Pourtant ce sera ma première gaypride en tant qu' "acteur" du défilé. La nouvelle direction de l'Association des Médecins Gays a décidé de rompre avec la position de l'ancienne et nous défilerons donc, en 22è position, juste derrière le bus d'info service. Nous n'aurons ni de char, ni même de bus, n'étant pas assez nombreux à avoir accepté de défiler (même chez certains militants la visibilité fait problème) mais un T-shirt aux couleurs de l'association que je suis allé chercher ce soir dans un café du 3è où nous avions une réunion préparatoire.
Que de chemin parcouru. Lorsque je suis arrivé à Paris, il y a 20 ans, la "Gay Pride" partait de République, passait à Bastille, puis suivait la rue de Rivoli jusqu'à Beaubourg. Quelques milliers de courageux seulement y participaient. Je dois avouer que le militant gay bordelais "libéré" que je croyais être a suivi sa 1ère marche parisienne...sur le trottoir. Petit à petit nous fûmes plus nombreux, la rue de Rivoli "s'est émue" (quelques incidents avec les forces de l'ordre devant l'Hôtel de Ville au début des années 90) et le parcours s'en est trouvé modifié. En 94 ou 95, de Montparnasse à la Bastille près de 80.000 personnes ont participé, jusqu'à atteindre 300.000 pour l'Europride en 97. Cette marche était alors festive, tous les bars et boites parisiennes y participaient, ainsi que le mouvement associatif autour du SIDA (Act-up était très présent avec une sono d'enfer). Mais peu à peu le milieu associatif "politisé" noyauté par le centre gay et lesbien a pris le pouvoir. Cette "fête" qui a culminé avec près de 800.000 personnes au début de ce siècle, est essentiellement devenue un mouvement revendicatif et syndical très corporatiste qui s'est traduit par l'exclusion, ou du moins le rejet en fin de cortège du "milieu" (bars, boites, etc). Son nom même a changé (Marche des fiertés, hétéro, lesbienne, gay, bi, trans)! Tout cela est bien moins festif que par le passé, le côté "Carnaval Gay" marginalisé.
Pourtant les réticences de certains gays persistent. Ainsi le trésorier de notre association qui a pourtant participé activement à l'organisation de notre participation ne sera pas présent. il n'est pas à l'aise avec l'image que cette manifestation donne de nous à travers sa médiatisation Je ne lui ai pas caché mon agacement et mon incompréhension. Je peux certes comprendre qu'on ne souhaite pas participer à cette manifestation, mais moins qu'on la dénigre parce "qu'elle ne donnerait pas une bonne image de nous". Cette "opinion" sur la GayPride était déjà celle de Frédéric Martel dans son livre "Le Rose et le Noir", histoire de l'homosexualité des années 70 à 90, qui accusait celle-ci d'être le témoin du repli identitaire, communautariste, des homosexuels. Didier Eribon avait alors vertement apostrophé l'auteur dans le Nouvel Observateur, montrant comment il cédait au discours hétérosexuel et sciait la branche sur laquelle nous étions assis. Car dans ce "donner une bonne image de nous", il y a un double déni : d'abord le déni de la "folle" (l'image le plus souvent reprise dans les médias, du moins au début, dans les reportages sur la gaypride), et donc le déni, reproduisant les comportements d'exclusion et rejet de l'autre, de tout un pan de la culture homosexuelle, mais surtout déni de tout ce qui a constitué le mouvement homosexuel de libération, qui pourrait être résumé par cette expression de Didier Eribon à propos de Genêt "La volonté de gêner". Nous ne nous sommes pas battu pour "donner une bonne image de nous" mais pour "être nous". Certains ne semblent pas voir que derrière la GayPride, il y a tout ce qui fait que la condition d'homosexuel a radicalement changé depuis quelques années. Sans les "GayPride" dont les émeutes de "Stonewall" et les manifestations organisées par Harvey Milk sont les ancêtres, et ceux qui ont permis qu'elle passe en France de 1000 participants en 1990 à 800.000 aujourd'hui, nous n'aurions pas parcouru un tel chemin.

Il faisait si beau vendredi dernier à Bordeaux que je n'ai pu résister à la tentation d'aller faire un saut en seconde
partie d'après midi, une fois mes obligations professionnelles remplies, jusqu'à la plage gay du Porge qui a bien souffert de la dernière tempête, au point de s'être tant éclaircie qu'il va
devenir pendant quelques temps plus difficile de se cacher dans les hautes herbes entre les pins pour les éjaculations en pleine nature...J'ai eu juste le temps samedi matin avant de reprendre
l'avion de faire un tour à la librairie Mollat pour y acheter "Le dernier mort de Mitterrand" de la journaliste Raphaëlle Bacqué, livre dont on dit le plus grand bien et éventuellement (j'ai
tellement de livres en attente, y compris des thrillers) le dernier roman de Jean Christophe Ruffin, "Katiba" sur le terrorisme islamique, en vue de mon long voyage vers Buenos Aires où je pars
ce soir pour un congrés sur la maladie de parkinson. Parti donc pour un ou deux livres, je me suis retrouvé avec huit à la sortie de la librairie. Je n'ai en effet pas arrêté de tomber sur de
nouvelles parutions, celle du dernier "Journal de l'Année, 2008, de Renaud Camus, "Au nom de Vancouver"; le nouveau roman de Philippe Kerr, l'auteur de la trilogie berlinoise, qui se passe
justement en Argentine; le nouveau roman d'espionnage d'Olen Steinhauer, dont le précédent ("Le Touriste") m'avait enchanté et enfin deux thrillers dont que des critiques m'ont donné envie de
lire, "Les enfants de la nuit" de Frank Delaney" et "Hiver" de Mons Kallentoft qui parait il serait encore plus prenant que
Millenium. J'en ai au moins jusqu'au retour des vacances d'été!
