Overblog Tous les blogs Top blogs LGBT
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 16:25

Zizek-42896.jpg

 

Plusieurs penseurs de gauche ont depuis quelques temps, Pierre Rosanvallon (« La contre-démocratie ») et Marcel Gauchet («L’avènement de la démocratie ») notamment, fait état d’une crise de la démocratie : « anémie galopante », « perte d’effectivité », « démocratie éléctive érodée ». Il ne s’agissait cependant pas pour ces auteurs, plus ou moins proches de ce qu’on a appelé sous Mitterrand la « 2è gauche », de remettre en cause ce système qui reste pour eux, si ce n’est « l’horizon indépassable de l’humanité », au moins, pour reprendre les termes de Marcel Gauchet « l’horizon indépassable de la séquence historique à laquelle nous appartenons ».
On assiste depuis peu à l’émergence d’une pensée bien plus radicale, à laquelle Libération vient de consacrer un dossier, dont témoigne le livre à succès du philosophe Alain Badiou « De quoi Sarkozy est il le nom » ou encore celui du slovène Slavoj Zizek « Robespierre : entre vertu et terreur ». Pour ces auteurs la démocratie élective ne marque pas « La fin de l’histoire », et ils en appellent à sa remise en cause : « Tout le monde voit que la démocratie électorale n’est pas un espace de choix réel ». Face à la « corruption » par l’argent l’heure serait venue de définir « une nouvelle pratique de ce qui fut nommé dictature (du prolétariat). Ou encore, c’est la même chose : un nouvel usage du mot « vertu ».». Il s’agit bien du retour à un marxisme radical, stalinien, nourri par toutes les actions qui visent actuellement à saper les fondements de la démocratie et à remettre en cause en permanence le verdict des électeurs ( on pourrait donner en exemple les fameux « tribunaux citoyens » de Ségolène Royal ou l' incroyable appel à la « vigilance républicaine »). On assiste ainsi à une réhabilitation de Robespierre et St Just, à un éloge de Chavez. La cible, bien sûr, derrière tout cela, c’est le Capitalisme. Tout cela reste marginal, mais ne manque pas d’inquiéter.
Marcel Gauchet souligne l’irréalisme de ces positions « Elles témoignent de la décomposition politique de la gauche extrême…Je suppose que psychologiquement elles font du bien à ceux qui s’y rallient, mais, politiquement, elles ne pèsent rien, ne dérangent personne et surtout pas le pouvoir.. ». Selon Gauchet, elles arrangeraient même ce dernier qui les favoriserait par la politique d’ouverture et la promotion de l’extrême gauche, « avec Besancenot tous les soirs à la télévision », «Brandir le mot de communisme comme une espèce de surmoi sans base, c’est faire du bruit avec la bouche pour impressionner les gogos ». Gauchet a montré dans d’autres livres comment la démocratie était « la forme de sortie de la religion » ( et en ce sens on peut bien parler de racines chrétiennes du monde occidental), mais qu’elle souffrait d’une crise de croissance qui s’expliquerait en partie par l’hypertrophie de ses fondements post-chrétiens « les droits de l’homme ». « C’est la poussée ininterrompue et généralisé des droits individuels qui déstabilisent l’édifice. Si la démocratie peut être définie comme le pouvoir d’une collectivité de se gouverner elle-même, la sacralisation des libertés de la dite collectivité a pour effet de vider ce pouvoir de sa substance ».
Cette action de sape, souvent inconsciente des bases la démocratie par montée d’un hyper individualisme, parfois « à plusieurs » (communautarisme, corporatisme, et) se voit partout, y compris dans de nombreux blogs, ce que j’appelle, peut être improprement, le « Nouveau Poujadisme », celui de Marianne.

http://www.syti.net/Topics2.html

Partager cet article
Repost0
3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 21:08

f_universe_cover.jpg

 

Plusieurs journaux, il y a quelques semaines, ont fait part des inquiétudes de certains scientifiques. Ces "experts" s'inquiètent de la profusion des messages envoyés dans l'univers à destination d'éventuels extraterrestres : "Lorsqu'on commence à émettre et à attirer l'attention sur nous, il faut faire très attention à l'image qu'on donne. Nous pouvons apparaître comme une menace pour eux". Si la plupart des messages ne leur posent pas trop de problèmes, il n'en va pas de même pour beaucoup d'autres dont ils doutent qu'ils donnent une image convenable de notre civilisation et se demandent de quel droit certains ont choisi cette représentation là : photos de célébrités, d'hommes politiques, journaux de star etc....On ne saurait contester la pertinence de l'envoi des preuves de notre génie mathématique avec l'équation de Scroendinger, ou musical avec "les variations Goldberg", mais une chanson des Beatles est ce bien raisonnable?
La probabilité de l'existence d'extraterrestres n'étant pas très élevée (des calculs mathématiques ont montré que si la vie consciente était répandu dans l'univers, l'échelle de temps de son apparition comparée à celle de l'univers ferait qu'il y aurait un grand nombre de civilisations nées avant la notre qui auraient atteint un niveau technologique suffisant leur permettant de nous contacter; l'absence d'un tel contact est une preuve par l'absurde que nous sommes seuls), ces tentatives de communication risquent fort d'être une perte de temps fort couteuse. Néammoins si de telles civilisations évoluées existent, elles n'ont pas toutes forcément suivies notre évolution vers la déculturation et elles pourraient s'interroger sur l'intérêt d'une "civilisation" où les Beatles sont préférés à Bach...(je précise que je n'ai rien contre les Beatles même si je n'ai jamais été sensible à leur musique)

Je ne sais quelles photos d'hommes politiques ont été envoyées dans l'espace mais on espère qu'il ne s'agit pas par exemple de celle de Nicolaparte en compagnie de Christian Clavier ou de Bigeard...

" Mais comment faire confiance à cet homme là? Comment croire en lui? Comment le croire? Je ne peux pas ne pas voir en lui, éternellement, "le second mari de Mme (Jacques) Martin". Il est comme un poisson dans l'eau non seulement dans le milieu médiatique, mais dans celui du show-business, et dans la frange ou plutôt dans la couche la moins savoureuse de celui_ci. ....N'empêche, je n'oublie pas les vacances avec Christian Clavier. Peut on croire sérieusement aux envolées lyriques sur la France et sur sa grandeur d'un homme qui volontairement passe ses vacances avec Christian Clavier? L'idée que c'est la France de Christian Clavier qui va nous gouverner (elle nous régit déja) me soulève le coeur"
(Renaud Camus, Une chance pour le temps, Jouranl 2007)

Partager cet article
Repost0
2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 22:34

oedipe-et-le-sphinx-detail.jpg

 

Un de mes collègues, lors d'une conversation à propos du débat autour du livre de Michel Onfray,  où la psychanalyse a fait l'objet d'un échange "tendu",  a qualifié mon approche de passionnelle . Il faisait bien sûr référence à la passion dans son sens premier (passion affective, donc subie, dans son versant négatif, la haine) et non à la passion dans son sens trivial, d'intérêt excessif ou intense (en ce sens la mécanique quantique est pour moi une passion). J'ai essayé de dissiper quelques malentendus qui pourraient aussi concerner certains lecteurs de ce blog. J'ai lu Freud avec beaucoup d'intérêt, et même Lacan (je n'ai pas toujours compris mais "ça" reste fascinant). Je lui ai dit qu'en ce qui concerne les lapsus, les actes manqués, etc.,  qui étaient selon lui un acquis de la théorie analytique, au contraire je contesteait qu'ils fassent "sens", qu'il y ait une quelconque "compréhension" à en avoir, et s'il se trouve, ici ou là, qu'il y en ait une, celle donnée par la psychanalyse n'avait pas de fondements . Je ne nie en aucun cas l'inconscient, c'est même une des découvertes majeures de la biologie, la conscience n'étant que la partie immergée de l'iceberg, l'inconscient n'est que la somme de nos déterminismes génétiques, biologiques et environnementaux qui, tel la réalité pour la mécanique quantique, nous sont à jamais voilés. L'Oedipe n'a rien à faire là dedans car il n'existe pas.
La psychanalyse a du succès car elle répond à cette demande de "sens" au même titre que la religion ou d'autres disciplines. Elle ne me dérange pas plus que les autres (enfin si quand elle s'intéresse à l'homosexualité) tant qu'elle n'a pas de prétention "clinique" ( elle a fait tellement de mal à la psychiatrie française et encore plus aux malades). Il se trouve qu'elle est obligée de quitter le champ des maladies mentales où son échec est monumental. Apparemment, qu'il ait été démontré que la théorie était erronée quand il s'agit de ces maladies (il suffit d'aller lire les écrits qui concernent l'interprétation "analytique" de la schizophrénie , de la dépression maladie, de la psychose bipolaire ou des TOC!), ne dissuade pas de penser que la théorie puisse être dans le vrai pour le reste....
Ceci étant dit ne pas confondre refus de la psychanalyse et refus de la psychothérapie qui reste une arme thérapeutique indispensable. 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 22:07

419QQRKKTZL__SL500_AA300_.jpg

 

Dans l’avion qui me ramenait de Toulouse, j’ai terminé le roman de William Frederik Hermans, « La chambre noire de Damoclès ». Je l’avais acheté il y a deux ans environ, mes retards de lecture concernent des dizaines de livres, à la suite d’un article enthousiaste de Milan Kundera dans le monde des livres. Il est de plus en plus rare de refermer un livre avec cette sensation d’avoir entre les mains une très grande œuvre. Hermans est un écrivain hollandais, très connu dans son pays, mais peu chez nous, d’autant plus qu’il en a interdit la parution dans les années 60 car il jugeait la traduction insatisfaisante. Sa sortie en 2006 serait passée presque inaperçue sans Kundera. Il n’est pas facile de parler de ce livre inclassable, qui se passe en Hollande durant la 2è guerre mondiale, et décrit des évènements « réels » mais sur un mode à la limite du fantastique, quasi surréaliste. De quoi s’agit-il ? Le personnage principal, Osewoudt, jeune homme falot, imberbe, petit, à la voix de castrat, dont la mère, folle, vient de tuer son père, rencontre dans les premiers jours de l’occupation , un inconnu, Dorbeck, qui lui ressemble comme un sosie. Ce « double de lui-même » va le mettre en contact avec la résistance et lui faire accomplir les missions les plus dangereuses, jusqu’au meurtre. Il lui remet une pellicule photographique, qui telle « la lettre volée » d’Edgard Poe, va constituer le fil rouge de cette histoire sans jamais livrer tout son sens. A la libération, arrêté par les libérateurs et livré à la résistance, il va être pris pour un collaborateur des allemands, sans qu’il arrive à prouver ses actions héroïques qui se retournent contre lui, Dorbeck ayant mystérieusement disparu. Le livre se présente comme un thriller psychologique, et se lit comme tel, mais son propos est tout autre que celui d’un thriller. Il traite de l’ambiguïté morale des situations, des actes et des comportements. Les meurtres que le héros commet sans remords sont « juste et bons » car ils lui sont dictés comme tels, mais ils ne le sont pas « en soi ». Une photo prise en compagnie de Dorbeck, pourrait le disculper, une fois développée dans une chambre noire, équivalent de l’épée de Damoclès….Les épisodes absurdes, voire burlesques, tel celui-ci où, en fuite et déguisé en infirmière, il apparaît comme la première femme « désirable » pour un officier allemand homosexuel, se succèdent ajoutant encore à l'étrange. L’auteur, plusieurs années après la publication du roman a rajouté cette phrase en épilogue : « Je puis le chercher s’il n’est pas là, mais je ne puis le prendre s’il n’est pas là ».
Je n’éprouve plus que rarement ce plaisir de lecture avec les œuvres françaises. Le roman qui m’a le plus marqué ces 20 dernières années est celui d’un autre auteur Hollandais, Harry Mullisch (paraît-il nobélisable), un roman « métaphysique » éblouissant - « La découverte du ciel ».

Partager cet article
Repost0
30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 19:49

arbre3b0404.jpg51GuSMac4SL__SL500_AA300_.jpg

 

 

Dans un billet récent consacré à la fidélité chez les gays, je n'ai pas abordé cette question sous la problématique du désir. Le désir, il y a tellement de théories sur lui...On le sait j'adhère à celle de René Girard, celle du désir mimétique. Le désir a pour moteur l'imitation de l'autre : en ce sens  il est désir de l'autre, c'est à dire qu'il imite le désir de l'autre, mais il ne le sait pas. La grande littérature nous l'a appris depuis longtemps, comme l' a magistralement montré René Girard dans "Mensonge romantique et vérité romanesque".  Le désir a toujours des objets à investir que l'autre lui désigne sans cesse, on échappe jamais au désir de l'autre, et même le "narcissique" n'est pas la résultante d'un désir qui se désire lui même, mais d'un désir qui imite encore le désir de l'autre, le désir que l'autre nous porte...Le désir n'est jamais satisfait, non parce que le désir c'est le manque (Lacan/Freud), mais parce que l'autre (il faut entendre par l'autre non bien sûr l'objet du désir, mais un tiers) nous donne sans arrêt par son propre désir des objets à désirer, c'est au contraire le "trop plein". Le désir ne s'épuise pas, il change d'objet. La fidélité n' épuise pas le désir,  elle disparait avec lui. C'est pour cela que bien souvent les "fidèles" vous quittent, ils ne vous désirent plus, et ils ne croient aimer que s'ils désirent. La fidélité n'a rien à voir avec l'amour (avec un petit a), elle n'est qu'une forme de rapport au désir, et l'amour lui même pas grand chose (on peut continuer à aimer des gens qu'on ne désire plus).L'amour n'est une bien douce illusion, mais je plains ceux qui n'ont jamais aimé. Je ne crois pas non plus, pas une seconde, que le désir cherche à façonner l'autre selon un "idéal" ( ou alors ce n'est qu'une des expressions possibles du désir chez certains), mais qu'au contraire il est d'autant plus ardent tant que quelque chose de l'autre nous échappe. Je n'ai jamais autant désiré que ceux qui étaient pour moi en fait inaccessibles, que le désir des autres me désignait comme inaccessible. Ce n'est pas ceux que j'ai "le plus désiré" que j'ai aimé. 

Partager cet article
Repost0
29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:20

Zizek300.jpg

 

Force est de constater (mon propos n’est pas ici de dire si je le regrette ou pas) que la victoire idéologique de la droite est totale. Aucune des réformes engagées depuis 3 ans n’a été retirée, même dans des domaines où cela avait toujours été le cas (éducation, retraite, universités), les mouvements sociaux sont d’une ampleur limitée et les soutiens aux grèves de la part de la population sont plus que mitigés. Même au sein du PS, c’est sur les thèmes imposés par la droite que l’on s'est étripé jusqu'à la victoire des régionales avec un baroud d’honneur pathétique des nostalgiques de la Commune (Emmanuelli, Hamon, Mélanchon, et c’est à la droite du parti que se situe le plus populaire des leaders de gauche, DSK. Cette victoire idéologique n’est pas récente, elle date en fait de la dernière campagne présidentielle, et il fût savoureux de voir Cruella s’en prendre à Delanoë qui avait osé employer le mot « libéralisme » , alors que c’est elle qui l’avait introduit dans son programme! Le manifeste publié par le PS il y a un peu plus d'un an qui jette la lutte des classes, la révolution et autres anachronismes à la poubelle, les groupes de réflexion récemment crées, qu’il s’agisse des Gracques ou de Terra Nova, tout va dans ce sens. Résultat, il n’y a plus vraiment d’opposition, en tous cas politique. Ce qui en tient lieu aujourd’hui c’est la presse, qui brûle ce qu’elle adorait il n'y a pas si longtemps ( sans parler bien sûr de notre « Minute rouge », Marianne) et le monde des arts et de lettres (90% des innombrables livres sur Nicolaparte, émanant souvent d’écrivains qui s’acharnent à le démolir).
Dans ces conditions on a du mal à saisir les raisons de l’impopularité, massive de Nicolas Sarkozy qui a débuté bien avant la crise finacière et économique (qui ne peut donc l'expliquer à elle seule). Elles ont sans doute multiples, mais j’ai trouvé très vrai cette hypothèse d’un des écrivains ayant écrit un livre sur lui : la jalousie. Sarkozy a pris un très grand risque en « désacralisant » la fonction, en n’arrêtant pas de signifier qu’il était comme « le français moyen » (il jure, il aime le m’as-tu vu, il jouit, etc). Les mécanismes de l’envie fonctionnent d’autant plus intensément qu’on est « proche » de celui qu’on envie (on jalousera la voiture du copain plus chère que la sienne, mais pas celle de telle ou telle star), on ne jalouse vraiment que ce qui est « à sa portée ». Vous pouvez être certains que si on pouvait facilement accéder aux déclarations fiscales des autres, ce sont celles des voisins et des amis qui seraient consultées en premier, pas celles des patrons du Cac 40 ! Une anecdote récente entendue sur une radio faisait état d’une réunion où Sarkozy, montrant sa nouvelle montre aurait dit « J’ai enlevé ma Rolex puisqu’il parait que c’est trop ostentatoire, avec celle-ci on me fout la paix, mais elle vaut 10 fois plus ! ». Et oui une Rolex, c’est très bof, donc très visible, et cela reste dans le domaine de ce qu’on peut espérer s’offrir un jour (les petits caïds de banlieue en raffolent). Il montre trop qu’il aime l’argent, il montre trop son goût du luxe et pire « sa réussite sexuelle » (Mitterrand et Giscard et d’autres avaient une vie sexuelle agitée, on le savait, mais ils étaient auréolés de leur fonction et ne s’exposaient pas). Il n’est de pire jalousie que celle d’une satisfaction sexuelle qui s’expose…Il y a tant de frustrés sur ce plan là…Je suis même convaincu que la facilité « sexuelle » qui est attribuée au « milieu homo » est une des racines de l’homophobie et aussi du rejet que ce milieu suscite chez les gays qui n’en font pas partie. Je me demande s’il n’a pas commis le type d’erreurs dont on ne se remet jamais…

Dans la réflexion qui agite actuellement la gauche, j’ai déjà parlé de Slajov Zizek, ce néo-marxiste qui fait l’apologie de Saint Paul. Je ne partage certes pas ses idées mais il vient de publier un livre, que je n’ai pas encore lu, « La Parallaxe » où il applique à la philosophie une notion déjà très heuristique en physique quantique :
« La réalité «se trouve prise dans le mouvement par lequel nous la connaissons», et «notre connaissance de la réalité est incorporée dans la réalité elle-même, comme le journaliste incorporé dans les troupes américaines en Irak». Et Zižek d’appliquer cet «écart» à toutes les autres oppositions, sujet/objet, idéalisme/matérialisme, immanence/transcendance, capitalisme/communisme, économie/politique, etc.
«Un manque». La parallaxe fait entrevoir la «différence pure» : non pas «la différence entre un élément et les autres, mais la différence de l’élément vis-à-vis de lui-même». Voilà ce que Zižek considère être «la leçon essentielle de Hegel» (qu’il illustre par des références au ruban de Möbius, au Carré noir sur fond blanc de Malevitch ou à un documentaire de Kieslowski) : il n’y a ni «grand Autre» ni «détermination substantielle» de quoi que ce soit. Une nation, par exemple, n’a «aucun contenu» : elle «existe uniquement dans la mesure où ses membres se considèrent comme tels». Et l’homme n’est que «l’animal qui se reconnaît comme homme», ou «un manque qui, pour se combler, se reconnaît comme quelque chose». Tout, en fait, est «son propre masque», et chaque individu est sa «différence minimale» qui le condamne à rester un individu qui «se ressemble». Les Marx Brothers avaient raison : «Vous ressemblez à X, il n’est donc pas étonnant que vous soyez X.»

 

" Les achriens sont seuls à connaître la jalousie dans toute son ampleur, puisqu'ils peuvent désirer leur rivaux"

(Renaud Camus, Notes Achriennes, P.O.L., 19801)

Partager cet article
Repost0
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 20:54

 

 

Alain-Propos.jpg« Ce que serait « ma gauche » » est le titre d’un article qu’Edgar Morin a publié dans le Monde ce week-end. Il y a bien des années de cela il fût un de ceux qui ont puissamment contribué à ma façon de voir et de comprendre le monde. Je l’ai suivi pas à pas dans l’élaboration de sa gigantesque méthode, 6 volumes qui constituent un véritable encyclopédie du paradigme de « complexité » dont il a cherché à établir les fondements. Pourtant c’est avec perplexité que j’ai découvert cet article où il appelle « les » gauches à suivre un nouvelle voie : « La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l'humanité : l'accession à une société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d'associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution »… « Préparons un nouveau commencement en reliant les trois souches (libertaire, socialiste, communiste), en y ajoutant la souche écologique en une tétralogie. Cela implique évidemment la décomposition des structures partidaires existantes, une grande recomposition selon une formule ample et ouverte, l'apport d'une pensée politique régénérée». Comment un tel penseur peut il être si naïf et faire l’économie de la problématique du « Mal » ? Irrité aussi par certains dérapages « voir Israël traiter le Palestinien comme le chrétien traitait le juif » : on aimerait savoir, comme un lecteur du Monde l’a souligné en commentaire, en quoi les juifs ont jamais menacé la chrétienté d’anéantissement ?
Mais revenons au sujet « ma gauche ». Si je devais me poser cette question, peut être devrais je d’abord me résoudre à répondre à une autre, « suis je encore de gauche? » et cela à condition qu’elle ait encore un sens. Jacques Julliard rappelait dans un ancien numéro du Nouvel Observateur cette phrase célèbre du philosophe Alain dont, adolescent, je dévorais les "propos" :"Lorsqu'on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche a encore un sens, la première idée qui me vient à l'esprit est que l'homme qui pose cette question n'est certainement pas un homme de gauche". J'ai très longtemps adhéré à cette opinion. Elle reste, sans doute, en partie vraie, mais une révolution "culturelle", salutaire, me semble en marche. Les bases théoriques ( et schématiques !)de la pensée de droite (le mal est dans l'homme) et de la pensée de gauche (le mal est dans "l'organisation sociale") sont en train de s'affaiblir. Je suis depuis longtemps convaincu que le mal est dans l'homme (en bon girardien) et pourtant, du moins je feins de le croire encore, de gauche. Je me reconnais tout à fait, une fois n’est pas coutume, dans les propos tenus par Fabrice Luchini (qui a pourtant plutôt le don de m’exaspérer…et dont dans le même article l’enthousiasme pour la psychanalyse, le vote écolo et la haine de Rousseau ne devraient pas augmenter mon maigre capital de sympathie ) : « je ne suis pas de gauche parce que je pense que l’homme n’est pas ce que les gens de gauche pensent qu’il est. Je n’aime pas dans la gauche l’angélisme, l’enthousiasme. Je ne suis pas de droite parce qu’elle a oublié qu’il y eut une droite qui n’était pas affairiste, parce qu’elle a oublié les hussards : Antoine Blondin, Roger Nimier, Jacques Laurent… ».
Je n’ai jamais voté à droite ou pour mes intérêts « de classe » mais c’est avec effarement que j’ai découvert les propositions du PS sur les retraites. Je ne pourrai certainement pas voter pour un parti qui défendrait cette ligne absurde en 2012. Fabrice Luchini, s’appuyant sur Nietzsche « Malheur à moi, je suis nuances », semble croire que la « gauche différente », celle de DSK, de Delors, de Rocard, n’a aucune chance. Il est peut être exagérément pessimiste. La spéculation financière, « le marché », vont peut être nous obliger enfin à nous rendre compte que nous allons dans le mur et à s’occuper des déficits ? Quoiqu'il en soit de très difficiles années nous attendent.

Partager cet article
Repost0
26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 22:36

SAIGNE1.jpg

 

Il m'arrive souvent que des amis ou connaissances m'interrogent sur ce que je pense de l'homéopathie. Il y a quelques temps j'ai eu à répondre à un courriel d'une amie qui présentait une toux dont elle n'arrivait pas à se débarrasser :

 

"Cette toux n'était donc pas psychosomatique...Pneumopathie virale? C'est l'époque en effet, les "adénovirus" du printemps. Si elle est virale l'allopathie est inutile puisqu'on n'a pas de médicament vraiment actif contre les virus, surtout pas les antibiotiques (selon le slogan qui ignore la langue française: "les antibiotiques, c'est pas automatique") bien que   dans le cas d'une pneumopathie virale il puisse parfois être utile d'en donner pour éviter une surinfection bactérienne...

Revenons donc sur les "médicaments". La question est complexe et je ne sais par où commencer. Quand je t'ai écrit que 80% des maladies guérissaient toutes seules et que les 20% restantes on ne savait pas les guérir, j'ai certes un peu exagéré (en effet on sait guérir les infections bactériennes grâce aux antibiotiques et prévenir pas mal d'infections grâce aux vaccins) et forcer le trait pour souligner que bien des affections banales ne nécessitent pas de recourir systématiquement aux médicaments. Alors pourquoi l'industrie ( et la recherche en général) s'acharnent à découvrir des médicaments. Certes pour faire du profit, tu as raison, mais explique moi comment investir dans la recherche sans faire de profit? mais laissons cela pour cette fois, car rien n'est noir ou blanc là encore, et je ne nie aucunement les dérives. Si nous ne savons pas guérir un certain nombre de maladies, les médicaments permettent toutefois d'en atténuer notablement les conséquences invalidantes, d'augmenter souvent la durée de vie, et surtout d'en soulager les symptômes (maladie de parkinson, diabète, hypertension, etc...). Quant à celles qui guérissent toutes seules, la majorité ( nombre d'infections virales notamment dont les victimes encombrent inutilement, au détriment du budget de la sécurité sociale, les cabinets médicaux : grippes, rhumes et autres), les médicaments permettent d'atténuer l'inconfort parfois très pénible qu'elles entraînent. C'est le cas des coliques néphrétiques, elles guérissent toutes seules ( ou sinon il faut recourir à la chirurgie) mais elles font affreusement mal et dans ce cas les "antidouleur" allopathiques sont très efficaces. Revenons donc au débat "allopathie/homéopathie". Tu m'as  partiellement compris. Une proportion non négligeable de la "pharmacopée" allopathique n'a peut être pas beaucoup plus d'efficacité que l'homéopathie. C'est la raison pour laquelle tant de médicaments sont (et seront) déremboursés (ils ont été autorisés à une époque où l'évaluation des médicaments était très fantaisiste). Je ne crois qu'à ce qui est "évalué", c'est à dire à ce qui a démontré son efficacité (en double aveugle contre placebo). Et jusqu'ici, seuls les médicaments allopathiques se prêtent à l'évaluation! Le " (ir)rationnel" sur lequel se base l'homéopathie est incompatible avec la physique actuelle, qui elle est réfutable par "l'expérience". Malheureusement, avec des explications aussi fumeuses que les psychanalystes, les homéopathes se refusent à l'évaluation ( en double aveugle contre placebo justement: pourtant ce serait irréfutable et bien plus facile à mettre en œuvre que pour la psychanalyse). Le mystère c'est que l'homéopathie soit toujours remboursée, sans évaluation, ce qui est impossible maintenant pour un médicament allopathique! En fait pas si mystérieux que cela, nos dirigeants sont habités par la pensée magique, comme le commun des mortels ( même F.Mitterrand fréquentait les astrologues...). Amusant de voir aussi que le plus souvent les homéopathes prescrivent en même temps de l'allopathie ( si ça marche on pourra dire que c'est la partie "homéopathique" qui a marché!). Et pour ce qui est du profit les homéopathes ne sont pas en reste...Quant à la chimie allopathique (mais de nombreux médicaments allopathiques sont dérivés des plantes) elle n'est  jamais innocente, bien sûr, c'est pourquoi elle est efficace (et donc parfois dangereuse). Ce qui est sans aucun risque est le plus souvent inefficace (par définition!)."

Partager cet article
Repost0
25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 21:43

 

gecole4-copie-1.jpg

 

Certains de mes billets précédents ont abordé sous plusieurs angles le problème de la fidélité sexuelle en milieu gay. En faisant un peu de rangement je suis tombé sur ancien article de libération dans lequel étaient publiés les commentaires d'un sociologue sur les enquêtes concernant la fidélité dans le couple ( hétéro ou gay). Voici ce qui était dit des gays :
" Et dans les couples gays ? Selon Arnaud Lerch, sociologue au Centre de recherche sur les liens sociaux (Cerlis), «les études quantitatives que l'on possède estiment qu'à peu près un couple gay sur deux est sexuellement non exclusif». Cette différence très notable par rapport aux hétéros s'expliquerait pour «des raisons historiques très concrètes : du fait de la stigmatisation, la sexualité entre hommes s'est longtemps résumée à de la "consommation sexuelle" anonyme. La question affective et la question sexuelle sont donc devenues plus autonomes.»

Une perception qui n'aurait pas évolué, même si la condamnation de l'homosexualité se fait moins sévère. «Les gays d'aujourd'hui sont héritiers de cette histoire-là, de cette pesanteur, de cette oppression, poursuit Arnaud Lerch. Le système de représentation du couple est différent, la monogamie n'est pas une évidence.» Chez les gays, la norme de la monogamie est ainsi remise en question : «En couple, on discute à deux du caractère exclusif, ou non, de la relation.» Mais même dans les relations ouvertes, il est parfois difficile d'accepter l'infidélité : «C'est quand même compliqué d'entendre les détails intimes d'une relation avec un autre. On se demande "pourquoi je ne lui suffis pas ?, qu'est-ce qu'il a que je n'ai pas ?" »

Alors, si l'infidélité perdure, le couple mettrait en place des stratégies qui visent à conserver le lien privilégié entre les deux partenaires. Par exemple : ne pas passer plus d'une nuit avec quelqu'un d'autre. C'est une façon de «limiter l'invasion dans le monde conjugal», explique Arnaud Lerch. Lui veut d'ailleurs rappeler que la fidélité peut dépasser, parfois, les conventions sexuelles. «J'ai rencontré deux gays qui étaient ensemble depuis vingt ans, ils n'avaient plus de relations entre eux, mais chacun avec d'autres hommes. Eux n'étaient pas "amis", ils étaient vraiment en couple. Ils avaient créé un rapport à la fidélité tout à fait inédit.»

Les sociologues sont aussi imprudents que les psychanalystes et semble t’il pas beaucoup plus attaché à la méthodologie scientifique. On pourrait d'abord fortement discuter les chiffres qui ne peuvent être fiables dans ce genre d’enquêtes déclaratives: un couple gay sur 2 infidèle ? Pour qui est un habitué de la vie gay à Paris ce chiffre parait très sous-estimé, alors qu’il est sans doute exagéré dans les petites villes de province. Ensuite, ce n’est le « couple » qui est infidèle, mais l’un ou l’autre (ou les deux) de ses protagonistes. Ce n’est pas le plus important, que l’infidélité « sexuelle » soit nettement plus répandue chez les homos que chez les hétéros, personne ne songerait à le contester, mais dire que notre infidélité est une séquelle de notre oppression passée ma parait une interprétation bien hasardeuse! C'est n'avoir rien compris (ne même pas imaginer) à ce qu'est la sexualité entre deux hommes, c’est oublier que la multiplication des lieux gays de rencontres les facilite, de même que l’absence des liens administratifs du mariage et d’enfants rend cette infidélité moins « risquée », à conséquences moindres que pour les hétéros.

Ceci dit il y a aussi des vérités dans ce qui est dit, notamment ce passage qui concerne les plus jeunes ( hétéro ou gay) et qui contredit d’ailleurs la thèse selon laquelle l’infidélité gay serait un stigmate de l’opression :
" C'est moins le cas chez les jeunes tourtereaux. «Les couples débutants sont ceux qui croient le plus à la fidélité parce que l'engagement sexuel est totalement central dans la phase initiale, il contribue à constituer le couple, note Michel Bozon. Par la suite, d'autres éléments contribuent à stabiliser, à faire tenir le couple, le fait d'avoir des enfants, ou de posséder un logement commun, par exemple.»"

 

.
"Les fous d’amour/
Autre difficulté terminologique : je n'ai aucune intention d'abandonner "l'amour" aux tenants du couple fermé, pas plus qu'ils n'entendent, je suppose, renoncer au sexe.
L'amour a ses avares, ses calculateurs, ses besogneux, ses petits épargnants. Il a ses princes, ses danseurs, ses poètes, ses paniers percés, ses prodigues. J'en sais qui peuvent donner plus d'amour en une nuit, dans une chambre qu'on ne reverra jamais, voire en dix minutes dans une salle d'orgie, dans un jardin, dans les pissotières sous la lune, plus d'élan, plus d'enthousiasme, plus de chaleur, plus de générosité, plus d'intensité d'émotions, que d'autres en dix ans de mariage, et fidèles.
(Renaud Camus, Notes achriennes, 1980)

Partager cet article
Repost0
24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 21:59

 

le-squat-3.jpg

Il y a 5 ans, déjà, que j'ai découvert, à la suite d'un examen radiologique motivé par un accident de ski, que ma pratique quelque peu excessive de la musculation m'avait mis en danger.

Tout avait commencé à la mi mars, nous étions Bertrand et moi en vacances à La Plagne. Notre journée de ski touchait à sa fin, en route vers l’hôtel, je venais de quitter un télé siège pour en rejoindre un autre quelques mètres en contre bas, Bertrand, toujours vif s’étant élancé avant moi, je commençais à prendre un peu d’élan sur la pente peu prononcée qui allait à l’autre téléski et….je ne peux vous raconter les quelques minutes qui suivirent car je n’en ai aucun souvenir ! J’ai repris conscience à terre, sur le dos, incapable du moindre mouvement avec mes bras et mes mains qui étaient complètement inertes et que je ne sentais plus, alors que mes jambes semblaient fonctionner. Il m’est impossible de raconter tout ce qui a pu défiler dans mon esprit à ce moment là, réalisant en un éclair que j’avais très probablement un traumatisme du rachis entraînant une paralysie des deux bras, les souvenirs de toute une vie se télescopent, je me souviens surtout m’être inquiété du stress de Bertrand quand il lui faudrait rapatrier ma voiture alors qu’il n’avait pas le permis de conduire… ou m’être demandé pourquoi personne ne venait s’occuper de moi….Très vite, peut être trop vite pour qu’on s’inquiète autour de moi, j’ai perçu des sensations à type de fourmillements dans mes bras, un peu semblables à ce que l’on ressent quand on s’est endormi un peu trop longuement sur un membre, j’ai progressivement retrouvé leur motricité, une impression de résurrection, la sortie d’un cauchemar (on peut imaginer vivre sans jambes, mais sans bras….), et j’ai pu me relever et rechausser mes skis. J’ai alors constaté que j’avais brisé mes lunettes et que j’avais de petites plaies superficielles au menton et au sommet du crâne. Dans un état second j’ai appelé Bertrand qui m’attendais au pied du télésiège suivant et qui s’est exclamé « qu’est ce que tu fous ? », je lui ai dit que j’avais eu un problème et que j’arrivais. Il m’a confirmé qu’il s’était écoulé tout au plus 4-5 mn depuis le moment où il m’avait devancé. Une fois que je l’ai eu rejoint il m’a trouvé bizarre, répétant souvent la même chose. Nous sommes redescendus en ski jusqu’au studio que nous occupions…Une «folie», de la pure inconscience, qui a fait hurler mes confrères lorsqu’ils l’ont appris, et ce d’autant plus que ce qui m’était arrivé était du domaine de ma spécialité ! : un traumatisme du rachis étant certain, j’aurais du appeler les secours pour me faire descendre sur un brancard et passer en urgence une radio du rachis cervical à la recherche d’une fracture ou d’un déplacement de vertèbre. Pire, alors que je ressentais une douleur des deux épaules, qui allait cependant disparaître progressivement ( douleur qui m’a d’abord intrigué, comment avais-je pu tomber sur les 2 épaules à la fois ?- techniquement impossible- jusqu’à ce que je ne m’aperçoive qu’il s’agissait non pas d’une douleur de l’articulation de l’épaule, mais d’une hypersensibilité de la peau à ce niveau là, probablement due à une compression traumatique des racines nerveuses de ce territoire), j’ai continué à skier le lendemain et suis revenu à Paris en voiture le surlendemain. Je m’étais construit un scénario rassurant : j’avais du croiser mes skis ce qui m’avait projeté en avant tête la première, d’où un traumatisme crânien avec perte de connaissance brève (entraînant classiquement une amnésie de la chute) et banal « coup du lapin ».
De retour à Paris j’ai tout de même fait une radio du rachis cervical qui a contribué à me rassurer, elle était parfaitement normale. Mais être médecin vous amène à fréquenter beaucoup d’autres médecins qui, eux, s’évertuaient à m’inquiéter…Les cardiologues s’interrogeaient sur ma perte de connaissance qui nécessitait selon eux un bilan cardiaque et circulatoire, tandis que les neurologues se répartissaient en deux camps, ceux qui m’incitaient à rechercher également une cause (en faisant une IRM) à ma perte de connaissance, par exemple la rupture d’une petite malformation vasculaire de la moelle épinière, et ceux pour lesquels il était évident, comme je le pensais, que ma perte de connaissance était la conséquence d’une chute avec traumatisme crânien. On peut certes avoir « la vérole et un bureau de tabac », mais l’attitude scientifique postule de rechercher d’abord une explication unique à une relation causale entre plusieurs évènements, ici chute accidentelle, perte de connaissance par traumatisme crânien avec choc cervical entraînant une souffrance de la moelle épinière et non pas deux histoires distinctes comme la perte de connaissance inaugurale par problème cardiaque qui provoque une chute et un traumatisme cervical (en général une telle perte de connaissance vous fait vous effondrer sur vous-même et non sur le crâne !). Je n’ai commencé à être inquiet que 3 semaines après l’accident quand j’ai commencé à ressentir, lors des mouvements de la tête et du tronc, des manifestations sensitives étranges (picotements, fourmillements, décharges électriques, etc.) au niveau du haut du dos et dont le territoire n’a cessé de s’agrandir pendant les 2 mois suivants pour atteindre l’extrémité des membres supérieurs. J'étais de plus inquiet, m'attendant à tout moment à voir réapparaître les paralysies. Mes connaissances médicales ne pouvaient que renforcer l'inquiétude. Je me suis alors décidé à faire l’IRM conseillée. Le radiologue, au vue des résultats, m’a demandé si j’étais « rugbyman » ! En effet j’avais les lésions classiques de la pratique de ce sport, notamment pour ceux qui sont dans la « mêlée» : outre un rétrécissement congénital du canal cervical où passe la moelle, ce rétrécissement se trouvait aggravé par l’existence de plusieurs hernies discales qui faisaient protusion dans le canal. Je n’avais pourtant jamais fait de rugby, mais je pratique un sport moins connu des radiologues dont certains exercices pourraient provoquer des lésions similaires. En effet je fais régulièrement de la musculation, et je l’ai eu pratiquée, il y a quelques années, de façon intensive, notamment le « squat », mouvement qui consiste à charger une barre sur les épaules (je suis allé jusqu’à 170 kg…) et à s’accroupir pour se redresser à la force des quadriceps. Il est bien connu que ce mouvement est dangereux pour le rachis lombaire, d’où le port d’une ceinture de protection, mais on sait moins qu’il peut aussi être dangereux pour le rachis cervical, notamment en présence d’un « canal étroit ». Le neuro-chirurgien consulté alors m’a confirmé que « tant qu’il n’y avait pas de paralysie… » il fallait se contenter de suivre l’évolution et qu’aucune tentative de « décompression » par chirurgie des vertèbres cervicales n’était à prévoir pour l’instant, mais qu’avec l’âge et l’aggravation des lésions par l’arthrose ceci n’était pas à exclure dans le futur…Il m’a bien sûr conseillé de revoir avec attention mon programme de musculation et à prendre soin de mon rachis en évitant certains sports à risque (plongée, cheval, cyclisme etc…).
Puis miraculeusement, à partir de la mi-juillet, les manifestations sensitives ont commencé à refluer selon le même trajet que celui de l’aggravation, à diminuer d’intensité, et à disparaître en deux mois, le flux, puis le reflux. Très probablement le traumatisme cervical avait entraîné, outre le choc violent inaugural qui avait « sidéré » la moelle pendant quelques minutes d’où la paralysie, et une compression d’un vaisseau a du provoqué un problème circulatoire à ce niveau avec reconstitution progressive.
Tout étant rentré dans l’ordre j’ai cependant modifié quelque peu ma façon de m’entraîner. Et jusqu’ici je ne suis pas retourné faire du ski….Mais les lésions sont toujours là, sorte d’épée de Damoclès. J’ai commencé à faire du sport, il y a maintenant 25 ans, par peur de vieillir, « pour rester sur le marché ». Il s’en est fallu de peu que je ne subisse un brutal et prématuré « retrait du marché »…Depuis cet « accident » il m’arrive de considérer avec plus de distance bien des ennuis de la vie de tous les jours…

Partager cet article
Repost0