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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 22:06

jesumomo.jpg "L'avortement ou le mariage entre personnes de même sexe sont des questions anthropologiques qui ne sont pas strictement religieuses", vient de déclarer  le porte-parole de l'épiscopat portugais, le père Manuel Morujao. Pourtant, alors que le Portugal s'apprête à légaliser le mariage homosexuel, Benoît XVI a affirmé que les questions éthiques et spirituelles n'étaient pas "du "domaine privé". On peut y voir une certaine divergence de vue...

Mais savez vous que ce Pape, que l'on sait philosophe est même au fait de la théorie Queer. La théorie Queer critique la notion de genre et l'idée préconçue d'un déterminisme génétique de la préférence sexuelle : « Considérant le genre comme un construit et non comme un fait naturel, la théorie queer est avant tout une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d'une société envisageant la sexuation comme constitutive d'un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l'idée de la complémentarité dans la différence et censé s'actualiser principalement par le couple hétérosexuel » (copier-coller wikipedia, histoire de gagner du temps). Cette théorie, influencée par les œuvres de Foucault et Derrida a sans doute constitué la forme la plus radicale du mouvement de libération homosexuel et l’on peut s’en faire une idée en parcourant le livre « Folles de France » dont il a déjà été question dans ce blog. Benoit 16 a évoqué il y a quelques mois cette théorie : "si les forêts tropicales méritent notre protection, l'homme (...) ne la mérite pas moins...Une écologie de l'homme, justement comprise, est nécessaire", a-t-il dit, ajoutant que "parler de la nature de l'être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d'une métaphysique dépassée". "L'homme veut se faire seul et disposer seul de ce qui le concerne, mais en agissant ainsi il vit contre la vérité, il vit contre son créateur". Je vais encore me faire accuser de « papiste », mais je souscris au moins partiellement, les lecteurs de quelques billets lointains de ce blog savent que j’ai donné les arguments en faveur de l’origine, sinon génétique, tout au moins épi-génétique de la préférence sexuelle. Quant à dire qu’il s’agit d’une «volonté du créateur», je ne me prononcerai pas, en bon agnostique.
Jusqu’où ne va pas se nicher l’idéologie du sympa : on vient de demander par sondage à un échantillon de la population s’ils trouvaient Jésus-Christ sympathique ! Ce qualificatif ne me serait pas venu à l’idée, mais je suis moi aussi d’une autre époque. La réponse est positive pour une majorité de français, je ne suis pas sûr qu’on aurait trouvé la même réponse si la question avait concerné Mahomet….

Restons dans le sujet :

« Flatters est allé samedi soir au Dépôt, et il me dit y avoir sucé, avec beaucoup de plaisir, un nombre incroyable de queues :

« Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, je n’arrête pas de sucer des queues. C’est ce qu’on appelle une pulsion thétique ? »

Ni l’un ni l’autre ne savons trop ce que c’est vraiment que la « pulsion thétique », si elle existe ; nous n’avons même pas une idée très claire de ce que peut bien signifier « thétique », sinon l’inverse d’antithétique. Mais j’ai vu dans le dictionnaire, avant de quitter Plieux, qu’une des définitions de cet adjectif était : « se dit de ce qui pose qqch. Comme ayant une certaine réalité. »

Flatters après tout n’était donc pas si loin. »

(Renaud Camus, Le royaume de Sobrarbe, journal 2005)
PS : Flatters est le surnom, dans le journal de Renaud Camus, du peintre Jean-Paul Marcheschi,
http://www.marcheschi.fr/

 

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 19:29

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Au moment où Tristan Garcia publie un deuxième roman je voudrais revenir sur le premier (il parait en livre de poche) qui a figuré longtemps dans les meilleures ventes de livre et dont j'ai brièvement parlé dans un billet précédent. Ce roman « percutant », au style vif, « moderne », trop moderne peut être, ne me semblait pourtant ne pouvoir atteindre qu’un public limité. Je ne suis pas sûr qu’il ait mérité tant d’éloges, même si j’ai pris à sa lecture un plaisir certain. On a souligné ce qu’il pouvait y avoir d’étonnant dans cette saisissante description des années sida et des polémiques qui les ont accompagnées par un jeune homme de 27 ans qui ne les a pas vécues. On oublie cependant souvent de préciser qu’il s’agit avant tout de ce qui a agité, dans les années 80, le petit milieu intellectuel gay du marais (une façon de parler, le Marais n'existait pas encore...) et qu’il ne s’agit en aucune façon d’un reflet de ce qui s’est réellement passé sur le « terrain ». Il s’agit d’une fable, dont les personnages principaux sont certes inspirés par des célébrités de l’époque. Leibowitz est une sorte de « condensé » de Finkielkraut et de BHL, Dominique Rossi emprunte certains traits à Didier Lestrade le fondateur d’Act Up, tandis que Willie n’est pas sans rappeler le romancier sulfureux Guillaume Dustan, mais ils restent des personnages de roman et ne sont en aucun cas des doubles. Et cette fable n’a pas de morale, ou si morale il y a, elle se traduit par ce propos du 4è personnage, la journaliste, totalement fictive elle, de libération, qui est liée affectivement aux trois autres et qui dit à propos de Willie qui meurt, dans le livre comme son pseudo double dans la vie, du Sida : «Le trésor d’un homme est-il dans ce qu’il laisse – des sentiments, des certitudes, des objets, des images, et des gestes –ou dans ce qu’il garde ? Sans doute ceux qui laissent énormément, ceux qui restent, n’ont-ils en eux qu’infiniment peu… », ou encore : « C’était quelqu’un de pur. Au contact du monde, cela donne une personne extrêmement sale. ». On sent une certaine affection de l’auteur pour Willie, celui qui s’oppose violemment à la capote et qui dit à ce propos : « On n’est pas pédé pour ça…On est pédé parce qu’on encule la société, parce qu’on veut pas collaborer, et parce qu’on sait qu’on vit pas, on meurt. Tiens, tu sais quand c’est commence à mourir ?....Quand tu nais, putain…tu commences à mourir. La vie ça n’existe pas. On meurt dès le départ ! Tout c’qu’existe, c’est le plaisir. Les impulsions neuronales, tu comprends, depuis ta bite. C’est super quand tu vois tous ces jeunes péds, et qui viennent me voir, et qui me disent merci, putain j’y croyais plus. Ils ont le goût du sperme, le poz cum, tu peux pas savoir, faut risquer sa vie pour ça. Là tu jouis. Et c’est…. ».

Ce n’est cependant pas la réalité que j’ai vécu sur Bordeaux, si ce n’est ce qui est décrit au début du roman, la négation pendant quelques mois de la réalité de l’épidémie vécue comme un complot homophobe, y compris par l’AMG à laquelle j’appartenais. J’ai raconté dans des billets précédents mes aventures, jusqu’à Ginette à la mi-82, des années présida. Les premiers cas de « cancer gay » ont certes été rapportés pendant l’année 81 aux USA, mais ce n’est qu’au début 82 que Willy Rosenbaum a déclenché une procédure « d’alerte » en direction de la communauté homosexuelle, l’origine virale soupçonnée en 83 et les premiers tests de dépistage disponibles en 85. Je n’ai pris vraiment conscience de la gravité de la situation qu’en 86-87 lorsque le virus a commencé à frapper sur Bordeaux des personnes que je connaissais. Mon comportement d’alors, rétrospectivement, me semble assez étrange. Je n’avais aucune attitude de dénégation par rapport à la réalité de l’épidémie (j’avais d’ailleurs été sur le point, pour protester, de quitter l’association des médecins gays en 82), mais je me comportais comme si le risque ne me concernait pas, et en aucun cas il ne s’agissait d’une volonté « politique », ou d’un quelconque défi suicidaire comme chez « Willie ». Ce n’est qu’à partir de 87 que j’ai commencé à me protéger et à utiliser la capote. Nous ne sommes pas nombreux parmi ceux de ma génération qui avaient une sexualité à haut risque dans les années 80 (multipartenaires, sodomie plutôt passive) à avoir échappé à l’hécatombe. Je ne sais à quoi attribuer cette incroyable chance : le simple hasard ? des partenaires multiples certes, mais moins que si j’avais été célibataire ou avais vécu à Paris, le centre de l’hécatombe (mais pour plus d’un un seul rapport a suffi…) ? une prédisposition immunitaire (il semble que 10% environ de la population exposée non protégée ne soit pas contaminée - on vient d’ailleurs de découvrir un gêne protecteur - et en dépit de ma sexualité à risque je n’ai jamais attrapé de maladie vénérienne) ? Chance aussi de n’avoir eu aucun de ceux qui ont partagés ma vie et qui furent plus que des amants éphémères, au moins aussi longtemps que j’ai eu de leurs nouvelles et que je le sache, atteints par la maladie.
Les années 90, avec les incroyables progrès thérapeutiques obtenus en peu de temps, ont transformé le pronostic de cette maladie qui est devenue chronique et qui tue de moins en moins, les dernières statistiques viennent de le montrer. Difficile de ne pas penser à ceux, et notamment les amis dont j’ai parlé dans des billets précédents, et qui sont morts quelques mois avant de pouvoir bénéficier de ces nouveaux traitements.

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 22:14

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Lorsque John Wheeler, dont les trous noirs étaient le principal intérêt, a créé ce dicton, il entendait l'absence de "caractéristiques observables", bosses ou autres irrégularités, sur le bord d'un trou noir, mais il ne se référait pas à un fantasme sexuel et à ce que vous avez sans doute imaginé, un sphincter anal parfaitement "clean", sans crêtes de coq, sans hémorroïdes, voire rasé du moindre poil. John Wheeler était physicien et il parlait donc de "l'horizon" de ces étranges objets célestes qui se forment par effondrement sur eux mêmes sous l'effet de la gravité. Comme vous le savez sans doute ces trous noirs sont si massifs que rien de ce qui les compose ne peut s'en échapper, même la lumière, d'où leur nom. Ce qu'on appelle "horizon" c'est la limite au delà de laquelle un élément extérieur au trou noir serait inexorablement happé par lui. Mais vous n'êtes pas les seuls à avoir des idées "mal placées". Lorsque John Wheeler en 1970 a proposé pour la première fois le terme de trou noir, la très sérieuse revue américaine "Physical review" l'a refusé sous prétexte d'obscénité...Il a cependant fini par s'imposer. Ce que l'on sait moins c'est que la question " que se passe t'il quand quelque chose -planète, étoile, nous même ou tout ce que vous pouvez imaginé...- tombe dans un trou noir" est à l'origine d'un des plus grands affrontements de la physique qui n'a que récemment trouvé sa solution. Stéphane Hawking, le célèbre physicien britannique spécialiste de la relativité générale, atteint d'une maladie de Charcot, était de ceux qui affirmaient que tout ce qui tombe dans un trou noir était irrémédiablement perdu, ce qui contredisait une autre loi fondamentale de la physique selon laquelle, rien ne se perd et rien ne se crée, autrement dit il y a "conservation de l'information". Pour Léonard Susskkind, un autre monument de la physique mais lui spécialiste de la mécanique quantique et de la théorie des cordes, Hawking ne pouvait que se tromper ou un pilier de la physique allait s'effondrer. Susskind est sorti vainqueur de cette gigantesque controverse scientifique qu'il vient de nous raconter dans un livre étonnamment facile à lire "La guerre du trou noir" : "la guerre du trou noir a été une authentique controverse scientifique - rien à voir avec les pseudo-débats sur le dessein intelligent ou le réchauffement climatique. Ces querelles bidon, concoctées par des politiciens manipulateurs pour embrouiller un public naïf, ne traduisent aucune différence réelle du point de vue scientifique". Si Susskind avait connaissance de la polémique qui sévit en France à propos du livre de Michel Onfray sur Freud, il l'ajouterait sans aucun doute à la liste de ces "pseudo-débats". Dans les vraies sciences comme la physique, les théories sont sans cesse questionnées et soumises à réfutation, puis abandonnées ou au contraire validées même si elles heurtent notre perception du monde, notre entendement, comme dans le cas de l'illustration de "l'effet tunnel" jointe à ce billet. Lorsque vous frappez une balle avec une raquette pour la projeter sur un mur, la physique que vous connaissez, dite classique, et votre expérience, vous disent qu'il est absolument impossible qu'au lieu de rebondir sur le mur elle le traverse...La physique d'aujourd'hui, quantique, nous dit que la probabilité que la balle traverse le mur est très faible, mais que tout ce qui n'est pas interdit par les équations finira par se produire si l'on dispose d'assez de temps. Ainsi on peut calculer que pour le cas de la balle en question ce temps est si long qu'il a pour nous la dimension de l'infini et il n'est donc pas étonnant que nous n'ayons jamais constaté de phénomène, mais pour des particules de dimension infinitésimale le temps nécessaire est à échelle humaine, on le vérifie régulièrement en laboratoire!

Flânant, comme je le fais presque toujours lorsque je suis de passage à Bordeaux comme vendredi dernier, entre les rayons de l'immense librairie Mollat, je suis tombé sur un roman de Tom Keve, "Trois explications du monde" où l'auteur raconte la rencontre (plus ou moins imaginaire) des penseurs qui vont bouleverser en profondeur les esprits, Freud, Ferenczi, Young , Rutheford (un des pères de la physique moderne) et bien d'autres. Tom Keve y tenterait de réaliser le rêve de Ferenczi et de Pauli (une autre grand figure de la physique) de faire converger les sciences de la psyché et celles de la nature. Ferenczi fût un disciple de Freud avant de s'en éloigner ( Dans son Journal clinique, Ferenczi rapporte des propos tenus par Freud qui l'avaient choqué : «Je dois me souvenir de certaines remarques de Freud, qu’il a laissé tomber en ma présence, comptant manifestement sur ma discrétion : « les patients, c’est de la racaille ». 2) Les patients ne sont bons qu’à nous faire vivre, et ils sont du matériel pour apprendre. Nous ne pouvons pas les aider, de toute façon. »). Il n'était sans doute pas écrit que la psychanalyse devienne un dogme, une pseudo-science, peut être ce livre de Tom Keve m'éclairera sur ce point.

Vu ce week-end un polar sentimental, noir, et très bien mené, "Dans ses yeux" (oscar du meilleur film étranger, ce que l'on pourrait tout de même jugé excessif). La passion est la toile de fond de ce film, passion dans tous les sens du terme, celle du football trahira "l'assassin" dont on retrouvera la trace dans un stade : "la seule chose dont l'homme ne puisse se défaire c'est sa passion " dira l'enquêteur. Si l'on devait me "piéger" , c'est sans aucun doute les librairies qu'il faudrait surveiller...
J'aurais aussi voulu parler de "Mourir comme un homme", film portugais dont le scénario narre l'histoire d'un travello, vedette finissante d'un spectacle de cabaret, qui aime désespérément un jeune mec et dont la foi religieuse l'empêche de réaliser sa transformation en femme. Le film n'est pas exempt de faiblesses narratives et d'ennui, mais reste très émouvant. Bien aimé "Mammouth " aussi.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 21:29

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Je ne suis pas allergique à la psychanalyse comme on l'a suggéré dans le commentaire d'un précédent billet. Je ne nie pas que Freud fût un génie (génie de l'esbrouffe disait un grand psychiatre français, le Pr Debray-Ritzen), celui qui a sans doute le plus marqué et influencé avec Marx l'histoire des idées et la pensée du 20è siècle, je ne jette pas le bébé (l'inconscient que l'on explique parfaitement sur le plan biologique) avec l'eau du bain (la psychanalyse). Je considère que la psychanalyse doit être critiquée sur le fond en tant que théorie du désir, non en s'en prenant à son auteur comme le fait Michel Onfray (on peut être un salaud et avoir raison), et si je devais conseillé des livres ce serait "le livre noir de la psychanalyse" ou "Des choses cachées...." de René Girard et non celui d'Onfray que je n'ai pas lu et que je ne lirai pas.

Ceci étant dit le réel résiste à la théorie analytique. Les maladies mentales lui échappent une à une. Après la dépression, les psychoses bipolaires, la schizophrénie, qui toutes ont trouvé des fondements génétiques et/ou biologiques prédominants, voici que les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) voient démontrer leur origine en grande partie organique.
Il vient d’être montré qu’il est possible de réduire les TOC les plus graves par un traitement "psychochirurgical". Au terme d'un essai clinique à grande échelle, mené dans dix services hospitalo-universitaires français de neurochirurgie, un groupe de médecins et de chercheurs vient de publier dans le New England Journal of Medicine, les résultats spectaculaires induits par des stimulations intracérébrales profondes (introduction par des techniques sophistiquées d’une électrode intracérébrale qui va aller stimuler des amas de neurones, aux fonctions connues, et situés profondément dans le cerveau. Cette forme de stimulation est réversible.
Cette technique est déjà utilisée depuis dans certaines formes de la maladie de Parkinson qui résistent au traitement médical. La France avec le professeur Benabid (Inserm, CHU de Grenoble), est à la pointe de cette technique. C’est par hasard, en traitant des parkinsoniens par ailleurs atteints de TOC qu’on avait constaté l’amélioration de ces derniers. Cet essai, approuvé par le Comité national d'éthique a été conduit chez des personnes souffrant de TOC résistant à toutes les thérapies comportementales ou médicamenteuses. Cette maladie psychiatrique se caractérise par des obsessions permanentes concernant, entre autres, la propreté, l'ordre, ou la symétrie et les patients éprouvent la nécessité d’effectuer une série de rituels (de rangement, de lavage ou de vérification) qui, dans les cas les plus graves, les occupent chaque jour durant plusieurs heures.
"Après la chirurgie et au terme de trois mois de stimulation active, 7 patients sur 10 ont montré une amélioration de leur état : plus de 25 % de leurs symptômes ont disparu. L'évaluation de l'efficacité du traitement a porté également sur la capacité du patient à retrouver une vie de famille, à tisser de nouveaux liens sociaux ou à reprendre une activité professionnelle." "Ces résultats fournissent de nouvelles et solides données laissant penser que les personnes souffrant des formes les plus graves de TOC pourront bientôt être prises en charge en routine, comme dans le cas de la maladie de Parkinson, des tremblements essentiels ou de la dystonie", a expliqué le professeur Benabid. D'autres indications sont à l'étude, en France ou à l'étranger (dépression, épilepsie, certaines formes de migraines invalidantes, la boulimie et l'anorexie, voire certaines formes d’addiction et même la maladie d’Alzheimer.
Une fois qu’on aura aussi trouvé la pathologie organique à l’origine de l’hystérie, il ne restera plus aux psychanalystes que le mal être des gens normaux et les multiples Clara Sheller. Ca leur permettra encore de vivre, n’en doutez pas.

Pour illustrer ce billet trois courtes citations tirées de l' œuvre de Renaud Camus :


« Couches de vérité/
Ou bien prendre au pied de la lettre, au premier degré, ce qui n’est donnée que comme vérité enfouie, au troisième ou au quatrième :
- oui mais peut être qu’inconsciemment je suis jaloux de X (leur meilleur ami)
Et l’autre, trois semaines plus tard :
- Tu es jaloux de X, tu l’as reconnu toi-même.
La psychanalyse de consommation se prête particulièrement à ce coup là. La contre-attaque consiste à soutenir, à un niveau supplémentaire de la spirale, que la proposition est bien littérale : - Oui, je veux coucher avec ma mère. »


« La Psychanalyse/
Roland Barthes : Je suis toujours trop timide, je me laisse trop facilement impressionner. Quelqu’un me dit : « La psychanalyse, ce n’est pas une science, ça n’est pas vérifiable. » Et je commence à soutenir mollement qu’après tout ce n’est peut-être pas une condition indispensable, pour une science, d’être vérifiable. Et puis je raconte cet échange, qui m’avait troublé, à Lacan, et il dit : « Bien sûr que si, c’est vérifiable ! ».


« Lacan/
Lacan doit vraiment être génial, parce que s’il ne l’est pas il est tellement absurde que c’est pas possible ; »


(Renaud Camus, Buena Vista Park, 1980)

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 22:09

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C’est la question qui est posée dans le livre de Louis George Tin « L’invention de la culture hétérosexuelle ». C’est une question que je me pose aussi depuis que j’ai pris conscience de mon homosexualité, mais comme un étonnement devant un désir qui m’est incompréhensible. Je ne m’imaginais pas que cela puisse donner lieu à un travail universitaire ayant pour objet « une révision radicale de point de vue » quant à la référence naturelle «ancrée dans le terreau sacré - à l'origine étaient Adam et Eve - comme dans le regard du généticien ». Tin, qui est aussi l’auteur du « Dictionnaire de l’homophobie », entreprend donc cette gageure : « Le voilà aujourd'hui qui interroge la littérature classique française, des chansons de geste au théâtre de Claudel, comme le discours de l'Eglise puis des médecins, pour comprendre l'émergence dans l'Occident du XIIe siècle du couple homme-femme qui fonde la culture hétérosexuelle ». On assisterait ainsi à d’intelligentes relectures du procès des Templiers comme de la légende noire d'Henri III. Selon le compte rendu que j’en ai lu, l’objectif est encore loin d’être atteint, et comme on le sait si on a lu mes précédents billets étant "essentialiste" je ne le partage pas puisque je pense que l'orientation sexuelle est déterminée biologiquement et non "culturellement", mais le livre serait décapant et stimulant pour la recherche.

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 21:38

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En tant que membre d'une association dont un des objectifs est d'informer sur les maladies sexuellement transmissibles et notamment le VIH, j'ai eu longtemps une position un peu marginale et donc minoritaire quant à l'information à délivrer sur les pratiques à risque (j’ai une sorte de vocation à être minoritaire…). Je crois en effet qu'il dangereux, contre productif, de délivrer un message qui met toutes les pratiques sur le même plan quant au risque. Ce débat concerne d 'ailleurs toutes les associations impliquées et il est souvent vif entre elles : ainsi Act Up reste sur la position qui a longtemps été celle de l’AMG (je n’ai pas conscience que cette question est encore été abordée par la nouvelle direction), "tout est à risque", alors que Aides a une position beaucoup plus nuancée et informe sur la "hiérarchie "du risque. J’ai une position plus nuancée car je crois que mettre sur le même plan une fellation et une sodomie sans capote est une mise en pratique extrême du principe de précaution alors que l'épidémiologie montre bien que la fellation (active ou passive) sans capote est à faible risque ( ce qui ne veut pas dire à risque zéro) alors que la sodomie passive sans capote est suicidaire. Ne pas dire cela c'est aussi prendre un risque, celui que certains de ceux qui commencent à se lasser de la capote, passent à l'autre extrémité ( pas de capote du tout) puisque "tout est risqué". Il est vrai que des cas de contamination par fellation ont été rapportés mais ils sont rares ( on oublie souvent d'ailleurs que la sodomie avec capote n'est pas sans aucun risque non plus : rupture, salive utilisée à la place du gel, etc...). Se servir de l'épidémiologie comme éducation de l'incertitude....
Le problème n’est pas seulement « épidémiologique », il est aussi psychologique. Il serait intéressant de d’analyser comment l'attitude que l'on adopte quant à l'information sur la prévention est influencée par ses propres pratiques, ses phobies. Les positions défendues sont autant liées au propre comportement de celui qui les proclame ( est ce que je fais ce que je recommande?) lorsqu'il est confronté à ces situations, et plus encore à sa façon de vivre la sexualité en général ( il serait intéressant et instructif de faire le profil psychologique de ceux qui ont ou continuent à parler de la fellation comme une pratique à risque, sans aucune nuance) mais aussi à l'idéologie du principe de précaution qui a tout envahi. Le principe de précaution poussé à l'extrême devrait recommander la seule masturbation, car c'est la seule façon d'atteindre le risque zéro


Cependant le débat s’est notablement déplacé depuis que le Conseil national du sida (CNS) a émis un avis sur l'intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention. Un avis mesuré qui a suscité l'enthousiasme de Aides, mais des réserves (ce qui est plutôt une surprise, on pouvait s’attendre à des hurlements) de la part d'Act Up. Cet avis faisait suite à une prise de position des autorités de santé suisses, qui envisageaient la possibilité de baiser sans capote pour les couples séropositifs à charge virale nulle. La situation semblait en effet assez claire jusqu'ici. Si l'un des deux partenaires au moins est séropositif, la capote s'impose ( y compris selon certains, mais cela n'est pas démontré, si les deux le sont pour éviter les re-contaminations par une autre souche). Si au contraire les deux sont séronégatifs, tout dépendrait de leur vie parallèle....Si les deux sont d'une fidélité physique absolue (selon certains cette configuration pourrait se produire, avec une probabilité qui est certes la même que celle de constater, selon les lois du 2è principe de la thermodynamique, une casserole d'eau se mettre à bouillir sans allumer la source thermique sous jacente, il suffit pour que cela se produise d'avoir l'éternité devant soi), on peut se passer de capote. Les Autorités de Santé Suisse viennent d'ajouter une autre possibilité : dans le cas d'un couple sérodivergent on pourrait ( ce qui doit rester une décision du couple) se passer de capote si le séropositif est sous thérapie et a une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois, la probabilité de contamination dans ce cas là étant quasi nulle. Il est en effet probable que les séropositifs traités et à charge virale indétectable ne sont pas contagieux. Le principal risque de contamination aujourd'hui vient avant tout des séropositifs, nombreux, qui s'ignorent comme tels. Le CNS semble sur la même longueur d’onde : « Le CNS, que préside le Pr Willy Rozenbaum, estime que pour mieux contrôler la dynamique de l'épidémie, le traitement par antirétroviraux généralement utilisé à titre thérapeutique peut aussi être utilisé "pour sa capacité à réduire le risque de transmission sexuelle du virus", tout en soulignant qu'il n'y aura jamais de "risque zéro". ». Aides a souligné : "Un document institutionnel pose enfin le rôle des traitements anti-VIH dans la prévention de la transmission sexuelle du VIH et reconnaît que 'la mise sous traitement des personnes infectées réduit fortement le risque que ces personnes transmettent le virus par voie sexuelle'", et y voyait "l'occasion de dépasser ainsi les débats d’ordre idéologique". Act-up craignait que cela soit compris comme la « possibilité d’un abandon du préservatif ».
La Direction générale de la Santé (DGS, qui dépend du ministère de la santé, et qui se réfugie donc derrière le principe de précaution, attitude systématique des pouvoirs publics depuis l’affaire du sang contaminé et la canicule) a réduit la portée de l'avis du CNS en soulignant que "le traitement antirétroviral ne permet pas d'atteindre une protection maximale car il laisse subsister un risque résiduel de transmission", tout en passant sous silence, comme le précise l’association « Warning » la question de la non utilisation partielle ou définitive du préservatif par un nombre croissant de personnes. "L'immobilisme de la DGS montre l'incapacité des autorités françaises de santé publique à se saisir des problématiques portées par les acteurs de terrains, tant associatifs que cliniciens", a jugé Warning.
"Il est aujourd'hui évident que la politique traditionnelle de prévention est dans une impasse, qu'il est impératif de s'engager vers de nouvelles approches et vers de nouveaux messages, mais, crispée sur une vision idéologique de la prévention détachée du vécu réel des personnes, la DGS ne veut rien bouger, rien changer. Il ne faudra donc plus s'étonner si l'endémie VIH continue à être active en France", a conclut Warning.
L’Inter LGBT a soutenu le CNS, et il va sans dire que je suis sur la même longueur d’onde…
Heureusement que le CNS n’a aucune coloration papiste, car sous entendre que le préservatif ne résout pas tous les problèmes….(c’est de l’humour bien sûr…)

Pour finir sur une note d’espoir, faisons un peu d’épidémiologie fiction. Si l’on en croit certains spécialistes de la question, ayant connu l’avant Sida, il n’est plus impossible que je connaisse l’après. Il ne s’agit pas ici de la découverte possible d’un traitement curatif (y compris un vaccin « thérapeutique »), ni d’un vaccin préventif (le vaccin au sens commun du terme), qui permettraient d’éradiquer la maladie, mais de la simple possibilité, qui ne dépend que d’une volonté politique (et économique) de la disparition de la maladie pour des raisons «épidémiologiques». Je m’explique. Un virus, pour se reproduire, a besoin de trouver de trouver un «hôte», et ceci à une relative grand échelle, sinon, il finit par disparaître, «faute de combattants». Il se trouve que si un dépistage à grande échelle (et bien sûr surtout dans les pays en voie de développement) était pratiqué et si tous les patients séropositifs étaient traités avec les thérapies actuelles qui permettent de diminuer la charge virale dans des proportions telles que la transmission du virus devient improbable, peu à peu, alors que les contaminés vieillissants disparaîtraient, «le réservoir» de virus deviendrait si insuffisant qu'il ne pourrait plus se reproduire.... Ceci est possible, en une ou deux décennies, si l’on y met autant d’énergie que pour le sauvetage du système financier…

Il va sans dire, mais encore mieux en le disant, que ce billet n’engage que moi et en aucune manière l’association dont je suis membre…

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 19:24

 

 

 

turner-waterloo.jpgL'Europe affronte en ce moment une double menace, à sa périphérie et en son centre. En périphérie avec la crise grecque et peut être bientôt la contagion au Portugal et à l'Espagne. Même si on peut comprendre que les bons élèves de la classe, les Allemands, en aient assez de payer pour les cancres (une attitude pourtant bien banalisé dans notre système éducatif!), on est tout de même stupéfait que leur chancelière ait retenu les "pompiers" et laissé s'étendre l'incendie tant que les élections allemandes n'ont pas eu lieu. Chaque jour qui passe accroît le gouffre à combler et on en est arrivé à un point où l'on ne voit pas comment les grecs pourraient supporter ce qui leur est demandé sans se révolter...
En son centre avec la menace grandissante de l'éclatement de la Belgique qui constituerait un cataclysme. Seul la question du statut de Bruxelles, majoritairement francophone, que les flamands ne sauraient abandonner les retient encore sur le chemin de la partition. Quelques semaines avant cette nouvelle crise, Eric Zemmour, dans "Mélancolie française", livre dont il est dommage qu'un polémique nées de propos qu'il était imprudent de tenir dans une émission d'Ardisson ait éclipsé l'intérêt, consacrait un chapitre à la question Belge où il considérait l'explosion comme inévitable et la fin de l'Europe inévitable :
"Les optimistes diront que la querelle linguistique entre Flamands et Wallons est aussi vieille que la Belgique. Et ils n'ont pas tort. La Belgique a été une création de l'Angleterre après les guerres napoléoniennes. Elle a été inventée pour empêcher les Français de tenir Anvers et de contrôler le commerce maritime anglais... La Belgique, c'est une création, c'est la RDA de la France ! C'est la preuve que la France a perdu. [...] La Belgique est là pour lui dire qu'elle a perdu définitivement après une nouvelle guerre de 100 ans, contre l'Angleterre. " " La Flandre, c'est un sous-produit de la Belgique. Si la France n'avait pas perdu, tout ce beau monde était parti pour être francisé. La Belgique est un entre-lac de contradictions. " La Belgique est prise en étau [...] Dans ma grille de lecture, elle ne peut qu'exploser... Ce qui retient la Flandre, c'est Bruxelles [...] mais tout le monde parle français. Pour la France, la Wallonie n'est intéressante que s'il y a Bruxelles ! [...] Bruxelles sera de nouveau la pierre d'achoppement entre la France, les Etats-Unis, l'Allemagne... Selon moi, le projet européen est en train de tomber. L’euro va exploser..."

Je crains que ces deux crises simultanées ne donnent raison à Zemmour et que l'Angleterre n'ait bientôt à se réjouir d'une situation qu'elle a toujours souhaitée.

Pour en revenir à Zemmour, d'autres lui ont fait le reproche de se commettre dans des émissions de divertissement comme celles de Ruquier et d'Ardisson (http://www.philippebilger.com/blog/2010/03/eric-zemmour-ou-le-trublion-officiel.html); Selon lui, au contraire, c'est dans ce type d'émissions aujourd'hui que se fait " l'opinion" et que c'est donc là qu'il faut porter le fer.

Ci-dessous un lien vers un article du journal en ligne "Illico" donnant un compte rendu des obsèques de Jean Le Bitoux

http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=actu&articleID=21857

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:30

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Il aurait été étonnant que le film que Gus Van Sant, le réalisateur de « My own private Idaho » vient de consacrer à Harvey Milk me laisse insensible. J’en suis sorti profondément ému, comme sans doute tous ceux qui ont vécu ces années là. Mon propos n’est pas ici d’en rendre compte, surtout d’un point de vue cinématographique, je ne saurais être objectif. Dire plutôt que j’ai en fait découvert cet épisode de l’histoire du mouvement gay dans les années 70. Milk a été assassiné l’année où je suis sorti du placard et je n’ai aucun souvenir que le « bruit » de ce meurtre soit parvenu jusqu’à moi, alors que l’émeute de Stonewall, à New York en 69, est restée comme un des moments clés de la libération gay dont la « Gay Pride » serait une commémoration. Il apparaît pourtant que c’est à San Francisco, dans la deuxième partie des années 70, que tout a vraiment commencé, avec la communautarisation d’un quartier « Castro ». Il est d’ailleurs significatif qu’Harvey Milk n’ait réussi à se faire élire conseiller municipal que lorsque le nouveau découpage électoral a permis le vote par « quartier » et donc en partie par « communautés ». Les multiples manifestations de milliers de gay dans les rues de Castro contre la répression policière ou les propositions de lois visant à éliminer les homosexuels de postes dans la fonction publique, notamment l’éducation, me semblent être les véritables « fondations » des futures Gay Pride. « Castro » ne devait jouir de ce vent de liberté que peu de temps. 3 ans après la mort de Milk, le « cancer gay » allait décimer la communauté homosexuelle, c’est à San Francisco qu’ont été décrits les premiers cas. J’ai dit, lors de mon voyage dans cette ville l’année dernière, combien, chaque fois que je revenais dans ce quartier qui n’est plus que le fantôme de ce qu’il fût, combien j’avais le sentiment d’une nostalgie d’un paradis perdu. Harvey Milk fût sans aucun doute le pionnier du militantisme gay, mais son rêve, prémonitoire de sa fin tragique, «Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes de placard » ne s’est pas totalement réalisé. Toutes les portes de placard ne se sont pas brisées, le ver qui infiltre encore bien des esprits, y compris chez certains gays, en tient encore certaines hermétiquement closes. Un article de Tetu rapportant les résultats d'une enquête en milieu scolaire qui montre que 20% des jeunes gays font des tentatives de suicide, en témoigne. Nous qui vivons souvent à Paris ou dans de grandes villes nous nous leurrons sur l'évolution des "consciences".
Parler tout de même un peu du film lui-même en disant que l’interprétation de Sean Penn est étonnante et que c’est avec beaucoup de réalisme qu'est montré le milieu gay dans toute sa diversité, avec tendresse. Ce film est un véritable hymne à la visibililté. Stupéfaction par contre d'entendre un de nos théoriciens du pédagogisme, François Bégaudeau, le scénariste « D’entre les murs », se déclarer déçu par le film en critiquant notamment son « militantisme », au détriment de sa dimension socio psychologique, en n’abordant pas par exemple, les raisons profondes qui ont conduit Milk, qui travaillait dans la finance, à tout abandonner pour ce combat. Et pourtant, dans une des premières scènes, Milk ayant rencontré dans le métro celui qui allait devenir son ami, il lui dit sur l’oreiller « J’ai 40 ans, je n’ai rien fait de ma vie, je dois changer ».

Vu aussi, Gran Torino. Décidément la semaine des films émouvants.

"MORALISME"
"Surtout ne pas tomber dans le piège de l'amoralisme, de l'immoralisme, de l'anti-moralisme : "Puisque c'est au nom de la Morale que vous nous méprisez, que vous nous rejetez, que vous nous opprimez, nous sommes contre la Morale." Non, leur morale n'est pas la Morale, elle est une erreur et une erreur coupable. C'est au nom de la Morale, de ce qui est juste et de ce qui est bien qu'il faut lutter contre les racistes anti-achriens.
La Morale n'est pas de leur côté, elle est du nôtre. Il ne faut pas la leur abandonner. Notre indignation, notre dégoût, sont en intensité égaux aux leurs. Ils ont comme les leurs la Morale pour référence. Mais ils sont justes et moralement fondés, tandis que les leurs sont imbéciles et moralement indéfendables.
Il n'y a pas leur morale et la nôtre. Ici il n'y en a qu'une, et elle leur donne tort.
(RC, Notes achriennes, 1980)

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 21:10

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Lorsque les attentats contre les TGV étaient au devant de l'actualité, la lecture de l’interview que Julien Coupat, principal suspect, avait donné au monde m'a fait frissonner. On assistait au déroulement d’une logique implacable, froide, d’une violence verbale extrême, avec une maîtrise parfaite de l’art de la dialectique. On ne peut douter que le sang soit au bout d’une telle logique, ce qui ne faisait pas de l’individu en question un coupable, et ne justifiait pas son maintien en détention s’il était innocent des faits qui lui étaient reprochés, mais on espèrait que ceux qui réclamaient si haut et fort sa libération  savaient ce qu’ils faisaient.
Sans qu’il y ait un rapport bien évident, cette expression d’une « pure rationalité », m’a amené à faire un rapprochement avec un éditorial paru au même moment dans le journal économique « La Tribune », intitulé « Les esprits animaux hantent les dessous de la crise », et qui traitait de la question suivante : « peut on considérer les acteurs comme agissant de façon rationnelle ? ». Deux écoles s’affrontent chez les théoriciens de l’économie : pour les uns les comportements irrationnels ont joué un rôle essentiel dans la formation et l’éclatement de la bulle immobilière et boursière, tandis que pour les autres, les acteurs sont strictement rationnels et c’est le système qui est instable. Inutile de préciser que l’on trouve dans la seconde catégorie les tenants de « l’échec du capitalisme ». Il est dommage que nos économistes qui défendent le mythe de la « rationalité des agents », ne connaisse pas les travaux du neurophysiologiste Antonio Damioso qui a montré dans « L’erreur de Descartes » (prolongé par un autre ouvrage « Spinoza avait raison ») que des patients cérébrolésés (après ablation de tumeurs par exemple) de telle façon que leurs capacités émotionnelles sont amoindries, voire anéanties, « se comportent curieusement dans la vie quotidienne, en faisant des choix qui se révèlent désastreux tant au niveau professionnel que privé. Comme s'ils avaient perdu la raison. ..Ces capacités émotionnelles sont indispensables à la prise de décision rationnelle ». Un neurobiologiste, Clive Hamilton, va dans le même sens, « Le modèle de l’agent rationnel qui forme la base de l’économie classique….est adapté à une société de gens rendus incapables de ressentir des émotions humaines normales…L’homme économique rationnel est un monstre neurologique ». (On peut se demande s’il n’en est pas de même de Julien Coupat)..
Spinoza avait raison, on ne peut séparer Corps et Esprit.
Mais réduire l’éclatement des « bulles » (comme celui des « révolutions » ?) à un excès de «rationalité », ce que tendrait à conforter le recours à des modèles mathématiques de plus en plus sophistiqués, semblent méconnaître bien d’autres travaux dans le domaine de la philosophie et de l’économie politique. On connaît les fondements de la philosophie libérale « En agissant en vue de leurs fins particulières, les individus autonomes œuvrent inconsciemment à la réalisation de la fin commune qu'est l'organisation de la société ». C’est la théorie de la "main invisible", « assimilable à la ruse de la raison hégélienne ». Mais rejetant l'idée d'une « référence divine » seule capable de garantir le meilleur des mondes possibles, les libéraux, qu’il s’agisse d’Adam Smith, Frederik Hayek ou John Rawls, font de l’action spontanée des individus le principe moteur de l'organisation sociale. Le girardien Jean Pierre Dupuy, dans « Le sacrifice et l’envie », a noté « bien que les penseurs du libéralisme soient partis avec l'idée d'un "point de référence endogène", qui serait produit spontanément par l'action des individus, ils "finissent par sacraliser leur point fixe endogène, lui donner un statut d'extériorité". Selon Dupuy, « ce renoncement théorique n'était pas inévitable, et n'est accepté que "par peur devant les ravages possibles de l'univers concurrentiel (...) La sortie de l'organisation religieuse du monde instaure une ère de concurrence potentiellement illimitée (...) Cependant les penseurs de l'économie politique, pris de vertige devant cet univers sans borne qui s'ouvre devant eux, refusent d'en assumer toutes les conséquences ". JP Dupuy montre que par peur des conséquences de l'envie, ces penseurs réintroduisent dans leurs modèles la notion de sacrifice, sacrifice d’une minorité pour le bien être du plus grand nombre….
Ce sont les mécanismes mimétiques de « l’envie » qui expliquent la constitution des bulles, ceux de la « Panique » qui expliquent leur éclatement : « Le libéralisme se construit donc dans ce que l'on pourrait appeler un "refoulement de la foule". Le marché est censé contenir la foule et prévenir sa désagrégation. Mais si contenir veut dire réfréner, ce verbe signifie en même temps englober: ce que le libéralisme réprime, c'est ce qu'il rend possible, à savoir le déchaînement de l'envie. »

Mais les tenants de « rationalité pure » (pas ce contre sens cependant, les mécanismes de l’envie, pour être inconscients, n’en sont pas moins rationnels, mais dans le cadre de capacités émotionnelles préservées), préfèrent revenir à Marx que lire René Girard. Marx revient à la mode et fait la une des hebdomadaires. Peut être une occasion de relire un livre de référence sur ce sujet, celui du Jésuite J.Y.Calvez, un des théoriciens de la doctrine sociale de l’Eglise, « La pensée de Karl Marx », paru en 1956. Ce membre de la compagnie de Jésus, maintenant fort âgé, a récemment fait parler de lui, en réagissant mal à deux initiatives pontificales, celle de Jean Paul II qui avait nommé un délégué pontifical pour diriger sa compagnie, et plus récemment celle de Benoît 16 concernant la levée d’excommunication des quatre Evêques intégristes « il y a bien des problèmes dans cet événement ». Cette décision lui reste « en travers de la gorge ».

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 18:19

 

 

Dans un précédent billet, à propos de la question turque, je faisais référence à un roman historique récent « La Religion ». C’est le souvenir du fascinant roman d’aventures se situant à la même époque, « L’Œil de Carafa », lu en 2001, mais toujours très présent, qui m’a incité à en entreprendre la lecture. Ce roman, écrit à 4 mains, par un collectif d’écrivains italiens situe son action aux premières années de la Réforme et des débuts de l’imprimerie. « Le narrateur, un mystérieux héros aux multiples identités successives, s’engage aux côtés de ceux qui, vite déçus par Martin Luther, veulent faire de la religion réformée un instrument de libération des opprimés : Thomas Müntzer et son armée de paysans, puis les anabaptistes qui s’emparent de la ville de Münster. …Au fil des décennies, se fait peu à peu jour dans sa conscience une vérité tétanisante : la trahison d’un homme, un seul, toujours le même, est à l’origine de la ruine de toutes les causes pour lesquelles il s’est battu, de toutes les défaites qu’il a traversées. En suivant d’un bout à l’autre de l’Europe les indices infimes que chacun sème derrière lui, les deux hommes vont cheminer l’un vers l’autre, pour finalement se retrouver à Venise, au moment où les juifs vont être persécutés, et régler les comptes de toute une vie. Ce traître c'est Q, l'âme damnée, l'"Oeil de Carafa", l'espion le plus fidèle et le plus efficace de Carafa, le grand inquisiteur, futur Paul IV.
Cet extraordinaire roman écrit sous le pseudonyme de Luther Blissett derrière lequel se cachent quatre jeunes auteurs italiens, membres des Tute Bianche (les « Tuniques blanches », qui se sont illustrées il y a quelques années à Gênes lors des manifestations contre le sommet du G8) de Bologne. Sur Internet, ils animent le collectif Wu Ming, nom qui signifie « Anonyme » en chinois et leur prochain roman (ils sont maintenant cinq) est annoncé pour la rentrée. Bien sûr, au-delà de l’efficacité narrative de ce thriller, il y a une résonance politique, d’extrême gauche : « de même que les anabaptistes s'opposaient à la toute-puissance de Rome comme à la fausse rébellion luthérienne, qui n'est que l'instauration symétrique d'un autre ordre pour remplacer celui auquel il s'oppose, de même aujourd'hui certains altermondialistes s'opposent à l'ordre néolibéral (lequel est d'ailleurs vacillant en raison de la crise: oscillation passagère ou prélude à l'effondrement?) comme à la gauche molle qui tente d'en circonvenir les abus sans remettre en cause profondément son système même. Il serait toutefois réducteur de réduire ce brillant livre qu'est Q à un simple roman à clefs, et c'est pourquoi, toute pertinente que puisse être cette lecture, elle est loin d'être exhaustive »
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/wu-ming-aucun-pays-n-est-a-l-abri-de-devenir-un-peu-l-italie


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