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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 12:46

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Vendredi dernier en huit à Bordeaux, mon parcours de jogging m 'a amené à passer devant ce bar gay auquel j'avais consacré un billet il y a quelques années (http://limbo.over-blog.org/article-travesti-professionnel-57075415.html). Il venait de faire l'objet, la nuit précédente, d'une agression physique contre son propriétaire, au paroxysme de la crise homophobe qui a précédé le vote définitif de la loi autorisant le mariage gay. Si l'ambiance était fort festive mardi soir dans le marais, les quelques dizaines de CRS bien équipés qui le protégeaient à distance étaient là pour nous rappeler que l'heure de l'apaisement n'était pas encore venue.

Comment en est on arrivé là, à ce processus incontrôlé qui semble échapper à ses protagonistes? Au delà des explications immédiates, faiblesse extrême de l'exécutif, crise économique, libération d'une homophobie toujours présente mais jusque là contenue par la police de la pensée, certains ont tenté des explications plus profondes, voire anthropologiques. Le girardien Jean-Claude Guillebaud, dans le Nouvel Observateur, pointe derrière l'atmosphère "irrespirable" qui s'installe en France depuis plusieurs semaines, bien au delà du mariage gay, la mécanique infernale de l'emballement mimétique, celle de la "la guerre de tous contre tous" : "Chacun des clans affrontés nourrit la haine de l'autre, et la figure diabolisée de l'adversaire finit par éclipser l'objet initial de la rivalité. Pourquoi s'affrontait on au juste? A la fin la question n'a plus vraiment d'importance." on le sait, ces crises mimétiques ne trouvent leur résolution que dans la désignation d'un bouc émissaire, victime expiatoire...Espérons qu'elle ne prenne pas la figure de l'homosexuel.

Il est tentant également d'essayer de trouver des analogies historiques. Le repli identitaire d'une partie de la droite, initié par Nicolas Sarkozy inspiré par son conseiller noir, Patrick Buisson, a fait évoquer un remake des années 30. D'aucuns se sont attachés à montrer que cette comparaison n'était pas pertinente, aucune idéologie "fascinante", comme le fascisme en son temps, ne cimente les acteurs du soi-disant "printemps français". Ce à quoi on assiste pourrait bien être, comme l'a défendu l'historien Grégoire Kauffmann dans un article du monde, le retour d'un catholicisme de combat lointain descendant de celui " né à la fin du XIXe siècle en réaction à l'anticléricalisme d'Etat", symbolisé par l'alliance de deux familles de pensée, celle du catholicisme social dont Christine Boutin serait aujourd'hui l'égérie et d'une droite Maurassienne symbolisée par Christine Bourges (il n'est pas question ici de Frigide Barjot, chaque mouvement a son clown).

Analyse d'autant plus éclairante qu'elle peut s'appuyer sur les bases anthropologiques développées dans le dernier livre d'Emmanuel Todd et Hervé Le Bras , "Le mystère français". Emmanuel Todd, dans "La Nouvelle France" et " L'invention de l'Europe" avait proposé une anthropologie des structures familiales, opposant notamment la famille nucléaire, égalitaire et laissant la liberté aux enfants, centrée sur le bassin parisien, sur laquelle s'est appuyée la révolution française, à la famille souche, autoritaire et non égalitaire, plus typique du sud de la France et du Finistère breton. Or selon le compte rendu que fait Jacques Julliard dans Marianne de son nouveau livre (que je n'ai pas encore lu mais je vais m'y précipiter), nous assisterions, notamment à propos de l'éducation, à un véritable "cataclysme anthropologique" du fait "de la substitution des régions périphériques aux régions intérieures au palmarès du dynamisme français" : "or voici qu'à partir de 1970, c'est la famille souche du Midi de la France et la famille post catholique de Bretagne qui produit le plus de bacheliers, puis bientôt d'étudiants. Sensation : c'est la revanche de Bécassine, c'est le crépuscule de la révolution!". Selon Bras et Todd, "le capitalisme et son individualisme féroce a besoin pour subsister de recourir, à titre d'antidote, à des couches protectrices précapitalistes, porteuses de valeurs communautaires.....C'est ce rôle compensatoire...qu'a longtemps joué le communisme dans les régions déchristianisés....Le communisme est mort, et les valeurs de contre-société qu'il animait sont mortes avec lui, alors qu'au contraire le catholicisme, qui, selon les auteurs est mort comme croyance religieuse, est demeuré vivace comme structure mentale et sociale. ....Une sorte de revanche posthume de l'Eglise sur la république laïque". Lumineux et passionnant.

Quoiqu'il en soit et quoiqu'il advienne, il ne sera pas possible d'oublier l'attitude d'une partie des leaders de l'UMP et notamment Jean-François Coppé., souillure indélébile. A l'opposé, en dépit d'un certain "flottement" initial au plus haut niveau et du jusqu'au-boutisme égalitariste de son aile gauche et de ses alliés écologistes, on ne peut qu'être reconnaissant à François Hollande et à son gouvernement, représentée par l'étincelante Christiane Taubira, d'avoir tenu bon dans un contexte politique aussi difficile. Espérons que le conseil constitutionnel ne viendra pas jeter de l'huile sur le feu....

"Il y a 35 ans en cette fin avril, je pense à toi, tendresse, a plus". Tel est le sms que je viens de recevoir au moment où j'écrivais ce billet : il y a 35 ans, en effet, dans un cinéma "porno" de la rue Vivienne à Paris, je rencontrais mon premier garçon, aujourd'hui prêtre et aumônier d'une petite paroisse. Nous n'aurions jamais imaginé qu'un jour les homosexuels puissent se marier...

Je pars en vacances mardi en Sicile avec Bertrand, amenant avec moi le dernier roman d'Ayerdhal, fort bien reçu par la critique, "Rainbow Warriors" : une armée presque entièrement composée de gays , lesbiennes, bi et trans, sous la conduite d'un général à la retraite va tenter de renverser un dictateur africain. Ce livre m ' a été gracieusement envoyé par une attaché de presse de l'auteur qui était tombé sur mon blog. Je ne devrais pas manquer de vous en rendre compte.

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 21:41

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Les sujets de billets ne manquent pourtant pas en ces temps perturbés, mais faudrait il encore trouver la volonté de les écrire quand ils s’imposeraient. Des déplacements incessants - c' est la saison des congrès, il est des métiers plus difficile que le mien…- constituent une bonne excuse à ma tendance naturelle à la paresse. De retour de San Diego, après un bref passage à Montpellier pour les Journées Françaises de Neurologie, je me suis envolé vers l’île de La Réunion pour participer à une conférence. Le changement climatique brutal (35 degrés, une chaleur humide, la saison des cyclones qui prend fin), une conjonctivite et le manque de temps, ne m'ont pas permis d'aller faire un tour a la plage de la "souris chaude" dont mon précédent séjour, il y a 15 ans, m' avait laissé un fort bon souvenir. Mais en ces temps là, il n'y avait pas Grindr...

Mon vol de retour sur Air France annulé (arrivée tardive de l équipage, nous a t' on dit ...), mais ayant eu la chance d' en trouver un de substitution sur Corsair, je me suis résolu - quelques heures d' attente devant moi - à reprendre le cours de ce blog.

Depuis plusieurs semaines je souhaitais dire mon coup de cœur pour " Cloud atlas", ce film "transgenre", de près de trois heures, des auteurs de Matrix, les frères Wachwosky, échec commercial retentissant aux USA, mais qui, sans doute le bouche à l’oreille, tient l’affiche a Paris et qui deviendra à n’en pas douter un film culte. Transgenre il ne l’est pas seulement parce qu’un des deux frères a changé de sexe : il mêle six histoires appartenant aux genres les plus divers, science-fiction, aventure, romance homosexuelle ; dans six espace-temps, allant du 19è siècle à un futur indéterminé, en passant par un Séoul gouverné par une organisation totalitaire baptisée «Unanimity» (rêve prémonitoire?), au 22è siècle; interprété par les mêmes acteurs, devenus transformistes, dans des personnages différents jusqu’au sexe. Enchevêtrement du réel et pérennité des âmes, les destinées individuelles dans chaque espace-temps s’influencent mutuellement ; pérennité de l’idéal libertaire et de la rébellion contre l’oppression qu’elle soit individuelle ou collective ; pérennité enfin du mal qui conduira l’univers à l’apocalypse, constituent le lien métaphysique de ces six histoires. Un film quantique, un ovni cinématographique, aussi capital que le « Holy Motors » de Leo Carax.

Le dernier roman, controversé, de Dan Simmons (l’auteur d’Hyperion et de l’Echiquier du mal), Flashback, nous décrit également un univers apocalyptique, allant au-delà des pires cauchemars de Renaud Camus : un monde partagé entre un Califat Global ayant thermo-nucléarisé Israël et qui s’étendrait du Pakistan au Canada, en englobant l’Europe et la suprématie d’un Japon gouverné par des castes à l’organisation médiévale et qui, à la suite de l’effondrement de la Chine, est devenu le tuteur d’une Amérique en proie au chaos intérieur et à l’invasion des Etats du Sud par le Mexique. La description d’une Amérique en faillite financière et morale, conséquence des politiques désastreuses de l’administration Obama - dépenses sociales inconsidérés, soumission aux délires écologistes sur le réchauffement climatique et tolérance à l’égard de l’Islam- et dont les habitants s’adonnent à une drogue dure, interdite par l’islam, permettant de revivre (le « flaskback ») de façon «hyperréaliste» les souvenirs et turpitudes les plus aptes à vous procurer du plaisir, est fascinante. Je ne sais si ce roman reflète les idées néo-conservatrices de l’auteur, ou au contraire, comme a essayé de le montrer dans une postface, l’éditeur Gérard Klein, constitue une projection romanesque des fantasmes et délires d’une certaine droite républicaine, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un thriller époustouflant à dimension épique.


C’est une bien autre vision, métaphorique, de la crise de la dette en Europe que nous donne Almodovar dans un hilarant hymne à la culture gay. Un avion en détresse qui ne sait pas où il va (L’europe, l’Espagne ?) et qui finira par atterrir sur un aéroport fermé pour cause de corruption, des passagers en classe économique mis sous sédatifs pour les empêcher de prendre conscience de la catastrophe, tandis que ceux de la classe « affaires » avouent leur turpitude et le mensonge sur lequel est basé leur vie sous l’effet euphorisant d’une équipage baroque et survolté. Cette « cage aux folles » politiquement incorrecte que l’on devrait infliger comme supplice aux meneurs de la « manif pour tous », marque un retour jubilatoire du metteur en scène aux comédies de ses débuts.

Si les « coquins » qui habitent la classe « affaires » de l’avion de film d’Almodovar sont plutôt sympathiques, il n’en est pas de même des personnages du film de Soderbergh, « Effets secondaires», dont la première partie semble annoncer une violente charge contre l’industrie pharmaceutique, c’est à la mode et très vendeur, avant de s’avérer un thriller efficace, bien que les ficelles soient parfois un peu grosses, magistralement réalisé.

Des classes dirigeantes peuplées de coquins mercantiles comme dans ces deux films ? Une vision bien simpliste mais il faut avouer que l’actualité récente, d’un ministre du budget fraudant le fisc et faisant du mensonge un art, à un Grand Rabin de France, plagiaire et mythomane, ne facilite pas la tache aux adeptes de la pensée « complexe ».

L'appellation de ce billet, « Cartographie des nuages », traduction française du titre du roman dont s’est inspiré « Cloud Atlas », renvoie aux innombrables difficultés qui s'abattent sur le gouvernement de François Hollande, que tous s’acharnent à vouloir abattre, au risque du pire, et dont on ne peut plus exclure qu’un des «effets secondaires» ne soit le renoncement au texte de loi sur le mariage gay qui cristallise toutes les haines…..

 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:14

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Nous sommes arrivés à San Diego pour la saint Patrick, une fête très célébrée en cette ville, ce qui me permis de la découvrir pour une fois animée, au moins l' espace d' un week-end, par une douce température dont on rêverait a Paris. Le plaisir aussi de voyager pour la première fois sur l’impressionnant A380. Celui aussi de d'explorer, comme à chacun de mes voyages, le fonctionnement des réseaux sociaux : à part Grindr, les plus populaire semblent Jack'd - qui n'est pas ici comme en France principalement réservé aux amateurs d'yeux bridés -, puis Manhunt, a4a et Scruff,  étonnamment gayromeo est déserté.

Pendant ce temps, la deuxième saison des Borgia débutait sur canal plus. Nul doute qu’elle aura le même succès que la première, tant le Vatican fascine et alimente tous les fantasmes. Ces dernières  semaines, depuis l’annonce étonnante de la renonciation de Benoît XVI, nous en ont donné un exemple saisissant,  les rumeurs les plus folles qui ont circulé, comme celles extravagante d’un lobby gay au Vatican... On pourrait se demander pourquoi ces fantasmes touchent si souvent au sexe, alors que les autres religions semblent épargnées ? Faut-il en chercher l’origine dans  la place faite à  la morale sexuelle dans le dogme, dans l’imaginaire qui s’est construit sur les costumes sacerdotaux et notamment la soutane, dans les pratiques homosexuelles récurrentes dans le clergé - reconnues par l’Eglise elle-même puisqu’elle tente d’en limiter la propagation en interdisant aux personnes à tendance homosexuelle à entrer dans les ordres – souvent diabolisées en les requalifiant à tort de «pédophiles»?

L'élection d'un nouveau Pape suscite toujours l'espoir de changements révolutionnaires. Celle-ci a occupé les médias pendant des semaines, sans doute jusqu'à l'indignation pour les "bouffeurs de curé" et l'indigestion pour bien des non croyants. La doxa "politiquement correcte" n 'a pourtant, ces dernières années, cessé d'essayer de nous convaincre que l'Europe n'avait pas de racines chrétiennes, on a du mal à imaginer ce qu'il en aurait été si elle en avait! Changements révolutionnaires?  Deux ouvrages dont le Monde s'était fait l'écho, il y a quelques mois, ont souligné le caractère subversif du christianisme: "Les voix de la Foi, vingt siècles de catholicisme par les textes "  et "L'anarchisme chrétien" ( qui tente de montrer que depuis deux siècles le christianisme a fondé l'anarchisme) . Les auteurs, François Huguenin pour le premier, Jacques Guillebon et Falk Van Gaver pour le second, s'attachent à démontrer que si l'Evangile est révolution c'est sur la plan social, en ce sens qu'il invite à résister à la loi du plus fort et à la loi du nombre, "qu'il subvertit les lois humaines" : "Que le riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté et la misère et spéculer sur l'indigence sont choses que réprouvent les lois divines et humaines" (Léon XIII).
 Il est vrai que la séquence que nous venons de vivre a un parfum de révolution : renonciation de Benoit XVI, qui nous rappelle que l'Evangile est venu annoncer la fin du "sacré" ; élection d'un Pape originaire des pays émergents ; plus surprenant encore, élection d'un disciple d'Ignace de Loyola, fondateur  l'ordre subversif des Jésuites qui a toujours voulu réformer l'Eglise de l'intérieur. Indiscutablement une victoire des "réformateurs" contre la "Curie". Il est probable que ce Pape sera atypique, mais il ne faut pas se leurrer, si révolution il y a, elle se fera, ses premiers pas en témoignent, par un retour vers l'Eglise des pauvres et vers l'évangélisation, pas vers une "réconciliation sociétale" avec le monde moderne. Philippe Chenaux, toujours dans le Monde, le constatait en ces termes : "L'Eglise ne pourra jamais se réconcilier complètement avec me monde moderne et être dans le politiquement correct du moment : elle perdrait sa raison d'être en diluant son message. Sur les sujets liés à la famille, au mariage, à la vie, il ne faut pas espérer d'évolution. La position de l'Eglise a sa cohérence; si elle cède sur un point, elle risque de ruiner l'édifice. Mais il y a une marge entre les positions de principes et la tolérance au niveau pastoral, comme sur le sort des divorcés-remariés...ou sur la contraception. On peut aussi imaginer des évolutions sur le mariage des prêtres, moins sur le sacerdoce pour les femmes".

Rien à espérer donc sur ce plan là du pape noir,   son attitude quant à l'approbation du mariage homosexuel en argentine le confirme. Au delà de la tolérance au niveau pastoral, on ne peut cependant exclure que le trait devienne moins "appuyé" et la parole moins récurrente. Il y a quelques semaines, l'historien Claude Langlois, dans un très intéressant article, montrait en retraçant la position de l'Eglise sur l'homosexualité, que c'est justement en faisant du mariage un sacrement au XVIe siècle que cette dernière a été amené à hiérarchiser les "péchés de la chair". Il  a y a ceux qui sont pardonnables, la fornication et le viol, car "réparables", en amenant les coupables à se marier, puis ceux qui constituent un péché "grave" , comme l'adultère qui rompt la filiation, et enfin les péchés "contre nature", homosexualité, zoophilie et même masturbation car ils dissocient sexe et reproduction. L'auteur montre de façon éclairante  comment la question du mariage gay représente une "conflagration" pour l'Eglise : "L'homosexualité dont on ne pouvait pas penser qu'elle soit concernée par le mariage, fait irruption dans l'institution du mariage. Et alors qu'elle condamnait les rapports homosexuels, notamment parce qu'ils étaient inféconds, l'Eglise s'aperçoit aujourd'hui que les homosexuels veulent des enfants!" D'où la nécessité pour elle de recourir à un discours qui ne se réfère pas seulement au dogme en entrant dans le débat sur la théorie du "genre" qui prône un individualisme prométhéen qu'elle combat au nom de l'idée de "nature" et en appelant à l'aide la psychanalyse .

Ce discours n'est plus audible en occident, les évangiles sont allés au terme de leur fonction désacralisante  et les valeurs du christianisme se sont fondues dans la démocratie. Il est destiné aux pays émergents dont les cultures sont encore prêtes à le recevoir. C'est ce que cette élection constate.

A on retour, au moment où la polémique sur l'attitude de Mgr Bergoglio pendant la dictature en Argentine faisait long feu, j'ai vu le passionnant film de Pablo Larrain, "No", qui montre comment, pendant la campagne du référendum qui se terminera par le renvoi de Pinochet, un jeune publicitaire, travaillant jusqu'alors pour le pouvoir en place, a accepté de prendre en charge  la communication de l'opposition en utilisant des méthodes marketing ultralibérales. Un film souvent drôle qui montre les ambigüités de tout combat politique.

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 22:10

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«Moi je dis, et ça pourra m'être reproché, (...) que le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez puisqu'on prétend que c'est un dictateur», s'est exclamé un de nos ministres. Les résultats des élections italiennes n’étaient déjà pas particulièrement réjouissants, mais les déclarations récentes de certains de nos hommes politiques laissent pantois. On aurait pu croire Mélenchon satisfait, point du tout si l'on en croit ce qu'il s'est exclamé - "Quelle arrogance ! Quel mépris ! Quelle insulte !" - à ce que Victorin Lurel a ajouté : "Il était tout mignon, frais, apaisé comme peuvent l'être les traits de quelqu'un mort".  Les clowns ne sont pas tous italiens.
Cette phraséologie ne serait elle pas le révélateur de « l’inconscient » d’une certaine extrême gauche qui ne conçoit la démocratie que «populaire» et pour laquelle le sacrifice de certaines de nos libertés serait le prix à payer pour se débarrasser de l’économie de marché...? On imagine déjà le futur comité de « salut public » animé par Edwy Plenel et la rédaction de Mediapart s’appuyant sur Jean Luc et ses nouveaux hébertistes pour  traquer les solferinistes : "On met en garde : ceux qui ne votent pas la loi d'amnistie, on les pourchassera jusque dans le dernier village de France."
Il va devenir urgent pour François Hollande de couper cette branche pourrie….

 

A droite aussi, mais c’est plus habituel, ça ne sent pas très bon. Voilà que Nicolaparte qui espère nous refaire le coup de l’île d’Elbe (il devrait savoir que la fin en est tragique), tient sur le mariage gay des propos indignes. Mais qu’attend donc Carla pour divorcer…

 

Dans quelques jours je m’envolerai pour la troisième fois vers San Diego où se déroule cette année encore le congrès de L’American Association of Neurology. Je ne peux pas dire que cette ville californienne ait réussie à me séduire en dépit d’un imposant palais des congrès donnant sur sa baie et de la douceur de son climat. Je n’ai jamais réussi à identifier un véritable centre « d’animation », ni où se situait la « vie gay » qui doit probablement correspondre à ce que Fréderic Martel décrit comme « l’étalement » dans la cartographie qu’il propose et dont j’ai rendu compte dans l’avant dernier billet. Il est vrai que lors de mes précédents séjours je n’avais pas encore lu le thriller de Don Winslow, « La patrouille de l’aube » qui conte l’enquête de son détective privé, Daniels Boone, dans cette ville décrite comme un véritable Eden, paradis des surfeurs, et surtout cette fois « Grindr » sera avec moi…Ce sont les aventures d'un autre détective, Bernie Gunther, qui m'accompagneront lors de ce long vol, Philippe Kerr venant de publier un nouvel opus faisant suite à sa célèbre trilogie berlinoise. J'espère ne pas éprouver la même déception que celle que m'a procuré le dernier roman de Dennis Lehane, "Moonlight Mile", qui a imaginé une suite à l'excellent "Gone Baby, Gone" porté à l'écran par Ben Afleck. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à cette histoire de trafic d'enfants - je dois même avouer un profond ennui - dans laquelle Patrick Kenzie , son héros récurrent,  semble avoir perdu son humour en se mariant et en abandonnant son métier de détective. Dennis Lehane avait manifestement besoin de souffler après son monumental "Un pays à l'aube".

 

Je ne peux terminer ce billet sans témoigner de l'immense plaisir que j'ai eu à voir le film de Jaoui et Bacri, "Au bout du conte". La virtuosité des dialogues et de l'interprétation fait vite oublier les quelques longueurs dans les scènes de théâtres d'enfant qui rythment ces tranches de "choses de la vie", toutes  plus ou moins en rapport avec la croyance (à l'amour, à Dieu, aux voyantes, à la psychanalyse....),vues sous l'angle des contes de notre enfance. Lors de la scène du film où Bacri, commentant les propos de la fiancée de son fils, prêtant foi aux propos d'une voyante, se retourne vers son ex femme pour lui dire "je crois qu'elle est folle", Bertrand m'a glissé à l'oreille "c'est un peu toi ce type de réflexion...".  Sans doute assez bien vu, mais je me suis demandé si je n'avais pas été parfois aussi, il y a bien des années, ce "grand méchant loup" (épatant Benjamin Biolay dans le rôle) se souciant bien souvent trop tard des dégâts que son comportement séducteur pouvait infliger à certaines de ses victimes.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 21:41

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La rédaction de Mediapart considère comme une excellente nouvelle que près de la moitié des électeurs italiens aient voté pour deux clowns, un de droite et un de gauche. Il est vrai que pour les trotskistes et assimilés le bordel est toujours le bienvenu, terrain indispensable à la «révolution»…Ils ont d’abord espéré que la chienlit viendrait de Grèce, puis des « indignés» espagnols, maintenant de la « commedia dell'arte», et en dernier recours, peut-être, se résigneraient ils à voir dans une victoire de Marine Le Pen l’ultime décomposition de notre système…. Il est à craindre qu’ils ne finissent par voir leurs souhaits exhaussés si l’on ne parvient pas en mettre en place, sous processus démocratique, une direction politique de l’Europe.

Si l’avenir de cette dernière n’incite pas à l’optimisme, celui des révolutions arabes parait un peu moins sombre. L’islamisme radical ne semble plus une fatalité si l’on en juge par les réactions populaires récentes, dans les urnes en Lybie, dans la rue en Egypte et en Tunisie. Ce qui amène ces sociétés à la tentation de l’intégrisme est le sujet du film de Nabil Ayouch, « Les chevaux de Dieu ». Il montre comment les salafistes marocains s’y prennent pour embrigader la jeunesse et canaliser ses frustrations vers le fanatisme religieux. Démonstration sans doute trop «pédagogique», le réalisateur accumulant les causes -misère des bidonvilles, carence du milieu familial, corruption des administrations, frustrations sexuelles dues au statut de la femme en pays musulman, économie parallèle basée sur le trafic de drogue pour survivre, prison - qui pourraient expliquer pourquoi deux jeunes frères, les héros de cette histoire que l’on découvre enfants, une bande de gamins jouant au foot, vont se retrouver protagonistes d’attentats suicide à Casablanca en 20003. En dépit du talent des acteurs non professionnels et du metteur en scène, si l’on peut facilement comprendre que le basculement du frère ainé ait pu se faire en prison, épisode sur lequel le film ne nous dit rien, on a du mal à adhérer sans perplexité à celui du cadet, qui se fait brutalement à la suite du geste meurtrier qu’il est amené à commettre pour libérer son plus proche ami d’une tentative de viol par son employeur, si ce n’est à incriminer une violence intérieure révélée par la sauvagerie avec laquelle il accomplira ce geste.

Un autre intérêt de ce beau film est de montrer comment le désir homosexuel, corrélat des frustrations sexuelles, s’exprime dans ces sociétés. Utilisation du mot « pédé » comme insulte généralisée vis-à-vis de tout adversaire sportif ou rival, viol masculin public comme affirmation de son statut de chef de bande…L’homosexualité non dite, mais tacitement reconnue, d’un des protagonistes de la bande, est révélée dans une émouvante scène de maquillage esquissée devant un miroir...
Fréderic Martel, dans «Global Gay», se montre dubitatif quant à l’évolution de la question gay sous l’influence du printemps arabe, craignant qu’une certaine «sécularisation» des pays musulmans ne reporte la fidélité à un certain islam sur les mœurs : «L’utopie de l’islamisme se réduirait alors à une sorte de conservatisme en ce qui concerne l’alimentation et les sujets de société….et le raidissement sur les mœurs serait d’autant plus fort que l’occidentalisation s’accroitrait. L’homophobie serait alors un bon alibi…».

Il est édifiant de constater que cette hypothèse a été avancé comme un des arguments majeurs par certains milieux laïques extrémistes pour justifier leur hostilité au mariage homosexuel, notamment par "riposte laïque" :
« la lutte contre l’islamisation de notre pays passe par la lutte non pas contre l’homosexualité, qui existe depuis toujours, mais contre le mariage homosexuel. En effet, les musulmans auront beau jeu, si la loi passe, de nous traiter de dégénérés, ce qui est un de leurs arguments pour nous conquérir. Et puis, s’ils voient que nous changeons si facilement nos lois essentielles (et notre législation sur le mariage est une législation essentielle, qui structure la société) ils essaieront davantage de changer nos lois pour mettre la charia à la place. Plus simplement, notre civilisation peu à peu démolie par morceaux, laissera plus facilement la place à l’islam, suivant le principe qui estime que la nature a horreur du vide. »

Il n'a pas été très souvent noté que les arguments les plus absurdes et abjects contre le mariage gay ont beaucoup plus fréquemment été le fait des milieux laïques de droite, l'UMP en tête de liste, que des milieux confessionnels, y compris catholiques. C'est pourtant sur ces derniers que se concentrent réprobations et caricatures. Mais faut il s'en étonner dans un pays à vieille tradition anticléricale?

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 21:37



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La parution de "Global Gay" fait écho à notre actualité «communautaire» abordée dans plusieurs billets antérieurs.

Il n’est pas inutile de rappeler que son auteur, Fréderic Martel, avait publié en 1996 «Le Rose et le noir : les homosexuels en France depuis 1968», livre qui avait suscité une vive polémique, entre autres parce qu’il pointait la sous-estimation par certaines associations gays de la question du Sida en début d’épidémie. L’accueil favorable qu’il avait reçu dans une partie de la presse de droite (notamment l’Express) avait renforcé la qualification de « réactionnaire » qui lui avait été attribuée par Didier Eribon, l’auteur de «Réflexion sur la question gay» (http://www.prestige-rental.com/prod/file/esprit_presse/archive/xml_sommaire/11_1996_11/11_1996_11_p000197_art1.xml).

J’avais personnellement pris un vif plaisir à la lecture de ce livre qui m'avait semblé refléter fidèlement la situation que j’avais pu vivre, du moins à partir des années 80, notamment au sein de l’association des médecins gays, même si je ne partageais pas pleinement ses réserves sur le « communautarisme et la gaypride. L’auteur s’était étonné de cette polémique : « Dans sa conclusion le livre défend une position modérée et intermédiaire entre un républicanisme crispé et un communautarisme outrancier, rejetant avec une égale vigueur les arguments des partisans du « droit à la différence » et ceux qui, au nom d'une République mythique, refusent la diversité et se satisfont trop bien d'un « droit à l'inexistence » (j’adore cette dernière expression !).

Depuis il a publié « Mainstream, Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias », un pamphlet « J'aime pas le Sarkozysme culturel » et s’est fait remarqué par une violente et caricaturale critique de la « Grande déculturation » de Renaud Camus (ce qui a fait dire à Elisabeth Levy qu’ il "était passé du côté du manche"), ce qui le positionnerait plutôt maintenant du côté de la doxa bien pensante.

C’est avec intérêt et curiosité que j’ai abordé la lecture de « Global Gay », d’autant plus que son sous-titre «comment la mondialisation gay change le monde», dans le contexte de sa reprise de la terminologie « pre-gay/gay/post gay » proposée par des intellectuels espagnols (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) laissait supposer un point de vue quelque peu différent de ces derniers.

Déception car de point de vue il n’y en a point vraiment, il ne s’agit guère ici d’une «réflexion sur la question gay», mais plutôt d’un état des lieux, très documenté, parfois jusqu’à l’ennui, sur le mode journalistique de l’enquête, de la situation des gays individuellement, socialement, culturellement et de ses répercutions sur l’évolution des mentalités dans un grand nombre de pays aux régimes politiques et religieux les plus divers.

Hors la "mondialisation", il n’y a guère de fil conducteur à cette succession de chapitres qui fait penser à une compilation d’articles dont la plupart sont consacrés à des pays où la situation des homosexuels est plus que difficile. J’ai cependant trouvé particulièrement intéressants celui consacré à Cuba – Mélenchon serait bien inspiré de prendre connaissance du sort que ses amis, les frères Castro, réservent aux gays – et surtout à l’Iran en pleine évolution, qui va tout à fait dans le sens du point de vue publié dans le monde de lundi, « théologiennes féministes de l’islam ». Passionnante notamment cette constatation d’une dichotomie entre le Sud et le Nord de Téhéran, encore au stade des "pratiques", de l’ombre, pré-gay pour le Sud, identitaire, « déjanté », au stade « gay » au Nord.

Une place relativement limitée est consacrée aux pays occidentaux, presque inexistante pour la France, avec toutefois la proposition d’une typologie convaincante de l’organisation de la vie gay dans les grandes villes: le «cluster», regroupement de lieux gays sur quelques rues, le plus souvent en périphérie ; «le village», comme le Marais à Paris ou Castro à San Francisco ; le «strip» où tout s’organise le long d’une avenue comme Santa Monica Boulevard à Los Angeles ; la «colonie», lieu historique, souvent estival comme Key West ou Sitgès et Mykonos en Europe ; «l’alternatif», décrit comme plus socio-culturel que géographique même s’il est localisé, gayfriendly, en quelque sorte « désexualisé » ; enfin l’ «étalement» (sprawl), éparpillement des lieux gays dans toute la ville. Les deux dernières typologies témoignent de cette évolution « post gay » des pays occidentaux : «plus une ville est gayfriendly, plus la vie gay s’éparpille et se dissout dans le tissu urbain ; plus la tolérance est fragile, plus la vie gay se regroupe en «villages» et en «clusters». J’ai eu la sensation en lisant le chapitre sur New York que je ne retrouverais pas facilement mes marques dans cette ville dans laquelle j’ai vécu un mois, et des nuits « déjantées », en 1993….

Le contraste est saisissant entre un monde occidental entrain de basculer dans un monde post-gay, où «la pénalisation de l’homosexualité laisse la place à la pénalisation de l’homophobie» et l’Orient, notamment en terre d’Islam où la révolution gay progresse pas en pas, non sans risque, progression formidablement aidé par internet et la puissance des réseaux sociaux qui permettent de contourner la censure et l’invisibilité.

L’intérêt et l’utilité de de livre ne sont pas discutables, formidable outil de travail pour le chercheur, voire guide de voyage. On peut cependant regretter qu’il ne questionne pas -si ce n’est de manière anecdotique - cette évolution, vue me semble t’il, contrairement aux auteurs d’ « Homographies », de façon quelque peu idyllique en Occident.
 

 

 

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 08:48

 

 

 


L’actualité m’a amené, comment aurais je pu y échapper, à consacrer de nombreux billets au mariage homosexuel - je n’aime décidemment pas l’expression "mariage pour tous", même s’il faut bien reconnaitre qu’elle s’est imposée, - nombre de ceux qui m’ont connu dans mes années « militantes » en seraient sans doute sidérés, cérémonie qui ne concernera probablement qu’une minorité d’entre nous. Notre longue marche vers l’égalité des droits, y compris les plus conformistes, ne doit pas nous faire oublier la libération sexuelle sur laquelle s’est
construite l’identité gay et qui continuera à occuper les journées et les nuits d’un bien plus grand nombre.

Les réflexions d’un jeune internaute  qui, à la suite du billet que j’avais consacré à « amitié et homosexualité », a préfèré la voie du message personnel à celle du commentaire, me donnent l’occasion de revenir à des préoccupations plus quotidiennes. Dans une discussion sur notre rapport au sexe, au désir et à l’amour, une de ses affirmations - "le jardin des tuileries s'est vidé au profit de gayromeo"- m’a amené à lui répondre à peu près en ces termes :

« Est ce si sûr, du moins dans les grandes villes, ou tout au moins est ce durable?

Je ne crois pas qu’internet ai rendu ou soit sur le point de rendre "archaïque", dépassé, les anciennes pratiques. J'ai certes investi internet, jusqu'à l'addiction
parfois, mais sans renoncer aux bars, bars sexe, saunas, plages etc. La « chasse » sur internet a ses limites et ses pièges :

* le profil virtuel...Certes, avec un peu d’habitude on le débusque assez rapidement pour mettre un terme à un « chat » interminable
* le profil « ravalé » : la marchandise livrée ne rappelle que vaguement le « flyer » attractif vu sur le site.
* la disponibilité du théâtre des opérations : le marché des « je me déplace seulement » excède de loin celui des « je reçois ». Ah ces couples
infidèles…..
* l'impératif du "now" ou l'envie de baiser similaire à une envie de "pisser" : "Tu es dispo quand?" : "now".....La programmation d'une rencontre non immédiate est
bien souvent vouée à l'échec, et même quand elle semble envisageable faut il encore disposer d’une mémoire sans faille pour se souvenir des disponibilités diverses de multiples
contacts…..
* la non faisabilité du "plan B" : pas de plan de substitution comme dans les lieux « physiques » où si "ça ne colle pas", on passe au suivant....ni la possibilité
de proposer, en garçon bien éduqué, un « break » quand l’ennui pointe….
* la perte du plaisir de "chasser": l'approche, l'accroche d'un regard, l'esquisse d'un sourire…
* le formatage des rencontres en fonction des pratiques (actif/passif, poppers, etc...) au détriment des individus vus comme de simples instruments de son plaisir.
Combien de « chats » commencent par l’exaspérant « tu aimes quoi ?» (J’ai pris l’habitude de répondre presque systématiquement « tout») ou « trips ? », quant cela ne va pas jusqu’à la demande de
scénario…
* la gestion de la "récidive", ou selon une expression imagée que j'ai eu le plaisir de découvrir il y a peu :"ça te dirait de remettre le couvert". Une situation au premier abord plutôt flatteuse pour l'ego, mais qui peut se révéler embarrassante si justement "ca ne nous dirait pas tant que ça". A la reflexion plutôt plus facile à gérer sur internet, ou l'on peut, mais cela n'a qu'un temps, arguer de sa non disponibilité, alors que dans les lieux traditionnels il faut bien se résoudre soit à blesser , soit à se sacrifier, sacrifice qui peut toutefois se révéler assez doux quand ona rien trouvé d'autres à se mettre sous la dent.
* la censure des filtres sur l'âge : quelques jours de plus par rapport à la date limite de consommation et vous disparaissez de l’écran. Cela conduit à une minimisation presque systématique de son âge, parfois pathétique…..
* la censure des filtres sur la localisation : malheur aux banlieusards….Durant les années de braise j’étais capable de faire des centaines de kilomètres pour un plan….

Internet est un outil fantastique, devenu irremplaçable quant on se déplace dans une ville ou un pays dont ne connait pas la typologie des terrains de chasse ou dont la vie gay est réduite à sa plus simple expression ou impossible au grand jour. Je vous concède qu’il a permis l'explosion quantitative des possibles, voire qualitative, non dans le sens d'une amélioration de la qualité...mais dans celui de l'arrivée sur le "marché" d'une population qui ne n'aurait jamais mis les pieds dans un lieu gay, fut-ce une « tasse » ou un jardin, population qui ne se localise d'ailleurs pas sur des sites ouvertement "gay" comme gayromeo ou citegay, mais sur d’autres comme Badoo, voire gayvox où l’on peut afficher une orientation "hétérosexuelle". Il me semble cependant que son utilisation exclusive des réseaux sociaux a une dimension frustrante, produit un manque que je ne dois pas être le seul à ressentir si l’on en juge, par exemple, par le succès des jours "naturistes" au sauna IDM ou la multiplication des soirées privées.

Le jardin des tuileries s’est peut être vidé, je ne sais, depuis cette nuit des années 80 où j’y fis une chute mémorable, mon regard attiré par celui d’un garçon
n’avait pas vu le ravin vers lequel mes pas me dirigeaient, ou celle des années 90 où j’ai hébergé chez moi ce jeune homme qui venait de s’y faire tabasser et dévaliser et qui ne savait comment
regagner sa province natale, mais bien d’autres lieux sont encore florissants ou le redeviennent.

Il est vrai qu'on ne peut avoir la même approche de « Grindr » à votre âge et au mien. Je n’ose imaginer le nombre de sollicitations dont on doit être assailli à 20
ans, je comprends que cela puisse être grisant et qu’il soit même impossible d’y faire face, vous obligeant à l’impolitesse…

Bien à vous »


Je ne suis pas sûr que cette réponse ait satisfait mon interlocuteur, cette correspondance fût la dernière….

Au moment où je termine ce billet, j’ai à peine commencé la lecture du nouvel essai de Fréderic Martel, «Global Gay», dont le sujet central est la mondialisation de la question homosexuelle, et notamment du rôle qu’y joue internet : « Dans cette globalisation en cours de la question gay, un élément déterminant est en train de tout accélérer : Internet et les réseaux sociaux. Isolés hier, les homosexuels sont désormais connectés les uns aux autres, et cette révolution est, comme on le lira dans les pages qui suivent, la plus considérable de toutes ». 


Dans le prologue j’ai été quelque peu surpris de retrouver les expressions « pré-gay » et « post-gay » dont j’ai fait état dans de précédents billets à propos des contributions d’intellectuels
espagnols à la question gay. Il rend compte en ces termes de l’atmosphère d’un bar jordanien : « ….le Books@Café est à la fois le passé et l’avenir de la question gay, à la fois « pré-gay » et «
post-gay ». Cette atmosphère hors du temps le rend fascinant. Pré-gay, car on est ici, à l’évidence, avant la « libération gay » du monde arabe – si l’expression a un sens. Post-gay, car on est aussi au-delà, dans une modernité que j’ai vu naître à East Village à New York, à West Hollywood à Los Angeles ou dans les villes d’Europe du Nord : celle d’une vie homosexuelle moins cloisonnée et plus fluide, d’une communauté qui n’est pas seulement « gay », ni même « gay friendly », mais simplement « friendly » - le mot « gay » étant sous-entendu. Books@Café est un lieu au-delà des entités uniques et des communautés fermées. Il est décalé, non cloisonné : post-gay. »

J’aurais sûrement l’occasion de revenir sur ce livre d’ici peu.

 

 

 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 21:33

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A chaque grande avancée «sociétale», sous la cinquième république, le ministre de la justice en charge du dossier a prononcé à l’assemblée nationale un discours dont on a dit qu’il marquerait les mémoires et ferait entrer son auteur dans l’histoire. Ce fut le cas de Simone Weil pour la dépénalisation de l’avortement, de Robert Badinter pour l’abolition de la peine de mort (celui prononcé pour la dépénalisation totale de l’homosexualité était également remarquable), et c’est maintenant le tour de Christianne Taubira, admirable, pour le mariage gay. Ces lois ont à chaque fois étaient votées dans la première année du premier septennat d’un président qui n’a jamais été issu des rangs du parti qui se réclame du fondateur de notre actuelle constitution, et n’auraient pu l’être sans les voix des formations de gauche. On peut se demander comment ce parti qui domine la vie politique à droite depuis 50 ans ne commence pas à éprouver une certaine fatigue à être toujours à la remorque du sens de l’histoire en s’appuyant sur la fraction la plus réactionnaire et la plus âgée de son électorat. On ne peut qu’être frappé par la différence de comportement de son homologue britannique avec un premier ministre, pourtant très conservateur, qui au nom de ses convictions et sans doute contre son intérêt politique immédiat, a su entraîner avec lui nombre de députés de son parti en faveur du mariage homosexuel. Chez nous le nombre de députés de droite qui voteront la loi ou s’abstiendront est nanoscopique, parfois pour de basses raisons comme NKM qui a pris soudainement conscience, après les savoureux conseils de Roselyne Bachelot, qu’il lui serait difficile de prendre la mairie de Paris si elle s’aliénait le Marais. Les députés UMP, qui ont montré dans ce débat qu’ils n’avaient pas peur du ridicule, pourront toujours se consoler en rendant hommage aux propos d’un de nos anciens premiers ministres, Edith Cresson, qui considérait l’homosexualité comme une sorte de faiblesse plus proche des « coutumes anglo-saxonnes »….

Je ne serais pas tout à fait honnête si j’omettais de mentionner qu’un député du parti majoritaire à droite, Lucien Neuwirth, a su lui imposer la loi autorisant la contraception, avec le soutien, silencieux, de De Gaulle et une fois encore les votes de l’opposition de Gauche, mais c’était il y a si longtemps, en 1967, avant que ne commence avec Pompidou la dérive conservatrice du parti gaulliste.

Il est vrai que dans notre pays les pesanteurs idéologiques, à droite comme à gauche, ont tendance à fossiliser les partis politiques au point de nous faire oublier qu’il est loin d’en être ainsi partout. J’ai découvert, avec stupéfaction, en assistant à la projection du « Lincoln » de Spielberg, survenue fort à propos quelques jours après celle du Tarantino, que la parti d’Obama, à l’origine, était esclavagiste et que c’est le parti républicain - certes avec des arrières pensées pas uniquement humanistes, le capitalisme industriel pour étendre son empire devait détruire le système économique du Sud - qui a fait voter l’abolition de l’esclavage…. Quoiqu'en ait pensé une certaine critique, j’ai trouvé le film certes quelque peu académique, mais redoutablement efficace.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 20:29

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Dans l’avion qui me ramenait de Bordeaux, samedi dernier, feuilletant « Le Figaro» -dont je ne suis pas un lecteur, rassurez vous, mais le journal était mis à notre disposition – je suis tombé, dans les pages consacrés au projet de loi sur le mariage homosexuel, sur un article qui lui était sans réserve favorable, signé Philippe Villin, banquier, proche de Nicolas Sarkozy et ancien vice-président de ce journal. Je me suis senti en résonance, cela n’étonnera pas les lecteurs de ce blog, avec sa façon de définir le couple homosexuel «qui combine le plus souvent l’amour et l’union libre sans ni exclure, ni rendre obligatoire le mariage» et sa position sur le projet de loi qu’il défend au nom de l’égalité des droits - « Mes jeunes amis gays, qu’ils soient serveurs, vendeurs, agrégés, HEC ou énarques, exigent tous de pouvoir accéder au mariage même si la plupart ne se marieront pas. Nous sommes un troisième sexe. L’égalité des droits s’impose» - tout en affichant sa réticence quant à l’institution puisqu’il ne compte pas épouser son compagnon : « Pour moi c’est une institution trop rigide et religieuse. Je ne suis pas sûr qu’elle convienne ni à notre époque ni aux couples nombreux, tant chez les hétéros que chez les homos, qui souhaitent conserver en transparence une grande liberté sexuelle, garante, de mon point de vue, de la longévité des unions». Les esprits n’y sont pas encore prêts mais je souscris à sa proposition de supprimer le mariage civil : « Au fond, l’idéal serait peut-être de remplacer le mariage civil par un contrat d’union civile renforcé et de laisser le mariage aux cultes… ».

Se marier, c’est une question que nous aurons à nous poser en effet Bertrand et moi. Pour les mêmes raisons que Philippe Villin, nous n’en avons pas le désir, mais des raisons purement matérielles pourraient nous y contraindre afin de combler les insuffisances du PACS - étant donnée notre importante différence de salaire - quant à la protection du partenaire en cas de décès (héritage, pension de réversion).

Pour ce faire faudrait-il encore que le projet soit adopté. Dimanche matin, en route sous une pluie battante vers la salle de sport de la place d’Italie pour un cours de « bodypump», je ne doutais pas que la mobilisation serait insuffisante pour que la manifestation prévue l’après-midi en faveur du mariage puisse être considérée comme un succès. Par miracle, peu avant son début, le ciel s’est brusquement éclairci (Dieu serait-il avec nous ai-je pensé, je ne sais lequel, ou plutôt si, surement celui qui est Amour, le chrétien?) et lorsque j’ai constaté avec stupéfaction, que le quai de la station de la ligne de métro n°6 qui m’amenait à Denfert était noire de monde au point qu’il était difficile d’accéder aux rames bondées, j’ai compris que la partie était gagnée.

C’est de partout que le ciel de François Hollande semble s’éclaircir un peu - une aventure malienne qui s’annonce plutôt bien pour l’instant, la libération de Florence Cassez, un accord compétitivité-emploi signé entre plusieurs partenaires sociaux, un chômage au moins temporairement stabilisé, des sondages qui frémissent. Cette mobilisation réussie ne peut qu’aider un exécutif moins affaibli à rester ferme et tenir bon, car n’en doutons pas, les opposants au mariage gay sont loin d’avoir épuisé leur réserve de bassesses.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 22:43

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L’affiche du film ne laissait guère place au doute, le réalisateur israélien de la « La visite de la fanfare », fable humaniste, d’une grande subtilité et à l’émotion contenue, notamment dans la scène où est évoquée l’homophobie au sein de la famille, venait de réaliser son nouveau film sur les violences dont étaient victimes les homosexuels en Serbie. Bien qu’un peu troublé d’avoir entendu Laurent Ruquier –dans son émission du samedi soir châtrée depuis l’éviction de Naulleau et Zemmour - recommander chaudement le film, en général ce n’est pas bon signe, je me suis précipité pour le voir, craignant qu’il ne reste que peu de temps en salle.

J’ai découvert « ébahi» cette fable traitée sur mode burlesque –des militants homosexuels, se voyant dissuader par des hooligans d’organiser la première gaypride à Belgrade, vont faire appel pour assurer leur sécurité à des gangsters homophobes – qui accumule sur les personnages homosexuels masculins (les lesbiennes sont miraculeusement épargnées) tous les stéréotypes de l’imaginaire hétérosexuel : couards, « tantes» (nous avons même droit à une variante de la scène de la «biscotte»), se déplaçant en voiture de couleur rose et bien sûr décorateurs ou organisateurs de soirée (point de coiffeurs toutefois…). Certes les hétérosexuels ne sont pas mieux lotis, machos, laids (sauf les nazillons…), vulgaires et violemment homophobes.

Je ne doutais pas des « bonnes » intentions du réalisateur dont j’avais lu l’interview dans Tetu, qu’il ait sincèrement cru que la situation en Serbie, très différente culturellement de celle que nous connaissons en France sur ce sujet, nécessitait une représentation de l’homosexuel conforme aux clichés pour pouvoir soulever l’émotion d’un peuple homophobe ( il est vrai que le film a connu un grand succès en Serbie et a été couvert de prix), illustrant ainsi de façon magistrale les réflexions des auteurs «d’homographies» - les hétérosexuels « bienveillants» nous accorderaient le même statut qu’aux animaux à protéger - mais je ne pouvais arriver à croire qu’ Eran Kolirin ait pu réalisé un film d’une telle lourdeur.

Et pour cause ! Après vérification j’ai pu constater qu’il s’agissait en fait d’un réalisateur serbe (hétéro...) et que la bande annonce et l’affiche étaient une escroquerie!

Ceci dit tout n’est pas à rejeter dans ce film, son intention sans doute louable, le retournement tragique de son final qui parvient enfin à susciter l’émotion et ses clins d’œil humoristiques à des monuments du cinéma : le « road-movie » de la constitution, par le leader des gangsters serbes, du service de sécurité de la gaypride qui se veut un « remake » des 7 mercenaires, ou la fascination de ce dernier pour une scène mythique du cinéma gay, les retrouvailles de Charlton Heston et Stephan Boyd dans Ben-Hur.

Le rapprochement de ces deux films est sans doute téméraire (et cruel), mais Tarantino vient de montrer avec « Django » qu’on pouvait réaliser une parodie éblouissante sur la persécution d’une minorité. Tout, la saveur des dialogues, l’interprétation, la bande son, la mise en scène, concourt à vous faire passer près de 3 heures jubilatoires.

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