
En tant que membre d'une association dont un des objectifs est d'informer sur les maladies sexuellement transmissibles et notamment le VIH, j'ai eu longtemps une position un peu marginale et donc
minoritaire quant à l'information à délivrer sur les pratiques à risque (j’ai une sorte de vocation à être minoritaire…). Je crois en effet qu'il dangereux, contre productif, de délivrer un
message qui met toutes les pratiques sur le même plan quant au risque. Ce débat concerne d 'ailleurs toutes les associations impliquées et il est souvent vif entre elles : ainsi Act Up reste sur
la position qui a longtemps été celle de l’AMG (je n’ai pas conscience que cette question est encore été abordée par la nouvelle direction), "tout est à risque", alors que Aides a une position
beaucoup plus nuancée et informe sur la "hiérarchie "du risque. J’ai une position plus nuancée car je crois que mettre sur le même plan une fellation et une sodomie sans capote est une mise en
pratique extrême du principe de précaution alors que l'épidémiologie montre bien que la fellation (active ou passive) sans capote est à faible risque ( ce qui ne veut pas dire à risque zéro)
alors que la sodomie passive sans capote est suicidaire. Ne pas dire cela c'est aussi prendre un risque, celui que certains de ceux qui commencent à se lasser de la capote, passent à l'autre
extrémité ( pas de capote du tout) puisque "tout est risqué". Il est vrai que des cas de contamination par fellation ont été rapportés mais ils sont rares ( on oublie souvent d'ailleurs que la
sodomie avec capote n'est pas sans aucun risque non plus : rupture, salive utilisée à la place du gel, etc...). Se servir de l'épidémiologie comme éducation de l'incertitude....
Le problème n’est pas seulement « épidémiologique », il est aussi psychologique. Il serait intéressant de d’analyser comment l'attitude que l'on adopte quant à l'information sur la prévention est
influencée par ses propres pratiques, ses phobies. Les positions défendues sont autant liées au propre comportement de celui qui les proclame ( est ce que je fais ce que je recommande?) lorsqu'il
est confronté à ces situations, et plus encore à sa façon de vivre la sexualité en général ( il serait intéressant et instructif de faire le profil psychologique de ceux qui ont ou continuent à
parler de la fellation comme une pratique à risque, sans aucune nuance) mais aussi à l'idéologie du principe de précaution qui a tout envahi. Le principe de précaution poussé à l'extrême devrait
recommander la seule masturbation, car c'est la seule façon d'atteindre le risque zéro
Cependant le débat s’est notablement déplacé depuis que le Conseil national du sida (CNS) a émis un avis sur l'intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention. Un avis mesuré qui a
suscité l'enthousiasme de Aides, mais des réserves (ce qui est plutôt une surprise, on pouvait s’attendre à des hurlements) de la part d'Act Up. Cet avis faisait suite à une prise de position des
autorités de santé suisses, qui envisageaient la possibilité de baiser sans capote pour les couples séropositifs à charge virale nulle. La situation semblait en effet assez claire jusqu'ici. Si
l'un des deux partenaires au moins est séropositif, la capote s'impose ( y compris selon certains, mais cela n'est pas démontré, si les deux le sont pour éviter les re-contaminations par une
autre souche). Si au contraire les deux sont séronégatifs, tout dépendrait de leur vie parallèle....Si les deux sont d'une fidélité physique absolue (selon certains cette configuration pourrait
se produire, avec une probabilité qui est certes la même que celle de constater, selon les lois du 2è principe de la thermodynamique, une casserole d'eau se mettre à bouillir sans allumer la
source thermique sous jacente, il suffit pour que cela se produise d'avoir l'éternité devant soi), on peut se passer de capote. Les Autorités de Santé Suisse viennent d'ajouter une autre
possibilité : dans le cas d'un couple sérodivergent on pourrait ( ce qui doit rester une décision du couple) se passer de capote si le séropositif est sous thérapie et a une charge virale
indétectable depuis au moins 6 mois, la probabilité de contamination dans ce cas là étant quasi nulle. Il est en effet probable que les séropositifs traités et à charge virale indétectable ne
sont pas contagieux. Le principal risque de contamination aujourd'hui vient avant tout des séropositifs, nombreux, qui s'ignorent comme tels. Le CNS semble sur la même longueur d’onde : « Le CNS,
que préside le Pr Willy Rozenbaum, estime que pour mieux contrôler la dynamique de l'épidémie, le traitement par antirétroviraux généralement utilisé à titre thérapeutique peut aussi être utilisé
"pour sa capacité à réduire le risque de transmission sexuelle du virus", tout en soulignant qu'il n'y aura jamais de "risque zéro". ». Aides a souligné : "Un document institutionnel pose enfin
le rôle des traitements anti-VIH dans la prévention de la transmission sexuelle du VIH et reconnaît que 'la mise sous traitement des personnes infectées réduit fortement le risque que ces
personnes transmettent le virus par voie sexuelle'", et y voyait "l'occasion de dépasser ainsi les débats d’ordre idéologique". Act-up craignait que cela soit compris comme la « possibilité d’un
abandon du préservatif ».
La Direction générale de la Santé (DGS, qui dépend du ministère de la santé, et qui se réfugie donc derrière le principe de précaution, attitude systématique des pouvoirs publics depuis l’affaire
du sang contaminé et la canicule) a réduit la portée de l'avis du CNS en soulignant que "le traitement antirétroviral ne permet pas d'atteindre une protection maximale car il laisse subsister un
risque résiduel de transmission", tout en passant sous silence, comme le précise l’association « Warning » la question de la non utilisation partielle ou définitive du préservatif par un nombre
croissant de personnes. "L'immobilisme de la DGS montre l'incapacité des autorités françaises de santé publique à se saisir des problématiques portées par les acteurs de terrains, tant
associatifs que cliniciens", a jugé Warning.
"Il est aujourd'hui évident que la politique traditionnelle de prévention est dans une impasse, qu'il est impératif de s'engager vers de nouvelles approches et vers de nouveaux messages, mais,
crispée sur une vision idéologique de la prévention détachée du vécu réel des personnes, la DGS ne veut rien bouger, rien changer. Il ne faudra donc plus s'étonner si l'endémie VIH continue à
être active en France", a conclut Warning.
L’Inter LGBT a soutenu le CNS, et il va sans dire que je suis sur la même longueur d’onde…
Heureusement que le CNS n’a aucune coloration papiste, car sous entendre que le préservatif ne résout pas tous les problèmes….(c’est de l’humour bien sûr…)
Pour finir sur une note d’espoir, faisons un peu d’épidémiologie fiction. Si l’on en croit certains spécialistes de la question, ayant connu l’avant Sida, il n’est plus impossible que je
connaisse l’après. Il ne s’agit pas ici de la découverte possible d’un traitement curatif (y compris un vaccin « thérapeutique »), ni d’un vaccin préventif (le vaccin au sens commun du terme),
qui permettraient d’éradiquer la maladie, mais de la simple possibilité, qui ne dépend que d’une volonté politique (et économique) de la disparition de la maladie pour des raisons
«épidémiologiques». Je m’explique. Un virus, pour se reproduire, a besoin de trouver de trouver un «hôte», et ceci à une relative grand échelle, sinon, il finit par disparaître, «faute de
combattants». Il se trouve que si un dépistage à grande échelle (et bien sûr surtout dans les pays en voie de développement) était pratiqué et si tous les patients séropositifs étaient traités
avec les thérapies actuelles qui permettent de diminuer la charge virale dans des proportions telles que la transmission du virus devient improbable, peu à peu, alors que les contaminés
vieillissants disparaîtraient, «le réservoir» de virus deviendrait si insuffisant qu'il ne pourrait plus se reproduire.... Ceci est possible, en une ou deux décennies, si l’on y met autant
d’énergie que pour le sauvetage du système financier…
Il va sans dire, mais encore mieux en le disant, que ce billet n’engage que moi et en aucune manière l’association dont je suis membre…
Il est sans aucun doute des situations bien
plus dignes de compassion que celles des quelques 250 neurologues français (et je ne sais combien d'autres de toute l'europe) piégés à Toronto par la fermeture de la plus grande partie de
l'espace aérien européen, il n'en reste pas moins que l'incertitude absolue qui régnait sur les possibilités de notre retour en a angoissé plus d'un. Nous aurions du partir vendredi
soir. Dans notre malheur nous avons eu la chance d'être "en groupe", une cinquantaine de personnes pour celui de mon entreprise, avec une équipe de direction qui à Paris et au siège international
s 'est efforcée de trouver des solutions pour rapatrier tout le monde dans des conditions de sécurité, dans un hôtel tout confort qui avait les capacités pour continuer à nous héberger et
dans une ville certes sans grand intérêt touristique mais accueillante.
Lundi, à l’heure du déjeuner, alors que je remontais Church
Street, déserte à cette heure là mais baignée d’une douceur fort agréable, vers le « village » qui était encore à vingt bonnes minutes de marche, et que je passais devant ces églises
sans intérêt qui ont donné son nom à cette rue, ce sont mêlées dans mes pensées le souvenir d’une récente émission dite « littéraire », animée par un journaliste, qui avait invité
Michel Onfray à l’occasion de la sortie de son dernier brulôt, et celui d’un des commentaires d’un précédent billet consacré au « Bateau brume ». Il y était question, à propos de la
sympathie de l’auteur du dit roman pour Benoît 16, du syndrome de Stockholm, syndrome qui désigne « l’attachement » que finirait par éprouver certaines victimes pour leurs
tortionnaires. J’avais trouvé ce commentaire amusant mais assez peu pertinent, car il me semble bien plus fréquent de nos jours de constater du « ressentiment » chez ceux qui ont été
élevés au sein de l’église, que de la sympathie, ne dit on pas par exemple que l’on sort de chez les jésuites « jésuite ou athée » (je n’ai pas eu à subir les jésuites, je me suis
contenté des marianistes). J’ai ainsi toujours soupçonné chez Michel Onfray un traumatisme caché dans l’enfance. Avant qu’il ne fût question du livre qui avait motivé l’interview, Frantz
Olivier Gisbert, il faut bien faire de l’audience, ne pouvait manquer d’interroger ce chevalier du temple de l’athéisme sur « l’affaire » qui secoue l’église. Et là notre brillant
pourfendeur du christianisme a vendu la mèche : jeune, même s’il en a été épargné, il a pu constater combien ses petits camarades étaient victimes de ces pratiques abominables…Solution est
radicale, dissoudre l’église, mais plus conciliante tout de même que celle de ces deux universitaires britanniques, dont un autre croisé de l’athéisme, qui somment la justice britannique
d’inculper le Pape de « crime contre l’humanité » lors de sa prochaine visite sur le sol de sa majesté (après tout pour des tortionnaires….). Et tout cela avant qu’un cardinal italien
ne dévoile imprudemment, dans une déclaration certes aussi inappropriée que justement condamnée, une certaine réalité sous jacente (j’y reviendrai sans doute, m’exposant à subir une «double
peine » en abordant les deux sujets qui déclenchent l’hystérie haineuse, l’église et ce que l’on dénomme aujourd’hui « pédophilie »).