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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 19:36

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Il y a déjà quelque temps  le journal en ligne de Tetu avait consacré un article au suicide par pendaison d’un jeune détenu incarcéré pour la 2è fois et qui était terrorisé à l’idée de subir à nouveau des vexations homophobes, m’a remis en mémoire un triste épisode de ma vie sentimentale, un de ces épisodes où l’on se dit à posteriori « si j’avais su », mais il était trop tard.


Cette histoire a débuté à la fin de l’année 81, mon aventure avec Pierre Jean que je vous ai conté dans un précédent billet venait de se terminer. Je vivais mal cette rupture, comme toutes les ruptures d’ailleurs, et je réagissais à ces situations par une accentuation de mon vagabondage sexuel. Lors d’un de mes sorties en boîte, quelques jours plus tard, j’ai été invité à plusieurs reprises pendant « la danse du tapis » (très en vogue, tout au moins en province, à cette période) par un jeune homme, aussi mignon qu'efféminé, excentrique même, une folle en un mot, qui était connu dans le « milieu » bordelais sous le pseudo de «Ginette ». Je ne l’aurais sans doute pas amené chez moi si mon état psychologique avait été autre (l’alcool aidant..), d’autant plus que je le soupçonnais, à tort, d’être une petite « pute ». Je ne l'ai pas regretté, il était charmant, des traits très fins, féminins certes, un corps d’éphèbe comme je les aimais en ces temps là, 18 ans. Il m’a dit n'avoir pas connu ses parents et vivre chez un couple qui lavait adopté. Je soupconnais une origine kabyle. L’ayant revu une ou deux fois, après l’avoir amené au restaurant (et affronté pour la 1é fois le regard de toute une salle se retournant lors de notre entrée, la discrétion n'était pas son fort et prenais plaisir à en rajouter), nous avons eu en rentrant un grave accident de voiture (j’avais brûlé un feu que je n’avais pas vu). Comme il saignait abondamment du nez, un des témoins l’a amené à l’hôpital pendant que je réglais la situation avec le propriétaire de la voiture qui m’avait percuté (une chance que ce dernier ait été compréhensif et que nous ayons pu éviter l’arrivée de la police et la prise d'une alcoolémie qui aurait été sans doute "limite"….les deux voitures étaient bonne pour la casse…). Il n’avait en fait qu’une fracture du nez (et moi d’une côte dont je ne me suis aperçu que la nuit suivante en faisant l’amour avec lui), mais cet épisode nous a rapproché et nous nous sommes vu de plus en plus souvent. J’aimais son corps, sa compagnie, son humour ravageur (ah l’humour « folle » !), il me faisait rire si souvent, mais cette histoire ne me paraissait pas pouvoir aller bien loin, d’autant plus que je ne l’avais jamais vu jouir (je n’arrivais manifestement pas à le satisfaire) et  je n’en étais pas amoureux. Mais mon entourage, amis, frère, une fois passé l’étonnement de me voir avec un tel personnage (mon frère m’avait lancé « je croyais que tu n’aimais pas les femmes »), se sont attachés à lui et m’ont ouvert les yeux sur le problème sexuel en me disant que si je réfléchissais un tant soit peu, je trouverais la solution tout seul. En effet c’était simple, il suffisait de l’enculer (la sodomie n’a jamais été pour moi indispensable à un acte accompli, et jusque là ce n'était pas en tant qu’actif que je j'étais le plus performant). J’ai donc fait mes gammes et j’ai enfin eu la satisfaction de le voir prendre son pied.
Quoiqu’il en soit, il s’est peu à peu installé chez moi sans que je l’en dissuade alors que je savais que j’y mettrais fin un jour ou l’autre. J’y étais bien sûr attaché, mais la vie n’était pas simple avec lui. Je crois que c’est le seul être sur lequel j’ai porté un jour la main, une paire de gifles, pour mettre fin à une crise d’hystérie (il me menaçait de se jeter par la fenêtre après que je l’ai eu surpris en train de se faire « troncher » sur le parking d’une boîte et que je lui ai dit qu’il valait mieux en rester là). Je n’étais peut être pas suffisamment « libéré » pour affronter sans arrêt le regard des autres quand nous nous promenions dans la rue (il portait toujours des tenues impensables !), me surprenant parfois à me tenir légèrement en retrait…Il était si « visible » et en même temps provocateur, sans conscience des risques qu’il prenait : il a été à plusieurs reprises  victime d’agressions homophobes, coup de ciseau dans un parc, battu à coup de pied sur une place de drague, rentrant à la maison une canine traversant sa lèvre inférieure, et j’ai du le faire accompagner plusieurs fois aux urgences de l’hôpital. Mais il s’agissait de l’hôpital où je travaillais, je le faisais amener par des amis et notamment Pierre Jean (qui était entre temps redevenu mon amant, la vie est compliquée…), qui me racontait les scènes épiques avec le personnel soignant qu’il faisait tordre de rire ("dois je enlever mes faux ongles et mes faux cils" et autres plaisanteries de ce type). Bien que je lui ai dit à plusieurs reprises qu’entre nous il ne s’agissait que d’une aventure, que cela ne pouvait s’éterniser, il me considérait en fait comme son "ami " et me présentait à ses copains (tous très jeunes également et qui tentaient de me séduire dès qu’il avait le dos tourné) comme son «mari» ce qui m’exaspérait.
Un jour cependant, par sa faute, du fait d’un absentéisme trop fréquent, il a été licencié (il était ce qu’on appelle, si je m’en souviens, patronnier-modéliste). Je ne pouvais accepter qu'il ne travaillât pas et je lui ai demandé de s'activer pour retrouver un travail. Sans résultat. Je n’arrivais cependant pas à le mettre à la porte. J’ai du m’y résoudre, ce qui me déchira car j’avais une immense affection pour lui, quasi paternelle, quand j’ai rencontré Bernard2, le début d’une aventure qui allait durer 15 ans.
Il a réagi sans un mot, pris ses affaires et dit qu’il repartait chez ses parents « adoptifs ». J’ai du alors affronter les reproches, si ce n’est l’hostilité, de tous mes amis, mon frère, et même de ma concierge qui ne voulait même pas adresser la parole à Bernard2. Je n’avais pas conscience qu’on l’appréciait à ce point là, y compris les voisins. J’ai appris par la suite qu’il avait rodé plusieurs jours autour de la résidence, racontant aux voisins et à la concierge ses infortunes.
Mais je ne le rencontrais plus dans le milieu bordelais et il ne me donnait aucune nouvelle.
Deux ou trois mois plus tard j’ai reçu un appel téléphonique d’une avocate parisienne, commise d’office, et qui m’annonçait que Michel était en prison. Il avait volé le chéquier d’un amant de passage et dépenser près de 50.000 francs en « fringues ». Il m’avait menti (il était mythomane, je ne m’en étais pas aperçu, j’ai su par la suite qu’il disait autour de lui vivre dans un appartement dont les murs étaient recouverts de feuilles d’or …En fait il n’avait pas de parents « adoptifs », seulement une sorte de gardienne qui ne l’a pas repris car il avait disparu trop longtemps, et il s’était retrouvé à la rue….).
J’ai tout de suite imaginé ce qui allait arriver et me suis demandé comment un juge avait pu être assez criminel, pour un acte certes répréhensible, mais pas à ce point, pour le mettre en prison et le livrer à la meute. Ce qui devait arriver arriva, il se fit violer, et même « maqué » par un gardien de prison. Heureusement il le dénonça, et on le fit sortir au bout de 6 mois, pour le placer dans un centre de réinsertion, près de Bordeaux. Les sorties étant autorisées, B
ernard2 qui se sentait aussi coupable que moi accepta qu’on le reçoive chaque fois que possible et nous l’amenions dans nos sorties. Les photos ci-jointes sont celles du réveillon qui a suivi sa sortie. Par la suite, il a rencontré quelqu’un de nettement plus âgé que lui et avec qui il semblait avoir retrouvé cette sensation d’un « chez soi » qu’il avait eu avec moi. Je l’ai aperçu à Paris il y a plus de 10 ans, toujours aussi star, dans une allée des Galeries Lafayette, puis je l’ai perdu de vue. Je ne l’ai pas abordé, je ne sais pourquoi. J’ai eu tort, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Il a 46 ans aujourd’hui, si le virus l’a épargné. J’aimerai tant savoir ce qu’il est devenu.

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 22:25


ashburn-grand.jpgIl y a quelques années Act-up avait menacé de révéler l’homosexualité d’un député français de la majorité actuelle, qui deviendra plus tard ministre, alors qu’il venait de manifester dans la rue contre le PACS. Cette situation est sans nul doute loin d’être une exception et l’on serait sans doute effaré si l’on connaissait le nombre d’homosexuels qui se comportent en homophobes. La vérité étant souvent au fond du verre, un état d’ébriété vient de permettre à un sénateur américain républicain ayant systématiquement voté contre toute disposition en faveur des homosexuels et ayant même mené une croisade anti-gay, de faire son coming-out. Arrêté en état d’ivresse à la sortie d’un bar gay, il vient de déclarer à la radio « Je suis gay…voilà les mots qui ont été si difficiles pour moi depuis si longtemps ». « La haine de soi » n’est cependant sans doute pas la seule raison de son comportement homophobe, puisqu’il a aussi déclaré dans un élan de sincérité désarmante « …que ses votes représentaient la façon suivant laquelle ses électeurs voulaient qu’il vote, pas son propre « conflit interne » ». Ce brave homme a décidé d’arrêter sa carrière politique. Ne désespérons cependant pas de tous les partis conservateurs puisque le même numéro en ligne d’illico où j’ai puisé cette information nous apprend que la parti conservateur anglais allait présenter 20 candidats ouvertement homosexuels aux prochaines législatives…L’histoire ne dit pas si c’est dans des circonscriptions où ils ont une chance d’être élus. Toujours dans ce numéro, cette intéressante déclaration du chef du Commandement central américain sur CNN, révélant « qu'il avait travaillé avec les agents de la CIA "qui étaient connus pour être gays et une femme connue pour être lesbienne". "Passées les 10 secondes où j'en ai pris conscience, c'est leur compétence professionnelle qui a dominé"… "la loi Don't ask, don't tell peut être réformée, franchement".

Tout ceci me rappelle que l’on vote dimanche, normalement cela aurait du être pour les « Régions » mais en fait, si j’ai bien compris, c’est pour ou contre Nicolaparte. Cette fois ci, ça me gratouille depuis 2 ou 3 scrutins, je crois bien que je vais voter blanc pour la première fois de ma vie.
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 21:53

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La question de savoir si le sujet des " bienveillantes" était le nazisme ou l'homosexualité, a déjà était l'objet d'un billet de ce blog et d'un de ses commentaires. Il y avait, entre autres, plusieurs passages, dont un a été précédemment cité, où le héros, Max Aue, donnait une description saisissante de la pratique de la sodomie. Jonathan Littell a également écrit un essai, "Le sec et l'humide" (tout un programme...), où il analyse les textes du nazi belge Léon Degrelle. Il ne semble pas le modèle de Max Aue puisqu'il n'est pas homosexuel, mais (extraits trouvés dans libération) Littell parle encore des rapports entre homosexualité et nazisme : "le pouvoir de déterritorialisateur de l'anus est bien trop corrosif, la sodomie menace les limites d'une manière fondamentale, que le fascisme ne saurait supporter". Et il ajoute à propos du nazi belge "Peut être ne lui manquait il justement pour devenir un être humain, qu'un bon coup de pine au cul"....
Je ne sais si Littell est gay, mais ce pouvoir " déterritorialisateur" de l'anus, on ne peut le contester, chez l'hétéro bien sûr (d'où son malaise devant cette pratique) mais chez bien des gays aussi.
J'ai toujours eu du mal à comprendre la façon dont était vécu la sodomie. elle n'est pour moi qu'une des variations sexuelles possibles, il m'arrive certes de la pratiquer, mais elle ne m'a jamais "déterritorialisé"...

 

Une autre description étonnante de la sodomie dans ce roman : " Je descendis vers Pigalle et retrouvai un petit bar que je connaissais bien : assis au comptoir, je commandais un cognac et attendis. Ce ne fût pas long, et je ramenai le garçon à mon hôtel. Sous sa casquette, il avait les cheveux bouclés, désordonnés; un duvet léger lui couvrait le ventre et brunissait en boucles sur sa poitrine; sa peau mate éveillait en moi une envie furieuse de bouche et de cul. Il était comme je les aimais, taciturne et disponible. Pour lui mon cul s'ouvrit comme une fleur, et lorsqu'enfin il m'enfila, une boule de lumière blanche se mit à grandir à la base de mon épine dorsale, remonta lentement mon dos et annula ma tête. Et ce soir là, plus que jamais, il me semblait que je répondais ainsi directement à ma sœur, me l'incorporant, qu'elle l'acceptât ou non. Ce qui se passait dans mon corps, sous les mains et la verge de ce garçon inconnu, me bouleversait. Lorsque ce fût fini, je le renvoyai mais je ne m'endormais pas, je restai couché là sur les draps froissés, nu et étalé comme un gosse anéanti de bonheur" 
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:46


250px-Jean-Louis_Bory.jpgGuy-Hocquenghem.jpg

De précédents billets, notamment celui consacré à l’influence de mai 68 sur le mouvement homosexuel militant , méritent que j’apporte quelques précisions afin de lever toute ambiguïté quant à ma position personnelle. Si je suis pessimiste, au sens philosophique de cet terme, je ne suis pas subversif (ou en tous cas je ne le suis plus si je l’ai jamais été). Si dans le débat «imaginaire» Hocquenghem/Bory certains ont cru comprendre que je soutenais le premier contre le second, il y a maldonne. Je refuse de choisir car je crois que les deux discours étaient nécessaires pour faire avancer les choses ( c’est pas Hégélien ça !). Je n’ai jamais adhéré, ni même ne me suis senti proche du FHAR! Ni bien sûr d’Arcadie. J’ai certes traversé, lors de mon « coming out » de 78 qui fût brutal, une période de « libération » quelque peu débridée et provocatrice (mais le cynisme et la provocation sont un peu génétiques chez moi), ayant fait sauté les verrous du carcan familial et éducatif, mais je m’étais débarrassé à ce moment là depuis longtemps de mes oripeaux gauchistes du début des années 70 (Henri Laborit, cité dans un précédent billet en avait été en partie le tailleur) et l’association homosexuelle que j’avais alors contribuée à fonder sur Bordeaux n’avait rien de révolutionnaire.

Je ne crois pas qu’il faille que « nous cultivions notre différence » (ainsi par exemple je n’approuve pas qu’on appelle « homophobie » les demandes répétées du commissariat du 4è au bar le COX, rue des Archives, afin qu’il respecte tout simplement la législation qui s’applique aux bars hétérosexuels) et je suis, cela devrait aller sans le dire, pour la revendication de l’égalité des droits! Mais je ne peux accepter que cette égalité passe par l’effacement des différences, ou du moins de ce qui la rend visible, et encore moins que cette demande émane de certains d’entre nous. Je l’ai déjà dit, mais je crois que les luttes de la période post 68, y compris celles du FHAR, ont contribué à faire avancer les choses (comme sur un autre plan Act-Up en son temps pour le Sida, même si je n’ai jamais approuvé les actions de cette organisation extrémiste) et je crois qu’il est salutaire que ceux qui l’ont oublié se rappellent que si on en est là aujourd’hui, ceux qui n’en avaient rien à foutre « de donner une bonne image de nous », quelques aient été leur objectifs, y sont pour quelque chose. Ce moment historique est aujourd’hui dépassé et heureusement remplacé par le mouvement revendicatif. Mais s’en prendre aux « folles », « aux efféminés », « au ghetto » , à la Gay Pride (qui est un peu notre 14 juillet), et à tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, irrite, choque, dérange ou fait rire l’hétérosexuel moyen, reproduire ainsi contre les nôtres les mêmes mécanismes archaïques d’exclusion, l’éternel « bouc émissaire », de la société envers nous, me révolte. « Nous sommes tous des folles », titre d’un précédent billet, comme les étudiants de 68 criaient « nous sommes tous des juifs allemands » quand Cohn Bendit a été expulsé de France.
Je le répète je soutiens la lutte pour l’égalité des droits, en dépit des réserves que j’ai pues avoir, en son temps, sur le Pacs, mais j’ai évolué sur ce point (je suis toujours très réservé sur le « mariage » mais c’est le mot qui me gêne, avec tout ce qu’il connote, pas l’égalité des droits). Ces réserves sur le Pacs, et encore plus sur le mariage (sur l’adoption je n’en ressens pas le besoin, mais je n’ai pas d’objection de principe), sont un peu la conséquence de ma préférence du droit « à la différence » (les membres du FHAR ne réclamaient d’ailleurs pas le droit à la différence, ils voulaient dynamiter le système capitaliste) sur le droit à « l’indifférence ». Ce que je crains, c’est qu’il y ait chez certains défenseurs du droit « à l’indifférence » (mais pas chez tous et s’il s’agit du droit « à l’indifférence pour la différence », il n’y a pas de problème), une « intériorisation des interdits », quasi biologique, c'est-à-dire derrière le désir de voir l’homosexualité reconnue comme dans la « la norme », celui inconscient de s’accepter soi même enfin comme « normal ». C’est en ce sens que j’ai pu dire que le rejet de la « folle » et de ce qu’elle représente pouvait n’être que la manifestation de « la haine de soi ». C’est pour cela que je suis pessimiste (au-delà de mon pessimisme plus fondamental sur la nature humaine), je crois que le droit « à l’indifférence » est « utopique », que l’homosexualité ne pourra pas entrer «dans la norme», tant que sexe et reproduction auront partie liée (et c’est pourquoi d’ailleurs le mouvement de libération de la femme a joué un tel rôle favorisant dans l’évolution des mentalités sur l’homosexualité), et que la cellule familiale restera un facteur clé de la structure de nos sociétés. Comment ne pas comprendre que des parents souffrent de ne pas avoir de petits enfants, telle est forte la pression biologico-culturelle (à l’œuvre également dans le besoin d’adoption), le besoin d’immortalité. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que c’est « un lieu commun » d’évoquer le malaise provoqué par la différence, quelle que soit la différence. Non, car non seulement ce malaise prend naissance dans la famille, mais bien pire, il est tapis jusqu’au fond de soi. Le racisme au sens classique est un rejet de l’autre par peur, ou pire au nom de la croyance en une race supérieure, mais il n’engendre habituellement pas « dégoût » ou « culpabilité » (« tu me dégoûtes », « tu ne peux pas être mon fils », etc, etc, jusqu’au « je me dégoûte »). Cette pression est telle que je ne suis pas certain que l’évolution favorable actuelle ne soit pas terriblement fragile, un hoquet de l’Histoire.
Loin d’être subversif donc ( et d’ailleurs cela rendrait difficilement compréhensif ma sympathie persistante pour l’Eglise Catholique…), n’imaginant pas une seconde que « l’on puisse faire entrer l’homosexualité dans la « norme » », mais se battant pour qu’elle soit reconnue comme « une » norme. Et la conviction aussi que la pleine acceptation de son homosexualité par soi même est la condition de sa reconnaissance par les autres. C’est pourquoi je suis convaincu que le coming out (je conviens qu’il ne soit pas toujours possible et qu’il ne doit pas être fait n’importe comment) est une étape indispensable. 
 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 22:46
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Je crois avoir vu tous les films d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, depuis "Jeanne et le garçon formidable", leur premier film dont le sujet était le Sida, jusqu'à "nés en 68" qui témoignait de l'influence de mai 68 quant à la libération "gay". Même s'ils s'en défendent ils font œuvre de militant : «Il est nécessaire de parler et d’affronter son histoire", ce qui se ressent dans leur façon de filmer, admirablement décrite dans la critique du Monde de leur dernier film : "naturalisant avec une élégance distanciée la différence homosexuelle". "L'Arbre et la forêt" est, il me semble, leur plus beau film, le plus mature, le plus touchant. Il s'agit, conté dans le cadre intimiste de la narration d'un drame familial, de l'histoire des "triangles roses", celle de la déportation des homosexuels. Les acteurs sont magnifiques, Guy Marchand (qu'on attendait pas dans un tel rôle!), Françoise Fabian et surtout Catherine Mouchet. En 2001 seulement, sous le gouvernement de Lionel Jospin, fût reconnue la déportation des homosexuels.
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:53

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Je ne sais pourquoi, car les deux romans ont peu de chose à voir, si ce n'est un héro homosexuel, mais le passage du livre de Little sur la sodomie m'a remis en mémoire "Les Météores" de Michel Tournier. Ce très grand livre traite de la gémellité, les deux héros sont jumeaux, mais c'est le personnage secondaire de l'oncle Alexandre, surnommé "dandy-des-gadoues" ou "prince des immondices" (il est éboueur et homosexuel) qui m'avait enthousiasmé.
C'est l'extrait suivant auquel j'ai pensé, cela se passe durant la guerre, lors d'un séjour à paris de l'oncle Alexandre " Je l'ai immédiatement reconnu avec sa casquette plate à la proue monstrueusement relevée, son visage sans relief écrasé encore par la moustache en crotte sous le nez, et surtout ses yeux glauques de poisson crevé, des yeux qui ne voient rien, qui ne me voient pas c'est certain, et c'est assez heureux pour moi. Je l'ai immédiatement reconnu, l'Hétérosexuel Majeur, le Chancelier du Reich Adolf Hétérosexuel, le diable brun qui a fait périr dans les camps d'horreur ceux de mes frères qui sont tombés sous sa griffe. Il fallait que cette rencontre ait lieu, et nulle part ailleurs qu'à l'ombre du pénis Eiffel. Le prince des immondices accouru du fond de son empire ordurier et le vautour de Berchtesgaden descendu de son charnier aérien devaient croiser le regard ce dimanche 23 juin 1940 alors que le soleil du jour le plus long de l'année éclatait en fanfare lumineuse"

Le personnage d'Alexandre est d'une misogynie féroce, ce qui m'avait réjoui à l'époque. Ainsi voici comment il exprime la sexualité en termes algébriques :

Homosexualité masculine : 1 + 1 = 2 (amour)
Hétérosexualité : 1 + 0 = 10 (fécondité)
Homosexualité féminine : 0 + 0 = 0 (néant)
" Intacte, énorme, éternelle, Sodome contemple de haut sa chétive contrefaçon. Je ne crois pas que rien puisse sortir de la conjonction de deux nullités"

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 11:14



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Le point G est souvent appelé "prostate" de la femme. On le comprend en lisant cette cescription de la sodomie par le héro, officier SS, du roman de Jonathan Little (les bienveillantes):
"Au début lorsque ça entre, c'est parfois difficile, surtout si c'est un peu sec. Mais une fois dedans, ah, c'est bon, vous ne pouvez pas imaginer. Le dos se creuse et c'est comme une coulée bleue et lumineuse de plomb fondu qui vous emplit le bassin et remonte lentement la moelle pour vous saisir la tête et l'effacer. Cet effet remarquable serait dû, paraît il, au contact de l'organe pénétrant avec la prostate, ce clitoris du pauvre, qui, chez le pénétré, se trouve tout contre le grand côlon, alors que chez la femme, si mes notions d'anantomie sont exactes, elle s'en trouve séparée par une partie de l'appareil reproducteur, ce qui expliquerait pourquoi les femmes, en général, semblent goûter peu la sodomie, ou alors seulement comme un plaisir de tête. Pour les hommes c'est autre chose; et je me suis souvent dit que la prostate et la guerre, sont les deux dons de Dieu à l'homme pour le dédommager de ne pas être femme"

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 21:51

 

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Les « bienveillantes » est un roman qui a fait couler beaucoup d’encre. Jacques Julliard, lors de son émission hebdomadaire sur LCI, au moment de la parution du roman, avait posé la question : « Le sujet du livre n'est il pas l'homosexualité et non le nazisme? » Je n’ai pas vraiment été étonné. J’avais déjà eu l’occasion de constater que, sous le masque d' une tolérance sans restriction, l'homosexualité le mettait mal à l'aise . Comme beaucoup, il ressent le désir homosexuel comme "contre nature". Et l’homosexualité qui est décrite dans « bienveillantes », elle conforte ce sentiment. En effet, de l’homosexualité il en est grandement question dans ce roman, elle est omniprésente. Mais laquelle ? Aue, le héro, n’est pas gay, c’est un pervers. Son homosexualité est celle de la psychanalyse et de la psychiatrie, une pathologie du désir, une perversion. Elle est vécue comme un choix de vie visant à oublier des traumatismes de l’enfance, et s’accompagne d’autres perversions, dont l’inceste ( il sodomise sa sœur dont il est amoureux). C’est aussi un choix esthétique, à la grecque, rejoignant en cela la figure de l’homosexuel conservateur ou fasciste, de l’homosexuel en marge, de l’homosexuel maudit, Genet, Jouhandeau, Charlus, etc. L’homosexualité et la mort. L’homosexualité et la paranoïa. Sartre ne voyait il pas dans l’homosexualité de Genet un amour des bourreaux, d’où son rapport au nazisme, Sartre qui par ailleurs ne considérait comme vrai « homosexuel » que celui qui se faisait enculer, "la femme". Le héro des « Bienveillantes » est amené à fréquenter les milieux intellectuels parisiens collaborateurs, notamment Brasillach et Rebatet, qui revendiquent eux aussi une homosexualité comme « mode de vie », supérieur naturellement, une esthétique de la sodomie, mais qui n’en sont pas moins capables, comme ils le font pour les juifs, de dénoncer et d’envoyer dans les camps les homosexuels de l’ombre. Cette « race » d’homosexuels n’a pas disparu. Ils ne sont certes pas, heureusement, pour la quasi totalité, des criminels, et ils peuvent même être des humanistes. Mais ils manifestent contre la "visibilité" des homosexuels, contre la Gaypride ( pas pour la même raison que ceux qui profèrent un racisme « antifolles").
L’homosexualité est pour eux une attitude de vie, parfois une souffrance, pas une revendication. Ils sont le plus souvent attirés par les éphèbes. Vous ne les verrez pas dans le Marais.

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 22:35

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« Nous sommes les autres » disait Henri Laborit. Il entendait que nous sommes ce que les autres - la famille, les éducateurs et professeurs, etc. – ont fait de nous. « Vous n’aurez pas ma liberté de penser » chantait l’autre qui ne voulait pas payer d’impôts, en effet « ils » n’auront pas ce qu’il n’a pas….Il en est de même bien sûr pour notre culture « personnelle », « personnelle » car elle est unique, mais bien « impersonnelle » dans sa genèse. Je serais bien incapable de faire la part en ce qui concerne ma propre culture (entendu au sens large de contenu des connaissances et de façon d’appréhender et de réagir au monde) de ce qui revient à la génétique (qui peut déterminer les « aptitudes » ), ma famille, mon éducation scolaire et religieuse, l’environnement audio-visuel, la rencontre de l’autre, le hasard, etc. Ce que je sais c’est qu’au sortir de l’adolescence mon « contenu » culturel était essentiellement de nature « cognitive » (sous la dépendance du cerveau gauche diraient les neuropsychologues), réflexive, passant par le langage et les signes : littérature, sciences, philosophie, alors qu’on pouvait parler de vide presque absolu en ce qui concerne la connaissance que je qualifierai « d’esthétique », non réflexive (schématiquement sous la dépendance du cerveau droit) : peinture, musique, architecture, etc. La dichotomie cognitive/esthétique est bien sûr schématique (quid de la poésie par exemple, du style ? et il y a du réflexif dans l’art). Mais mon propos n’est point là.

Le cerveau devenant moins « malléable » le temps passant (il est ainsi moins probable que des découvertes scientifiques, du moins pour les sciences « dures », soient faîtes au-delà de 35 ans), l’influence des « autres » diminue avec l’âge. La relation amoureuse, par l’opération de séduction qu’elle requière souvent, pour peu qu’elle s’accompagne d’un certain degré de fascination (un peu comme l’élève pour son maître), au-delà du contact des doigts sur une peau, peut permettre une plus grande perméabilité à ce que l’autre ressent, à essayer de ressentir ensemble. Malheureusement , la rencontre amoureuse devant beaucoup au hasard (en ce sens l’Amour (avec A) est une fiction, une illusion), la probabilité de rencontrer un handicapé du neurone est bien plus grande que celle de tomber sur une sensibilité culturelle « aigue », même proportion que parmi les bloggers (que ceux qui n’en ont jamais « pincé », ne serait ce que l’espace d’un matin, pour une « blonde » lèvent le doigt !). J’en arrive ainsi au sujet de ce billet (pour rassurer ceux qui n’auraient pas deviné où je veux en venir…). Si la génétique, ou l’influence culturelle (religion par exemple) ou les deux, ou autre chose, ont fait de vous un « fidèle » (je veux dire sur le plan sexuel), à moins de vous faire systématiquement « larguer » (ce qui devrait vous faire vous interroger sur vous-même), ou d’être vous-même d’une instabilité affective préoccupante (idem), vous n’avez eu dans votre vie que peu d’occasions, voire aucune, d’ accroître vos influences culturelles par ce canal là ( voire une seule fois dans les scénario « un seul pour la vie » ou pire « une seule fois dans ma vie »). Au contraire, ceux qui, comme moi, ont un rapport avec le sexe pas très différent de celui qu’ils ont avec la gastronomie, un besoin de renouvellement de la carte autour de ses « coup de cœur » qui en constituent les points fixes, en un mot les infidèles sexuels (ce qui n’exclut pas la fidélité affective, mais ne la garantit certes pas non plus…) peuvent avoir la chance de multiples rencontres enrichissantes. Ainsi si je n’avais pas rencontré Bernard1 sur une plage bordelaise (alors que je fréquentais régulièrement X), me serais je intéressé à la mode ? Si je n’avais pas rencontré Bruno, aurais je lu « La société ouverte et ses ennemis » (2 tomes dont il me fit cadeau dès notre 3è rencontre) où Karl Popper critique l’historicisme (Platon, Hegel et Marx) ? Si je n’avais pas rencontré Pierre Jean (alors que j’étais avec Michel) me serais je intéressé à la nouvelle cuisine ? Si je n’avais pas rencontré Bernard2 dans une émission de radio libre (alors que j’étais avec Michel dit « ginette »), devenu un long point fixe (15 ans !), pur littéraire, aurais je jamais entrepris la lecture de Proust qui est devenu des mois durant mon livre de chevet et dont je suis sorti avec l’impression que je ne pourrais rien lire derrière ? Si je n’avais pas rencontré Hervé (alors que j’étais avec Philippe) aux abords d’une « tasse » je serais passé à côté de la « musique des années 80 », et si Michel (toujours « ginette »). (alors que Pierre Jean venait de me quitter) n’avait pas croisé ma route à la « danse du tapis » d’une boîte gay, je n’aurais pas alimenté les DJ des discothèques gays bordelaises en « nouveautés » import que j’allais chercher à Paris et qui constituent aujourd’hui une collection appréciable de vinyles des tubes de l’époque. Si Thierry (qui avait répondu à une petite annonce passée dans Gai Pied alors que j’étais avec Bernard2.) qui habitait Nancy et moi Bordeaux n’était pas venu au rendez vous parisien que je lui avais fixé à mi distance, me serais je tant enthousiasmé pour les symphonies de Mahler par Eliahu Inbad et découvert enfin la musique classique et la peinture moderne ? Si je n’avais pas rencontré Joël au sauna continental (alors que j’étais avec Bernard2.) me serais je enfin initié à l’informatique?
Autant de rencontres qui pourraient faire l’objet d’un billet, certaines peut être, comme je l’ai fait pour Ginette, y donneront lieu.
Je n’oublie pas toutes les autres, et tout ce que je ne saurai dire avec des mots, les regards, la voix, les corps, les sourires, l’effleurement des peaux, les baisers, les pleurs et les cris, les appels téléphoniques reçus et ceux que j’ai attendus en vain, toute cette mémoire affective qu’ont façonné tous ces garçons que je n’aurais pas rencontré, pour la plupart, si je n’avais été infidèle.
On pourrait m’objecter que c’est un point de vue bien égoïste, que je ne parle jamais de la souffrance que j’ai pu semée. Je pourrais cependant garder le beau rôle en disant que c’est toujours moi qui aie été quitté, du moins par ceux que j’ai aimés, j’ai le privilège de ne pas avoir ressenti ce que c’est que de ne plus aimer, et que j’ai eu mon lot de souffrance, souffrance dont la trace est toujours là, 13 ans plus tard, en c e qui concerne la dernière rupture. Et ce ne sont pas mes infidélités, qui ont toujours (ou presque, il m’est arrivé une ou deux fois de me faire piéger) été un jardin secret, qui en sont responsables. Pas directement en tous cas, car bien sûr je ne peux exclure que le départ de Bernard2 après 15 ans en soit une conséquence sournoise, celle d’une présence et d’une attention à l’autre insuffisante du fait d’un désir qui se dispersait. Chaque fois que je suis parti, rarement, très rarement, c’est dans des situations où je n’avais jamais envisagé que la relation que j’avais entamée put être autre chose qu’une aventure, responsable cependant, presque toujours de n’avoir pas vu, ou pas voulu voir, qu’il n’en était pas de même pour l’autre et d’avoir trop tardé à clarifier ce qui devait l’être, d’être parti trop tard. Et la possible souffrance des amants me direz-vous ? Celle de ceux avec lesquels j’ai pu avoir des liaisons pendant de long mois, alors que je n’étais pas libre ? Je ne leur ai jamais menti sur ma situation, ils ont toujours su (mais l’ont-ils tous intimement crus, n’ont-ils pas parfois espérés qu’avec le temps ?) que je ne quitterais pas celui avec lequel je partageais ma vie de tous les jours. Comment de telles liaisons prennent elles fin ? Parfois j’ai du y mettre rapidement fin du fait du comportement quelque peu hystérique (ce n’étaient pas les plus virils !) et qui devenait menaçant (« je vais m’expliquer avec ton ami ») des protagonistes (dont la conception du désir amoureux était assez simpliste : il trompe son ami, donc il ne l’aime pas, donc il m’aime…) ; le plus souvent, Joël, Amir, Thierry, fatigués de la situation, sont partis, non sans que j’accuse le coup, je ne les « aimais pas », mais j’aurais pu les aimer dans un univers parallèle, et j’y étais de toute façon attaché ; quelquefois, ce sont eux qui sont parti rapidement, ne me considérant, eux aussi, que comme une aventure, et bien sûr, c’est comme cela que fonctionne le désir, c’est un d’entre eux, Laurent qui m’a fait toucher, Hervé aussi, à ce qu’on appelle la passion, je me souviens encore de ce qu’il m’a dit alors que nous étions allongé au bois de Verrière : « tu prends le risque d’aimer, pas moi » ; et puis une fois, avec Luc, il n’y a pas encore eu de fin, cela va faire 21 ans que nous nous sommes rencontrés un soir de 89, encore au sauna continental, il habitait Rennes où il tenait un bar avec son ami rue Saint Malo (La Bernique Hurlante !) et moi St germain en Laye, nous n’avons jamais cessé de nous voir, sans qu’il n’y ait jamais aucun malentendu, parfois à des années d’intervalle (il est maintenant à Bruxelles et nous ne nous sommes pas vu depuis 6 ou 7 ans), ou de nous téléphoner régulièrement.
Ceci n’est pas une plaidoirie en faveur de l’infidélité, mais je ne regrette pas d’avoir vécu tout cela même si je suis bien conscient que j’ai parfois été trop aveugle et que j’aurais du me comporter autrement. Mais dire tout de même que je me méfie des « fidèles » (sur le plan sexuel) comme de la peste, leur fidélité est si possessive qu’elle finit par épuiser leur désir et ils vous quittent pour une autre fidélité qui s’épuisera à son tour, ils aiment tant qu’ils brulent trop vite leur énergie qui s’éteint avec l’atténuation progressive du désir physique. La « fidélité sexuelle » ne garantit pas, loin de là, la « fidélité affective », l’infidélité sexuelle n’exclut pas, loin de là, la fidélité affective

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 23:32

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Bernard parti vers d’autres aventures et le « Bengali » dans sa famille lyonnaise, c’est l’humeur plutôt triste, ce qui m’aida à perdre quelques kilos (je ne pratiquais aucun autre sport que le sexe) que j’abordais l’automne 80. J’avais repris mes expéditions nocturnes, collectionnant les « tricks » dont les protagonistes étaient le plus souvent du même style, jeunes voire très jeunes, plutôt petits, minces, parfois très minces. Au début octobre, à la « danse du tapis », au Smart, je fus invité à plusieurs reprises par un grand et beau jeune homme, plutôt bâti , pas vraiment mon «genre». Je l’avais déjà remarqué lors de soirées préalables, le type de personnages dont on a l’impression qu’ils se font une « certaine idée » d’eux même. Il ne m’avait jamais semblé, jusque là, s’intéresser particulièrement à moi, c’était réciproque. Il me tendit une dernière fois le tapis, à ce moment là le DJ passait le dernier tube de Diana Ross - Upside Down- en me disant : « puisqu’il n’y a rien de mieux ce soir… », pas très encourageant, confirmation de mon impression défavorable, mais le « si on allait chez moi » qui a suivi m’a pris de court, hypnotisé j’ai dit « oui ». Cela ne pouvait pas se bien passer, j’ai eu à nouveau l’impression que c’était la première fois, pas la moindre érection. Il ne parût pas s’en émouvoir, disant même, à la fin d’une longue nuit où nous parlâmes beaucoup sur l’oreiller- « c’est bien supérieur à ce que j’ai connu jusqu’ici » - il ne parlait pas du sexe bien sûr, je le reverrais donc. 20 ans, fils d’un maçon d’origine italienne, il travaillait à la mairie de Bordeaux, service des listes électorales, et -décidément je n’avais pas de chance- militant RPR ! Nous passâmes plusieurs nuits ensemble dans le mois qui suivit, mais le pouvoir de séduction que j’exerçais sur lui ne suffisait pas à lever mes inhibitions - il m’avoua par la suite avoir commencé à se poser des questions - car je ne bandais toujours pas…Puis, une nuit, mystère, « ça » a fonctionné…le pied! Il fût sans doute l’un des garçons les plus sensuels que j’ai jamais rencontrés. Il se disait bisexuel (il avait effectivement eu plusieurs expériences féminines, il n’en eût plus). C’est chaque fois avec des bisexuels que j’ai retrouvé (les vrais, ce qui est exceptionnel) ce type de sensualité, une approche charnelle « enveloppante » inhabituelle chez les « gays ». Il venait le plus souvent chez moi, mais pas tous les jours, il ne s’agissait alors que d’une relation privilégiée, je ne me faisais aucune illusion. Je n’ai donc pas renoncé à faire un petit voyage, en voiture (je me souviens avoir entendu à la radio que Michel Rocard venait de se porter candidat, avant de renoncer, aux présidentielles de 81) jusqu’à Lyon, pour aller voir le Bengali qui se morfondait dans sa ville natale.
Progressivement Pierre Jean est venu de plus en plus souvent, amenant même à demeure des affaires personnelles. Un certain temps après mon retour de Lyon , en réponse à une « innocente » question sur mes aventures passées et sur ce voyage, j’ai reconnu avoir couché avec Michel. Il le prit fort mal, je lui ai dit que je n’avais jamais décelé dans son comportement le désir d’une relation privilégiée, voire exclusive avec moi. Cela a sans doute précipité son installation définitive, abandonnant son propre appartement. L’entente semblait parfaite, nous passions chaque jour de longs moments au téléphone depuis nos lieux de travail. Je ne sais ce que nous pouvions bien nous raconter, il n’y avait aucune affinité intellectuelle entre nous, mais nous trouvions pourtant matière à ces échanges. Pierre Jean n’était pas plus « cérébré » que Bernard, mais plus « éduqué », il avait une certaine prestance qui faisait illusion en société, un beau garçon qu’on aimait « sortir », celui qu’on vous envie. J’ai à plusieurs reprises constaté dans le regard de ceux qui le draguaient, lorsque nous étions en boîtes ou bars, une réaction de dépit qui trahissait leur pensée : «il pourrait se trouver beaucoup mieux que ça». J’y prenais un certain plaisir, cela renforçait mon désir. Il n’était cependant pas seulement un beau garçon et un «amant » surdoué, il était également tendre et attentionné. En ce temps là Baschung chantait, « Vertige de l’amour », et Francis Lalanne, qui ne se prenait pas encore pour un penseur, « La plus belle fois qu’on m’a dit je t’aime, c’est un mec qui me l’a dit ».
Au début du printemps 81 nous avons décidé de prendre ensemble un appartement et nous sommes installés dans une résidence du quartier Mériadec en pleine rénovation où nous avons trouvé un 2 pièces qui nous convenait. Je devais y rester jusqu’à mon départ de Bordeaux en 88. Il annonça son homosexualité et mon existence à ses parents, sous le choc sa mère fût hospitalisée quelques jours. Cependant par la suite il pu m’inviter dans sa famille qui habitait un petit village du Lot et Garonne, Castillonnes. Nous aimions tous deux, une question d’éducation, la très bonne cuisine. C’est avec lui que j’ai commencé à fréquenter les restaurants « dont on parle ». Mais l’amour, toute la littérature ne cesse de le dire, c’est une histoire qui n’est pas destinée à finir bien.
Pour un tonton maniaque, être en couple en mai 81 avec un militant RPR ne s’est pas révélé une sinécure. Le soir du 10 mai Pierre Jean travaillait au dépouillement des résultats dans son service à la mairie, pendant que je découvrais, les larmes aux yeux, le visage de François Mitterrand apparaître sur les écrans de télévision et ceux, effondrés, d’Etienne Mougeotte et Jean Pierre Elkabbach. Quel moment inoubliable, intense, unique. Je regrette aujourd’hui d’avoir résisté, pour lui, à aller me joindre aux manifestations de joie dans les rues de Bordeaux. Il est rentré vers 22 heures et sans un mot s’est couché. Les jours qui ont suivi ont du être quelque peu tendus entre nous. Quelle époque, je me souviens être allé faire un remplacement chez un médecin qui venait d’annuler ses vacances et dont la femme m’a prévenu qu’il s’était enfermé dans sa chambre avec un fusil, attendant les Russes !
Quelques temps après, lors d’une réception que donnait mon frère et dont Bernard, le pâtissier, assurait l’intendance, ce dernier est venu me souffler à l’oreille à propos d’un des invités de mon frère, son futur associé, marié et père de deux enfants : « vu la façon dont il me regarde, je te parie qu’il est « branché » ». Je ne sais pourquoi, je suis allé rapporter cette confidence à mon frère, ce qui le perturba beaucoup et il ne pu s’empêcher d’essayer d’en avoir le cœur net auprès de l’intéressé. Sans doute, avoir un frère et un associé pédés, trouvait il que cela commençait à faire beaucoup. Le pâtissier avait vu juste. La réaction de l’individu en question, appelons le X car j’ai oublié son prénom (je n’ai su que ce que m’en a dit mon frère) aurait été violente, notamment à mon égard, du style « il me le paiera ». X lui confia cependant aller régulièrement à Paris se payer des gigolos, car son travail lui ne lui laissait pas le temps de mener une double vie, et de toute façon « payer » le faisait jouir. J’étais loin de me douter que j’avais mis le doigt dans un engrenage infernal. Au début de l’été Pierre Jean commença à aller plus souvent chez ses parents et un week-end où je passais quelques jours de vacances chez les miens, mon frère m’ a laissé entendre que je devrais m’inquiéter de ce qu’il faisait en mon absence. Je n’ai pas accordé le moindre crédit à ses soupçons. Peu de temps après, un dimanche soir alors que j’attendais le retour de Pierre Jean, soi disant dans sa famille, mon frère m’a appelé pour me dire : « Je ne peux plus me taire, Pierre Jean a passé le week-end avec X, sa femme partie est en vacances avec ses enfants ». Je n’arrivais pas à croire quelque chose d’aussi sordide. Ce moment est encore si présent que je me souviens avoir attendu son retour en écoutant le Sacre du Printemps. Une fois rentré il ne tarda pas à tout avouer et à s’effondrer, mais il faisait partie de ces individus qui ont un fort potentiel de persuasion verbale, des manipulateurs qui savent retourner les situations les plus difficiles à leur profit, arrivant presque à se faire passer pour une victime des agissements de l’individu en question et de mon frère : « tu te rends compte, il m’obligeait à venir faire l’amour chez nous en ton absence, etc.… ». Je ne sais jusqu’où j’ai pu adhérer à ce discours, mais à la condition que cette relation cesse immédiatement, j’ai passé l’éponge. Ce qui m’a le plus attristé c’est d’apprendre le rôle qu’avait joué mon frère, celui d’un entremetteur en fait. Nous n’avions jamais été très proches, son instabilité psychologique et sa paranoïa m’éloignaient de lui, mais il était un des rares de ma famille à avoir accepté mon homosexualité. Cet épisode nous éloigna un peu plus encore, jusqu’à je cesse de le voir, des années plus tard lorsque l’aggravation de ses troubles du comportement, qui ont conduits X à rompre son association avec lui, ont fini par le conduire à l’hôpital psychiatrique et au suicide il y a 5 ou 6 ans.

Pierre Jean cessa vraiment de voir X, mais celui-ci ne me laissa pas tranquille, harcèlement téléphonique un temps, menaces à peine voilées parfois, puis quand j’ai eu quitté Pierre Jean, il lui arrivait de passer chez moi, pour savoir avec qui j’étais, pour me parler de ses aventures aussi. Je ne sais pourquoi je le recevais, sorte de défi. Je ne le craignais plus et c’est avec un sourire amusé, mais sans aucun esprit de « vengeance » que je me suis trouvé, après ma rupture avec Pierre Jean, en situation de coucher avec un de ses amants qu’il m’avait imprudemment présenté.
Je repris tant bien que mal mon aventure avec Pierre Jean, je n’ai plus un souvenir très précis des semaines qui ont suivi. Début septembre nous partîmes en vacances ensemble découvrir Sitgès que nous ne connaissions pas et qui avait la réputation d’être un formidable village gay. Le premier contact avec cette ville ne fût pas celui espéré et me laissa un souvenir amer. Pierre Jean n’arrêtait pas de téléphoner et semblait fébrile, ne voulant me dire exactement qui il appelait. J’ai fini, à force de le harceler, par découvrir qu’il avait un amant à Paris qui l’obsédait. La situation devenant insupportable je décidais d’interrompre les vacances et nous sommes rentrés à Paris où rien ne me fût épargné. Il devenait clair que Pierre Jean n’avait aucune intention d’interrompre sa liaison tout en restant avec moi (il était d’ailleurs toujours aussi performant au lit!). Je refusais un tel marché et lui demandais de quitter les lieux, ce qu’il fit me jetant ses clés au visage.
Encore une séparation douloureuse, on se s’habitue jamais. Quelques semaines plus tard Ginette croisait mon chemin, mais cette histoire là je vous la raconterai bientôt.
Je revis Pierre Jean assez vite, il s’était lassé de son aventure. Il est alors devenu…mon amant. Situation peu courante où l’on se retrouve amant après avoir été ami. La situation dura ainsi quelques mois, une à deux fois par semaine, envisageant de reprendre la vie commune quand j’aurais eu réglé le problème « Ginette ». Mais je m’aperçus assez vite qu’il n’était point pressé et qu’il trouvait pas mal d’avantages à son statut d’amant…J’ai alors espacé mes visites, jusqu’à les interrompre. Par la suite il rencontra JC. avec qui il vécu 4 ans et moi, peu après, Bernard2 avec lequel j'allais passer 15 ans. Nous eûmes encore, à deux ou trois reprises, des rapports sexuels mais cela ne pouvait décemment continuer lorsque JC. est devenu un proche. Nous sommes enfin devenus des « ex ». Bernard2 le tolérait, sans plus, d’autant plus qu’il prenait plaisir à faire état de la « qualité » de nos relations passées. Il fit en sorte que peu à peu les rencontres s’espacent. Puis Pierre Jean quitta JC., qu’il avait trompé de façon industrielle, pour un autre garçon que j’ai oublié, et nous cessèrent de nous voir jusqu’à nous perdre presque de vue lorsque je partis à Paris.
JC. était devenu entre temps un ami. Il a toujours soupçonné la relation adultère entre Pierre Jean et moi, mais il ne voulait pas vraiment savoir. Alors professeur agrégé d’histoire, et aujourd’hui proviseur adjoint d’un lycée parisien, JC. fût le confident et parfois le témoin des mes infidélités ultérieures. Lui qui, célibataire, se révélait un séducteur infatigable, pouvant « se taper » plusieurs garçons par jour, passait à une fidélité totale lorsqu’il était en couple. Il jugeait en fait sévèrement ce qu’il appelait "ma théorie" » sur le fonctionnement du désir et encore plus mes infidélités, et ce d’autant plus que ma relation avec Bernard2 a duré des années alors que lui allait d’échec en échec. Il y a 4 ou 5 ans, ayant rencontré à nouveau quelqu’un, il décida brutalement de couper les liens avec son passé, et notamment le «milieu» qu’il rendait responsable de tout et avec moi qui personnifiais tout cela. Je n’ai de ses nouvelles que par un ami d’enfance, le seul qu’il continue à voir. Quant à Pierre Jean je l’ai rencontré par hasard dans un bar bordelais il y a une dizaine d’années, toujours beau garçon, nous avons bu un verre agréablement, et nous sommes échangés les numéros de portable, mais aucun des deux n’a rappelé l’autre.

En juillet 81 le New York Times faisait état du 1è cas de « cancer gay » à San Francisco, et deux mois après ma rupture avec Pierre Jean, fin 81, le premier cas était signalé en France. Nous ne soupçonnions pas qu’il en était fini des années d’insouciance



http://www.youtube.com/watch
 

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