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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 22:29
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Avant de reprendre nos activités ce matin, nous avons pensé, Bertrand et moi, que pour se protéger de la vingtaine de degrés en moins que nous subissions depuis notre retour d’Israël, le mieux était d’aller voir « I love you Phillip Morris ». Il y a quelques jours Jeremy, sur son blog, nous disait combien il avait apprécié le film « Maurice », tiré du roman de Forster qui traitait de l’homosexualité dans l’atmosphère puritaine du 19è siècle, écrit au début du 20è siècle, publié seulement après sa mort en 1971. La sortie de « I love you Philip Morris » fait prendre conscience de manière saisissante de l’immensité du chemin parcouru. Dans ce film, l’homosexualité apparaît « banalisée » (« naturalisée » dira même un critique), ce qui explique sans doute les difficultés de distribution de ce film aux USA. Ceci en fait un film important de la culture gay, même s’il m’a peu touché, le passage incessant du comique, voire du burlesque, à la romance tuant l’émotion.
En commentaire du billet de Jeremy j’avais fait référence à Christopher Isherwood, sans savoir que son roman qui m’avait tant marqué et contribué à affirmer mon « identité » homosexuelle, « un homme au singulier », venait d’être porté à l’écran. Chez Isherwood l’homosexualité ne fait jamais problème en elle même, ses personnages l’assument comme un surplus de « vie », comme ces quelques lignes extraites du roman le montrent (il s’agit d’un cours sur les minorités donné par George, le personnage principal) :
« Une minorité n'est perçue comme telle que si elle menace ; la majorité peut se fermer les yeux et dire : "Si nous ignorons une chose assez longtemps, elle disparaîtra purement et simplement" ; elle peut adopter une attitude libérale, considérer ces autres comme des êtres humains et ainsi les ignorer, les enfermer. La majorité refuse de poser la question de l'identité. Appartenir à une minorité c'est déjà avoir l'essence d'une identité, c'est détacher ce qui est vivant de ce qui est déjà presque mort".
Le roman montre comment la mort de son compagnon, préfigurant ce qui allait être le lot de tant de couples bien des années plus tard avec l’irruption du Sida, vient fragiliser dramatiquement cette « essence ».
Le film, bien accueilli au festival de Venise (prix d’interprétation masculine), serait une adaptation assez libre du roman, mais fidèle à son esprit. Les livres d’Isherwood, en dehors d’ « Adieu à Berlin », sont souvent épuisés. Espérons que ce film sera l’occasion d’une réédition de « Un homme au singulier » et de « Un monde au crépuscule » et permettra de faire redécouvrir cet auteur. La photo en tête de ce billet est un portrait, par le peintre et ami Don Bachardy, d’Isherwood et du jeune homme de 18 ans (qu’il rencontra à l’âge de 48 ans) qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort.
Autre film dont j’attends avec impatience la sortie, « Shutter Island », adaptation par Scorcese d’un roman de Denis Lehane (l’auteur de «Mystic River»), un thriller dans l’univers de la maladie mentale. On est toujours inquiet de découvrir l’adaptation cinématographique d’un livre qui vous a ébloui, encore plus quand on en connaît la fin, coup de théâtre sidérant.
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:07

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Même si j’ai vécu intensément mai 68 (en spectateur), ce fût comme une révolte politique et non pas dans sa dimension culturelle de « révolution du désir », tout simplement parce que cette révolution là n’était pas visible, présente seulement à l’état de ferments durant les évènements. Je n’ai donc pris conscience que bien plus tard des conséquences sociales d’un des slogans de 68, « jouir sans entrave ». Le livre de Frédéric Martel, paru en 1996, « Le rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968 » est la chronique de ces années là. Ce livre n’a pas fait l’unanimité du mouvement gay à sa sortie, l’accueil bienveillant de la presse de droite ayant été jugé suspect par sa fraction gauchisante (menée par Didier Eribon, qui allait écrire quelques années plus tard un essai certes fondamental, mais militant, « Réflexions sur la question gay », le même Didier Eribon , disciple de Bourdieu, qui allait être un de plus violents critiques de Renaud Camus, allant jusqu’à lui interdire, par voie juridique, de le citer dans ses livres !).

Le livre de Martel n’en demeure pas moins le récit le plus fidèle, non militant (et donc parfois critique, ou réservé, par exemple sur la gay pride), de cette période.
Ce livre va aider ma mémoire à relater les grandes lignes de cette évolution que j’ai vécue peu à peu.
Quelle était la situation en 1968 ? L’homosexualité faisait partie de la liste des maladies mentales, et la France, en 1968, venait d’adopter cette classification. Le 18 juillet 1960, l'amendement du député UNR de la Moselle, Paul Mirguet, classait l'homosexualité "fléau social" et donnait au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Les relations homosexuelles avec les 15-18 ans étaient un délit (contrairement aux relations hétérosexuelles). Il y avait cependant une vie gay, souterraine. Les « tasses » bien sûr, et à Paris Rue Saint Anne, on trouvait plusieurs bars et boîtes que rien ne signalait, il fallait sonner avant d’entrer. Il y avait un grand brassage social, une certaine fraternité de l’instant dans ces lieux où la « folle » régnait (j’ai écrit dans un autre billet combien la « folle » était l’emblème de la non visibilité de l’homosexuel). Les homosexuels « médiatisés » étaient de ces emblèmes : Jacques Chazot, Jean Louis Bory, Roger Peyrefitte, d’autres jouaient les « honteuses » (François Mauriac), tandis que les références littéraires étaient plus ou moins maudites, Genêt, Gide, Proust. Un mouvement homophile de type associatif, Arcadie, existait également, fondé dans les années 50 par un séminariste, André Baudry, dont les membres n’ont cessé d’augmenter. Etaient organisées rencontres, après midi dansantes, débats. Son fondateur fustigeait ceux qui fréquentaient les parcs et les vespasiennes. « Les sympathiques homophiles d’Arcadie refusaient avec effroi la promiscuité des bars qu’ils voyaient comme une insulte à l’amour authentique ». Arcadie refusait alors la « visibilité » et toute idée de « coming out », tout ce qui pourrait donner « une mauvaise image » (ça ne vous rappelle rien !). Politiquement le mouvement était de droite.

Que se passe-t-il alors en 68 ? Il n’y a eu que peu de mobilisation sur le plan des mœurs, l’éphémère « Comité d’action pédérastique révolutionnaire » est passé inaperçu et ses affiches provocatrices arrachées par les « officiels » de la Sorbonne. Mais ce fût la « répétition générale », les jalons avaient été posés.
Tout a vraiment commencé après. Symboliquement on situe le 27 juin 1969 l’acte de naissance du mouvement homosexuel. Ce soir là, dans un bar de Greenwich Village, les clients, surtout des travestis, bousculés par la police, se révoltent en accueillant les renforts policiers à coup de briques et trois nuits d’émeute s’en suivent. Edmond White dans « La tendresse sur la peau » parlera de « prise de la bastille ». La Gay Pride, à l’origine, était une commémoration de cet évènement. Une année plus tard, en France, l’émission de Ménie Grégoire sur RTL, qui avait pour thème « L’homosexualité, ce douloureux problème » est brutalement interrompue par un groupe de lesbiennes : « Ce n’est pas vrai, on ne souffre pas », « Nous sommes un fléau social », « A bas les hétéros flics », etc…L’émission doit être interrompue. Le FHAR, Front homosexuel d’action révolutionnaire était né, bientôt rejoint par l’écrivain Guy Hocguenghem (mort du sida au début des années 80) et soutenu par Jean Paul Sartre. Voici un texte caractéristique du FHAR intitulé « Adresse à ceux qui se croient normaux » : « Vous ne vous sentez pas oppresseurs et pourtant votre société nous a traités comme un fléau social…vous êtes individuellement responsables de l’ignoble mutilation que vous nous avez fait subir en nous reprochant notre désir…..Nous disons plus, nous ne nous contenterons pas de nous défendre, nous allons attaquer ». Le FHAR recommande aux homosexuels de sortir du ghetto (tasses, bars, boites), parce que « la société hétéro-flic vous y récupère. Vous êtes honteux parce que vous acceptez la propagande des hétéros flics », « Arrêtons de raser les murs », c’est le début du « coming out ». Ainsi le FHAR, dont plusieurs des fondateurs viennent d’Arcadie, raillent le mouvement d’André Baudry, « l’homosexualité de papa ». Là où ces derniers se définissaient comme « homophiles », les membres du FHAR se disaient « pédés et lesbiennes ». Il faudrait aussi parler des « Gazolines », « Radicales parmi les radicaux » du FHAR, leur tendance « folle hystérique » qui se moque du mouvement lui-même « vous avez dit « fard » ». Le FHAR n’a pourtant une aucune influence sur les droits et les conditions de vie des homosexuels de l’époque, notamment en province, mais il a eu un indiscutable impact « dans les têtes » et a obligé les partis de gauche à prendre parti sur la question homosexuelle.
Parallèlement le mouvement intellectuel se poursuivait, Deleuze et Guattari, en 72, publiaient « l’Anti-Œdipe », et ses machines désirantes, théorisation du « jouir sans entrave », tandis que les années Giscard allaient voir la libération des mœurs (abaissement de la majorité à 18 ans, avortement, abolition de la censure cinématographique, grâce au ministre de la culture de l’époque, homosexuel, Michel Guy).
Paradoxalement, c’est pendant cette période que le mouvement Arcadie va connaître sa plus grande influence. Mais l’association a évoluée, une section jeune est née en 68, prend naissance en son sein le mouvement catholique David et Jonathan. Arcadie va devenir un véritable lobby identitaire, interlocuteur des politiques. A son congrès en 79, plusieurs personnalités ouvertement homosexuelles sont présentes : Jean Paul Aron, Gabriel Matzneff, Robert Merle, Michel Foucault, Yves Navarre, Dominique Fernandez. Arcadie sera dissoute en 82 par un André Baudry « blessé par les critiques, amer depuis la victoire des socialistes, esseulé ». Il écrira « Et quant à moi, loin du tumulte de ce peuple aimé en chacun et en chacune de ceux qui sont venus vers moi, j’attendrai la mort, quelque part, ne formulant qu’un seul vœu : ô tous et toutes, soyez heureux par l’exigence d’une vie homophile faite de courage et de dignité ».
L’explosion militante allait se produire pendant les années Giscard, le FHAR s’étant dissous en 74, avec la prolifération des GLH (Groupes de libération homosexuelle), dont le premier fut fondé par d’anciens du FHAR et des jeunes exclus d’Arcadie, à Paris et en province. Ce sont les ancêtres des centres gais et lesbiens. Le débat qui va s’instaurer (prolongé par un livre) entre Jean Louis Bory, critique cinématographique au Nouvel observateur, défenseur d’une homosexualité « respectable », du droit à l’indifférence », en quelque sorte dans la logique d’Arcadie, et Guy Hocquenghem, tenant d’une visibilité radicale et d’une certaine marginalité, est représentatif des deux visons de l’homosexualité qui font alors débat (qui se prolonge aujourd’hui). Belle intervention de Jean louis Bory aux dossiers de l’écran en 75 « Il y a une réalité homosexuelle et si je suis là, c’est parce que l’homosexualité existe. Je n’avoue pas que je suis homosexuel, parce que je n’en ai pas honte. Je ne le proclame pas, parce que je n’en suis pas fier ; je dis que je suis homosexuel parce que cela est ». Guy Hocquenghem lui en était probablement fier.
En juin 77 avait lieu la première gay pride en France (l'histoire d'Harvey Milk, à la même date, est restée plutôt méconnue en France jusqu'à la sortie du film).
Le 15 avril 78, 30 ans déjà, je faisais mon « coming out » « sexuel » au cinéma le Vivienne à Paris, et 18 mois plus tard mon coming out « social ». J’étais fier d’être homosexuel, 3 ans plus tard je fondais un mouvement homosexuel sur Bordeaux, « Les Nouveaux Achriens".
En mars 79, sortait « Tricks » de Renaud Camus, préfacé par Roland Bathes, récits du sexe immédiat et des backrooms, alors qu’en avril de la même année naissait le mensuel Gai Pied. En 78 le premier bar du Marais, le Village, ouvre, suivi par le Central en 80. Progressivement la vie homosexuelle va quitter la rue Saint Anne, envahie par les gigolos, dont le restaurant « le Vagabond » est le quartier général, pour le Marais.
En 81 les socialistes prenaient le pouvoir, dépénalisaient l’homosexualité et une circulaire du ministère de l’intérieur demandait aux policiers de mettre fin au fichage et à la discrimination contre les homosexuels. L’auteur de ces lignes a ainsi cessé, à cette date, de décliner son identité lors de contrôles policiers sur les places de « drague » ou dans les établissements gays. Les « sanisettes » remplacent les tasses à Paris. La première radio homosexuelle, Fréquence Gaie, ouvre son antenne.
A la suite de l’élection de François Mitterrand se constituait le CUARH, Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, coordination de la plupart des structures et associations homosexuelles, à l’exception d’Arcadie. Il devient l’interlocuteur principal des pouvoirs publics. Sa dimension est politique, défense des droits des homosexuels, lutte contre toutes les discriminations (y compris professionnelles), on quitte le discours révolutionnaire pour celui des revendications pragmatiques, une sorte d’Arcadie de gauche, avec même l’ouverture d’un bar avec backroom, ma première backroom, rue du Roule à Paris, le BH. C’était l’époque du Palace, du sauna Continental, du Boy. La librairie « Les mots à la bouche » ouvrait en 82.
En février 82 deux médecins parisiens, Willy Rozenbaum et Jacques Leibowitch mettent en place un groupe d’alerte sur le sida (dont le mot n’existe pas encore) et l’association des médecins gais, à laquelle je venais d’adhérer, organise en avril un séminaire de formation sur le sarcome de kaposi.
On connaît la suite, jusqu’au Pacs….

Le chemin parcouru en 40 ans est immense. Il peut m’arriver de m’attrister que certains oublient que si l’on en est là, c’est en partie grâce à ceux qui « n’ont pas eu peur de donner de nous une mauvaise image » (en partie car la « libération homosexuelle » est indissociable du mouvement de libération de la femme, de la dissociation progressive entre sexe et reproduction). « Il est interdit d’interdire » proclamait-on en 68. Aujourd’hui, dans nos sociétés, les interdits moraux ont trouvé leur dernier refuge dans la pédophilie et l’inceste (parfois jusqu’au délire, voir Outreau), mais l’interdit a trouvé le moyen de revenir par la fenêtre, il a pris un nouveau nom, « Principe de précaution ».

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 09:31



Qui connaît encore cette célèbre série de romans pour adolescents, écrite dans les années 30 par Serge Dalens. Elle eût, bien plus tard, du fait de la prise de conscience des connotations homosexuelles de la série et je crois aussi des opinions politiques "fascisantes" de l'auteur, une réputation sulfureuse. Le prince Eric fut mon héros, faisant rêver l'adolescent que je fus. La série du "club des cinq" ne me procurait pas les mêmes émotions. Un parallèle vient d'être fait avec les aventures de Harry Potter.

 

"Alors, vous, les Fans de Signe de Piste, lisez ce qui suit et enfin posez-vous clairement (à haute voix si vous voulez, pas de souci) la question finale :

Alors, Harry Potter, Prince du Mal
Et si Harry Potter était un héros Signe de Piste, mais en version actuelle, c’est-à-dire un héros du XXI° siècle et non plus de 1936 ? Et s'il avait plus de ressemblance avec Eric Jansen qu'il n'y paraît au premier abord ?"

 

La collection “Signe de pistes” a repris timidement quelques parutions en 2008.

http://sevydyan.canalblog.com/images/Le_prince_Eric.jpg
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 20:46

 

 


14619-0.jpgJe lui avais dit oui, « grisé » par cet instant fugace de bonheur où, pour la première fois, il m’avait fait entrevoir qu’il n’était pas aussi inaccessible que cela, où il se mettait en position de demandeur. Hervé avait été jaloux, ce qui avait réactivé son désir. J’aurai l’occasion de constater par la suite que la clé de l’accessibilité d’ Hervé c’était justement de lui donner le sentiment qu’il ne me fascinait plus. Je venais de découvrir l’œuvre de René Girard, mais comprendre comment le désir fonctionne ne vous empêche pas d’en être le jouet.Pour le retenir plus longtemps que je n’allais réussir à le faire, il aurait fallu que j’en tire les ficelles. Je n’étais pas armé pour affronter une situation aussi périlleuse avec un tel personnage, une sexualité un peu trop «conventionnelle» pour lui et qui ne pourrait lui suffire, une sensibilité affective encore immature, je n’étais pas prêt à le suivre le long des précipices qu’il côtoyait, et, cerise sur le gâteau, je vivais encore chez mes parents, ce qui lui laissait un temps libre considérable. Je n’avais pas encore «avoué» mon homosexualité à ma famille, mais la situation commençait à se tendre et je devinais la perplexité de ma mère : le bon élève, toujours plongé dans ses livres, solitaire, dont les seuls loisirs qu’ elle connaissait étaient le cinéma, la politique, le bridge et les après midi à la plage, s’était subitement mis à «découcher» plusieurs fois par semaines, à recevoir de multiples coup de téléphone, tous du sexe masculin (le portable n’existait pas encore…), à surveiller plus encore qu’avant son poids (je devais sans arrêt y prêter attention, la nature m’inclinant à l’embonpoint alors que j’ai toujours eu une répulsion pour la graisse), à s’intéresser aux «fringues».
Nous étions alors en février 79. Ma relation avec Hervé allait évoluer comme il était prévisible. Nous nous voyions certes plus qu’avant, mais bien trop peu à mon goût. Le sexe avec lui était presque du domaine de la compétition sportive. Nous faisions le plus souvent l’amour dans l’appartement de sa copine infirmière chez laquelle il avait aménagé un mois plus tôt et avec laquelle je m’entendais bien, de façon étonnante car mon «coming-out» avait renforcé ma misogynie. Je vivais dans l’angoisse permanente de ne pas le satisfaire sexuellement, mais j’ai vécu des moments intenses et inhabituels – nous avons, dans des ébats fougueux, cassé un pied du lit de sa copine, pratiqué la sodomie avec du beurre (rien à voir avec un quelconque «tango», c’était avant qu’on ne commence à parler du «cancer gay» et nous n’avions plus de gel), il m’a baisé, attaché, les yeux bandés, promenant un canif sur mon corps, etc. etc., j’en oublie. Un épisode cocasse se produisit lorsqu’il a été convoqué par l’armée pour les «3 jours». Il s’habilla de la tête aux pieds en «cuir et chaînes», et c’est dans cet accoutrement que je l’ai accompagné à la gare prendre son train, nous ne sommes pas passés inaperçus. Le résultat a été conforme à ses espérances : il a été renvoyé dans la journée, réformé, classé P4 (« psy »). Je m’inquiétais quelque peu des conséquences professionnelles d’une telle classification, mais à tort car il fût titularisé quelques mois plus tard.
Mais il était loin de me consacrer tous les instants que nous aurions pu vivre ensemble et lui arrivait même parfois, de me «congédier» pour recevoir certaines de ses fréquentations dont j’imaginais bien qu’elles ne venaient pas seulement le voir pour «fumer un joint». Il ne me proposa jamais de participer à ses ébats, parfois à plusieurs, il savait que les mecs qu’il rencontrait ne me plaisaient pas. Hervé n’était pas beau , mais très attirant, très sexe, il avait un succès considérable.
Je n’avais absolument pas l’impression que nous formions un «couple». De mon côté je lui étais totalement fidèle, il m’obsédait trop (je n’ai jamais d’ailleurs été fidèle que quand «l’autre» m’échappait, toujours René Girard…). Je vivais cela de plus en plus mal, au point de perturber mon travail. J’ai fini par lui annoncer que je préférais en rester là, il fit mine d’y consentir, mais je n’ai pu lui résister, quelques jours plus tard, lorsqu’il me demanda de revenir. Ce scénario du «je m’en vais, retiens moi», s’est encore réalisé à deux reprises. Une fois, dans l’élan d’une relation sexuelle où je me sentais si bien, je me suis laissé aller à lui dire, le regrettant dans l’instant même où je les prononçais, les 2 petits mots fatidiques - «je t’aime». Il me repoussa aussitôt, sidéré, et me dit «et bien moi pas, ne recommence jamais ça». Je pressentais l’erreur fatale. Il a sans doute vécu ça comme une pression intolérable, comme si je lui passais les menottes. Je n’ai par la suite plus jamais dit «je t’aime» le premier. Quelques jours plus tard, peut être plus, certains détails sont devenus flous, alors que nous rentrions de je ne sais où, au moment de le déposer chez lui il me dit, nous étions encore dans ma voiture : «Tu ne supporteras jamais. C’est fini». J’ai totalement paniqué car je savais que si la décision venait de lui, elle était irréversible. Je me suis humilié à le supplier de continuer, en vain. Mais il avait pourtant raison, j’aurais été incapable de vivre en ces temps là une relation de «couple libre» telle qu’il l’aurait souhaitée, sans la moindre contrainte ou limite. Je pouvais concevoir qu’on ne soit pas d’une fidélité physique absolue, et je serais par la suite un être bien peu fidèle, mais pas au point d’ignorer (et de jouer de) la souffrance de l’autre.
J’ai vécu par la suite des semaines difficiles, souvent en pleurs dans ma chambre, essayant de masquer au mieux ma détresse chez moi et à l’hôpital, incapable de repartir en «chasse». La passion vous fait sortir du réel, et on du mal à croire, une fois guéri, qu’on ait pu tomber dans un tel état pseudo délirant. Au bout de quelques temps nous nous revîmes cependant, à son initiative, sans avoir de rapport sexuel, mais notre relation restait ambiguë. Un jour, par dépit, je lui ai rendu, à sa demande à laquelle j’avais résisté jusque là, la seule photo que j’avais de lui, celle que Philippe avait découverte danbs mon portefeuille. Que je ne garde pas une trace de lui semblait l’obséder. Peu à peu j’ai repris le dessus et recommencer à avoir des «tricks». Il n’occupait plus mes pensées mais je recherchais toujours sa présence. Je lui avais suggéré de lire «Le temps Voulu» d’Yves Navarre, qui venait de paraître et qui m’avait bouleversé. Ce livre le remua aussi, il me dit qu’il l’avait mis mal à l’aise : «c’est un peu nous cette histoire». Durant l’été 79 j’allais rencontrer le garçon, Bernard, qui allait être le premier de ceux avec qui j’ai vraiment formé un couple, celui qui allait me donner le courage de quitter ma famille chez laquelle l’atmosphère allait devenir irrespirable quand je l’ai eue mise au courant de ma vie. Hervé s’est fait alors plus présent, tentant à nouveau de me séduire. Ce scénario s’est reproduit chaque fois que j’ai eu une relation de couple, ce qui fût le cas avec Pierre Jean, un an plus tard, puis, d’une certaine façon Ginette l’année suivante encore. Nous avons repris des relations sexuelles que j’appréciais d’autant que n’étant plus «amoureux», n’ayant plus peur de le perdre, elles ont été les plus tendres que j’ai jamais eues avec lui. Non sans risque, puisqu’une fois j’ai trouvé en rentrant chez moi Pierre Jean en train de faire ses valises : «hier soir quand tu es rentré de ton soi disant repas professionnel, le parfum d’Hervé (il s’agissait de «Macassar», son parfum préféré) te collait à la peau». Pierre Jean, par la suite, me ferait subir bien pire, mais c’est une autre histoire…pour une autre fois. Il était évident qu'Hervé ne supportait pas de me voir me détacher de lui pour un autre…
Au début de l’été 82 je rencontrais Bernard 2, le début d’une  aventure de 15 ans. Hervé a-t-il pressenti que cette fois ci il n’aurait plus aucune emprise sur moi, autre que sexuelle, ou alors commençait il déjà à voir le garçon avec qui il allait vivre plusieurs années et qu’il suivit à Paris 2 ou 3 ans plus tard, je ne sais, mais ses assauts séducteurs cessèrent, et nous n’eûmes plus que des relations amicales, même si le mot n'est pas vraiment pertinent. Nous avons continué à nous voir ou nous téléphoner de longues années, mais curieusement (en fait pas si curieusement que cela, Bernard ne souhaitait pas, sans s'y opposer, ces rencontres) de moins en moins lorsque j’ai moi aussi rejoint la capitale. Un jour, au début des années 90, cela faisait quelques mois que je n’avais plus de ces nouvelles, je l’ai appelé, sans succès, le téléphone sonnant éternellement dans le vide. Il avait sans doute changé d’adresse sans prévenir, mais je ne manquais pas d’être inquiet, car le VIH faisait des ravages sur Paris, une véritable hécatombe.
Au milieu de ces mêmes années, lors d’une Gay Pride, alors que nous passions devant l’Institut du Monde Arabe, Bernard me dit «Je crois avoir aperçu Hervé, il a énormément changé, il est dans un sale état». J’ai en vain cherché à le retrouver. Après une autre Gay Pride, en 99, mais à Bordeaux cette fois, alors que nous étions attablés dans un restaurant Gay avec des amis, mon attention  attirée par une petite voix aigue que j'aurais reconnue entre milles, j’ai eu le souffle coupé lorsqu'en me retournant, j’aperçus Hervé à la table voisine, au milieu d’un petit groupe. Son visage était si abîmé, moins par le vieillissement, que par l’alcool, la drogue sans doute et peut être le Sida. Il ne m’avait manifestement pas reconnu. J’ai fini par me lever et l’aborder : «tu ne te souviens pas de moi, Jean Jacques, nous nous sommes connu en 78 lorsque tu vivais chez Pascale ?». Il était manifestement saoul, m’a dévisagé, et m’a lancé, d’un ton agressif qui m’a glacé «Je te croyais mort,  ils sont tous morts». Devant ses yeux hagards, j’ai préféré aller me rasseoir. Quelques minutes plus tard il m’a fait signe de venir le rejoindre, nous avons fait quelques pas ensemble, il avait du mal à être compréhensible, m’a dit qu’il était revenu définitivement sur Bordeaux, j’ai cru comprendre qu’il ne travaillait plus et m’a demandé mon numéro de téléphone.
Il ne m’a pas appelé. Je ne saurais probablement jamais s’il ne l’a pas voulu ou si, dans l’état où il était, il a égaré le numéro ou n’a plus su, au petit matin, de qui il s’agissait.
Ce soir là où je l’ai revu, vieilli et aussi peu attirant que possible, je ne suis pas sûr, s’il m’avait demandé de passer la nuit avec lui, que je ne l’aurais pas fait. Je suis rentré à mon hôtel plutôt mal, mais il est vrai que je vivais alors la période la plus difficile de ma vie sur le plan affectif, je n’arrivais pas vraiment à me remettre du départ de Bernard, en 97, les blessures infligées par ceux qu’on a aimés étant bien plus longues à cicatriser que celles dues à ceux dont n’a été qu’amoureux, fût ce passionnément…

Cette aventure j’y pense souvent, avec une douce nostalgie. En écrivant ce billet, j’ai soudainement eu la curiosité de taper Hervé R., Bordeaux, sur l’annuaire « pages jaunes », un seul nom, avec un numéro de téléphone fixe. Peut être lui…
J’ai très peu souvent été la victime de passions amoureuses, deux ou trois fois, et Hervé fût de loin la plus intense. Le hasard, ou ma nature plus probablement, font que je n’ai jamais aimé ceux pour lesquels j’ai éprouvé une passion amoureuse et que ceux que j’ai aimés, je n’en ai jamais été amoureux. Je n’ai en fait éprouvé de la passion que pour des êtres si différents de moi, si inaccessibles, qu’il était illusoire que l’aventure perdure.

« Etre amoureux » c’est être dévoré jusqu’au délire par l’absence de l’autre dans l’instant, aimer c’est ne pas concevoir qu’il puisse y avoir un demain sans l’autre. C’est du premier état dont parle Proust dans ces deux citations :
«Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre.»
«Le bonheur est dans l'amour un état anormal.», ou encore Lacan, plus terrible, dans celle-ci : « aimer c’est donner quelque chose qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ».


http://www.youtube.com/watch

 

 

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:33

 

 


9782080704696.jpgNous étions en septembre ou octobre 78, je ne sais plus exactement, ma liaison avec Philippe décrite dans un billet précédent durait depuis environ 6 mois, j’avais eu entre temps quelques amants d’un soir ou d’une semaine. Comment presque tous les soirs, après le dîner familial, au volant de ma R6 rouge que mon grand-père venait de me donner, j’avais gagné une place bordelaise de «drague», rue judaïque, où trônait une «tasse» autour de laquelle s’organisait les rotations nocturnes des voitures, des piétons et des vélos en quête d’une aventure ou de la rencontre d’une vie. Je préférais la fréquentation des tasses le soir, où les chalands étaient plus souvent jeunes, plutôt qu’en fin d’après midi, l’heure des hommes mariés qui venaient satisfaire leurs pulsions avant de retrouver leur grisaille. Beaucoup étaient sur le «qui vive», de crainte des contrôles de police, assez fréquents et aussi des descentes de «loubards» qui venaient casser du PD lorsque l’affluence se faisait plus clairsemée (je fus une fois victime d’une de ces attaques- ayant par chance aperçu l’arrivée de la bande dans mon rétroviseur, j’avais pu démarrer en trombe, mon pare-brise arrière éclatant sous l’impact de la manivelle qu’ils avaient lancée et qu’ils destinaient sans doute à un usage bien plus délétère).
Ce soir là mon attention avait été attirée par un jeune homme en vélo, mince, au visage plutôt ingrat, au long nez sur lequel reposaient de petites lunettes, d’un négligé très «looké» et surtout l’air si sûr de lui. Je ne voyais plus que lui, fasciné, tel le narrateur de «La Recherche» dans «A l’ombre des jeunes filles en fleurs», à Balbec, au passage, le long de la plage, de ces adolescentes qui semblaient s’auto suffire. Son regard croisa le mien et il me sembla y déceler un soupçon d’intérêt qui déclencha en moi une petite vibration intérieure. C’était bien le cas car il m’aborda presque aussitôt, de façon très directe. Je ne me souviens pas de ses paroles exactes, quelque chose comme : « on va chez moi ? je suis actif» - il m’apprit alors qu’il valait mieux , «cela évitait de perdre son temps», faire connaître ses pratiques sexuelles selon les codes en vigueur à ce moment là, c'est-à-dire la position à droite ou à gauche du trousseau de clé à la ceinture ou de la couleur du mouchoir…. Il avait une petite voix aiguë sans être efféminé. Il attacha son vélo, monta dans ma voiture et m’indiqua où aller. Durant le trajet il me dit se prénommer Hervé, avoir 20 ans, être instituteur non encore titularisé, qu’il brûlait la vie par tous ses bouts, mais dans le flot de paroles je retins surtout «que les mecs qui baisaient mal, ils les foutait dehors». Il n’en fallait pas plus pour me «tétaniser», j’étais si peu sûr de moi quant à mes performances sexuelles et ce d’autant plus que j’avais encore peu d’expérience de la sodomie, mais il était trop tard pour reculer. Arrivés chez lui, il commença à se déshabiller, me disant de faire de même, me projeta sur le lit et commença à «baiser» avec frénésie et agitation» physique dans le «corps à corps» qui ne déclenchèrent en moi aucune érection (il me fallait alors, et cela n’a pas beaucoup changé, quelques «préliminaires» pour me mettre en condition). Il ne semblait cependant pas s’en apercevoir, trop absorbé par lui-même. Au bout d’une certain temps, il s’interrompit brusquement, se leva, pris une cigarette et s’assis sur le bord du lit en me regardant bizarrement.. Il ne faisait pour moi pas de doute qu’il allait me dire de prendre la porte. J’avais déjà appris, très vite, que le «milieu» était très exigeant quant à la performance sexuelle, je savais qu’il était probable que si je n’avais pas eu de nouvelles de certains garçons c’est que je n’avais sûrement pas été à la hauteur de leurs attentes. Je me préparais avec anxiété à être congédié, furieux contre moi car il me plaisait de plus en plus, lorsque je le vis venir me rejoindre et recommencer «à faire l’amour», cette fois ci presque tendrement jusqu’à ce que nous jouissions ensemble. J’ai pu constater par la suite que cette «baise en deux temps» était assez habituelle chez lui. Il était excessivement mince, la peau très douce, imberbe, pas spécialement «bien monté», ce type de corps qui me faisait craquer il y a 30 ans. Nous parlâmes longtemps, j’ai bien sûr oublié la teneur de nos propos, il était clair pour moi qu’il était un peu «barge», mais le jeune homme «sage» que j’avais toujours été, et qui l’était encore, ne pouvait qu'être fasciné par cet être qui semblait libéré de toute contrainte et qui réalisait ses désirs, même si ses fantasmes comme celui de baiser dans un cimetière ou dans une baignoire pleine de sang me semblaient faire partie d’une certaine «mise en scène» destinée à m’impressionner. Son appartement était très dépouillé, froid, avec de grands crucifix noirs sur les murs. Il m’avoua prendre de la «coc». Il était fou de musiques, de celles sur lesquelles on danse. «Pas celle des pintades - précisa t’il- qui se pâment sur la disco pour coiffeuses des Sheila, Dalida ou Claude François» et que l’on passait dans les boîtes de «nase»» que je commençais à fréquenter, comme «la Boucane», etc, mais ce qu’il appelait la vraie «funk» (l’Urban funk,je crois….), dont il achetait les meilleurs morceaux en import (je ne me souviens que de la version instrumentale, disco-funk, de «Cruising in the Street» par le Boys Town Gang qui allait devenir célèbre en 81 avec un autre tube que l’on entend encore sur les radios), mais pas uniquement, c’était aussi un dingue du Ska avec«Madness» («One step beyond») et autres que j’ai oubliées. Au moment de partir, il me demanda d’échanger nos numéros de téléphone : «On se revoit ?».
C’est tard, au petit matin, que je rentrais chez moi dans un état second, à attendre quelques jours l’appel tant espéré (je n’aurais jamais osé en prendre l’initiative !). Nous nous revîmes par la suite assez régulièrement, sans d’autres attentes que ces nuits toujours trop brèves, je savais bien que je n’étais pas le seul. Il me fit découvrir «sa musique» et m’amena dans la seule discothèque qu’il fréquentait «Le Cyclope». Cela me changeait de « la Boucane », pas de travelos (très habituels dans les endroits gays à cette époque là), une musique de danse au «top», une clientèle très jeune aussi, sans ce mélange habituel de générations qui était la marque des clubs gays de la fin des années 70, et surtout, c’est sans doute ce qui m’a le plus frappé, une façon de danser des garçons absolument fascinante pour moi, quasi sexuelle. Hervé y allait pour danser, ce n’était pas son terrain de chasse, contrairement à moi il aimait «les mecs», pas les crevettes post pubères.
Comprenant que je ne pourrais jamais être pour lui autre chose qu’un «amant», j’ai recommencé, non sans difficulté car je pensais sans arrêt à lui, à chasser. Un jour, sur une autre place centrée autour d’une tasse, j’ai rencontré Eric, 20 ans, que je me suis mis à voir assez régulièrement, non seulement il me plaisait, mais il vivait avec une bande de 3 ou 4 copains, et un peu comme dans le film «Nés en 68», ils «s’échangeaient» leurs amants. Cette vie en « communauté » me séduisait et a contribué à poursuivre ma formation accélérée. Ainsi, encore plein de clichés hétéros, je n’imaginais pas une folle «active». Un soir je me suis retrouvé dans le lit de Michel, c’était mon tour , la folle du groupe, qui avait la réputation d’ être «très bien monté». Comme nous dormions tous dans la même pièce, le lumières étant éteintes par souci de pudeur pendant que nous baisions, j’ai découvert son sexe en le prenant dans la main, impressionnant, et j’ai béni le ciel qu’il soit «folle», craignant pour mon anus encore bien inexpérimenté. Et bien pas du tout, il était purement actif, je l’ai senti passer ! Je n’en continuais par moins à voir Hervé, de façon beaucoup plus espacée, et il m’avait semblé que cette liaison avec Eric l’agaçait, ce dont j’ai eu la confirmation, lorsqu’il me lâcha, l’air de rien, «Eric t’a dit qu’il tapinait place des Quinconces, avec ses «copines»? ». Non il ne me l’avait pas dit, mais il me le confirma lorsque je le lui eu demandé, directement. Cela ne me perturba pas outre mesure, par la suite il m’est même arrivé d’aller les voir sur leur «lieu de travail», avant de ramener Eric pour finir la nuit avec lui (avec un peu d’inconscience, car une fois, lors d’un des nombreux contrôles de police, je me trouvais dans ma voiture avec le mineur du groupe, le seul avec lequel je n’ai d’ailleurs jamais couché….). Cette aventure dura quelques semaines, puis Eric s’en alla en vivre d’autres. Hervé, l’ayant sans doute senti, me demanda : «c’est fini avec Eric?», dissimulant mal la lueur de satisfaction que j’ai apreçue dans ses yeux à ma réponse. J’étais alors dans le couloir d’entrée de son appartement, il me plaqua contre le mur, me roula «un patin» et me dit «toi et moi, ensemble, ça te brancherait pas?». C’était un peu comme si le ciel me tombait sur la tête. Je savais qu’Hervé ne changerait jamais et qu’il fallait répondre NON…j’ai dit OUI.

http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaft_dT.html
http://www.lyricszoo.com/boys-town-gang/cruisin'-the-streets

A suivre: 2- La chute!

 

 

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 20:22

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IL faut prendre ici le mot folle dans son sens « générique », rassemblant toutes les catégories qui peuvent avoir une connotation féminine : « folle proprement dite, tante, travesti, transexuel,».

Lors de mes vacances à Torre Del Lago il y a 3 ans, une des destinations gays qui se veut concurrencer Sitgès, Ibiza ou Mykonos, j'avais été surpris par la forte présence de ces catégories, contrastant avec ce qu’on a l’habitude de voir à Sitgès et même à Ibiza.
Il est assez frappant de constater une quasi disparition de la « folle » dans les endroits où l’émancipation gay est la plus avancée : San Francisco (bien qu’on puisse objecter que le style macho/cuir est l’image en miroir de la folle), Miami, Toronto, etc…et bien sûr le Marais à Paris. Au contraire elle reste très présente ailleurs, en Italie certes, mais aussi en province pour s’en tenir à la France, comme aux temps « préhistoriques » (pré-Mitterrandiens). Ceci mérite réflexion. En effet, partout ou presque où il y a une « communautarisation » des gays (c’est à dire un droit à l’indifférence géographiquement circonscrit), la folle est expulsée, sa fonction « protectrice » étant devenue inutile, seulement ressuscitée dans la fête (comme la Gay Pride), résurgence des mécanismes sacrificiels. Au contraire, là ou l’homosexuel continue à affronter et fuir le regard de l’autre, la « folle » réapparaît, protégeant, sans le savoir, notre "différence" derrière un immense éclat de rire (je me souviens avec amusement de la joie de mes parents à la sortie du spectacle de « la cage aux folles » avec Poiret et Serrault dans les années 60 et de leur détresse lorsque je leur ai jeté en pleine figure qu’ils en avaient secrétée une qui n’avait pas cette apparence là).
Faut il voir là l’origine, au moins partielle, du racisme anti-folle qui sévit chez certains gays, notamment chez les plus jeunes (et dont nous nous voyons si souvent l’expression sur les sites gays de rencontre). Amnésie de son histoire, haine de sa différence, haine de soi.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 23:24

 

http://www.tetu.com/files/inline_images/Homos-et-alors.jpg


Un article du Monde de hier après midi rapportait les travail de chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité. Leur conclusion est sans appel, elle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique. On ne devient pas homosexuel, on l’est de naissance. Selon ces chercheurs ces travaux vont mettre l’Eglise en porte à faux car elle proclamerait, se fondant sur une approche analytique, que l’homosexualité est acquise. Il me semble que ces chercheurs sont bien optimistes l’Eglise a toujours su, parfois après une période de « résistance », intégrer les connaissance scientifiques sans toucher au dogme.
http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/02/04/l-homosexualite-est-genetique-selon-un-chercheur_1301366_3244.html#ens_id=1286181

Quoiqu’il en soit, ceux qui ont pu lire l’article datant de 4 ans de mon ancien blog, ci-dessous reproduit, consacré à la question de l’origine de l’orientation du désir, pourront constater qu’il cela ne fait que confirmer ce que je disais :



« Je reviens donc sur cet épineux problème de l’origine innée ou acquise de l'homosexualité. On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix ( n’entend on pas dire, ici où là, que l’homosexualité est un choix ?!), à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture, entre Rousseau et Voltaire. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! En effet on connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (C’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait
faire craindre un futur sinistre ( comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.
Existe t’il des arguments plus rationnels ? Il faut d’abord définir de quoi l’on parle. Je n’envisagerai ici que l’homosexualité définie comme orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène car le mouvement d émancipation de la femme a pu faire naître, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, une homosexualité « sociale » basée sur la haine ou le refus de l'homme dans le sillage du MLF). Il faut enfin distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part. C'est sur l'orientation du désir vers le même sexe que porte la controverse sur l’origine innée ou acquise de l'homosexualité?
Que sait on? Il n’existe à ce jour aucune réponse définitive, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, alors il faut bien dire, qu’en dehors de « pures » théories spéculatives ( psychanalyse : voir ailleurs dans ce blog "En finir avec la psychanalyse"), il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc. Mais dire que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… En effet il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", simpliste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demanderont la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent ( on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportement dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend on par là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel ( en gros l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes ( y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…). Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, minoritaires en fréquence, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de pré-natale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu.
Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général ( encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.
Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer ( ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait elle dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle…
En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"

 

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:51

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« Peut on désirer, sans souffrir », fût un des beaux sujets de philosophie du bac. Mais a-t-on suffisamment vécu, à 17 ou 18 ans, pour y répondre, du moins si l’on s’en tient au désir amoureux, d’autant plus qu’il est bien improbable que de nos jours ces cœurs encore tendres aient lu les chefs d’œuvre littéraires qui nous ont tant dit sur le désir.
En tous cas, ce n’est que bien après le bac que j’ai pu comprendre combien le désir pouvait faire souffrir, et cette souffrance c’est moi qui allait l’infliger à mon premier amant.
Nous étions en avril 78, j’étais encore chez mes parents et puceau (si l’on excepte une très brève relation sexuelle mal vécue et sans lendemain, à la suite « d’un strip-poker » avec un camarade de classe,
l'été de mes 17 ans), en état de manque sexuel et affectif. J’étais d’une grande timidité, peu conscient des endroits où l’on pouvait rencontrer des garçons, et vite effarouché les rares fois où traversant les dunes des plages proches de Bordeaux, ma ville, j’avais constaté « qu’on me suivait ». C’est alors que je suis tombé sur un article du Point, il y était question d’un cinéma parisien, « Le Vivienne », où l’on projetait des films homosexuels- il n’était pas bien difficile de deviner entre les lignes « qu’il se passait aussi des choses dans la salle ». Quelques jours plus tard, un 15 avril, à la faveur d’un congé, je prenais le train (pas de TGV encore) pour Paris, et débarquais rue Vivienne que j’arpentais longuement sans jamais oser entrer dans le cinéma. L’heure avançant je finis par franchir le pas et à pénétrer dans ce lieu si désiré dans un état de grande excitation. Les films pornographiques projetés m’intéressaient beaucoup moins que le ballet incessant que l’on pouvait constater d’un siège à l’autre ou vers les toilettes, mais toujours aussi craintif, je détournais le regard dès que des yeux se posaient sur moi et ne répondais à aucune avance. L’heure de la fermeture approchant, un jeune homme, grand et d’une certaine carrure,est venu s’asseoir à mes côtés. Il n’était pas vraiment « mon genre », pas assez « éphèbe », mais je n’ai pas repoussé sa main qui se posait sur ma cuisse, ce qui déclencha en moi un frisson généralisé que je n’arrivais pas à maîtriser et qui, lorsqu’elle m’effleura le sexe à travers la toile du pantalon, provoqua une éjaculation immédiate sans même le temps d’une érection. Il ne s’en aperçut pas et continua ses approches ce qui déclencha presque aussitôt une autre éjaculation. Je l’avertis alors de la « situation », lui disant que j’étais désolé et m’attendant le voir aller chercher fortune ailleurs. Il me regarda avec un sourire amusé et me dit : « si on allait boire un verre ». Il m’amena dans un café proche du Boulevard des Italiens, me dit s’appeler Philippe, avoir à peine un an de moins que moi et travailler comme cuisinier dans un établissement catholique. Il me parla longuement, bière après bière, jusqu’à la fermeture de l’établissement, de Dieu surtout, qui l’habitait. J’étais enfin détendu, mais j‘ai refusé sa proposition d’aller jusqu’à chez lui, ayant trop peur d’un nouveau fiasco sexuel. Il me proposa alors de marcher un peu, ce que nous fîmes en fait une bonne heure, jusqu’au moment où il me dit, nous étions rue de la Roquette : « voilà, nous sommes au bas de chez moi ». J’ai fini par le suivre, 7 étages sans ascenseur, pour finir la nuit dans son lit. Nous allions passer ensemble les 3 jours de mon court séjour, ou plutôt les nuits (j’étais de plus en plus « à l’aise » sur le plan sexuel), car il travaillait dans la journée. Sa religiosité était très prononcée, jusqu’à la bénédiction des aliments avant les repas que nous prenions chez lui et il m’avoua avoir songé à se faire prêtre. Il allait être très affecté par la mort subite de Jean Paul 1er tout juste élu. Il s’accommodait cependant des positions de l’église sur l’homosexualité, et son meilleur ami et confident, qu’il me présentât, était un jeune prêtre très attachant dont je n'ai jamais été sûr de l'orientation sexuelle (il allait même être nommé évêque au Canada quelques mois plus tard).
Ma naïveté et ma candeur quant à l’existence d’un « milieu » homosexuel l’amusait et le séduisait à la fois, et il ne se doutait pas qu’en me le faisant connaître, il allait me perdre. Il me fit ainsi découvrir les bars de l’époque, les boites, et notamment le « Rocambole », le « Scaramouche », ceux de la rue St Anne (il n’était pas toujours facile d’entrer dans certains de ses lieux qui avaient pas mal de soirées « privées », mais il avait un ami, probablement ancien amant, policier haut placé – probablement dans les services secrets ou les RG car il apparaissait en militaire gradé sur certaines photos - qui nous ouvrait toutes les portes…), les lieux de drague (Tuileries, Trocadéro) et surtout le fabuleux sauna « Continental » près de l’Opéra. Je n’ai pas bien entendu connu tous ces endroits en un week-end, mais nous nous sommes revus pendant plusieurs mois, environ une fois par mois, soit chez lui à Paris, soit à Bordeaux à l’hôtel. Lorsque j’ai découvert le « Continental », fasciné par un tel lieu, avec sa piscine, son restaurant, sa salle de sport, ses multiples « cabines intimes » et la foule des beaux garçons qui s’y pressait, je n’ai eu très vite qu’une idée en tête, y revenir…seul…Je n’ai pas mis longtemps non plus à découvrir par moi-même qu’à Bordeaux aussi il devait y avoir des lieux de rencontre, des bars et des boites…Cela m’a donné le vertige, il fallait que je rattrape le temps perdu (on ne le rattrape jamais), faire disparaître ce sentiment de n’avoir jamais eu 20 ans. J’ai commencé à rencontrer, beaucoup, y compris à Paris (je disais à Philippe que j’allais voir mon parrain qui y habitait) et des garçons, plus jeunes que Philippe, et qui eux étaient « mon genre », au point de me rendre difficiles, je n’en avait plus envie, les relations sexuelles avec lui. J’avais de l' affection pour lui, mais je ne l’avais jamais « aimé » (tout au plus peut être en ai-je eu le bref sentiment après notre première rencontre lorsque je me suis retrouvé seul à Bordeaux). J’aurais voulu que nous en passions à une relation amicale, mais je savais qu'i était amoureux, même s’il ne me l’avait (en tous cas je crois) jamais déclaré, et je n’avais pas le courage de lui dire. Un jour, je m’en souviens comme si c’était hier, il était venu passer quelques jours à Bordeaux et, me sentant incapable du moindre rapport sexuel, j’avais eu la lâcheté d’inventer un herpès génital pour justifier mon abstinence. Alors que nous allions visiter une exposition, en ouvrant mon portefeuille pour régler l’entrée, il aperçut la photo d’un garçon, Hervé. J’ai vu son visage se décomposer et je lui ai tout avoué. De retour à l’hôtel il a appelé son ami prêtre (« Capri c’est fini » lui a-t-il dit) et a pris, profondément abattu, le premier train pour Paris.
Nous avons correspondu quelques temps, nous nous sommes même vus et avons partagé des repas, mais il était évident que cela lui faisait mal- il était sous tranquillisants- aussi n’ai-je pu qu’approuver sa décision de ne plus nous voir- « Je te dirai quand cela sera à nouveau possible ». Ceci advint environ deux ans plus tard. Il m’appela pour me dire qu’il se sentait mieux après un arrêt de travail de plusieurs mois et un puissant traitement antidépresseur. Il souhaitait me revoir, ce qui fût sans doute facilité par le fait que mon aventure avec Hervé était terminée depuis longtemps. Il était manifestement persuadé que j’étais tombé amoureux de ce dernier (ce qui était vrai, éperdument, sans doute la seule vrai passion que j’ai connue) et que c’était pour cela que je l’avais quitté (ce qui ne l’était pas). Je n’ai jamais osé lui dire que si je l’avais aimé, cela avait été très éphémère, lié au fait qu’il était « le premier » et encore moins que je n’avais jamais vraiment ressenti d’attirance physique pour lui. Dire la vérité aurait été cruel, mieux valait lui laisser croire que j’étais parti pour un autre. Venant souvent à Paris pour des congrès, il m’avait proposé d’ amener mon « ami » (il en a connu trois successivement) que je ne pouvais loger dans l’hôtel « officiel », et de l’héberger chez lui. Je ne sais pourquoi j’ai accepté, sans doute ai-je fait semblant de vouloir croire qu’il était guéri, peut être, inconsciemment cruel, avais je besoin de montrer mon pouvoir de séduction. Cela se passa assez bien avec les deux premiers, mais avec Bernard, qui allait partager ma vie pendant 15 ans, dont il avait du pressentir que cette fois la liaison était très sérieuse, ce fût dramatique. Au matin de la nuit qu’il avait passé chez lui, Bernard m’appela pour me dire que Philippe était venu lui faire des « approches » et que devant son mouvement de recul, il s’était effondré en larmes en lui disant « Pour moi c’était comme si c’était Jean-Jacques ».
A la suite de ce pénible épisode, malsain, que Bernard a très mal vécu, nous avons à nouveau cessé de nous voir. Des années plus tard, lorsque j’ai quitté Bordeaux pour Paris, je lui ai envoyé un petit mot pour le prévenir. J’ai alors à nouveau eu de ses nouvelles, il s’était fait ordonner prêtre…Il vint un soir diner chez moi, plus de 10 ans après notre première rencontre. Il avait pris beaucoup de poids (il avait toujours été un gros buveur de bière). La soirée fût à nouveau pénible pour Bernard car il se comportât comme s’il n’était pas là, ne parlant pratiquement qu’à moi. Sur le chemin du retour, je l’ai raccompagné en voiture à Fresnes où son ordre résidait, il me demanda de m’arrêter sur le bord de la route et me sauta littéralement dessus dans un état de grande excitation sexuelle. Je ne crois pas avoir vécu un épisode aussi pénible que celui là. Il s’excusa, pris d’une culpabilité extrême (il m’avoua qu’il avait averti son directeur de conscience qu’il allait me revoir et que ce dernier lui avait dit de ne surtout pas faire cette erreur).
Je n’ai plus jamais eu de ces nouvelles. Philippe a vécu une passion, il
était de ceux qui n’en vivent souvent qu’une, et n’a jamais compris ce qui lui était arrivé. Peut être a-t-il parfois pensé que j’étais une des figures du démon. J’ai conscience de l'avoir abimé. C‘est sans doute le seul épisode de mon passé « désirant » pour lequel je me sens totalement coupable de ne pas avoir voulu voir ce qui se passait.
Je n'allais pas tarder à connaître moi même combien aimer c'était souffrir, Hervé justement.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 07:07

backroom.jpgJe vais vous proposer un rapide "état des lieux" des endroits les plus chauds du sexe gay parisien. Il y a certes des guides pour cela, mais il m’a toujours semblé qu’ils ne permettaient pas de faire un choix éclairé (si j’ose dire...), peut être parce qu’ils ne sont pas indépendants financièrement des établissements qu’ils recensent.
Je ne parlerai ici que des bars sexe, identifiés dans les dits guide comme "avec back rooms » (le terme de « black rooms » ne convenant plus à plusieurs d’entre eux), laissant de côté les saunas car je n’en connais plus que quelques uns (l’inoubliable et regretté « Continental », « Univers Gym » qui a brûlé, « l’IDM » où l’AMG (association des médecins gays) a longtemps assuré une permanence, le « K-West », et plus récemment le « Sun City ») et je les fréquente de moins en moins, peut être parce que leur rapport efficacité/coût m’est apparu progressivement moins favorable que celui des bars.

Ceux-ci ont leurs ancêtres, aujourd’hui disparus, plutôt des bars/boites, petit clin d’œil nostalgique au BH (créé par le CUARH, comité d’urgence anti répression homosexuelle, dans les années 80, rue du Roule ; la back room était une black room), Haute tension, la boite de David Girard décédé du Sida, ou le Trap, rue Jacob, celle du célèbre appartement d’Alain Juppé).
Les bars donc, ce qui appelle un choix taxonomique : localisation géographique, taille, intensité lumineuse, type de clientèle, prix, soirées à thèmes, sélection à l’entrée, dress code, intensité de fréquentation, accessoires disponibles (gants à fist, glory hole, gel, saupalin, slings, masque, douche, appareil à lavement, lit, etc.), possibilité de s’isoler (cabines), accessibilité des toilettes (pour satisfaire un besoin naturel), consommation incluse ou non (alcoolisée ou pas), buffet, propreté, accueil, j’en oublie sûrement….Le nombre de combinaisons est tel, qu’un classement pragmatique me paraît plus utile, tout en précisant qu’il n’est pas exhaustif et bien sûr subjectif.
Quelques points communs tout d’abord : dans la presque totalité des cas il faut sonner avant d’entrer (une caméra extérieure permettant au portier de s’assurer de la « sécurité » (à l’exception du Dépôt et peut être du One Way) ; l’entrée donne en général sur le bar, le théâtre des opérations se situant en sous sol, dites opérations qui peuvent toutefois s’initier ou se terminer au bar (au "Transfert", à "l'entre deux eaux" et au "Keller" cependant tout est sur le même niveau) ; les très jeunes, 18-22 ans, sont très minoritaires, ce n’est pas le terrain de chasse privilégié des éphébophiles (mieux vaut les saunas ou internet pour eux) ; ils sont rarement au cœur du Marais (à part le QG et le Full Métal) ; gel, capote, et essuie tout sont en général à volonté ; la tendance générale est à l’éclairage, tamisé certes, mais les endroits dans l’obscurité totale se réduisent de plus en plus (ils restent utiles pour amorcer la « pompe » chez les timides où encore pour ceux qui fantasment à l’idée de se faire terrasser par un monstre et demeurent un refuge pour ceux dont la date limite de consommation est dépassée ou qui n’ont jamais eu le label).

Je distinguerai d’abord les bars « Hard » ou « SM » : Transfert (1è), Keller (11è), Glove (3è), Full Metal (4è), Mec Zone (9è). Les soirées à thème sont dominantes : « cuir », « uro », « fist », fessée, etc. Ici l’accessoire prime sur le regard. Ce sont des endroits très glauques à déconseiller aux romantiques, où le sexe s’autonomise de la personne. Ces thèmes, à l’exception des soirées privées sur invitation, ne sont en fait surtout que des « produits d’appel » et le « dress code » n’est le plus souvent suivi que par une minorité. L’affluence n’est pas garantie (attention aux soirs de semaine…), la place limitée ( le Full Métal et le Glove sont assez grands cependant), la propreté à oublier et les odeurs vous tiennent souvent compagnie ( ah ces accidents de fist….). Si vous rêvez de caresses ou de petits baisers dans le cou, choisissez une soirée « maso ».

A l’autre extrême on trouve les bars « grand surface » : le Dépôt (3è). Beaucoup de monde (je suppose que c’est toujours le cas car cela fait près de 7 ou 8 ans que je m’y suis pas exhibé), une fréquentation plus jeune que ceux sus cités, pas mal de touristes (ils tournent, matent, papotent, mais ne font rien, la promenade du we), beaucoup d’espace, de nombreuses cabines pour s’isoler, des shows au niveau bar (gogo boys). Un « gay tea dance » le dimanche après midi (rien à voir cependant avec ceux du Palace !). Une back room bien noire cependant où ceux qui commenceraient à crier famine, après avoir arpenté en vain les longs couloirs, peuvent trouver à se nourrir….

Ente les deux les bars cul « standard » : Next (1è), Deep (4è), Banque Club (8è), Bunker (11è) le we, QG (4è). Les soirées à thème, voir à thème « hard » peuvent exister certains jours mais ce n’est pas systématique, et quand c’est le cas, encore plus que dans les bars spécialisés, ce n’est qu’un « bandeau publicitaire ». La clientèle y est plutôt « mélangée », plus jeune sans doute pour les 2 premiers cités, cour des miracles parfois pour les autres, mais pas toujours. Ce type de bars me semble en perte de vitesse avec une fréquentation ( à l’exception du Bunker) qui laisse à désirer certains jours (le mot n’est peut être pas approprié…), mais je resterai prudent car je ne les connais pas tous bien: je ne suis pas allé au Deep depuis des années, et une fois ou deux seulement au Next (en dehors des après midi du Clan Nature) et nous n’étions que quelques uns dans cet endroit plutôt bien fait, situé dans les locaux de l’ancien « Haute Tension » et spacieux (mais c’est un handicap quand il n’y a personne!). Le Banque Club est plus excentré et semble avoir souffert de la mort récente de son influent propriétaire puisque son deuxième sous-sol a été fermé pour « non-conformité ». Un plus, on peut se doucher. Le QG a eu son heure de gloire pendant les années Sida, et j’y ai fait bien des rencontres qui ont laissé des traces (je veux dire dans mon coeur, sur le sol cela va de soi) car contrairement à un cliché fort répandu, si le « one shot » (où à la mitrailleuse pour les plus sportifs…) est certes habituel dans ce type d’endroits, cela peut parfois se terminer dans un lit, et l’on peut même y rencontrer l’homme, ou un des hommes, de sa vie (j’ai rencontré Bertrand dans un bar de ce type). Le QG n’est plus à la mode, mais il est bien placé et reste le moins cher de Paris (à peine plus de 5 euros avec une conso). Contrairement à l’impression
de certains, lorsque les yeux se sont habitués à la pénombre, il n’y a pas d’endroit où l’on ne distingue nettement les traits des participants. Quant au bunker je ne sais plus ce qui s’y passe le we (je n’y vais plus qu’en semaine), mais il n’y a pas de raison que cela ait changé puisque la soirée « rouge et noir », un samedi par mois, au thème théoriquement plus hard, continue. L’endroit est grand, avec de nombreuses cabines pour s’isoler, une back room dont le fond est dans l’obscurité totale, des casiers fermant à clé pour prévoir tous les équipements possibles(!), mais pas d’essuie-tout, et un des moins chers (8,5 euros sans la conso, pas d’alcool).

Enfin les bars « nature », regroupant ceux où la nudité intégrale est requise et ceux où le port du slip est admis, où conseillé. Ils se sont multipliés, succès oblige, qu’il s’agisse de bars intégralement nature, 7 jours sur 7 ( L’impact (2è) et L’entre deux Eaux (11è)) , ou certains jours seulement ( nature intégral samedi et dimanche après midi au QG, le lundi soir au Full Metal, le samedi am au Transfert, les lundi, mardi, mercredi et jeudi soir au Bunker, le samedi am au Mec Zone, le vendredi soir et le dimanche am au Next (à vérifier…) et au Banque Club ; slip le dimanche am au Mec zone, et je ne sais plus quel jour au Next). Une précision, lorsque les bars « hard » ont une soirée nature ils perdent leur caractère hard le temps de la soirée (pour simplifier, car ils ont leurs fidèles…). Pour les béotiens, une fois entré, on laisse tous ses habits dans un sac poubelle que l’on porte au vestiaire (sauf au Bunker tant qu’il reste des casiers) . Pas les chaussures cependant (on n’est pas au sauna !), d’où ce petit conseil : ne venez pas en mocassin du dimanche, l’éclairage est suffisant pour que vous ayez l’air d’un con, et prévoyez des chaussettes appropriées, notamment pour dissimuler son ticket de vestiaire et son billet de consommation. Ne gardez pas non plus sur vous un simple tee-shirt (quand c’est autorisé, comme au bunker, c’est bof à mort ; je n’ai jamais compris s’il s’agissait de frileux, mauvais calcul car on transpire vite dans ce genre d’endroit, ou de pudiques que la nudité totale effraie). Ne venez pas non plus habillé pour affronter le blizzard, ça ne rentrera pas dans le sac poubelle ! Quand le slip est conseillé, blanc plutôt, si possible Calvin Klein ou 2 Ist (sexy en un mot), propre bien sûr (du moins au début des opérations), et surtout pas de caleçon (même remarque que pour les mocassins). On reconnaît vite les petits nouveaux, en érection dès le déshabillage. Pas de besoin de vous faire un dessin pour voir les avantages de la formule : pas de tromperie sur la marchandise (comme je l’ai dit ces endroits sont plutôt assez bien éclairés), fringues protégées des (d)éjections diverses, abord plutôt direct et facile. Des inconvénients cependant, l’entre jambe prime souvent sur le sourire irrésistible (à n’en pas douter les porteurs de cure dents partent avec un handicap certain), les retard à l’allumage sont sévèrement sanctionnés (si vous avez besoin de préliminaires, allez vous chauffer dans un coin avant…), les voyeurs plus ou moins interventionnistes sont légion, les lopes hyper passives qui vous prennent pour un gode ne sont pas rares (au moins les cure dents ont la paix), etc.
L’Impact est sans doute le bar le plus fréquenté actuellement, bien qu’il ne fût pas le premier (au début c’était un bar sexe standard dont le maître des lieux, qui officiait autrefois au Continental, m’avait dit « hors de question que j’organise des soirées « nature » !) mais aussi le plus cher ( approchant les tarifs des saunas, 12 à 14 euros selon les jours), assez bien placé dans le quartier Montorgueil, à distance de marche du Marais. Le lieu est agréable, notamment le bar, éclairé et même très éclairé en certains endroits, mais relativement exigu, la clientèle mélangée mais variable selon les jours (25-40 ans en majorité) mais pas de possibilité de s’isoler. Il y fait souvent trop chaud. Un matelas géant en pleine lumière en sous sol, bien occupé en général (rarement par les top modèles !), attraction garantie…Un buffet le dimanche en fin d’après midi (après le tea dance au Dépôt ?), et des soirées spéciales de temps en temps (avec parfois dans ce cas sélection à l’entrée). J’ai beaucoup fréquenté ce lieu au début, mais j’y vais de moins en moins, trop de monde parfois, trop cher, pas de cabine fermée. Je préfère maintenant les soirées Bunker, surtout celle du mardi, à la fois pour la géographie du lieu, les horaires (ça commence à 20h alors qu’à l’impact il faut attendre 23h), la clientèle aussi, moins jeune qu’à l’Impact en moyenne (pas toujours) mais, me semble t’il, plus sexe. Quant à l’Entre deux Eaux, c’est très exigu, tout se passant devant le bar, des habitués surtout me semble t’il, très peu de monde la seule fois où j’y suis allé. Pas beaucoup de monde non plus le lundi soir au Full Metal, mais une clientèle très « motivée », plutôt bien foutue et assez jeune, un espace suffisant où l’on peut circuler et s’isoler si nécessaire, j’aime bien ce lieu (Bertrand est moins fan). Pas grand-chose à ajouter sur les soirées ou après midi

 du Banque Club, QG et Mec Zone, si ce n’est que la fréquentation est très aléatoire, et la clientèle très, très mélangée. Une mention à part pour les après midi « nature » que le Clan nature, ouvre à ses non membres, le 1è dimanche de chaque mois, au Next : sans doute les plus beaux mecs, notamment si l’on aime les jeunes, pas forcément les plus « sexe », car il faut franchir une sélection sévère à l’entrée très dépendante de son exécuteur ( dissimulez bien votre ventre si vous en avez un, mais dans ce cas vous resterez de toute façon spectateur si vous parvenez à entrer, et si vous avez plus de 40 ans, arrivez sûr de vous, looké jeune, d’autant mieux foutu que vous accumulez les années et si possible accompagné d’un petit jeune, cela vous évitera d’entendre le « désolé c’est sur invitation… »).

Tout ceci n’est bien sûr pas exhaustif, il y a sûrement des lieux que je ne connais pas. Il faudrait d’ailleurs également citer les bars dont la back room n’est pas la finalité mais un « service » en plus, comme le One Way (3è) (qui fût cher à Renaud Camus) ou le Mic Mac (4è).


Enfin et surtout tout cela est très subjectif. A chacun son désir, personne n’est obligé de sonner à l’entrée d’un de ces bars

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 10:14

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Ce beau jeune homme dont je parlais dans un récent billet, Bertrand a eu le privilège de l’apercevoir dans les vestiaires du gymnase. Il m’a envoyé ce sms : « ai croisé ta déesse qui partait avec sa démarche étudiée et son regard au loin, très satisfaite d’elle-même je pense… ». Apparemment indifférent en effet à ceux qui l’entourent en salle de sport, comme inaccessible, en tous cas en ce lieu là, mais l’expérience m’a appris qu’on ne peut en déduire qu’il soit inaccessible « ailleurs ». Un autre beau garçon (il y a tant de beaux garçons au Clud Med Gym Palais Royal), un peu moins jeune cependant, proche de la quarantaine sans doute, affichait cette même indifférence. Il y a quelques mois pourtant, alors qu’il se trouvait dans un tout autre lieu, l’Impact, un dimanche après midi, il s’intéressa d’une façon fort directe à diverses parties de ma personne. Pourtant toujours aussi indifférent lorsque je le croise à Palais Royal, comme ce matin, pas un bonjour, mais pas farouche du tout lors d’autres rencontres en bar sexe…comme une dissociation totale du social et du sexuel ? Ce n’est pas la première fois que je constate ce type de schizophrénie comportementale.
A l’inverse des garçons au comportement très social en salle, qui ne manquent jamais de vous saluer, semblent à peine vous connaître, quand ils ne font pas mine de ne pas vous avoir vu, lorsque vous les croisez dans un lieu sexe. Certes on peut dans ce cas penser qu’ils veuillent vous signifier que leur « empathie » n’est en aucun cas une indication d’un désir pour votre personne, ou, hypothèse plus satisfaisante pour votre amour propre, qu’ils ne veulent pas se mettre en situation d’essuyer un refus avec quelqu’un qu’ils croisent tous les matins, sans parler de ceux, possiblement gênés que vous les ayez surpris en un tel lieu (surtout si vous savez qu’il ont un petit ami…).
D’autres sont beaucoup plus transparents, tel celui-ci qui ayant à peine croisé mon regard en salle, mais sans qu’il m’ait semblé lui avoir donné l’impression qu’il m’intéressait particulièrement, m’aborda de façon plus que directe lorsqu’il me vit en entrant dans le sauna où j’étais seul et dont je dus promptement calmer les ardeurs, notamment pour ne pas « effrayer » un troisième larron que j’aperçevais s’approcher, à travers la vitre, certes gay lui aussi, mais pas forcément amateur d’ébats publics. Ou encore celui-ci qui, plus que timide lors de nos échanges sur MSN, m’aborda sans inhibition en salle alors que je ne l’avais même pas reconnu.
Il serait cependant, à mon avis, peu rentable, de prendre une inscription dans cette salle avec comme premier objectif d’y faire des rencontres. Les droits d’inscription, si l’on n’a pas la chance qu’ils soient en partie pris en charge par un comité d’entreprise, sont élevés. Mais surtout, si Palais Royal a une fréquentation masculine quasi exclusivement gay (et une féminine plus diverse, beaucoup de femmes hétérosexuelles étant sûres de n’être pas importunées), probablement parce qu’elle est la plus proche du marais, d’un quartier aux marques prestigieuses d’habillement et au milieu d’un lieu culturel (Ministère de la culture, Louvre), il s’agit d’une population très star, très « people », qui représente la « quintessence du milieu », où beaucoup viennent au moins autant pour arborer des tenues qui paraissent peu adaptées à une pratique intensive du sport ou pour tenir salon, que pour s’entraîner sérieusement. Si l’on en juge par le nombre de corps bien faits qu’on peut contempler, on ne peut cependant douter qu’il s’agisse bien d’une salle de sport. Une majeure partie de ce petit microcosme se connaît, souvent intimement, et il faut sans doute être très sûr de soi pour se risquer à tenter sa chance. Beaucoup, tels mon ex n’ont pas supporté l’atmosphère de ce lieu et l’ont déserté, d’autres craignent de s’y aventurer ne se jugeant pas assez bien foutu. Rassurez vous cependant, il n’y a pas, loin de là, que des « Apollon » mais c’est globalement très au dessus de la moyenne…Il faudrait sans doute faire une place à part à ceux que l’on voit peu ou pas en salle, mais que l’on aperçoit dans les vestiaires en arrivant et que l’on retrouve une heure ou deux plus tard, toujours dans les vestiaires, le visage congestionné et ruisselant…..Trop longtemps au sauna sans doute ?
Les saunas des salles de sport, et celle de Palais Royal ne saurait faire exception étant donné sa « spécialisation » gay, sont des lieux parfois un peu agités, sans parler des douches, aux heures creuses, à condition de respecter certains codes, de guetter le passage du personnel d’entretien, l’arrivée d’indésirables (dans tous les sens du terme) ou la possibilité d’un hétéro égaré, sous peine de se faire expulser, ce qui serait arrivé à un journaliste TV qui a disparu des écrans du journal il y a plusieurs années.

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