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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 15:17

Il y a 20 ans, en plein milieu d’une interminable et douloureuse séparation d’avec celui qui venait de partager 15 ans de ma vie, la victoire de la France en coupe du monde de foot avait, pour une soirée, dissipait les nuages qui embuaient mon esprit, non que je fusse un passionné de ce sport, mais la joie qui déferlait dans les rues était communicative. Je m’étais même rendu, fort tardivement, après un long détour aux soirées « dominicales » très « hot » d’une boite annexe du Scorpion, sur les champs Élysées à un moment où la fête était finie, un accident provoqué par une voiture folle venant de disperser la foule.

En 2010, le mirage de la société multiculturelle que la presse avait célébrée à l’occasion de cette victoire, s’évanouissait dans l’épopée lamentable en Afrique du Sud. Je m’étais vu alors censurer un billet de ce blog, intitulé je crois « Black, blanc beur », sous prétexte qu’il aurait pu déplaire aux « annonceurs ». J’avais donc hébergé ce billet sur « Gayattitude », mais ce site ayant disparu, je n’ai pu en retrouver la teneur. Sans doute devais je émettre quelques réserves sur l’angélisme des médias quant à l’immigration, me faisant l’écho de certains écrits de Renaud Camus, tout en commençant à m’effrayer de ses positions politiques ( http://limbo.over-blog.org/tag/politique/3).

Cette année, toujours aussi peu passionné par ce sport, j’ai assisté à la victoire de notre équipe dans un bar du marais, où, sans doute pour la première fois en un tel lieu, la foule a entamé la marseillaise, non sans penser, avec tristesse, aux tweets ravageurs que devait être en train d’écrire un de nos grands écrivains.

En 1998, j’étais un fidèle et assidu lecteur du journal Renaud Camus, auteur découvert avec « Tricks » mais surtout enthousiasmé par « Buena Vista Park » et ses « Chroniques Achriennes ». Nous étions deux ans avant la triste et célèbre « affaire Camus », monumentale et injuste cabale déclenchée par quelques phases extraites de son journal de l’année 1994 (« La campagne de France »). Est-ce de ce moment qu’il faut dater la dérive intellectuelle qui allait l’amener jusqu’aux tweets les plus extrêmes qu’il a pu émettre au cours de cette coupe du monde,  où il a souhaité la "victoire de l’équipe européenne contre l’équipe africaine" ? Certes l’acharnement médiatique dont il fût victime dans les années 2000 a pu contribuer à exacerber les traits de type paranoïaques qu’on pourrait déceler dans ses premiers écrits (la relecture récente de Buena Vista Park m’a fait retrouver en filigrane certaines de ses idées actuelles), mais un autre évènement, survenu à la même époque, m’apparait bien plus fondateur de ce changement « d’épistémé » que l’on trouve dans son journal à la charnière des deux siècles : la rencontre avec Pierre, survenue un an avant « l’affaire ». Non par une influence directe, je suis loin d’être persuadé que l’ami qui partage sa vie depuis près de 20 ans, et avec qui j’ai eu l’occasion de diner il y a plusieurs années car il était un des collègues de lycée de mon ex-ami, partage pleinement ses positions, mais parce qu’elle a mis fin à son vagabondage sexuel (ce terme n’a aucune connotation péjorative chez moi…) qui constituait la trame omniprésente de son journal. Nous assisterions en fait au « remplacement » d’une obsession, le sexe, par la transformation progressive d’un malaise devant le comportement culturel africain et arabo-musulman, perceptible dès ses premiers écrits, en une obsession d’une invasion par les peuples qui portent cette culture, obsession qui confine parfois au délire paranoïaque (il suffit d’aller jeter un coup d’œil sur son compte tweeter...).

J'ai arreté de lire Renaud Camus quand son journal a cessé d'être publié en librairie (il est maintenant en ligne sur le site de l'auteur). Il me manque pourtant, mais je préfère rester à l'écart de sa part "maudite".

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 15:25

 

Mon séjour à Bordeaux, le week-end dernier, a coïncidé avec la date de la Gay Pride bordelaise, 20 ans après celle à laquelle j’avais participé avec un ami parisien, le temps d’une très éphémère romance. Nettement plus de monde cette fois-ci, même si on restait loin des foules parisiennes, avec une bouffée d’air rétro d’avant la « normalisation » gay, avec son ambiance festive et colorée, comme souvent en province, vitrine de nos différences. Une bouffée seulement, car les discours et les slogans de la tête de la manifestation montrait le triste noyautage gauchiste de la LGBT locale mettant plus l’accent sur la haine du capitalisme et de Macron que sur nos préoccupations.

 

La « normalisation » gay, il en a maintes fois était question dans ce blog, non pour la regretter, mais pour en souligner les effets pervers collatéraux qui tendent vers notre « déculturation » et la perte de notre identité, ou plutôt de « nos » identités ( http://limbo.over-blog.org/article-l-homosexualite-est-elle-soluble-dans-le-conformisme-53487533.html ) dans la substitution du droit à « l’indifférence » au droit à la « différence ». C’est donc avec intérêt que j’ai entrepris la lecture du petit opuscule d’Alain Naze, « Manifeste contre la normalisation gay », que je pensais être dans la lignée de l’ouvrage sus cité. Loin de là…Certes l’auteur cite marginalement les conséquences négatives de la « normalisation gay », avec la disparition progressive des lieux de drague que favorisait la clandestinité et des quartiers gays et l’exclusion de ceux qui donnent une « mauvaise image » de nous (les folles), en d’autres termes la marche vers notre « invisibilité », mais ce n’est pas là le cœur de son propos.

Notre auteur se présente en fait comme un militant nostalgique du FHAR des années 70 (voir billet précédent), quand ce mouvement voyait l’homosexualité comme fer de lance de la révolution, mais contaminé de surcroit par l’islamo gauchisme… Les organisations LGBT, peu suspectes pourtant de dérive droitière, sont ainsi accusées de favoriser l’homophobie en exportant la notion d’identité homosexuelle dans des régions où elle n’existe pas, en un mot de colonialisme! Rejetant « l’essentialisme », dans la lignée de ceux qui considèrent que l’homosexualité n’existait pas en Grèce, il suppose que celle des pays émergents serait « d’une autre forme » que celle du modèle occidental.  Dans le même esprit il s’insurge contre la pression de l’homosexualité blanche (pas si loin en fait du « male blanc » de Macron !) en faveur du « outing », combat qui ne recoupe pas celui de la plèbe, qui aurait peu de raison de se reconnaitre dans les manifestations favorables au mariage pour tous. La référence à Guy Hocquenghem (dont Edouard Louis serait l’héritier spirituel ?) est omniprésente. Alain Naze n’est pas isolé : un récent colloque à l’université de Nanterre, en plein blocage, avait pour contenu "l'homoracialisme", "l'impérialisme gay" ou encore "l'extrême gauche blanche"...

 

Ce pamphlet sectaire n’interroge jamais la notion même de normalisation, qui n’était pour les auteurs d’ « Homographies » (l’absence de la référence à cet ouvrage est stupéfiante : http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) qu’un leurre, un épisode peut être éphémère de notre histoire, réversible, tant l’homophobie est profondément enracinée chez l’hétérosexuel, masquée par un comportement compassionnel un peu similaire à celui plus récemment développé pour l’espèce animale…Dans une optique inverse, celle de William Marx dans son « Savoir Gai » dont j’ai rendu compte dans un billet récent, beaucoup plus optimiste, notre normalisation est impossible tant le « regard gay » diffère de celui de l’hétérosexuel et loin de nous faire rentrer dans le rang « hétérosexuel » quant à nos pratiques sexuelles (que le très beau film de Christophe Honoré, « Plaire, aimer et courir vite » illustre à merveille) la loi sur le mariage homosexuel pourrait au contraire influencer celle des hétérosexuels….

 

Lundi dernier, assistant au repas de la section parisienne de l’amicale des anciens élèves de Sainte Marie Grand Lebrun, où je fis toutes mes études, en présence d’un prêtre, le provincial de l’ordre des Marianistes, au moment des présentations, où pour la première fois (la dernière réunion remontant à 5 ans), je déclinais un « marié sans enfants », dont mon alliance témoignait,  à la place de mon habituel « célibataire », je me demandais ce que je répondrais si on me posait une question « indiscrète » sur ce mariage récent….Normalisation, tu n’es pas au bout du chemin…..

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 15:13

Avril 1978, ma deuxième naissance ce jour où j’allais rencontrer Philippe, dans un cinéma « porno » de la rue Vivienne à Paris, dont je venais d’apprendre l’existence dans un article du journal « le Point ». Lorsque je retournais dans ma province bordelaise, quelques jours plus tard, transfiguré par cette première expérience sexuelle (http://limbo.over-blog.org/article-ma-premiere-fois-pour-son-malheur-44231829.html), je n’aurais pas imaginé que rencontrer des garçons aller maintenant rythmer ma vie de façon quasi ininterrompue, parfois frénétiquement comme s’il était possible de rattraper le temps perdu, et encore moins que 40 ans plus tard de telles rencontres soient encore si fréquentes sans que  j’ai jamais eu besoin de recourir au sexe tarifé…Le jeune homosexuel que j’étais jetait en effet un regard presque réprobateur, toutefois sans agressivité comme on peut le constater sur le net aujourd’hui,  sur ces plus de « 50 ans » qui osaient encore fréquenter les lieux de drague…Quant à l’idée même d’un mariage « gay », elle aurait déclencher chez moi un immense éclat de rire.

En effet, en ces temps-là, à la fin des années 70, le militant gay était plutôt « révolutionnaire », moins sur le plan « politique » comme le FHAR (front d’action révolutionnaire) dans les années post 68, que sur le plan sociétal contre l’oppression hétérosexuelle et ses normes « familiales » qu’on voulait exploser, avec la création du GLH (Groupe de libération homosexuelle), puis du CUARH (Comité d’urgence anti répression homosexuelle). Je m’insérais, sur un mode moins politique, dans ce mouvement en participant activement, à la création sur Bordeaux d’une association homosexuelle, « Les Nouveaux Achriens » (terme proposé par Renaud Camus, auteur pas encore maudit et surtout connu pour la publication de « Tricks », journal de ses rencontres sexuelles, qui le préférait à celui de « gay » qui commençait à s’imposer).

Mon coming-out « sexuel » survenait au meilleur moment, celui où on allait basculer de la période « pré-gay », à celle de la « libération des corps » au rythme de la musique Disco. Quelques mois plus tard paraissait le premier numéro du journal Gai Pied suivi de peu par la publication d’une revue trimestrielle, à ambition culturelle, « Masques, revue des homosexualités », dont la sortie donna lieu à une grande fête au Bataclan.

J’aurais presque oublié cette revue, dont la lecture m’a pourtant accompagnée les quelques années de sa parution, si je ne venais de lire, avec intérêt, la biographie de Jacques d’Adelsward-Fersen par Viveka Adelsward et Jacques Perrot, livre qui m’a été envoyée gracieusement par son éditeur, espérant que je puisse en faire état dans ce blog. J’avoue, bien que Roger Peyrefitte lui ait consacré un roman, « L’exilé de Capri », que je n’avais jamais entendu parlé de ce poète et romancier français, de lointaine ascendance suédoise, dandy aristocrate qui fréquentait les cercles proustiens, et dont l’homosexualité fût révélée au grand jour au début du siècle dernier, il avait 23 ans, à l’occasion d’un scandale de mœurs impliquant des mineurs qui étaient amenés à participer plus ou moins dénudés à des « tableaux vivants ». Condamné pour « excitation de mineurs à la débauche », après plusieurs mois de prison, il choisit de s’exiler à Capri avec Nino, qui va partager sa vie, jusqu’à son suicide à l’âge de 42 ans. Durant cet exil, outre la poursuite de son œuvre littéraire, il va lancer en 1909 une revue mensuelle, Akademos, traitant de l’homosexualité sous l’angle artistique et littéraire, mais aussi progressivement sous celui du militantisme. Sa parution fut éphémère, à peine un an, en partie pour des raisons financières mais aussi en vue d’un projet plus ambitieux et plus ouvertement militant. Akademos, première revue homosexuelle, me semble préfigurer, 70 ans avant, ce que sera Masques. Un pionnier de la libération gay qui mérite de sortir de l’oubli.  

L’actualité cinématographique nous rappelle combien ce parcours vers notre « visibilité » fut long et douloureux. La remarquable saison 2 de la série American crime, "The assassination of Gianni Versace", centrée autour du parcours 4 fois meurtrier de son assassin, nous montre que Versace, dont la sœur lui lance quand il décide de faire son coming-out, « "Tu as oublié que le monde est horrible" », a été aussi la victime de l’apathie homophobe de la police. Le très émouvant film de Luca Guadagnino, « Call me by your name », avec un époustouflant Timothée Chalamet, nous livre un dialogue d’anthologie entre un père et son fils sur le caractère unique, irremplaçable, fondateur du sentiment amoureux, aussi douloureux soit-il.

Un coup de cœur pour clore ce billet : les deux premiers opus du « quatuor bordelais » de l’auteur anglais Allan Massie, « Printemps noir », puis « Sombre été à Bordeaux », enquêtes policières durant l’occupation, où l’intrigue s’efface devant l’étude des caractères en ces temps troublés, atmosphère assez semblable à celle de la série « Un village français », une sorte d’alchimie entre Simenon et Philippe Kerr, avec notamment des personnages homosexuels attachants (le plaisir de lecture de ces deux romans rendent très indulgents vis-à-vis de petites imperfections quant à la connaissance de Bordeaux ( Le café des arts n’est pas cours de la Marne mais cours Victor Hugo…)).
 

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 14:38

Le geste d’Arnaud Beltrame suscite au premier abord étonnement, admiration, voire incompréhension : comment a t-il pu trouver le courage d’en arriver là ? La réponse immédiate qui a été apportée à cette question est triviale : c’est le destin d’un héros. C’est effectivement la seule conforme au point de vue laïque dont ne pouvait s’écarter, du fait de sa fonction, Emmanuel Macron. Ce n’est pourtant probablement pas celle qui convient. Les actes héroïques défient la raison car ils surviennent le plus souvent « abruptement », dans l’instant, sous le coup de l’émotion sans que leurs conséquences éventuellement, mais non obligatoirement, fatales aient eu le temps d’être envisagées.

 

Il ne s’agit pas ici d’un acte héroïque, mais d’un sacrifice dans sa dimension religieuse. Les évènements de Trèbes nous donnent à voir les deux visages du sacrifice « aux étranges effets de miroir », décrits par René Girard dans « Celui par qui le scandale arrive » à propos du jugement de Salomon, : le sacrifice d’autrui, celui qui tue et le sacrifice de soi pour sauver l’autre. Le premier renvoie à la dimension archaïque du religieux, ici celui du radicalisme islamique, le second à celui du Christ. Au terroriste prêt à sacrifier des innocents, boucs émissaires d’un monde occidental haï et jalousé, Arnaud Beltrame, en chrétien, a répondu par le don de sa vie pour sauver une innocente et peut être même la vie de son bourreau, s’il l’avait pu.

 

Par un étrange paradoxe, ce sont les politiques se référant aux racines chrétiennes de la France, de Vauquiez à Marine le Pen, qui se sont servis de ces évènements dramatiques pour proposer des solutions inapplicables et contraires aux valeurs de leur religion…

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 15:07

L’intitulé de ce blog, « regard d’un gay », ne suggérait-il pas une façon « d’être au monde » spécifique de l’homosexualité, marquée par l’emprise de l’orientation de son désir ? Au royaume du désir gay, contrairement à l’affirmation sartrienne, « l’essence précède l’existence » (http://limbo.over-blog.org/article-l-homosexualite-essence-ou-construction-45613197.html), au point même de la  pourrir chez ceux qui n’arrivent pas ou ne peuvent pas l’assumer. Il n’est donc pas étonnant que je me sois engagé avec empressement dans la lecture de cet essai de William Marx, « Un savoir gai » qui affirme que « Le sexe est chose mentale…(qui) colore notre vision du monde) ».

 

Les pages qui décrivent le chemin qui mène à la prise de conscience de sa « nature » dans un monde longtemps, et bien souvent encore, façonné selon une identité sexuelle qui n’est pas la sienne, m’ont ramené à celui qui fut le mien.  Jalonné de nombreuses stations, sans aller jusqu’à s’apparenter à un chemin de croix – tel celui narré par Dominique Fernandez dans « l’Etoile Rose » - il n’en fût pas moins fort long jusqu’à ce que je puisse poser un nom sur ce que j’étais : « homosexuel ». Le souvenir de certaines étapes en est encore fort présent : enfant je limitais, dans la mesure où je le pouvais, les invitations féminines lors des « gouters » qu’organisaient mes parents ; élève à peine pubère d’une institution catholique, les vestiaires constituaient pour moi le seul attrait des activités sportives et lors des « retraites » organisées par le collège j’attendais avec impatience le moment du si troublant du déshabillage de mes camarades au dortoir ( dois-je regretter qu’aucun prêtre, frère ou éducateur n’ai jamais eu pour moi le moindre comportement initiateur ?); adolescent, mes amitiés trop envahissantes pour certains de mes camarades de classe les ont parfois irrités ; adolescent encore  ma pratique éphémère du football fut bien plus dictée par l’attrait des douches collectives que par le plaisir de ce sport ; jeune adulte enfin, me précipitant dans les salles qui projetaient du « porno » au moment de la libération de la censure par Michel Guy, ministre de Giscard, mes battements cardiaques redoublaient à la vision des sexes masculins tandis que les scènes de lesbiennes m’exaspéraient…Sans oublier les lectures comme celles de « la ville dont le prince est un enfant », ou les films comme « les désarrois de l'élève Törless »…

 

Il s’en est fallu de peu que cette prise de conscience fut moins longue, lorsqu’à 17 ans, proposant à Michel, un de mes camarades de classe, à faire une partie de strip-poker, pris de tremblements incoercibles quand sa main se posa sur mon sexe, au bord de la jouissance, je mis fin au divertissement. Bouleversé par ce que j’avais ressenti, paniqué à l’idée que cela se reproduise, je refusais à plusieurs reprises ses propositions. Il se lassa et je ne le revis plus. Est-ce à lui que je pensais lorsque des années plus tard, à l’écoute de la chanson de Gerard Lenorman, « Michèle », qui me toucha tant, j’entendais « Michel »?  Etrangement, je ne saurais dire précisément quand, entre cette occasion gâchée et mon premier rapport sexuel, quelques années plus tard (http://limbo.over-blog.org/article-ma-premiere-fois-pour-son-malheur-44231829.html), je fis mon coming-out « intérieur », probablement parce que ce fut un lent processus.

 

Ce coming-out « intérieur » en précéda bien d’autres, le « sexuel », puis le « familial » moins d’un an après, avant de s’étendre assez rapidement à mon entourage privé ou professionnel, dans la foulée du vent de liberté qui a soufflé au début des années Mitterrand, allant même jusqu’à participer à la création d’un mouvement associatif homosexuel sur Bordeaux et à une émission de radio. Ma participation à ma première Gaypride à la fin des années 80 en fut l’accomplissement, en accord avec ce qu’en dit William Marx, l’affirmation de notre différence et de notre appartenance à une communauté dans toutes ses composantes, y compris celles qui « donnent une mauvaise image de l’homosexualité » aux yeux de ceux d’entre nous inconsciemment homophobes.

 

Ce livre dit tant d’autres choses sur notre condition, recoupant bien des billets de ce blog, sur la pédophilie, sur nos pratiques sexuelles, sur notre rapport au couple, le mariage, en fait sur tout ce qui met mal à l’aise les hétérosexuels, aussi tolérants soient il, parce que leur est ainsi révélé, mis sous les yeux, tout ce à quoi leur sexualité n’a pas accès, « bridée par la tradition ».

 

Un désaccord toute fois avec l'auteur quant à son interprétation du désir mimétique qu'il semble décrire comme non applicable au désir homosexuel puisque le jeune gay "n'imite pas le désir de ses parents". Cette interprétation de  René Girard est erronée. Ce dernier a bien montré dans "Des choses cachées depuis la fondation du monde" que le désir homosexuel fonctionnait exactement de la même façon que celui hétérosexuel,sur le mode mimétique, mais bien entendu dans son champ "biologique", celui de l'attirance pour le même sexe.

 

On pourrait aussi regretter une vision un peu trop personnelle de l’auteur, négligeant quelque peu les différences de sensibilité quant à la question gay telles qu’elles se sont exprimées dans « Correspondance indiscrète », le livre de Dominique Fernandez et Arthur Dreyfus ou un chapitre inutile et peu convaincant sur l’homosexualité putative du Christ.

 

PS : à signaler le court roman de Arthur Cahn, « Les vacances du petit Renard », qui narre les élans amoureux d’un adolescent de 14 ans pour un quadragénaire et qui pourrait s’intituler : « comment utiliser (mal) Grindr ».

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 11:01

Lorsque j’ai rédigé mon dernier billet, je n’avais pas encore lu l’excellent roman de Patrice Jean, « l’homme surnuméraire », passé pratiquement inaperçu dans la rentrée littéraire, sans doute trop politiquement incorrect pour intéresser les jurys des prix, découvert un peu par hasard à l’écoute d’une chronique littéraire sur Europe n°1. Cette histoire, presque Houlbecquienne, de deux hommes, l’un subissant la domination féminine, l’autre le pédantisme de milieux universitaires que fréquente sa femme, pousse jusqu’au bout la logique de cette société du contrôle dont je parlais précédemment, décrivant uns société où l’on irait même jusqu’à republier les classiques de la littérature en les expurgeant de tous les « interdits de dire » de la bien-pensance. Science-fiction ? Surement pas, ne vient-on pas de voir « Carmen » récrite pour complaire au féminisme, ou Gallimard mis au pilori pour son projet de publication des pamphlets antisémites de Celine et ceux qui tentent de dire « ça suffit » comme Catherine Deneuve se font lyncher….

 

Quittant ce monde où l’homme est « de trop », j’ai récemment vu deux films montrant l’éveil à l’homosexualité, celui d’un jeune prolétaire dans « Marvin ou la belle éducation » et celui d’un campagnard dans « Seule la terre ». Anne Fontaine a entrepris une très libre adaptation du livre d’Edouard Louis (http://limbo.over-blog.org/2014/02/histoires-de-nos-sexualit%C3%A9s.html), au point que ce dernier demande de retirer son nom du générique. Elle en donne une version façon « Billy Elliot », ne gardant en fait du roman que l’enfance prolétarienne, partie qui souffre d’un traitement quelque peu caricatural du milieu familial, avant de donner une vision à la limite du cliché des milieux gays parisiens, notamment la rencontre de Marvin avec le pygmalion quinquagénaire friqué incarné par Charles Berling qui sonne faux, avec un abord de l’homophobie un peu trop didactique (qu’elle soit un racisme qui se prolonge au sein même de la famille a été exposé avec plus de talent dans « ses chroniques achriennes » par Renaud Camus, en un temps où l’homosexualité l’occupait bien plus que sa paranoïa du « grand remplacement ». Les deux interprètes de Marvin, Jules Porier et Finnegan Oldfield n’en sont pas moins remarquables.

 

Le film de Francis Lee, « Seule la terre », m’a bien plus ému. Cette chronique paysanne, filmée dans des paysages magnifiques, conte l’histoire de Johny, jeune agriculteur portant sur ses épaules la responsabilité du fonctionnement de l’exploitation de son père, âgé et infirme, et qui noie sa solitude dans des virées nocturnes fortement alcoolisés où il satisfait ses pulsions homosexuelles non assumées en sodomisant des jeunes gens, à la va vite et sans la moindre tendresse, dans les toilettes des bars. Le recrutement par son père d’un travail saisonnier roumain, lui faisant découvrir l’amour, va transformer le regard que cet être sauvage et replié sur lui-même portait sur son entourage jusqu’à en adoucir ses traits et admettre sa sexualité. Ce film est remarquable par sa capacité à éviter tous les clichés sur l’homosexualité notamment dans la magnifique et surprenante réaction des parents. L’occasion de signaler une autre histoire d’amitié, hétérosexuelle celle-ci, entre deux jeunes montagnards, avec l’excellent prix Medicis étranger, « Les huit montagnes ».

 

 

Je ne résiste pas, en conclusion de ce billet, à faire part du petit pincement de cœur que j’ai eu en retrouvant, certes bien vieilli, le personnage de Luke Skywalker. Il y a plus de 40 ans je revoyais 11 fois en quelques semaines le premier opus de la série (devenu le n°4 de la saga), en partie parce que le jeune homme que j’étais alors, encore puceau, était tombé sous le charme de Mark Hamill, l’acteur qui tenait le rôle.

 

Mes meilleurs vœux aux lecteurs de ce blog.

 

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 16:03

Surveiller et Punir, ce titre d’un ouvrage de Michel Foucault consacré à la naissance de la prison, pourrait merveilleusement décrire le rôle que se sont attribués les médias et les réseaux sociaux donnant naissance à la société du contrôle de la parole, des opinions, des comportements et de la vie privée comme substitut à la police et à la justice, réhabilitant ainsi le lynchage. Le journalisme d’investigation, dont Edwy Plenel fût l’un des pères, a fait tache d’huile au point qu’une traque permanente de tout ce qui est dit ou fait s’est généralisée afin de livrer « aux chiens » tout ce qui est censé s’écarter de la doxa « bienpensante » et de des tables de sa loi laïque, féministe et antiraciste. Les exemples récents sont légions comme cet humoriste écarté de France Télévision pour une blague, certes pas très fine, à propos des violences faites aux femmes (interdiction de l’humour noir), Kevin Spacey « effacé » du dernier film de Ridley Scott sans qu’il soit à ce jour poursuivi et encore moins jugé, une juré de la nouvelle star dénoncée au CSA pour avoir touché le « kilt » d’un candidat, ou notre président taxé de raciste pour avoir osé plaisanter aux dépens d’un président africain ou avoir enfreint les principes de la laïcité en assistant à une cérémonie religieuse (on remarquera que cette accusation ne concerne en général que la religion catholique, l’islam ayant l’excuse d’être considéré comme la religion des opprimés…).

 

Combien cette doxa a dû se sentir mal à l’aise, l’attitude de Jean Luc Mélenchon en témoigne, devant le spectacle de l’hommage rendu à Johny Halliday ce samedi, qui plus est trouvant son point d’orgue dans une église…Le peuple qui était dans les rues et qui témoignait dans les médias, ressemblait furieusement à ce que certains appellent les français « de souche » ; les catholiques zombies, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd à propos des participants à la manifestation en hommage à Charlie Hebdo. Les français issus de l’immigration, les banlieues, n’étaient pas là… D’un autre côté l’immense émotion qu’a suscité cette disparition (que je n’ai pas vraiment partagée car Johny ne faisait pas partie des artistes qui m’ont touché dans ma jeunesse) vient contredire la thèse d’un des représentants «maudit» de l’anti Doxa, Renaud Camus : nous sommes encore loin du "Grand remplacement "…Je me suis abstenu de le lui dire lorsque je l’ai croisé, ce samedi où il assistait comme moi à la soutenance de thèse de directeur de recherches, en Sorbonne, de mon ex-ami qui a partagé 15 ans de ma vie, me contentant de lui faire part du plaisir que j’avais eu à la lire des chroniques Achriennes jusqu’au dernier opus de son journal qui ait été publié avant qu’il ne trouve plus d’éditeur. C’est l’écrivain que je voulais saluer, pas l’idéologue dont je ne partage pas les obsessions.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 15:56

Big sister”

 

 

 

« Il n’y a que des parisiens pour pouvoir se payer ça », réflexion d’un contact sur Scruff, un site de rencontres gay, lors d’un récent séjour à Bordeaux, m’avait fait sourire. Mon logement dans un appartement d’un petit immeuble, totalement rénové, du centre-ville et dont les travaux venaient de se terminer en était à l’origine. Ce n’est que quelques jours plus tard, une fois rentré à Paris, en découvrant dans la presse la campagne d’affiches dans les rues de Bordeaux, « Parisien rentre chez toi », que j’ai réalisé que cette réflexion révélait un état d’esprit. Bien que bordelais de naissance et de cœur, ayant vécu 37 ans dans cette ville, je me suis tout de même senti un peu visé puisque j’y ai acheté, il y a plus de 2 ans, un pied à terre qui vient de m’être livré. Il est vrai que depuis l’embellissement de la ville sous l’action d’Alain Juppé, son classement au patrimoine de l’Unesco, l’arrivée du TGV en deux heures depuis Paris, l’afflux des touristes qui a stimulé le développement d’Airbnb, ont entrainé une explosion des prix de l’immobilier et des difficultés réelles de logement pour certains. On pourrait cependant entrevoir le ferment d’un repli identitaire dans une telle agressivité.

 

L’installation dans cet appartement allait donner lieu à une autre manifestation d’agressivité, que je qualifierai, sobrement, de « culturelle ». Le mobilier a été livré par deux employés d’une société de transports, qui devant l’impossibilité d’utiliser l’ascenseur pour certaines pièces trop volumineuses, ont accepté mon aide et celle de mon mari pour les acheminer par les escaliers. La montée du canapé fut la plus problématique, entrainant dans un endroit plus délicat un mouvement de recul inattendu d’un des deux livreurs, un jeune maghrébin, dont la partie basse du dos et haute du fessier, vinrent rencontrer mes mains avancées pour le retenir. Il se retourna brusquement pour me lancer un brutal : « ça veut dire quoi ça ! ». J’en suis resté sans voix, même s’il ne pas fallu longtemps pour réaliser, qu’étant avec mon ami, il avait tout de suite imaginé, qu’homosexuel, je ne pouvais qu’être intéressé par ses fesses...Ma stupéfaction devait être suffisamment évidente pour qu’il se calme et ne m’accuse pas d’agression sexuelle…

 

D’autant plus qu’il n’en faut pas beaucoup en ce moment pour qu’un comportement soit qualifié d’agression sexuelle. En témoigne ce qui vient d’arriver à Kevin Spacey, dont le simple fait d’avoir proposé à un adolescent, il y a 30 ans, alors qu’il était bourré, de l’accompagner chez lui, mais sans avoir commis le moindre acte sexuel suffit à déclencher un orage médiatique, mettre à mal sa carrière et, pire, être voué aux gémonies par les associations LGBT qui l’accusent d’associer l’image de l’homosexualité à la pédophilie, de quoi faire se retourner dans leur tombe les militants gays qui ont forgé notre « libération ». Ne doutons pas que d'ici peu, d'autres viendront soudainement  "témoigner" de l'appétit de l'acteur pour les beaux garçons...

 

Mais après tout ne nous plaignons pas, nos compères hétérosexuels mènent une vie bien plus risquée que la nôtre…Je ne méconnais pas l’importance qu’on eut les combats féministes pour notre propre cause, ils sont en partie indissociables, mais le déferlement médiatique, occultant tout ou presque, qui a suivi la révélation du comportement, certes ignoble, de ce producteur américain, suivi de cette écœurante campagne « balance ton porc », fortement connotée, outre l’incitation à la délation , d’un racisme anti « sale gueule », montre l’influence sur les médias des organisations féministes les plus radicales, pour lesquelles toute pulsion sexuelle masculine n’est que la manifestation intolérable du pouvoir masculin et de sa volonté de domination. « Big sister», version féministe de « Big brother » pour imposer ce nouveau puritanisme. Bientôt un simple regard sera suspect, comme l’est pour la gauche radicale la moindre critique de l’islam, qualifiée d’islamophobie, sous prétexte que les musulmans ont été opprimés par l’occident….

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 15:15

Générique de fin, un silence de plomb dans une salle qui commence à s’éclairer, quelques spectateurs qui essaient d’essuyer discrètement leur larmes, ou qui n’y arrivent même pas, tel ce jeune homme dont on pouvait supposer qu’il avait connu un drame similaire et que sa mère tentait de consoler. Film dont c’est peu dire qu’il est bouleversant dans sa deuxième partie, récit d’un dramatique amour entre deux militants d’Act-up, l’un séronégatif et l’autre s’acheminant vers le stade terminal de la maladie, servi par une interprétation exceptionnelle.

 

Comment ne pas être renvoyé à ses propres souvenirs, à cette seconde moitié des années 80 et début des années 90, que jeune homosexuel j’ai traversée, en dépit d’une vie sexuelle active,  en étant épargné par ce fléau qui a emporté des amis si proches, comme toi Claude, qui sur ton lit de mourant m’a lancé, je ne t’en ai pas voulu, j’ai compris ton désespoir : « toi aussi tu vas y passer », ou toi Christian, son ami disparu quelques mois plus tard, en même temps que Jacques son précédent «mari» qui l’a accompagné jusqu'au bout, et combien d’autres un peu moins proches. Je n’ai pas eu à souffrir, comme ce fut le cas de mon compagnon actuel,  de la disparition de ceux qui ont partagé ma vie, à ce moment là ou par la suite. Du moins de ceux que je n’ai pas perdus de vue, car c’est sur internet - un billet nécrologique de Didier Lestrade, un des fondateurs d’Act-up - que j’ai appris le décès d’Hervé, mon premier amour fou (http://limbo.over-blog.org/2016/04/en-souvenir-d-herve-robin-un-gay-de-nos-annees-de-braise.html) et je suis toujours sans nouvelle de « Ginette », personnage à haut risque (http://limbo.over-blog.org/article-ginette-46573957.html).

 

Mais ce film n’est pas seulement une dramatique épopée amoureuse qui a ému la croisette et maintenant, semble-t-il, le public, c’est aussi, surtout dans sa première partie, un témoignage sur ce que fut l’action d’Act-up pendant ces années tragiques. Le regard moins embué par l’émotion, pas totalement absente cependant car la maladie reste très présente, on peut émettre quelques petites réserves, sur la forme, un peu didactique, quasi documentaire, et le fond, manichéen du style le bon (Act-up), la brute (l’industrie pharmaceutique) et les méchants (les socialistes au pouvoir). Ceci n’est certes pas étonnant, le film ayant été très fortement influencé par les leaders historiques d’Act-up et ce point de vue, par l’indignation qu’il ne manque pas de faire naitre chez le spectateur, ne pouvait que décupler l’émotion finale. J’ai aussi vécu cette période en militant, dans une autre association, celle des «Médecins Gays» (AMG), moins focalisée sur le Sida (l’association avait pris conscience du problème avec un train de retard) et bien moins « politisée ». Je désapprouvais les méthodes d’Act-up et sa radicalité, tout en reconnaissant, par la suite, qu’elles avaient sans doute fortement contribué à faire bouger les choses et je me souviens encore de cette gay-pride (le film y fait référence), au milieu des années 90, la première où il y eut foule  (nous sommes 50.000, nous sommes 80.000, entendait-on dans les hauts parleurs), entrainée par le «char» de l’association, un énorme camion noir d’où s’échappait une musique addictive.

Le film n’y fait que très brièvement allusion, mais une autre radicalité me séparait d’Act-up, d’ordre médicale celle-là, d’ailleurs partagée par l’AMG (mais non par Aides) dont j’ai essayé en vain de faire modifier la position, radicalité quant au refus de hiérarchiser le risque de contamination, en contradiction avec l’épidémiologie de la maladie, c’est-à-dire en refusant de considérer la fellation comme une pratique à risque très faible. Cette attitude me paraissait devoir conduire tôt ou tard un certain nombre d’entre nous à abandonner la capote même pour la sodomie.

 

Par un paradoxe étonnant,  Act-up a fini par «mourir» de ce pourquoi il s’était tant battu : l’arrivée de thérapeutiques très efficaces faisant du Sida une maladie chronique a rendu caduque sa radicalité.

 

 

Quoiqu’il en soit, même si «120 battements par minutes» n’est sans doute pas un chef d’œuvre sur le plan cinématographique (une palme d’or «volée» a-t-on pu lire, non tout de même pas), c’est un témoignage bouleversant sur une terrible période de notre histoire qu’il faut courir voir et c’est avec tristesse que j’ai lu la chronique haineuse de Thibaud Croisy dans le Monde.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 14:43
Sitges, une fois encore

J’ai délaissé ce blog pendant quelques semaines, le temps de digérer cette étonnante campagne présidentielle qui m’a amené à voter à 8 reprises pour un résultat final au-delà de mes espérances, le temps aussi de prendre un peu de recul pour observer les premiers pas de la République en Marche, premiers pas qui ne pouvaient qu’être un peu laborieux comme pour tout nouveau-né. Il n’en fallait pas plus pour que la presse s’empresse de brûler (jusqu’à l’obsession en ce qui concerne Marianne…) ce qu’elle avait adoré en glosant à l’infini sur la chute, étonnamment qualifiée de «spectaculaire», de la popularité d’Emmanuel Macron qui n’a fait que commencer à appliquer son programme, ou essayant d’abattre par tous les moyens la ministre du travail qui pourrait réussir à faire passer sa réforme la plus courageuse. Comment ne pas sourire devant l’empressement de Mélenchon à soutenir le chef d’état-major des armées ou à s’en prendre à la position du chef de l’état quant à la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv (position qui était pourtant la sienne pendant la campagne…).

Il était temps pour moi de partir en vacances, avec comme destination principale, comme chaque année, Sitges, une des capitales du soleil et du sexe gay. Long périple en voiture qui ne peut se concevoir sans quelques étapes, plus « culturelles », à l’aller comme au retour. Nous quittâmes Paris fin juillet sous une pluie battante, pour atteindre le Périgord sous le soleil et un hôtel charmant à la croisée des chemins menant à Sarlat et à trois des plus beaux villages de France, La Roque-Gageac, Beynac et Domme d’où nous avons pu, dînant sur une terrasse des remparts, assister à un superbe envol de montgolfières. Puis ce fut Bordeaux, ma ville natale, pour fêter la naissance de Victoria, la fille de ma nièce, sans oublier de faire un tour à la belle plage du Porge dont les dunes ont vu se réaliser mes premiers ébats sexuels en pleine nature il y a presque 40 ans…Avant d’atteindre Sitges nous fîmes une courte halte à Saint-Jean-de-Luz, ville où j’ai passé toutes mes vacances d’enfance et d’adolescence, une nouvelle occasion d’y déguster les excellents chipirons à l’encre de chez « Pablo », sans toutefois avoir le temps de faire un saut à la plage gay des 100 marches à Bidart. Du pays basque il suffisait de rejoindre notre destination par le nord de l’Espagne, autoroute bien plus tranquille, et sans risque de perdre des points de permis, que celle qui mène au Perthus.

Sitges donc, comme presque chaque année depuis les années 90, où l’on est assuré de faire le plein de soleil et de sexe. Les beaux, et les moins beaux, garçons y sont toujours aussi nombreux, même si c’est année nous avons eu l’impression, tout au moins en début de mois d’août, que l’affluence était un peu en recul. Les changements de ces dernières années, dont j’ai part dans des billets précédents, semblent s’être stabilisés, avec la quasi disparition des discothèques (il ne reste plus que l’Organic). Sitges n’est pas le paradis des clubbers, mais celui des bars - ceux qui s’ouvrent sur la rue «Joan Tarrida» où la foule gay se presse, ceux où l’on assiste à des spectacles de travestis, ceux où l’on danse et bien sûr ceux où l’on baise dans la pénombre - et des plages «gay», celle en plein centre-ville, textile, où l’on se montre d’autant plus qu’on a un corps sculpté, celle des Balmins après l’église, où l’on peut se dénuder, et pour les courageux la plage naturiste de la Muerte, accessible après de longues minutes de marche, qui vous offre, une fois la voie ferrée prudemment franchie, une arrière forêt propice à satisfaire vos désirs si vous êtes irrésistiblement nostalgiques de cette façon ancestrale de draguer, que la plage centrale vous autorise aussi tard dans la nuit. Mais marcher longuement ou « écumer » des bars à une heure avancée ne sont cependant plus que des options, Grindr et ses avatars ayant profondément modifié l’«écologie» du sexe gay, un simple chat et il vous suffit, à tout moment, de parcourir quelques mètres pour aller retrouver votre interlocuteur dans l’hôtel voisin, voire à un autre étage du votre ou dans un appartement de la ville, économisant temps, sommeil, argent et éventuellement explications animées avec votre « mari » jaloux….

Après un séjour de 9 jours, durée qui avec le temps a fini par me paraitre idéale pour faire raisonnablement le plein annuel des plaisirs qu’offre cette ville, un retour en voiture direct sur Paris étant une expérience passée que je ne souhaitais pas renouvelée ( Bertrand n’a toujours pas passé son permis..), nous avons fait un petit détour par le Lubéron avec une étape de deux jours dans le charmant village de Lourmarin, nous permettant aussi de découvrir celui non moins charmant de Saignon sur les hauteurs d’Apt et de retrouver pour un diner des amis de Bertrand dont Facebook nous avait appris la présence dans la région.

Le lendemain de notre retour à Paris, peu avant le carnage de Barcelone, nous avons vu l’excellent, mais fort noir, thriller espagnol « Que Dios nos perdone ». Ce n’est pas ce que l’on souhaite aux auteurs de cet attentat islamiste.

Sitges, une fois encore
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