Overblog Tous les blogs Top blogs LGBT
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 21:46

Numeriser0003.jpg

Numeriser0005.jpg


J’ai conté, il y a peu, mon aventure avec Hervé. J’étais sorti de là blessé, mais aguerri pour affronter le « milieu ». Je suis allé de tricks en tricks durant quelques mois. En juillet 1979, parcourant les dunes du Porge, dans la partie « gay » de cette plage des environs de Bordeaux que je venais de découvrir, j’ai constaté qu’un séduisant jeune homme me suivait, mais toujours aussi timide (à moins que la timidité ne soit que le masque de la fierté), je l’ai laissé gravir bien des dunes sans jamais oser l’aborder. Rentré bredouille j’ai poursuivi le soir mes « explorations » sur une place de drague très fréquentée à ce moment là, la Place Renaudel, située entre l’école Santé Navale et l’église Sainte Croix. Je la parcourais à pied lorsque j’ai vu s’arrêter une voiture et en descendre…le jeune homme de l’après midi ! Il m’a abordé avec un large sourire : « on ne va pas se rater une seconde fois ! » et m’a proposé de quitter cet endroit « plein de bougnouls » pour son domicile. Bernard, deux ans de moins que moi, vivait seul avec sa mère récemment quittée par son père avec lequel il entretenait des relations tendues et tenait une boulangerie pâtisserie pas très loin de la maison de mes parents, dans la proche banlieue bordelaise.. La nuit fût très réussie, mais je ne savais pas encore que nous étions au début d’une aventure qui allait durer un an. Point de coup de foudre, je n’ai même pas envisagé d’annuler l’escapade parisienne que j’avais programmée quelques jours plus tard pendant laquelle j’allais rencontrer au « Continental », le sauna près de l’Opéra dont je ne pouvais plus me passer depuis que Philippe me l’avait fait découvrir, un jeune mexicain de 18 ans, en vacances à Paris. J’avais été fasciné par la beauté de son sexe. Manifestement aisé, fils d’un riche industriel, il m’avait invité à dîner au très chic « Café de Paris » à deux pas du sauna. Il est resté le seul de son âge à m’avoir invité ! Nous nous sommes revus le lendemain, à l’hôtel cette fois ci. Rentré à Bordeaux encore sous son charme, nous sommes restés en contact épistolaire pendant plusieurs mois, puis j’ai cessé brusquement de recevoir des nouvelles. Je me suis demandé si son père, qu’il craignait beaucoup, n’était pas tombé sur notre correspondance et y avait mis un terme…J’ai bien sûr revu Bernard à mon retour, de plus en plus souvent, ce qui m’a amené à accélérer la fin d’une liaison épisodique que j’avais depuis quelques temps avec Bruno, un instituteur, rencontré lui aussi Place Renaudel, et qui m’avait séduit sur le plan intellectuel ( il m’avait d’ailleurs offert 2 livres de Karl Popper, sur Platon et Marx, lors de nos toutes premières rencontres, ce qui aurait du me mettre sur mes gardes) mais dont la personnalité hystérique devenait de plus en plus difficile à supporter. La rupture fût difficile et m’a valu un courrier abondant, mélange d’injures et de déclarations d’amour. La tempête passée nous pûmes garder des relations amicales jusqu’à sa mort, du sida, il y a une quinzaine d’années.


Peu à peu je me suis attaché à Bernard. Je ne sais ce qui m’a attiré chez lui, mis à part son physique, son sourire charmeur et notre entente sexuelle (c’est suffisant pour s’envoyer en l’air, pas pour partager une vie…). Il était très peu cultivé (c’est le moins que je puisse dire…), d’un humour plutôt lourd, politiquement infréquentable (très à droite, poujadiste, raciste, sans doute un futur sympathisant d’un Le Pen qui n’avait pas encore fait sa « percée »). Mais enjoué, vif, travailleur, très directif, une personne sur laquelle je pouvais me « reposer » dans cette période difficile où l’atmosphère chez moi était devenue irrespirable. La situation étant même devenue intolérable, Bernard que ma mère avait surnommé « le dégénéré de la boulange » (elle avait fini par concevoir qu’on puisse être homosexuel, sexuellement, une perversion, mais pas « affectivement », pas qu’il puisse y avoir de l’amour entre deux hommes) m’a proposé que nous prenions un studio ensemble. Il ne souhaitait pas que je m’installe chez lui à la pâtisserie, en partie par crainte du « quand dira t’on » de la clientèle, mais surtout pour éviter que sa mère très possessive, qui aurait préféré, elle, me voir dans ses murs, ne cherche à « tout régenter ». Je quittais, à quelques jours de Noël, ma famille qui essaya en vain de me retenir (ils n’avaient pas imaginé un instant que j’en fus capable), pour un studio de 20 m2 que nous avions trouvé dans une résidence près de l’hôpital, dont le concierge, homosexuel, était un ami de Bernard.
Nous avons alors passé quelques mois fort agréables. L’époque était à l’insouciance, nous sortions peu du fait de son travail, mais intensément. Il me fit découvrir une autre boîte gay, « Le vert Galant », à l’extérieur de la ville, très représentative du milieu de l’époque, très « folle ». Il avait beaucoup d’amis, dont Claude qui tenait un commerce de chiens, grande « dame » qui allait sur sa quarantaine, à l’humour ravageur. Nous avons tout de suite sympathisé et sommes restés amis bien longtemps après ma rupture avec Bernard. Il fût le premier de mes proches à mourir du SIDA, début 88. Il avait rencontré Christian, 35 ans, coiffeur parisien, au milieu des années 80, qui devint son amant attitré et est venu s’installer à Bordeaux. Christian vivant depuis longtemps avec un homme de 60 ans, Jacques, dont nous entendions parler sans le voir, et qu’il ne voulait pas quitter, s’est formé une sorte de couple à trois. Jacques, que j’ai fini par connaître au moment où j’étais avec Bernard2, ne supportait pas la situation. Christian avait le Sida, il ne le savait pas lorsqu’il a quitté Paris, il ne découvrit son statut que lorsque les tests viraux sont arrivés. Claude est mort le premier, j’ai pu constater sa déchéance corporelle jusqu’aux tous derniers jours. Son humour était devenu très noir – je me souviens, la dernière fois où je lui ai rendu visite à l’hôpital, qu’il m’a lancé : « toi aussi tu y passeras »….- Christian et Jacques sont retournés à Paris au moment où je m’y installais. Ils sont morts tous les deux, presque la même semaine, 2 ans après. Ils étaient mes amis les plus chers.

La vie que nous menions, Bernard et moi, allait vite lui poser problème : il travaillait toute la journée, y compris le dimanche, venait dîner avec moi, se couchait tôt pour se lever à 4 heures du matin et repartir à la pâtisserie. Les soucis professionnels, les conflits avec sa mère qui me jalousait, à laquelle je m’opposais ce qui rendait inévitable qu’un de nous deux s’efface, le minaient. Quelque temps après lui avoir demandé de quitter la pâtisserie pour aller vivre chez elle, il a « craqué » et fait une dépression grave qui l’a amené à consulter un ami psychiatre qui a du entreprendre un traitement d’urgence. Lorsqu’il alla mieux je consentis à ce qu’il rappelle sa mère, mais je n’ai pas tout de suite compris que quelque chose était « cassé » entre nous, que plus rien ne serait comme avant. J’appris plus tard, après notre séparation, ayant rencontré quelqu’un qui avait été son amant durant cette période, que c’est à ce moment là qu’il avait commencé à me tromper. Je sentais bien que son désir pour moi s’affaiblissait, il ne venait d’ailleurs plus au studio tous les soirs, prétextant une réelle fatigue, aussi lui ai-je proposé que nous allions de temps à autre draguer ensemble, au sauna, nous l’avons mal vécu, ni l’un ni l’autre n’étions prêts pour ce genre de relations. Je le sentais s’éloigner sans toutefois voir venir la fin ou ne voulant pas la voir.
C’est alors qu’a surgi dans ma vie, au printemps 1980, le « bengali », qui allait artificiellement et bien involontairement prolonger cette première expérience de couple. Notre rencontre ne fût pas banale. En rentrant chez moi j’avais trouvé dans mon courrier, une lettre à mon nom mal orthographié. En l’ouvrant j’eus la surprise de découvrir la caricature d’un personnage du Muppets Show, Peggy la cochonne, avec une légende que j’ai oubliée, si ce n’est que l’écriture en était phonétique, un analphabète sans aucun doute… Intrigué je montrais ce courrier à Roger, le gardien de l’immeuble, qui s'esclaffa « ce doit être destiné à Michel, il a le même nom que toi à une lettre près ». J’avais déjà aperçu chez lui, sa porte était ouverte à une multitude de gens, ce Michel qui vivait depuis peu dans l’immeuble et dont j’avais également croisé, au Smart, la boîte gay du moment, le regard prédateur. Petite créature, d’apparence bien plus jeune que ses 21 ans, il avait déjà la réputation, quelques jours après son arrivée dans la résidence, d’avoir partagé la couche de divers locataires…C’est sans doute ce côté « volage », son physique frêle d’adolescent, son orientation sexuelle pas très claire (il couchait aussi avec des femmes, ses frères, ses sœurs…) qui m’ont fait le surnommer « Le Bengali », surnom qui devait rester. J’avais une occasion rêvée de le rencontrer, il était le prototype de ce qui m’attirait, en allant lui restituer le courrier qui lui appartenait. Je frappais donc à sa porte et me retrouvais quelques minutes plus tard… dans son lit. J’appris ainsi que la lettre venait de sa sœur qui lui renvoyait un dessin dont il avait « écrit » la légende. J’ai pu constater par la suite qu’il était effectivement analphabète, mais ceci ne m’a pas empêché de devenir littéralement fou de lui, totalement dépendant sur le plan sexuel. Bernard venant de moins en moins, il passait souvent la nuit chez moi. Je prenais des risques inconsidérés puisque Roger, le gardien, ami de Bernard, était parfaitement au courant d’une situation qu’il désapprouvait d’autant plus qu’il avait des « vues » sur le garnement. Et j étais loin d’être le seul à qui il faisait tourner la tête. Bernard le connaissait puisqu’il était souvent présent, invité par un tel ou un tel, voire par moi, lors des sorties de notre groupe d’amis. Complication supplémentaire, il était poursuivi des assiduités de son ex-ami, qui ne se considérait pas du tout comme un ex, un paysan d’une cinquantaine d’années chez lequel il vivait avant de « s’échapper » pour venir vivre (probablement avec l’ argent que ce dernier continuait à lui donner…) dans notre immeuble. Ce dernier est même devenu menaçant à mon encontre, à plusieurs reprises, et j’ai du un jour faire mine d’aller porter plainte dans un commissariat pour qu’il relâche sa pression alors qu’il me poursuivait en voiture dans les rues de Bordeaux. J’étais perdu corps et âme dans cette aventure quand Bernard m’annonça qu’il voulait prendre du recul et qu’il souhaitait qu’on ne se voit plus pendant quelques temps, ne sachant plus très bien ce qu’il ressentait pour moi. Brutalement rattrapé par le réel je me suis retrouvé désemparé. J’avais besoin de Bernard, il me semblait même l’aimer, le Bengali ne pouvait être pour moi qu’un « amant », une vie de couple n’étant pas le moins du monde envisageable. Il me fallait reconquérir Bernard, une occasion de tester la théorie girardienne récemment découverte. Je lui ai donc avoué ma liaison coupable, très vite avant qu’il ne l’apprenne par d’autres voies, afin d’allumer ce carburant du désir qu’est la jalousie. Une fois le moment de sidération passé (j’ai bien cru qu’il allait me frapper), il appréciait déjà peu le personnage, le mécanisme a parfaitement fonctionné et nous avons tenté de reprendre notre parcours commun. Quant au bengali, je savais que ce petit animal espiègle avait surtout besoin d’un « maître », et qu’il suffirait de lui en trouver un autre sans qu’il souffre vraiment de mon retour au bercail. Un ami de Bernard n’attendait que cela, je les ai donc rapprochés. Mais assez vite Bernard a recommencé à espacer ses visites et je n’ai pu résister à la tentation d’ouvrir à nouveau ma porte à Michel qui n’était qu’à un étage de distance. Durant l’été 80, nous étions à Paris chez sa soeur, Bernard a eu en ma présence un comportement que je ne pouvais admettre avec un garçon rencontré dans une soirée. J’ai alors pris, seul, le premier train pour Bordeaux. Cette fois-ci je savais que c’était fini.
Ne supportant plus de vivre dans ce studio que nous avions pris ensemble, je me suis installé dans un petit deux pièces à quelques mètres de l’hôpital. Quelques temps plus tard, Bernard venu me rendre visite, nous étions restés en bons termes, et découvrant Michel installé chez moi, m’a dit en partant « Ne t’engage pas avec Michel, ça n’a pas de sens ». Je l’ai rassuré, Michel n’était là que pour quelques jours, il avait décidé, je l’y avais incité, de retourner dans sa famille à Lyon.
Je vivais mal le départ de Bernard, quelques semaines difficiles, mais cela ne pouvait se comparer à ce que j’avais ressenti au départ d’Hervé. Puis début octobre, un soir au Smart…Pierre Jean….une autre histoire.
J’ai continué pendant longtemps à voir Bernard qui, quelques mois plus tard, a commencé une relation de couple avec Frank, une dizaine d’années de plus que lui, qui, lui, le dominait. Sans doute avait il besoin de cela pour se dégager de l’emprise de sa mère. Frank s’est installé chez lui, à la pâtisserie, et s’est investi dans son commerce (chose qu’il avait toujours refusé de moi, il se méfiait des « intellectuels »). J’ai constaté avec tristesse, même si je ne ressentais plus rien pour Bernard, l’influence néfaste qu’avait Frank sur lui, renforçant ses plus mauvais côtés. Il réussit même, quelques années plus tard, à lui faire vendre son commerce et à changer de métier. Le sien était certes très dur mais il l’aimait et le maîtrisait. Ils achetèrent un bar. Peu de temps après il pris enfin conscience de la situation et de la malhonnêteté du personnage -il a perdu pas mal d’argent dans l’aventure- qu’il « renvoya ».
J’ai peu à peu moins vu Bernard lorsque j’ai eu rencontré, en 82, l’autre Bernard, étudiant en Khâgne, dont j’ai maintes fois parlé dans ce blog. Leurs univers mental étaient à des millions d’années lumières et ce dernier m’avait d’ailleurs dit, mi ironique : « Mettons Hervé à part, tu as collectionné les anencéphales jusqu’ici… ». Une fois à Paris, il m’est arrivé de le croiser lors de mes visites bordelaises, le sourire toujours aussi charmeur mais de plus en plus de kilos superflus, dans les bars gays, ou plus rarement d’aller lui rendre visite dans son bar-café, apparemment toujours célibataire. Depuis que « l’interdit », un bar discothèque gay, a fermé, il y a près de 4 ans, je ne l’ai pas revu. Quant au bengali, j’ai perdu sa trace il y a bien plus longtemps, à mon arrivée à Paris. J’avais continué à le voir, épisodiquement, à Lyon, puis à Bordeaux où il a fini par revenir, puis à Paris enfin où il avait suivi une nouvelle aventure, avant de partir à nouveau pour je ne sais plus où, non sans avoir eu deux enfants entre temps….Je sais qu’il correspondait de temps à autre avec le gardien de l’immeuble dont j’ai parlé mais ce dernier refusait de me renseigner « pour m’éviter de faire encore des conneries ». Je serais curieux de savoir quel homme, de plus de 50 ans maintenant, il a pu devenir…

Partager cet article
Repost0
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:25

niankh.jpg


Sur un autre blog, citant un texte de Renaud Camus où ce dernier notait que les homosexuels, cherchant la "reconnaissance", avaient tendance à «sacrifier les éléments les plus exposés du dossier», les folles et les pédophiles, j'avais déclenché des réactions indignées qui ne m’avaient  pas surprises lorsqu’elles émanaient de ceux qui ont tellement intériorisé les interdits qu’ils sont prêts à sacrifier bien plus que les deux éléments précédemment cités. Etonné tout de  même qu'on puisse à ce point méconnaître son « histoire », je veux dire par là, ce qui constitue la « culture homosexuelle » j'avais entrepris de la leur conter, en commençant par les relations "pédérastiques" dans la Grèce antique. On m'opposa qu'il n'était pas pertinent de parler «d’homosexualité» à propos de l’amour des garçons dans ce cas là , et dans la polémique qui opposa certains historiens à ce propos, on me rangea d'office dans le camp de ceux, tels Boswell, qui défendaient la thèse contraire.

Je n’ai pris conscience que dans un second temps que cette controverse  à propos de « l’homosexualité » dans la Grèce antique renvoyait directement à celle sur le caractère « inné ou acquis » de l’homosexualité, sujet que j'ai abordé dans un billet récent. S’il s’agissait de la même question de fond, ma position sur les deux questions se devait d’être cohérente (bien que j’acquiesce, une fois n’est pas coutume, à l’assertion de Renaud Camus : «Que la subtilité d’un système s’évaluerait à la part de consciente et délibérée auto-contradiction qu’il admet»). Ma position quant au caractère inné ou/et acquis de l’homosexualité était clairement défini, mais n'étant pas helléniste et n'ayant pas lu les historiens en question, je m'étais abstenu quant à la pertinence du concept d'homosexualité dans l'antiquité. A la réflexion, même si je ne me prononcerai pas sur la qualité d’historien de Boswell, il me semble qu'il a raison sur le fond.
Boswell appartient en effet au courant «essentialiste», autrement dit «universaliste», anti «nominaliste», «réaliste», selon lequel l’homosexualité existe «réellement», trans-culturelle ment et trans-historiquement et n’est pas une « construction ». Il s’oppose en cela aux «constructivistes», «nominalistes», pour lesquels les «universaux» n’existent pas, et qui, se référant à Michel Foucault, considèrent que le concept «d’homosexualité» n’a de sens qu’à partir du moment où le mot existe, marquant la «psychiatrisation» d’une pratique, la sodomie, au 19è siècle. A partir de cette prise de conscience se déroulerait «l’histoire de l’homosexualité», l’histoire d’une pratique : «l’homosexualité relève d’une pratique de soi c’est une expérience qui se forme et se constitue à partir d’un travail sur soi. C’est ce qui fait d’elle une forme d’expérience, c'est-à-dire que la sexualité (le désir et les choix sexuels) n’est pas quelque chose de fixé une fois pour toutes, mais au contraire, une matière à partir de laquelle on construit son existence. Si l’homosexualité est liée à des choix sexuels, ceux-ci, explique le philosophe français, doivent en même temps être créateurs de mode de vie (Foucault, 1982). C’est ce qu’il dit en parlant de la nécessité d’être gay».
Ce qu’ont « inventé » les « constructivistes », famille à laquelle appartient George Tin qui lui situe l’émergence du concept «d’hétérosexualité» au XIIè siècle, c’est une «troisième» théorie des origines de l’homosexualité, à côté de celles « génético-biologique » et « psychologique » (freudienne), une théorie « sociologique » de la sexualité, en fait une théorie politique dont le mouvement « Queer » constitue la forme la plus radicale.
Ceux qui ont lu mon billet « Inné et acquis » savent que je suis de ceux qui pensent que ce que j’appelle «homosexualité», c'est-à-dire une orientation du désir masculin vers un objet du même sexe (ne doutant pas que «le genre» existe, aussi peu «queer» que possible donc; je ne me prononçais pas sur le désir lesbien dont je n’exclue pas qu’il ait une composante sociologique), est d’origine « biologique » (voir le billet pour plus de précisions), donc transculturel et transhistorique. Du côté de Boswell donc. L’homosexualité a toujours existé, y compris au temps de grecs, sans être «nommée». Elle s’est exprimée, ou a été refoulée, selon les canaux que la «culture» de l’époque lui permettait d’emprunter ou non.
Je n’ai formalisé dans ce précédent billet que les théories « biologiques » et « psychologiques », mais la conclusion de l’article indiquait la place que je faisais à la théorie «sociologique», constructiviste, celle de la façon dont le désir homosexuel se «réalise» dans une société donnée : « En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi ! ». C'est notre «génotype» (au sens très large de ce terme décrit dans le billet) qui détermine l’orientation de notre désir, mais son phénotype dépend de nous et du contexte culturel. L’histoire de l’homosexualité, c’est l’histoire de son phénotype….
Les polémiques auxquelles j'ai fait allusion revoient  à ce que je disais en début du billet sus cité : «On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle». Il était plaisant de voir les plus indignés par les propos de Renaud Camus sur "la partie du dossier", faire appel, pour discréditer Boswell, à un constructiviste, Didier Eribon, disciple de Foucault et Bourdieu, un des plus fervents partisans de la «visibilité». On pourrait aussi questionner l’utilisation qu’Eribon fait de Foucault, ami de Boswell, ce qui l’a amené à accuser Paul Veyne, qui était si proche de Foucault, de le «dépolitiser » dans le livre qu’il vient de lui consacrer. Foucault, mort du Sida sans n’avoir jamais voulu dire qu’il en était atteint, n'avait pas réglé avec lui même le problème de son homosexualité.
Les constructivistes sont cohérents avec eux même, ils sont «communautaristes». On peut s’étonner de trouver parmi les opposants à «l’essentialisme» de Boswell, certains de ceux qui rêvent «d’une représentation du genre masculin homosexuel plus conforme à la norme, à l’usage des relations sociales de la vie courante, non communautaires», en un mot des valeurs « universalistes »….


« Libre/
Je me répète (je vais finir, si ne n’y prends garde par échafauder un semblant de « thèse ») : la nature de l’homosexuel n’existe pas. Elle n’est pas dans la femme, elle n’est pas dans la « folle », elle n’est pas dans le « macho ». Vous n’êtes condamné à rien. Soyez ceci ou cela ou n’importe quoi si vous en avez envie, et encore assurez vous à deux fois que votre envie est bien la vôtre. »
« L’amateur/
Ce petit livre pour expliquer pourquoi, de l’homosexualité comme essence, l’auteur n’a rien à dire. Il l’écrit pour montrer qu’il n’est pas un expert quant à la question »
(Renaud Camus, Notes Achriennes , 1982)

 

Partager cet article
Repost0
23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 22:29
20100223-21002609384b83d288790b7.jpg

Avant de reprendre nos activités ce matin, nous avons pensé, Bertrand et moi, que pour se protéger de la vingtaine de degrés en moins que nous subissions depuis notre retour d’Israël, le mieux était d’aller voir « I love you Phillip Morris ». Il y a quelques jours Jeremy, sur son blog, nous disait combien il avait apprécié le film « Maurice », tiré du roman de Forster qui traitait de l’homosexualité dans l’atmosphère puritaine du 19è siècle, écrit au début du 20è siècle, publié seulement après sa mort en 1971. La sortie de « I love you Philip Morris » fait prendre conscience de manière saisissante de l’immensité du chemin parcouru. Dans ce film, l’homosexualité apparaît « banalisée » (« naturalisée » dira même un critique), ce qui explique sans doute les difficultés de distribution de ce film aux USA. Ceci en fait un film important de la culture gay, même s’il m’a peu touché, le passage incessant du comique, voire du burlesque, à la romance tuant l’émotion.
En commentaire du billet de Jeremy j’avais fait référence à Christopher Isherwood, sans savoir que son roman qui m’avait tant marqué et contribué à affirmer mon « identité » homosexuelle, « un homme au singulier », venait d’être porté à l’écran. Chez Isherwood l’homosexualité ne fait jamais problème en elle même, ses personnages l’assument comme un surplus de « vie », comme ces quelques lignes extraites du roman le montrent (il s’agit d’un cours sur les minorités donné par George, le personnage principal) :
« Une minorité n'est perçue comme telle que si elle menace ; la majorité peut se fermer les yeux et dire : "Si nous ignorons une chose assez longtemps, elle disparaîtra purement et simplement" ; elle peut adopter une attitude libérale, considérer ces autres comme des êtres humains et ainsi les ignorer, les enfermer. La majorité refuse de poser la question de l'identité. Appartenir à une minorité c'est déjà avoir l'essence d'une identité, c'est détacher ce qui est vivant de ce qui est déjà presque mort".
Le roman montre comment la mort de son compagnon, préfigurant ce qui allait être le lot de tant de couples bien des années plus tard avec l’irruption du Sida, vient fragiliser dramatiquement cette « essence ».
Le film, bien accueilli au festival de Venise (prix d’interprétation masculine), serait une adaptation assez libre du roman, mais fidèle à son esprit. Les livres d’Isherwood, en dehors d’ « Adieu à Berlin », sont souvent épuisés. Espérons que ce film sera l’occasion d’une réédition de « Un homme au singulier » et de « Un monde au crépuscule » et permettra de faire redécouvrir cet auteur. La photo en tête de ce billet est un portrait, par le peintre et ami Don Bachardy, d’Isherwood et du jeune homme de 18 ans (qu’il rencontra à l’âge de 48 ans) qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort.
Autre film dont j’attends avec impatience la sortie, « Shutter Island », adaptation par Scorcese d’un roman de Denis Lehane (l’auteur de «Mystic River»), un thriller dans l’univers de la maladie mentale. On est toujours inquiet de découvrir l’adaptation cinématographique d’un livre qui vous a ébloui, encore plus quand on en connaît la fin, coup de théâtre sidérant.
Partager cet article
Repost0
22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:07

n-sen1

Même si j’ai vécu intensément mai 68 (en spectateur), ce fût comme une révolte politique et non pas dans sa dimension culturelle de « révolution du désir », tout simplement parce que cette révolution là n’était pas visible, présente seulement à l’état de ferments durant les évènements. Je n’ai donc pris conscience que bien plus tard des conséquences sociales d’un des slogans de 68, « jouir sans entrave ». Le livre de Frédéric Martel, paru en 1996, « Le rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968 » est la chronique de ces années là. Ce livre n’a pas fait l’unanimité du mouvement gay à sa sortie, l’accueil bienveillant de la presse de droite ayant été jugé suspect par sa fraction gauchisante (menée par Didier Eribon, qui allait écrire quelques années plus tard un essai certes fondamental, mais militant, « Réflexions sur la question gay », le même Didier Eribon , disciple de Bourdieu, qui allait être un de plus violents critiques de Renaud Camus, allant jusqu’à lui interdire, par voie juridique, de le citer dans ses livres !).

Le livre de Martel n’en demeure pas moins le récit le plus fidèle, non militant (et donc parfois critique, ou réservé, par exemple sur la gay pride), de cette période.
Ce livre va aider ma mémoire à relater les grandes lignes de cette évolution que j’ai vécue peu à peu.
Quelle était la situation en 1968 ? L’homosexualité faisait partie de la liste des maladies mentales, et la France, en 1968, venait d’adopter cette classification. Le 18 juillet 1960, l'amendement du député UNR de la Moselle, Paul Mirguet, classait l'homosexualité "fléau social" et donnait au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Les relations homosexuelles avec les 15-18 ans étaient un délit (contrairement aux relations hétérosexuelles). Il y avait cependant une vie gay, souterraine. Les « tasses » bien sûr, et à Paris Rue Saint Anne, on trouvait plusieurs bars et boîtes que rien ne signalait, il fallait sonner avant d’entrer. Il y avait un grand brassage social, une certaine fraternité de l’instant dans ces lieux où la « folle » régnait (j’ai écrit dans un autre billet combien la « folle » était l’emblème de la non visibilité de l’homosexuel). Les homosexuels « médiatisés » étaient de ces emblèmes : Jacques Chazot, Jean Louis Bory, Roger Peyrefitte, d’autres jouaient les « honteuses » (François Mauriac), tandis que les références littéraires étaient plus ou moins maudites, Genêt, Gide, Proust. Un mouvement homophile de type associatif, Arcadie, existait également, fondé dans les années 50 par un séminariste, André Baudry, dont les membres n’ont cessé d’augmenter. Etaient organisées rencontres, après midi dansantes, débats. Son fondateur fustigeait ceux qui fréquentaient les parcs et les vespasiennes. « Les sympathiques homophiles d’Arcadie refusaient avec effroi la promiscuité des bars qu’ils voyaient comme une insulte à l’amour authentique ». Arcadie refusait alors la « visibilité » et toute idée de « coming out », tout ce qui pourrait donner « une mauvaise image » (ça ne vous rappelle rien !). Politiquement le mouvement était de droite.

Que se passe-t-il alors en 68 ? Il n’y a eu que peu de mobilisation sur le plan des mœurs, l’éphémère « Comité d’action pédérastique révolutionnaire » est passé inaperçu et ses affiches provocatrices arrachées par les « officiels » de la Sorbonne. Mais ce fût la « répétition générale », les jalons avaient été posés.
Tout a vraiment commencé après. Symboliquement on situe le 27 juin 1969 l’acte de naissance du mouvement homosexuel. Ce soir là, dans un bar de Greenwich Village, les clients, surtout des travestis, bousculés par la police, se révoltent en accueillant les renforts policiers à coup de briques et trois nuits d’émeute s’en suivent. Edmond White dans « La tendresse sur la peau » parlera de « prise de la bastille ». La Gay Pride, à l’origine, était une commémoration de cet évènement. Une année plus tard, en France, l’émission de Ménie Grégoire sur RTL, qui avait pour thème « L’homosexualité, ce douloureux problème » est brutalement interrompue par un groupe de lesbiennes : « Ce n’est pas vrai, on ne souffre pas », « Nous sommes un fléau social », « A bas les hétéros flics », etc…L’émission doit être interrompue. Le FHAR, Front homosexuel d’action révolutionnaire était né, bientôt rejoint par l’écrivain Guy Hocguenghem (mort du sida au début des années 80) et soutenu par Jean Paul Sartre. Voici un texte caractéristique du FHAR intitulé « Adresse à ceux qui se croient normaux » : « Vous ne vous sentez pas oppresseurs et pourtant votre société nous a traités comme un fléau social…vous êtes individuellement responsables de l’ignoble mutilation que vous nous avez fait subir en nous reprochant notre désir…..Nous disons plus, nous ne nous contenterons pas de nous défendre, nous allons attaquer ». Le FHAR recommande aux homosexuels de sortir du ghetto (tasses, bars, boites), parce que « la société hétéro-flic vous y récupère. Vous êtes honteux parce que vous acceptez la propagande des hétéros flics », « Arrêtons de raser les murs », c’est le début du « coming out ». Ainsi le FHAR, dont plusieurs des fondateurs viennent d’Arcadie, raillent le mouvement d’André Baudry, « l’homosexualité de papa ». Là où ces derniers se définissaient comme « homophiles », les membres du FHAR se disaient « pédés et lesbiennes ». Il faudrait aussi parler des « Gazolines », « Radicales parmi les radicaux » du FHAR, leur tendance « folle hystérique » qui se moque du mouvement lui-même « vous avez dit « fard » ». Le FHAR n’a pourtant une aucune influence sur les droits et les conditions de vie des homosexuels de l’époque, notamment en province, mais il a eu un indiscutable impact « dans les têtes » et a obligé les partis de gauche à prendre parti sur la question homosexuelle.
Parallèlement le mouvement intellectuel se poursuivait, Deleuze et Guattari, en 72, publiaient « l’Anti-Œdipe », et ses machines désirantes, théorisation du « jouir sans entrave », tandis que les années Giscard allaient voir la libération des mœurs (abaissement de la majorité à 18 ans, avortement, abolition de la censure cinématographique, grâce au ministre de la culture de l’époque, homosexuel, Michel Guy).
Paradoxalement, c’est pendant cette période que le mouvement Arcadie va connaître sa plus grande influence. Mais l’association a évoluée, une section jeune est née en 68, prend naissance en son sein le mouvement catholique David et Jonathan. Arcadie va devenir un véritable lobby identitaire, interlocuteur des politiques. A son congrès en 79, plusieurs personnalités ouvertement homosexuelles sont présentes : Jean Paul Aron, Gabriel Matzneff, Robert Merle, Michel Foucault, Yves Navarre, Dominique Fernandez. Arcadie sera dissoute en 82 par un André Baudry « blessé par les critiques, amer depuis la victoire des socialistes, esseulé ». Il écrira « Et quant à moi, loin du tumulte de ce peuple aimé en chacun et en chacune de ceux qui sont venus vers moi, j’attendrai la mort, quelque part, ne formulant qu’un seul vœu : ô tous et toutes, soyez heureux par l’exigence d’une vie homophile faite de courage et de dignité ».
L’explosion militante allait se produire pendant les années Giscard, le FHAR s’étant dissous en 74, avec la prolifération des GLH (Groupes de libération homosexuelle), dont le premier fut fondé par d’anciens du FHAR et des jeunes exclus d’Arcadie, à Paris et en province. Ce sont les ancêtres des centres gais et lesbiens. Le débat qui va s’instaurer (prolongé par un livre) entre Jean Louis Bory, critique cinématographique au Nouvel observateur, défenseur d’une homosexualité « respectable », du droit à l’indifférence », en quelque sorte dans la logique d’Arcadie, et Guy Hocquenghem, tenant d’une visibilité radicale et d’une certaine marginalité, est représentatif des deux visons de l’homosexualité qui font alors débat (qui se prolonge aujourd’hui). Belle intervention de Jean louis Bory aux dossiers de l’écran en 75 « Il y a une réalité homosexuelle et si je suis là, c’est parce que l’homosexualité existe. Je n’avoue pas que je suis homosexuel, parce que je n’en ai pas honte. Je ne le proclame pas, parce que je n’en suis pas fier ; je dis que je suis homosexuel parce que cela est ». Guy Hocquenghem lui en était probablement fier.
En juin 77 avait lieu la première gay pride en France (l'histoire d'Harvey Milk, à la même date, est restée plutôt méconnue en France jusqu'à la sortie du film).
Le 15 avril 78, 30 ans déjà, je faisais mon « coming out » « sexuel » au cinéma le Vivienne à Paris, et 18 mois plus tard mon coming out « social ». J’étais fier d’être homosexuel, 3 ans plus tard je fondais un mouvement homosexuel sur Bordeaux, « Les Nouveaux Achriens".
En mars 79, sortait « Tricks » de Renaud Camus, préfacé par Roland Bathes, récits du sexe immédiat et des backrooms, alors qu’en avril de la même année naissait le mensuel Gai Pied. En 78 le premier bar du Marais, le Village, ouvre, suivi par le Central en 80. Progressivement la vie homosexuelle va quitter la rue Saint Anne, envahie par les gigolos, dont le restaurant « le Vagabond » est le quartier général, pour le Marais.
En 81 les socialistes prenaient le pouvoir, dépénalisaient l’homosexualité et une circulaire du ministère de l’intérieur demandait aux policiers de mettre fin au fichage et à la discrimination contre les homosexuels. L’auteur de ces lignes a ainsi cessé, à cette date, de décliner son identité lors de contrôles policiers sur les places de « drague » ou dans les établissements gays. Les « sanisettes » remplacent les tasses à Paris. La première radio homosexuelle, Fréquence Gaie, ouvre son antenne.
A la suite de l’élection de François Mitterrand se constituait le CUARH, Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, coordination de la plupart des structures et associations homosexuelles, à l’exception d’Arcadie. Il devient l’interlocuteur principal des pouvoirs publics. Sa dimension est politique, défense des droits des homosexuels, lutte contre toutes les discriminations (y compris professionnelles), on quitte le discours révolutionnaire pour celui des revendications pragmatiques, une sorte d’Arcadie de gauche, avec même l’ouverture d’un bar avec backroom, ma première backroom, rue du Roule à Paris, le BH. C’était l’époque du Palace, du sauna Continental, du Boy. La librairie « Les mots à la bouche » ouvrait en 82.
En février 82 deux médecins parisiens, Willy Rozenbaum et Jacques Leibowitch mettent en place un groupe d’alerte sur le sida (dont le mot n’existe pas encore) et l’association des médecins gais, à laquelle je venais d’adhérer, organise en avril un séminaire de formation sur le sarcome de kaposi.
On connaît la suite, jusqu’au Pacs….

Le chemin parcouru en 40 ans est immense. Il peut m’arriver de m’attrister que certains oublient que si l’on en est là, c’est en partie grâce à ceux qui « n’ont pas eu peur de donner de nous une mauvaise image » (en partie car la « libération homosexuelle » est indissociable du mouvement de libération de la femme, de la dissociation progressive entre sexe et reproduction). « Il est interdit d’interdire » proclamait-on en 68. Aujourd’hui, dans nos sociétés, les interdits moraux ont trouvé leur dernier refuge dans la pédophilie et l’inceste (parfois jusqu’au délire, voir Outreau), mais l’interdit a trouvé le moyen de revenir par la fenêtre, il a pris un nouveau nom, « Principe de précaution ».

Partager cet article
Repost0
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 09:31



Qui connaît encore cette célèbre série de romans pour adolescents, écrite dans les années 30 par Serge Dalens. Elle eût, bien plus tard, du fait de la prise de conscience des connotations homosexuelles de la série et je crois aussi des opinions politiques "fascisantes" de l'auteur, une réputation sulfureuse. Le prince Eric fut mon héros, faisant rêver l'adolescent que je fus. La série du "club des cinq" ne me procurait pas les mêmes émotions. Un parallèle vient d'être fait avec les aventures de Harry Potter.

 

"Alors, vous, les Fans de Signe de Piste, lisez ce qui suit et enfin posez-vous clairement (à haute voix si vous voulez, pas de souci) la question finale :

Alors, Harry Potter, Prince du Mal
Et si Harry Potter était un héros Signe de Piste, mais en version actuelle, c’est-à-dire un héros du XXI° siècle et non plus de 1936 ? Et s'il avait plus de ressemblance avec Eric Jansen qu'il n'y paraît au premier abord ?"

 

La collection “Signe de pistes” a repris timidement quelques parutions en 2008.

http://sevydyan.canalblog.com/images/Le_prince_Eric.jpg
Partager cet article
Repost0
10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 20:46

 

 


14619-0.jpgJe lui avais dit oui, « grisé » par cet instant fugace de bonheur où, pour la première fois, il m’avait fait entrevoir qu’il n’était pas aussi inaccessible que cela, où il se mettait en position de demandeur. Hervé avait été jaloux, ce qui avait réactivé son désir. J’aurai l’occasion de constater par la suite que la clé de l’accessibilité d’ Hervé c’était justement de lui donner le sentiment qu’il ne me fascinait plus. Je venais de découvrir l’œuvre de René Girard, mais comprendre comment le désir fonctionne ne vous empêche pas d’en être le jouet.Pour le retenir plus longtemps que je n’allais réussir à le faire, il aurait fallu que j’en tire les ficelles. Je n’étais pas armé pour affronter une situation aussi périlleuse avec un tel personnage, une sexualité un peu trop «conventionnelle» pour lui et qui ne pourrait lui suffire, une sensibilité affective encore immature, je n’étais pas prêt à le suivre le long des précipices qu’il côtoyait, et, cerise sur le gâteau, je vivais encore chez mes parents, ce qui lui laissait un temps libre considérable. Je n’avais pas encore «avoué» mon homosexualité à ma famille, mais la situation commençait à se tendre et je devinais la perplexité de ma mère : le bon élève, toujours plongé dans ses livres, solitaire, dont les seuls loisirs qu’ elle connaissait étaient le cinéma, la politique, le bridge et les après midi à la plage, s’était subitement mis à «découcher» plusieurs fois par semaines, à recevoir de multiples coup de téléphone, tous du sexe masculin (le portable n’existait pas encore…), à surveiller plus encore qu’avant son poids (je devais sans arrêt y prêter attention, la nature m’inclinant à l’embonpoint alors que j’ai toujours eu une répulsion pour la graisse), à s’intéresser aux «fringues».
Nous étions alors en février 79. Ma relation avec Hervé allait évoluer comme il était prévisible. Nous nous voyions certes plus qu’avant, mais bien trop peu à mon goût. Le sexe avec lui était presque du domaine de la compétition sportive. Nous faisions le plus souvent l’amour dans l’appartement de sa copine infirmière chez laquelle il avait aménagé un mois plus tôt et avec laquelle je m’entendais bien, de façon étonnante car mon «coming-out» avait renforcé ma misogynie. Je vivais dans l’angoisse permanente de ne pas le satisfaire sexuellement, mais j’ai vécu des moments intenses et inhabituels – nous avons, dans des ébats fougueux, cassé un pied du lit de sa copine, pratiqué la sodomie avec du beurre (rien à voir avec un quelconque «tango», c’était avant qu’on ne commence à parler du «cancer gay» et nous n’avions plus de gel), il m’a baisé, attaché, les yeux bandés, promenant un canif sur mon corps, etc. etc., j’en oublie. Un épisode cocasse se produisit lorsqu’il a été convoqué par l’armée pour les «3 jours». Il s’habilla de la tête aux pieds en «cuir et chaînes», et c’est dans cet accoutrement que je l’ai accompagné à la gare prendre son train, nous ne sommes pas passés inaperçus. Le résultat a été conforme à ses espérances : il a été renvoyé dans la journée, réformé, classé P4 (« psy »). Je m’inquiétais quelque peu des conséquences professionnelles d’une telle classification, mais à tort car il fût titularisé quelques mois plus tard.
Mais il était loin de me consacrer tous les instants que nous aurions pu vivre ensemble et lui arrivait même parfois, de me «congédier» pour recevoir certaines de ses fréquentations dont j’imaginais bien qu’elles ne venaient pas seulement le voir pour «fumer un joint». Il ne me proposa jamais de participer à ses ébats, parfois à plusieurs, il savait que les mecs qu’il rencontrait ne me plaisaient pas. Hervé n’était pas beau , mais très attirant, très sexe, il avait un succès considérable.
Je n’avais absolument pas l’impression que nous formions un «couple». De mon côté je lui étais totalement fidèle, il m’obsédait trop (je n’ai jamais d’ailleurs été fidèle que quand «l’autre» m’échappait, toujours René Girard…). Je vivais cela de plus en plus mal, au point de perturber mon travail. J’ai fini par lui annoncer que je préférais en rester là, il fit mine d’y consentir, mais je n’ai pu lui résister, quelques jours plus tard, lorsqu’il me demanda de revenir. Ce scénario du «je m’en vais, retiens moi», s’est encore réalisé à deux reprises. Une fois, dans l’élan d’une relation sexuelle où je me sentais si bien, je me suis laissé aller à lui dire, le regrettant dans l’instant même où je les prononçais, les 2 petits mots fatidiques - «je t’aime». Il me repoussa aussitôt, sidéré, et me dit «et bien moi pas, ne recommence jamais ça». Je pressentais l’erreur fatale. Il a sans doute vécu ça comme une pression intolérable, comme si je lui passais les menottes. Je n’ai par la suite plus jamais dit «je t’aime» le premier. Quelques jours plus tard, peut être plus, certains détails sont devenus flous, alors que nous rentrions de je ne sais où, au moment de le déposer chez lui il me dit, nous étions encore dans ma voiture : «Tu ne supporteras jamais. C’est fini». J’ai totalement paniqué car je savais que si la décision venait de lui, elle était irréversible. Je me suis humilié à le supplier de continuer, en vain. Mais il avait pourtant raison, j’aurais été incapable de vivre en ces temps là une relation de «couple libre» telle qu’il l’aurait souhaitée, sans la moindre contrainte ou limite. Je pouvais concevoir qu’on ne soit pas d’une fidélité physique absolue, et je serais par la suite un être bien peu fidèle, mais pas au point d’ignorer (et de jouer de) la souffrance de l’autre.
J’ai vécu par la suite des semaines difficiles, souvent en pleurs dans ma chambre, essayant de masquer au mieux ma détresse chez moi et à l’hôpital, incapable de repartir en «chasse». La passion vous fait sortir du réel, et on du mal à croire, une fois guéri, qu’on ait pu tomber dans un tel état pseudo délirant. Au bout de quelques temps nous nous revîmes cependant, à son initiative, sans avoir de rapport sexuel, mais notre relation restait ambiguë. Un jour, par dépit, je lui ai rendu, à sa demande à laquelle j’avais résisté jusque là, la seule photo que j’avais de lui, celle que Philippe avait découverte danbs mon portefeuille. Que je ne garde pas une trace de lui semblait l’obséder. Peu à peu j’ai repris le dessus et recommencer à avoir des «tricks». Il n’occupait plus mes pensées mais je recherchais toujours sa présence. Je lui avais suggéré de lire «Le temps Voulu» d’Yves Navarre, qui venait de paraître et qui m’avait bouleversé. Ce livre le remua aussi, il me dit qu’il l’avait mis mal à l’aise : «c’est un peu nous cette histoire». Durant l’été 79 j’allais rencontrer le garçon, Bernard, qui allait être le premier de ceux avec qui j’ai vraiment formé un couple, celui qui allait me donner le courage de quitter ma famille chez laquelle l’atmosphère allait devenir irrespirable quand je l’ai eue mise au courant de ma vie. Hervé s’est fait alors plus présent, tentant à nouveau de me séduire. Ce scénario s’est reproduit chaque fois que j’ai eu une relation de couple, ce qui fût le cas avec Pierre Jean, un an plus tard, puis, d’une certaine façon Ginette l’année suivante encore. Nous avons repris des relations sexuelles que j’appréciais d’autant que n’étant plus «amoureux», n’ayant plus peur de le perdre, elles ont été les plus tendres que j’ai jamais eues avec lui. Non sans risque, puisqu’une fois j’ai trouvé en rentrant chez moi Pierre Jean en train de faire ses valises : «hier soir quand tu es rentré de ton soi disant repas professionnel, le parfum d’Hervé (il s’agissait de «Macassar», son parfum préféré) te collait à la peau». Pierre Jean, par la suite, me ferait subir bien pire, mais c’est une autre histoire…pour une autre fois. Il était évident qu'Hervé ne supportait pas de me voir me détacher de lui pour un autre…
Au début de l’été 82 je rencontrais Bernard 2, le début d’une  aventure de 15 ans. Hervé a-t-il pressenti que cette fois ci il n’aurait plus aucune emprise sur moi, autre que sexuelle, ou alors commençait il déjà à voir le garçon avec qui il allait vivre plusieurs années et qu’il suivit à Paris 2 ou 3 ans plus tard, je ne sais, mais ses assauts séducteurs cessèrent, et nous n’eûmes plus que des relations amicales, même si le mot n'est pas vraiment pertinent. Nous avons continué à nous voir ou nous téléphoner de longues années, mais curieusement (en fait pas si curieusement que cela, Bernard ne souhaitait pas, sans s'y opposer, ces rencontres) de moins en moins lorsque j’ai moi aussi rejoint la capitale. Un jour, au début des années 90, cela faisait quelques mois que je n’avais plus de ces nouvelles, je l’ai appelé, sans succès, le téléphone sonnant éternellement dans le vide. Il avait sans doute changé d’adresse sans prévenir, mais je ne manquais pas d’être inquiet, car le VIH faisait des ravages sur Paris, une véritable hécatombe.
Au milieu de ces mêmes années, lors d’une Gay Pride, alors que nous passions devant l’Institut du Monde Arabe, Bernard me dit «Je crois avoir aperçu Hervé, il a énormément changé, il est dans un sale état». J’ai en vain cherché à le retrouver. Après une autre Gay Pride, en 99, mais à Bordeaux cette fois, alors que nous étions attablés dans un restaurant Gay avec des amis, mon attention  attirée par une petite voix aigue que j'aurais reconnue entre milles, j’ai eu le souffle coupé lorsqu'en me retournant, j’aperçus Hervé à la table voisine, au milieu d’un petit groupe. Son visage était si abîmé, moins par le vieillissement, que par l’alcool, la drogue sans doute et peut être le Sida. Il ne m’avait manifestement pas reconnu. J’ai fini par me lever et l’aborder : «tu ne te souviens pas de moi, Jean Jacques, nous nous sommes connu en 78 lorsque tu vivais chez Pascale ?». Il était manifestement saoul, m’a dévisagé, et m’a lancé, d’un ton agressif qui m’a glacé «Je te croyais mort,  ils sont tous morts». Devant ses yeux hagards, j’ai préféré aller me rasseoir. Quelques minutes plus tard il m’a fait signe de venir le rejoindre, nous avons fait quelques pas ensemble, il avait du mal à être compréhensible, m’a dit qu’il était revenu définitivement sur Bordeaux, j’ai cru comprendre qu’il ne travaillait plus et m’a demandé mon numéro de téléphone.
Il ne m’a pas appelé. Je ne saurais probablement jamais s’il ne l’a pas voulu ou si, dans l’état où il était, il a égaré le numéro ou n’a plus su, au petit matin, de qui il s’agissait.
Ce soir là où je l’ai revu, vieilli et aussi peu attirant que possible, je ne suis pas sûr, s’il m’avait demandé de passer la nuit avec lui, que je ne l’aurais pas fait. Je suis rentré à mon hôtel plutôt mal, mais il est vrai que je vivais alors la période la plus difficile de ma vie sur le plan affectif, je n’arrivais pas vraiment à me remettre du départ de Bernard, en 97, les blessures infligées par ceux qu’on a aimés étant bien plus longues à cicatriser que celles dues à ceux dont n’a été qu’amoureux, fût ce passionnément…

Cette aventure j’y pense souvent, avec une douce nostalgie. En écrivant ce billet, j’ai soudainement eu la curiosité de taper Hervé R., Bordeaux, sur l’annuaire « pages jaunes », un seul nom, avec un numéro de téléphone fixe. Peut être lui…
J’ai très peu souvent été la victime de passions amoureuses, deux ou trois fois, et Hervé fût de loin la plus intense. Le hasard, ou ma nature plus probablement, font que je n’ai jamais aimé ceux pour lesquels j’ai éprouvé une passion amoureuse et que ceux que j’ai aimés, je n’en ai jamais été amoureux. Je n’ai en fait éprouvé de la passion que pour des êtres si différents de moi, si inaccessibles, qu’il était illusoire que l’aventure perdure.

« Etre amoureux » c’est être dévoré jusqu’au délire par l’absence de l’autre dans l’instant, aimer c’est ne pas concevoir qu’il puisse y avoir un demain sans l’autre. C’est du premier état dont parle Proust dans ces deux citations :
«Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre.»
«Le bonheur est dans l'amour un état anormal.», ou encore Lacan, plus terrible, dans celle-ci : « aimer c’est donner quelque chose qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ».


http://www.youtube.com/watch

 

 

Partager cet article
Repost0
8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:33

 

 


9782080704696.jpgNous étions en septembre ou octobre 78, je ne sais plus exactement, ma liaison avec Philippe décrite dans un billet précédent durait depuis environ 6 mois, j’avais eu entre temps quelques amants d’un soir ou d’une semaine. Comment presque tous les soirs, après le dîner familial, au volant de ma R6 rouge que mon grand-père venait de me donner, j’avais gagné une place bordelaise de «drague», rue judaïque, où trônait une «tasse» autour de laquelle s’organisait les rotations nocturnes des voitures, des piétons et des vélos en quête d’une aventure ou de la rencontre d’une vie. Je préférais la fréquentation des tasses le soir, où les chalands étaient plus souvent jeunes, plutôt qu’en fin d’après midi, l’heure des hommes mariés qui venaient satisfaire leurs pulsions avant de retrouver leur grisaille. Beaucoup étaient sur le «qui vive», de crainte des contrôles de police, assez fréquents et aussi des descentes de «loubards» qui venaient casser du PD lorsque l’affluence se faisait plus clairsemée (je fus une fois victime d’une de ces attaques- ayant par chance aperçu l’arrivée de la bande dans mon rétroviseur, j’avais pu démarrer en trombe, mon pare-brise arrière éclatant sous l’impact de la manivelle qu’ils avaient lancée et qu’ils destinaient sans doute à un usage bien plus délétère).
Ce soir là mon attention avait été attirée par un jeune homme en vélo, mince, au visage plutôt ingrat, au long nez sur lequel reposaient de petites lunettes, d’un négligé très «looké» et surtout l’air si sûr de lui. Je ne voyais plus que lui, fasciné, tel le narrateur de «La Recherche» dans «A l’ombre des jeunes filles en fleurs», à Balbec, au passage, le long de la plage, de ces adolescentes qui semblaient s’auto suffire. Son regard croisa le mien et il me sembla y déceler un soupçon d’intérêt qui déclencha en moi une petite vibration intérieure. C’était bien le cas car il m’aborda presque aussitôt, de façon très directe. Je ne me souviens pas de ses paroles exactes, quelque chose comme : « on va chez moi ? je suis actif» - il m’apprit alors qu’il valait mieux , «cela évitait de perdre son temps», faire connaître ses pratiques sexuelles selon les codes en vigueur à ce moment là, c'est-à-dire la position à droite ou à gauche du trousseau de clé à la ceinture ou de la couleur du mouchoir…. Il avait une petite voix aiguë sans être efféminé. Il attacha son vélo, monta dans ma voiture et m’indiqua où aller. Durant le trajet il me dit se prénommer Hervé, avoir 20 ans, être instituteur non encore titularisé, qu’il brûlait la vie par tous ses bouts, mais dans le flot de paroles je retins surtout «que les mecs qui baisaient mal, ils les foutait dehors». Il n’en fallait pas plus pour me «tétaniser», j’étais si peu sûr de moi quant à mes performances sexuelles et ce d’autant plus que j’avais encore peu d’expérience de la sodomie, mais il était trop tard pour reculer. Arrivés chez lui, il commença à se déshabiller, me disant de faire de même, me projeta sur le lit et commença à «baiser» avec frénésie et agitation» physique dans le «corps à corps» qui ne déclenchèrent en moi aucune érection (il me fallait alors, et cela n’a pas beaucoup changé, quelques «préliminaires» pour me mettre en condition). Il ne semblait cependant pas s’en apercevoir, trop absorbé par lui-même. Au bout d’une certain temps, il s’interrompit brusquement, se leva, pris une cigarette et s’assis sur le bord du lit en me regardant bizarrement.. Il ne faisait pour moi pas de doute qu’il allait me dire de prendre la porte. J’avais déjà appris, très vite, que le «milieu» était très exigeant quant à la performance sexuelle, je savais qu’il était probable que si je n’avais pas eu de nouvelles de certains garçons c’est que je n’avais sûrement pas été à la hauteur de leurs attentes. Je me préparais avec anxiété à être congédié, furieux contre moi car il me plaisait de plus en plus, lorsque je le vis venir me rejoindre et recommencer «à faire l’amour», cette fois ci presque tendrement jusqu’à ce que nous jouissions ensemble. J’ai pu constater par la suite que cette «baise en deux temps» était assez habituelle chez lui. Il était excessivement mince, la peau très douce, imberbe, pas spécialement «bien monté», ce type de corps qui me faisait craquer il y a 30 ans. Nous parlâmes longtemps, j’ai bien sûr oublié la teneur de nos propos, il était clair pour moi qu’il était un peu «barge», mais le jeune homme «sage» que j’avais toujours été, et qui l’était encore, ne pouvait qu'être fasciné par cet être qui semblait libéré de toute contrainte et qui réalisait ses désirs, même si ses fantasmes comme celui de baiser dans un cimetière ou dans une baignoire pleine de sang me semblaient faire partie d’une certaine «mise en scène» destinée à m’impressionner. Son appartement était très dépouillé, froid, avec de grands crucifix noirs sur les murs. Il m’avoua prendre de la «coc». Il était fou de musiques, de celles sur lesquelles on danse. «Pas celle des pintades - précisa t’il- qui se pâment sur la disco pour coiffeuses des Sheila, Dalida ou Claude François» et que l’on passait dans les boîtes de «nase»» que je commençais à fréquenter, comme «la Boucane», etc, mais ce qu’il appelait la vraie «funk» (l’Urban funk,je crois….), dont il achetait les meilleurs morceaux en import (je ne me souviens que de la version instrumentale, disco-funk, de «Cruising in the Street» par le Boys Town Gang qui allait devenir célèbre en 81 avec un autre tube que l’on entend encore sur les radios), mais pas uniquement, c’était aussi un dingue du Ska avec«Madness» («One step beyond») et autres que j’ai oubliées. Au moment de partir, il me demanda d’échanger nos numéros de téléphone : «On se revoit ?».
C’est tard, au petit matin, que je rentrais chez moi dans un état second, à attendre quelques jours l’appel tant espéré (je n’aurais jamais osé en prendre l’initiative !). Nous nous revîmes par la suite assez régulièrement, sans d’autres attentes que ces nuits toujours trop brèves, je savais bien que je n’étais pas le seul. Il me fit découvrir «sa musique» et m’amena dans la seule discothèque qu’il fréquentait «Le Cyclope». Cela me changeait de « la Boucane », pas de travelos (très habituels dans les endroits gays à cette époque là), une musique de danse au «top», une clientèle très jeune aussi, sans ce mélange habituel de générations qui était la marque des clubs gays de la fin des années 70, et surtout, c’est sans doute ce qui m’a le plus frappé, une façon de danser des garçons absolument fascinante pour moi, quasi sexuelle. Hervé y allait pour danser, ce n’était pas son terrain de chasse, contrairement à moi il aimait «les mecs», pas les crevettes post pubères.
Comprenant que je ne pourrais jamais être pour lui autre chose qu’un «amant», j’ai recommencé, non sans difficulté car je pensais sans arrêt à lui, à chasser. Un jour, sur une autre place centrée autour d’une tasse, j’ai rencontré Eric, 20 ans, que je me suis mis à voir assez régulièrement, non seulement il me plaisait, mais il vivait avec une bande de 3 ou 4 copains, et un peu comme dans le film «Nés en 68», ils «s’échangeaient» leurs amants. Cette vie en « communauté » me séduisait et a contribué à poursuivre ma formation accélérée. Ainsi, encore plein de clichés hétéros, je n’imaginais pas une folle «active». Un soir je me suis retrouvé dans le lit de Michel, c’était mon tour , la folle du groupe, qui avait la réputation d’ être «très bien monté». Comme nous dormions tous dans la même pièce, le lumières étant éteintes par souci de pudeur pendant que nous baisions, j’ai découvert son sexe en le prenant dans la main, impressionnant, et j’ai béni le ciel qu’il soit «folle», craignant pour mon anus encore bien inexpérimenté. Et bien pas du tout, il était purement actif, je l’ai senti passer ! Je n’en continuais par moins à voir Hervé, de façon beaucoup plus espacée, et il m’avait semblé que cette liaison avec Eric l’agaçait, ce dont j’ai eu la confirmation, lorsqu’il me lâcha, l’air de rien, «Eric t’a dit qu’il tapinait place des Quinconces, avec ses «copines»? ». Non il ne me l’avait pas dit, mais il me le confirma lorsque je le lui eu demandé, directement. Cela ne me perturba pas outre mesure, par la suite il m’est même arrivé d’aller les voir sur leur «lieu de travail», avant de ramener Eric pour finir la nuit avec lui (avec un peu d’inconscience, car une fois, lors d’un des nombreux contrôles de police, je me trouvais dans ma voiture avec le mineur du groupe, le seul avec lequel je n’ai d’ailleurs jamais couché….). Cette aventure dura quelques semaines, puis Eric s’en alla en vivre d’autres. Hervé, l’ayant sans doute senti, me demanda : «c’est fini avec Eric?», dissimulant mal la lueur de satisfaction que j’ai apreçue dans ses yeux à ma réponse. J’étais alors dans le couloir d’entrée de son appartement, il me plaqua contre le mur, me roula «un patin» et me dit «toi et moi, ensemble, ça te brancherait pas?». C’était un peu comme si le ciel me tombait sur la tête. Je savais qu’Hervé ne changerait jamais et qu’il fallait répondre NON…j’ai dit OUI.

http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaft_dT.html
http://www.lyricszoo.com/boys-town-gang/cruisin'-the-streets

A suivre: 2- La chute!

 

 

Partager cet article
Repost0
6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 20:22

2848127334_409c212aa1.jpg

IL faut prendre ici le mot folle dans son sens « générique », rassemblant toutes les catégories qui peuvent avoir une connotation féminine : « folle proprement dite, tante, travesti, transexuel,».

Lors de mes vacances à Torre Del Lago il y a 3 ans, une des destinations gays qui se veut concurrencer Sitgès, Ibiza ou Mykonos, j'avais été surpris par la forte présence de ces catégories, contrastant avec ce qu’on a l’habitude de voir à Sitgès et même à Ibiza.
Il est assez frappant de constater une quasi disparition de la « folle » dans les endroits où l’émancipation gay est la plus avancée : San Francisco (bien qu’on puisse objecter que le style macho/cuir est l’image en miroir de la folle), Miami, Toronto, etc…et bien sûr le Marais à Paris. Au contraire elle reste très présente ailleurs, en Italie certes, mais aussi en province pour s’en tenir à la France, comme aux temps « préhistoriques » (pré-Mitterrandiens). Ceci mérite réflexion. En effet, partout ou presque où il y a une « communautarisation » des gays (c’est à dire un droit à l’indifférence géographiquement circonscrit), la folle est expulsée, sa fonction « protectrice » étant devenue inutile, seulement ressuscitée dans la fête (comme la Gay Pride), résurgence des mécanismes sacrificiels. Au contraire, là ou l’homosexuel continue à affronter et fuir le regard de l’autre, la « folle » réapparaît, protégeant, sans le savoir, notre "différence" derrière un immense éclat de rire (je me souviens avec amusement de la joie de mes parents à la sortie du spectacle de « la cage aux folles » avec Poiret et Serrault dans les années 60 et de leur détresse lorsque je leur ai jeté en pleine figure qu’ils en avaient secrétée une qui n’avait pas cette apparence là).
Faut il voir là l’origine, au moins partielle, du racisme anti-folle qui sévit chez certains gays, notamment chez les plus jeunes (et dont nous nous voyons si souvent l’expression sur les sites gays de rencontre). Amnésie de son histoire, haine de sa différence, haine de soi.

Partager cet article
Repost0
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 23:24

 

http://www.tetu.com/files/inline_images/Homos-et-alors.jpg


Un article du Monde de hier après midi rapportait les travail de chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité. Leur conclusion est sans appel, elle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique. On ne devient pas homosexuel, on l’est de naissance. Selon ces chercheurs ces travaux vont mettre l’Eglise en porte à faux car elle proclamerait, se fondant sur une approche analytique, que l’homosexualité est acquise. Il me semble que ces chercheurs sont bien optimistes l’Eglise a toujours su, parfois après une période de « résistance », intégrer les connaissance scientifiques sans toucher au dogme.
http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/02/04/l-homosexualite-est-genetique-selon-un-chercheur_1301366_3244.html#ens_id=1286181

Quoiqu’il en soit, ceux qui ont pu lire l’article datant de 4 ans de mon ancien blog, ci-dessous reproduit, consacré à la question de l’origine de l’orientation du désir, pourront constater qu’il cela ne fait que confirmer ce que je disais :



« Je reviens donc sur cet épineux problème de l’origine innée ou acquise de l'homosexualité. On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix ( n’entend on pas dire, ici où là, que l’homosexualité est un choix ?!), à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture, entre Rousseau et Voltaire. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! En effet on connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (C’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait
faire craindre un futur sinistre ( comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.
Existe t’il des arguments plus rationnels ? Il faut d’abord définir de quoi l’on parle. Je n’envisagerai ici que l’homosexualité définie comme orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène car le mouvement d émancipation de la femme a pu faire naître, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, une homosexualité « sociale » basée sur la haine ou le refus de l'homme dans le sillage du MLF). Il faut enfin distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part. C'est sur l'orientation du désir vers le même sexe que porte la controverse sur l’origine innée ou acquise de l'homosexualité?
Que sait on? Il n’existe à ce jour aucune réponse définitive, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, alors il faut bien dire, qu’en dehors de « pures » théories spéculatives ( psychanalyse : voir ailleurs dans ce blog "En finir avec la psychanalyse"), il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc. Mais dire que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… En effet il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", simpliste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demanderont la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent ( on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportement dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend on par là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel ( en gros l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes ( y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…). Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, minoritaires en fréquence, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de pré-natale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu.
Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général ( encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.
Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer ( ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait elle dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle…
En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"

 

Partager cet article
Repost0
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:51

souffrances-L-1.jpg

« Peut on désirer, sans souffrir », fût un des beaux sujets de philosophie du bac. Mais a-t-on suffisamment vécu, à 17 ou 18 ans, pour y répondre, du moins si l’on s’en tient au désir amoureux, d’autant plus qu’il est bien improbable que de nos jours ces cœurs encore tendres aient lu les chefs d’œuvre littéraires qui nous ont tant dit sur le désir.
En tous cas, ce n’est que bien après le bac que j’ai pu comprendre combien le désir pouvait faire souffrir, et cette souffrance c’est moi qui allait l’infliger à mon premier amant.
Nous étions en avril 78, j’étais encore chez mes parents et puceau (si l’on excepte une très brève relation sexuelle mal vécue et sans lendemain, à la suite « d’un strip-poker » avec un camarade de classe,
l'été de mes 17 ans), en état de manque sexuel et affectif. J’étais d’une grande timidité, peu conscient des endroits où l’on pouvait rencontrer des garçons, et vite effarouché les rares fois où traversant les dunes des plages proches de Bordeaux, ma ville, j’avais constaté « qu’on me suivait ». C’est alors que je suis tombé sur un article du Point, il y était question d’un cinéma parisien, « Le Vivienne », où l’on projetait des films homosexuels- il n’était pas bien difficile de deviner entre les lignes « qu’il se passait aussi des choses dans la salle ». Quelques jours plus tard, un 15 avril, à la faveur d’un congé, je prenais le train (pas de TGV encore) pour Paris, et débarquais rue Vivienne que j’arpentais longuement sans jamais oser entrer dans le cinéma. L’heure avançant je finis par franchir le pas et à pénétrer dans ce lieu si désiré dans un état de grande excitation. Les films pornographiques projetés m’intéressaient beaucoup moins que le ballet incessant que l’on pouvait constater d’un siège à l’autre ou vers les toilettes, mais toujours aussi craintif, je détournais le regard dès que des yeux se posaient sur moi et ne répondais à aucune avance. L’heure de la fermeture approchant, un jeune homme, grand et d’une certaine carrure,est venu s’asseoir à mes côtés. Il n’était pas vraiment « mon genre », pas assez « éphèbe », mais je n’ai pas repoussé sa main qui se posait sur ma cuisse, ce qui déclencha en moi un frisson généralisé que je n’arrivais pas à maîtriser et qui, lorsqu’elle m’effleura le sexe à travers la toile du pantalon, provoqua une éjaculation immédiate sans même le temps d’une érection. Il ne s’en aperçut pas et continua ses approches ce qui déclencha presque aussitôt une autre éjaculation. Je l’avertis alors de la « situation », lui disant que j’étais désolé et m’attendant le voir aller chercher fortune ailleurs. Il me regarda avec un sourire amusé et me dit : « si on allait boire un verre ». Il m’amena dans un café proche du Boulevard des Italiens, me dit s’appeler Philippe, avoir à peine un an de moins que moi et travailler comme cuisinier dans un établissement catholique. Il me parla longuement, bière après bière, jusqu’à la fermeture de l’établissement, de Dieu surtout, qui l’habitait. J’étais enfin détendu, mais j‘ai refusé sa proposition d’aller jusqu’à chez lui, ayant trop peur d’un nouveau fiasco sexuel. Il me proposa alors de marcher un peu, ce que nous fîmes en fait une bonne heure, jusqu’au moment où il me dit, nous étions rue de la Roquette : « voilà, nous sommes au bas de chez moi ». J’ai fini par le suivre, 7 étages sans ascenseur, pour finir la nuit dans son lit. Nous allions passer ensemble les 3 jours de mon court séjour, ou plutôt les nuits (j’étais de plus en plus « à l’aise » sur le plan sexuel), car il travaillait dans la journée. Sa religiosité était très prononcée, jusqu’à la bénédiction des aliments avant les repas que nous prenions chez lui et il m’avoua avoir songé à se faire prêtre. Il allait être très affecté par la mort subite de Jean Paul 1er tout juste élu. Il s’accommodait cependant des positions de l’église sur l’homosexualité, et son meilleur ami et confident, qu’il me présentât, était un jeune prêtre très attachant dont je n'ai jamais été sûr de l'orientation sexuelle (il allait même être nommé évêque au Canada quelques mois plus tard).
Ma naïveté et ma candeur quant à l’existence d’un « milieu » homosexuel l’amusait et le séduisait à la fois, et il ne se doutait pas qu’en me le faisant connaître, il allait me perdre. Il me fit ainsi découvrir les bars de l’époque, les boites, et notamment le « Rocambole », le « Scaramouche », ceux de la rue St Anne (il n’était pas toujours facile d’entrer dans certains de ses lieux qui avaient pas mal de soirées « privées », mais il avait un ami, probablement ancien amant, policier haut placé – probablement dans les services secrets ou les RG car il apparaissait en militaire gradé sur certaines photos - qui nous ouvrait toutes les portes…), les lieux de drague (Tuileries, Trocadéro) et surtout le fabuleux sauna « Continental » près de l’Opéra. Je n’ai pas bien entendu connu tous ces endroits en un week-end, mais nous nous sommes revus pendant plusieurs mois, environ une fois par mois, soit chez lui à Paris, soit à Bordeaux à l’hôtel. Lorsque j’ai découvert le « Continental », fasciné par un tel lieu, avec sa piscine, son restaurant, sa salle de sport, ses multiples « cabines intimes » et la foule des beaux garçons qui s’y pressait, je n’ai eu très vite qu’une idée en tête, y revenir…seul…Je n’ai pas mis longtemps non plus à découvrir par moi-même qu’à Bordeaux aussi il devait y avoir des lieux de rencontre, des bars et des boites…Cela m’a donné le vertige, il fallait que je rattrape le temps perdu (on ne le rattrape jamais), faire disparaître ce sentiment de n’avoir jamais eu 20 ans. J’ai commencé à rencontrer, beaucoup, y compris à Paris (je disais à Philippe que j’allais voir mon parrain qui y habitait) et des garçons, plus jeunes que Philippe, et qui eux étaient « mon genre », au point de me rendre difficiles, je n’en avait plus envie, les relations sexuelles avec lui. J’avais de l' affection pour lui, mais je ne l’avais jamais « aimé » (tout au plus peut être en ai-je eu le bref sentiment après notre première rencontre lorsque je me suis retrouvé seul à Bordeaux). J’aurais voulu que nous en passions à une relation amicale, mais je savais qu'i était amoureux, même s’il ne me l’avait (en tous cas je crois) jamais déclaré, et je n’avais pas le courage de lui dire. Un jour, je m’en souviens comme si c’était hier, il était venu passer quelques jours à Bordeaux et, me sentant incapable du moindre rapport sexuel, j’avais eu la lâcheté d’inventer un herpès génital pour justifier mon abstinence. Alors que nous allions visiter une exposition, en ouvrant mon portefeuille pour régler l’entrée, il aperçut la photo d’un garçon, Hervé. J’ai vu son visage se décomposer et je lui ai tout avoué. De retour à l’hôtel il a appelé son ami prêtre (« Capri c’est fini » lui a-t-il dit) et a pris, profondément abattu, le premier train pour Paris.
Nous avons correspondu quelques temps, nous nous sommes même vus et avons partagé des repas, mais il était évident que cela lui faisait mal- il était sous tranquillisants- aussi n’ai-je pu qu’approuver sa décision de ne plus nous voir- « Je te dirai quand cela sera à nouveau possible ». Ceci advint environ deux ans plus tard. Il m’appela pour me dire qu’il se sentait mieux après un arrêt de travail de plusieurs mois et un puissant traitement antidépresseur. Il souhaitait me revoir, ce qui fût sans doute facilité par le fait que mon aventure avec Hervé était terminée depuis longtemps. Il était manifestement persuadé que j’étais tombé amoureux de ce dernier (ce qui était vrai, éperdument, sans doute la seule vrai passion que j’ai connue) et que c’était pour cela que je l’avais quitté (ce qui ne l’était pas). Je n’ai jamais osé lui dire que si je l’avais aimé, cela avait été très éphémère, lié au fait qu’il était « le premier » et encore moins que je n’avais jamais vraiment ressenti d’attirance physique pour lui. Dire la vérité aurait été cruel, mieux valait lui laisser croire que j’étais parti pour un autre. Venant souvent à Paris pour des congrès, il m’avait proposé d’ amener mon « ami » (il en a connu trois successivement) que je ne pouvais loger dans l’hôtel « officiel », et de l’héberger chez lui. Je ne sais pourquoi j’ai accepté, sans doute ai-je fait semblant de vouloir croire qu’il était guéri, peut être, inconsciemment cruel, avais je besoin de montrer mon pouvoir de séduction. Cela se passa assez bien avec les deux premiers, mais avec Bernard, qui allait partager ma vie pendant 15 ans, dont il avait du pressentir que cette fois la liaison était très sérieuse, ce fût dramatique. Au matin de la nuit qu’il avait passé chez lui, Bernard m’appela pour me dire que Philippe était venu lui faire des « approches » et que devant son mouvement de recul, il s’était effondré en larmes en lui disant « Pour moi c’était comme si c’était Jean-Jacques ».
A la suite de ce pénible épisode, malsain, que Bernard a très mal vécu, nous avons à nouveau cessé de nous voir. Des années plus tard, lorsque j’ai quitté Bordeaux pour Paris, je lui ai envoyé un petit mot pour le prévenir. J’ai alors à nouveau eu de ses nouvelles, il s’était fait ordonner prêtre…Il vint un soir diner chez moi, plus de 10 ans après notre première rencontre. Il avait pris beaucoup de poids (il avait toujours été un gros buveur de bière). La soirée fût à nouveau pénible pour Bernard car il se comportât comme s’il n’était pas là, ne parlant pratiquement qu’à moi. Sur le chemin du retour, je l’ai raccompagné en voiture à Fresnes où son ordre résidait, il me demanda de m’arrêter sur le bord de la route et me sauta littéralement dessus dans un état de grande excitation sexuelle. Je ne crois pas avoir vécu un épisode aussi pénible que celui là. Il s’excusa, pris d’une culpabilité extrême (il m’avoua qu’il avait averti son directeur de conscience qu’il allait me revoir et que ce dernier lui avait dit de ne surtout pas faire cette erreur).
Je n’ai plus jamais eu de ces nouvelles. Philippe a vécu une passion, il
était de ceux qui n’en vivent souvent qu’une, et n’a jamais compris ce qui lui était arrivé. Peut être a-t-il parfois pensé que j’étais une des figures du démon. J’ai conscience de l'avoir abimé. C‘est sans doute le seul épisode de mon passé « désirant » pour lequel je me sens totalement coupable de ne pas avoir voulu voir ce qui se passait.
Je n'allais pas tarder à connaître moi même combien aimer c'était souffrir, Hervé justement.

Partager cet article
Repost0