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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 21:44

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Selon un psychiatre responsable de l'association santé des grandes écoles, nos futures élites seraient victimes d'une souffrance psychologique lors de leur passage en classes préparatoires. Pour un tiers il s'agirait d'une simple souffrance et pour près de 20% l'entrée dans la maladie, essentiellement de type dépressif. Et d'incriminer le rythme de travail, la restriction du temps de détente et de la vie amoureuse, et surtout "la chute" des performances, puisque confronté à aussi bon si ce n'est meilleur qu'eux, ces élèves habitués à être toujours premiers, voient leur notes s'écrouler...
Il se trouve que j'ai été élève de telles écoles, Math Sup d'abord, puis un début de Math Spé. La situation n'a pas du beaucoup changer. Effectivement j'ai vécu cette "chute des performances" et la nécessité, pour la première fois de ma vie de travailler une matière, les mathématiques, qui jusque là ne m'avait demandé aucun effort. Il est vrai que de passer des toutes premières places pour se retrouver en milieu de classement demande un certain temps d'adaptation. Quant à la restriction de ma vie amoureuse...je n'en avais de toute façon pas à ce moment là...Je n'ai pourtant pas ressenti de souffrance psychologique et encore moins le besoin de consulter un psychiatre. J'ai contourné l'obstacle en abandonnant la compétition : puisque je ne pourrais probablement pas prétendre réussir aux concours les plus prestigieux (polytechnique , normale sup ou centrale à l'époque), j'ai décidé, sur un coup de tête quelques jours avant mes 20 ans, et en dépit des efforts du proviseur pour me retenir, de ne pas continuer ma deuxième année et de faire médecine...Qui serais je aujourd'hui si je n'avais pas pris cette décision? J'aurais probablement intégrer une école moins prestigieuse que celles que je visais et aurais fini ingénieur ou sur une autre voie que je ne puis imaginer. Quelque part dans le "multivers", j'aimerai bien savoir ce que fait, pense et vit, mon double...
Mais pour en revenir à ce psychiatre, on peut tout de même s'étonner qu'il n'envisage comme cause de la "souffrance" de ses consultants, que "l'environnement" propre aux Grandes écoles et pas du tout la propre structure psychologique des "forts en thème". Il y fait bien une allusion très discrète en mentionnant que ces élèves sont souvent au lycée d'origine des "boucs émissaires". On n'est pas de "très bons élèves" uniquement en fonction d'un quotient intellectuel, certaines structures psychologiques y prédisposent...Cette "forclusion" du génético-biologique" est l'inconscient des psychiatres.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 10:20

 

 

 

    En parcourant un blog sur un site gay je suis tombé sur les propos suivants : « Les actifs/passifs affichés sont en majorité passifs, on le sait tous et on sait très bien pourquoi: il est très difficile de s'assumer uniquement passif. C'est un peu compréhensible, le passif est souvent considéré comme efféminé, c'est celui qu'on traite de pédé en priorité, c'est bien sûr celui qu'on traite de salope ou de sac à foutre... C'est donc surtout un problème d'image: on met tout de suite dans la catégorie passif un mec efféminé alors que ce n'est pas forcément le cas. Je veux surtout donner un conseil aux jeunes qui débutent lol : choisis plutôt d'être actif, entraîne-toi tout de suite. Les avantages sont nombreux. En tant qu'actif, on se sent moins homo et on l'est moins aux yeux des hétéros. Celui qui fait l'homme est moins homo que celui qui fait la femme. C'est quand même plus viril…»
Une lecture trop rapide du dit billet, isolant ces quelques phrases de l’ensemble , aurait pu faire craindre une certaine homophobie, à tort, l’auteur affirmant haut et fort sa passivité en fin de billet. Si ce texte m’a frappé c’est d’abord parce qu’il m’est arrivé, au moment de mon « coming out » et de ma période « militante » de détourner les concepts freudiens en définissant les « actifs exclusifs » comme des hétéros latents, et surtout parce qu’il m’a rappelé ce que j’ai pu lire, il y a longtemps, à propos de Sartre qui aurait écrit (dans son livre sur Genet ?) que la seule vrai homosexualité était l’homosexualité passive. En fait, en dépit d’un recherche « google » intensive, je n’ai pu retrouvé ses propos de Sartre et Didier Eribon n’y fait aucunement allusion dans l’article ci-dessous
http://didiereribon.blogspot.com/2007/07
Pourtant cela ne semble pas si étonnant que cela si l’on se réfère à d’autres écrits de Sartre, antérieurs à son livre sur Genet : « l’orientation psychopathologique des homosexuels assumés ou refoulés vers la collaboration, […] (est) essentiellement marquée par des attitudes féminines de soumission, de ruse et de séduction à l’égard des Allemands.

 (http://culture-et-debats.over-blog.com/article-11988561.html).

Ces propos de Sartre vont tout à fait dans le sens du dernier livre de Patrick Buisson sur la sexualité à Vichy et de son hypothèse originale quant à la genèse de l’homophobie (Patrick Buisson, pour ceux qui ne le connaitraient pas, est un journaliste politique, polémiste redoutable, longtemps sur LCI, qui a collaboré à Minute et au Crapouillot, très à droite donc, et aujourd’hui conseiller politique de Nicolaparte). Ce livre cherche (entre autres) à expliquer pourquoi « l’homosexualité, largement acceptée en France jusqu’à la guerre, avait subi, de 1945 à 1968, une telle répression ». Cette thèse appuyée sur de nombreux exemples : « Brasillach, Genet, Fraigneau, Jouhandeau, Benoît-Méchin, Abel Bonnard (excellent portrait de Gestapette), Montherlant, on n’en finirait pas de citer tous ceux que l’enthousiasme esthétique pour les Appolon germains et les Siegfried casqués a poussé vers de fâcheuses dérives ». On oublie souvent que Genet a écrit avec « Pompes funèbres » une déclaration d’amour au nazisme et que « Aspect comique de l’affaire : la déification de Jean Marais sous l’occupation. Loin d’être un avorton l’acteur emprunte aux guerriers vainqueurs la splendeur de leur anatomie, tout en devant une icône du désordre moral ». De ce croisement entre imagerie nazie et fantasmes homosexuels « est née après guerre, je pense, l’homophobie, terme qui n’existait même pas avant guerre ». On aurait ainsi assimilé amitiés particulières et penchants à la trahison. Selon Patrick Buisson est ainsi né le préjugé selon lequel « la sexualité des individus les prédestine en politique à un type de comportement particulier, singulièrement l’homosexualité….identifiée à des valeurs féminines, prédétermine une attitude de soumission, étrangère à la virilité….L’inverti est cet être qui non seulement est toujours subjugué par la force, mais en tire un plaisir inavouable, ignominieux ». « Dans cette idée, stupide si on la généralise, niche les racines de l’homophobie ».

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 19:05

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Les vacances approchent, il est temps de confirmer les réservations, cette année encore pour Sitgès. Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude de passer une dizaine de jours des vacances d'été, le plus souvent en août, à Sitgès qui est sans doute avec Ibiza et Mykonos, une des destinations gays les plus courues d'europe. Je ne connais toujours pas Mykonos, qui, à ce que j’en ai entendu dire, ne serait plus ce quelle était mais, telle K-West, une « archive », dernier vestige d’une homosexualité à « l’antique ». Ibiza, au contraire, que j’ai connue il y a une dizaine d'années, est à la pointe de la musique branchée d’aujourd’hui, paradis des « clubbers » et des camés de tous horizons qui ne se couchent jamais. Il y a 3 ans, nous avons voulu connaître Torre Del Lago, en Italie, dont la rumeur disait qu’elle aspirait à devenir la nouvelle Sitgès…La présence de la Toscane comme arrière pays constituant un attrait supplémentaire, nous décidâmes donc d’aller découvrir à quatre cette terre gay inconnue qui nous devrait nous permettre d’allier désir et culture. Un vol Easy Jet pour Pise aurait pu paraître la solution idéale et économique, mais la location d’une voiture sur place semblant incontournable, autant faire le parcours en voiture et traverser de belles régions. A l’aller nous choisîmes le trajet le plus direct, via le tristement célèbre autocuiseur (le tunnel du Mont Blanc), avec une étape à Chamonix où nous avons dégusté une fondue bourguignonne (une fondue « savoyarde » dans un tel endroit ne serait pas « tendance » !). Petit coup de nostalgie au passage, le pittoresque hôtel Roma que j’avais l’habitude de fréquenter avec Bernard, mon ex, est devenu une résidence..
Arrivée à Viareggio (Torre del Lago est un district un peu excentré de Viareggio), nous découvrîmes un jetée interminable sur laquelle se trouvait notre hôtel, tout à fait convenable et nous entreprîmes sans plus attendre une reconnaissance des lieux. Il fût d’emblé évident que la voiture était indispensable car la plage de Torre Del Lago, séparée de celle de Viareggio par un port, est à plusieurs kilomètres. Résider à Torre Del Lago même ne dispense d’ailleurs pas d’un moyen de locomotion car le quartier habité est également très à distance de la plage dont il est séparé par une immense pinède (il y a certes de vastes campings, seule solution à distance de marche, mais qui n’était pas envisageable pour moi…ah la gauche caviar…).
La plage de Torre Del Lago, à l’image de celle de Viarregio, est une immense étendue de sable fin (alors que celle de Sitgès est plutôt exiguë) dont la plus grande partie est privée (et donc payante). Il y a deux plages gays, l’une en zone payante (3 euros pour poser son cul sur le sable et 8 à 10 euros pour un transat), indiquée par notre oriflamme favori, fréquentée par les «people» et les gays qui veulent se montrer ou ceux qui sont fatigués de marcher, l’autre en zone «free», à 5 à 10 mn de marche, non naturiste, fréquentée par le gros des troupes dont ceux qui souhaitent assouvir leurs besoins (de toutes sortes) dans la pinède adjacente. Le premier soir nous décidâmes d’aller prendre un verre à la MamaMia, bar gay sur la jetée en face de la plage, vers 21 heures, où nous nous trouvâmes bien seuls. Renseignements pris ce n’était pas la bonne heure et on nous conseilla de revenir vers 23H30. Nous apprîmes ainsi que toute la vie gay ou presque se concentrait sur cette jetée, avec trois ou quatre bars, la Mamamia, le plus populaire, le Boccachica qui fait aussi restaurant, le Prescillia et un autre dont j’ai oublié le nom. Il y aurait bien quelques autres bars dans Viareggio, mais sans grand intérêt. Quant aux discothèques, une seule, le Frau Marlen, toujours sur la jetée, ouverte le WE, mais pas exclusivement gay. Les bars servent cependant aussi de boites avec la jetée comme piste de danse..
Effectivement la nuit s’anime vers 23 heures. Première constatation, le lieu est avant tout fréquenté par des Italiens (contrairement à Sitgès et Ibiza où les espagnols sont minoritaires). Alors qu’à Sitges on a parfois l’impression de n'avoir pas quitté le Marais, je n’ai rencontré que deux connaissances parisiennes (dont une italienne.. adepte de Sitgès, et qui m’a fait un panorama cauchemardesque du lieu). Seconde particularité, la proportion impressionnante de personnages « hauts en couleur », folles, travelos, transsexuels (il y a même une soirée trans au Frau Marlen), plus rarement Drag Queens. Troisième fait notable, la présence d’hétéros ou du moins supposés tels sur leur look et leur accompagnement féminin, peu devant la Mamamia qui s’affiche ouvertement gay sur ses oriflammes et dont la musique est quelque peu « coiffeuse », beaucoup plus devant le Bocca Chica, très branché techno/house. Enfin, dernier étonnement, on ne palpait pas du regard cette atmosphère de drague si présente à Sitgès. Il est vrai, je l’avais déjà constaté dans le passé, que les italiens ne sont pas de tout repos sur ce plan là (vous savez le style « je tire mon coup avec des hommes mais je ne suis pas gay »). Tout doit se passer à l’abri des regards. Il ne m’a pas fallu longtemps pour surprendre des allers et venues vers la pinède toute proche…Là dans l’obscurité plus ou moins intense, tout est possible, immédiat, à grande échelle. Bertrand et moi en avons peu profité car la « logistique du lieu » ne s’y prêtait pas. En effet à Sitgès, ou tout est à distance de marche, chacun est autonome et peut faire ses « emplettes » sans déranger personne. Mais ici, nos deux amis n’étant pas adeptes de ce type de sexualité en pleine nature, nous pouvions difficilement les abandonner à leur triste sort (nous n’avions qu’une voiture) pendant notre « chasse ». J’ai tout de même réussi une escapade rapide pendant qu’ils dansaient. J’ai ainsi rencontré un italien qui ne parlait pas un mot de français ni d’anglais, mais dont le visage s’est tout de même éclairé quand j’ai prononcé le nom de Zidane (il m’a alors dit « publicitas » ou quelque chose comme ça), et il n’arrêtait pas de me dire «Bello» (là j’ai compris mais rassurez vous on n’y voyait pas grand chose..). Enfin je n’aurai pas laissé cette terre vierge de mon sperme.
Toutes ces particularités locales se sont trouvées aggravées par le déroulement durant le long we du 15 août, du Mardi Gras Gay, grande «foire» patronnée par les associations gays mais qui attirent une foule immense et souvent très hétéro (clite). Tout se déroulant sur la jetée, il devient quasi impossible de se garer, si ce n’est à des centaines de mètre, et en payant bien sûr (tout est payant ici et très cher, la moindre bière étant à 6 ou 7 euros…). Il y a bien normalement une grande soirée gay, la soirée H2O, le samedi soir dans une immense discothèque avec piscine et vestiaire dit « en surchauffe », mais elle ne se déroule pas pendant le Mardi gras…).

Tout ne fût cependant pas si négatif. D’abord nous avons plutôt bien diné et pour un prix abordable cette fois ; nous avons trouvé, en face de l’hôtel à Viareggio, un bar gay friendly très agréable pour l’apéritif ; la plage de Viareggio s’étend sur près de 10 kms (toute privée !) et se révèle ainsi un lieu idéal pour un jogging sur la jetée. Mais surtout il y a la Toscane, magnifique, à laquelle nous avons consacré au moins la moitié du séjour, et ce d’autant plus que le temps, non pluvieux mais souvent plus ou moins nuageux et plutôt frais, y incitait. Florence et Pise que je connaissais déjà bien sûr, Sienne que j’ai redécouverte en pleine fête historique (course de chevaux disputée entre les descendants des grandes familles du Moyen Age parées de leurs oriflammes) et Lucca, splendide village qui m’était inconnu. Bertrand était ravi de découvrir cette région.

Tore Del Lago a bien du chemin à parcourir si elle veut un jour se poser en rivale de Sitgès.

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 22:06

jesumomo.jpg "L'avortement ou le mariage entre personnes de même sexe sont des questions anthropologiques qui ne sont pas strictement religieuses", vient de déclarer  le porte-parole de l'épiscopat portugais, le père Manuel Morujao. Pourtant, alors que le Portugal s'apprête à légaliser le mariage homosexuel, Benoît XVI a affirmé que les questions éthiques et spirituelles n'étaient pas "du "domaine privé". On peut y voir une certaine divergence de vue...

Mais savez vous que ce Pape, que l'on sait philosophe est même au fait de la théorie Queer. La théorie Queer critique la notion de genre et l'idée préconçue d'un déterminisme génétique de la préférence sexuelle : « Considérant le genre comme un construit et non comme un fait naturel, la théorie queer est avant tout une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d'une société envisageant la sexuation comme constitutive d'un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l'idée de la complémentarité dans la différence et censé s'actualiser principalement par le couple hétérosexuel » (copier-coller wikipedia, histoire de gagner du temps). Cette théorie, influencée par les œuvres de Foucault et Derrida a sans doute constitué la forme la plus radicale du mouvement de libération homosexuel et l’on peut s’en faire une idée en parcourant le livre « Folles de France » dont il a déjà été question dans ce blog. Benoit 16 a évoqué il y a quelques mois cette théorie : "si les forêts tropicales méritent notre protection, l'homme (...) ne la mérite pas moins...Une écologie de l'homme, justement comprise, est nécessaire", a-t-il dit, ajoutant que "parler de la nature de l'être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d'une métaphysique dépassée". "L'homme veut se faire seul et disposer seul de ce qui le concerne, mais en agissant ainsi il vit contre la vérité, il vit contre son créateur". Je vais encore me faire accuser de « papiste », mais je souscris au moins partiellement, les lecteurs de quelques billets lointains de ce blog savent que j’ai donné les arguments en faveur de l’origine, sinon génétique, tout au moins épi-génétique de la préférence sexuelle. Quant à dire qu’il s’agit d’une «volonté du créateur», je ne me prononcerai pas, en bon agnostique.
Jusqu’où ne va pas se nicher l’idéologie du sympa : on vient de demander par sondage à un échantillon de la population s’ils trouvaient Jésus-Christ sympathique ! Ce qualificatif ne me serait pas venu à l’idée, mais je suis moi aussi d’une autre époque. La réponse est positive pour une majorité de français, je ne suis pas sûr qu’on aurait trouvé la même réponse si la question avait concerné Mahomet….

Restons dans le sujet :

« Flatters est allé samedi soir au Dépôt, et il me dit y avoir sucé, avec beaucoup de plaisir, un nombre incroyable de queues :

« Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, je n’arrête pas de sucer des queues. C’est ce qu’on appelle une pulsion thétique ? »

Ni l’un ni l’autre ne savons trop ce que c’est vraiment que la « pulsion thétique », si elle existe ; nous n’avons même pas une idée très claire de ce que peut bien signifier « thétique », sinon l’inverse d’antithétique. Mais j’ai vu dans le dictionnaire, avant de quitter Plieux, qu’une des définitions de cet adjectif était : « se dit de ce qui pose qqch. Comme ayant une certaine réalité. »

Flatters après tout n’était donc pas si loin. »

(Renaud Camus, Le royaume de Sobrarbe, journal 2005)
PS : Flatters est le surnom, dans le journal de Renaud Camus, du peintre Jean-Paul Marcheschi,
http://www.marcheschi.fr/

 

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 19:29

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Au moment où Tristan Garcia publie un deuxième roman je voudrais revenir sur le premier (il parait en livre de poche) qui a figuré longtemps dans les meilleures ventes de livre et dont j'ai brièvement parlé dans un billet précédent. Ce roman « percutant », au style vif, « moderne », trop moderne peut être, ne me semblait pourtant ne pouvoir atteindre qu’un public limité. Je ne suis pas sûr qu’il ait mérité tant d’éloges, même si j’ai pris à sa lecture un plaisir certain. On a souligné ce qu’il pouvait y avoir d’étonnant dans cette saisissante description des années sida et des polémiques qui les ont accompagnées par un jeune homme de 27 ans qui ne les a pas vécues. On oublie cependant souvent de préciser qu’il s’agit avant tout de ce qui a agité, dans les années 80, le petit milieu intellectuel gay du marais (une façon de parler, le Marais n'existait pas encore...) et qu’il ne s’agit en aucune façon d’un reflet de ce qui s’est réellement passé sur le « terrain ». Il s’agit d’une fable, dont les personnages principaux sont certes inspirés par des célébrités de l’époque. Leibowitz est une sorte de « condensé » de Finkielkraut et de BHL, Dominique Rossi emprunte certains traits à Didier Lestrade le fondateur d’Act Up, tandis que Willie n’est pas sans rappeler le romancier sulfureux Guillaume Dustan, mais ils restent des personnages de roman et ne sont en aucun cas des doubles. Et cette fable n’a pas de morale, ou si morale il y a, elle se traduit par ce propos du 4è personnage, la journaliste, totalement fictive elle, de libération, qui est liée affectivement aux trois autres et qui dit à propos de Willie qui meurt, dans le livre comme son pseudo double dans la vie, du Sida : «Le trésor d’un homme est-il dans ce qu’il laisse – des sentiments, des certitudes, des objets, des images, et des gestes –ou dans ce qu’il garde ? Sans doute ceux qui laissent énormément, ceux qui restent, n’ont-ils en eux qu’infiniment peu… », ou encore : « C’était quelqu’un de pur. Au contact du monde, cela donne une personne extrêmement sale. ». On sent une certaine affection de l’auteur pour Willie, celui qui s’oppose violemment à la capote et qui dit à ce propos : « On n’est pas pédé pour ça…On est pédé parce qu’on encule la société, parce qu’on veut pas collaborer, et parce qu’on sait qu’on vit pas, on meurt. Tiens, tu sais quand c’est commence à mourir ?....Quand tu nais, putain…tu commences à mourir. La vie ça n’existe pas. On meurt dès le départ ! Tout c’qu’existe, c’est le plaisir. Les impulsions neuronales, tu comprends, depuis ta bite. C’est super quand tu vois tous ces jeunes péds, et qui viennent me voir, et qui me disent merci, putain j’y croyais plus. Ils ont le goût du sperme, le poz cum, tu peux pas savoir, faut risquer sa vie pour ça. Là tu jouis. Et c’est…. ».

Ce n’est cependant pas la réalité que j’ai vécu sur Bordeaux, si ce n’est ce qui est décrit au début du roman, la négation pendant quelques mois de la réalité de l’épidémie vécue comme un complot homophobe, y compris par l’AMG à laquelle j’appartenais. J’ai raconté dans des billets précédents mes aventures, jusqu’à Ginette à la mi-82, des années présida. Les premiers cas de « cancer gay » ont certes été rapportés pendant l’année 81 aux USA, mais ce n’est qu’au début 82 que Willy Rosenbaum a déclenché une procédure « d’alerte » en direction de la communauté homosexuelle, l’origine virale soupçonnée en 83 et les premiers tests de dépistage disponibles en 85. Je n’ai pris vraiment conscience de la gravité de la situation qu’en 86-87 lorsque le virus a commencé à frapper sur Bordeaux des personnes que je connaissais. Mon comportement d’alors, rétrospectivement, me semble assez étrange. Je n’avais aucune attitude de dénégation par rapport à la réalité de l’épidémie (j’avais d’ailleurs été sur le point, pour protester, de quitter l’association des médecins gays en 82), mais je me comportais comme si le risque ne me concernait pas, et en aucun cas il ne s’agissait d’une volonté « politique », ou d’un quelconque défi suicidaire comme chez « Willie ». Ce n’est qu’à partir de 87 que j’ai commencé à me protéger et à utiliser la capote. Nous ne sommes pas nombreux parmi ceux de ma génération qui avaient une sexualité à haut risque dans les années 80 (multipartenaires, sodomie plutôt passive) à avoir échappé à l’hécatombe. Je ne sais à quoi attribuer cette incroyable chance : le simple hasard ? des partenaires multiples certes, mais moins que si j’avais été célibataire ou avais vécu à Paris, le centre de l’hécatombe (mais pour plus d’un un seul rapport a suffi…) ? une prédisposition immunitaire (il semble que 10% environ de la population exposée non protégée ne soit pas contaminée - on vient d’ailleurs de découvrir un gêne protecteur - et en dépit de ma sexualité à risque je n’ai jamais attrapé de maladie vénérienne) ? Chance aussi de n’avoir eu aucun de ceux qui ont partagés ma vie et qui furent plus que des amants éphémères, au moins aussi longtemps que j’ai eu de leurs nouvelles et que je le sache, atteints par la maladie.
Les années 90, avec les incroyables progrès thérapeutiques obtenus en peu de temps, ont transformé le pronostic de cette maladie qui est devenue chronique et qui tue de moins en moins, les dernières statistiques viennent de le montrer. Difficile de ne pas penser à ceux, et notamment les amis dont j’ai parlé dans des billets précédents, et qui sont morts quelques mois avant de pouvoir bénéficier de ces nouveaux traitements.

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 22:14

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Lorsque John Wheeler, dont les trous noirs étaient le principal intérêt, a créé ce dicton, il entendait l'absence de "caractéristiques observables", bosses ou autres irrégularités, sur le bord d'un trou noir, mais il ne se référait pas à un fantasme sexuel et à ce que vous avez sans doute imaginé, un sphincter anal parfaitement "clean", sans crêtes de coq, sans hémorroïdes, voire rasé du moindre poil. John Wheeler était physicien et il parlait donc de "l'horizon" de ces étranges objets célestes qui se forment par effondrement sur eux mêmes sous l'effet de la gravité. Comme vous le savez sans doute ces trous noirs sont si massifs que rien de ce qui les compose ne peut s'en échapper, même la lumière, d'où leur nom. Ce qu'on appelle "horizon" c'est la limite au delà de laquelle un élément extérieur au trou noir serait inexorablement happé par lui. Mais vous n'êtes pas les seuls à avoir des idées "mal placées". Lorsque John Wheeler en 1970 a proposé pour la première fois le terme de trou noir, la très sérieuse revue américaine "Physical review" l'a refusé sous prétexte d'obscénité...Il a cependant fini par s'imposer. Ce que l'on sait moins c'est que la question " que se passe t'il quand quelque chose -planète, étoile, nous même ou tout ce que vous pouvez imaginé...- tombe dans un trou noir" est à l'origine d'un des plus grands affrontements de la physique qui n'a que récemment trouvé sa solution. Stéphane Hawking, le célèbre physicien britannique spécialiste de la relativité générale, atteint d'une maladie de Charcot, était de ceux qui affirmaient que tout ce qui tombe dans un trou noir était irrémédiablement perdu, ce qui contredisait une autre loi fondamentale de la physique selon laquelle, rien ne se perd et rien ne se crée, autrement dit il y a "conservation de l'information". Pour Léonard Susskkind, un autre monument de la physique mais lui spécialiste de la mécanique quantique et de la théorie des cordes, Hawking ne pouvait que se tromper ou un pilier de la physique allait s'effondrer. Susskind est sorti vainqueur de cette gigantesque controverse scientifique qu'il vient de nous raconter dans un livre étonnamment facile à lire "La guerre du trou noir" : "la guerre du trou noir a été une authentique controverse scientifique - rien à voir avec les pseudo-débats sur le dessein intelligent ou le réchauffement climatique. Ces querelles bidon, concoctées par des politiciens manipulateurs pour embrouiller un public naïf, ne traduisent aucune différence réelle du point de vue scientifique". Si Susskind avait connaissance de la polémique qui sévit en France à propos du livre de Michel Onfray sur Freud, il l'ajouterait sans aucun doute à la liste de ces "pseudo-débats". Dans les vraies sciences comme la physique, les théories sont sans cesse questionnées et soumises à réfutation, puis abandonnées ou au contraire validées même si elles heurtent notre perception du monde, notre entendement, comme dans le cas de l'illustration de "l'effet tunnel" jointe à ce billet. Lorsque vous frappez une balle avec une raquette pour la projeter sur un mur, la physique que vous connaissez, dite classique, et votre expérience, vous disent qu'il est absolument impossible qu'au lieu de rebondir sur le mur elle le traverse...La physique d'aujourd'hui, quantique, nous dit que la probabilité que la balle traverse le mur est très faible, mais que tout ce qui n'est pas interdit par les équations finira par se produire si l'on dispose d'assez de temps. Ainsi on peut calculer que pour le cas de la balle en question ce temps est si long qu'il a pour nous la dimension de l'infini et il n'est donc pas étonnant que nous n'ayons jamais constaté de phénomène, mais pour des particules de dimension infinitésimale le temps nécessaire est à échelle humaine, on le vérifie régulièrement en laboratoire!

Flânant, comme je le fais presque toujours lorsque je suis de passage à Bordeaux comme vendredi dernier, entre les rayons de l'immense librairie Mollat, je suis tombé sur un roman de Tom Keve, "Trois explications du monde" où l'auteur raconte la rencontre (plus ou moins imaginaire) des penseurs qui vont bouleverser en profondeur les esprits, Freud, Ferenczi, Young , Rutheford (un des pères de la physique moderne) et bien d'autres. Tom Keve y tenterait de réaliser le rêve de Ferenczi et de Pauli (une autre grand figure de la physique) de faire converger les sciences de la psyché et celles de la nature. Ferenczi fût un disciple de Freud avant de s'en éloigner ( Dans son Journal clinique, Ferenczi rapporte des propos tenus par Freud qui l'avaient choqué : «Je dois me souvenir de certaines remarques de Freud, qu’il a laissé tomber en ma présence, comptant manifestement sur ma discrétion : « les patients, c’est de la racaille ». 2) Les patients ne sont bons qu’à nous faire vivre, et ils sont du matériel pour apprendre. Nous ne pouvons pas les aider, de toute façon. »). Il n'était sans doute pas écrit que la psychanalyse devienne un dogme, une pseudo-science, peut être ce livre de Tom Keve m'éclairera sur ce point.

Vu ce week-end un polar sentimental, noir, et très bien mené, "Dans ses yeux" (oscar du meilleur film étranger, ce que l'on pourrait tout de même jugé excessif). La passion est la toile de fond de ce film, passion dans tous les sens du terme, celle du football trahira "l'assassin" dont on retrouvera la trace dans un stade : "la seule chose dont l'homme ne puisse se défaire c'est sa passion " dira l'enquêteur. Si l'on devait me "piéger" , c'est sans aucun doute les librairies qu'il faudrait surveiller...
J'aurais aussi voulu parler de "Mourir comme un homme", film portugais dont le scénario narre l'histoire d'un travello, vedette finissante d'un spectacle de cabaret, qui aime désespérément un jeune mec et dont la foi religieuse l'empêche de réaliser sa transformation en femme. Le film n'est pas exempt de faiblesses narratives et d'ennui, mais reste très émouvant. Bien aimé "Mammouth " aussi.

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 22:09

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C’est la question qui est posée dans le livre de Louis George Tin « L’invention de la culture hétérosexuelle ». C’est une question que je me pose aussi depuis que j’ai pris conscience de mon homosexualité, mais comme un étonnement devant un désir qui m’est incompréhensible. Je ne m’imaginais pas que cela puisse donner lieu à un travail universitaire ayant pour objet « une révision radicale de point de vue » quant à la référence naturelle «ancrée dans le terreau sacré - à l'origine étaient Adam et Eve - comme dans le regard du généticien ». Tin, qui est aussi l’auteur du « Dictionnaire de l’homophobie », entreprend donc cette gageure : « Le voilà aujourd'hui qui interroge la littérature classique française, des chansons de geste au théâtre de Claudel, comme le discours de l'Eglise puis des médecins, pour comprendre l'émergence dans l'Occident du XIIe siècle du couple homme-femme qui fonde la culture hétérosexuelle ». On assisterait ainsi à d’intelligentes relectures du procès des Templiers comme de la légende noire d'Henri III. Selon le compte rendu que j’en ai lu, l’objectif est encore loin d’être atteint, et comme on le sait si on a lu mes précédents billets étant "essentialiste" je ne le partage pas puisque je pense que l'orientation sexuelle est déterminée biologiquement et non "culturellement", mais le livre serait décapant et stimulant pour la recherche.

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 21:38

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En tant que membre d'une association dont un des objectifs est d'informer sur les maladies sexuellement transmissibles et notamment le VIH, j'ai eu longtemps une position un peu marginale et donc minoritaire quant à l'information à délivrer sur les pratiques à risque (j’ai une sorte de vocation à être minoritaire…). Je crois en effet qu'il dangereux, contre productif, de délivrer un message qui met toutes les pratiques sur le même plan quant au risque. Ce débat concerne d 'ailleurs toutes les associations impliquées et il est souvent vif entre elles : ainsi Act Up reste sur la position qui a longtemps été celle de l’AMG (je n’ai pas conscience que cette question est encore été abordée par la nouvelle direction), "tout est à risque", alors que Aides a une position beaucoup plus nuancée et informe sur la "hiérarchie "du risque. J’ai une position plus nuancée car je crois que mettre sur le même plan une fellation et une sodomie sans capote est une mise en pratique extrême du principe de précaution alors que l'épidémiologie montre bien que la fellation (active ou passive) sans capote est à faible risque ( ce qui ne veut pas dire à risque zéro) alors que la sodomie passive sans capote est suicidaire. Ne pas dire cela c'est aussi prendre un risque, celui que certains de ceux qui commencent à se lasser de la capote, passent à l'autre extrémité ( pas de capote du tout) puisque "tout est risqué". Il est vrai que des cas de contamination par fellation ont été rapportés mais ils sont rares ( on oublie souvent d'ailleurs que la sodomie avec capote n'est pas sans aucun risque non plus : rupture, salive utilisée à la place du gel, etc...). Se servir de l'épidémiologie comme éducation de l'incertitude....
Le problème n’est pas seulement « épidémiologique », il est aussi psychologique. Il serait intéressant de d’analyser comment l'attitude que l'on adopte quant à l'information sur la prévention est influencée par ses propres pratiques, ses phobies. Les positions défendues sont autant liées au propre comportement de celui qui les proclame ( est ce que je fais ce que je recommande?) lorsqu'il est confronté à ces situations, et plus encore à sa façon de vivre la sexualité en général ( il serait intéressant et instructif de faire le profil psychologique de ceux qui ont ou continuent à parler de la fellation comme une pratique à risque, sans aucune nuance) mais aussi à l'idéologie du principe de précaution qui a tout envahi. Le principe de précaution poussé à l'extrême devrait recommander la seule masturbation, car c'est la seule façon d'atteindre le risque zéro


Cependant le débat s’est notablement déplacé depuis que le Conseil national du sida (CNS) a émis un avis sur l'intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention. Un avis mesuré qui a suscité l'enthousiasme de Aides, mais des réserves (ce qui est plutôt une surprise, on pouvait s’attendre à des hurlements) de la part d'Act Up. Cet avis faisait suite à une prise de position des autorités de santé suisses, qui envisageaient la possibilité de baiser sans capote pour les couples séropositifs à charge virale nulle. La situation semblait en effet assez claire jusqu'ici. Si l'un des deux partenaires au moins est séropositif, la capote s'impose ( y compris selon certains, mais cela n'est pas démontré, si les deux le sont pour éviter les re-contaminations par une autre souche). Si au contraire les deux sont séronégatifs, tout dépendrait de leur vie parallèle....Si les deux sont d'une fidélité physique absolue (selon certains cette configuration pourrait se produire, avec une probabilité qui est certes la même que celle de constater, selon les lois du 2è principe de la thermodynamique, une casserole d'eau se mettre à bouillir sans allumer la source thermique sous jacente, il suffit pour que cela se produise d'avoir l'éternité devant soi), on peut se passer de capote. Les Autorités de Santé Suisse viennent d'ajouter une autre possibilité : dans le cas d'un couple sérodivergent on pourrait ( ce qui doit rester une décision du couple) se passer de capote si le séropositif est sous thérapie et a une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois, la probabilité de contamination dans ce cas là étant quasi nulle. Il est en effet probable que les séropositifs traités et à charge virale indétectable ne sont pas contagieux. Le principal risque de contamination aujourd'hui vient avant tout des séropositifs, nombreux, qui s'ignorent comme tels. Le CNS semble sur la même longueur d’onde : « Le CNS, que préside le Pr Willy Rozenbaum, estime que pour mieux contrôler la dynamique de l'épidémie, le traitement par antirétroviraux généralement utilisé à titre thérapeutique peut aussi être utilisé "pour sa capacité à réduire le risque de transmission sexuelle du virus", tout en soulignant qu'il n'y aura jamais de "risque zéro". ». Aides a souligné : "Un document institutionnel pose enfin le rôle des traitements anti-VIH dans la prévention de la transmission sexuelle du VIH et reconnaît que 'la mise sous traitement des personnes infectées réduit fortement le risque que ces personnes transmettent le virus par voie sexuelle'", et y voyait "l'occasion de dépasser ainsi les débats d’ordre idéologique". Act-up craignait que cela soit compris comme la « possibilité d’un abandon du préservatif ».
La Direction générale de la Santé (DGS, qui dépend du ministère de la santé, et qui se réfugie donc derrière le principe de précaution, attitude systématique des pouvoirs publics depuis l’affaire du sang contaminé et la canicule) a réduit la portée de l'avis du CNS en soulignant que "le traitement antirétroviral ne permet pas d'atteindre une protection maximale car il laisse subsister un risque résiduel de transmission", tout en passant sous silence, comme le précise l’association « Warning » la question de la non utilisation partielle ou définitive du préservatif par un nombre croissant de personnes. "L'immobilisme de la DGS montre l'incapacité des autorités françaises de santé publique à se saisir des problématiques portées par les acteurs de terrains, tant associatifs que cliniciens", a jugé Warning.
"Il est aujourd'hui évident que la politique traditionnelle de prévention est dans une impasse, qu'il est impératif de s'engager vers de nouvelles approches et vers de nouveaux messages, mais, crispée sur une vision idéologique de la prévention détachée du vécu réel des personnes, la DGS ne veut rien bouger, rien changer. Il ne faudra donc plus s'étonner si l'endémie VIH continue à être active en France", a conclut Warning.
L’Inter LGBT a soutenu le CNS, et il va sans dire que je suis sur la même longueur d’onde…
Heureusement que le CNS n’a aucune coloration papiste, car sous entendre que le préservatif ne résout pas tous les problèmes….(c’est de l’humour bien sûr…)

Pour finir sur une note d’espoir, faisons un peu d’épidémiologie fiction. Si l’on en croit certains spécialistes de la question, ayant connu l’avant Sida, il n’est plus impossible que je connaisse l’après. Il ne s’agit pas ici de la découverte possible d’un traitement curatif (y compris un vaccin « thérapeutique »), ni d’un vaccin préventif (le vaccin au sens commun du terme), qui permettraient d’éradiquer la maladie, mais de la simple possibilité, qui ne dépend que d’une volonté politique (et économique) de la disparition de la maladie pour des raisons «épidémiologiques». Je m’explique. Un virus, pour se reproduire, a besoin de trouver de trouver un «hôte», et ceci à une relative grand échelle, sinon, il finit par disparaître, «faute de combattants». Il se trouve que si un dépistage à grande échelle (et bien sûr surtout dans les pays en voie de développement) était pratiqué et si tous les patients séropositifs étaient traités avec les thérapies actuelles qui permettent de diminuer la charge virale dans des proportions telles que la transmission du virus devient improbable, peu à peu, alors que les contaminés vieillissants disparaîtraient, «le réservoir» de virus deviendrait si insuffisant qu'il ne pourrait plus se reproduire.... Ceci est possible, en une ou deux décennies, si l’on y met autant d’énergie que pour le sauvetage du système financier…

Il va sans dire, mais encore mieux en le disant, que ce billet n’engage que moi et en aucune manière l’association dont je suis membre…

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:30

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Il aurait été étonnant que le film que Gus Van Sant, le réalisateur de « My own private Idaho » vient de consacrer à Harvey Milk me laisse insensible. J’en suis sorti profondément ému, comme sans doute tous ceux qui ont vécu ces années là. Mon propos n’est pas ici d’en rendre compte, surtout d’un point de vue cinématographique, je ne saurais être objectif. Dire plutôt que j’ai en fait découvert cet épisode de l’histoire du mouvement gay dans les années 70. Milk a été assassiné l’année où je suis sorti du placard et je n’ai aucun souvenir que le « bruit » de ce meurtre soit parvenu jusqu’à moi, alors que l’émeute de Stonewall, à New York en 69, est restée comme un des moments clés de la libération gay dont la « Gay Pride » serait une commémoration. Il apparaît pourtant que c’est à San Francisco, dans la deuxième partie des années 70, que tout a vraiment commencé, avec la communautarisation d’un quartier « Castro ». Il est d’ailleurs significatif qu’Harvey Milk n’ait réussi à se faire élire conseiller municipal que lorsque le nouveau découpage électoral a permis le vote par « quartier » et donc en partie par « communautés ». Les multiples manifestations de milliers de gay dans les rues de Castro contre la répression policière ou les propositions de lois visant à éliminer les homosexuels de postes dans la fonction publique, notamment l’éducation, me semblent être les véritables « fondations » des futures Gay Pride. « Castro » ne devait jouir de ce vent de liberté que peu de temps. 3 ans après la mort de Milk, le « cancer gay » allait décimer la communauté homosexuelle, c’est à San Francisco qu’ont été décrits les premiers cas. J’ai dit, lors de mon voyage dans cette ville l’année dernière, combien, chaque fois que je revenais dans ce quartier qui n’est plus que le fantôme de ce qu’il fût, combien j’avais le sentiment d’une nostalgie d’un paradis perdu. Harvey Milk fût sans aucun doute le pionnier du militantisme gay, mais son rêve, prémonitoire de sa fin tragique, «Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes de placard » ne s’est pas totalement réalisé. Toutes les portes de placard ne se sont pas brisées, le ver qui infiltre encore bien des esprits, y compris chez certains gays, en tient encore certaines hermétiquement closes. Un article de Tetu rapportant les résultats d'une enquête en milieu scolaire qui montre que 20% des jeunes gays font des tentatives de suicide, en témoigne. Nous qui vivons souvent à Paris ou dans de grandes villes nous nous leurrons sur l'évolution des "consciences".
Parler tout de même un peu du film lui-même en disant que l’interprétation de Sean Penn est étonnante et que c’est avec beaucoup de réalisme qu'est montré le milieu gay dans toute sa diversité, avec tendresse. Ce film est un véritable hymne à la visibililté. Stupéfaction par contre d'entendre un de nos théoriciens du pédagogisme, François Bégaudeau, le scénariste « D’entre les murs », se déclarer déçu par le film en critiquant notamment son « militantisme », au détriment de sa dimension socio psychologique, en n’abordant pas par exemple, les raisons profondes qui ont conduit Milk, qui travaillait dans la finance, à tout abandonner pour ce combat. Et pourtant, dans une des premières scènes, Milk ayant rencontré dans le métro celui qui allait devenir son ami, il lui dit sur l’oreiller « J’ai 40 ans, je n’ai rien fait de ma vie, je dois changer ».

Vu aussi, Gran Torino. Décidément la semaine des films émouvants.

"MORALISME"
"Surtout ne pas tomber dans le piège de l'amoralisme, de l'immoralisme, de l'anti-moralisme : "Puisque c'est au nom de la Morale que vous nous méprisez, que vous nous rejetez, que vous nous opprimez, nous sommes contre la Morale." Non, leur morale n'est pas la Morale, elle est une erreur et une erreur coupable. C'est au nom de la Morale, de ce qui est juste et de ce qui est bien qu'il faut lutter contre les racistes anti-achriens.
La Morale n'est pas de leur côté, elle est du nôtre. Il ne faut pas la leur abandonner. Notre indignation, notre dégoût, sont en intensité égaux aux leurs. Ils ont comme les leurs la Morale pour référence. Mais ils sont justes et moralement fondés, tandis que les leurs sont imbéciles et moralement indéfendables.
Il n'y a pas leur morale et la nôtre. Ici il n'y en a qu'une, et elle leur donne tort.
(RC, Notes achriennes, 1980)

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 21:35
Jean le Bitoux, quand la transgression était possible

J'ai assisté hier à l'assemblée générale annuelle de l' AMG (association des médecins gays). J'ai pu constater avec plaisir que depuis le "putsch", 'il y a un petit peu plus de 2 ans, où le bureau que dirigeait le fondateur de l'association qui voulait mettre un terme à une aventure de près de 30 ans a été mis en minorité par une petite majorité des adhérents présents et remplacé par une nouvelle équipe plus jeune et motivée, l'association a trouvé un nouveau souffle, vu les adhésions reprendre et les actions se multiplier, y compris en coopération avec le ministère de la santé (nous serons par exemple présent dans une commission qui va se pencher sur le problème du suicide chez les jeunes). Mes activités ne me permettent pas de m'impliquer significativement, si ce n'est en participant de temps en temps aux permanences téléphoniques où nous répondons aux diverses questions médicales que peuvent se poser les gays d'aujourd'hui et aux demandes de coordonnées d'un médecin gay. Nous avons fini la journée par un diner sympathique au "Coupe Gorge". Il n'était pas possible de ne pas évoquer à cette occasion la mort, cette semaine, de Jean Le Bitoux, une des grandes figures du mouvement homosexuel dans les années 80, notamment parce qu'il a été le fondateur du premier journal homosexuel "Gai Pied" en 79. Il avait lui même été mis en minorité et avait du quitter le journal dont il s'opposait à la dérive commerciale qu'on voulait lui imposer. Cette mort m'a d'autant plus touché que j'ai personnellement connu Jean Le Bitoux, bordelais de naissance. En effet, au début des années 80, cinq d'entre nous, le curé d'une paroisse bordelaise qui avait pour ami un jeune aveugle asiatique, un ancien d'Arcady dont l'association venait de se saborder, l'animateur principal de l'émission homosexuelle "Framboise et citron" qui bénéficiait de l'accueil de la toute nouvelle "radio libre" du PS, moi même jeune médecin hospitalier et George Andrieux, correspondant du Gai Pied à Bordeaux et ami personnel de Jean Le Bitoux, fondions la première association homosexuelle bordelaise, "Les nouveaux Achriens". Nous nous étions tous connus comme acteurs de l'émission de radio. George Andrieux invita à plusieurs reprises Jean Le Bitoux, qui devint une sorte de parrain de l'association, même s'il en regrettait le nom, surtout l'adjectif nouveau, qui associé à un nom un peu étrange lui faisait penser à "ordre nouveau" un ancien mouvement d'extrême droite. Jean Le Bitoux, qui était dans une mouvance très à gauche alors que je "dérivais" à cette époque vers un mitterrandisme très social-démocrate, aurait également souhaité que l'association soit plus "politique", alors que nous voulions être ouvert à tous. Nous avons eu, à plusieurs reprises, des discussions animées mais cordiales. Il y a fort longtemps que je l'avais perdu de vue. Il s'était beaucoup investi ces dernières années dans la lutte contre le sida et dans la reconnaissance de la déportation des homosexuels. Sa mort est aussi l'occasion de rappeler qu'on meurt encore du sida aujourd'hui.... Il se trouve qu'une émission de télévision de FR3, consacrée à certains "monstres" du petit écran, évoquait Yves Mourousi, le journaliste de TF1 auquel je faisais référence dans un précédent billet à propos d'un bar de la rue Saint Anne. Rétrospective d'une époque où la transgression était possible, impensable aujourd'hui qu'un tel personnage, même sur canal, puisse durer plus de quelques semaines. L'époque est à Jean Jierre Pernaut. Ce que j'avais annoncé dans un précédent billet, la curée contre Michel Onfray, n'a pas manqué de se déclencher. La secte des lacaniens et sa "papesse" Elisabeth Roudinesco sont parties à l'abordage : "fasciste", "antisémite", etc....On ne compte plus le nombre "d'antisémites" dans le bestiaire de la papesse. Il était à prévoir qu'il serait bien plus facile de s'attaquer, dans une ambiance christianophobe, à l'église catholique, qu'aux psychanalystes qui règnent depuis si longtemps sur "l'intelligentsia" parisienne....Je doute, quel que soit son talent et sa mauvaise foi, qu'il en sorte indemne. A signaler un étonnant roman, " La compagnie des menteurs", présenté comme un thriller mais qui pourrait tout aussi bien être classifié de roman historique, ou roman fantastique, inclassable, mais une description saississante du moyen âge et un sens aigu de la narration.

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