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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 18:49

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Il est des films dont on ressort, secoué, ému, avec la forte envie de les faire connaître, cela d’autant plus qu’on les a vus devant une salle presque vide et que l’on sait qu’ils ne tiendront pas l’affiche au-delà d’une semaine ou deux si le bouche à oreille ne fait pas son œuvre. Ce fut le cas pour moi l'année dernière avec  "j'ai tué ma mère", le film autobiographique du canadien Xavier Dolan, à peine 20 ans, histoire d'un étudiant homosexuel de 16 ans qui ne supporte plus sa mère avec qui il vit, le père absent ayant déserté le foyer.

J'attendais donc avec impatience son second film qui vient d'être projeté à Cannes, non pas malheureusement en compétition officielle, mais dans le cadre d'une des projections parallèles, "Un certain regard". Cette fois encore il a soulevé l'enthousiasme avec " Les amours imaginaires",  où le personnage qu'il incarne, ainsi que son amie tentent tous deux de conquérir le cœur d'un même garçon d'une beauté antique. Espérons que ce jeune cinéaste gay aura pour son troisième film, en préparation, enfin les honneurs de la compétition officielle.

Une occasion peut être, pour ceux qui n'auraient pas vu "J'ai tué ma mère", de se le procurer en DVD. Xavier Dolan en parlait ainsi lors de sa présentation à Cannes dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs :
“J’ai écrit le scénario en trois jours, juste après avoir quitté l’école, rempli de griefs contre ma mère, le système éducatif. Ça a été un défouloir, une catharsis. Je l’ai écrit comme une lettre vindicative qu’on écrit à quelqu’un sans jamais lui envoyer.”
Ce film, aussi dur qu’il soit par moment, n’est jamais manichéen, il s’agit d’un « tendre parricide » pour reprendre l’expression d’un critique. Bonheur aussi de voir le naturel avec lequel le cinéaste aborde les relations homosexuelles de son héro. Les références cinématographiques sont nombreuses, « My own private Idaho», « In the mood for love », etc.
Les longues séances dialoguées de ce film, d’une intensité rare, m’ont remis en mémoire cet autre magnifique film canadien, passé lui aussi inaperçu en France, « Seul avec Claude », de Jean Baudin, dans lequel un tapin de Montréal, égorge Claude, jeune étudiant qui est aussi son amant, au coeur de leur étreinte avant de convoquer les médias au moment de sa reddition spontanée. La trame du film c'est l'énigme de ce meurtre que tente de dénouer l'inspecteur dans un interrogatoire serré, qui révèle tant de chose sur la nature homosexuelle.
La pertinence du regard canadien sur l’homosexualité se vérifie à nouveau, il faudrait aussi citer « Crazy » sorti il y a deux ans et qui pourrait s’intituler « J’ai tué mon père », ou les films de Denys Arcant.

A ce jour le film le plus fort que j’ai vu sur le sujet reste « Torch song trilogy ».

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 18:09

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Il y a plus de trente ans maintenant, sur le plateau d’ »Apostrophes », deux jeunes intellectuels, B.H.Levy et A.Glucksmann, avec leur « parrain », le philosophe catholique Maurice Clavel, donnaient naissance dans une émission survoltée à ce qui allait devenir « La Nouvelle Philosophie ». Je ne sais si, comme on l'a parfois dit, cette aventure intellectuelle a changé le paysage intellectuel français, moi, elle m’a changé. Le jeune homme que j’étais alors et qui venait de basculer d’un totalitarisme à l’autre, allait trouver dans ce mouvement qui faisait osciller certains des « penseurs" de l’époque «entre le fou rire et l’indignation», une des clefs qui allaient lui faire abandonner ses structures mentales totalitaires. Né dans une famille pétainiste, avec une tante, bâtonnier des avocats Bordelais pendant la guerre et qui fit deux années de prison à la libération pour ses écrits ou propos antisémites, j’ai eu en effet une jeunesse d’extrême droite (d’où peut être, très tôt une vive sympathie, jamais démentie, pour François Mitterrand…). Le mouvement de Mai 68 constitua le premier ébranlement, car ma position schizophrène, du côté des étudiants par antigaullisme viscéral, suivant leurs exploits toutes les nuits sur Europe n°1, mais me revendiquant fasciste, ne pouvait perdurer. Le catholique que j’étais, élève d'une école religieuse renommée à Bordeaux ( et dont je fais toujours partie de l’association des anciens élèves, je dois beaucoup à l'éducation que j'ai reçue là…),cherchant une contre attaque au livre brillant de Jacques Monod « Le hasard et la nécessité » qui faisait de l’homme un accident de l’évolution, allait tomber sur les écrits du biologiste et philosophe Henri Laborit, dont le «Biologie et structure» constitua le fondement rationnel de mon basculement vers un gauchisme aussi intransigeant que ne l’était mon discours antérieur. Les mots qui scandaient mes propos avaient changés, pas mes structures mentales…Ce retournement spectaculaire laissa ma famille sidérée et le marxisme sur ma droite, le traversant sans m’y arrêter. C’est alors qu'a surgi le mouvement des «nouveaux philosophes» . « La cuisinière et le mangeur d’hommes », « La barbarie à visage humain » et surtout « Les maîtres penseurs » allaient m’enthousiasmer. «l’Ange», de Guy Lardreau et Bertrand Jambet, qui avait comme sous-titre « Ontologie de la révolution, une cynégétique du semblant », m'avait fasciné ( la difficulté, l'hermétisme voulu de cette pensée y avait sans doute contribué). Ce terme un peu pédant, mais il s’agissait de lacaniens, « Cynégétique du semblant », résume bien le changement de perspective : il ne s’agissait plus de défendre une «Vérité» érigée en absolu qui devait s’ imposer aux autres, mais de faire la chasse à l’erreur, au faux, au «semblant». Il n’ y a pas de Vérité, mais il y a de l’erreur.
Les Nouveaux Philosophes, ou du moins ce qu'il en reste (BHL et A.G.) sont devenus des jouets médiatiques, ils ne marqueront certes pas l’histoire de la pensée, ils sont peut être maintenant les « Nouveaux réactionnaires », ils n’en ont pas moins ouvert les yeux à beaucoup d'entre nous sur le phénomène totalitaire. Ils ont constitué pour moi un électrochoc même s'ils ne font pas partie des auteurs, dont j'ai parlé dans un précédent billet, qui ont contribué à forger ma façon de voir le monde, Arthur Koestler, Henri Laborit, Edgard Morin, Stéphane Lupasco, Michel Foucault, René Girard, Marcel Proust, Jean-Pierre Dupuy, Ivan Illich, Michel Serres, Bernard d’Espagnat. Je ne les lis plus ( sauf un article ici ou là d’A. Glucksmann, même s’il commence à me les « gonfler » avec ses Tchetchènes…).

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 22:24

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Je ne sais quand, Sitgès, village catalan créé au 10è siècle, est devenue une capitale gay. La vieille ville, centrée autour de son église qui la surplombe, a gardé tout son charme. Elle a sans doute pris son essor au 19è siècle au retour de ses habitants qui étaient allés faire fortune à Cuba et lorsqu’elle est devenue un centre artistique sous l’influence des peintres luministes (attirés par la lumière qui baigne la ville au soleil couchant). Dans les années 60 elle a commencé à devenir une Ibiza « terrestre » avec le développement d’une communauté hippie et l’ouverture des discothèques. Mais c’est probablement à la fin des années franquistes qu’elle a commencé à voir affluer les gays de toute l’Europe, bien avant de devenir une cité balnéaire « à la mode », sorte de St Tropez des barcelonais, mais un tiers environ de la fréquentation reste gay.
Je l’ai découverte pour la première fois à la fin de l’été 1981. A cette époque, le « territoire gay » était plus étendu qu’aujourd’hui, envahissant notamment la principale rue de la ville, la rue « de la bonne aventure », surnommée « rue du péché ». Depuis plusieurs années elle a été colonisée, notamment dans sa partie basse qui débouche sur la plage, par des bars « hétéros » très animés et bruyants. Le milieu de la rue reste cependant occupé par le célèbre « Parott », bar gay en terrasse, lieu de rendez vous, notamment à l’apéritif, de tous les gays qui veulent se « montrer ». On ne conçoit pas un séjour à Sitgès sans aller boire un verre au Parott.
.
Ce n’est que depuis 16 ans que je reviens à Sitgès presque tous les ans. J’ai succombé au charme de ce village, où il fait presque toujours beau et chaud, sans doute la destination gay estivale qui reste la plus abordable (même si son succès grandissant au-delà de la communauté gay a fait sensiblement valser les étiquettes) par rapport à ses concurrentes européennes, Ibiza et Mykonos, et surtout la plus conviviale, la plus « sexe ». Une de ses caractéristiques est la situation de la principale plage gay, au niveau du centre ville, une centaine de mètres au beau milieu de la baie en « croissant » où viennent se faire « dorer » des gays venus du monde entier, avec une forte proportion d’européens bien sûr, notamment les français et les italiens, et de plus en plus depuis quelques années, ceux venant des pays de l’est. Mais ceci dépend aussi des saisons : les français, notamment le « marais », mais aussi beaucoup de provinciaux qui viennent chercher ici une promiscuité gay impensable dans leur terroir, sont très présents au début Août, alors que les anglo-saxons préfèrent l’avant ou l’après saison, plus calme, moins « people », plus conviviale. Il y a, cela va de soi, une plage plus « sexe », comme on peut en trouver ailleurs, naturiste (si on le souhaite), avec un petit bois au-delà de la voie ferrée qui passe derrière, et où l’on peut « passer à l’action ». Mais cela se mérite, il faut marcher au moins 45 mn depuis le centre ville, ou prendre la voiture pour atteindre un petit chemin qui vous y mène moyennant 10 mn de marche. Ce n’est de toute façon pas là que se trouvent les légions de « beaux mecs » aux corps sculptés, mais sur la plage centrale
L’idéal bien sûr est de pendre un hôtel sur la baie, le plus proche possible de la plage principale, mais ils sont chers, de 100 à 150 euros la nuit. On peut préférer le « Romantic », en pleine ville, un des plus anciens et des plus connus hôtels gays, et son merveilleux petit jardin où l’on prend le petit déjeuner, jusqu’à 10 heures seulement (alors qu’on vient , ou presque de se coucher…), ce qui vous permet d’admirer des mines dans un triste état, surtout lorsqu’elles ont passé la quarantaine. On y rencontre pas mal de couples à la différence d’âge parfois surprenante…Une des particularités de l’hôtel est de ne pas autoriser à amener un tiers dans sa chambre ( si ce n’est en payant un supplément), ce qui n’est pas très pratique dans une ville où beaucoup viennent justement pour ça! A découvrir certes, mais une fois suffit. Sinon, il y a de nombreux hôtels dans la ville, à tous les prix, mais en choisir un climatisé s’impose. Certains qui préfèrent réserver leur budget aux folles nuits, choisissent le camping, assez excentré.
Une journée à Sitgès, à moins qu’il ne pleuve (dans ce cas Barcelone vous attend à 30 kms), est assez stéréotypée. Le lever est tardif, surtout pour ceux qui ont la chance d’être en location car les hôtels ne servent le petit déjeuner que jusqu’à 11 heures, dans ce cas on se recouche après. Ceux qui souhaitent réserver un « transat » en profitent pour aller y poser leur serviette car à l’heure où l’on arrive généralement à la plage vers 14h, il n’ y en a plus et même sur le sable il va devenir difficile de trouver son territoire. La plage se vide entre 18 et 19 heures, le temps de se préparer pour se retrouver au « Parrot» ou dans le jardin du « Romantic » pour un apéritif. Vers 22 heures c’est le départ pour le restaurant, il y en a beaucoup, à tous les prix. Les plus courus, souvent français (de très nombreux commerces de Sitgès sont tenus par des français ou des anglais), comme « Ma Maison », « Les enfants terribles », ou « L’Alma », sont autour de 20 euros par personne sans le vin (nettement moins cher qu’en France). Mais il y a aussi de typiques restaurants espagnols, sans oublier « La Santa Maria » et sa célèbre Paella. Puis vers 24 heures commence la tournée des « bars-boîtes », en fait des bars mais avec une piste de danse. Il y a une dizaine d’années le circuit des bars était assez stéréotypé : « El Candil » d’abord jusqu’à 2 heures, puis « Le Méditerraneo » de 3 à 4 heures du matin (le grand classique de Sitgès, un bel endroit) avant de prendre soit le chemin de «la » discothèque de la ville « Le Trailer », avec notamment ses soirées mousses, certes chaudes mais qui ne sauraient faire oublier celles du Queen, mais j’ai constaté avec regret l’absence de son DJ habituel, Juan Rosé, avec lequel j’avais à plusieurs reprises terminé la nuit il y a quelques années, soit celui de la plage qui dans sa partie qui s’éloigne du centre ville devient un vaste baisodrome nocturne quand les lumières s’éteignent sur la jetée. Ce circuit s’est nettement diversifié car deux établissements sont venus contester la suprématie de « El Candil » en début de soirée : le XXL d’abord, avec une clientèle plus du style « Cox » , une meilleure musique et surtout une backroom très fréquentée bien que très exiguë, dans laquelle il n’est pas facile de se faufiler aux heures de pointe surtout si tel ou tel a décidé se faire enculer en plein couloir très étroit (très souvent sans capote, la « culture » de la capote étant bien moins développée en Espagne qu’en France »), puis maintenant « Le Privilège » à la musique plus branchée et des prix cassés jusqu’à 1 heure du matin.
Le « Trailer » est la seule discothèque gay de Sitgès (il y a aussi « L’Organic » mais il ne semble pas réussir à s’imposer). Sitgès n’est pas une destination pour les « clubbers » comme Ibiza. Cependant un club hétéro, qui nécessite une voiture car excentré (il y a aussi une navette qui part du centre ville), mais donnant sur une plage ce qui peut être assez pratique pour ce que vous imaginez, organise une à deux fois par semaine des soirées gay très, très courues…Et puis Barcelone n’est pas loin…
On regagne donc souvent son « chez soi » au petit matin, du moins si l'on y est en "célibataire", situation que je n'ai connue que durant deux étés il y a une dizaine d'années, dieu sait si j'en ai profité au delà de toute mesure.

J’ai décrit le circuit le plus « branché » mais il y a bien sûr beaucoup d’autres bars gays qui ont leurs habitués, l’historique « Bourbon » par exemple, où surtout le « 7 », tenu par des anglais d’un âge certain et très accueillants, avec une clientèle très bigarrée mais plus âgée en moyenne que celle des bars précédemment décrits, qui fait parfois un peu « province » ou rappelle certaines soirées de « L’insolite » à Paris, le plus chaleureux et le moins onéreux.
Est il vraiment besoin de préciser que c’est une ville qu’il faut aborder avec une certaine « préparation » si l’on vient en couple. J’ai vu naître plus de drames que d’idylles dans cette ville…..

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 22:33

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On progresse à pas de géants dans la connaissance du fonctionnement du cerveau et de ce qu’on appelle la « conscience ». La chirurgie du cerveau, un article du monde vient de le rappeler, qu’il s’agisse de celle des tumeurs cérébrales ou de l’épilepsie, est un des facteurs de ce progrès. Avec l’accord des patients, cela va sans dire (mais mieux en le disant), on stimule avec des électrodes certaines aires cérébrales et ces derniers rendent compte "en direct" des effets de ces stimulations électriques. On vient ainsi de montrer que l'intention et la conscience dépendent d'entités distinctes du cerveau. En stimulant le cortex pariétal (celui de la « sensibilité »), on peut ainsi déclencher chez les patients des déclarations du type : "J'ai voulu bouger ma jambe.", et en augmentant l'intensité de la stimulation ces mêmes patients disent avoir effectué un mouvement, alors qu’il n’en est rien. A l'inverse, la stimulation du cortex qui déclenche le mouvement (cortex prémoteur adjacent) déclenche des mouvements qui ne sont pas conscients ! Ce dispositif expérimental décompose le circuit cérébral qui conduit de l'intention du mouvement à sa réalisation consciente : « stimulées séparément, les structures sont elles-mêmes "inconscientes" des effets qu'elles produisent en amont ou en aval ». Bien plus, on a montré dans certaines expériences dans lesquelles on demande aux sujets de réaliser une tache motrice (par exemple pousser un bouton), que le cerveau montrait une activité électrique avant le moment où ceux-ci déclaraient avoir voulu agir ! Ceci pose la question de la nature du libre arbitre : « sommes-nous des pantins agis par nos neurones, ou bien maîtres de nos actes ? ». On ne sait encore ce qu’est vraiment la « conscience », si ce n’est que « l'accès à la conscience correspond à une activation globale du cerveau. » « d'où vient l'intention elle-même ? Elle dérive, comme tout le reste, de l'activité de notre cerveau, elle-même stimulée par la mémoire, la vie, mais il faudra plus d'une expérience pour le préciser."
On peut imaginer que si l’on se pose la question du libre arbitre (et donc du déterminisme) pour la simple réalisation « d’un mouvement », celle-ci est encore plus prégnante quand il s’agit de nos opinions …
On pourrait encore compliquer le modèle en disant que certains s’attachent à appliquer les principes de la mécanique quantique à l’activité cérébrale, qu’il s’agisse de neurophysiologistes comme le regretté John Eccles, ou de physiciens théoriques comme Roger Penrose. Le monde quantique n’est il pas celui des « intentions de la nature » et de leurs « actualisations » dans le mégavers ?

La nouvelle, récemment publiée, de Stephan Zweig, « Le voyage dans le passé », témoigne de l’impossibilité de le faire revivre (ce passé), de revenir avant qu’il ne bifurque…

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 22:05

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Dans la polémique sur les méthodes d'apprentissage de la lecture, syllabique ou globale, menée par les tenants de l'idéologie "pédagogiste" qui infeste les IUFM, je suis étonné qu'il ne soit jamais fait référence à ce que pourrait apporter dans le débat la "clinique". Je m'explique. Il existe une affection très rare qui consiste en une perte de la possibilité de lire. Il se trouve que j'y ai consacré, il y a bien longtemps, ma thèse de médecine, 400 pages, sous le titre "L'alexie sans agraphie". Elle fût publié par la suite, fruit d'une collaboration avec mon "maître" et chef de service de l'époque. De quoi s'agit il? Le malade, dans sa forme typique, s'aperçoit brusquement en prenant son journal par exemple, qu'il ne peut plus lire, ou plutôt qu'il ne comprend plus ce qu'il essaye de lire qui est devenu pour lui comme "une langue étrangère". Il reconnait bien qu'il s'agit de lettres et de mots, il peut écrire sans problème et bien sûr parler mais il a perdu la faculté de lire.
Cette maladie très rare dans sa forme pure telle que je viens de la décrire est due à une destruction d'un petit territoire de la partie postérieure du cerveau gauche, le plus souvent en raison d'un accident vasculaire, partie nommée "gyrus lingual et/ou fusiforme", qui fonctionne comme un centre de la lecture.
Dans sa forme la plus grave l'alexie est totale, concernant aussi bien les lettres que les mots, mais souvent elle n'est que verbale, ne concernant que les mots. dans ce dernier cas le malade peut lire les lettres individuellement mais ne peut appréhender les mots de façon globale. Pour lire les mots il est obligé de les épeler lettre par lettre avant d'en comprendre soudainement le sens. Quand l'alexie est totale, la méthode utilisée pour essayer de faciliter la lecture est de faire suivre au patient le contour des lettres (qu'il voit très bien) avec son doigt ce qui lui permet parfois de les reconnaitre.
Lors de la récupération qui est lente et souvent partielle, celle de la lecture des lettres précède celle de la lecture des mots qui ne redevient que rarement tout à fait normale.
La physiologie de la lecture, le réel donc, semble peu intéresser les "pédagogistes"!

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 21:44

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Selon un psychiatre responsable de l'association santé des grandes écoles, nos futures élites seraient victimes d'une souffrance psychologique lors de leur passage en classes préparatoires. Pour un tiers il s'agirait d'une simple souffrance et pour près de 20% l'entrée dans la maladie, essentiellement de type dépressif. Et d'incriminer le rythme de travail, la restriction du temps de détente et de la vie amoureuse, et surtout "la chute" des performances, puisque confronté à aussi bon si ce n'est meilleur qu'eux, ces élèves habitués à être toujours premiers, voient leur notes s'écrouler...
Il se trouve que j'ai été élève de telles écoles, Math Sup d'abord, puis un début de Math Spé. La situation n'a pas du beaucoup changer. Effectivement j'ai vécu cette "chute des performances" et la nécessité, pour la première fois de ma vie de travailler une matière, les mathématiques, qui jusque là ne m'avait demandé aucun effort. Il est vrai que de passer des toutes premières places pour se retrouver en milieu de classement demande un certain temps d'adaptation. Quant à la restriction de ma vie amoureuse...je n'en avais de toute façon pas à ce moment là...Je n'ai pourtant pas ressenti de souffrance psychologique et encore moins le besoin de consulter un psychiatre. J'ai contourné l'obstacle en abandonnant la compétition : puisque je ne pourrais probablement pas prétendre réussir aux concours les plus prestigieux (polytechnique , normale sup ou centrale à l'époque), j'ai décidé, sur un coup de tête quelques jours avant mes 20 ans, et en dépit des efforts du proviseur pour me retenir, de ne pas continuer ma deuxième année et de faire médecine...Qui serais je aujourd'hui si je n'avais pas pris cette décision? J'aurais probablement intégrer une école moins prestigieuse que celles que je visais et aurais fini ingénieur ou sur une autre voie que je ne puis imaginer. Quelque part dans le "multivers", j'aimerai bien savoir ce que fait, pense et vit, mon double...
Mais pour en revenir à ce psychiatre, on peut tout de même s'étonner qu'il n'envisage comme cause de la "souffrance" de ses consultants, que "l'environnement" propre aux Grandes écoles et pas du tout la propre structure psychologique des "forts en thème". Il y fait bien une allusion très discrète en mentionnant que ces élèves sont souvent au lycée d'origine des "boucs émissaires". On n'est pas de "très bons élèves" uniquement en fonction d'un quotient intellectuel, certaines structures psychologiques y prédisposent...Cette "forclusion" du génético-biologique" est l'inconscient des psychiatres.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 10:20

 

 

 

    En parcourant un blog sur un site gay je suis tombé sur les propos suivants : « Les actifs/passifs affichés sont en majorité passifs, on le sait tous et on sait très bien pourquoi: il est très difficile de s'assumer uniquement passif. C'est un peu compréhensible, le passif est souvent considéré comme efféminé, c'est celui qu'on traite de pédé en priorité, c'est bien sûr celui qu'on traite de salope ou de sac à foutre... C'est donc surtout un problème d'image: on met tout de suite dans la catégorie passif un mec efféminé alors que ce n'est pas forcément le cas. Je veux surtout donner un conseil aux jeunes qui débutent lol : choisis plutôt d'être actif, entraîne-toi tout de suite. Les avantages sont nombreux. En tant qu'actif, on se sent moins homo et on l'est moins aux yeux des hétéros. Celui qui fait l'homme est moins homo que celui qui fait la femme. C'est quand même plus viril…»
Une lecture trop rapide du dit billet, isolant ces quelques phrases de l’ensemble , aurait pu faire craindre une certaine homophobie, à tort, l’auteur affirmant haut et fort sa passivité en fin de billet. Si ce texte m’a frappé c’est d’abord parce qu’il m’est arrivé, au moment de mon « coming out » et de ma période « militante » de détourner les concepts freudiens en définissant les « actifs exclusifs » comme des hétéros latents, et surtout parce qu’il m’a rappelé ce que j’ai pu lire, il y a longtemps, à propos de Sartre qui aurait écrit (dans son livre sur Genet ?) que la seule vrai homosexualité était l’homosexualité passive. En fait, en dépit d’un recherche « google » intensive, je n’ai pu retrouvé ses propos de Sartre et Didier Eribon n’y fait aucunement allusion dans l’article ci-dessous
http://didiereribon.blogspot.com/2007/07
Pourtant cela ne semble pas si étonnant que cela si l’on se réfère à d’autres écrits de Sartre, antérieurs à son livre sur Genet : « l’orientation psychopathologique des homosexuels assumés ou refoulés vers la collaboration, […] (est) essentiellement marquée par des attitudes féminines de soumission, de ruse et de séduction à l’égard des Allemands.

 (http://culture-et-debats.over-blog.com/article-11988561.html).

Ces propos de Sartre vont tout à fait dans le sens du dernier livre de Patrick Buisson sur la sexualité à Vichy et de son hypothèse originale quant à la genèse de l’homophobie (Patrick Buisson, pour ceux qui ne le connaitraient pas, est un journaliste politique, polémiste redoutable, longtemps sur LCI, qui a collaboré à Minute et au Crapouillot, très à droite donc, et aujourd’hui conseiller politique de Nicolaparte). Ce livre cherche (entre autres) à expliquer pourquoi « l’homosexualité, largement acceptée en France jusqu’à la guerre, avait subi, de 1945 à 1968, une telle répression ». Cette thèse appuyée sur de nombreux exemples : « Brasillach, Genet, Fraigneau, Jouhandeau, Benoît-Méchin, Abel Bonnard (excellent portrait de Gestapette), Montherlant, on n’en finirait pas de citer tous ceux que l’enthousiasme esthétique pour les Appolon germains et les Siegfried casqués a poussé vers de fâcheuses dérives ». On oublie souvent que Genet a écrit avec « Pompes funèbres » une déclaration d’amour au nazisme et que « Aspect comique de l’affaire : la déification de Jean Marais sous l’occupation. Loin d’être un avorton l’acteur emprunte aux guerriers vainqueurs la splendeur de leur anatomie, tout en devant une icône du désordre moral ». De ce croisement entre imagerie nazie et fantasmes homosexuels « est née après guerre, je pense, l’homophobie, terme qui n’existait même pas avant guerre ». On aurait ainsi assimilé amitiés particulières et penchants à la trahison. Selon Patrick Buisson est ainsi né le préjugé selon lequel « la sexualité des individus les prédestine en politique à un type de comportement particulier, singulièrement l’homosexualité….identifiée à des valeurs féminines, prédétermine une attitude de soumission, étrangère à la virilité….L’inverti est cet être qui non seulement est toujours subjugué par la force, mais en tire un plaisir inavouable, ignominieux ». « Dans cette idée, stupide si on la généralise, niche les racines de l’homophobie ».

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 19:05

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Les vacances approchent, il est temps de confirmer les réservations, cette année encore pour Sitgès. Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude de passer une dizaine de jours des vacances d'été, le plus souvent en août, à Sitgès qui est sans doute avec Ibiza et Mykonos, une des destinations gays les plus courues d'europe. Je ne connais toujours pas Mykonos, qui, à ce que j’en ai entendu dire, ne serait plus ce quelle était mais, telle K-West, une « archive », dernier vestige d’une homosexualité à « l’antique ». Ibiza, au contraire, que j’ai connue il y a une dizaine d'années, est à la pointe de la musique branchée d’aujourd’hui, paradis des « clubbers » et des camés de tous horizons qui ne se couchent jamais. Il y a 3 ans, nous avons voulu connaître Torre Del Lago, en Italie, dont la rumeur disait qu’elle aspirait à devenir la nouvelle Sitgès…La présence de la Toscane comme arrière pays constituant un attrait supplémentaire, nous décidâmes donc d’aller découvrir à quatre cette terre gay inconnue qui nous devrait nous permettre d’allier désir et culture. Un vol Easy Jet pour Pise aurait pu paraître la solution idéale et économique, mais la location d’une voiture sur place semblant incontournable, autant faire le parcours en voiture et traverser de belles régions. A l’aller nous choisîmes le trajet le plus direct, via le tristement célèbre autocuiseur (le tunnel du Mont Blanc), avec une étape à Chamonix où nous avons dégusté une fondue bourguignonne (une fondue « savoyarde » dans un tel endroit ne serait pas « tendance » !). Petit coup de nostalgie au passage, le pittoresque hôtel Roma que j’avais l’habitude de fréquenter avec Bernard, mon ex, est devenu une résidence..
Arrivée à Viareggio (Torre del Lago est un district un peu excentré de Viareggio), nous découvrîmes un jetée interminable sur laquelle se trouvait notre hôtel, tout à fait convenable et nous entreprîmes sans plus attendre une reconnaissance des lieux. Il fût d’emblé évident que la voiture était indispensable car la plage de Torre Del Lago, séparée de celle de Viareggio par un port, est à plusieurs kilomètres. Résider à Torre Del Lago même ne dispense d’ailleurs pas d’un moyen de locomotion car le quartier habité est également très à distance de la plage dont il est séparé par une immense pinède (il y a certes de vastes campings, seule solution à distance de marche, mais qui n’était pas envisageable pour moi…ah la gauche caviar…).
La plage de Torre Del Lago, à l’image de celle de Viarregio, est une immense étendue de sable fin (alors que celle de Sitgès est plutôt exiguë) dont la plus grande partie est privée (et donc payante). Il y a deux plages gays, l’une en zone payante (3 euros pour poser son cul sur le sable et 8 à 10 euros pour un transat), indiquée par notre oriflamme favori, fréquentée par les «people» et les gays qui veulent se montrer ou ceux qui sont fatigués de marcher, l’autre en zone «free», à 5 à 10 mn de marche, non naturiste, fréquentée par le gros des troupes dont ceux qui souhaitent assouvir leurs besoins (de toutes sortes) dans la pinède adjacente. Le premier soir nous décidâmes d’aller prendre un verre à la MamaMia, bar gay sur la jetée en face de la plage, vers 21 heures, où nous nous trouvâmes bien seuls. Renseignements pris ce n’était pas la bonne heure et on nous conseilla de revenir vers 23H30. Nous apprîmes ainsi que toute la vie gay ou presque se concentrait sur cette jetée, avec trois ou quatre bars, la Mamamia, le plus populaire, le Boccachica qui fait aussi restaurant, le Prescillia et un autre dont j’ai oublié le nom. Il y aurait bien quelques autres bars dans Viareggio, mais sans grand intérêt. Quant aux discothèques, une seule, le Frau Marlen, toujours sur la jetée, ouverte le WE, mais pas exclusivement gay. Les bars servent cependant aussi de boites avec la jetée comme piste de danse..
Effectivement la nuit s’anime vers 23 heures. Première constatation, le lieu est avant tout fréquenté par des Italiens (contrairement à Sitgès et Ibiza où les espagnols sont minoritaires). Alors qu’à Sitges on a parfois l’impression de n'avoir pas quitté le Marais, je n’ai rencontré que deux connaissances parisiennes (dont une italienne.. adepte de Sitgès, et qui m’a fait un panorama cauchemardesque du lieu). Seconde particularité, la proportion impressionnante de personnages « hauts en couleur », folles, travelos, transsexuels (il y a même une soirée trans au Frau Marlen), plus rarement Drag Queens. Troisième fait notable, la présence d’hétéros ou du moins supposés tels sur leur look et leur accompagnement féminin, peu devant la Mamamia qui s’affiche ouvertement gay sur ses oriflammes et dont la musique est quelque peu « coiffeuse », beaucoup plus devant le Bocca Chica, très branché techno/house. Enfin, dernier étonnement, on ne palpait pas du regard cette atmosphère de drague si présente à Sitgès. Il est vrai, je l’avais déjà constaté dans le passé, que les italiens ne sont pas de tout repos sur ce plan là (vous savez le style « je tire mon coup avec des hommes mais je ne suis pas gay »). Tout doit se passer à l’abri des regards. Il ne m’a pas fallu longtemps pour surprendre des allers et venues vers la pinède toute proche…Là dans l’obscurité plus ou moins intense, tout est possible, immédiat, à grande échelle. Bertrand et moi en avons peu profité car la « logistique du lieu » ne s’y prêtait pas. En effet à Sitgès, ou tout est à distance de marche, chacun est autonome et peut faire ses « emplettes » sans déranger personne. Mais ici, nos deux amis n’étant pas adeptes de ce type de sexualité en pleine nature, nous pouvions difficilement les abandonner à leur triste sort (nous n’avions qu’une voiture) pendant notre « chasse ». J’ai tout de même réussi une escapade rapide pendant qu’ils dansaient. J’ai ainsi rencontré un italien qui ne parlait pas un mot de français ni d’anglais, mais dont le visage s’est tout de même éclairé quand j’ai prononcé le nom de Zidane (il m’a alors dit « publicitas » ou quelque chose comme ça), et il n’arrêtait pas de me dire «Bello» (là j’ai compris mais rassurez vous on n’y voyait pas grand chose..). Enfin je n’aurai pas laissé cette terre vierge de mon sperme.
Toutes ces particularités locales se sont trouvées aggravées par le déroulement durant le long we du 15 août, du Mardi Gras Gay, grande «foire» patronnée par les associations gays mais qui attirent une foule immense et souvent très hétéro (clite). Tout se déroulant sur la jetée, il devient quasi impossible de se garer, si ce n’est à des centaines de mètre, et en payant bien sûr (tout est payant ici et très cher, la moindre bière étant à 6 ou 7 euros…). Il y a bien normalement une grande soirée gay, la soirée H2O, le samedi soir dans une immense discothèque avec piscine et vestiaire dit « en surchauffe », mais elle ne se déroule pas pendant le Mardi gras…).

Tout ne fût cependant pas si négatif. D’abord nous avons plutôt bien diné et pour un prix abordable cette fois ; nous avons trouvé, en face de l’hôtel à Viareggio, un bar gay friendly très agréable pour l’apéritif ; la plage de Viareggio s’étend sur près de 10 kms (toute privée !) et se révèle ainsi un lieu idéal pour un jogging sur la jetée. Mais surtout il y a la Toscane, magnifique, à laquelle nous avons consacré au moins la moitié du séjour, et ce d’autant plus que le temps, non pluvieux mais souvent plus ou moins nuageux et plutôt frais, y incitait. Florence et Pise que je connaissais déjà bien sûr, Sienne que j’ai redécouverte en pleine fête historique (course de chevaux disputée entre les descendants des grandes familles du Moyen Age parées de leurs oriflammes) et Lucca, splendide village qui m’était inconnu. Bertrand était ravi de découvrir cette région.

Tore Del Lago a bien du chemin à parcourir si elle veut un jour se poser en rivale de Sitgès.

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 19:23

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Ce terme, créé par le physicien Ilia Prigogine, prix Nobel, fait référence à l'évolution des systèmes biologiques ou physiques, qui, loin de l'état d'équilibre, peuvent brutalement, ayant trop déviés de leur situation de stabilité, avoir un comportement chaotique et bifurquer vers un état imprévisible qui constituera un nouvel état d'équilibre. Immanuel Wallerstein, sociologue américain disciple de Fernad Braudel, mais aussi un des inspirateurs du mouvement altermondialiste, a tenté d'appliquer cette théorie physique à la sociologie, et notamment à l'évolution du capitalisme. Selon lui, après être passé par une phase productive, industrielle, puis par une phase financière qui a mené à un endettement massif, toutes les bulles éclatent en même temps, immobilière, boursière, matières premières, etc, ce qui produit un état chaotique, une crise, qui témoigne de la fin du capitalisme qui va évoluer vers un autre système actuellement imprévisible. Que les nostalgiques du « Grand Soir »  ne se réjouissent pas trop vite : "Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif"...

En espérant que cela ne se fasse pas après un retour des catastrophes guerrières. On oublie parfois de dire que la sortie de la crise de 29, au moins du point de vue boursier, a commencé en 41 avec l'entrée en guerre des USA.

 

Le retour de la pensée, une conséquence de la crise actuelle ? On ne peut douter que ce qui est en train de se passer, commençant avec la crise des « subprimes » et se poursuivant actuellement avec la prise de conscience soudaine par les marchés du problème encore plus grave de l’endettement,  va entraîner bien des bouleversements, y compris conceptuels. Après le naufrage de l’économie administrée, dont la chute du mur a été l’emblème, nous assistons au naufrage de l’économie dérégulée (et non du capitalisme), dont la nationalisation partielle des banques a été le témoin. Francis Fukuyama, cet économiste américain qui nous annonçait la fin de l’Histoire avec la chute du mur, plus modeste, nous annonce maintenant la fin de l’ère reaganienne (scellée par l’élection d’Obama ?). J’ai trouvé bien plus stimulant un papier de Slajov Zizek, philosophe néo marxiste, paru il y a quelques mois, dont je trouve de plus en plus qu’il donne à réfléchir. Il souligne la convergence entre les néo conservateurs les plus extrémistes et l’extrême gauche dans leur critique du plan Paulson au moment de la crise des subprimes. Tous les deux sont contre le sauvetage des banques, les premiers car ils subordonnent le bien être de « Main Street », à celui de « Wall Street », il faut donc aider les riches, les seconds parce qu’ils n’en ont rien à foutre de « Main Street », dont le désespoir pourrait déclencher la révolution. Entre les deux, les « libéraux modérés », nos gouvernants, qui considèrent que la « socialisation » du système bancaire est acceptable lorsqu’elle sert à sauver le capitalisme. Slajov Zizek, nous donne la solution, inspirée de Kant qui à la devise conservatrice « Ne pensez pas, obéissez ! », a répondu non pas par « N’obéissez pas, pensez » mais par « Obéissez, mais pensez ». Autrement dit oui à la nationalisation des banques, mais repensons le capitalisme.

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 14:07

 

 

 

Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas ici du compte rendu d’un thriller qui aurait pour théâtre cette remarquable institution, les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres mais de réflexions suscitées par un rapport dont rend compte le journal « Le Monde », rapport dans lequel la Cour des comptes estime que l'éducation nationale « ne tient pas compte des besoins de l'élève et génère de l'échec » et  relève que « l'affectation des enseignants n'est pas faite en fonction de leurs compétences et des élèves qu'ils auront en face d'eux ». Cela m’a remis en mémoire un article du même quotidien qui rendait compte du dernier livre de Jean Claude Milner, « l’Arrogance du présent » dans lequel il se livrait à une analyse du gauchisme post 68. Ce lacanien, ancien de la « gauche prolétarienne », a déjà écrit un pamphlet sur l’école (« De l’école », 1984) : « Sait-on qu'il y a deux querelles scolaires et que la plus célèbre - séparant l'école publique de l'école privée - n'est ni la plus vraie ni la plus acharnée ? Sait-on qu'une autre querelle, traversant l'école publique elle-même, y oppose les amis des savoirs à ceux qui, sous couvert de gestion, de pédagogie ou de dévouement, en réalité les haïssent ? Sait-on qu'il n'y a, depuis 1945, qu'une seule et même Réforme et que les gouvernements, qu'ils se réclament de la droite ou de la gauche, ont tous la même politique : mettre en place cette Réforme unique et tentaculaire ? Sait-on que cette dernière est radicalement hostile à toute école et à tout savoir ? Sait-on enfin que l'école en France - et nulle part ailleurs - assure une fonction décisive ? Par elle et par quelques savoirs dont elle se fait l'agent, la démocratie formelle a pu s'établir dans ce pays où, pourtant, le protestantisme n'avait pas triomphé. Cet exemple longtemps unique et paradoxe historique dont, encore aujourd'hui, on n'a pas épuisé les effets. Affaiblir l'école, calomnier des savoirs, c'est déséquilibrer une machine délicate, aussi délicate à vrai dire que peut l'être toute liberté individuelle. Voilà pourtant à quoi se dévoue, avec un acharnement inlassable et un aveuglement opiniâtre, une alliance secrète et imbécile. En démonter le mécanisme, énumérer les forces, décomposer la doctrine, retirer à cette dernière la fausse évidence dont elle se flatte, tel a été notre propos. »


On sait que tout a en effet commencé dans l’après 68, et que c’est la droite « moderne » qui venait de prendre le pouvoir avec Giscard, qui a commencé l’entreprise destructrice avec la bras armé d’un ancien directeur de la PEDAGOGIE de l’éducation nationale, René Haby, qui devenu ministre créa le « Collège unique », ce qui révolta Raymond Aron, dont notre transformiste végétal semble penser quelque bien, qui parla de « complot marxiste ». Les UIFM sont venus parfaire l’œuvre sous Jospin (ministre de l’éducation du second septennat Mitterrand), dont Claude Allègre était le conseiller. Voici sans doute, dans ce commentaire du Monde sur le livre de Milner, le secret caché qui a justifié leur création : « Milner a des pages d'une lucidité cruelle sur les ruses qui s'ensuivirent, à la fois " soixante-huitardes " et traîtresses. On vit octroyer toutes sortes de permissions nouvelles, histoire de " changer la vie " en s'assurant que les pouvoirs, eux, ne changent ni ne se partagent. Il évoque avec la même caustique dureté les saccages réglés de l'éducation, destinés à garantir que la terrible menace ne surgisse jamais plus. Une jeunesse ne sachant ni lire ni écrire, obstinément maintenue dans l'ignorance des concepts, c'est la sécurité assurée. »
Il serait injuste de ne pas rappeler que la béarnais, lorsqu’il était ministre de l’éducation en 1994, a tenu à parachever l’œuvre avec ses 158 décisions du « Nouveau contrat pour l’école » : « Les projets d’école constituent le cadre propice au développement des initiatives des équipes pédagogiques ». 

 

« Education.
C’est peut être à propos de l’éducation qu’il manifeste avec le plus de brio ses manifestes dispositions pour le rôle de vieux con. Il donne là libre cours à ses tendances réactionnaires, jusqu’à se mettre à dos tous les professeurs – enfin, les professeurs qui connaissent son existence, ce qui, par chance pour lui, limite considérablement le champ de son impopularité. Il leur reproche de consentir à s’appeler des profs, ce qui montrerait bien, d’après lui, leur incapacité à concevoir leur fonction comme un rôle, et leur rôle comme celui de représentants et de propagandistes de la connaissance, et du contrat social – plutôt que de mettre en avant leur personne, avec ses familiarités, ses relâchements vestimentaires et langagiers, ses convictions idéologiques. Le terme d’enseignant ne trouve pas non plus grâce à ses yeux, parce qu’il le prétend incompatible, par sa laideur, par son défaut d’inscription dans la langue, avec la littérature, avec l’amour qu’on a d’elle, et la responsabilité qu’on a de la faire aimer. Il incite les professeurs à s’assumer professeurs, voire maîtres, et va jusqu’à faire l’éloge, non seulement des hussards noirs de la République, mais des pauvres Topaze à col de celluloïd, redingote râpée et binocles d’antan. Cependant il doute fort d’être entendu, comme d’habitude, car ce qu’il appelle le désastre de l’éducation nationale – elle est taxée de garderie nationale (qui garde mal), et est accusée de produire à la chaîne des zombies, totalement intouchés par notre civilisation – n’en serait pas selon lui à la première génération de ses méfaits, et la formation de la plupart des profs actuels en aurait déjà été affectée.
Autorité. Inégalité. Il n’y aurait pas d’égalité entre le maître et l’élève, entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Cependant cette inégalité est une inégalité de rôles, instruments d’une égalité future, ou d’inégalités inversées…. »
(Renaud Camus, Etc., abécédaire malveillant, P.O.L., 1998)

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