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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:30

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Il aurait été étonnant que le film que Gus Van Sant, le réalisateur de « My own private Idaho » vient de consacrer à Harvey Milk me laisse insensible. J’en suis sorti profondément ému, comme sans doute tous ceux qui ont vécu ces années là. Mon propos n’est pas ici d’en rendre compte, surtout d’un point de vue cinématographique, je ne saurais être objectif. Dire plutôt que j’ai en fait découvert cet épisode de l’histoire du mouvement gay dans les années 70. Milk a été assassiné l’année où je suis sorti du placard et je n’ai aucun souvenir que le « bruit » de ce meurtre soit parvenu jusqu’à moi, alors que l’émeute de Stonewall, à New York en 69, est restée comme un des moments clés de la libération gay dont la « Gay Pride » serait une commémoration. Il apparaît pourtant que c’est à San Francisco, dans la deuxième partie des années 70, que tout a vraiment commencé, avec la communautarisation d’un quartier « Castro ». Il est d’ailleurs significatif qu’Harvey Milk n’ait réussi à se faire élire conseiller municipal que lorsque le nouveau découpage électoral a permis le vote par « quartier » et donc en partie par « communautés ». Les multiples manifestations de milliers de gay dans les rues de Castro contre la répression policière ou les propositions de lois visant à éliminer les homosexuels de postes dans la fonction publique, notamment l’éducation, me semblent être les véritables « fondations » des futures Gay Pride. « Castro » ne devait jouir de ce vent de liberté que peu de temps. 3 ans après la mort de Milk, le « cancer gay » allait décimer la communauté homosexuelle, c’est à San Francisco qu’ont été décrits les premiers cas. J’ai dit, lors de mon voyage dans cette ville l’année dernière, combien, chaque fois que je revenais dans ce quartier qui n’est plus que le fantôme de ce qu’il fût, combien j’avais le sentiment d’une nostalgie d’un paradis perdu. Harvey Milk fût sans aucun doute le pionnier du militantisme gay, mais son rêve, prémonitoire de sa fin tragique, «Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes de placard » ne s’est pas totalement réalisé. Toutes les portes de placard ne se sont pas brisées, le ver qui infiltre encore bien des esprits, y compris chez certains gays, en tient encore certaines hermétiquement closes. Un article de Tetu rapportant les résultats d'une enquête en milieu scolaire qui montre que 20% des jeunes gays font des tentatives de suicide, en témoigne. Nous qui vivons souvent à Paris ou dans de grandes villes nous nous leurrons sur l'évolution des "consciences".
Parler tout de même un peu du film lui-même en disant que l’interprétation de Sean Penn est étonnante et que c’est avec beaucoup de réalisme qu'est montré le milieu gay dans toute sa diversité, avec tendresse. Ce film est un véritable hymne à la visibililté. Stupéfaction par contre d'entendre un de nos théoriciens du pédagogisme, François Bégaudeau, le scénariste « D’entre les murs », se déclarer déçu par le film en critiquant notamment son « militantisme », au détriment de sa dimension socio psychologique, en n’abordant pas par exemple, les raisons profondes qui ont conduit Milk, qui travaillait dans la finance, à tout abandonner pour ce combat. Et pourtant, dans une des premières scènes, Milk ayant rencontré dans le métro celui qui allait devenir son ami, il lui dit sur l’oreiller « J’ai 40 ans, je n’ai rien fait de ma vie, je dois changer ».

Vu aussi, Gran Torino. Décidément la semaine des films émouvants.

"MORALISME"
"Surtout ne pas tomber dans le piège de l'amoralisme, de l'immoralisme, de l'anti-moralisme : "Puisque c'est au nom de la Morale que vous nous méprisez, que vous nous rejetez, que vous nous opprimez, nous sommes contre la Morale." Non, leur morale n'est pas la Morale, elle est une erreur et une erreur coupable. C'est au nom de la Morale, de ce qui est juste et de ce qui est bien qu'il faut lutter contre les racistes anti-achriens.
La Morale n'est pas de leur côté, elle est du nôtre. Il ne faut pas la leur abandonner. Notre indignation, notre dégoût, sont en intensité égaux aux leurs. Ils ont comme les leurs la Morale pour référence. Mais ils sont justes et moralement fondés, tandis que les leurs sont imbéciles et moralement indéfendables.
Il n'y a pas leur morale et la nôtre. Ici il n'y en a qu'une, et elle leur donne tort.
(RC, Notes achriennes, 1980)

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 21:35
Jean le Bitoux, quand la transgression était possible

J'ai assisté hier à l'assemblée générale annuelle de l' AMG (association des médecins gays). J'ai pu constater avec plaisir que depuis le "putsch", 'il y a un petit peu plus de 2 ans, où le bureau que dirigeait le fondateur de l'association qui voulait mettre un terme à une aventure de près de 30 ans a été mis en minorité par une petite majorité des adhérents présents et remplacé par une nouvelle équipe plus jeune et motivée, l'association a trouvé un nouveau souffle, vu les adhésions reprendre et les actions se multiplier, y compris en coopération avec le ministère de la santé (nous serons par exemple présent dans une commission qui va se pencher sur le problème du suicide chez les jeunes). Mes activités ne me permettent pas de m'impliquer significativement, si ce n'est en participant de temps en temps aux permanences téléphoniques où nous répondons aux diverses questions médicales que peuvent se poser les gays d'aujourd'hui et aux demandes de coordonnées d'un médecin gay. Nous avons fini la journée par un diner sympathique au "Coupe Gorge". Il n'était pas possible de ne pas évoquer à cette occasion la mort, cette semaine, de Jean Le Bitoux, une des grandes figures du mouvement homosexuel dans les années 80, notamment parce qu'il a été le fondateur du premier journal homosexuel "Gai Pied" en 79. Il avait lui même été mis en minorité et avait du quitter le journal dont il s'opposait à la dérive commerciale qu'on voulait lui imposer. Cette mort m'a d'autant plus touché que j'ai personnellement connu Jean Le Bitoux, bordelais de naissance. En effet, au début des années 80, cinq d'entre nous, le curé d'une paroisse bordelaise qui avait pour ami un jeune aveugle asiatique, un ancien d'Arcady dont l'association venait de se saborder, l'animateur principal de l'émission homosexuelle "Framboise et citron" qui bénéficiait de l'accueil de la toute nouvelle "radio libre" du PS, moi même jeune médecin hospitalier et George Andrieux, correspondant du Gai Pied à Bordeaux et ami personnel de Jean Le Bitoux, fondions la première association homosexuelle bordelaise, "Les nouveaux Achriens". Nous nous étions tous connus comme acteurs de l'émission de radio. George Andrieux invita à plusieurs reprises Jean Le Bitoux, qui devint une sorte de parrain de l'association, même s'il en regrettait le nom, surtout l'adjectif nouveau, qui associé à un nom un peu étrange lui faisait penser à "ordre nouveau" un ancien mouvement d'extrême droite. Jean Le Bitoux, qui était dans une mouvance très à gauche alors que je "dérivais" à cette époque vers un mitterrandisme très social-démocrate, aurait également souhaité que l'association soit plus "politique", alors que nous voulions être ouvert à tous. Nous avons eu, à plusieurs reprises, des discussions animées mais cordiales. Il y a fort longtemps que je l'avais perdu de vue. Il s'était beaucoup investi ces dernières années dans la lutte contre le sida et dans la reconnaissance de la déportation des homosexuels. Sa mort est aussi l'occasion de rappeler qu'on meurt encore du sida aujourd'hui.... Il se trouve qu'une émission de télévision de FR3, consacrée à certains "monstres" du petit écran, évoquait Yves Mourousi, le journaliste de TF1 auquel je faisais référence dans un précédent billet à propos d'un bar de la rue Saint Anne. Rétrospective d'une époque où la transgression était possible, impensable aujourd'hui qu'un tel personnage, même sur canal, puisse durer plus de quelques semaines. L'époque est à Jean Jierre Pernaut. Ce que j'avais annoncé dans un précédent billet, la curée contre Michel Onfray, n'a pas manqué de se déclencher. La secte des lacaniens et sa "papesse" Elisabeth Roudinesco sont parties à l'abordage : "fasciste", "antisémite", etc....On ne compte plus le nombre "d'antisémites" dans le bestiaire de la papesse. Il était à prévoir qu'il serait bien plus facile de s'attaquer, dans une ambiance christianophobe, à l'église catholique, qu'aux psychanalystes qui règnent depuis si longtemps sur "l'intelligentsia" parisienne....Je doute, quel que soit son talent et sa mauvaise foi, qu'il en sorte indemne. A signaler un étonnant roman, " La compagnie des menteurs", présenté comme un thriller mais qui pourrait tout aussi bien être classifié de roman historique, ou roman fantastique, inclassable, mais une description saississante du moyen âge et un sens aigu de la narration.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 23:45

 

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Ayant entrepris de faire un peu de place dans ma bibliothèque pour pouvoir y accueillir les nouveaux livres dont je viens de faire l'acquisition et  dont la plupart viendront s'ajouter à la liste de ceux "en attente". En effectuant ce rangement j'ai découvert une vieille cassette oubliée depuis longtemps et j'ai eu la surprise en l'écoutant sur mon encore plus vieux "lecteur de cassettes", plus de 20 ans, mais toujours en état de marche (ah la qualité BO...), qu'il s'agissait de l'enregistrement d'une émission de radio, Framboise et citron, à laquelle je participais régulièrement entre 81 et 83, émission "homosexuelle" sur la radio dite "libre" du PS local. J'y assurais une chronique médicale et littéraire. L'enregistrement concernait une émission du printemps 82. Quel sentiment étrange de m'entendre parler de René Girard, des positions de l'église catholique (en des termes que je ne renierais pas aujourd'hui), de la création du mouvement homosexuel que nous venions de fonder sur Bordeaux, "Les nouveaux Achriens". Plus troublant encore lorsque je me suis entendu dire " Le cancer gay c'est fini, cette maladie ne touche pas que les homosexuels, mais aussi les hétéros et les drogués, elle s'appelle désormais "Syndrome d'Immuno-déficience acquise", la responsabilité des poppers a été écartée". Troublant car, à distance, le ton sur lequel c'est dit donne l'impression d'un cri de victoire "Il n'y a pas que nous!" La cause virale de la maladie n'était pas encore découverte. Et puis réentendre les voix de ceux qui participaient à cette émission, dont certains sont morts...

" C'était notre foutue libération des mœurs ", comme le titrait le "Monde"; il y a un peu plus d'un an, à l'occasion de la sortie du roman de Tristan Garcia, philosophe de 27 ans, "La Meilleure Part des hommes". On avait parlé  d'une révélation littéraire : "il dresse sous la forme d'une fresque intime, sentimentale, politique et culturelle, un portrait saisissant de justesse" de ces années 80 qui ont vu l'apparition du SIDA. "Les années 1980, écrit-il en préambule, furent horribles pour toutes formes d'esprit et de culture, exception faite des médias, de la télévision, du libéralisme et de l'homosexualité en Occident. " " On baisait, on était politique (...). Tu embrassais un mec, tu faisais la révolution d'Octobre (...) c'était nos sixties, notre foutue libération des mœurs. ". L'apparition du Sida va tout changer et le livre va décrire les affrontements politiques et intellectuels qui vont en résulter, notamment à propos de la polémique quant aux rapports non protégés, entre 4 intellectuels dont 3 sont, parait il, facilement reconnaissables : Finkielkraut, l'écrivain Guillaume Dustan (apôtre du bareback) et Didier Lestrade, fondateur d'Act Up et intégriste de la capote.

On vient d'apprendre la mort de Jean Le Bitoux, fondateur de Gay Pied, un autre des acteurs clés de cette époque. J'y reviendrai bientôt.

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 22:10

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Nous avons donc fini par rentrer chez nous, après un très, très long périple. Le « charter » qui avait décollé de Toronto dimanche à 19h30 heure de Paris s’est posé à Madrid à 4h30 du matin. Deux bus nous attendaient, l’un selon un axe Madrid/Bordeaux/Paris, l’autre se dirigeant vers Toulouse, Montpellier, Lyon, puis Mulhouse et Strasbourg, déposant chacun à la gare la plus proche de son domicile…Je suis arrivé à Paris lundi à 22h, après 18 heures de voyage, tandis que mes confrères et collègues de l’est sont arrivés à destination finale mardi à 5h30 ! Il semble que les derniers médecins bloqués à Toronto aient pu prendre un autre charter le lendemain pour arriver à Roissy enfin réouvert à minuit mardi soir.
Au final cela constituera sans doute un souvenir de plus de Toronto dont j’ai moins exploré la vie nocturne que lors de mes visites précédentes, moins de temps libre cette fois ci et surtout moins d’énergie que par le passé pour des virées nocturnes jusqu’au petit matin. Je n’ai ainsi pas entrepris la ronde des saunas où j’avais pourtant « collectionné » les rencontres il y a 11 ans. J’ai tout de même, bien sûr, parcouru les bars de Church Street, inégalement fréquentés selon les soirs, presque déserts le mercredi, un monde fou le vendredi, il fallait parfois faire la queue dans la rue pour entrer. Je n’ai cependant pas trouvé Church Street aussi changée que le commentaire de Brianstorming sur mon précédent billet me l’avait fait craindre. Je m’étais préparé à avoir le sentiment, comme à « Castro » à San Francisco, de visiter un musée ou un site archéologique, mais il  n’en est rien. On ne s’y  préoccupe pas de savoir si l’on risque de donner aux hinarces « une mauvaise image de nous » (expression à nouveau employée par un des candidats gay de Pékin Express….) et l’on y retrouve en bonne entente toute la diversité du monde gay, notamment ces « shows » de travestis que l’on ne voit plus qu’exceptionnellement en France dans quelques rares bars de province. On a l’impression que le temps s’est figé ici à la charnière des années 70/80. Quel contraste avec les bars de la rue des Archives dans le marais, on y ressent notamment pas une discrimination liée à l’âge, c’est ce qui m’avait le plus frappé lors de ma première visite et la « mode » ne semble pas y avoir imposé ses codes (mais il est possible que les jeunes « branchés » aient déserté Church Street pour d’autres quartiers puisque Brianstorming faisait état dans son commentaire d’un certain vieillissement de la population gay du quartier, ce qui ne m’a pas sauté aux yeux lors des deux soirées du week-end). On ne rencontre pas à Toronto que des canadiens, la ville est cosmopolite, mais le jeune mexicain qui m’a abordé dans la rue, à la sortie du bar où nos yeux s’étaient croisés, était en fait comme moi de passage dans la ville, comme moi dans l’industrie pharmaceutique, pour le même congrès de neurologie, travaillant cependant dans une autre entreprise que la mienne…

Une occasion pour revenir sur ce qui a sans doute été et reste peut être une souffrance pour bien des gays, "vieillir". A été mais devrait l'être moins si l'on ne se retire pas sous sa tente (le mot n'est peut être pas très bien choisi...). J'ai déja abordé cette question  dans deux billets :
http://limbo.over-blog.org/article-age-et-desir-42640201.html
http://limbo.over-blog.org/article-le-temps-du-desir-gay-43516930.html

Les gays qui ont aujourd'hui "un certain âge" sont ceux qui ont fait la révolution gay, ils ne sont pas prêt à abandonner le terrain et à rentrer chez eux ou à s'exiler dans des terres plus accueillantes, tel Michel Foucault qui vivait mal cet ostracisme par l'âge et qui est allé chercher la mort à San Francisco. Faut il encore s'en donner les moyens...

"Le parti de l'In-nocence relève comme une contribution positive au débat l'exposé des vues de Mme Martine Aubry, qui estime à très juste titre que la question des retraites et de leur financement ne saurait être dissociée de la constatation du vieillissement de la population et qui considère que ce vieillissement présente de nombreux aspects favorables. Le parti de l'In-nocence estime pour sa part que le racisme à l'égard de l'âge et des personnes âgées constitue, avec le racisme à l'endroit des blancs et des Français d'origine française, un des racismes les plus agissants, malfaisants et sous-estimés (au point d'être à peu près totalement occulté) au sein de la France contemporaine ; et il est convaincu qu'une réévaluation de l'âge et des valeurs qui lui sont attachées représentait un élément indispensable et légitime entre tous pour lutter contre la décivilisation en cours et la retarder. C'est en ce sens qu'il se félicite de sa partielle concordance de vues avec la première secrétaire du Parti socialiste."
(Renaud Camus, 14 avril 2010)

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 10:07

20100415PHOWWW00060.jpgIl est sans aucun doute des situations bien plus dignes de compassion que celles des quelques 250 neurologues français (et je ne sais combien d'autres de toute l'europe) piégés à Toronto par la fermeture de la plus grande partie de l'espace aérien européen, il n'en reste pas moins que l'incertitude absolue qui régnait sur les possibilités de notre retour en a angoissé plus d'un. Nous aurions du partir vendredi soir. Dans notre malheur nous avons eu la chance d'être "en groupe", une cinquantaine de personnes pour celui de mon entreprise, avec une équipe de direction qui à Paris et au siège international s 'est efforcée de trouver des solutions pour rapatrier tout le monde dans des conditions de sécurité, dans un hôtel tout confort qui avait les capacités pour continuer à nous héberger et dans une ville certes sans grand intérêt touristique mais accueillante.
Nous avons eu la possibilité de prendre dimanche midi (heure de Toronto) un charter spécialement affrêté pour la circonstance, en coopération avec d'autres groupes dans la même situation, pour Madrid, avec au moment où j'écris ce billet (grâce à une connection 3G) une remontée sur Paris en bus. Dans le meilleur des cas je ne serai pas à Paris avant ce soir tard. Bien d'autres restent bloqués au Canada, avec un délai d'attente d'au moins 10 jours pour un vol régulier, sinon il leur restera la traversée en bateau....
Il est des situations individuelles plus difficiles que d'autres, en fonction des exigences professionnelles, avec notamment des centaines de consultations à annuler pour mes confrères hospitaliers ou libéraux (avec pour ces derniers une perte finançière conséquente), mais parfois aussi des problèmes personnels.

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 18:49

Il m’est arrivé, sur un blog antérieur, de relever à propos de l’intérêt que je porte à Renaud Camus, l’expression « maître à penser » qui m’a paru fort mal à propos employée. Il faudrait interroger d’abord la notion même de maître à penser qui peut s’entendre de deux façons fort différentes. La première, celle sans doute sous-entendue par celui qui l’a employée, renvoie à ceux, « gourous », dont la pensée est devenue une « référence », une sorte de « vérité » qui a pour vocation d’être apprise et transmise à et par leurs disciples. Cette première acceptation du terme est plutôt négative, Gide dans les «Nourritures terrestres» dit à son disciple de jeter le livre qu'il a écrit pour lui, et André Gluksman s’en est pris, dans un pamphlet célèbre qui lui avait attiré les louanges de Michel Foucault, aux «Maîtres-penseurs», Hegel, Marx, etc.. La seconde, plus conforme à la lettre même de l’expression, évoque « l’éveil de la pensée » que le maître tente de faire apparaître chez son élève, non penser «à sa place», mais lui apprendre à penser, l’école de Socrate.
Ai-je eu, ai-je encore, des «maîtres-penseurs»?

Jeune adolescent sûrement, mon Grand-père fût le « gourou » qui a formaté ma « pensée » politique, d’extrême droite, en cette période là. Mais au même moment, au collège Sainte Marie Grand-Lebrun, des maîtres à penser selon le sens noble, mon professeur d’histoire qui déconstruisait méthodiquement mon argumentation en faveur du régime de Vichy sans jamais la mépriser et mon professeur de français, chez lequel je trouvais parfois quelques soutiens, ont contribué à me fournir l’appareil critique nécessaire à une autonomisation de la pensée (apparente bien entendu, « penser par soi même » est un abus de langage, tant sont nombreux les déterminismes conscients et inconscients).
A la sortie de l’adolescence, Henri Laborit, a incontestablement joué un rôle majeur. Mai 68 était passé par là, ma vision politique antérieure était en train de se disloquer, comme pouvait en témoigner cette dédicace d’un des élèves de ma classe de terminale C, lors de la fête de fin d’année scolaire : «A ce fasciste qui ne s’est pas encore aperçu qu’il ne l’était pas». Le rationaliste que j’étais, et que je crois être resté, avait besoin d’une théorie faisant « système ». Le livre de Jacques Monod « Le hasard et la nécessité » (« L'ancienne alliance est rompue ; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part.») m’avait ébranlé et appelait des répones . Henri Laborit, catholique, neurochirurgien, biologiste et philosophe, allait, avec « Biologie et structure », puis « La Nouvelle Grille » me donner les bases rationnelles de cette réponse et nourrir mes nouvelles convictions de « gauchiste chrétien ». Puis en 78 il y eut la découverte de René Girard, un autre catholique, «Des choses cachées depuis la fondation du monde», et sa théorie du désir mimétique et de la victime émissaire. Henri Laborit et René Girard ont sans doute été pour moi des « Maîtres penseurs », mais je ne crois pas qu’il y en eut d’autres. Des «maîtres à penser» en ce sens qu’ils ont, plus ou moins, contribué à ma façon d’appréhender le monde et à forger mon discours, ils sont légions et les noms qui me viennent à l’esprit ne sont que ceux dont je suis le plus conscient de l’influence : Edgar Morin, Michel Serres, Bernard d’Espagnat (mécanique quantique), Michel Foucault, Jean Pierre Dupuy, Stéphane Lupasco, tous philosophes, sociologues ou scientifiques. Aucun nom d’écrivain ne me vient spontanément à l’esprit, et il faudrait être bien peu familier et de la pensée de Renaud Camus pour en faire un de mes « maîtres penseurs ». J’apprécie Renaud Camus en tant qu’écrivain, je prends un plaisir à chaque fois renouvelé à le lire, notamment son journal, j’ai une sensibilité «homosexuelle» proche de celle qu’il décrit dans « Buena Vista Park », « Notes Achriennes » et « Chroniques Achriennes », mon rapport au sexe et au désir diffère peu du sien, mais je suis loin de partager toutes ses indignations (quelques unes cependant!) et encore moins certaines de ses positions «politiques» même si je déplore qu’elles soient caricaturées et déformées sans avoir été lues. Il me semble être bien loin de l’esthète, dandy et misanthrope irrémédiablement nostalgique d’un monde qui n’est plus.

On peut se demander si aujourd’hui les « maîtres penseurs » n’ont pas été remplacés par les « maîtres censeurs » selon l’expression d’Elisabeth Levy dans un de ses derniers essais : «
A la dictature, ancienne mode des maîtres penseurs, succède le terrorisme intellectuel des maîtres censeurs à travers l'inculpation du passé ou la juridisation des moeurs notamment. Elle présente ce nouveau type de censure, l'idéologie véhiculée, ses mécanismes, ainsi que son réel pouvoir sur la société »
http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=4164

« Salgas: où situeriez-vous un amateur de Renaud Camus dans la littérature contemporaine?
RC: j'ai le plaisir de répondre qu'un amateur de Renaud Camus est extrêmement difficile à cerner. Lecteurs extrêmement divers. Un amateur global de RC est presque inconcevable. Les livres que j'ai produits interviennent à des niveaux littéraires si différents que peut-être est-il très difficile de les aimer tous. Ils ont trouvé des publics extrêmement éloignés les uns les autres et qui d'ailleurs sont souvent choqués par d'autres aspects du même travail. Par exemple je vois très bien des charmantes vieilles dames aux cheveux bleutés adorer les châteaux, les paysages français, les expositions de peintures impressionnistes "quel bon jeune homme"... Les lecteurs de Tricks ne sont pas forcément des passionnés des Églogues et du travail sur le signifiant. »
(Renaud Camus, entretien France Culture)


" Il est possible que dans la douloureuse confusion de ces dernières années, on se soit de bonne foi trompé sur mon compte. Hélas ! un écrivain n'est-il pas toujours, de quelque manière, à la merci du premier imbécile venu qui croit le connaître pour avoir mal lu ses livres ? Mais qui dispose de mes livres ne saurait, pour autant, prétendre disposer de moi. "
(Georges Bernanos, 3 avril 1946.)

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:56

 

 

Lundi, à l’heure du déjeuner, alors que je remontais Church Street, déserte à cette heure là mais baignée d’une douceur fort agréable, vers le « village » qui était encore à vingt bonnes minutes de marche, et que je passais devant ces églises sans intérêt qui ont donné son nom à cette rue, ce sont mêlées dans mes pensées le souvenir d’une récente émission dite « littéraire », animée par un journaliste, qui avait invité Michel Onfray à l’occasion de la sortie de son dernier brulôt, et celui d’un des commentaires d’un précédent billet consacré au « Bateau brume ». Il y était question, à propos de la sympathie de l’auteur du dit roman pour Benoît 16, du syndrome de Stockholm, syndrome qui désigne « l’attachement » que finirait par éprouver certaines victimes pour leurs tortionnaires. J’avais trouvé ce commentaire amusant mais assez peu pertinent, car il me semble bien plus fréquent de nos jours de constater du « ressentiment » chez ceux qui ont été élevés au sein de l’église, que de la sympathie, ne dit on pas par exemple que l’on sort de chez les jésuites « jésuite ou athée » (je n’ai pas eu à subir les jésuites,  je me suis contenté des marianistes). J’ai ainsi toujours soupçonné chez Michel Onfray un traumatisme caché dans l’enfance. Avant qu’il ne fût question du livre qui avait motivé l’interview,  Frantz Olivier Gisbert, il faut bien faire de l’audience, ne pouvait manquer d’interroger ce chevalier du temple de l’athéisme sur « l’affaire » qui secoue l’église. Et là notre brillant pourfendeur du christianisme a vendu la mèche : jeune, même s’il en a été épargné, il a pu constater combien ses petits camarades étaient victimes de ces pratiques abominables…Solution est radicale, dissoudre l’église, mais plus conciliante tout de même que celle de ces deux universitaires britanniques, dont un autre croisé de l’athéisme, qui somment la justice britannique d’inculper le Pape de « crime contre l’humanité » lors de sa prochaine visite sur le sol de sa majesté (après tout pour des tortionnaires….). Et tout cela avant qu’un cardinal italien ne dévoile imprudemment, dans une déclaration certes aussi inappropriée que justement condamnée, une certaine réalité sous jacente (j’y reviendrai sans doute, m’exposant à subir une «double peine » en abordant les deux sujets qui déclenchent l’hystérie haineuse, l’église et ce que l’on dénomme aujourd’hui « pédophilie »).

Quant au sujet de l’interview de Michel Onfray, la sortie prochaine de son nouveau livre, « le Crépuscule d’une idole, l’Affabulation freudienne », une attaque en règle contre Freud et la psychanalyse, après celle de Didier Eribon, il devrait cette fois me réjouir puisqu’il y démontrerait, ce que j’ai si souvent soutenu dans ce blog ou celui qui l’a précédé, que la psychanalyse n’est pas une science et le Freudisme une imposture. Bien plus il préparerait un nouvel ouvrage où il s’en prendrait cette fois au « terrorisme écologique », que du bonheur en perspective pour moi, il est beaucoup mieux vu d’avoir Onfray dans ses bagages qu’Allègre….Il est cependant à craindre que la même mauvaise foi, le même acharnement, la même propension au seul choix de textes ou de faits qui soutiennent sa thèse accompagnent ces nouvelles croisades. Mais les lacaniens et les écolos ne sont pas les chrétiens, ils n’ont aucune vocation au martyre, ils ne se laisseront pas jeter dans l’arène sans combattre, ils ne tendront pas l’autre joue, ce sera « œil pour œil, dent pour dent », la contre attaque a même déjà commencé à s’organiser avant que ne sorte le livre (voir un des derniers numéros du Nouvel Observateur).….

 

De religion encore il est question dans le très beau film réalisé conjointement par un palestinien et un juif, « AJami », qui se situe à Jaffa, dans la très proche banlieue de Tel Aviv, que nous avions visitée et où nous avions dîné d’un couscous dans un restaurant arabe, lors de mon récent séjour en Israël. Ce film décrit les trajectoires, dont le croisement sera tragique, de personnages appartenant aux communautés chrétiennes, musulmanes et juives. Ce film traduit parfaitement ce sentiment de situation inextricable que j’avais ressenti à Jerusalem.

 

Au moment de mettre en ligne ce billet, je tombe sur une brève du « Monde » : un rabbin qui vient d’être inculpé pour agression sexuelle sur un adolescent…de 16 ans…est qualifié de pédophile ! lol

 

 

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 13:28

 

Voilà un concept qui me plaît bien! Jacques Attali, dans un de ses derniers livres, "Amours", un voyage dans l'histoire de tous les modes possibles de relations entre l'homme et la femme, voit dans la polyfidélité un des modes de relation du futur " . "Le XXIe siècle sera celui de l'amour multiple, de la polyunion, de la polyfidélité. Chacun fera partie de réseaux amoureux, qui le relieront à plusieurs partenaires sentimentaux." Certes, nombreux sont ceux qui n'ont pas attendu le 21è siècle pour mettre en oeuvre cette judicieuse pratique. Et le concept n'est pas neuf, mais Attali est passé maître dans l'art de l'emprunt (avec brio cependant). Un livre récent, écrit par une femme, "Bienheureuse infidélité" développait déjà cette idée : "Au xxie siècle la fidélité n'est peut-être plus la vertu que l'on croit, source de bonheur et de stabilité, mais plutôt une peur de s'ouvrir aux autres, de s'autoriser le désir et l'affirmation de soi. Et l'infidélité, ou la polyfidélité, peut se concevoir non plus comme un fauteur de troubles dans la paix conjugale mais comme une fidélité à soi-même, à concevoir celle de l'autre, et à être en accord avec soi".

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 00:20

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J’arriverai dimanche soir à Toronto, 11 ans après mon dernier séjour dans cette ville, pour assister à nouveau au congrès annuel de l’American Neurologie, qui une fois par décennie se délocalise au Canada. Y ayant séjourné plusieurs fois j’ai pu constater que Toronto mérite sa réputation de plus grande communauté gay de toute « l'Amérique » (il existe même une Chambre du Commerce gay et lesbienne) avec une Gay pride particulièrement haute en couleur. C’est une des rares villes qui a un véritable quartier gay, comme celui du Marais à Paris. La série « Queer as folk » y a été entièrement tournée, notamment à « Liberty Avenue ». Tout s’organise autour de Church Street la rue la plus haute en couleur, toujours animée, boites, bars, saunas, commerces…L’accueil dans ce quartier est particulièrement chaleureux. J’avais été frappé de constater que tous les gays étaient les bienvenus, folles, machos, « indifférents », et même d’un âge qui n’oserait plus se risquer dans le Marais. Il était rare de se trouver seul accoudé à un bar sans que quelqu’un ne vienne, surtout si votre accent a montré que vous étiez un étranger, vous tenir compagnie. On comprend vite cependant qu’il s’agit d’une manifestation d’hospitalité, et non d’un manœuvre de séduction (les codes ne sont pas ceux de Paris!). Mais le désir s’y donne aussi libre cours, mes nuits furent courtes, il y a 10 ans. Toronto, en tant que destination gay, est pour moi incomparablement supérieure à Montréal, et pour beaucoup d’américains du nord des USA, leur lieu privilégié.

Comment retrouverai je Church Street (quel nom pour une rue gay!), aussi changée que moi ?

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 22:19

 

 

gecole4.jpgLa facilité d'approche qu'ont certains d'entre nous dans la "drague" m'a souvent étonné. J'ai, je l'ai déjà dit, une certaine timidité du premier contact, qui a au moins pour avantage de limiter le nombre de mes rencontres, nombre que pourtant bien d'entre vous jugeraient pourtant au delà du raisonnable! Ainsi il y a peu, au Club Med Gym Palais Royal, je vois arriver en salle un jeune homme, la trentaine débutante, qui tout de suite accroche mon regard pour ne plus le lâcher. Son insistance était telle que je me suis demandé si je ne le connaissais pas (j'ai en général une très bonne mémoire "affective", mais sur le nombre...). A la fin de la séance, il m'a très rapidement suivi dans les vestiaires, et s'est approché de moi en souriant. Je lui ai demandé "on se connait"? et il m'a répondu, "non mais j'aimerais bien"! en déposant un baiser sur mes lèvres et me demandant mon numéro de téléphone..J'envie une telle assurance de soi.

D'autres m'étonnent par leur faculté de dissimulation. Il y a quelque temps, à l'impact (bar sexe du quartier Montorgueil) je vois entrer X qui est un habitué du club Med gym Palais Royal, et qui ne m'a jamais, non seulement dit bonjour, mais même a tout fait pour ne jamais rencontrer mon regard (impossible par le seul hasard, ce ne peut donc être qu'une volonté délibérée). Et ce jour là, alors que je me trouvais près de lui dans un endroit "très convivial", il a abandonné celui avec lequel il était en action pour venir s'occuper de moi....

Incompréhensible pour moi.

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