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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:46


250px-Jean-Louis_Bory.jpgGuy-Hocquenghem.jpg

De précédents billets, notamment celui consacré à l’influence de mai 68 sur le mouvement homosexuel militant , méritent que j’apporte quelques précisions afin de lever toute ambiguïté quant à ma position personnelle. Si je suis pessimiste, au sens philosophique de cet terme, je ne suis pas subversif (ou en tous cas je ne le suis plus si je l’ai jamais été). Si dans le débat «imaginaire» Hocquenghem/Bory certains ont cru comprendre que je soutenais le premier contre le second, il y a maldonne. Je refuse de choisir car je crois que les deux discours étaient nécessaires pour faire avancer les choses ( c’est pas Hégélien ça !). Je n’ai jamais adhéré, ni même ne me suis senti proche du FHAR! Ni bien sûr d’Arcadie. J’ai certes traversé, lors de mon « coming out » de 78 qui fût brutal, une période de « libération » quelque peu débridée et provocatrice (mais le cynisme et la provocation sont un peu génétiques chez moi), ayant fait sauté les verrous du carcan familial et éducatif, mais je m’étais débarrassé à ce moment là depuis longtemps de mes oripeaux gauchistes du début des années 70 (Henri Laborit, cité dans un précédent billet en avait été en partie le tailleur) et l’association homosexuelle que j’avais alors contribuée à fonder sur Bordeaux n’avait rien de révolutionnaire.

Je ne crois pas qu’il faille que « nous cultivions notre différence » (ainsi par exemple je n’approuve pas qu’on appelle « homophobie » les demandes répétées du commissariat du 4è au bar le COX, rue des Archives, afin qu’il respecte tout simplement la législation qui s’applique aux bars hétérosexuels) et je suis, cela devrait aller sans le dire, pour la revendication de l’égalité des droits! Mais je ne peux accepter que cette égalité passe par l’effacement des différences, ou du moins de ce qui la rend visible, et encore moins que cette demande émane de certains d’entre nous. Je l’ai déjà dit, mais je crois que les luttes de la période post 68, y compris celles du FHAR, ont contribué à faire avancer les choses (comme sur un autre plan Act-Up en son temps pour le Sida, même si je n’ai jamais approuvé les actions de cette organisation extrémiste) et je crois qu’il est salutaire que ceux qui l’ont oublié se rappellent que si on en est là aujourd’hui, ceux qui n’en avaient rien à foutre « de donner une bonne image de nous », quelques aient été leur objectifs, y sont pour quelque chose. Ce moment historique est aujourd’hui dépassé et heureusement remplacé par le mouvement revendicatif. Mais s’en prendre aux « folles », « aux efféminés », « au ghetto » , à la Gay Pride (qui est un peu notre 14 juillet), et à tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, irrite, choque, dérange ou fait rire l’hétérosexuel moyen, reproduire ainsi contre les nôtres les mêmes mécanismes archaïques d’exclusion, l’éternel « bouc émissaire », de la société envers nous, me révolte. « Nous sommes tous des folles », titre d’un précédent billet, comme les étudiants de 68 criaient « nous sommes tous des juifs allemands » quand Cohn Bendit a été expulsé de France.
Je le répète je soutiens la lutte pour l’égalité des droits, en dépit des réserves que j’ai pues avoir, en son temps, sur le Pacs, mais j’ai évolué sur ce point (je suis toujours très réservé sur le « mariage » mais c’est le mot qui me gêne, avec tout ce qu’il connote, pas l’égalité des droits). Ces réserves sur le Pacs, et encore plus sur le mariage (sur l’adoption je n’en ressens pas le besoin, mais je n’ai pas d’objection de principe), sont un peu la conséquence de ma préférence du droit « à la différence » (les membres du FHAR ne réclamaient d’ailleurs pas le droit à la différence, ils voulaient dynamiter le système capitaliste) sur le droit à « l’indifférence ». Ce que je crains, c’est qu’il y ait chez certains défenseurs du droit « à l’indifférence » (mais pas chez tous et s’il s’agit du droit « à l’indifférence pour la différence », il n’y a pas de problème), une « intériorisation des interdits », quasi biologique, c'est-à-dire derrière le désir de voir l’homosexualité reconnue comme dans la « la norme », celui inconscient de s’accepter soi même enfin comme « normal ». C’est en ce sens que j’ai pu dire que le rejet de la « folle » et de ce qu’elle représente pouvait n’être que la manifestation de « la haine de soi ». C’est pour cela que je suis pessimiste (au-delà de mon pessimisme plus fondamental sur la nature humaine), je crois que le droit « à l’indifférence » est « utopique », que l’homosexualité ne pourra pas entrer «dans la norme», tant que sexe et reproduction auront partie liée (et c’est pourquoi d’ailleurs le mouvement de libération de la femme a joué un tel rôle favorisant dans l’évolution des mentalités sur l’homosexualité), et que la cellule familiale restera un facteur clé de la structure de nos sociétés. Comment ne pas comprendre que des parents souffrent de ne pas avoir de petits enfants, telle est forte la pression biologico-culturelle (à l’œuvre également dans le besoin d’adoption), le besoin d’immortalité. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que c’est « un lieu commun » d’évoquer le malaise provoqué par la différence, quelle que soit la différence. Non, car non seulement ce malaise prend naissance dans la famille, mais bien pire, il est tapis jusqu’au fond de soi. Le racisme au sens classique est un rejet de l’autre par peur, ou pire au nom de la croyance en une race supérieure, mais il n’engendre habituellement pas « dégoût » ou « culpabilité » (« tu me dégoûtes », « tu ne peux pas être mon fils », etc, etc, jusqu’au « je me dégoûte »). Cette pression est telle que je ne suis pas certain que l’évolution favorable actuelle ne soit pas terriblement fragile, un hoquet de l’Histoire.
Loin d’être subversif donc ( et d’ailleurs cela rendrait difficilement compréhensif ma sympathie persistante pour l’Eglise Catholique…), n’imaginant pas une seconde que « l’on puisse faire entrer l’homosexualité dans la « norme » », mais se battant pour qu’elle soit reconnue comme « une » norme. Et la conviction aussi que la pleine acceptation de son homosexualité par soi même est la condition de sa reconnaissance par les autres. C’est pourquoi je suis convaincu que le coming out (je conviens qu’il ne soit pas toujours possible et qu’il ne doit pas être fait n’importe comment) est une étape indispensable. 
 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 22:46
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Je crois avoir vu tous les films d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, depuis "Jeanne et le garçon formidable", leur premier film dont le sujet était le Sida, jusqu'à "nés en 68" qui témoignait de l'influence de mai 68 quant à la libération "gay". Même s'ils s'en défendent ils font œuvre de militant : «Il est nécessaire de parler et d’affronter son histoire", ce qui se ressent dans leur façon de filmer, admirablement décrite dans la critique du Monde de leur dernier film : "naturalisant avec une élégance distanciée la différence homosexuelle". "L'Arbre et la forêt" est, il me semble, leur plus beau film, le plus mature, le plus touchant. Il s'agit, conté dans le cadre intimiste de la narration d'un drame familial, de l'histoire des "triangles roses", celle de la déportation des homosexuels. Les acteurs sont magnifiques, Guy Marchand (qu'on attendait pas dans un tel rôle!), Françoise Fabian et surtout Catherine Mouchet. En 2001 seulement, sous le gouvernement de Lionel Jospin, fût reconnue la déportation des homosexuels.
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:53

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Je ne sais pourquoi, car les deux romans ont peu de chose à voir, si ce n'est un héro homosexuel, mais le passage du livre de Little sur la sodomie m'a remis en mémoire "Les Météores" de Michel Tournier. Ce très grand livre traite de la gémellité, les deux héros sont jumeaux, mais c'est le personnage secondaire de l'oncle Alexandre, surnommé "dandy-des-gadoues" ou "prince des immondices" (il est éboueur et homosexuel) qui m'avait enthousiasmé.
C'est l'extrait suivant auquel j'ai pensé, cela se passe durant la guerre, lors d'un séjour à paris de l'oncle Alexandre " Je l'ai immédiatement reconnu avec sa casquette plate à la proue monstrueusement relevée, son visage sans relief écrasé encore par la moustache en crotte sous le nez, et surtout ses yeux glauques de poisson crevé, des yeux qui ne voient rien, qui ne me voient pas c'est certain, et c'est assez heureux pour moi. Je l'ai immédiatement reconnu, l'Hétérosexuel Majeur, le Chancelier du Reich Adolf Hétérosexuel, le diable brun qui a fait périr dans les camps d'horreur ceux de mes frères qui sont tombés sous sa griffe. Il fallait que cette rencontre ait lieu, et nulle part ailleurs qu'à l'ombre du pénis Eiffel. Le prince des immondices accouru du fond de son empire ordurier et le vautour de Berchtesgaden descendu de son charnier aérien devaient croiser le regard ce dimanche 23 juin 1940 alors que le soleil du jour le plus long de l'année éclatait en fanfare lumineuse"

Le personnage d'Alexandre est d'une misogynie féroce, ce qui m'avait réjoui à l'époque. Ainsi voici comment il exprime la sexualité en termes algébriques :

Homosexualité masculine : 1 + 1 = 2 (amour)
Hétérosexualité : 1 + 0 = 10 (fécondité)
Homosexualité féminine : 0 + 0 = 0 (néant)
" Intacte, énorme, éternelle, Sodome contemple de haut sa chétive contrefaçon. Je ne crois pas que rien puisse sortir de la conjonction de deux nullités"

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 11:14



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Le point G est souvent appelé "prostate" de la femme. On le comprend en lisant cette cescription de la sodomie par le héro, officier SS, du roman de Jonathan Little (les bienveillantes):
"Au début lorsque ça entre, c'est parfois difficile, surtout si c'est un peu sec. Mais une fois dedans, ah, c'est bon, vous ne pouvez pas imaginer. Le dos se creuse et c'est comme une coulée bleue et lumineuse de plomb fondu qui vous emplit le bassin et remonte lentement la moelle pour vous saisir la tête et l'effacer. Cet effet remarquable serait dû, paraît il, au contact de l'organe pénétrant avec la prostate, ce clitoris du pauvre, qui, chez le pénétré, se trouve tout contre le grand côlon, alors que chez la femme, si mes notions d'anantomie sont exactes, elle s'en trouve séparée par une partie de l'appareil reproducteur, ce qui expliquerait pourquoi les femmes, en général, semblent goûter peu la sodomie, ou alors seulement comme un plaisir de tête. Pour les hommes c'est autre chose; et je me suis souvent dit que la prostate et la guerre, sont les deux dons de Dieu à l'homme pour le dédommager de ne pas être femme"

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 22:35

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« Nous sommes les autres » disait Henri Laborit. Il entendait que nous sommes ce que les autres - la famille, les éducateurs et professeurs, etc. – ont fait de nous. « Vous n’aurez pas ma liberté de penser » chantait l’autre qui ne voulait pas payer d’impôts, en effet « ils » n’auront pas ce qu’il n’a pas….Il en est de même bien sûr pour notre culture « personnelle », « personnelle » car elle est unique, mais bien « impersonnelle » dans sa genèse. Je serais bien incapable de faire la part en ce qui concerne ma propre culture (entendu au sens large de contenu des connaissances et de façon d’appréhender et de réagir au monde) de ce qui revient à la génétique (qui peut déterminer les « aptitudes » ), ma famille, mon éducation scolaire et religieuse, l’environnement audio-visuel, la rencontre de l’autre, le hasard, etc. Ce que je sais c’est qu’au sortir de l’adolescence mon « contenu » culturel était essentiellement de nature « cognitive » (sous la dépendance du cerveau gauche diraient les neuropsychologues), réflexive, passant par le langage et les signes : littérature, sciences, philosophie, alors qu’on pouvait parler de vide presque absolu en ce qui concerne la connaissance que je qualifierai « d’esthétique », non réflexive (schématiquement sous la dépendance du cerveau droit) : peinture, musique, architecture, etc. La dichotomie cognitive/esthétique est bien sûr schématique (quid de la poésie par exemple, du style ? et il y a du réflexif dans l’art). Mais mon propos n’est point là.

Le cerveau devenant moins « malléable » le temps passant (il est ainsi moins probable que des découvertes scientifiques, du moins pour les sciences « dures », soient faîtes au-delà de 35 ans), l’influence des « autres » diminue avec l’âge. La relation amoureuse, par l’opération de séduction qu’elle requière souvent, pour peu qu’elle s’accompagne d’un certain degré de fascination (un peu comme l’élève pour son maître), au-delà du contact des doigts sur une peau, peut permettre une plus grande perméabilité à ce que l’autre ressent, à essayer de ressentir ensemble. Malheureusement , la rencontre amoureuse devant beaucoup au hasard (en ce sens l’Amour (avec A) est une fiction, une illusion), la probabilité de rencontrer un handicapé du neurone est bien plus grande que celle de tomber sur une sensibilité culturelle « aigue », même proportion que parmi les bloggers (que ceux qui n’en ont jamais « pincé », ne serait ce que l’espace d’un matin, pour une « blonde » lèvent le doigt !). J’en arrive ainsi au sujet de ce billet (pour rassurer ceux qui n’auraient pas deviné où je veux en venir…). Si la génétique, ou l’influence culturelle (religion par exemple) ou les deux, ou autre chose, ont fait de vous un « fidèle » (je veux dire sur le plan sexuel), à moins de vous faire systématiquement « larguer » (ce qui devrait vous faire vous interroger sur vous-même), ou d’être vous-même d’une instabilité affective préoccupante (idem), vous n’avez eu dans votre vie que peu d’occasions, voire aucune, d’ accroître vos influences culturelles par ce canal là ( voire une seule fois dans les scénario « un seul pour la vie » ou pire « une seule fois dans ma vie »). Au contraire, ceux qui, comme moi, ont un rapport avec le sexe pas très différent de celui qu’ils ont avec la gastronomie, un besoin de renouvellement de la carte autour de ses « coup de cœur » qui en constituent les points fixes, en un mot les infidèles sexuels (ce qui n’exclut pas la fidélité affective, mais ne la garantit certes pas non plus…) peuvent avoir la chance de multiples rencontres enrichissantes. Ainsi si je n’avais pas rencontré Bernard1 sur une plage bordelaise (alors que je fréquentais régulièrement X), me serais je intéressé à la mode ? Si je n’avais pas rencontré Bruno, aurais je lu « La société ouverte et ses ennemis » (2 tomes dont il me fit cadeau dès notre 3è rencontre) où Karl Popper critique l’historicisme (Platon, Hegel et Marx) ? Si je n’avais pas rencontré Pierre Jean (alors que j’étais avec Michel) me serais je intéressé à la nouvelle cuisine ? Si je n’avais pas rencontré Bernard2 dans une émission de radio libre (alors que j’étais avec Michel dit « ginette »), devenu un long point fixe (15 ans !), pur littéraire, aurais je jamais entrepris la lecture de Proust qui est devenu des mois durant mon livre de chevet et dont je suis sorti avec l’impression que je ne pourrais rien lire derrière ? Si je n’avais pas rencontré Hervé (alors que j’étais avec Philippe) aux abords d’une « tasse » je serais passé à côté de la « musique des années 80 », et si Michel (toujours « ginette »). (alors que Pierre Jean venait de me quitter) n’avait pas croisé ma route à la « danse du tapis » d’une boîte gay, je n’aurais pas alimenté les DJ des discothèques gays bordelaises en « nouveautés » import que j’allais chercher à Paris et qui constituent aujourd’hui une collection appréciable de vinyles des tubes de l’époque. Si Thierry (qui avait répondu à une petite annonce passée dans Gai Pied alors que j’étais avec Bernard2.) qui habitait Nancy et moi Bordeaux n’était pas venu au rendez vous parisien que je lui avais fixé à mi distance, me serais je tant enthousiasmé pour les symphonies de Mahler par Eliahu Inbad et découvert enfin la musique classique et la peinture moderne ? Si je n’avais pas rencontré Joël au sauna continental (alors que j’étais avec Bernard2.) me serais je enfin initié à l’informatique?
Autant de rencontres qui pourraient faire l’objet d’un billet, certaines peut être, comme je l’ai fait pour Ginette, y donneront lieu.
Je n’oublie pas toutes les autres, et tout ce que je ne saurai dire avec des mots, les regards, la voix, les corps, les sourires, l’effleurement des peaux, les baisers, les pleurs et les cris, les appels téléphoniques reçus et ceux que j’ai attendus en vain, toute cette mémoire affective qu’ont façonné tous ces garçons que je n’aurais pas rencontré, pour la plupart, si je n’avais été infidèle.
On pourrait m’objecter que c’est un point de vue bien égoïste, que je ne parle jamais de la souffrance que j’ai pu semée. Je pourrais cependant garder le beau rôle en disant que c’est toujours moi qui aie été quitté, du moins par ceux que j’ai aimés, j’ai le privilège de ne pas avoir ressenti ce que c’est que de ne plus aimer, et que j’ai eu mon lot de souffrance, souffrance dont la trace est toujours là, 13 ans plus tard, en c e qui concerne la dernière rupture. Et ce ne sont pas mes infidélités, qui ont toujours (ou presque, il m’est arrivé une ou deux fois de me faire piéger) été un jardin secret, qui en sont responsables. Pas directement en tous cas, car bien sûr je ne peux exclure que le départ de Bernard2 après 15 ans en soit une conséquence sournoise, celle d’une présence et d’une attention à l’autre insuffisante du fait d’un désir qui se dispersait. Chaque fois que je suis parti, rarement, très rarement, c’est dans des situations où je n’avais jamais envisagé que la relation que j’avais entamée put être autre chose qu’une aventure, responsable cependant, presque toujours de n’avoir pas vu, ou pas voulu voir, qu’il n’en était pas de même pour l’autre et d’avoir trop tardé à clarifier ce qui devait l’être, d’être parti trop tard. Et la possible souffrance des amants me direz-vous ? Celle de ceux avec lesquels j’ai pu avoir des liaisons pendant de long mois, alors que je n’étais pas libre ? Je ne leur ai jamais menti sur ma situation, ils ont toujours su (mais l’ont-ils tous intimement crus, n’ont-ils pas parfois espérés qu’avec le temps ?) que je ne quitterais pas celui avec lequel je partageais ma vie de tous les jours. Comment de telles liaisons prennent elles fin ? Parfois j’ai du y mettre rapidement fin du fait du comportement quelque peu hystérique (ce n’étaient pas les plus virils !) et qui devenait menaçant (« je vais m’expliquer avec ton ami ») des protagonistes (dont la conception du désir amoureux était assez simpliste : il trompe son ami, donc il ne l’aime pas, donc il m’aime…) ; le plus souvent, Joël, Amir, Thierry, fatigués de la situation, sont partis, non sans que j’accuse le coup, je ne les « aimais pas », mais j’aurais pu les aimer dans un univers parallèle, et j’y étais de toute façon attaché ; quelquefois, ce sont eux qui sont parti rapidement, ne me considérant, eux aussi, que comme une aventure, et bien sûr, c’est comme cela que fonctionne le désir, c’est un d’entre eux, Laurent qui m’a fait toucher, Hervé aussi, à ce qu’on appelle la passion, je me souviens encore de ce qu’il m’a dit alors que nous étions allongé au bois de Verrière : « tu prends le risque d’aimer, pas moi » ; et puis une fois, avec Luc, il n’y a pas encore eu de fin, cela va faire 21 ans que nous nous sommes rencontrés un soir de 89, encore au sauna continental, il habitait Rennes où il tenait un bar avec son ami rue Saint Malo (La Bernique Hurlante !) et moi St germain en Laye, nous n’avons jamais cessé de nous voir, sans qu’il n’y ait jamais aucun malentendu, parfois à des années d’intervalle (il est maintenant à Bruxelles et nous ne nous sommes pas vu depuis 6 ou 7 ans), ou de nous téléphoner régulièrement.
Ceci n’est pas une plaidoirie en faveur de l’infidélité, mais je ne regrette pas d’avoir vécu tout cela même si je suis bien conscient que j’ai parfois été trop aveugle et que j’aurais du me comporter autrement. Mais dire tout de même que je me méfie des « fidèles » (sur le plan sexuel) comme de la peste, leur fidélité est si possessive qu’elle finit par épuiser leur désir et ils vous quittent pour une autre fidélité qui s’épuisera à son tour, ils aiment tant qu’ils brulent trop vite leur énergie qui s’éteint avec l’atténuation progressive du désir physique. La « fidélité sexuelle » ne garantit pas, loin de là, la « fidélité affective », l’infidélité sexuelle n’exclut pas, loin de là, la fidélité affective

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 23:32

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Bernard parti vers d’autres aventures et le « Bengali » dans sa famille lyonnaise, c’est l’humeur plutôt triste, ce qui m’aida à perdre quelques kilos (je ne pratiquais aucun autre sport que le sexe) que j’abordais l’automne 80. J’avais repris mes expéditions nocturnes, collectionnant les « tricks » dont les protagonistes étaient le plus souvent du même style, jeunes voire très jeunes, plutôt petits, minces, parfois très minces. Au début octobre, à la « danse du tapis », au Smart, je fus invité à plusieurs reprises par un grand et beau jeune homme, plutôt bâti , pas vraiment mon «genre». Je l’avais déjà remarqué lors de soirées préalables, le type de personnages dont on a l’impression qu’ils se font une « certaine idée » d’eux même. Il ne m’avait jamais semblé, jusque là, s’intéresser particulièrement à moi, c’était réciproque. Il me tendit une dernière fois le tapis, à ce moment là le DJ passait le dernier tube de Diana Ross - Upside Down- en me disant : « puisqu’il n’y a rien de mieux ce soir… », pas très encourageant, confirmation de mon impression défavorable, mais le « si on allait chez moi » qui a suivi m’a pris de court, hypnotisé j’ai dit « oui ». Cela ne pouvait pas se bien passer, j’ai eu à nouveau l’impression que c’était la première fois, pas la moindre érection. Il ne parût pas s’en émouvoir, disant même, à la fin d’une longue nuit où nous parlâmes beaucoup sur l’oreiller- « c’est bien supérieur à ce que j’ai connu jusqu’ici » - il ne parlait pas du sexe bien sûr, je le reverrais donc. 20 ans, fils d’un maçon d’origine italienne, il travaillait à la mairie de Bordeaux, service des listes électorales, et -décidément je n’avais pas de chance- militant RPR ! Nous passâmes plusieurs nuits ensemble dans le mois qui suivit, mais le pouvoir de séduction que j’exerçais sur lui ne suffisait pas à lever mes inhibitions - il m’avoua par la suite avoir commencé à se poser des questions - car je ne bandais toujours pas…Puis, une nuit, mystère, « ça » a fonctionné…le pied! Il fût sans doute l’un des garçons les plus sensuels que j’ai jamais rencontrés. Il se disait bisexuel (il avait effectivement eu plusieurs expériences féminines, il n’en eût plus). C’est chaque fois avec des bisexuels que j’ai retrouvé (les vrais, ce qui est exceptionnel) ce type de sensualité, une approche charnelle « enveloppante » inhabituelle chez les « gays ». Il venait le plus souvent chez moi, mais pas tous les jours, il ne s’agissait alors que d’une relation privilégiée, je ne me faisais aucune illusion. Je n’ai donc pas renoncé à faire un petit voyage, en voiture (je me souviens avoir entendu à la radio que Michel Rocard venait de se porter candidat, avant de renoncer, aux présidentielles de 81) jusqu’à Lyon, pour aller voir le Bengali qui se morfondait dans sa ville natale.
Progressivement Pierre Jean est venu de plus en plus souvent, amenant même à demeure des affaires personnelles. Un certain temps après mon retour de Lyon , en réponse à une « innocente » question sur mes aventures passées et sur ce voyage, j’ai reconnu avoir couché avec Michel. Il le prit fort mal, je lui ai dit que je n’avais jamais décelé dans son comportement le désir d’une relation privilégiée, voire exclusive avec moi. Cela a sans doute précipité son installation définitive, abandonnant son propre appartement. L’entente semblait parfaite, nous passions chaque jour de longs moments au téléphone depuis nos lieux de travail. Je ne sais ce que nous pouvions bien nous raconter, il n’y avait aucune affinité intellectuelle entre nous, mais nous trouvions pourtant matière à ces échanges. Pierre Jean n’était pas plus « cérébré » que Bernard, mais plus « éduqué », il avait une certaine prestance qui faisait illusion en société, un beau garçon qu’on aimait « sortir », celui qu’on vous envie. J’ai à plusieurs reprises constaté dans le regard de ceux qui le draguaient, lorsque nous étions en boîtes ou bars, une réaction de dépit qui trahissait leur pensée : «il pourrait se trouver beaucoup mieux que ça». J’y prenais un certain plaisir, cela renforçait mon désir. Il n’était cependant pas seulement un beau garçon et un «amant » surdoué, il était également tendre et attentionné. En ce temps là Baschung chantait, « Vertige de l’amour », et Francis Lalanne, qui ne se prenait pas encore pour un penseur, « La plus belle fois qu’on m’a dit je t’aime, c’est un mec qui me l’a dit ».
Au début du printemps 81 nous avons décidé de prendre ensemble un appartement et nous sommes installés dans une résidence du quartier Mériadec en pleine rénovation où nous avons trouvé un 2 pièces qui nous convenait. Je devais y rester jusqu’à mon départ de Bordeaux en 88. Il annonça son homosexualité et mon existence à ses parents, sous le choc sa mère fût hospitalisée quelques jours. Cependant par la suite il pu m’inviter dans sa famille qui habitait un petit village du Lot et Garonne, Castillonnes. Nous aimions tous deux, une question d’éducation, la très bonne cuisine. C’est avec lui que j’ai commencé à fréquenter les restaurants « dont on parle ». Mais l’amour, toute la littérature ne cesse de le dire, c’est une histoire qui n’est pas destinée à finir bien.
Pour un tonton maniaque, être en couple en mai 81 avec un militant RPR ne s’est pas révélé une sinécure. Le soir du 10 mai Pierre Jean travaillait au dépouillement des résultats dans son service à la mairie, pendant que je découvrais, les larmes aux yeux, le visage de François Mitterrand apparaître sur les écrans de télévision et ceux, effondrés, d’Etienne Mougeotte et Jean Pierre Elkabbach. Quel moment inoubliable, intense, unique. Je regrette aujourd’hui d’avoir résisté, pour lui, à aller me joindre aux manifestations de joie dans les rues de Bordeaux. Il est rentré vers 22 heures et sans un mot s’est couché. Les jours qui ont suivi ont du être quelque peu tendus entre nous. Quelle époque, je me souviens être allé faire un remplacement chez un médecin qui venait d’annuler ses vacances et dont la femme m’a prévenu qu’il s’était enfermé dans sa chambre avec un fusil, attendant les Russes !
Quelques temps après, lors d’une réception que donnait mon frère et dont Bernard, le pâtissier, assurait l’intendance, ce dernier est venu me souffler à l’oreille à propos d’un des invités de mon frère, son futur associé, marié et père de deux enfants : « vu la façon dont il me regarde, je te parie qu’il est « branché » ». Je ne sais pourquoi, je suis allé rapporter cette confidence à mon frère, ce qui le perturba beaucoup et il ne pu s’empêcher d’essayer d’en avoir le cœur net auprès de l’intéressé. Sans doute, avoir un frère et un associé pédés, trouvait il que cela commençait à faire beaucoup. Le pâtissier avait vu juste. La réaction de l’individu en question, appelons le X car j’ai oublié son prénom (je n’ai su que ce que m’en a dit mon frère) aurait été violente, notamment à mon égard, du style « il me le paiera ». X lui confia cependant aller régulièrement à Paris se payer des gigolos, car son travail lui ne lui laissait pas le temps de mener une double vie, et de toute façon « payer » le faisait jouir. J’étais loin de me douter que j’avais mis le doigt dans un engrenage infernal. Au début de l’été Pierre Jean commença à aller plus souvent chez ses parents et un week-end où je passais quelques jours de vacances chez les miens, mon frère m’ a laissé entendre que je devrais m’inquiéter de ce qu’il faisait en mon absence. Je n’ai pas accordé le moindre crédit à ses soupçons. Peu de temps après, un dimanche soir alors que j’attendais le retour de Pierre Jean, soi disant dans sa famille, mon frère m’a appelé pour me dire : « Je ne peux plus me taire, Pierre Jean a passé le week-end avec X, sa femme partie est en vacances avec ses enfants ». Je n’arrivais pas à croire quelque chose d’aussi sordide. Ce moment est encore si présent que je me souviens avoir attendu son retour en écoutant le Sacre du Printemps. Une fois rentré il ne tarda pas à tout avouer et à s’effondrer, mais il faisait partie de ces individus qui ont un fort potentiel de persuasion verbale, des manipulateurs qui savent retourner les situations les plus difficiles à leur profit, arrivant presque à se faire passer pour une victime des agissements de l’individu en question et de mon frère : « tu te rends compte, il m’obligeait à venir faire l’amour chez nous en ton absence, etc.… ». Je ne sais jusqu’où j’ai pu adhérer à ce discours, mais à la condition que cette relation cesse immédiatement, j’ai passé l’éponge. Ce qui m’a le plus attristé c’est d’apprendre le rôle qu’avait joué mon frère, celui d’un entremetteur en fait. Nous n’avions jamais été très proches, son instabilité psychologique et sa paranoïa m’éloignaient de lui, mais il était un des rares de ma famille à avoir accepté mon homosexualité. Cet épisode nous éloigna un peu plus encore, jusqu’à je cesse de le voir, des années plus tard lorsque l’aggravation de ses troubles du comportement, qui ont conduits X à rompre son association avec lui, ont fini par le conduire à l’hôpital psychiatrique et au suicide il y a 5 ou 6 ans.

Pierre Jean cessa vraiment de voir X, mais celui-ci ne me laissa pas tranquille, harcèlement téléphonique un temps, menaces à peine voilées parfois, puis quand j’ai eu quitté Pierre Jean, il lui arrivait de passer chez moi, pour savoir avec qui j’étais, pour me parler de ses aventures aussi. Je ne sais pourquoi je le recevais, sorte de défi. Je ne le craignais plus et c’est avec un sourire amusé, mais sans aucun esprit de « vengeance » que je me suis trouvé, après ma rupture avec Pierre Jean, en situation de coucher avec un de ses amants qu’il m’avait imprudemment présenté.
Je repris tant bien que mal mon aventure avec Pierre Jean, je n’ai plus un souvenir très précis des semaines qui ont suivi. Début septembre nous partîmes en vacances ensemble découvrir Sitgès que nous ne connaissions pas et qui avait la réputation d’être un formidable village gay. Le premier contact avec cette ville ne fût pas celui espéré et me laissa un souvenir amer. Pierre Jean n’arrêtait pas de téléphoner et semblait fébrile, ne voulant me dire exactement qui il appelait. J’ai fini, à force de le harceler, par découvrir qu’il avait un amant à Paris qui l’obsédait. La situation devenant insupportable je décidais d’interrompre les vacances et nous sommes rentrés à Paris où rien ne me fût épargné. Il devenait clair que Pierre Jean n’avait aucune intention d’interrompre sa liaison tout en restant avec moi (il était d’ailleurs toujours aussi performant au lit!). Je refusais un tel marché et lui demandais de quitter les lieux, ce qu’il fit me jetant ses clés au visage.
Encore une séparation douloureuse, on se s’habitue jamais. Quelques semaines plus tard Ginette croisait mon chemin, mais cette histoire là je vous la raconterai bientôt.
Je revis Pierre Jean assez vite, il s’était lassé de son aventure. Il est alors devenu…mon amant. Situation peu courante où l’on se retrouve amant après avoir été ami. La situation dura ainsi quelques mois, une à deux fois par semaine, envisageant de reprendre la vie commune quand j’aurais eu réglé le problème « Ginette ». Mais je m’aperçus assez vite qu’il n’était point pressé et qu’il trouvait pas mal d’avantages à son statut d’amant…J’ai alors espacé mes visites, jusqu’à les interrompre. Par la suite il rencontra JC. avec qui il vécu 4 ans et moi, peu après, Bernard2 avec lequel j'allais passer 15 ans. Nous eûmes encore, à deux ou trois reprises, des rapports sexuels mais cela ne pouvait décemment continuer lorsque JC. est devenu un proche. Nous sommes enfin devenus des « ex ». Bernard2 le tolérait, sans plus, d’autant plus qu’il prenait plaisir à faire état de la « qualité » de nos relations passées. Il fit en sorte que peu à peu les rencontres s’espacent. Puis Pierre Jean quitta JC., qu’il avait trompé de façon industrielle, pour un autre garçon que j’ai oublié, et nous cessèrent de nous voir jusqu’à nous perdre presque de vue lorsque je partis à Paris.
JC. était devenu entre temps un ami. Il a toujours soupçonné la relation adultère entre Pierre Jean et moi, mais il ne voulait pas vraiment savoir. Alors professeur agrégé d’histoire, et aujourd’hui proviseur adjoint d’un lycée parisien, JC. fût le confident et parfois le témoin des mes infidélités ultérieures. Lui qui, célibataire, se révélait un séducteur infatigable, pouvant « se taper » plusieurs garçons par jour, passait à une fidélité totale lorsqu’il était en couple. Il jugeait en fait sévèrement ce qu’il appelait "ma théorie" » sur le fonctionnement du désir et encore plus mes infidélités, et ce d’autant plus que ma relation avec Bernard2 a duré des années alors que lui allait d’échec en échec. Il y a 4 ou 5 ans, ayant rencontré à nouveau quelqu’un, il décida brutalement de couper les liens avec son passé, et notamment le «milieu» qu’il rendait responsable de tout et avec moi qui personnifiais tout cela. Je n’ai de ses nouvelles que par un ami d’enfance, le seul qu’il continue à voir. Quant à Pierre Jean je l’ai rencontré par hasard dans un bar bordelais il y a une dizaine d’années, toujours beau garçon, nous avons bu un verre agréablement, et nous sommes échangés les numéros de portable, mais aucun des deux n’a rappelé l’autre.

En juillet 81 le New York Times faisait état du 1è cas de « cancer gay » à San Francisco, et deux mois après ma rupture avec Pierre Jean, fin 81, le premier cas était signalé en France. Nous ne soupçonnions pas qu’il en était fini des années d’insouciance



http://www.youtube.com/watch
 

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:51


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Certains de mes précédents billets, comme ce fût le cas sur un autre blog, méritent précision. Je ne m'oppose pas au droit à l'indifférence, c'est une belle Utopie (même si ce n'est pas la mienne). Je n'y crois pas une seconde, du moins pas dans un avenir prévisible. On peut certes imaginer des sociétés futures où les progrès scientifiques auraient définitivement dissocié le sexe de la procréation et où la famille ne serait plus structurante...Je crois qu'un livre de SF de Laurent Dispot, un des fondateurs du FHAR, si je ne me trompe, avait imaginé une telle société.
Je connais beaucoup d'hétérosexuels (dans mon travail) si "tolérants" qu'on pourrait se croire en pays d'indifférence, mais je ne croirais vraiment à cela que le jour où aucun où je n'aurai plus à répondre à la question, fût elle posée ne serait ce que du bout des lèvres par la personne la plus tolérante qui soit, ou dans un regard : "Tu n'as vraiment jamais essayé avec une femme", et que la réponse "Et toi avec un homme" ne le (la) gênera plus.
Mais si un tel monde existait, je ne sais pas si je n'éprouverais pas un sentiment de frustration...

Je ne peux m'empêcher de penser que les tenants du droit à l'indifférence n'ont pas totalement fait leur "coming-out", ils ont encore un problème avec le regard de l'hétérosexuel, ils ont besoin de la "normalité".
Je préfère le droit à la différence, parce que cela a toujours été mon combat, et pas seulement sur le plan de l'homosexualité. Le droit de penser, d'être et de se comporter autrement (dans la limite bien sûr du droit des autres) que la norme, ou la pensée dominante, etc ...

Il ne s'agit pas là de subversion, si culturellement chrétien peut être, que je n'ai pas tellement envie de connaitre un monde d'où la cellule familiale aurait disparue, quelle que soit ma "distance" personnelle vis à vis de cette institution. Je pourrais ajouter que je comprends très bien la "douleur" d'une mère qui réalise qu'elle n'aura pas de petits enfants (la douleur personnelle mais pas l'attitude de rejet, la culpabilité ou le malaise) et je ne saurais lui en vouloir. De façon un peu schématique disons que le combat pour le droit à la "différence" serait un peu celui qui vise à faire disparaitre rejet, culpabilité et malaise, tandis que celui pour l'indifférence voudrait aller jusqu'à faire disparaître cette douleur là. Mais j'irai plus loin, et là bien sûr il ne s'agit que d'un "ressenti" personnel, pas un combat, je préfère la tolérance à l'indifférence car selon les mots de la citation qui est en exergue du livre  "Folles de France" (Repenser l'homosexualité masculine. Jean-Yves LE TALEC) :
"Le bonheur de n'être jamais vraiment à sa place,
le petit détail qui fait que l'on n'est jamais aussi conforme que le voudraient les normes" (Hervé Brizon, La vie rêvée de Sainte Tapiole)


Que l'investissement du mariage et de l'adoption soient potentiellement subversifs, j'en conviens, mais je ne suis pas subversif. Et si cela a fait hurler certains nostalgiques du FHAR, c'est qu'ils y ont vue une victoire "culturelle" de la société hétéro, alors qu'en fait c'est peut être le moyen de dynamiter la société en faisant disparaître de fait la notion de famille. En ce sens oui, l'homosexualité est par essence subversive.


Pour clore ce sujet sur le droit à la différence cette esquisse d'évolution historique du concept de folle dans le livre dont j'ai parlé "Folles de France" :
- la folle libre de Hocquenghem : métaphore de la liberté et d'une libération des contraintes/modèles
- la folle, caricature transitoire, de Michael Pollak : dans la lignée d'un billet précédent, "nous sommes tous des folles", Pollak considère la folle comme forme de concession à la répression, qui va s'effacer au fur et à mesure que la répression diminue
- enfin plus récemment, la folle-phenix de Patrick Cardon, sorte de retour à la 1é définition "je doute que la folle soit un homosexuel. Elle est de plus en plus une manière de penser, ce qui est aussi une manière de vivre", "Disons que le gai, s' est plus triste, c'est qu'il est rigidifié par sa volonté d'intégration, d'institutionnalisation, les gais n'ont aucune notion de l'histoire hors l'imitation de l'histoire officielle; les gais ont une histoire, mais elle est due en grande partie aux folles"; Représentatif du mouvement "Queer" ou "Camp"
Je ne saurai trop recommandé, à ceux qui ne l'ont vu, le plus grand film, à mes yeux, sur l'homosexualité : "Torch Song Trilogy" 

 

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 23:13


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Sport et homosexualité, l'on savait que cela "faisait problème". Un récent documentaire diffusé sur Canal + en janvier était assez édifiant. On croyait cependant que cela ne concernait que les sports collectifs, comme le foot, et l'on savait qu'un coming-out dans ces disciplines nécessitait un courage certain. Mais l'on croyait les sports individuels épargnés, on a vu tel nageur, ou tel plongeur révéler son homosexualité. Le patinage semblait hors d'atteinte de l'homophobie... Et voilà que conjointement notre ex-brillant champion dans cette discipline, Brian Joubert, déclare :«Certains patineurs ne nous aident pas. Ils sont efféminés et en rajoutent encore avec des frous-frous. Je me bats contre tous ces chichis, ça m’horripile. Pas étonnant ensuite qu’on passe tous pour des tatas ou des chochottes.», et que deux commentateurs de la télé canadienne, décrivent ainsi Johnny Weir :«Il a du rouge à lèvre, il s'habille de façon féminine, il a le droit mais c'est un très mauvais exemple. On va croire que les garçons qui patinent vont tous devenir comme ça». Brian Joubert a certes fait à moitié marche arrière en se disant "petit con" ("gros con" aurait été plus pertinent). Johnny Weir lui a su trouver les mots justes : "J'espère que les gamins qui vont grandir comme moi je l'ai fait pourront ressentir la même liberté que j'ai eue d'être moi-même. C'est ça le plus important.... Je crois que la masculinité, c'est ce qu'on veut en faire"

ll est amusant de voir des hétéros employer exactement les mêmes termes que certains gays : "ils donnent une mauvaise image"! Mais peut être après tout certains seront ils satisfaits, le combat pour le droit à "l'indifférence" progresse même chez les hétéros, ils veulent des homos "virils".

Sarkozy  lui aussi semble bien décider à niveler les différences en s'entourant de tant de socialistes, soit en leur confiant des missions, soit en les nommant ministres! Lang, Rocard, Allègre, Kouchner, Strauss-Kahn, Besson, Migaud, Charasse, j''en oublie...Qui plus est la plupart d'entre  eux appartiennent (sauf Besson, tout de même!) à mon bestiaire Mitterrandiste préféré. Comment voulez vous après ça que j'ai encore envie de voter socialiste. Au moins si j'étais à Montpellier je pourrais voter Frèche!

A quoi joue notre Nicolaparte? "De quoi Sarkozy est il le nom" était le titre d'un pamphlet du philosophe Alain Badiou. Tout simplement de la société actuelle, celle qui répugne à Renaud Camus. Un autre livre titre "le Sarkozysme sans Sarkozy" et dit en fait la même chose : " Le sarkozysme, hélas, dépasse l’homme qui l’anime aujourd’hui. Le sarkozysme est une simplification du monde qui s’illustre dans le parler vrai et simple revendiqué par l’exécutif comme dans la solutionnite aiguë dont l’Etat est atteint. De l’homme prévu à l’homme prévisible, du déterminisme génétique à la prédiction de la dangerosité, une société sans risque, par conséquent sans liberté, se met en place. Avec la valorisation de la ploutocratie et de l’homme-marchandise (« l’homme n’est pas une marchandise comme les autres » dixit Nicolas Sarkozy), s’instaure un ordre chiffré, profondément antihumaniste, où tout doit être mesuré et maîtrisé. Le sarkozysme, c’est également l’emprise : l’omniprésence médiatique et l’Empire médiatique où s’organisent légitimations paradoxales, brouillage idéologique permanent, et une communication qui met l’expertise au service du populisme. »

Fin 2011 Sarkozy s'adressera peut être à nous : " J'ai personnalisé ce que vous êtes devenu. j'ai fait mon job. tchao..."

 

Dire, pour finir sur une note positive, combien j'ai aimé "A single man".

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 21:46

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J’ai conté, il y a peu, mon aventure avec Hervé. J’étais sorti de là blessé, mais aguerri pour affronter le « milieu ». Je suis allé de tricks en tricks durant quelques mois. En juillet 1979, parcourant les dunes du Porge, dans la partie « gay » de cette plage des environs de Bordeaux que je venais de découvrir, j’ai constaté qu’un séduisant jeune homme me suivait, mais toujours aussi timide (à moins que la timidité ne soit que le masque de la fierté), je l’ai laissé gravir bien des dunes sans jamais oser l’aborder. Rentré bredouille j’ai poursuivi le soir mes « explorations » sur une place de drague très fréquentée à ce moment là, la Place Renaudel, située entre l’école Santé Navale et l’église Sainte Croix. Je la parcourais à pied lorsque j’ai vu s’arrêter une voiture et en descendre…le jeune homme de l’après midi ! Il m’a abordé avec un large sourire : « on ne va pas se rater une seconde fois ! » et m’a proposé de quitter cet endroit « plein de bougnouls » pour son domicile. Bernard, deux ans de moins que moi, vivait seul avec sa mère récemment quittée par son père avec lequel il entretenait des relations tendues et tenait une boulangerie pâtisserie pas très loin de la maison de mes parents, dans la proche banlieue bordelaise.. La nuit fût très réussie, mais je ne savais pas encore que nous étions au début d’une aventure qui allait durer un an. Point de coup de foudre, je n’ai même pas envisagé d’annuler l’escapade parisienne que j’avais programmée quelques jours plus tard pendant laquelle j’allais rencontrer au « Continental », le sauna près de l’Opéra dont je ne pouvais plus me passer depuis que Philippe me l’avait fait découvrir, un jeune mexicain de 18 ans, en vacances à Paris. J’avais été fasciné par la beauté de son sexe. Manifestement aisé, fils d’un riche industriel, il m’avait invité à dîner au très chic « Café de Paris » à deux pas du sauna. Il est resté le seul de son âge à m’avoir invité ! Nous nous sommes revus le lendemain, à l’hôtel cette fois ci. Rentré à Bordeaux encore sous son charme, nous sommes restés en contact épistolaire pendant plusieurs mois, puis j’ai cessé brusquement de recevoir des nouvelles. Je me suis demandé si son père, qu’il craignait beaucoup, n’était pas tombé sur notre correspondance et y avait mis un terme…J’ai bien sûr revu Bernard à mon retour, de plus en plus souvent, ce qui m’a amené à accélérer la fin d’une liaison épisodique que j’avais depuis quelques temps avec Bruno, un instituteur, rencontré lui aussi Place Renaudel, et qui m’avait séduit sur le plan intellectuel ( il m’avait d’ailleurs offert 2 livres de Karl Popper, sur Platon et Marx, lors de nos toutes premières rencontres, ce qui aurait du me mettre sur mes gardes) mais dont la personnalité hystérique devenait de plus en plus difficile à supporter. La rupture fût difficile et m’a valu un courrier abondant, mélange d’injures et de déclarations d’amour. La tempête passée nous pûmes garder des relations amicales jusqu’à sa mort, du sida, il y a une quinzaine d’années.


Peu à peu je me suis attaché à Bernard. Je ne sais ce qui m’a attiré chez lui, mis à part son physique, son sourire charmeur et notre entente sexuelle (c’est suffisant pour s’envoyer en l’air, pas pour partager une vie…). Il était très peu cultivé (c’est le moins que je puisse dire…), d’un humour plutôt lourd, politiquement infréquentable (très à droite, poujadiste, raciste, sans doute un futur sympathisant d’un Le Pen qui n’avait pas encore fait sa « percée »). Mais enjoué, vif, travailleur, très directif, une personne sur laquelle je pouvais me « reposer » dans cette période difficile où l’atmosphère chez moi était devenue irrespirable. La situation étant même devenue intolérable, Bernard que ma mère avait surnommé « le dégénéré de la boulange » (elle avait fini par concevoir qu’on puisse être homosexuel, sexuellement, une perversion, mais pas « affectivement », pas qu’il puisse y avoir de l’amour entre deux hommes) m’a proposé que nous prenions un studio ensemble. Il ne souhaitait pas que je m’installe chez lui à la pâtisserie, en partie par crainte du « quand dira t’on » de la clientèle, mais surtout pour éviter que sa mère très possessive, qui aurait préféré, elle, me voir dans ses murs, ne cherche à « tout régenter ». Je quittais, à quelques jours de Noël, ma famille qui essaya en vain de me retenir (ils n’avaient pas imaginé un instant que j’en fus capable), pour un studio de 20 m2 que nous avions trouvé dans une résidence près de l’hôpital, dont le concierge, homosexuel, était un ami de Bernard.
Nous avons alors passé quelques mois fort agréables. L’époque était à l’insouciance, nous sortions peu du fait de son travail, mais intensément. Il me fit découvrir une autre boîte gay, « Le vert Galant », à l’extérieur de la ville, très représentative du milieu de l’époque, très « folle ». Il avait beaucoup d’amis, dont Claude qui tenait un commerce de chiens, grande « dame » qui allait sur sa quarantaine, à l’humour ravageur. Nous avons tout de suite sympathisé et sommes restés amis bien longtemps après ma rupture avec Bernard. Il fût le premier de mes proches à mourir du SIDA, début 88. Il avait rencontré Christian, 35 ans, coiffeur parisien, au milieu des années 80, qui devint son amant attitré et est venu s’installer à Bordeaux. Christian vivant depuis longtemps avec un homme de 60 ans, Jacques, dont nous entendions parler sans le voir, et qu’il ne voulait pas quitter, s’est formé une sorte de couple à trois. Jacques, que j’ai fini par connaître au moment où j’étais avec Bernard2, ne supportait pas la situation. Christian avait le Sida, il ne le savait pas lorsqu’il a quitté Paris, il ne découvrit son statut que lorsque les tests viraux sont arrivés. Claude est mort le premier, j’ai pu constater sa déchéance corporelle jusqu’aux tous derniers jours. Son humour était devenu très noir – je me souviens, la dernière fois où je lui ai rendu visite à l’hôpital, qu’il m’a lancé : « toi aussi tu y passeras »….- Christian et Jacques sont retournés à Paris au moment où je m’y installais. Ils sont morts tous les deux, presque la même semaine, 2 ans après. Ils étaient mes amis les plus chers.

La vie que nous menions, Bernard et moi, allait vite lui poser problème : il travaillait toute la journée, y compris le dimanche, venait dîner avec moi, se couchait tôt pour se lever à 4 heures du matin et repartir à la pâtisserie. Les soucis professionnels, les conflits avec sa mère qui me jalousait, à laquelle je m’opposais ce qui rendait inévitable qu’un de nous deux s’efface, le minaient. Quelque temps après lui avoir demandé de quitter la pâtisserie pour aller vivre chez elle, il a « craqué » et fait une dépression grave qui l’a amené à consulter un ami psychiatre qui a du entreprendre un traitement d’urgence. Lorsqu’il alla mieux je consentis à ce qu’il rappelle sa mère, mais je n’ai pas tout de suite compris que quelque chose était « cassé » entre nous, que plus rien ne serait comme avant. J’appris plus tard, après notre séparation, ayant rencontré quelqu’un qui avait été son amant durant cette période, que c’est à ce moment là qu’il avait commencé à me tromper. Je sentais bien que son désir pour moi s’affaiblissait, il ne venait d’ailleurs plus au studio tous les soirs, prétextant une réelle fatigue, aussi lui ai-je proposé que nous allions de temps à autre draguer ensemble, au sauna, nous l’avons mal vécu, ni l’un ni l’autre n’étions prêts pour ce genre de relations. Je le sentais s’éloigner sans toutefois voir venir la fin ou ne voulant pas la voir.
C’est alors qu’a surgi dans ma vie, au printemps 1980, le « bengali », qui allait artificiellement et bien involontairement prolonger cette première expérience de couple. Notre rencontre ne fût pas banale. En rentrant chez moi j’avais trouvé dans mon courrier, une lettre à mon nom mal orthographié. En l’ouvrant j’eus la surprise de découvrir la caricature d’un personnage du Muppets Show, Peggy la cochonne, avec une légende que j’ai oubliée, si ce n’est que l’écriture en était phonétique, un analphabète sans aucun doute… Intrigué je montrais ce courrier à Roger, le gardien de l’immeuble, qui s'esclaffa « ce doit être destiné à Michel, il a le même nom que toi à une lettre près ». J’avais déjà aperçu chez lui, sa porte était ouverte à une multitude de gens, ce Michel qui vivait depuis peu dans l’immeuble et dont j’avais également croisé, au Smart, la boîte gay du moment, le regard prédateur. Petite créature, d’apparence bien plus jeune que ses 21 ans, il avait déjà la réputation, quelques jours après son arrivée dans la résidence, d’avoir partagé la couche de divers locataires…C’est sans doute ce côté « volage », son physique frêle d’adolescent, son orientation sexuelle pas très claire (il couchait aussi avec des femmes, ses frères, ses sœurs…) qui m’ont fait le surnommer « Le Bengali », surnom qui devait rester. J’avais une occasion rêvée de le rencontrer, il était le prototype de ce qui m’attirait, en allant lui restituer le courrier qui lui appartenait. Je frappais donc à sa porte et me retrouvais quelques minutes plus tard… dans son lit. J’appris ainsi que la lettre venait de sa sœur qui lui renvoyait un dessin dont il avait « écrit » la légende. J’ai pu constater par la suite qu’il était effectivement analphabète, mais ceci ne m’a pas empêché de devenir littéralement fou de lui, totalement dépendant sur le plan sexuel. Bernard venant de moins en moins, il passait souvent la nuit chez moi. Je prenais des risques inconsidérés puisque Roger, le gardien, ami de Bernard, était parfaitement au courant d’une situation qu’il désapprouvait d’autant plus qu’il avait des « vues » sur le garnement. Et j étais loin d’être le seul à qui il faisait tourner la tête. Bernard le connaissait puisqu’il était souvent présent, invité par un tel ou un tel, voire par moi, lors des sorties de notre groupe d’amis. Complication supplémentaire, il était poursuivi des assiduités de son ex-ami, qui ne se considérait pas du tout comme un ex, un paysan d’une cinquantaine d’années chez lequel il vivait avant de « s’échapper » pour venir vivre (probablement avec l’ argent que ce dernier continuait à lui donner…) dans notre immeuble. Ce dernier est même devenu menaçant à mon encontre, à plusieurs reprises, et j’ai du un jour faire mine d’aller porter plainte dans un commissariat pour qu’il relâche sa pression alors qu’il me poursuivait en voiture dans les rues de Bordeaux. J’étais perdu corps et âme dans cette aventure quand Bernard m’annonça qu’il voulait prendre du recul et qu’il souhaitait qu’on ne se voit plus pendant quelques temps, ne sachant plus très bien ce qu’il ressentait pour moi. Brutalement rattrapé par le réel je me suis retrouvé désemparé. J’avais besoin de Bernard, il me semblait même l’aimer, le Bengali ne pouvait être pour moi qu’un « amant », une vie de couple n’étant pas le moins du monde envisageable. Il me fallait reconquérir Bernard, une occasion de tester la théorie girardienne récemment découverte. Je lui ai donc avoué ma liaison coupable, très vite avant qu’il ne l’apprenne par d’autres voies, afin d’allumer ce carburant du désir qu’est la jalousie. Une fois le moment de sidération passé (j’ai bien cru qu’il allait me frapper), il appréciait déjà peu le personnage, le mécanisme a parfaitement fonctionné et nous avons tenté de reprendre notre parcours commun. Quant au bengali, je savais que ce petit animal espiègle avait surtout besoin d’un « maître », et qu’il suffirait de lui en trouver un autre sans qu’il souffre vraiment de mon retour au bercail. Un ami de Bernard n’attendait que cela, je les ai donc rapprochés. Mais assez vite Bernard a recommencé à espacer ses visites et je n’ai pu résister à la tentation d’ouvrir à nouveau ma porte à Michel qui n’était qu’à un étage de distance. Durant l’été 80, nous étions à Paris chez sa soeur, Bernard a eu en ma présence un comportement que je ne pouvais admettre avec un garçon rencontré dans une soirée. J’ai alors pris, seul, le premier train pour Bordeaux. Cette fois-ci je savais que c’était fini.
Ne supportant plus de vivre dans ce studio que nous avions pris ensemble, je me suis installé dans un petit deux pièces à quelques mètres de l’hôpital. Quelques temps plus tard, Bernard venu me rendre visite, nous étions restés en bons termes, et découvrant Michel installé chez moi, m’a dit en partant « Ne t’engage pas avec Michel, ça n’a pas de sens ». Je l’ai rassuré, Michel n’était là que pour quelques jours, il avait décidé, je l’y avais incité, de retourner dans sa famille à Lyon.
Je vivais mal le départ de Bernard, quelques semaines difficiles, mais cela ne pouvait se comparer à ce que j’avais ressenti au départ d’Hervé. Puis début octobre, un soir au Smart…Pierre Jean….une autre histoire.
J’ai continué pendant longtemps à voir Bernard qui, quelques mois plus tard, a commencé une relation de couple avec Frank, une dizaine d’années de plus que lui, qui, lui, le dominait. Sans doute avait il besoin de cela pour se dégager de l’emprise de sa mère. Frank s’est installé chez lui, à la pâtisserie, et s’est investi dans son commerce (chose qu’il avait toujours refusé de moi, il se méfiait des « intellectuels »). J’ai constaté avec tristesse, même si je ne ressentais plus rien pour Bernard, l’influence néfaste qu’avait Frank sur lui, renforçant ses plus mauvais côtés. Il réussit même, quelques années plus tard, à lui faire vendre son commerce et à changer de métier. Le sien était certes très dur mais il l’aimait et le maîtrisait. Ils achetèrent un bar. Peu de temps après il pris enfin conscience de la situation et de la malhonnêteté du personnage -il a perdu pas mal d’argent dans l’aventure- qu’il « renvoya ».
J’ai peu à peu moins vu Bernard lorsque j’ai eu rencontré, en 82, l’autre Bernard, étudiant en Khâgne, dont j’ai maintes fois parlé dans ce blog. Leurs univers mental étaient à des millions d’années lumières et ce dernier m’avait d’ailleurs dit, mi ironique : « Mettons Hervé à part, tu as collectionné les anencéphales jusqu’ici… ». Une fois à Paris, il m’est arrivé de le croiser lors de mes visites bordelaises, le sourire toujours aussi charmeur mais de plus en plus de kilos superflus, dans les bars gays, ou plus rarement d’aller lui rendre visite dans son bar-café, apparemment toujours célibataire. Depuis que « l’interdit », un bar discothèque gay, a fermé, il y a près de 4 ans, je ne l’ai pas revu. Quant au bengali, j’ai perdu sa trace il y a bien plus longtemps, à mon arrivée à Paris. J’avais continué à le voir, épisodiquement, à Lyon, puis à Bordeaux où il a fini par revenir, puis à Paris enfin où il avait suivi une nouvelle aventure, avant de partir à nouveau pour je ne sais plus où, non sans avoir eu deux enfants entre temps….Je sais qu’il correspondait de temps à autre avec le gardien de l’immeuble dont j’ai parlé mais ce dernier refusait de me renseigner « pour m’éviter de faire encore des conneries ». Je serais curieux de savoir quel homme, de plus de 50 ans maintenant, il a pu devenir…

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:25

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Sur un autre blog, citant un texte de Renaud Camus où ce dernier notait que les homosexuels, cherchant la "reconnaissance", avaient tendance à «sacrifier les éléments les plus exposés du dossier», les folles et les pédophiles, j'avais déclenché des réactions indignées qui ne m’avaient  pas surprises lorsqu’elles émanaient de ceux qui ont tellement intériorisé les interdits qu’ils sont prêts à sacrifier bien plus que les deux éléments précédemment cités. Etonné tout de  même qu'on puisse à ce point méconnaître son « histoire », je veux dire par là, ce qui constitue la « culture homosexuelle » j'avais entrepris de la leur conter, en commençant par les relations "pédérastiques" dans la Grèce antique. On m'opposa qu'il n'était pas pertinent de parler «d’homosexualité» à propos de l’amour des garçons dans ce cas là , et dans la polémique qui opposa certains historiens à ce propos, on me rangea d'office dans le camp de ceux, tels Boswell, qui défendaient la thèse contraire.

Je n’ai pris conscience que dans un second temps que cette controverse  à propos de « l’homosexualité » dans la Grèce antique renvoyait directement à celle sur le caractère « inné ou acquis » de l’homosexualité, sujet que j'ai abordé dans un billet récent. S’il s’agissait de la même question de fond, ma position sur les deux questions se devait d’être cohérente (bien que j’acquiesce, une fois n’est pas coutume, à l’assertion de Renaud Camus : «Que la subtilité d’un système s’évaluerait à la part de consciente et délibérée auto-contradiction qu’il admet»). Ma position quant au caractère inné ou/et acquis de l’homosexualité était clairement défini, mais n'étant pas helléniste et n'ayant pas lu les historiens en question, je m'étais abstenu quant à la pertinence du concept d'homosexualité dans l'antiquité. A la réflexion, même si je ne me prononcerai pas sur la qualité d’historien de Boswell, il me semble qu'il a raison sur le fond.
Boswell appartient en effet au courant «essentialiste», autrement dit «universaliste», anti «nominaliste», «réaliste», selon lequel l’homosexualité existe «réellement», trans-culturelle ment et trans-historiquement et n’est pas une « construction ». Il s’oppose en cela aux «constructivistes», «nominalistes», pour lesquels les «universaux» n’existent pas, et qui, se référant à Michel Foucault, considèrent que le concept «d’homosexualité» n’a de sens qu’à partir du moment où le mot existe, marquant la «psychiatrisation» d’une pratique, la sodomie, au 19è siècle. A partir de cette prise de conscience se déroulerait «l’histoire de l’homosexualité», l’histoire d’une pratique : «l’homosexualité relève d’une pratique de soi c’est une expérience qui se forme et se constitue à partir d’un travail sur soi. C’est ce qui fait d’elle une forme d’expérience, c'est-à-dire que la sexualité (le désir et les choix sexuels) n’est pas quelque chose de fixé une fois pour toutes, mais au contraire, une matière à partir de laquelle on construit son existence. Si l’homosexualité est liée à des choix sexuels, ceux-ci, explique le philosophe français, doivent en même temps être créateurs de mode de vie (Foucault, 1982). C’est ce qu’il dit en parlant de la nécessité d’être gay».
Ce qu’ont « inventé » les « constructivistes », famille à laquelle appartient George Tin qui lui situe l’émergence du concept «d’hétérosexualité» au XIIè siècle, c’est une «troisième» théorie des origines de l’homosexualité, à côté de celles « génético-biologique » et « psychologique » (freudienne), une théorie « sociologique » de la sexualité, en fait une théorie politique dont le mouvement « Queer » constitue la forme la plus radicale.
Ceux qui ont lu mon billet « Inné et acquis » savent que je suis de ceux qui pensent que ce que j’appelle «homosexualité», c'est-à-dire une orientation du désir masculin vers un objet du même sexe (ne doutant pas que «le genre» existe, aussi peu «queer» que possible donc; je ne me prononçais pas sur le désir lesbien dont je n’exclue pas qu’il ait une composante sociologique), est d’origine « biologique » (voir le billet pour plus de précisions), donc transculturel et transhistorique. Du côté de Boswell donc. L’homosexualité a toujours existé, y compris au temps de grecs, sans être «nommée». Elle s’est exprimée, ou a été refoulée, selon les canaux que la «culture» de l’époque lui permettait d’emprunter ou non.
Je n’ai formalisé dans ce précédent billet que les théories « biologiques » et « psychologiques », mais la conclusion de l’article indiquait la place que je faisais à la théorie «sociologique», constructiviste, celle de la façon dont le désir homosexuel se «réalise» dans une société donnée : « En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi ! ». C'est notre «génotype» (au sens très large de ce terme décrit dans le billet) qui détermine l’orientation de notre désir, mais son phénotype dépend de nous et du contexte culturel. L’histoire de l’homosexualité, c’est l’histoire de son phénotype….
Les polémiques auxquelles j'ai fait allusion revoient  à ce que je disais en début du billet sus cité : «On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle». Il était plaisant de voir les plus indignés par les propos de Renaud Camus sur "la partie du dossier", faire appel, pour discréditer Boswell, à un constructiviste, Didier Eribon, disciple de Foucault et Bourdieu, un des plus fervents partisans de la «visibilité». On pourrait aussi questionner l’utilisation qu’Eribon fait de Foucault, ami de Boswell, ce qui l’a amené à accuser Paul Veyne, qui était si proche de Foucault, de le «dépolitiser » dans le livre qu’il vient de lui consacrer. Foucault, mort du Sida sans n’avoir jamais voulu dire qu’il en était atteint, n'avait pas réglé avec lui même le problème de son homosexualité.
Les constructivistes sont cohérents avec eux même, ils sont «communautaristes». On peut s’étonner de trouver parmi les opposants à «l’essentialisme» de Boswell, certains de ceux qui rêvent «d’une représentation du genre masculin homosexuel plus conforme à la norme, à l’usage des relations sociales de la vie courante, non communautaires», en un mot des valeurs « universalistes »….


« Libre/
Je me répète (je vais finir, si ne n’y prends garde par échafauder un semblant de « thèse ») : la nature de l’homosexuel n’existe pas. Elle n’est pas dans la femme, elle n’est pas dans la « folle », elle n’est pas dans le « macho ». Vous n’êtes condamné à rien. Soyez ceci ou cela ou n’importe quoi si vous en avez envie, et encore assurez vous à deux fois que votre envie est bien la vôtre. »
« L’amateur/
Ce petit livre pour expliquer pourquoi, de l’homosexualité comme essence, l’auteur n’a rien à dire. Il l’écrit pour montrer qu’il n’est pas un expert quant à la question »
(Renaud Camus, Notes Achriennes , 1982)

 

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