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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 21:24


614709zdzislaw_beksinski_1979_7.jpgNous avions laissé un monde en cordes et un univers en branes. Ce monde quasi-surnaturel que nous décrit la physique d'aujourd'hui a ainsi pu démontrer en laboratoire la possibilité de la téléportation ( certes d'un photon seulement, mais c'est un début!). Qu'en est il du voyage dans le temps? Comme vous le savez, dans la physique de nos grand-père il était impossible car donnant lieu à des paradoxes temporels : ainsi si vous remontez dans le temps pour tuer votre père avant votre naissance, vous n'êtes pas né,  vous n'avez pas pu remonter dans le temps et tuer votre père, donc vous êtes né...insoluble. La physique quantique pourrait permettre de résoudre ce paradoxe. Selon cette théorie chaque jour confirmée la réalité microscopique est enchevêtrée, c'est à dire qu'elle contient, en même temps, toutes les réels possibles et chacune de ces possibilités se réalise dans univers parallèle ( l'expérience du chat de Schrödinger). Ainsi si nous remontons dans le temps et tuons notre père, nous le tuons dans un univers parallèle où cette action s'est réalisée et où ne nous ne sommes pas né, mais nous restons "né" dans l'univers initial d'où nous venons!

Certes la physique actuelle nous dit qu'il n'y a plus d'impossibilité logique à voyager dan le temps, mais nous dit elle comment? Pas vraiment, mais elle nous fournit une piste. La théorie de la relativité générale n'exclut pas l'existence de "Trous de vers", véritables tunnels reliant des régions éloignées de l'espace, sans appartenir à l'espace... et comme le voyage dans l'espace est un voyage dans le temps, le tour est joué. Un petit problème à résoudre cependant, si nous entrions dans un de ces trous de vers (voir l'illustration) il nous arriverait des histoires...

Troudever.jpg
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:51


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Certains de mes précédents billets, comme ce fût le cas sur un autre blog, méritent précision. Je ne m'oppose pas au droit à l'indifférence, c'est une belle Utopie (même si ce n'est pas la mienne). Je n'y crois pas une seconde, du moins pas dans un avenir prévisible. On peut certes imaginer des sociétés futures où les progrès scientifiques auraient définitivement dissocié le sexe de la procréation et où la famille ne serait plus structurante...Je crois qu'un livre de SF de Laurent Dispot, un des fondateurs du FHAR, si je ne me trompe, avait imaginé une telle société.
Je connais beaucoup d'hétérosexuels (dans mon travail) si "tolérants" qu'on pourrait se croire en pays d'indifférence, mais je ne croirais vraiment à cela que le jour où aucun où je n'aurai plus à répondre à la question, fût elle posée ne serait ce que du bout des lèvres par la personne la plus tolérante qui soit, ou dans un regard : "Tu n'as vraiment jamais essayé avec une femme", et que la réponse "Et toi avec un homme" ne le (la) gênera plus.
Mais si un tel monde existait, je ne sais pas si je n'éprouverais pas un sentiment de frustration...

Je ne peux m'empêcher de penser que les tenants du droit à l'indifférence n'ont pas totalement fait leur "coming-out", ils ont encore un problème avec le regard de l'hétérosexuel, ils ont besoin de la "normalité".
Je préfère le droit à la différence, parce que cela a toujours été mon combat, et pas seulement sur le plan de l'homosexualité. Le droit de penser, d'être et de se comporter autrement (dans la limite bien sûr du droit des autres) que la norme, ou la pensée dominante, etc ...

Il ne s'agit pas là de subversion, si culturellement chrétien peut être, que je n'ai pas tellement envie de connaitre un monde d'où la cellule familiale aurait disparue, quelle que soit ma "distance" personnelle vis à vis de cette institution. Je pourrais ajouter que je comprends très bien la "douleur" d'une mère qui réalise qu'elle n'aura pas de petits enfants (la douleur personnelle mais pas l'attitude de rejet, la culpabilité ou le malaise) et je ne saurais lui en vouloir. De façon un peu schématique disons que le combat pour le droit à la "différence" serait un peu celui qui vise à faire disparaitre rejet, culpabilité et malaise, tandis que celui pour l'indifférence voudrait aller jusqu'à faire disparaître cette douleur là. Mais j'irai plus loin, et là bien sûr il ne s'agit que d'un "ressenti" personnel, pas un combat, je préfère la tolérance à l'indifférence car selon les mots de la citation qui est en exergue du livre  "Folles de France" (Repenser l'homosexualité masculine. Jean-Yves LE TALEC) :
"Le bonheur de n'être jamais vraiment à sa place,
le petit détail qui fait que l'on n'est jamais aussi conforme que le voudraient les normes" (Hervé Brizon, La vie rêvée de Sainte Tapiole)


Que l'investissement du mariage et de l'adoption soient potentiellement subversifs, j'en conviens, mais je ne suis pas subversif. Et si cela a fait hurler certains nostalgiques du FHAR, c'est qu'ils y ont vue une victoire "culturelle" de la société hétéro, alors qu'en fait c'est peut être le moyen de dynamiter la société en faisant disparaître de fait la notion de famille. En ce sens oui, l'homosexualité est par essence subversive.


Pour clore ce sujet sur le droit à la différence cette esquisse d'évolution historique du concept de folle dans le livre dont j'ai parlé "Folles de France" :
- la folle libre de Hocquenghem : métaphore de la liberté et d'une libération des contraintes/modèles
- la folle, caricature transitoire, de Michael Pollak : dans la lignée d'un billet précédent, "nous sommes tous des folles", Pollak considère la folle comme forme de concession à la répression, qui va s'effacer au fur et à mesure que la répression diminue
- enfin plus récemment, la folle-phenix de Patrick Cardon, sorte de retour à la 1é définition "je doute que la folle soit un homosexuel. Elle est de plus en plus une manière de penser, ce qui est aussi une manière de vivre", "Disons que le gai, s' est plus triste, c'est qu'il est rigidifié par sa volonté d'intégration, d'institutionnalisation, les gais n'ont aucune notion de l'histoire hors l'imitation de l'histoire officielle; les gais ont une histoire, mais elle est due en grande partie aux folles"; Représentatif du mouvement "Queer" ou "Camp"
Je ne saurai trop recommandé, à ceux qui ne l'ont vu, le plus grand film, à mes yeux, sur l'homosexualité : "Torch Song Trilogy" 

 

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 23:13


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Sport et homosexualité, l'on savait que cela "faisait problème". Un récent documentaire diffusé sur Canal + en janvier était assez édifiant. On croyait cependant que cela ne concernait que les sports collectifs, comme le foot, et l'on savait qu'un coming-out dans ces disciplines nécessitait un courage certain. Mais l'on croyait les sports individuels épargnés, on a vu tel nageur, ou tel plongeur révéler son homosexualité. Le patinage semblait hors d'atteinte de l'homophobie... Et voilà que conjointement notre ex-brillant champion dans cette discipline, Brian Joubert, déclare :«Certains patineurs ne nous aident pas. Ils sont efféminés et en rajoutent encore avec des frous-frous. Je me bats contre tous ces chichis, ça m’horripile. Pas étonnant ensuite qu’on passe tous pour des tatas ou des chochottes.», et que deux commentateurs de la télé canadienne, décrivent ainsi Johnny Weir :«Il a du rouge à lèvre, il s'habille de façon féminine, il a le droit mais c'est un très mauvais exemple. On va croire que les garçons qui patinent vont tous devenir comme ça». Brian Joubert a certes fait à moitié marche arrière en se disant "petit con" ("gros con" aurait été plus pertinent). Johnny Weir lui a su trouver les mots justes : "J'espère que les gamins qui vont grandir comme moi je l'ai fait pourront ressentir la même liberté que j'ai eue d'être moi-même. C'est ça le plus important.... Je crois que la masculinité, c'est ce qu'on veut en faire"

ll est amusant de voir des hétéros employer exactement les mêmes termes que certains gays : "ils donnent une mauvaise image"! Mais peut être après tout certains seront ils satisfaits, le combat pour le droit à "l'indifférence" progresse même chez les hétéros, ils veulent des homos "virils".

Sarkozy  lui aussi semble bien décider à niveler les différences en s'entourant de tant de socialistes, soit en leur confiant des missions, soit en les nommant ministres! Lang, Rocard, Allègre, Kouchner, Strauss-Kahn, Besson, Migaud, Charasse, j''en oublie...Qui plus est la plupart d'entre  eux appartiennent (sauf Besson, tout de même!) à mon bestiaire Mitterrandiste préféré. Comment voulez vous après ça que j'ai encore envie de voter socialiste. Au moins si j'étais à Montpellier je pourrais voter Frèche!

A quoi joue notre Nicolaparte? "De quoi Sarkozy est il le nom" était le titre d'un pamphlet du philosophe Alain Badiou. Tout simplement de la société actuelle, celle qui répugne à Renaud Camus. Un autre livre titre "le Sarkozysme sans Sarkozy" et dit en fait la même chose : " Le sarkozysme, hélas, dépasse l’homme qui l’anime aujourd’hui. Le sarkozysme est une simplification du monde qui s’illustre dans le parler vrai et simple revendiqué par l’exécutif comme dans la solutionnite aiguë dont l’Etat est atteint. De l’homme prévu à l’homme prévisible, du déterminisme génétique à la prédiction de la dangerosité, une société sans risque, par conséquent sans liberté, se met en place. Avec la valorisation de la ploutocratie et de l’homme-marchandise (« l’homme n’est pas une marchandise comme les autres » dixit Nicolas Sarkozy), s’instaure un ordre chiffré, profondément antihumaniste, où tout doit être mesuré et maîtrisé. Le sarkozysme, c’est également l’emprise : l’omniprésence médiatique et l’Empire médiatique où s’organisent légitimations paradoxales, brouillage idéologique permanent, et une communication qui met l’expertise au service du populisme. »

Fin 2011 Sarkozy s'adressera peut être à nous : " J'ai personnalisé ce que vous êtes devenu. j'ai fait mon job. tchao..."

 

Dire, pour finir sur une note positive, combien j'ai aimé "A single man".

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 21:46

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J’ai conté, il y a peu, mon aventure avec Hervé. J’étais sorti de là blessé, mais aguerri pour affronter le « milieu ». Je suis allé de tricks en tricks durant quelques mois. En juillet 1979, parcourant les dunes du Porge, dans la partie « gay » de cette plage des environs de Bordeaux que je venais de découvrir, j’ai constaté qu’un séduisant jeune homme me suivait, mais toujours aussi timide (à moins que la timidité ne soit que le masque de la fierté), je l’ai laissé gravir bien des dunes sans jamais oser l’aborder. Rentré bredouille j’ai poursuivi le soir mes « explorations » sur une place de drague très fréquentée à ce moment là, la Place Renaudel, située entre l’école Santé Navale et l’église Sainte Croix. Je la parcourais à pied lorsque j’ai vu s’arrêter une voiture et en descendre…le jeune homme de l’après midi ! Il m’a abordé avec un large sourire : « on ne va pas se rater une seconde fois ! » et m’a proposé de quitter cet endroit « plein de bougnouls » pour son domicile. Bernard, deux ans de moins que moi, vivait seul avec sa mère récemment quittée par son père avec lequel il entretenait des relations tendues et tenait une boulangerie pâtisserie pas très loin de la maison de mes parents, dans la proche banlieue bordelaise.. La nuit fût très réussie, mais je ne savais pas encore que nous étions au début d’une aventure qui allait durer un an. Point de coup de foudre, je n’ai même pas envisagé d’annuler l’escapade parisienne que j’avais programmée quelques jours plus tard pendant laquelle j’allais rencontrer au « Continental », le sauna près de l’Opéra dont je ne pouvais plus me passer depuis que Philippe me l’avait fait découvrir, un jeune mexicain de 18 ans, en vacances à Paris. J’avais été fasciné par la beauté de son sexe. Manifestement aisé, fils d’un riche industriel, il m’avait invité à dîner au très chic « Café de Paris » à deux pas du sauna. Il est resté le seul de son âge à m’avoir invité ! Nous nous sommes revus le lendemain, à l’hôtel cette fois ci. Rentré à Bordeaux encore sous son charme, nous sommes restés en contact épistolaire pendant plusieurs mois, puis j’ai cessé brusquement de recevoir des nouvelles. Je me suis demandé si son père, qu’il craignait beaucoup, n’était pas tombé sur notre correspondance et y avait mis un terme…J’ai bien sûr revu Bernard à mon retour, de plus en plus souvent, ce qui m’a amené à accélérer la fin d’une liaison épisodique que j’avais depuis quelques temps avec Bruno, un instituteur, rencontré lui aussi Place Renaudel, et qui m’avait séduit sur le plan intellectuel ( il m’avait d’ailleurs offert 2 livres de Karl Popper, sur Platon et Marx, lors de nos toutes premières rencontres, ce qui aurait du me mettre sur mes gardes) mais dont la personnalité hystérique devenait de plus en plus difficile à supporter. La rupture fût difficile et m’a valu un courrier abondant, mélange d’injures et de déclarations d’amour. La tempête passée nous pûmes garder des relations amicales jusqu’à sa mort, du sida, il y a une quinzaine d’années.


Peu à peu je me suis attaché à Bernard. Je ne sais ce qui m’a attiré chez lui, mis à part son physique, son sourire charmeur et notre entente sexuelle (c’est suffisant pour s’envoyer en l’air, pas pour partager une vie…). Il était très peu cultivé (c’est le moins que je puisse dire…), d’un humour plutôt lourd, politiquement infréquentable (très à droite, poujadiste, raciste, sans doute un futur sympathisant d’un Le Pen qui n’avait pas encore fait sa « percée »). Mais enjoué, vif, travailleur, très directif, une personne sur laquelle je pouvais me « reposer » dans cette période difficile où l’atmosphère chez moi était devenue irrespirable. La situation étant même devenue intolérable, Bernard que ma mère avait surnommé « le dégénéré de la boulange » (elle avait fini par concevoir qu’on puisse être homosexuel, sexuellement, une perversion, mais pas « affectivement », pas qu’il puisse y avoir de l’amour entre deux hommes) m’a proposé que nous prenions un studio ensemble. Il ne souhaitait pas que je m’installe chez lui à la pâtisserie, en partie par crainte du « quand dira t’on » de la clientèle, mais surtout pour éviter que sa mère très possessive, qui aurait préféré, elle, me voir dans ses murs, ne cherche à « tout régenter ». Je quittais, à quelques jours de Noël, ma famille qui essaya en vain de me retenir (ils n’avaient pas imaginé un instant que j’en fus capable), pour un studio de 20 m2 que nous avions trouvé dans une résidence près de l’hôpital, dont le concierge, homosexuel, était un ami de Bernard.
Nous avons alors passé quelques mois fort agréables. L’époque était à l’insouciance, nous sortions peu du fait de son travail, mais intensément. Il me fit découvrir une autre boîte gay, « Le vert Galant », à l’extérieur de la ville, très représentative du milieu de l’époque, très « folle ». Il avait beaucoup d’amis, dont Claude qui tenait un commerce de chiens, grande « dame » qui allait sur sa quarantaine, à l’humour ravageur. Nous avons tout de suite sympathisé et sommes restés amis bien longtemps après ma rupture avec Bernard. Il fût le premier de mes proches à mourir du SIDA, début 88. Il avait rencontré Christian, 35 ans, coiffeur parisien, au milieu des années 80, qui devint son amant attitré et est venu s’installer à Bordeaux. Christian vivant depuis longtemps avec un homme de 60 ans, Jacques, dont nous entendions parler sans le voir, et qu’il ne voulait pas quitter, s’est formé une sorte de couple à trois. Jacques, que j’ai fini par connaître au moment où j’étais avec Bernard2, ne supportait pas la situation. Christian avait le Sida, il ne le savait pas lorsqu’il a quitté Paris, il ne découvrit son statut que lorsque les tests viraux sont arrivés. Claude est mort le premier, j’ai pu constater sa déchéance corporelle jusqu’aux tous derniers jours. Son humour était devenu très noir – je me souviens, la dernière fois où je lui ai rendu visite à l’hôpital, qu’il m’a lancé : « toi aussi tu y passeras »….- Christian et Jacques sont retournés à Paris au moment où je m’y installais. Ils sont morts tous les deux, presque la même semaine, 2 ans après. Ils étaient mes amis les plus chers.

La vie que nous menions, Bernard et moi, allait vite lui poser problème : il travaillait toute la journée, y compris le dimanche, venait dîner avec moi, se couchait tôt pour se lever à 4 heures du matin et repartir à la pâtisserie. Les soucis professionnels, les conflits avec sa mère qui me jalousait, à laquelle je m’opposais ce qui rendait inévitable qu’un de nous deux s’efface, le minaient. Quelque temps après lui avoir demandé de quitter la pâtisserie pour aller vivre chez elle, il a « craqué » et fait une dépression grave qui l’a amené à consulter un ami psychiatre qui a du entreprendre un traitement d’urgence. Lorsqu’il alla mieux je consentis à ce qu’il rappelle sa mère, mais je n’ai pas tout de suite compris que quelque chose était « cassé » entre nous, que plus rien ne serait comme avant. J’appris plus tard, après notre séparation, ayant rencontré quelqu’un qui avait été son amant durant cette période, que c’est à ce moment là qu’il avait commencé à me tromper. Je sentais bien que son désir pour moi s’affaiblissait, il ne venait d’ailleurs plus au studio tous les soirs, prétextant une réelle fatigue, aussi lui ai-je proposé que nous allions de temps à autre draguer ensemble, au sauna, nous l’avons mal vécu, ni l’un ni l’autre n’étions prêts pour ce genre de relations. Je le sentais s’éloigner sans toutefois voir venir la fin ou ne voulant pas la voir.
C’est alors qu’a surgi dans ma vie, au printemps 1980, le « bengali », qui allait artificiellement et bien involontairement prolonger cette première expérience de couple. Notre rencontre ne fût pas banale. En rentrant chez moi j’avais trouvé dans mon courrier, une lettre à mon nom mal orthographié. En l’ouvrant j’eus la surprise de découvrir la caricature d’un personnage du Muppets Show, Peggy la cochonne, avec une légende que j’ai oubliée, si ce n’est que l’écriture en était phonétique, un analphabète sans aucun doute… Intrigué je montrais ce courrier à Roger, le gardien de l’immeuble, qui s'esclaffa « ce doit être destiné à Michel, il a le même nom que toi à une lettre près ». J’avais déjà aperçu chez lui, sa porte était ouverte à une multitude de gens, ce Michel qui vivait depuis peu dans l’immeuble et dont j’avais également croisé, au Smart, la boîte gay du moment, le regard prédateur. Petite créature, d’apparence bien plus jeune que ses 21 ans, il avait déjà la réputation, quelques jours après son arrivée dans la résidence, d’avoir partagé la couche de divers locataires…C’est sans doute ce côté « volage », son physique frêle d’adolescent, son orientation sexuelle pas très claire (il couchait aussi avec des femmes, ses frères, ses sœurs…) qui m’ont fait le surnommer « Le Bengali », surnom qui devait rester. J’avais une occasion rêvée de le rencontrer, il était le prototype de ce qui m’attirait, en allant lui restituer le courrier qui lui appartenait. Je frappais donc à sa porte et me retrouvais quelques minutes plus tard… dans son lit. J’appris ainsi que la lettre venait de sa sœur qui lui renvoyait un dessin dont il avait « écrit » la légende. J’ai pu constater par la suite qu’il était effectivement analphabète, mais ceci ne m’a pas empêché de devenir littéralement fou de lui, totalement dépendant sur le plan sexuel. Bernard venant de moins en moins, il passait souvent la nuit chez moi. Je prenais des risques inconsidérés puisque Roger, le gardien, ami de Bernard, était parfaitement au courant d’une situation qu’il désapprouvait d’autant plus qu’il avait des « vues » sur le garnement. Et j étais loin d’être le seul à qui il faisait tourner la tête. Bernard le connaissait puisqu’il était souvent présent, invité par un tel ou un tel, voire par moi, lors des sorties de notre groupe d’amis. Complication supplémentaire, il était poursuivi des assiduités de son ex-ami, qui ne se considérait pas du tout comme un ex, un paysan d’une cinquantaine d’années chez lequel il vivait avant de « s’échapper » pour venir vivre (probablement avec l’ argent que ce dernier continuait à lui donner…) dans notre immeuble. Ce dernier est même devenu menaçant à mon encontre, à plusieurs reprises, et j’ai du un jour faire mine d’aller porter plainte dans un commissariat pour qu’il relâche sa pression alors qu’il me poursuivait en voiture dans les rues de Bordeaux. J’étais perdu corps et âme dans cette aventure quand Bernard m’annonça qu’il voulait prendre du recul et qu’il souhaitait qu’on ne se voit plus pendant quelques temps, ne sachant plus très bien ce qu’il ressentait pour moi. Brutalement rattrapé par le réel je me suis retrouvé désemparé. J’avais besoin de Bernard, il me semblait même l’aimer, le Bengali ne pouvait être pour moi qu’un « amant », une vie de couple n’étant pas le moins du monde envisageable. Il me fallait reconquérir Bernard, une occasion de tester la théorie girardienne récemment découverte. Je lui ai donc avoué ma liaison coupable, très vite avant qu’il ne l’apprenne par d’autres voies, afin d’allumer ce carburant du désir qu’est la jalousie. Une fois le moment de sidération passé (j’ai bien cru qu’il allait me frapper), il appréciait déjà peu le personnage, le mécanisme a parfaitement fonctionné et nous avons tenté de reprendre notre parcours commun. Quant au bengali, je savais que ce petit animal espiègle avait surtout besoin d’un « maître », et qu’il suffirait de lui en trouver un autre sans qu’il souffre vraiment de mon retour au bercail. Un ami de Bernard n’attendait que cela, je les ai donc rapprochés. Mais assez vite Bernard a recommencé à espacer ses visites et je n’ai pu résister à la tentation d’ouvrir à nouveau ma porte à Michel qui n’était qu’à un étage de distance. Durant l’été 80, nous étions à Paris chez sa soeur, Bernard a eu en ma présence un comportement que je ne pouvais admettre avec un garçon rencontré dans une soirée. J’ai alors pris, seul, le premier train pour Bordeaux. Cette fois-ci je savais que c’était fini.
Ne supportant plus de vivre dans ce studio que nous avions pris ensemble, je me suis installé dans un petit deux pièces à quelques mètres de l’hôpital. Quelques temps plus tard, Bernard venu me rendre visite, nous étions restés en bons termes, et découvrant Michel installé chez moi, m’a dit en partant « Ne t’engage pas avec Michel, ça n’a pas de sens ». Je l’ai rassuré, Michel n’était là que pour quelques jours, il avait décidé, je l’y avais incité, de retourner dans sa famille à Lyon.
Je vivais mal le départ de Bernard, quelques semaines difficiles, mais cela ne pouvait se comparer à ce que j’avais ressenti au départ d’Hervé. Puis début octobre, un soir au Smart…Pierre Jean….une autre histoire.
J’ai continué pendant longtemps à voir Bernard qui, quelques mois plus tard, a commencé une relation de couple avec Frank, une dizaine d’années de plus que lui, qui, lui, le dominait. Sans doute avait il besoin de cela pour se dégager de l’emprise de sa mère. Frank s’est installé chez lui, à la pâtisserie, et s’est investi dans son commerce (chose qu’il avait toujours refusé de moi, il se méfiait des « intellectuels »). J’ai constaté avec tristesse, même si je ne ressentais plus rien pour Bernard, l’influence néfaste qu’avait Frank sur lui, renforçant ses plus mauvais côtés. Il réussit même, quelques années plus tard, à lui faire vendre son commerce et à changer de métier. Le sien était certes très dur mais il l’aimait et le maîtrisait. Ils achetèrent un bar. Peu de temps après il pris enfin conscience de la situation et de la malhonnêteté du personnage -il a perdu pas mal d’argent dans l’aventure- qu’il « renvoya ».
J’ai peu à peu moins vu Bernard lorsque j’ai eu rencontré, en 82, l’autre Bernard, étudiant en Khâgne, dont j’ai maintes fois parlé dans ce blog. Leurs univers mental étaient à des millions d’années lumières et ce dernier m’avait d’ailleurs dit, mi ironique : « Mettons Hervé à part, tu as collectionné les anencéphales jusqu’ici… ». Une fois à Paris, il m’est arrivé de le croiser lors de mes visites bordelaises, le sourire toujours aussi charmeur mais de plus en plus de kilos superflus, dans les bars gays, ou plus rarement d’aller lui rendre visite dans son bar-café, apparemment toujours célibataire. Depuis que « l’interdit », un bar discothèque gay, a fermé, il y a près de 4 ans, je ne l’ai pas revu. Quant au bengali, j’ai perdu sa trace il y a bien plus longtemps, à mon arrivée à Paris. J’avais continué à le voir, épisodiquement, à Lyon, puis à Bordeaux où il a fini par revenir, puis à Paris enfin où il avait suivi une nouvelle aventure, avant de partir à nouveau pour je ne sais plus où, non sans avoir eu deux enfants entre temps….Je sais qu’il correspondait de temps à autre avec le gardien de l’immeuble dont j’ai parlé mais ce dernier refusait de me renseigner « pour m’éviter de faire encore des conneries ». Je serais curieux de savoir quel homme, de plus de 50 ans maintenant, il a pu devenir…

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:25

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Sur un autre blog, citant un texte de Renaud Camus où ce dernier notait que les homosexuels, cherchant la "reconnaissance", avaient tendance à «sacrifier les éléments les plus exposés du dossier», les folles et les pédophiles, j'avais déclenché des réactions indignées qui ne m’avaient  pas surprises lorsqu’elles émanaient de ceux qui ont tellement intériorisé les interdits qu’ils sont prêts à sacrifier bien plus que les deux éléments précédemment cités. Etonné tout de  même qu'on puisse à ce point méconnaître son « histoire », je veux dire par là, ce qui constitue la « culture homosexuelle » j'avais entrepris de la leur conter, en commençant par les relations "pédérastiques" dans la Grèce antique. On m'opposa qu'il n'était pas pertinent de parler «d’homosexualité» à propos de l’amour des garçons dans ce cas là , et dans la polémique qui opposa certains historiens à ce propos, on me rangea d'office dans le camp de ceux, tels Boswell, qui défendaient la thèse contraire.

Je n’ai pris conscience que dans un second temps que cette controverse  à propos de « l’homosexualité » dans la Grèce antique renvoyait directement à celle sur le caractère « inné ou acquis » de l’homosexualité, sujet que j'ai abordé dans un billet récent. S’il s’agissait de la même question de fond, ma position sur les deux questions se devait d’être cohérente (bien que j’acquiesce, une fois n’est pas coutume, à l’assertion de Renaud Camus : «Que la subtilité d’un système s’évaluerait à la part de consciente et délibérée auto-contradiction qu’il admet»). Ma position quant au caractère inné ou/et acquis de l’homosexualité était clairement défini, mais n'étant pas helléniste et n'ayant pas lu les historiens en question, je m'étais abstenu quant à la pertinence du concept d'homosexualité dans l'antiquité. A la réflexion, même si je ne me prononcerai pas sur la qualité d’historien de Boswell, il me semble qu'il a raison sur le fond.
Boswell appartient en effet au courant «essentialiste», autrement dit «universaliste», anti «nominaliste», «réaliste», selon lequel l’homosexualité existe «réellement», trans-culturelle ment et trans-historiquement et n’est pas une « construction ». Il s’oppose en cela aux «constructivistes», «nominalistes», pour lesquels les «universaux» n’existent pas, et qui, se référant à Michel Foucault, considèrent que le concept «d’homosexualité» n’a de sens qu’à partir du moment où le mot existe, marquant la «psychiatrisation» d’une pratique, la sodomie, au 19è siècle. A partir de cette prise de conscience se déroulerait «l’histoire de l’homosexualité», l’histoire d’une pratique : «l’homosexualité relève d’une pratique de soi c’est une expérience qui se forme et se constitue à partir d’un travail sur soi. C’est ce qui fait d’elle une forme d’expérience, c'est-à-dire que la sexualité (le désir et les choix sexuels) n’est pas quelque chose de fixé une fois pour toutes, mais au contraire, une matière à partir de laquelle on construit son existence. Si l’homosexualité est liée à des choix sexuels, ceux-ci, explique le philosophe français, doivent en même temps être créateurs de mode de vie (Foucault, 1982). C’est ce qu’il dit en parlant de la nécessité d’être gay».
Ce qu’ont « inventé » les « constructivistes », famille à laquelle appartient George Tin qui lui situe l’émergence du concept «d’hétérosexualité» au XIIè siècle, c’est une «troisième» théorie des origines de l’homosexualité, à côté de celles « génético-biologique » et « psychologique » (freudienne), une théorie « sociologique » de la sexualité, en fait une théorie politique dont le mouvement « Queer » constitue la forme la plus radicale.
Ceux qui ont lu mon billet « Inné et acquis » savent que je suis de ceux qui pensent que ce que j’appelle «homosexualité», c'est-à-dire une orientation du désir masculin vers un objet du même sexe (ne doutant pas que «le genre» existe, aussi peu «queer» que possible donc; je ne me prononçais pas sur le désir lesbien dont je n’exclue pas qu’il ait une composante sociologique), est d’origine « biologique » (voir le billet pour plus de précisions), donc transculturel et transhistorique. Du côté de Boswell donc. L’homosexualité a toujours existé, y compris au temps de grecs, sans être «nommée». Elle s’est exprimée, ou a été refoulée, selon les canaux que la «culture» de l’époque lui permettait d’emprunter ou non.
Je n’ai formalisé dans ce précédent billet que les théories « biologiques » et « psychologiques », mais la conclusion de l’article indiquait la place que je faisais à la théorie «sociologique», constructiviste, celle de la façon dont le désir homosexuel se «réalise» dans une société donnée : « En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi ! ». C'est notre «génotype» (au sens très large de ce terme décrit dans le billet) qui détermine l’orientation de notre désir, mais son phénotype dépend de nous et du contexte culturel. L’histoire de l’homosexualité, c’est l’histoire de son phénotype….
Les polémiques auxquelles j'ai fait allusion revoient  à ce que je disais en début du billet sus cité : «On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle». Il était plaisant de voir les plus indignés par les propos de Renaud Camus sur "la partie du dossier", faire appel, pour discréditer Boswell, à un constructiviste, Didier Eribon, disciple de Foucault et Bourdieu, un des plus fervents partisans de la «visibilité». On pourrait aussi questionner l’utilisation qu’Eribon fait de Foucault, ami de Boswell, ce qui l’a amené à accuser Paul Veyne, qui était si proche de Foucault, de le «dépolitiser » dans le livre qu’il vient de lui consacrer. Foucault, mort du Sida sans n’avoir jamais voulu dire qu’il en était atteint, n'avait pas réglé avec lui même le problème de son homosexualité.
Les constructivistes sont cohérents avec eux même, ils sont «communautaristes». On peut s’étonner de trouver parmi les opposants à «l’essentialisme» de Boswell, certains de ceux qui rêvent «d’une représentation du genre masculin homosexuel plus conforme à la norme, à l’usage des relations sociales de la vie courante, non communautaires», en un mot des valeurs « universalistes »….


« Libre/
Je me répète (je vais finir, si ne n’y prends garde par échafauder un semblant de « thèse ») : la nature de l’homosexuel n’existe pas. Elle n’est pas dans la femme, elle n’est pas dans la « folle », elle n’est pas dans le « macho ». Vous n’êtes condamné à rien. Soyez ceci ou cela ou n’importe quoi si vous en avez envie, et encore assurez vous à deux fois que votre envie est bien la vôtre. »
« L’amateur/
Ce petit livre pour expliquer pourquoi, de l’homosexualité comme essence, l’auteur n’a rien à dire. Il l’écrit pour montrer qu’il n’est pas un expert quant à la question »
(Renaud Camus, Notes Achriennes , 1982)

 

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 22:29
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Avant de reprendre nos activités ce matin, nous avons pensé, Bertrand et moi, que pour se protéger de la vingtaine de degrés en moins que nous subissions depuis notre retour d’Israël, le mieux était d’aller voir « I love you Phillip Morris ». Il y a quelques jours Jeremy, sur son blog, nous disait combien il avait apprécié le film « Maurice », tiré du roman de Forster qui traitait de l’homosexualité dans l’atmosphère puritaine du 19è siècle, écrit au début du 20è siècle, publié seulement après sa mort en 1971. La sortie de « I love you Philip Morris » fait prendre conscience de manière saisissante de l’immensité du chemin parcouru. Dans ce film, l’homosexualité apparaît « banalisée » (« naturalisée » dira même un critique), ce qui explique sans doute les difficultés de distribution de ce film aux USA. Ceci en fait un film important de la culture gay, même s’il m’a peu touché, le passage incessant du comique, voire du burlesque, à la romance tuant l’émotion.
En commentaire du billet de Jeremy j’avais fait référence à Christopher Isherwood, sans savoir que son roman qui m’avait tant marqué et contribué à affirmer mon « identité » homosexuelle, « un homme au singulier », venait d’être porté à l’écran. Chez Isherwood l’homosexualité ne fait jamais problème en elle même, ses personnages l’assument comme un surplus de « vie », comme ces quelques lignes extraites du roman le montrent (il s’agit d’un cours sur les minorités donné par George, le personnage principal) :
« Une minorité n'est perçue comme telle que si elle menace ; la majorité peut se fermer les yeux et dire : "Si nous ignorons une chose assez longtemps, elle disparaîtra purement et simplement" ; elle peut adopter une attitude libérale, considérer ces autres comme des êtres humains et ainsi les ignorer, les enfermer. La majorité refuse de poser la question de l'identité. Appartenir à une minorité c'est déjà avoir l'essence d'une identité, c'est détacher ce qui est vivant de ce qui est déjà presque mort".
Le roman montre comment la mort de son compagnon, préfigurant ce qui allait être le lot de tant de couples bien des années plus tard avec l’irruption du Sida, vient fragiliser dramatiquement cette « essence ».
Le film, bien accueilli au festival de Venise (prix d’interprétation masculine), serait une adaptation assez libre du roman, mais fidèle à son esprit. Les livres d’Isherwood, en dehors d’ « Adieu à Berlin », sont souvent épuisés. Espérons que ce film sera l’occasion d’une réédition de « Un homme au singulier » et de « Un monde au crépuscule » et permettra de faire redécouvrir cet auteur. La photo en tête de ce billet est un portrait, par le peintre et ami Don Bachardy, d’Isherwood et du jeune homme de 18 ans (qu’il rencontra à l’âge de 48 ans) qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort.
Autre film dont j’attends avec impatience la sortie, « Shutter Island », adaptation par Scorcese d’un roman de Denis Lehane (l’auteur de «Mystic River»), un thriller dans l’univers de la maladie mentale. On est toujours inquiet de découvrir l’adaptation cinématographique d’un livre qui vous a ébloui, encore plus quand on en connaît la fin, coup de théâtre sidérant.
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:07

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Même si j’ai vécu intensément mai 68 (en spectateur), ce fût comme une révolte politique et non pas dans sa dimension culturelle de « révolution du désir », tout simplement parce que cette révolution là n’était pas visible, présente seulement à l’état de ferments durant les évènements. Je n’ai donc pris conscience que bien plus tard des conséquences sociales d’un des slogans de 68, « jouir sans entrave ». Le livre de Frédéric Martel, paru en 1996, « Le rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968 » est la chronique de ces années là. Ce livre n’a pas fait l’unanimité du mouvement gay à sa sortie, l’accueil bienveillant de la presse de droite ayant été jugé suspect par sa fraction gauchisante (menée par Didier Eribon, qui allait écrire quelques années plus tard un essai certes fondamental, mais militant, « Réflexions sur la question gay », le même Didier Eribon , disciple de Bourdieu, qui allait être un de plus violents critiques de Renaud Camus, allant jusqu’à lui interdire, par voie juridique, de le citer dans ses livres !).

Le livre de Martel n’en demeure pas moins le récit le plus fidèle, non militant (et donc parfois critique, ou réservé, par exemple sur la gay pride), de cette période.
Ce livre va aider ma mémoire à relater les grandes lignes de cette évolution que j’ai vécue peu à peu.
Quelle était la situation en 1968 ? L’homosexualité faisait partie de la liste des maladies mentales, et la France, en 1968, venait d’adopter cette classification. Le 18 juillet 1960, l'amendement du député UNR de la Moselle, Paul Mirguet, classait l'homosexualité "fléau social" et donnait au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Les relations homosexuelles avec les 15-18 ans étaient un délit (contrairement aux relations hétérosexuelles). Il y avait cependant une vie gay, souterraine. Les « tasses » bien sûr, et à Paris Rue Saint Anne, on trouvait plusieurs bars et boîtes que rien ne signalait, il fallait sonner avant d’entrer. Il y avait un grand brassage social, une certaine fraternité de l’instant dans ces lieux où la « folle » régnait (j’ai écrit dans un autre billet combien la « folle » était l’emblème de la non visibilité de l’homosexuel). Les homosexuels « médiatisés » étaient de ces emblèmes : Jacques Chazot, Jean Louis Bory, Roger Peyrefitte, d’autres jouaient les « honteuses » (François Mauriac), tandis que les références littéraires étaient plus ou moins maudites, Genêt, Gide, Proust. Un mouvement homophile de type associatif, Arcadie, existait également, fondé dans les années 50 par un séminariste, André Baudry, dont les membres n’ont cessé d’augmenter. Etaient organisées rencontres, après midi dansantes, débats. Son fondateur fustigeait ceux qui fréquentaient les parcs et les vespasiennes. « Les sympathiques homophiles d’Arcadie refusaient avec effroi la promiscuité des bars qu’ils voyaient comme une insulte à l’amour authentique ». Arcadie refusait alors la « visibilité » et toute idée de « coming out », tout ce qui pourrait donner « une mauvaise image » (ça ne vous rappelle rien !). Politiquement le mouvement était de droite.

Que se passe-t-il alors en 68 ? Il n’y a eu que peu de mobilisation sur le plan des mœurs, l’éphémère « Comité d’action pédérastique révolutionnaire » est passé inaperçu et ses affiches provocatrices arrachées par les « officiels » de la Sorbonne. Mais ce fût la « répétition générale », les jalons avaient été posés.
Tout a vraiment commencé après. Symboliquement on situe le 27 juin 1969 l’acte de naissance du mouvement homosexuel. Ce soir là, dans un bar de Greenwich Village, les clients, surtout des travestis, bousculés par la police, se révoltent en accueillant les renforts policiers à coup de briques et trois nuits d’émeute s’en suivent. Edmond White dans « La tendresse sur la peau » parlera de « prise de la bastille ». La Gay Pride, à l’origine, était une commémoration de cet évènement. Une année plus tard, en France, l’émission de Ménie Grégoire sur RTL, qui avait pour thème « L’homosexualité, ce douloureux problème » est brutalement interrompue par un groupe de lesbiennes : « Ce n’est pas vrai, on ne souffre pas », « Nous sommes un fléau social », « A bas les hétéros flics », etc…L’émission doit être interrompue. Le FHAR, Front homosexuel d’action révolutionnaire était né, bientôt rejoint par l’écrivain Guy Hocguenghem (mort du sida au début des années 80) et soutenu par Jean Paul Sartre. Voici un texte caractéristique du FHAR intitulé « Adresse à ceux qui se croient normaux » : « Vous ne vous sentez pas oppresseurs et pourtant votre société nous a traités comme un fléau social…vous êtes individuellement responsables de l’ignoble mutilation que vous nous avez fait subir en nous reprochant notre désir…..Nous disons plus, nous ne nous contenterons pas de nous défendre, nous allons attaquer ». Le FHAR recommande aux homosexuels de sortir du ghetto (tasses, bars, boites), parce que « la société hétéro-flic vous y récupère. Vous êtes honteux parce que vous acceptez la propagande des hétéros flics », « Arrêtons de raser les murs », c’est le début du « coming out ». Ainsi le FHAR, dont plusieurs des fondateurs viennent d’Arcadie, raillent le mouvement d’André Baudry, « l’homosexualité de papa ». Là où ces derniers se définissaient comme « homophiles », les membres du FHAR se disaient « pédés et lesbiennes ». Il faudrait aussi parler des « Gazolines », « Radicales parmi les radicaux » du FHAR, leur tendance « folle hystérique » qui se moque du mouvement lui-même « vous avez dit « fard » ». Le FHAR n’a pourtant une aucune influence sur les droits et les conditions de vie des homosexuels de l’époque, notamment en province, mais il a eu un indiscutable impact « dans les têtes » et a obligé les partis de gauche à prendre parti sur la question homosexuelle.
Parallèlement le mouvement intellectuel se poursuivait, Deleuze et Guattari, en 72, publiaient « l’Anti-Œdipe », et ses machines désirantes, théorisation du « jouir sans entrave », tandis que les années Giscard allaient voir la libération des mœurs (abaissement de la majorité à 18 ans, avortement, abolition de la censure cinématographique, grâce au ministre de la culture de l’époque, homosexuel, Michel Guy).
Paradoxalement, c’est pendant cette période que le mouvement Arcadie va connaître sa plus grande influence. Mais l’association a évoluée, une section jeune est née en 68, prend naissance en son sein le mouvement catholique David et Jonathan. Arcadie va devenir un véritable lobby identitaire, interlocuteur des politiques. A son congrès en 79, plusieurs personnalités ouvertement homosexuelles sont présentes : Jean Paul Aron, Gabriel Matzneff, Robert Merle, Michel Foucault, Yves Navarre, Dominique Fernandez. Arcadie sera dissoute en 82 par un André Baudry « blessé par les critiques, amer depuis la victoire des socialistes, esseulé ». Il écrira « Et quant à moi, loin du tumulte de ce peuple aimé en chacun et en chacune de ceux qui sont venus vers moi, j’attendrai la mort, quelque part, ne formulant qu’un seul vœu : ô tous et toutes, soyez heureux par l’exigence d’une vie homophile faite de courage et de dignité ».
L’explosion militante allait se produire pendant les années Giscard, le FHAR s’étant dissous en 74, avec la prolifération des GLH (Groupes de libération homosexuelle), dont le premier fut fondé par d’anciens du FHAR et des jeunes exclus d’Arcadie, à Paris et en province. Ce sont les ancêtres des centres gais et lesbiens. Le débat qui va s’instaurer (prolongé par un livre) entre Jean Louis Bory, critique cinématographique au Nouvel observateur, défenseur d’une homosexualité « respectable », du droit à l’indifférence », en quelque sorte dans la logique d’Arcadie, et Guy Hocquenghem, tenant d’une visibilité radicale et d’une certaine marginalité, est représentatif des deux visons de l’homosexualité qui font alors débat (qui se prolonge aujourd’hui). Belle intervention de Jean louis Bory aux dossiers de l’écran en 75 « Il y a une réalité homosexuelle et si je suis là, c’est parce que l’homosexualité existe. Je n’avoue pas que je suis homosexuel, parce que je n’en ai pas honte. Je ne le proclame pas, parce que je n’en suis pas fier ; je dis que je suis homosexuel parce que cela est ». Guy Hocquenghem lui en était probablement fier.
En juin 77 avait lieu la première gay pride en France (l'histoire d'Harvey Milk, à la même date, est restée plutôt méconnue en France jusqu'à la sortie du film).
Le 15 avril 78, 30 ans déjà, je faisais mon « coming out » « sexuel » au cinéma le Vivienne à Paris, et 18 mois plus tard mon coming out « social ». J’étais fier d’être homosexuel, 3 ans plus tard je fondais un mouvement homosexuel sur Bordeaux, « Les Nouveaux Achriens".
En mars 79, sortait « Tricks » de Renaud Camus, préfacé par Roland Bathes, récits du sexe immédiat et des backrooms, alors qu’en avril de la même année naissait le mensuel Gai Pied. En 78 le premier bar du Marais, le Village, ouvre, suivi par le Central en 80. Progressivement la vie homosexuelle va quitter la rue Saint Anne, envahie par les gigolos, dont le restaurant « le Vagabond » est le quartier général, pour le Marais.
En 81 les socialistes prenaient le pouvoir, dépénalisaient l’homosexualité et une circulaire du ministère de l’intérieur demandait aux policiers de mettre fin au fichage et à la discrimination contre les homosexuels. L’auteur de ces lignes a ainsi cessé, à cette date, de décliner son identité lors de contrôles policiers sur les places de « drague » ou dans les établissements gays. Les « sanisettes » remplacent les tasses à Paris. La première radio homosexuelle, Fréquence Gaie, ouvre son antenne.
A la suite de l’élection de François Mitterrand se constituait le CUARH, Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, coordination de la plupart des structures et associations homosexuelles, à l’exception d’Arcadie. Il devient l’interlocuteur principal des pouvoirs publics. Sa dimension est politique, défense des droits des homosexuels, lutte contre toutes les discriminations (y compris professionnelles), on quitte le discours révolutionnaire pour celui des revendications pragmatiques, une sorte d’Arcadie de gauche, avec même l’ouverture d’un bar avec backroom, ma première backroom, rue du Roule à Paris, le BH. C’était l’époque du Palace, du sauna Continental, du Boy. La librairie « Les mots à la bouche » ouvrait en 82.
En février 82 deux médecins parisiens, Willy Rozenbaum et Jacques Leibowitch mettent en place un groupe d’alerte sur le sida (dont le mot n’existe pas encore) et l’association des médecins gais, à laquelle je venais d’adhérer, organise en avril un séminaire de formation sur le sarcome de kaposi.
On connaît la suite, jusqu’au Pacs….

Le chemin parcouru en 40 ans est immense. Il peut m’arriver de m’attrister que certains oublient que si l’on en est là, c’est en partie grâce à ceux qui « n’ont pas eu peur de donner de nous une mauvaise image » (en partie car la « libération homosexuelle » est indissociable du mouvement de libération de la femme, de la dissociation progressive entre sexe et reproduction). « Il est interdit d’interdire » proclamait-on en 68. Aujourd’hui, dans nos sociétés, les interdits moraux ont trouvé leur dernier refuge dans la pédophilie et l’inceste (parfois jusqu’au délire, voir Outreau), mais l’interdit a trouvé le moyen de revenir par la fenêtre, il a pris un nouveau nom, « Principe de précaution ».

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 09:31



Qui connaît encore cette célèbre série de romans pour adolescents, écrite dans les années 30 par Serge Dalens. Elle eût, bien plus tard, du fait de la prise de conscience des connotations homosexuelles de la série et je crois aussi des opinions politiques "fascisantes" de l'auteur, une réputation sulfureuse. Le prince Eric fut mon héros, faisant rêver l'adolescent que je fus. La série du "club des cinq" ne me procurait pas les mêmes émotions. Un parallèle vient d'être fait avec les aventures de Harry Potter.

 

"Alors, vous, les Fans de Signe de Piste, lisez ce qui suit et enfin posez-vous clairement (à haute voix si vous voulez, pas de souci) la question finale :

Alors, Harry Potter, Prince du Mal
Et si Harry Potter était un héros Signe de Piste, mais en version actuelle, c’est-à-dire un héros du XXI° siècle et non plus de 1936 ? Et s'il avait plus de ressemblance avec Eric Jansen qu'il n'y paraît au premier abord ?"

 

La collection “Signe de pistes” a repris timidement quelques parutions en 2008.

http://sevydyan.canalblog.com/images/Le_prince_Eric.jpg
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 20:18

Massada2.jpgJe n’avais pas imaginé trouver une connexion internet dans le Kibboutz du désert du Néguev où nous faisons étape ce soir. Le shabbat venant de commencer nous serons privé de vin au repas mais la responsable du lieu nous a rassuré : nous pourrons aller boire un verre au pub après le diner.

Mercredi matin nous nous sommes donc dirigés de Tibériade vers le Mont Thabor où, selon la légende, le Christ aurait dévoilé sa nature divine à ses apôtres en apparaissant au coté des prophètes. La basilique édifiée en ce lieu est qualifiée de « sans intérêt » par le « petit futé », et « d’une des plus remarquables » par « Lonely planet ». Le collaborateur du petit futé devait manifestement être très fatigué….Dans l’après midi, avant d’atteindre la station balnéaire d’Ein Bokek, sur les bords de la mer morte, nous avons visité le site de Qumran où furent trouvés les manuscrits de la dite mer. La journée de jeudi nous sommes resté à Ein Bokek nous reposer un peu, certains d’entre nous en ont profité pour vérifier le principe d’Archimède en se baignant dans la mer morte. Ce matin nous avons découvert, un des chocs de ce voyage, Massada, et les vestiges inoubliables, dans un panorama somptueux, de la forteresse construite par Hérode le Grand. Selon Flavius Josephe la secte juive des « sicaires », qui étaient des Zélotes en révolte contre Rome, prirent Massada quelques années après la mort d’Hérode, avant, plutôt que de se rendre lors de la reconquête du lieu par l’occupant, de se suicider collectivement. Puis, en route vers le Kibboutz, nous fîmes une halte rapide sur les pentes du Mont Sodome, non sans avoir pris Bertrand et moi, quelques photos très « suggestives » pour nos sites de « chasse gay » et laisser des « traces » de notre passage, et avons pu apercevoir le rocher censé représenter la femme de Loth « statufiée » pour s’être retournée sur la destruction de Gomorrhe. Avant d’atteindre notre destination nous avons pu (heureusement nous avions un 4/4 car sinon nous n’avions pas l’équipement pour une longue randonnée) aller sur les bords d’un des spectaculaires « Makhtesh » (cratères) du désert (celui que nous avons vu serait du à la chute d’une météorite).

Demain retour sur Tel Aviv, non sans avoir poursuivi la découverte des sites superbes qu’offre ce désert, avant de rentrer sur Paris dimanche en fin de journée.

On est frappé par l’absence de touristes (ou presque) dans les lieux naturels extraordinaires que nous avons vus, comme si Israël n’attirait que les « pèlerins » (les sites « religieux » sont bien sûr très visités), étonné aussi de voir si souvent des civils avec une arme à l’épaule. Un seul regret au terme de ce voyage, qu’il fût trop court, quelques jours de plus auraient été nécessaires, notamment pour aller jusqu’à Jéricho et Hébron en territoire palestinien (on ne peut y aller sans risque avec une voiture de location immatriculée en Israël; il aurait fallu prévoir des étapes pas loin d’un « passage » pour y laisser la voiture et prendre des transports en commun).

L’impression aussi que je recevrais plus tout à fait de la même façon les informations qui nous parviendrons du conflit israélo-palestinien, j’en reviens plus pessimiste, plus convaincu encore que la situation est inextricable, qu’il faudrait voir surgir au même moment deux Nelson Mandela…..

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 15:16

 


http://hyperion.blog.lemonde.fr/files/2009/07/9782350040301.1247419987.jpg Il est peu d’ouvrages dont on sait dès les premières pages qu’on ne va plus les lâcher. Train de nuit pour Lisbonne, premier roman traduit en français du suisse allemand Pascal Mercier (un pseudonyme), professeur de philosophie à Berlin, est de ceux là.
Raimund Gregorius, un brillant mais effacé professeur de latin,grec dans un lycée de Bern, un matin sur le chemin du lycée, venant de sauver une jeune femme de ce qu’il croit être une tentative de suicide, envoûté par la musique de sa langue, le portugais, va brusquement quitter, en plein cours, sa classe et déambulant dans les rues de Bern, il va découvrir le manuscrit à compte d’auteur, déniché chez un bouquiniste, d’un médecin portugais, Amadeu Prado. A la lecture des premières lignes des pensées de cet inconnu, subjugué une deuxième fois en si peu de temps, il va prendre le premier train pour Lisbonne, partir à la recherche de cet auteur. Il apprendra vite que ce dernier est décédé depuis longtemps, mais il le découvrira au travers des personnages qui l’ont connu, ce qui nous donnera une galerie extraordinaire de portraits dont chacun à lui seul vaut la lecture de ce roman. Ce voyage va radicalement changer Raimund Gregorius. Celui-ci qui, à 57 ans, n’a jamais rien osé, va voir sa vie sous un tout autre jour, avec une totale lucidité et la prendre en main. Ce voyage vers Amadeus Prado va être un voyage vers lui-même. « C’est une erreur de croire que les moments décisifs d’une vie, lors desquels sa direction habituelle change pour toujours, devraient être bruyamment et crûment dramatiques, sur fond de violents bouillonnements intérieurs. »
C’est un très grand livre, un livre de philosophie, une réflexion sur l’existence humaine, jamais difficile d’accès, écrit dans un style classique mais magnifique et fluide. On en sort bouleversé avec l’envie de prendre le train pour Berlin à la découverte de Pascal Mercier. Sans parler des descriptions de Lisbonne et de Coimbra, ces deux merveilleuses villes portugaises où j’ai tant de souvenirs.
I m’arrive souvent depuis que j’ai terminé ce livre, en deux semaines seulement, d’y revenir et de me replonger dans les pensées d’Amadeu Prado.
« S'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une seule partie de ce qui est en nous, qu'advient-il du reste ? » est une phrase du roman qui fait écho à la citation inaugurale du poète Fernando Pessoa dont Prado est comme le double : « Chacun de nous est plusieurs à la soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes. C’est pourquoi l’être qui dédaigne l’air ambiant n’est pas le même que celui qui le savoure ou qui en souffre. Il y a des gens d’espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre être, qui pensent et sentent différemment ». On ne peut pas ne pas penser aux univers multiples (« le multivers »), une des clés d’interprétation du paradoxe du chat de Schroedinger, dont il a déjà été question dans ce blog, et ne pas se livrer à une introspection rétrospective sur les inflexions qu’aurait pu prendre notre vie (comme ma décision brutale d’arrêter Math Sp pour faire médecine. Il m’arrive de m’interroger sur le devenir de l’autre moi-même qui n’aurait pas pris cette décision).
J’ai aussi pensé à de nombreuses discussions qui se sont déroulées sur un autre blog en lisant ce passage (à propos d’une discussion à la suite d’une conférence à Oxford à laquelle Amadeu Prado a assisté), si vrai: « Ce qui fût vraiment inconcevable, ce fut la discussion, comme on l’appela. Coulés et enfermés dans le cadre de plomb gris des formules toutes faites de la politesse britannique, les gens parlaient parfaitement sans s’entendre. Sans relâche, ils disaient qu’ils se comprenaient, qu’ils se répondaient les uns aux autres. Mais il n’en était pas ainsi. Personne, pas un seul des intervenants ne montraient le moindre signe de changement d’opinion devant les motifs exposés. Et soudain, saisi d’une épouvante que je ressentis même dans mon corps, je compris : il en est toujours ainsi. Dire quelque chose à un autre : comment peu- on attendre que cela produise un effet ? Le torrent des pensées, images et sentiments qui coule en nous à tout moment, il a une telle force, ce torrent déferlant, que ce serait miracle s’il n’emportait pas pour les livrer à l’oubli toutes les paroles qu’un autre nous dit, sauf si par hasard, tout à fait par hasard, elles s’adaptent à nos propres paroles. En va-t-il autrement de moi ? pensais-je. Ai-je jamais réellement écouté quelqu’un ? L’ai-je laissé entrer en moi avec ses paroles, si bien que mon torrent intérieur en eût été dévié ? »

Inutile de dire, à la suite de nombreux internautes si l’on en croit une rapide recherche « google », combien je recommande ce grand livre, qui est maintenant disponible en édition de poche

 

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