bi, trans)! Tout cela est bien moins festif que par le passé, le côté "Carnaval Gay" marginalisé.

Pourtant les réticences de certains gays persistent. Ainsi le trésorier de notre association qui a pourtant participé activement à l'organisation de notre participation ne sera pas présent. il n'est pas à l'aise avec l'image que cette manifestation donne de nous à travers sa médiatisation Je ne lui ai pas caché mon agacement et mon incompréhension. Je peux certes comprendre qu'on ne souhaite pas participer à cette manifestation, mais moins qu'on la dénigre parce "qu'elle ne donnerait pas une bonne image de nous". Cette "opinion" sur la GayPride était déjà celle de Frédéric Martel dans son livre "Le Rose et le Noir", histoire de l'homosexualité des années 70 à 90, qui accusait celle-ci d'être le témoin du repli identitaire, communautariste, des homosexuels. Didier Eribon avait alors vertement apostrophé l'auteur dans le Nouvel Observateur, montrant comment il cédait au discours hétérosexuel et sciait la branche sur laquelle nous étions assis. Car dans ce "donner une bonne image de nous", il y a un double déni : d'abord le déni de la "folle" (l'image le plus souvent reprise dans les médias, du moins au début, dans les reportages sur la gaypride), et donc le déni, reproduisant les comportements d'exclusion et rejet de l'autre, de tout un pan de la culture homosexuelle, mais surtout déni de tout ce qui a constitué le mouvement homosexuel de libération, qui pourrait être résumé par cette expression de Didier Eribon à propos de Genêt "La volonté de gêner". Nous ne nous sommes pas battu pour "donner une bonne image de nous" mais pour "être nous". Certains ne semblent pas voir que derrière la GayPride, il y a tout ce qui fait que la condition d'homosexuel a radicalement changé depuis quelques années. Sans les "GayPride" dont les émeutes de "Stonewall" et les manifestations organisées par Harvey Milk sont les ancêtres,  et ceux qui ont permis qu'elle passe en France de 1000 participants en 1990 à 800.000 aujourd'hui, nous n'aurions pas parcouru un tel chemin.

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 19:41

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Selon des chercheurs néerlandais qui ont réalisé une étude dite « scientifique » sur 42 hommes et femmes, les homosexuels ont la faculté de reconnaître d'autres personnes gaies plus rapidement que les hétéros, et ce « gayradar »  serait du au fait qu'ils sont beaucoup plus analytiques que les hétérosexuels, portent une plus grande attention aux détails et notamment aux petits indices sur l'orientation sexuelle d'autrui. Passons sur le fait que si cette enquête dont j’ai trouvé les résultats dans le magazine gay « e-illico » avait été réalisée sur d’autres communautés que celle homosexuelle, elle aurait sans doute soulevé l’indignation, pour nous intéresser à sa méthodologie quant à la constitution de l’échantillon « homosexuel ». Il est très peu probable qu’il ait été réalisé de façon parfaitement aléatoire  (car nombre d’homosexuels dissimulant leur homosexualité ne sont pas accessibles à l’échantillonnage) mais plus probablement dans les milieux gays, biais considérable puisque les gays du « milieu » répondent à différents « clonages » plus facilement repérables par leurs congénères que par les hétéros….Il me semble, en tous cas selon mon expérience, qu’en dehors de la minorité d’entre nous qui correspondent naturellement ou par provocation aux stéréotypes homosexuels de l’inconscient collectif (en d’autres termes qui portent les stigmates de la « folle »), notre façon de nous habiller, de façonner notre physique et surtout de croiser le regard de l’autre sont les clés de notre reconnaissance mutuelle, beaucoup plus qu’une quelconque capacité « d’analyse ».
On pourrait s’amuser de la même façon à étudier la possibilité de discrimination du caractère  « actif » ou « passif » de la pratique sexuelle chez les gays. C’est une question qui brûlait les lèvres de ma mère lorsque je lui ai jeté à la figure l’aveu de mon homosexualité. Pour les vétérans comme moi qui ont connu les heures de gloire de l’accession des gays à la visibilité, cette identification n’allait pas de soi puisqu’ à la fin des années 70, lorsque j’ai commencé à fréquenter les lieux de notre enfermement, on m’expliqua que la position du trousseaux de clé que l’on voyait à la ceinture de tant d’entre nous, à droite ou à gauche, indiquait dans quel sens nous fonctionnions. Le système pouvait même se sophistiquer pour préciser les pratiques par la couleur du mouchoir qui dépassait de la poche arrière de notre jean. Je dois avouer avoir oublier ces codes qui étaient tout de même bien plus sympathiques que les critères de la médecine légale au 19è siècle qui affublait les homosexuels de stigmates physiques, anus d’aspect féminin pour les passifs, forme particulière du pénis pour les actifs (« Les anormaux, cours au Collège de France », Michel Foucault).Cette signalétique semblait toutefois superflu pour ceux chez qui tout dans l’attitude évoquait pour nous la béance anale. Je n’allais pas tarder d’apprendre à mes dépends, qu’à l’apparence il ne fallait point se fier lorsque, en cette fin des années 70, Eric qui était mon amant et qui « prêtait » volontiers ses conquêtes à ses deux meilleurs copains avec lesquels il habitait le même grand studio, me mis dans les bras de Michel, très joli garçon qui se plaisait à se conformer aux stéréotypes de la « folle ». Michel avait la réputation d’être « très bien monté » mais je n’avais pas imaginé que ce fût à ce point là lorsque dans l’obscurité de la pièce où nous allions dormir tous trois, ma main découvrit son l’ampleur de son sexe lorsqu’il se glissa dans ma couche. Ayant encore une expérience très limitée de la sodomie, je bénis le ciel qu’il fût « folle ». A tort, il était actif, très actif même, j’ai mis quelques jours à m’en remettre…Je n’ai pas cherché à renouveler l’expérience.

Les folles n’étant  pas toutes « passives » (souvent tout de même!) et ceux qui font le plus « mec » loin d’être toujours actifs, on peut s’interroger sur la pertinence de la théorie psychosexuelle freudienne qui assimile la passivité à ce qui est féminin, castré et masochiste et l’actif à ce qui est masculin, phallique et sadique. Certes s’il peut y avoir superposition partielle de ces dichotomies, les pratiques homosexuelles ont aussi une indiscutable dimension historique, sociologique et culturelle. Mais surtout, toutes ces « théorisations » d’une pratique passent à côté de ce qui relève au moins autant du hasard que de la nécessité, l’expérience individuelle du plaisir et ses aléas. Si je m’en tiens à ma propre expérience, l’adoption lors de mes « premiers pas » d’une position préférentiellement passive dans mes rapports sexuels a plus tenu à mon manque de confiance en moi quant à mes performances sexuelles en tant qu’actif (on peut se demander si certains passifs exclusifs et insatiables chez lesquels on échoue à déclencher la moindre érection, n’ont pas compensé par une jouissance anale leur impossibilité d’une jouissance pénienne) qu’à une prédisposition  à cette position où à une recherche préférentielle du plaisir par cette voie (la sodomie, quelle que soit son sens, n’a d’ailleurs jamais constitué chez moi une condition pour que je considère un rapport comme satisfaisant). La passivité comme paresse….Et puis mes tous premiers amants étaient tous actifs, j’ai fait preuve d’une certaine capacité à l’adaptation…De plus toute tentative de théorisation « psychologique » de la sodomie a tendance à la « fixer » dans une des deux positions, ce que dément la possibilité de « réversibilité » d’un certain nombre d’entre nous ou même d’évolution temporelle ce dont je fais l’expérience depuis que je fréquente les bars sexe « naturistes » et que le poids du temps qui s’inscrit sur mon visage m’a amené à constater qu’un certain « argument» dont m’a généreusement doté la nature était devenu, notamment pour les passifs, un « attracteur » bien plus performant que mon « physique ». M’assumer en tant qu’actif a fait notablement remonter le « compteur » de mes rencontres…

Ne pas se fier au « gayradar »…


PS : Dans le livre qui tient lieu d’illustration, Léo Bersini  en vient – via Freud et Bataille, entre autres – à interroger la jouissance supposée dans l’acte sodomique : le rectum serait-il la tombe de ce phallus priapique que vénère le style macho ?

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 22:43

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Je suis rentré de Buenos Aires pour trouver à Paris un temps assez semblable à celui que je venais de quitter, mas là bas c'était l'hiver...Ce sera sans doute ma dernière destination lointaine de l'année, j'ai en effet renoncer à me rendre à Honolulu en juillet pour le plus important des congrès sur la maladie d'Alzheimer, c'est vraiment un voyage trop long, plus de 20 heures, pour seulement 3 ou 4jours sur place (j'avais trouvé très pénible mon périple pour la même destination en 1993, à l'occasion de l'American Neurology, pendant la 2è guerre du golf, ce qui nous avait valu un accueil plutôt mitigé de la part des autochtones qui ne comprenaient pas la position de la France) et ce d'autant plus que je devrais très probablement m'y rendre à nouveau en avril 2011.

Durant mon vol de retour j'ai pu lire le court essai de Raphaëlle Bacqué, "Le dernier mort de Mitterrand". Ce mort c'est François de Grossouvre qui s'est suicidé à l'Elysée en avril 1994, dernier car il faisait suite aux morts tragiques de Patrice Pelat et de Pierre Berregovoy. Ce récit, bien écrit, se lit comme un roman, c'est l'histoire d'une passion amoureuse, celle qu'éprouvait François de Grossouvre pour François Mitterrand, dépourvue de tout désir physique bien sûr, mais avec tous les symptômes du délire amoureux et des dérives de la jalousie, jalousie féroce à l'encontre de quiconque pouvait lui faire de l'ombre auprès de Mitterrand, notamment Michel  Charasse  et Roland Dumas. Il nous est narré comment cet homme a été broyé par cette passion jusqu'à livrer à la presse et à quelques journalistes complaisants prêts à tout pour salir Mitterrand ( on n'est pas étonné de voir surgir le nom d'Edwin Plenel) des informations sur les affaires, dont le secret de la 2è famille de Mitterrand, qui ont assombri son second septennat. Suicide, le livre ne laisse aucun doute. Ce "roman" est aussi le récit des amours parallèles, passionnels aussi, qui rapprochaient encore les deux hommes, tous les deux avaient un amour clandestin.

Ce livre n'est pas un livre partisan, loin de là, mais donnant un éclairage nouveau sur certains épisodes qui ont constitué la "part d'ombre" de Mitterrand, il en  renforce l'image. On est notamment fasciné par l'aura qu'il avait sur tous ceux qui l'approchaient, comme cet interprète avouant au soir de sa retraite : "J'ai aimé passionnément cet homme..."

J'ai lu ce livre avec une certaine nostalgie d'une époque révolue, celle où la France avait un président....

 

"....Lui, en revanche, ne s'améliore pas : ces deux journées outre-Manche s'étaient bien passées, sa femme avait surmonté l'épreuve de cette première sortie officielle avec beaucoup de grâce et d'à propos, il a fallu qu'il aille tout gâcher en soulignant ce succès, en déclarant, lors d'un discours, que Carla avait fait honneur à la France, comme s'il s'agissait d'un enfant de cinq ans ou d'une pouliche qui aurait gagner le Grand Prix. Je suppose que cet homme est très intelligent, pour être arrivé là où il est en ayant triomphé de tant de redoutables rivaux. Mais en même temps, et de toute évidence, il est très bête. C'est lui l'enfant de cinq ans, qui parade de ses jolis jouets, vérifie qu'on les a bien remarqués et insiste pour qu'on reconnaisse que, décidément, ce sont les plus beaux. Et tous ces mamours étalés sont déplaisants au possible."

( Renaud Camus, Au nom de Vancouver, journal 2008, Fayard)

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 19:57

 

 

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Après avoir publié le billet précédent, je me suis souvenu de ces propos de Didier Eribon, qui l' auraient parfaitement illustré, dans son livre "Réflexions sur la question Gay : "Les vies gays sont des vies différées; elles ne commencent que lorsqu'un individu se réinvente lui même, en sortant de son silence, de sa clandestinité honteuse. Lorsqu'il choisit au lieu de subir et par exemple, lorsqu'il se compose une autre famille-constituée de ses amis, de ses amants, de ses anciens amants et des amis de ses anciens amants- et se reconstruit ainsi son identité après avoir quitté le champ clos et étouffant de sa famille d'origine et de ses injonctions tacites ou explicites à l'hétérosexualité. Une telle fuite ne signifie pas nécessairement, cela va de soi, la rupture totale avec sa famille, mais plutôt la nécessité de s'en tenir éloigné et de la tenir à distance. Avant cela, les vies gays ne sont que des vies vécues par procuration, des vies imaginées, ou des vies attendues, espérées autant que redoutées."

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 21:07

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Libération, comme plusieurs autres journaux, a consacré récemment, à l'occasion de la journée mondiale contre l'homophobie un dossier à celle qui s'exprime au sein même de la famille, prolongeant ainsi le livre de Jean Marie Perrier, "Casse toi" dont le sous titre, "Crève mon fils, je ne veux pas de pédé dans ma vie" met le projecteur sur ces jeunes gays chassés par leur famille et qui se retrouvent à la rue. On oublie souvent que l’homophobie est le pire des racismes car il peut naître au sein de sa propre famille, ne permettant aucun refuge identitaire. Même en dehors de ces situations extrêmes, moins rares que l'on ne le l'imagine, la révélation de son homosexualité à sa famille n'est pas facile à gérer. J'ai été confronté à cette question à la fin des années 80. Je n’ai certes pas été chassé de chez moi, mes parents m'aimaient trop pour rendre plausible une telle éventualité, quand j’ai répondu «si» à la question qui m’était posée - « tu n’es tout de même pas homosexuel ? »- mais les pressions sont devenus telles (têtes d’enterrement quand je ne rentrais pas dormir chez moi, menaces de ne plus payer mes études) que j’ai décidé d’aller vivre avec le garçon que je venais de rencontrer et qui était autonome. Bien sûr il y a plus de 30 ans mais il n’est pas sûr que la situation ait tant évolué que cela. Même quand tout semble bien se passer, les arrières pensées sont souvent là. Une anecdote récente qui concerne les parents de Bertrand avec lequel je vis depuis 10 ans en apporte la triste confirmation. Ils ont accueillis la «révélation», il y a quelques années, aussi bien qu’il pouvait l’espérer, ils me reçoivent de façon charmante, m'invitent lors de la soirée familiale de Noël, ils ont même tenu à être présent lors de notre Pacs. Sa sœur a présenté lorsqu’elle était plus jeune des troubles psychologiques dont l’hypothèse d’une origine médicamenteuse, un médicament pris pendant la grossesse, est évoquée par certaines associations qui ont entamé une procédure judiciaire. Celle ci devant aller subir certains tests à l’hôpital en rapport avec cette hypothèse, les parents de Bertrand ont également pris un rendez vous pour Bertrand ! Ils considèrent donc que l’homosexualité de leur fils est possiblement « une maladie ». Bien sûr Bertrand leur a demandé d’annuler, mais il n’a pas, ou du moins pas encore comme je le lui ai suggéré, abordé directement la question avec eux.

Que de chemin à parcourir encore.....



"CHANCE
L'homosexualité a été la grande chance morale de ma vie.
Bourgeois français, catholique d'origine, banalement constitué, jamais je n'aurais su, sans elle, ce que c'est que d'appartenir à une minorité frappée d'injustice, de faire l'objet d'un racisme, de courir en permanence le risque d'essuyer, de n'importe qui, le mépris, l'hostilité, la violence souvent.
Quand au parti que j'ai su tirer de cette chance-là, c'est évidemment, hélas, une autre histoire."
(Renaud Camus, Notes achriennes, 1982)

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 21:38
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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 23:16

 

On nous annonce de toute part des temps difficiles au point que Jacques Attali nous prédise une apocalypse économique. Une occasion pour moi de vous parler du dernier livre de René Girard, « Achever Clausewitz » qui brandit la menace d’une apocalyse bien plus globale.…La lecture en 1978 de son livre « Des choses cachées depuis la fondation du monde » fût pour moi une révélation. Il donnait naissance à une anthropologie radicalement différente de celle, structuraliste, de Levy Straus, puisqu’il y était dit que les mythes avaient un sens, que les mythes disaient la Vérité. J’ai été séduit par son hypothèse « le désir mimétique », hypothèse qui n’a cessé d’être consolidée dans ses oeuvres ultérieures, où celle de ces disciples (JP Dupuy, M Serres, etc..). Marginal au début, l’importance de son œuvre est aujourd’hui universellement reconnue, même si elle reste souvent très contre versée (parfois avec violence) du fait de la dimension chrétienne, incontournable, selon lui qui est au cœur de sa théorie. Il existe certes des « Girardiens » qui ont mutilé la théorie de cette dimension là, mais il les considère sûrement comme des hérétiques…Revenons en à son dernier livre. Clausewitz, stratège prussien, est connu pou son inachevé « traité de la guerre », qui se présente aussi comme une « loi des rapports humains » et de l’incapacité de la politique à contenir l’accroissement de la violence. « Achever Clausewitz, pour Girard, c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’apocalypse a commencé. Il ne m’est pas possible ici d’analyser ce livre passionnant, aussi je me contenterai de reproduire une partie de son introduction qui éclaire la théorie girardienne

« Mon hypothèse est mimétique : c’est parce que les hommes s’imitent plus que les animaux, qu’ils ont du trouver le moyen de palier une similitude contagieuse, susceptible d’entraîner la disparition pure te simple de leur société. Ce mécanisme, qui vient réintroduire de la différence là où chacun devenait semblable à l’autre, c’est le sacrifice. L’homme est issu du sacrifice, il est donc fils du religieux. Ce que j’appelle après Freud le meurtre fondateur -à savoir l’immolation d’une victime émissaire, à la fois coupable du désordre et restauratrice de l’ordre -s’est constamment rejoué dans les rites, à l’origine de nos institutions. Des millions de victimes innocentes ont ainsi été immolées depuis l’aube de l’humanité pour permettre à leurs congénères de vivre ensemble ; ou plutôt de ne pas s’auto détruire. Telle est la logique implacable du sacré, que les mythes dissimulent de moins en moins, au fur et à mesure que l’homme prend conscience de lui-même. Le moment décisif de cette évolution est constitué par la révélation chrétienne, sorte d’expiation divine où Dieu en son fils demanderait pardon aux hommes de leur avoir révélé si tard les mécanismes de leur violence. Les rites les avaient lentement éduqués, les hommes allaient dorénavant devoir s’en passer. C’est le christianisme qui démystifie le religieux et cette démystification, ……, nous n’étions pas préparés à l’assumer. Nous ne sommes pas assez chrétiens. On peut formuler ce paradoxe d’une autre manière, et dire que le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s’appelle l’apocalypse. C’est dans les textes apocalyptiques, en effet, que la parole de Dieu se fait entendre avec le plus de force, à rebours des erreurs uniquement imputables aux hommes, qui voudront de moins en moins reconnaître les mécanismes de leur violence……C’est la raison pour laquelle aussi personne ne veut reconnaître que ces textes se réalisent sous nos yeux comme conséquence de la révélation méprisée. Une fois dans l’histoire, la vérité de l’identité de tous les hommes s’est dite, et les hommes n’ont pas voulu l’entendre, s’accrochant de plus en plus frénétiquement à leurs fausses différences.
Deux guerres mondiales, l’invention de la bombe atomique, plusieurs génocides, une catastrophe écologique imminente n’auront pas suffi à convaincre l’humanité, et les chrétiens en premier lieu, que les textes apocalyptiques, m^me s’ils n’avaient aucune valeur prédictive, concernaient le désastre en cours. Que faire pour qu’on les entende ? On m’a accusé de trop me répéter, de fétichiser ma théorie, de lui faire rendre raison de tout. Elle s’est pourtant appliquée à décrire des mécanismes que les découvertes récentes de la neurologie confirment : l’imitation est première et le moyen essentiel de l’apprentissage, plutôt que chose apprise. Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation……..
…La violence est aujourd’hui déchaînée au niveau de la planète entière, provoquant ce que les textes apocalyptiques annonçaient : une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, une confusion du naturel et de l’artificiel : réchauffement global et montées des eaux ne sont plus aujourd’hui que des métaphores. La violence, qui produisait du sacré, ne produit plus rien qu’elle-même……Le paradoxe est qu’à se rapprocher toujours davantage du point alpha, on s’achemine vers l’omega. Qu’à comprendre de mieux en mieux l’origine, on réalise chaque jour un peu mieux que c’est cette origine qui vient vers nous : le verrou du meurtre fondateur, levé par la Passion, libère aujourd’hui une violence planétaire, sans qu’on puisse refermer ce qui a été ouvert. Car nous savons désormais que toutes les victimes sont innocentes. La Passion a dévoilé une fois pour toutes l’origine sacrificielle de l’humanité. Elle a défait le sacré en révélant sa violence. Le paradoxe incroyable, que personne ne veut accepter, est que la Passion a libéré la violence en même temps que la sainteté. Le sacré qui depuis deux mille ans « fait retour », n’est donc pas un sacré archaïque, mais un sacré « satanisé » par la conscience qu’on en a , et qui signale, à travers ses excès même, l’imminence de la Parousie. Aussi ce que nous cherchons à décrire comme ayant eu lieu au commencement, s’applique-t-il de plus en plus aux événements en cours. Ce plus en plus est la loi de nos rapports, à mesure que la violence croît dans le monde, au risque cette fois de le détruire. « Polémos, écrivait Héraclite », est père et roi de tout. » »


La référence à Rousseau souvent invoqué par certains disciples de Girard (notamment Jean Pierre Dupuy que j’ai déjà) m’avait dans un premier temps semblé paradoxale puisque Jean Jacques considère que l’homme est naturellement bon (alors que pour les girardiens le mal, le désir mimétique, est premier et conduit au péché originel, le meurtre fondateur) et que c’est la société qui le rend « mauvais ». Mais pour qu’il y ait « mimésis » il faut être plusieurs, c’est donc bien la « société » qui permet au mécanisme de se déclencher, tandis que la culture ( le sacré d’abord, puis l’économie aujourd’hui) permet de « contenir » (dans les deux sens du mot contenir) ce mécanisme, de plus en plus difficilement.

En un mot, pour n’a voir pas vu que le texte évangélique était le Graal nous serions en train de courir à l’Apocalypse….
http://www.polytechnique.fr/eleves/binets

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 18:02

 

 

argentine_chutes_d_iguazu_circuit_inferieur_imagelarge.jpgIl faisait si beau vendredi dernier à Bordeaux que je n'ai pu résister à la tentation d'aller faire un saut en seconde partie d'après midi, une fois mes obligations professionnelles remplies, jusqu'à la plage gay du Porge qui a bien souffert de la dernière tempête, au point de s'être tant éclaircie qu'il va devenir pendant quelques temps plus difficile de se cacher dans les hautes herbes entre les pins pour les éjaculations en pleine nature...J'ai eu juste le temps samedi matin avant de reprendre l'avion de faire un tour à la librairie Mollat pour y acheter "Le dernier mort de Mitterrand" de la journaliste Raphaëlle Bacqué, livre dont on dit le plus grand bien et éventuellement (j'ai tellement de livres en attente, y compris des thrillers) le dernier roman de Jean Christophe Ruffin, "Katiba" sur le terrorisme islamique, en vue de mon long voyage vers Buenos Aires où je pars ce soir pour un congrés sur la maladie de parkinson. Parti donc pour un ou deux livres, je me suis retrouvé avec huit à la sortie de la librairie. Je n'ai en effet pas arrêté de tomber sur de nouvelles parutions, celle du dernier "Journal de l'Année, 2008, de Renaud Camus, "Au nom de Vancouver"; le nouveau roman de Philippe Kerr, l'auteur de la trilogie berlinoise, qui se passe justement en Argentine; le nouveau roman d'espionnage d'Olen Steinhauer, dont le précédent ("Le Touriste") m'avait enchanté et enfin deux thrillers dont que des critiques m'ont donné envie de lire, "Les enfants de la           nuit" de Frank Delaney" et "Hiver" de Mons Kallentoft qui parait il serait  encore plus prenant que Millenium. J'en ai au moins jusqu'au retour des vacances d'été!

Je ne découvrirais pas Buenos Aires, un autre congrès déjà il y a 12 ans. Une vie gay assez florissante mais les rencontres "tarifées" sont légions...J'avais découvert à cette occasion les superbes chutes du Nord de l'Argentine. Retour jeudi.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:10

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Je connais mieux l’univers du roman de Science-fiction que celui du thriller et du roman policier mais il me semble que ces derniers peuvent se définir selon trois catégories, ceux qui pourraient mériter le qualificatif de « littérature », tels les romans de James Ellroy ou de Denis Lehanne ; ceux dont la pauvreté de l’écriture et l’inconsistance psychologique des personnages éloigne à tout jamais de cette prétention mais dont la qualité de l’intrigue et son originalité (comme par exemple « le livre des morts » que j’ai lu récemment) vous font passer un excellent moment, ils sont légions ; ceux enfin que l’on hésite à qualifier tellement ils sont médiocres, voire nullissimes, « les romans de gare », et dont a du mal à comprendre qu’ils puissent parfois devenir des best-sellers, la plupart des thrillers ésotériques, tel le Da Vinci code, appartiennent à cette catégorie. Cette classification s’applique pourtant difficilement au  « Testament syriaque » dont je viens de terminer la lecture, thriller ésotérique qui par son intrigue et la qualité de son écriture se situe quelque part entre les deux dernières catégories, et qui pourtant m’a beaucoup appris sur les origines de l’islam. L’intrigue, pour laquelle on du mal à se passionner, tourne autour de la découverte d’un « testament » de Mahomet, écrit en langue syriaque,  mais elle n’est que prétexte à une réflexion documentée sur les origines de cette religion. Il est vrai que je ne me suis jamais beaucoup intéressé à elle, si ce n’est dans ses manifestations intégristes les plus violentes , mais je ne connaissais pas l’hypothèse, semble t’il très sérieuse, selon laquelle l’Islam serait une hérésie chrétienne. On y apprend même que tous les monothéismes pourraient être des hérésie, le judaïsme une hérésie de la religion des pharaons, le christianisme une hérésie juive et l’Islam une hérésie chrétienne (la négation du concept de « trinité » serait le point de départ de cette hérésie ; ceci m’a rappelé les propos de notre chauffeur de taxi arabe sur le Christ lorsque nous sommes allés à Bethléem).

 

L'affrontement des religions monothéistes nous ramène au cœur du conflit israélo-palestinien. Il ne faut pas voir dans ce que je vais dire une approbation de la façon dont l'armée israélienne a arraisonnée la frégate turque, armée qui a décidément perdu la main au point de faire passer pour des victimes des sympathisants des terroristes du Hamas, mais j'ai été scandalisé, ébahi, révolté par le déferlement de haine contre Israël. On se serait cru revenu aux heures noires de l'humanité, une certaine gauche ayant pris la place d'une certaine droite...On a même vu une chaîne de salles de cinéma, Utopia (mon dieu que ce nom apparait terrible dans ces circonstances là), déprogrammé un film d'origine israélienne. Heureusement certains ont commencé à réagir. Espérons que cet incident dramatique ramène les parties en cause à la table de négociation.

 

Mais après tout réjouissons nous "d'être là". Une expérience scientifique vient de nous rappeler qu'à l'origine de l'univers, au temps du big bang, matière et antimatière auraient du être en proportions égales et  s 'annihiler. Selon le modèle standard de la physique quantique, une rupture de symétrie donc on ne comprend pas complètement le mécanisme, disons le hasard statistique, a fait qu'il y a eu 1pour 1000 de matière en plus que d'antimatière, notre univers était né, constitué de matière uniquement. Coup de théâtre, une expérience dans un accélérateur de particules vient de découvrir que les collisions entre atomes provoquaient non 1 pour 1000 mais beaucoup plus, 1 pour 100, d'antimatière, ceci remet en cause la théorie actuelle. Comment l'expliquer? Faut il y voir, restons dans la religion, le "Visage de Dieu" , titre du dernier livre des frères Bogdanoff consacré au big bang?

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 19:39

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Le plan à trois dans le cadre du couple ( seul concerné ici) me m'a jamais paru évident. Il faut d'abord que son principe même soit possible, certains qui ont partagé ma vie n'en auraient même pas supporté l'idée...Leur vécu du désir, totalement possessif, ne pouvait l'accepter , ne se doutant sans doute pas qu'ils ouvraient ainsi la voie à une multitude d'aventures parallèles et secrètes.
Quand il est possible, de multiples configurations sont envisageables, mais je ne parlerai pas de celles dont je n'ai aucune expérience ( notamment de celle qui me parait de loin la plus adéquate pour la performance de ce type de situation : deux mecs du même âge, de look assez semblables et qui ont les mêmes goûts ...). Il se trouve que j'ai toujours vécu avec des mecs plus jeunes que moi ( l'actuel a 17 ans de moins que moi), et de look, en dehors même de l'âge, assez différent.

La première étape est de se mettre d'accord sur le troisième. Il fût un temps où je n'aimais que les crevettes de moins de 25 ans ( qualifiées de "raclures de bidet" par un de mes ex, qui, étrangement, ne correspondait pas à ce look) et les dites crevettes aimaient le plus souvent les costauds de plus de 35 ans, quadrature du cercle. Les choses ont changé, mes goûts se sont élargis aux gambas, mes critères d'âge se sont considérablement assouplis et je vis avec quelqu'un qui, à l'exception des minets sans charme, a des goûts très larges. Assez facile donc de se mettre d'accord sur un troisième, mais faut il encore que le troisième soit attiré par des physiques aussi différents que les nôtres. Il n'est certes pas difficile de trouver des candidats, mais mieux vaut éviter les situations où le plan à trois va se conclure par un 2 plus 1. Un peu de feeling lors des échanges préalables sur internet (moyen quasi exclusif de rencontres pour nos plans à 3) permet souvent d'éviter ces situations. Mais ce n'est pas pour cela que le plan sera pour autant réussi, faut il encore que les deux composantes du couple soient toujours aussi désireuses du dit plan quand il se réalise, que son déroulement ne révèle pas quelques incompatibilités de désir ou ne soit déstabilisé par tel ou tel incident technique, qu'au fil du rapport ne se noue une relation préférentielle entre un des 2 et l'invité, que l'après du rapport ( "on se revoit"?) soit bien géré ( le couple qui devient un trouple!).
Nous avons de temps en temps avec Bertrand des plans à 3, mais en fait moins souvent que nous n'en avons l'occasion. Nous ne sommes pas de ceux qui ont un soudain "coup de chaleur" qui nécessite un soulagement immédiat, en d'autres termes, nous ne sommes pas des adeptes du "now" et avons plutôt l'habitude de proposer quelques dates possibles, mais faut il encore donner suite et il n'est pas rare que ni l'un, ni l'autre ne prenne l'initiative de rappeler le mec en question ( lui non plus d'ailleurs), situation assez répétitive, si l'autre ne nous force pas un peu la main....Nous préférons en fait de beaucoup nous aventurer, en moyenne une fois par semaine, dans les bars sexe comme le "bunker" le mardi soir, ou quelquefois l'impact.

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